Pacte d’excellence : on nous manipule

Par Jules Jasselette, Echevin de l’Instruction honoraire à la ville de Liège

A la télévision, la ministre a encore martelé que le pacte d’excellence résultait d’une large consultation des enseignants. C’est faux,  mais à force de le répéter et avec la complaisance de la presse écrite, radio et télévision, « on » finit par le croire.

La principale revendication des enseignants (ceux qui sont dans les classes, devant les élèves ; pas ceux qui n’ont plus vu d’élèves depuis longtemps et qui se permettent de parler au nom de ceux qui travaillent ou les pédagogues en chambre) est simplement L’EXIGENCE D’UNE CONSULTATION AVANT LA MISE EN ŒUVRE DE CETTE REFORME QUI CONTRAIREMENT A CE QUE LA PRESSE RAPPORTE VA CREUSER LES INEGALITES ET NON LES CORRIGER.

La presse (radio, TV, écrite) a largement répercuté avec complaisance la journée du « consensus »  du pacte d’excellence organisée par la ministre samedi dernier.

Ainsi un peu plus de 30 % des participants (sur +/- 120, choisis parmi des candidats à participer à cette journée… quelle représentativité!?) ont choisi la grille-horaire n°3 (un peu moins la rejetait mais cela n’a pas d’importance !)

Ce qui a permis à la ministre, aux zélateurs du pacte d’excellence, aux médias de tirer des conclusions :

1/ adhésion au pacte

2/ choix (démocratique bien entendu) de la grille horaire

Ainsi donc 30% de +/- 120 personnes (choisies par le pouvoir parmi des candidats) ont exprimé (démocratiquement ) l’avis de 100.000 enseignants, de 1.000.000 d’élèves, de +/- 2.000.000 de parents.

Une revendication : que l’on n’engage pas une réforme sans s’assurer d’un minimum d’adhésion de celles et ceux qui devront l’appliquer.  Mais pourquoi PS et CDH s’obstinent-ils à refuser de consulter les enseignants ?

Voyez donc la vidéo ci-dessous réalisée par l’asbl « 1 pact » (non au pacte d’excellence) pour vous rendre compte de la manipulation des autorités avec l’aide de la presse :

https://www.facebook.com/asbl1pact/videos/768793999977787/

 

Urgences institutionnelles

Par Georges-Henry Simonis

En ce qui concerne la situation politique belge, sans entrer dans les détails, nous  constatons les nombreux dérèglements de la vie politique, dont la sous-représentation perdurante des Wallons et des francophones au sein d’un Etat largement dominé par la Flandre.

A différents points de vue, la démocratie est en danger.

Depuis de nombreuses années, le fossé entre Wallons et Flamands n’a cessé de s’agrandir. Après diverses tentatives d’ordre confédéral, le moment d’une séparation s’impose de plus en plus. On a assez fait l’inventaire de nos différences.

Nous devons maintenant confirmer avec force notre choix du séparatisme.

Constatons que l’Etat Fédéral est incapable de mener à bien des réformes de structures pourtant nécessaires, comme par exemple la redéfinition du rôle du Sénat ou des Provinces : quel sens y aura-t’il, dans quelques mois, à aller voter pour élire des sénateurs et des conseillers provinciaux ?

Pourquoi attendre encore pour réformer en profondeur ?

L’Etat central s’est fortement rétréci au profit des Régions.

En ce qui concerne la FLANDRE, nous avons pris acte depuis longtemps des objectifs de la N-VA, principal parti du pays, et de nombreux citoyens représentés dans les autres partis flamands, d’aller vers l’indépendance d’une République de Flandre autonome. A moins que, vu leur situation dominante actuelle, ils n’abandonnent leurs objectifs de départ en se rapprochant de la Hollande en un Orangisme renouvelé… (De nouvelles « Provinces Réunies » ?  Flandre et Pays-Bas réunis deviendraient la 6ème puissance européenne).

En ce qui concerne la WALLONIE, dont fait partie la région de langue allemande, il faut encore un renforcement des Pouvoirs Régionaux, ceux-ci reprenant les pouvoirs des Provinces, et les compétences actuelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles en matière de culture et d’enseignement. Il faudrait aussi, en Wallonie, une ouverture rapide de discussions avec la République Française afin d’y intégrer progressivement la Région Wallonne comme Région Française avec un statut adapté aux particularismes wallons. Il faudrait approfondir ce  choix d’un statut d' »intégration-autonomie » au sein de la France. (Complétée par la Wallonie, et éventuellement par Bruxelles, la France se rapprocherait de l’Allemagne pour le leadership européen).

En ce qui concerne la Région de BRUXELLES, il s’agit d’une région à part entière dont l’avenir appartient à ses habitants. Il faut se réjouir de voir apparaître au sein de différents partis le concept de Ville-Région, dont les limites géographiques déjà anciennes doivent être revues pour les adapter aux évolutions démographiques et socio-économiques de Bruxelles ces vingt dernières années. Tous les partis francophones devraient revendiquer cet élargissement nécessaire.

Il y a donc lieu d’inviter les différents partis politiques à préciser leurs choix ou leurs propositions de manière claire et transparente.

Ainsi, il semble clair qu’il faille envisager la suppression du Sénat dans son rôle et sa composition actuelle. D’autre part, les compétences provinciales doivent être déléguées aux Régions qui poursuivront les actions positives actuellement développées au sein des provinces.

Il n’y a pas lieu d’organiser un échelon intermédiaire supplémentaire entre les états, les régions et les communes.

Par ailleurs, en un second temps, la Chambre ne resterait compétente que dans les matières qui ne relèvent pas de la compétence exclusive des Régions, à savoir, comme l’a proposé la N-VA, quatre départements : les Affaires Etrangères et Européennes, la Défense, la Sécurité, et les Finances.

Dans cette perspective, ne pourrait-on imaginer que les Députés et Ministres fédéraux soient désignés au second degré par les Parlements Régionaux ?

Les citoyens, de plus de 16 ans si tel est le choix(?), ne voteraient plus qu’à trois niveaux : Communes, Régions, et Europe.

Il est temps aussi de préparer le partage des biens nationaux en créant dès à présent une Commission ad hoc.

On peut encore estimer qu’il y a dans le pays unanimité pour limiter la fonction royale à ses aspects  protocolaires et de représentation.

En conclusion, j’estime qu’il y a urgence à inviter les nombreux acteurs politiques, et spécialement les partis, à se prononcer sur les réformes institutionnelles avant les prochaines échéances électorales, de manière à en clarifier le déroulement et à éviter d’importantes dépenses inutiles.

Il y va d’une question de démocratie vivante, chose hélas trop oubliée…          

Les citoyens attendent avec impatience.

Si c’est lui qui le dit…

Aux éditorialistes de la presse bruxelloise, nous reprochons souvent de faire comme si la Flandre était belge, un point c’est tout, comme si la Wallonie était belge, un point c’est tout, comme si Belgique allait durer toujours, un point c’est tout, comme s’il ne fallait en aucun cas imaginer la fin prochaine de ce pays merveilleux, un point c’est tout, comme s’il n’y avait aucune alternative, un point c’est tout.  

Mais dans un pays qui n’en finit pas de se fissurer, il faut bien qu’il y ait des failles et que, de temps à autre, à force de se raconter des histoires, on craque. Comme le disait Albert Jacquard, « la vérité ne se possède pas, elle se cherche ». Il faut toujours faire le pari de l’intelligence.

Petit coup de blues ou véritable « coming out » rattachiste, voici en tout cas un éditorial de Francis Van de Woestyne qui nous change de l’habituel « French bashing » (pardon pour tous ces mots qui ne sentent pas la « vieille France »). (G.R.)

J’aurais voulu être Français…

L’édito de Francis Van de Woestyne pour La Libre Belgique du 2 février 2018

Ce titre est évidemment exagéré. Il ne comporte aucune nuance : elles vont suivre. Il pourrait passer pour une trahison par rapport à la satisfaction, que nous exprimons souvent, d’être né dans un pays, la Belgique, qui cultive à la fois la nuance, l’ouverture, la dérision.

Fondamentalement, être Belge – et ce sont souvent les étrangers qui nous ouvrent les yeux – c’est travailler sérieusement mais ne pas se prendre au sérieux ; c’est être joyeux dans un pays au climat triste ; c’est accueillir, digérer, transformer voire sublimer toutes les influences qui se posent ici puis s’en vont quelque part. Être belge, c’est être germain et latin, c’est vivre dans une sorte de monarchie républicaine, qui aime les traditions mais pas la grandiloquence. Donc être Belge, c’est bien.

Pourquoi alors cet attrait pour la France ?

Pour l’efficacité, apparente, du système : là-bas, quand une décision est prise, elle est appliquée. Quand un problème est identifié, il est analysé et les solutions suivent. Exemples. Le (remarquable) ministre français de l’Enseignement, Jean-Michel Blanquer, aligne réforme sur réforme. Une étude vient démontrer que l’orthographe des petits Français est en régression ? Blanquer est le soir au JT pour annoncer des mesures concrètes. La lecture est défaillante ? Il soutient les belles expériences de son ami Alexandre Jardin. L’épreuve du Bac est contestée ? Son plan est prêt. Bravo.

En Belgique, c’est la galère. C’est toujours lent et compliqué. Exemples. Le Pacte d’Excellence est une opportunité unique de revitaliser l’enseignement francophone. Mais sa concrétisation est d’une infinie lenteur. Voyez aussi le dossier des allocations familiales qu’il fallait régionaliser à tout prix. Qui l’a demandé ? Les citoyens ? Non. Les familles ?  Non. Les enfants ? Non. Les francs-maçons… ? Non. Et pourtant, chaque petite Région aura son petit système avec ses petites nuances. Il a fallu des mois, des années pour mettre au point des systèmes différents. Qu’a-t-on gagné ? Rien. Pareil pour le code de la route, le commerce extérieur, désormais régionalisés.

Mobilisons-nous pour de grandes causes, pas pour des petites choses.

Invectiver n’est pas débattre

Avec la sagesse, le bon sens, la liberté, l’égalité, la fraternité et l’humanité qui le caractérisent, Pierre Hazette nous livre un article qui, dans une période cruciale, sort des sentiers battus.

Paul D.

Par Pierre Hazette, Sénateur honoraire, ancien ministre MR

Ce texte d’opinion a été publié ce 31 janvier sur le site du Vif/L’Express.

Je voudrais dire de la crise migratoire que le problème est trop grave pour être traité dans des termes outranciers.

Je crois utile aussi d’éviter les banalités. On sait bien que les migrations sont de tous les temps, qu’elles ont eu des effets constructifs, que les dernières, les plus significatives, ont créé les États de l’Amérique contemporaine. On a toujours émigré pour chercher des terres plus fertiles, un climat plus clément, pour échapper à la misère ou aux traitements inhumains. L’herbe était souvent plus verte ailleurs. Et il y avait de l’herbe, parfois à profusion. Ou pas…

Mon expérience africaine, qui a duré onze ans, m’a ouvert les yeux sur des perspectives inquiétantes. L’Afrique atteindra bientôt le milliard d’habitants. À la fin du siècle, ce nombre aura probablement doublé.

Les objectifs du millénaire ambitionnaient qu’en 2015, l’enseignement primaire soit dispensé partout et à tous les enfants. L’objectif n’est pas atteint. Emmanuel Macron vient de le rappeler à Davos : en 2015, il y avait, en Afrique, plus de 101 millions d’enfants qui étaient non scolarisés, dont 53 millions de filles.

Des centaines de milliers d’hectares de terres africaines ont été achetées par des États asiatiques. Ce n’est pas à l’évidence pour faire face aux besoins alimentaires des populations en expansion du continent que ces investissements ont été décidés.

Les changements climatiques vont affecter négativement les terres de culture ou d’élevage et les pénuries d’eau font partie aujourd’hui déjà de la détresse africaine.

Je peux parler d’expérience lorsque j’affirme que l’Europe et l’Amérique du Nord représentent pour les Africains l’espoir d’une réussite et d’une protection sociale, à laquelle ils ne peuvent prétendre dans leur pays. Faut-il insister : il y a l’océan entre les États-Unis ou le Canada et les côtes d’Afrique ! Aussi, la pression migratoire sur les pays de première ligne au sud de l’Europe n’en est qu’à ses premières manifestations.

Le déséquilibre démographique entre une Afrique prolifique et une Europe en voie de vieillissement constitue en soi un appel d’air permanent pour la jeunesse africaine. Ce déséquilibre explique la réaction de la Chancelière Angela Merkel devant l’afflux de migrants « Wir schaffen das. » C’est que l’Allemagne a besoin de main d’oeuvre.

Nous voilà peut-être au cœur d’un problème rarement abordé par ce biais. La Chine s’est hissée au rang de puissance planétaire parce qu’elle a eu l’audace de contrôler les naissances sur son territoire, en fonction des capacités qu’elle s’attribuait de nourrir sa population. On aurait tort de ne retenir que le caractère autoritaire et intrusif de ce contrôle de la fécondité naturelle. On n’en a vu en Europe que les contraintes atroces qui pesaient sur la vie des couples. Force est de constater malheureusement que le dirigisme chinois a contribué à recréer une nation puissante tant politiquement et diplomatiquement qu’économiquement.

Forts de cette observation, revenons en Afrique.

Trois facteurs me paraissent s’imposer au départ d’une démographie galopante.

Le premier est l’incertitude du lendemain. Elle persuade les parents de chercher leur assurance vieillesse dans la générosité espérée de leur progéniture.

Le second réside dans la pression religieuse. Celle-ci s’exerce au départ des mosquées, des églises ou des temples. La limitation des naissances n’est pas à l’ordre du jour : la contraception et l’IVG n’ont pas bonne presse.

 

Le troisième tient au déficit éducatif, particulièrement dramatique chez les filles. L’observation a été maintes fois commentée : le taux de fécondité des femmes africaines est inversement proportionnel à leur niveau d’éducation. Est-ce à cette relation que pensait Emmanuel Macron à Davos quand il enchaînait : « Entrepreneurs et investisseurs, quand vous investissez un euro en Afrique, investissez un euro dans l’éducation des jeunes filles » ?

Il n’est pas nécessaire d’importer le modèle chinois en terre africaine. L’urgence première presse les dirigeants européens dans deux directions.

La première conduit à une concertation entre la Commission de l’Union européenne et la Commission de l’Union africaine pour convenir d’une action commune de maîtrise de la natalité.

La seconde, dans le prolongement de la première, consiste à concentrer les actions de la coopération européenne sur l’éducation et l’enseignement, en n’oubliant jamais que la scolarisation des filles est une obligation sine qua non, préalable à l’octroi des subventions.

Les objectifs du millénaire eussent-ils été atteints et tous les adolescents, garçons et filles, seraient-ils porteurs du certificat d’études primaires, la partie ne serait pas gagnée pour autant. En effet, en Afrique comme ailleurs, la technologie, l’automation, l’expansion du digital imposent un cursus scolaire plus ambitieux et l’on y a plus besoin de cerveaux que de bras.

C’est dans la formation tout au long de la vie de leurs enfants que les parents africains s’assureront un peu du bien-être qu’ils attendent. Et dans ce domaine, le modèle allemand de formation duale est porteur d’espoir si les entreprises, petites, moyennes ou grandes décident de participer à l’élan de l’Afrique vers les défis contemporains. Les États, seuls, n’y arriveront pas.

Un tel programme n’est pas hors de portée de l’Union européenne, mais il faut y ajouter le volet religieux pour le rendre efficace. L’Église catholique a remis son destin entre les mains d’un homme ouvert aux problèmes du tiers monde. Il est inconcevable qu’il traite de la contraception avec la même rigueur que ses devanciers.

Si le Pape François appelait à un concile œcuménique toute la mouvance chrétienne et les autorités les moins contestables de l’islam, pour justifier et promouvoir le contrôle des naissances là où elles dépassent les taux de remplacement des générations, nul doute que la conscience européenne s’en trouverait soulagée à moyen terme.

Dans l’immédiat et le court terme, hélas, nous allons encore assister aux exclamations indignées des gens aux mains propres. Il leur est si facile de faire la grimace devant les mains salies par le cambouis de l’action quotidienne ! Les autorités qui gouvernent l’État ne peuvent fermer les yeux sur l’obstination des migrants en transit dans nos gares, nos aéroports, nos ports, nos aires de stationnement autoroutières, à refuser de demander l’asile, tout en réclamant le statut lié à celui-ci.

Les citoyens qui expriment leur solidarité avec des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants déracinés et en détresse, ne subissent pas les contraintes de l’état de droit. Ils doivent être informés du contexte juridique de leur action et, en même temps, félicités et remerciés pour leur humanité.

Le droit d’asile n’est pas remis en question en Belgique. Il s’applique dans des conditions que le gouvernement a l’obligation de faire respecter.

Roger Martin du Gard a résumé mon propos très clairement : « A un certain niveau de pensée, quand on est décidé à prendre en compte la vérité, il est difficile d’être de son parti, sans être aussi, un peu, de celui de l’autre. »

« SEPARATONS-NOUS… »

Par Georges-Henry SIMONIS

En 2016, j’avais écrit une petite plaquette sur « L’après-confédéralisme belge », partant du constat que la pression flamande se faisait chaque jour plus forte, de manière directe ou insidieuse, mais avec force et constance, et qu’il fallait réagir. Deux ans après, la situation ne fait que s’aggraver, avec la complicité active du Mouvement Réformateur, seul parti wallon ayant accepté d’entrer dans un gouvernement fédéral réunissant trois partis flamands : le principal, la NVA, parti nationaliste et séparatiste ; le Cd&V, vieux parti social-chrétien ayant produit la plupart des premiers ministres flamands depuis la guerre, et le VLD, parti libéral. Il y a aussi  d’autres mouvements séparatistes flamands…                                                                                              

Pour le prix de son ralliement, le Mouvement réformateur reçut du Roi la place de Premier Ministre, et les leaders de la NVA  et les autres partis flamands se répartirent la plupart des ministères d’importance : intérieur, justice, défense, immigration, affaires économiques : ils y exercent une influence déterminante.

Les choses ne risquent pas de s’arranger : le nord, nettement à droite, lance une exclusive radicale contre le sud plus à gauche avec qui il ne veut en aucun cas gouverner ! En outre, les contextes respectifs subissent de gros changements : une embellie économique conjoncturelle pourrait faire croire à la réussite du gouvernement actuel, en dépit de nombreuses fermetures d’entreprises et de reculs sociaux. Les antagonismes s’exacerbent. L’heure est résolument au séparatisme.

Récemment, la politique du gouvernement en matière d’accueil des réfugiés et des immigrés est apparue comme inhumaine, raciste et xénophobe, avec des renvois forcés de réfugiés dans des pays où ils subissaient tortures et mauvais traitements. Ou encore dans des projets de lois élargissant les perquisitions policières, ou pénalisant les personnes offrant bénévolement des aides humanitaires.

D’autre part, si la Flandre se rapproche à petits pas de la Hollande, la France retrouve une attractivité nouvelle (effet Macron ? Les francophones de Belgique auraient majoritairement voté « En marche » lors des dernières élections présidentielles françaises). Entre la Région Flamande et la Région Wallonne, le fossé continue de s’élargir. Heureusement, au centre du pays, sous l’impulsion des écologistes, Bruxelles semble vouloir se  constituer enfin en « Ville Région » autonome et gérée de manière plus moderne.

Derrière le sourire carnassier de Théo Franken, un des leaders de la NVA, se profile la menace d’un état fasciste : c’est l’heure de relire Hannah Arendt sur la montée du fascisme allemand, ou Umberto Eco sur l’avènement de Benito Mussolini en Italie. Il y a hélas tant d’autres exemples de « la banalité du mal »… La gangrène est une maladie contagieuse. Ainsi, un autre ministre, Carlo Di Antonio, cdh (« humaniste »!), francophone, envisage d’habiliter de simples citoyens pour constater les incivilités ou les atteintes à l’environnement… Ces agents devraient sévir en dehors de leur cadre de vie, comme pour faciliter les délations anonymes… On perçoit les dérives possibles. Des rafles existent déjà au parc Maximilien… Et la Justice est malmenée en tous sens… Le mal est profond et il faut s’en convaincre.                                                                                   

Même les loges maçonniques, d’ordinaire si discrètes, s’en émeuvent à juste titre. Plaise au ciel qu’elles nous rejoignent : Flamands et Wallons n’ont pas les mêmes valeurs. Qu’ils se séparent !

Vive la République !

Carrefour et le retour de Darwin

L’article qui suit est terriblement réaliste, mais il nous appartient de choisir dans quelle société nous voulons vivre. Personnellement, je veux vivre où l’Humain gardera la primauté et où le numérique aura la place que chacun de nous voudra bien lui réserver et non l’inverse.

Quant aux Etats dont le devoir est de s’occuper de celles et ceux qui perdent leur emploi, qu’ils adoptent des lois pour imposer des sociétés comme Amazone à la mesure des nombreux emplois qu’ils détruisent et du peu d’emplois qu’ils créent. Ici, permettez-moi de penser que le gouvernement français sera bien mieux placé que le gouvernement wallon ou fédéral belge  pour mener cette politique (les élus flamands qui seront toujours majoritaires au fédéral font peu de cas de ce qui arrive à « Carrefour » en Wallonie et à Bruxelles, cette dernière enseigne étant peu implantée en région flamande).

Pour une question de grandeur d’échelle, les mariages comme « la FNAC » et « DARTY » seront également plus aisés à réaliser avec la France.

Paul D.

Chronique d’Amid Faljaoui sur le site du « Trends-tendance »

29/01/18 à 10:25 – Mise à jour à 11:33

Amid Faljaoui nous parle de la triste histoire des licenciements de Carrefour. Il nous explique pourquoi les concurrents de Carrefour, les fameuses enseignes spécialisées, sont elles-mêmes en danger face à Amazon.

Dans la triste histoire des licenciements de Carrefour, Myriam Delmée, la responsable du syndicat Setca pour le secteur de la distribution a tout dit en quelques mots à mes confrères du « Soir ». À la question de savoir s’il y a trop de supermarchés, elle répond avec beaucoup de franchise: « J’en suis persuadée. Le marché est saturé, et on va nécessairement aller vers d’autres restructurations lourdes dans d’autres enseignes. » Voilà, tout est dit. Le reste de la discussion est important, mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est qu’une lutte syndicale pour obtenir les meilleures conditions de départ.

Souvenez-vous d’ING en 2017, et plus globalement dans ce secteur bancaire, les licenciements et autres départs ont été également motivés par la concurrence d’Internet.

Bien sûr, les FinTechs ou Amazon ne sont pas les seuls facteurs expliquant les difficultés du secteur bancaire ou du secteur de la distribution, mais la révolution numérique a accéléré la décision de se séparer de certains collaborateurs. Pouvait-on procéder autrement ? La question est hélas oiseuse, car aujourd’hui, un patron n’a malheureusement plus beaucoup de temps devant lui pour faire face aux changements. Auparavant, lorsqu’une nouveauté technologique arrivait sur le marché, la direction avait le temps de l’ausculter et de l’adopter. Actuellement, les innovations sur le Net vont trop vite pour laisser un patron choisir son temps de réaction. Il doit réagir vite, et fort, exactement comme le patron de Carrefour l’a fait six mois après sa nomination.

Si vous en doutez, Bill Gross, le fondateur d’un incubateur américain a calculé le nombre d’années qu’il fallait pour qu’un produit atteigne 50 millions de consommateurs. Le résultat est édifiant : l’avion a mis par exemple 68 ans avant d’avoir 50 millions de passagers, la voiture 62 ans, le téléphone 50 ans, la télévision 22 ans, et les distributeurs de billets 18 ans ! En revanche, You Tube s’est imposé en 4 ans pour avoir 50 millions d’usagers, Facebook en 3 ans seulement, Twitter en deux ans, et un jeu comme Pokémon Go s’est imposé en à peine 19 jours. Bref, pour atteindre 50 millions de consommateurs, nous sommes passés d’une durée de 68 ans à… 19 jours !

Dans le cas de Carrefour, la concurrence vient évidemment d’Amazon ou d’autres « pure players » comme Zalando, mais elle vient aussi des grandes surfaces spécialisées : les unes dans l’électronique, comme Media Markt, les autres dans le bricolage, le textile pour enfant, le sport comme Décathlon, les jouets ou encore l’ameublement. Mais toutes ces enseignes spécialisées sont elles-mêmes sous pression et sont parfois menacées de mort. Même un géant comme Decathlon doit faire face à la concurrence d’un Amazon. Je dirais même que le danger est encore plus grand pour les distributeurs qui n’ont pas leur propre marque et se contentent de distribuer des produits qu’on trouve à un clic de distance. C’est la raison pour laquelle la FNAC s’est mariée avec DARTY en 2017 par exemple. D’abord pour avoir plus de force pour négocier ses achats face à ses fournisseurs, ensuite pour créer des synergies et donc des économies d’échelle. Et toutes ces économies doivent servir à dégager de l’argent pour investir dans le numérique, sans quoi l’ogre Amazon vous avale tout cru.

Ironie du sort : le jour même du plan de restructuration de Carrefour, Amazon annonçait l’ouverture de son supermarché sans caisse

Voilà pourquoi, dans le secteur du jouet, des meubles, du jardinage ou du bricolage, les années à venir verront de nombreux mariages. Et les enseignes qui voudront rester célibataires auront les pires difficultés pour survivre. Quant à Carrefour et les autres distributeurs, leur avenir est déjà challengé par Amazon et son homologue chinois JD. La raison ? Tous les deux sont déjà en train de tester des supérettes sans caissières ! Grâce à l’intelligence artificielle, grâce à la reconnaissance faciale, et grâce aux données de votre smartphone, vous pourrez vous servir dans les rayons à votre guise et partir sans passer par une caisse. Arrivé chez vous, un email avec la facture de vos achats vous attendra. Utopie ? Nenni,  Amazon le fait déjà dans un supermarché à Seattle.

Ironie du sort, la direction d’Amazon a annoncé ce concept Amazon Go le jour même du plan de restructuration de Carrefour à Paris. C’est plus qu’un symbole, c’est un monde qui se meurt avec fracas pour faire place à un autre. Et sans doute ne faudra-t-il pas attendre 68 ans pour voir des supermarchés sans caissières fleurir partout.

Le banquier d’affaires Michel Cicurel a raison de dire que la course numérique s’accélère : c’est une urgence de fortifier les coureurs et de ne pas les freiner mais à condition également de soigner les blessés. Et ça, c’est le rôle primordial de l’Etat. Pour éviter que la révolution numérique ne soit considérée comme le retour de Darwin et ne provoque des révolutions.

Absurde, n’est-il pas ?

Par Georges Régibeau

La Belgique francophone a connu son janvier 68. Et comme à Paris, quatre mois plus tard, ce fut un électrochoc. Mais, entre ces deux vénérables institutions que sont la Sorbonne et l’Université catholique de Louvain, la distance n’aura jamais paru si grande. En finir avec le vieux monde, aux yeux des étudiants flamands qui battaient le pavé louvaniste, ce n’était pas se gargariser de joyeux slogans censés libérer les corps et les esprits. Pas de fête au quotidien, ni de communion fantasmée avec les innombrables victimes du capitalisme impérialiste et violent. Un slogan suffisait, mais c’était du lourd : « Walen buiten ». Les Wallons dehors. Les Wallons chez eux. Et, avec eux, la langue française.

Ce qui travaillait la Flandre en profondeur sortait comme un cri de révolte, obligeant les autorités religieuses et politiques à ouvrir les yeux. A l’Université de Louvain, le divorce fut aussitôt prononcé. La cassure s’étendit au Parti social-chrétien. Puis, très vite, ce fut le tour des autres formations politiques, incapables de maintenir leur unité « nationale ». Désormais, de part et d’autre de la frontière linguistique, légalement figée en 1962, les discours allaient devoir s’adapter à un électorat plus « communautaire », avec des intérêts divergents. La Belgique allait de plus en plus céder à une logique centrifuge. Après cinquante ans marqués par six réformes de l’Etat, sans compter un tas de mesures allant dans le même sens, et dans l’attente de la grande réforme suivante, on n’a pourtant pas l’impression que les médias « belges francophones » ont vraiment bien saisi la dynamique à l’œuvre en Belgique.

En témoigne l’éditorial publié le 17 janvier dans le Soir, signé Béatrice Delvaux. Comme on le lira ci-dessous, celle-ci a des accents qui feraient penser que la Wallonie ne doit pas avoir peur de se prendre en charge, en se trouvant par exemple un nouveau partenaire privilégié, qui lui conviendrait davantage et lui permettrait d’envisager sereinement l’avenir. Mais non, si elle en arrive à penser à de « nouveaux liens de solidarité », c’est pour revenir vers la Flandre. On n’est pas près d’envisager le vrai, le grand divorce. A chaque fois, les nationalistes flamands font hurler, puis on s’habitue, on leur dirait presque merci de nous avoir bousculés. C’est tout juste si on ne s’excuserait pas d’être aussi c…

La leçon qu’il faut tirer du « Walen buiten », selon Madame Delvaux ? Continuer à célébrer cette union parfois douloureuse et souvent compliquée avec la Flandre, en prévenant les coups par une plus grande souplesse, en sachant qu’il vaut mieux accompagner le changement que le subir, mais en répétant comme une évidence imparable qu’il serait absurde d’aller trop loin dans le processus de démembrement du pays car, bien sûr, tout le monde « sait à quel point le séparatisme est absurde pour certaines compétences ».

Absurde… On se demande où niche l’absurdité. A l’approche du carnaval, l’envie nous prend d’enfiler les habits de ce gaffeur d’Yves Leterme, alors Premier ministre, non pour sa mémorable et jouissive interprétation de la Brabançonne, confondue avec la Marseillaise, mais pour une très vilaine déclaration faite au journal français Libération, à propos des francophones de la périphérie, dont l’état intellectuel ne permettrait pas d’apprendre le néerlandais.

C’est une question que nous posons aux médias « belges francophones » : les Wallons sont-ils intellectuellement incapables de penser la fin de la Belgique ? 

Voici lédito de Béatrice Delvaux dans le Soir du 17 janvier :

Le « Walen buiten », humiliation et opportunité

Notre histoire commune de Flamands et de francophones reste hantée par des événements et des images du passé. Au rang de ce qui a construit les symboliques fortes de nos fractures communautaires, figurent les manifestations de janvier 1968 menées par des groupes d’étudiants dans les rues de Louvain et les saluts nazis de militants flamingants. L’émotion suscitée en Belgique francophone par le docu-fiction « Bye bye Belgium » doit beaucoup au souvenir de ces moments où les francophones ont eu l’impression d’être jetés dehors, expulsés de « leur » Belgique unitaire. « Walen buiten », « Walen go home » : quelle violence, quelle blessure, quel déchirement que cette répudiation publique ! Et quoi de plus fort pour marquer cette volonté de ne plus partager de destin commun, que la scission d’une université catholique vieille de 500 ans, concrétisée par la répartition des livres de la bibliothèque, et donc des savoirs, selon une méthode barbare : les numéros pairs pour l’UCL, les impairs pour la KUL. Le rejet de l’autre était devenu tel, que l’intelligence des élites ne pouvait même plus gérer la séparation : au plus vite au mieux, et bon débarras.

Ce « Walen buiten » et la scission de l’Université de Louvain semblait préfigurer une étape décisive dans la condamnation à mort d’un destin national, pour cause d’humiliations indélébiles. Or que constate-t-on cinquante ans plus tard ? Que les tragédies annoncées ne sont pas nécessairement au rendez-vous et qu’un mal considéré comme intolérable peut, au final, générer un bien. La seule évocation à l’époque de cette possibilité aurait été vue comme une trahison à la cause belge. Et pourtant, on se doit de reconnaître que le monde francophone et la Wallonie ont beaucoup gagné à l’installation en terres brabançonnes d’une université de très haut niveau. Les bénéfices pour le Brabant wallon, mais aussi pour les autres zones où l’UCL s’est implantée, sont considérables, tant en termes de production de diplômes que d’activité économique. L’UCL est aujourd’hui un pivot scientifique et intellectuel majeur, autour duquel se sont développées nombre d’activités économiques, médicales, architecturales, culturelles, sociales… La scission louvaniste a paradoxalement doté le sud du pays d’un moteur de développement autonome dont elle (sic) ne disposait pas et qui contribue aujourd’hui à son avenir. Charleroi tente tout aujourd’hui pour combler l’absence d’un tel outil.

On sait à quel point le « séparatisme » est absurde pour certaines compétences, mais on se doit aussi de reconnaître que dans certains cas, l’autonomisation de certaines entités ou activités profite à des régions forcées de retrouver une dynamique propre. Deux leçons donc, cinquante ans plus tard : il faut négocier ces tournants à temps, dans la lucidité plutôt qu’en y étant forcés dans la violence, mais il faut avoir la sagesse d’enterrer les haches des guerres passées pour reconstruire de nouveaux liens et solidarité, comme l’ont fait récemment et très intelligemment KUL et UCL.

Langue et culture

De manière générale, les Flamands ont tout à fait raison sur le plan culturel . Ils ont un tropisme à l’égard des Pays-Bas. C’est normal, surtout que la césure catholique/protestant n’a plus lieu d’être. Problème : le Néerlandais considère les Flamands comme des ploucs. Quid de la synergie dans le Limbourg bi-national (enfin, « national »….?)

Extrait sur internet : Claude Lévi-Strauss, « Linguistique et anthropologie » (1953), in Anthropologie structurale, Éd. Plon, 1958, p. 78-79.

« Le problème des rapports entre langage et culture est un des plus compliqués qui soient. On peut d’abord traiter le langage comme un produit de la culture : une langue, en usage dans une société, reflète la culture générale de la population. Mais en un autre sens, le langage est une partie de la culture ; il constitue un de ses éléments, parmi d’autres. Rappelons-nous la définition célèbre de Tylor, pour qui la culture est un ensemble complexe comprenant l’outillage, les institutions, les croyances, les coutumes et aussi, bien entendu, la langue. Selon le point de vue auquel on se place, les problèmes posés ne sont pas les mêmes. Mais ce n’est pas tout : on peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique puisque c’est surtout au moyen du langage que l’individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l’enfant par la parole ; on le gronde, on le flatte avec des mots. En se plaçant à un point de vue plus théorique, le langage apparaît aussi comme condition de la culture, dans la mesure où cette dernière possède une architecture similaire à celle du langage. Une et l’autre s’édifient au moyen d’oppositions et de corrélations, autrement dit, de relations logiques. Si bien qu’on peut considérer le langage comme une fondation, destinée à recevoir les structures plus complexes parfois, mais du même type que les siennes, qui correspondent à la culture envisagée sous différents aspects. »

Le Peuple Français serait enchanté de la perspective d’un rattachement mais les sondages à ce sujet sont relativement anciens. Mais les élites françaises ?

Christophe

Pourquoi cacher la vérité ?

Un billet de Claude Roland

Côté Wallon et francophone, on ne veut pas croire à l’union Flandre & Hollande.  « Vlaams en Hollanders samen » chante-t-on en Flandre.

Et pourtant ! Les politiques flamands ont bien invité le général en chef des forces néerlandaise à la VRT qui est venu plaider l’achat du F35 dans le cadre d’un rapprochement avec les forces néerlandaises. Un rapprochement qui s’oriente vers une fusion, comme c’est la cas avec la marine.

La fusion des ambassades est aussi une réalité. C’est bien le drapeau hollandais à côté du belge qui est à l’ambassade du Congo.

La restauration de l’image du roi Guillaume d’Orange est en cours en Flandre, on ne se cache plus pour regretter officiellement la révolution belge.

C’est vrai que la « RTBF », « RTL », ou « Le Soir » en disent peu. Mais dans les Ardennes et même au barrage de l’Eau d’Heure naissent des espaces « alleen voor nederlands en vlaams ».

La réalité est bien là.

Les tares de la démocratie ne doivent pas conduire aux extrêmes

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Invoquer les dérives de la démocratie, ses tares même, toutes bien réelles, pour en appeler à des extrêmes qui, de toutes façons, les uns comme les autres, ont déjà fait leurs mauvaises preuves, c’est se résigner à la facilité et établir une curieuse hiérarchie entre les uns et les autres.

Brandir la peur, même parfaitement justifiée, du péril rouge, réel ou virtuel comme le P.T.B., ne suffira jamais pour convaincre que le péril brun est préférable, ni à court ni à moyen terme.

Si la démocratie ne fonctionne plus, ou mal, si ses représentants sont devenus méprisables parfois, changeons-la.  Cela n’appartient qu’à nous de nous engager après nous être indignés… Mais l’indignation ne peut être à sens unique, sauf à perdre toute crédibilité !

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde