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Invitation

Chères Amies,

Chers Amis,

J’ai le plaisir de vous inviter à la réunion du Conseil général élargi de notre association, fixée le samedi 16 novembre à partir de 10 heures au restaurant Les Tanneurs (13, rue des Tanneries à 5000 Namur).

L’ordre du jour est le suivant :

1. Attribution du titre de Président d’honneur de l’AWF à Paul Durieux.

2. Tour de table sur la situation politique belge actuelle (Région wallonne, Fédération Wallonie-Bruxelles, Etat fédéral).

3. Détermination des actions à mener à court, moyen et long termes.

4. Appel aux contributions pour le site de l’AWF et les réseaux sociaux auxquels elle est affiliée.

5. Divers.

Par ailleurs, pour ceux qui le souhaiteraient, les discussions pourront se prolonger autour d’un déjeuner où, pour un montant de 32 euros, vous pourrez vous délecter d’un apéritif, de mises en bouche, d’un plat (filet de cabillaud ou grillade de bœuf, à choisir par vous), de vin, d’une assiette de desserts de la maison et d’un café ou d’un thé. Si vous souhaitez participer à ces agapes, je vous remercie d’en informer notre ami Paul Mélot (tél. : 086.21.15.76 ; boîte de messagerie : paulmelot1@gmail.com) et de verser sur le compte bancaire de ce dernier (BE69 0639 9803 7378), pour le 8 novembre au plus tard, un montant de 32 euros par personne désirant déjeuner. Merci d’accompagner votre versement du choix du plat en communication. Je me permets également d’insister sur le fait qu’en cas de désistement après le 13 novembre, le prix (que nous avons négocié avec le restaurateur pour qu’il soit compétitif) sera facturé à l’association et que, par conséquent, aucun remboursement ne pourra être opéré après cette date. Je vous remercie déjà de votre compréhension.

Je me réjouis de vous revoir à cette occasion et d’échanger sur les thèmes qui nous tiennent à coeur.

Bien cordialement,

Nicolas Thirion

Lettre au professeur Michel Quévit

Mon mail au professeur Michel Quévit :
« Bonjour Monsieur Quévit,

Je suis un de vos anciens étudiants de la fin des années 80, à l’époque où j’étais un belgicain convaincu, parfois fâché contre les dirigeants wallons incapables de redresser la Wallonie. Début des années 90, j’ai participé à une vaste manifestation à Bruxelles pour le maintien du pays. Nous étions principalement des francophones…

Depuis, j’ai lu vos travaux sur ce que j’appellerais les « transferts sud-nord » et ai compris à quel point la Wallonie a été maltraitée par la Belgique flamande.

C’est lorsque la Wallonie eut besoin des moyens d’une politique industrielle permettant de transformer son économie, que la régionalisation des compétences en la matière a été réalisée, sans transférer bien entendu les moyens qui auraient alors été nécessaires.

Aujourd’hui, je suis devenu un séparatiste convaincu. Le confédéralisme souhaité par la Flandre conduira inéluctablement la Wallonie à devenir une forme de colonie flamande et les wallons, des belges de second rang. La Flandre, à l’étroit sur son territoire, investira en Wallonie, mais rapatriera les plus-values en Flandre.

Bien entendu, au regard du niveau d’endettement de la Wallonie, de l’endettement de la Communauté française, de l’endettement du fédéral, on comprend aisément que les francophones, bruxellois ou wallons, seront parfaitement incapables de dégager les moyens d’un réel redéploiement économique sauf à passer par un libéralisme excessif qui laisserait énormément de gens sur le bord de la route pendant de très nombreuses années.

Les partis politiques francophones sont hypocrites et menteurs. Aucun ne dit la vérité. Il est vrai que le système belgo-belge est particulièrement généreux avec eux et avec leurs mandataires (financement public des partis, mandats à profusion grassement rémunérés,…). Je ne vois poindre aucun Homme d’Etat au sein de ces partis. Et pourtant, c’est dont la Wallonie aurait le plus besoin.

In fine, je ne vois qu’une et une seule issue pour le wallons : la FRANCE. Ce serait non seulement un choix de raison, ouvrant à la Wallonie le marché français au développement économique de ses petites et moyennes entreprises, mais aussi un choix de cœur. Les wallons partagent avec la France bien plus que la langue. Ils sont pétris de culture française.

Je ne sais pas si vous lirez ce mail, mais cela m’a fait plaisir de vous l’écrire. Et si au demeurant, vous aviez encore la force de quelques apparitions médiatiques pour remettre, en ces temps d’acharnements flamands, l’église au milieu de Village, je vous en serais reconnaissant.

Portez-vous bien.

Cordiales salutations.

Frédéric BAEYENS

Tout va très bien… (air connu)

Par Paul Mélot

Au moment où le CERPE (UNamur) dévoilait les résultats de son étude relative à la dette de la Communauté française, le ministre du budget (Flahaut) se fendait d’un communiqué où il disait que « les conclusions sont favorables, rassurantes. La situation est sous contrôle. Nous pensons qu’elle va s’améliorer d’année en année ». Voulait-il faire de l’humour ou s’est-il pris les pieds dans le tapis ou bien le joint était-il superpuissant, d’autant que la dette de la C.F. suit une évolution claire : en 1999, 3,03 milliards d’euros; en 2009, 4,49; en 2019, 8,35; en 2024, 11,94 milliards d’euros

Vont arriver progressivement les dépenses suivantes : cotisation de responsabilisation des pensions (450 millions d’euros), démographie (200 millions), enseignement supérieur (300 millions), formation des profs (669 millions), pacte « d’excellence » (306 millions).

Comme on le voit « la situation est sous contrôle et cela va s’améliorer d’année en année »… Et de bien belles années attendent TOUS les secteurs de la Communauté française  !!!!! (culture, enseignement, maisons de justice, etc…)

Ce qui n’a pas été reprécisé, c’est l’élément de la cotation de l’agence MOODY’S  (mars 2019), qui rétrograde la notation de la Communauté française de Aa1 à Aa3. Il était nécessaire de le rappeler…

Ainsi les choses ont-elles débuté en Grèce…

Petit compte-rendu de notre A.G. du samedi 11 mai

Le Président sortant, Paul DURIEUX, préside notre A.G. et remercie le public qui a tenu à y participer. Il remercie tous les membres et soutiens de notre mouvement citoyen pluraliste et adresse de chaleureuses félicitations à celles et ceux qui au long de ses 9 années de présidence n’ont pas compté leur temps pour que progresse l’A.W.F. en prenant des responsabilités au sein du Conseil Général et/ou du Bureau Exécutif. Il adresse un merci tout spécial à celles et ceux qui ont accepté que leur nom figure sur notre site (www.alliancewalloniefrance) dans le groupe de parrainage de notre mouvement. Il trace ensuite la genèse de l’A.W.F. et rappelle que dès 2017, il avait prévenu les membres du Conseil Général de sa volonté de ne plus se représenter à la présidence et de la nécessité de trouver un candidat plus jeune dont les qualités permettent à l’A.W.F. de pérenniser son existence et de se développer tout en gardant son caractère de mouvement pluraliste qui réponde à un certain nombre de Valeurs que nous partageons avec Celles de la République française.

Il cède ensuite la parole au candidat à la présidence, M. Nicolas THIRION, Professeur en droit économique à l’Université de Liège.

En un discours remarquable de clarté et de concision, le candidat se présente à l’Assemblée et trace les grandes lignes de ses aspirations. (*)

Les membres de l’A.W.F. sont appelés à voter (pour rappel, nos statuts actuels ne permettent pas le vote par procuration).

Afin que le vote pour élire les membres du Conseil Général et celui pour élire le Président coïncident dans le temps (mandat de deux ans), il est proposé deux votes distincts :

a) l’A.G. vote la prolongation d’un an du mandat des Conseillers Généraux à l’unanimité.

b) le vote pour l’élection du Président a lieu à bulletins secrets. M. Nicolas THIRION est élu à l’unanimité .

L’ A.G. et le Président sortant applaudissent chaleureusement le nouveau Président. De toute évidence, son discours introductif a convaincu l’ensemble des membres de l’A.W.F.

Par une brève allocution, Nicolas THIRION remercie l’Assemblée pour la confiance qu’elle a décidé de lui témoigner. Il répond ensuite avec précision aux questions que lui posent plusieurs membres. M. Jacques LENAIN qui nous a fait l’amitié de nous rejoindre intervient avec lucidité pour nous rappeler les conditions à remplir pour que notre projet d’Intégration-Autonomie de la Wallonie au sein de la République française ait une chance d’aboutir.

Le Président de séance donne ensuite la parole au Professeur H.E.C. Jules GAZON qui réussit la gageure de tracer en 30 minutes la situation économique et sociale actuelle de la Wallonie et les perspectives qui attendent notre Région par rapport à la situation politique belge. Les résultats des élections du dimanche 26 mai ne viendront que confirmer les affirmations exprimées par le Professeur GAZON.

L’ A.G. se termine par le verre de l’amitié offert à tous les participants.

(*) Prochainement, M. Nicolas THIRION s’adressera à vous sur ce site.

LETTRE OUVERTE AUX WALLONNES ET AUX WALLONS FIERS DE L’ÊTRE

Par Pierre HAZETTE, citoyen inquiet, ancien ministre

Chère Madame, cher Monsieur,

Chers compatriotes,

Rassurez-vous : je ne vous écris pas pour vous inviter à ne plus aimer la Belgique, mais pour vous donner quelques raisons, tirées de l’expérience, d’aimer et d’aider la Wallonie.

Notre Belgique, petit royaume créé par les vainqueurs de Waterloo et, une fois rapetissé, pris en charge, une quinzaine d’années plus tard, par un aristocrate allemand, a réussi à être plus grande que ne le laissait prévoir l’exiguïté de son territoire.

Elle a colonisé un empire au cœur de l’Afrique; elle a joué un rôle majeur dans l’industrialisation de l’Europe; elle a pesé du poids de diplomates remarquables pour créer le Marché Commun, puis l’Union Européenne; au départ d’une production industrielle de qualité, elle a créé un filet de sécurité sociale efficace; elle a défendu avec succès la liberté de pensée et d’expression, la liberté de choisir sa religion ou de n’en point choisir, d’en changer ou d’y renoncer; elle a réussi à mettre l’enseignement et la formation de tous les niveaux en libre accès, sans distinction de sexe, pour tous les enfants, tous les adolescents, tous les jeunes gens, tous les adultes; elle a inscrit dans sa Constitution l’égalité entre l’homme et la femme ; elle s’est dotée d’une justice impartiale et équitable; les centres de recherche de ses universités, de ses entreprises, les découvertes de  ses savants et de ses chercheurs la signalent positivement aux yeux du monde; sa production littéraire, grammaticale, musicale, artistique, cinématographique, journalistique n’est pas en reste ; elle excelle aujourd’hui dans des disciplines sportives de renom mondial; elle organise à intervalles réguliers des élections sur un mode incontestablement démocratique, qui lui permettent de sanctionner l’action de son gouvernement.

La Wallonie, notre Wallonie a pris une place considérable dans cette histoire.

Au siècle dernier, comme la plupart des pays d’Europe, la Belgique a souffert de deux guerres sanglantes et monstrueuses.

Elle en est sortie dans le camp des vainqueurs, mais elle porte aujourd’hui encore les stigmates de ces conflits : des divergences graves ont révélé la distanciation de deux opinions publiques : à travers une consultation populaire sur la question royale, puis sur la condamnation et la répression des actes de collaboration avec l’envahisseur. Ces dissentiments laissent encore des traces : les oppositions se sont exprimées avec véhémence lors du débat d’investiture du Gouvernement en 2014.

Pourtant, une fracture bien plus lourde de conséquences s’est révélée au milieu de la décennie dorée, connue sous l’appellation de golden sixties. Il faut en chercher la survenance dans les chiffres austères du Produit Intérieur Brut. Pour la première fois depuis l’indépendance, le revenu individuel des Flamands dépassait celui des Wallons.

L’industrie traditionnelle qui avait fait la richesse du sillon Sambre et Meuse et, par l’effet de la solidarité nationale, celle de la Belgique entière, a raté le rendez-vous de la modernité. La sidérurgie, les verreries, les manufactures lainières, les charbonnages sont devenus déficitaires avant de sombrer. L’agriculture est restée confinée dans les productions traditionnelles.

Dans le même temps, les activités portuaires d’Anvers et de Zeebruges prospéraient et irriguaient un Hinterland qui accueillait des entreprises chimiques, des chantiers navals, des constructions d’automobiles, des petites et moyennes entreprises, intelligemment, orientées par le Boerenbond vers le secteur agro-alimentaire et, malencontreusement, vers les productions hors sol.

La prospérité flamande prit plusieurs formes : elle accompagna une authentique révolution culturelle. Le français perdit sa suprématie sur la vie intellectuelle et culturelle. La langue néerlandaise remplaça les dialectes régionaux ou locaux ou s’y superposa. L’opinion fut alertée par le montant des transferts financiers qui, sous l’égide d’une Belgique solidaire, allaient à flots récents mais continus du nord au sud. Le dénigrement n’était pas loin : le Wallon prétendument installé dans son hamac, chômeur professionnel, malade imaginaire et, si souvent, gréviste, offrait au Flamand l’occasion rêvée de faire payer aux francophones du nord, du centre et du sud du pays, le complexe de supériorité que ces derniers affichaient avec arrogance depuis la création de l’Etat belge. Aux yeux des Pères fondateurs, le pays né en 1830 ne pouvait être que francophone.

Mais nous étions à portée de vue de la fin du XXème siècle. Le conflit linguistique allait s’accentuer au rythme de l’expansion économique de la Flandre. La distance était ténue entre la fierté et l’identité culturelles revendiquées à juste titre et le nationalisme haineux. On entendit, à la tribune de la chambre des Députés, un extrémiste souhaiter « que crève la Belgique ». L’imprécation devint slogan : « België barst ! »

Dans ce raccourci historique, une date est à retenir :

1999

Il y a vingt ans, le parlement flamand se prononçait à la quasi-unanimité pour transformer l’Etat fédéral en un Etat confédéral. Dans sa résolution, il s’agissait de donner tous les pouvoirs aux régions. Celles-ci, Flandre, Wallonie, Bruxelles, décideraient souverainement des compétences qu’elles délégueraient à ce qui resterait de l’Etat central. Dans ce système, les régions seraient responsables de leurs dépenses comme de leurs recettes. La Wallonie, appauvrie par les bouleversements du XXème siècle, imprudente dans la gestion de son budget, s’est laissé entraîner dans un programme de diminution des transferts financiers qui portera ses fruits vénéneux en 2025 : elle y perdra 620 millions par rapport à la situation actuelle. Or, elle est aujourd’hui endettée à hauteur de 21,4milliards pour l’exercice de ses compétences propres ; elle a inscrit 13,819 Mds en recettes 2019 et 15,076 Mds en dépenses.  L’endettement s’accroît donc de 1,25 Mld sur l’année en cours.

2025, c’est demain et demain pourrait être un cataclysme.

La campagne électorale de 2019 n’a rien révélé de l’urgence majeure : des partis wallons ont annoncé des services gratuits et des diminutions du temps de travail. Pas de quoi mériter un brevet de bonne gouvernance ! Pas non plus d’analyse lucide des échos qui venaient du parti majoritaire en Flandre.

Les nationalistes, qui ne renient pas leur projet indépendantiste et pronostiquent la fin de la Belgique en 2025, se voulaient rassurants : leur hyper-président revendiquait le leadership du gouvernement flamand. Quant à la fonction de Premier ministre du gouvernement fédéral, elle serait sollicitée par le numéro 2 du parti. Un politologue, bravant l’engagement indépendantiste de la NVA, les résultats des récentes élections communales et provinciales, comme les intentions de votes révélées par les instituts de sondage, estimait bravement qu’il n’y a pas plus de 5% de Flamands qui souhaitent l’indépendance de leur Région.

Comment analyser ces messages apparemment contradictoires ? Si on excluait toute volonté de bienveillance des nationalistes flamands à l’égard des Wallons « se prélassant dans leurs hamacs », selon le mot du candidat Premier ministre, il restait une hypothèse plus que vraisemblable :

LE PIEGE SE REFERME SUR LA WALLONIE

A situation inchangée, c’est à dire, à défaut de découvrir un filon d’or dans le Borinage, la Wallonie sera confrontée à un endettement insupportable et comme la dévaluation est désormais impossible, il reste trois pistes qui se rejoignent d’ailleurs : la suppression de dépenses à choisir pour leur faible rendement, la diminution de celles qui ne pourraient être évitées et l’augmentation, jusqu’à l’asphyxie, de la fiscalité.

Il n’est pas certain que la conjonction de ces trois moyens suffise à convaincre les institutions financières d’alourdir par de nouveaux emprunts la dette wallonne. Ce ne serait, d’ailleurs pas une solution, mais l’aggravation du problème. La Commission européenne ne manquerait pas d’y mettre son veto.

Revenons à la fiscalité.

C’est ici, en effet, que la Flandre escompte son bénéfice et que la NVA, pour le lui assurer, entend mener à la fois la politique régionale et fédérale, celle-ci favorisant celle-là. Sans modification de la Constitution, la Flandre compte bien profiter de l’arrivée des entreprises wallonnes qui fuiront l’impôt avec d’autant plus d’empressement que les avantages fiscaux leur seront promis par un gouvernement flamand riche des moyens financiers qu’il ne devra bientôt plus à la solidarité nationale. Si les propositions débattues dans la campagne électorale et visant l’aggravation des droits de succession devaient se réaliser, les investissements immobiliers auraient tôt fait de prendre, eux aussi, les chemins du nord.

On peut augurer que les centres de recherche, les chercheurs, les savants se verront offrir des conditions de travail et des rémunérations auxquelles on ne résiste pas. Les terres agricoles seront rachetées par de grands groupes flamands et l’industrie agro-alimentaire prospérera au bénéfice des sièges flamands. Le jambon d’Ardenne sera produit sur la terre d’élevage et dans ses fumoirs, mais il sera commercialisé par une société limbourgeoise ou malinoise.

 SI PIEGE IL Y A, PEUT-ON L’EVITER ?

J’ai invité Wallonnes et Wallons à aimer et à aider la Wallonie. Il n’y avait pas de smiley au bout de ma phrase. Mais l’optimisme n’est pas inconditionnel.

Commençons par les dépenses à faible rendement.

Notre Région de 3,5 millions d’habitants est administrée au plus près des citoyens par l’organisation des services communaux. La responsabilité politique en incombe à une assemblée délibérante, le Conseil communal, renouvelé tous les six ans. Le pouvoir exécutif est exercé par le Collège communal, qui représente la majorité des élus communaux. Le CPAS (Centre public d’action sociale) a en charge les problèmes sociaux des citoyens, en relation avec le Collège.

La tutelle des Communes et la politique générale de la Région peuvent être assurées par un Parlement d’une cinquantaine de Député(e)s et un Gouvernement de sept ou huit personnes.

Précisons, en passant, que l’immunité parlementaire sera supprimée dans les cas de présomption sérieuse de corruption.

On l’a compris : la suppression des Provinces signifie la fin des cinq députations provinciales et des cabinets qui assistent les députés provinciaux. Parmi les milliers de fonctionnaires provinciaux, il va de soi que le personnel des écoles provinciales sera assuré de garder son emploi sous l’administration régionale. Les agents administratifs ou le personnel technique et ouvrier seront prioritairement affectés, après audit, au suivi des dossiers qui passeront des provinces à la Région. Sur le territoire wallon, des services aussi essentiels que l’administration de la justice, de la police, des écoles ou des finances, l’entretien des domaines et des bâtiments publics trouveront, dans le personnel provincial libéré, la réponse à des problèmes récurrents que la presse illustre chaque semaine. Il y aura aussi des pertes d’emplois, mais la quantité ne peut en être déterminée a priori et des cellules de reconversion en atténueront l’effet. Il y aura aussi des édifices prestigieux qui se videront. On peut imaginer que des Palais provinciaux remplaceront avantageusement des « palais » de justice décrépits.

Passons à un autre niveau.

Depuis près d’un demi-siècle, les matières culturelles, d’abord, puis l’enseignement, sous l’empire d’une loi de financement calamiteuse, la protection de la jeunesse, la prévention des maladies, les relations internationales de la Communauté française sont traitées par une assemblée réunissant francophones de Wallonie et de Bruxelles. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour que ces matières soient transférées aux deux Régions, dont la fédération est de peu d’utilité. Un accord de coopération doit suffire à traiter en commun ce qui doit l’être. Ainsi le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles quitterait la scène politique belge, en même temps que le gouvernement responsable devant lui. L’économie, attachée à cette montée en force de la Région se lit dans le budget de cette assemblée qui n’a pas réussi à créer entre les francophones du pays le lien fort et invincible dont ils avaient besoin.

C’est une autre dépense de rentabilité contestable que le démantèlement de l’ex-Communauté française amène dans le champ des réflexions. L’Institut public de radio-télévision coûte cher. Or, en 1999, le gouvernement de cette Communauté a signé avec la France un accord de coopération qu’il conviendrait d’adapter aux réalités. La Wallonie prendrait la place de la Communauté comme entité co-contractante et négocierait un créneau dans les chaînes publiques françaises pour rendre compte de l’actualité wallonne. Pour le reste, le nombre de téléspectateurs francophones de Belgique fidèles aux programmes français, aujourd’hui déjà, démontre que nous prendrions-là la voie d’économies indolores.

Les défenseurs irréductibles du service public devront aussi faire montre d’une force de persuasion peu commune pour démontrer que le transport par autobus est d’une efficacité reconnue par tous les usagers, quand ils sont abandonnés sur les trottoirs pour satisfaire les revendications des grévistes des TEC. Si l’OTW s’appliquait à rédiger un cahier des charges reprenant tous les services attendus d’un acteur majeur de la mobilité, soumettait ce cahier à la délibération du Parlement, puis invitait les transporteurs privés à soumissionner, dans le respect des règles de la concurrence, la Wallonie, sous le contrôle d’un Office moins politisé, y perdrait moins d’argent et les citoyens, moins de temps.

Poursuivons maintenant par une réflexion sur les dépenses indispensables à la Renaissance wallonne.

La Wallonie, responsable de l’éducation et de l’enseignement, depuis les crèches jusqu’aux Universités, ne peut plus se prétendre prisonnière de l’histoire de Belgique et de ses guerres scolaires.

La prise en charge de la petite enfance et l’enseignement fondamental seront assumés au plus près des familles, c’est à dire par l’autorité communale. Le subventionnement des initiatives tant publiques que privées sera assuré par la Région sur la base du principe constitutionnel d’égalité. Il appartiendra au pouvoir communal de vérifier que l’enseignement à domicile est dispensé dans le respect des programmes et des règlements d’hygiène et de sécurité.

Dans le souci de réduire les distances à parcourir par les élèves et de concentrer les moyens éducatifs et le matériel pédagogique, l’enseignement spécialisé, primaire et secondaire, l’enseignement général, technique et professionnel seront organisés sous forme pluraliste, soit par des pouvoirs publics, soit par des associations privées. L’accès aux cours de religion donnés sous la responsabilité des autorités des cultes reconnus sera facilité par le Gouvernement régional. Un cours de philosophie adapté à l’âge des élèves sera organisé aux frais de la Région dans toutes les écoles.

La formule permet de respecter le choix des parents et dispense le pouvoir de consentir des dépenses hors de proportion pour assurer le libre choix des religions, même quand les parents d’un seul élève le réclament.

Cette proposition qui rompt avec la tradition et les conventions du pacte scolaire doit être soumises à la concertation des parties concernées.

Il doit être entendu que toute institution scolaire reconnue d’utilité publique bénéficiera, sur pied d’égalité, de la prise en charge des traitements, des subventions régionales à la construction et au fonctionnement, dans la limite des moyens budgétaires de la Région.

Si nous partons du point de vue que nous sommes, nous Wallons, plus riches de temps que d’argent, il est urgent que nous nous organisions pour créer autour de nos écoliers, élèves ou étudiants, avec des citoyens dûment motivés, une société éducative dont je vais tenter d’esquisser les contours.

FIERS D’ETRE WALLONS

Ce titre m’est fourni par « Le chant des Wallons »

Il y eut un temps, en effet, où, après en avoir énuméré les raisons, nos ancêtres disaient leur fierté, sans agressivité, sans nationalisme.

Et si nous refaisions le même parcours ?

Nos entreprises de haute technologie brillent, notamment, dans le domaine de l’aéronautique et de l’armement. La qualité de notre eau souterraine donne, à nos bières et à notre whisky, une notoriété mondiale, qui rejaillit avec bonheur sur nos vins et mousseux.

Le lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris, un convoi de poutres en lamellé-collé démarrait d’Etalle pour consolider l’édifice sinistré.

Dans l’industrie de la chaux, on parle peu de la transition énergétique, mais on s’y immerge en ouvrant un immense deuxième champ de panneaux photovoltaïques. L’exploitation énergétique de la biomasse concurrence l’industrie sucrière au moment où la culture de la betterave régresse.

L’exploitation des épaves de voitures montre un savoir-faire, doublé d’une ingéniosité peu commune. Un industriel réalise des prouesses dans le nettoyage des rues.

Dans la biotechnologie, nos universités ont ouvert la voie à des entreprises de haute performance, confirmant la vocation de nos chercheurs et entrepreneurs dans la production de médicaments.

Nos carrières, confrontées au repli de la sidérurgie, ont adapté leurs productions de calcaire et de chaux à de nouveaux besoins des industries chimiques.

La production agro-alimentaire met sur le marché des fromages, mais aussi des pâtisseries ou des sauces qui, revêtues de la certification hallal, conquièrent les pays musulmans.

La configuration de la Wallonie invite aussi à l’optimisme : la Région est couverte d’établissements d’enseignement supérieur en connexion avec des Universités et des Facultés en relation étroite avec des centres de recherches et des hôpitaux qui assurent à la fois la qualité des soins et leur proximité.

La Wallonie s’est inscrite dans une stratégie réussie de transport multimodal. Les aéroports de Charleroi et de Liège sont connectés avec les autoroutes et voies ferrées et, pour ce qui concerne Liège, on y ajoutera la voie d’eau et un port fluvial aux dimensions européennes.

Les changements climatiques et, notamment, la récurrence des sécheresses illustrent le potentiel extraordinaire de la Wallonie au sens où elle repose sur des ressources en eaux souterraines abondantes qui pourraient devenir une richesse convoitée dans les saisons qui s’annoncent.

Le tourisme se présente sous des dehors favorables dès lors que la couverture forestière et les prairies donnent une touche verte aux excursions et promenades, motivées par la recherche de sites naturels ou architecturaux remarquables. Ce n’est pas un hasard si les parcours de golf s’y multiplient.

Hors de tout préjugé, la pêche en rivière et la chasse sportive apportent, elles aussi, un attrait supplémentaire à l’industrie hôtelière et aux restaurants qui rivalisent de prouesses gastronomiques.

Une rengaine populaire du siècle dernier a parfois symbolisé la morosité des Wallons devant la gloire perdue : « Ley’m ploré. .. » (Laissez-moi à mes larmes). A vrai dire, si on le veut, les larmes ne sont plus de mise. Les conditions pourraient être réunies, au contraire, pour annoncer la renaissance wallonne.

Quand nos soldats étaient redoutés sur les champs de bataille de l’Europe féodale, quand nos maçons construisaient le réseau ferroviaire russe, quand nos ouvriers de l’acier implantaient la sidérurgie en Suède, ils devaient leur succès à leur professionnalisme. On appelait cette qualité d’un autre vocable.

C’était le devoir d’état.

L’expression a été rappelée par un Général français qui honorait le sacrifice de deux commandos d’élite, tués dans le combat qui libéra quatre otages au Burkina Faso en ce mois de mai 2019. Le devoir d’état est l’obligation morale incontournable d’accomplir, au mieux de ses possibilités, la tâche pour laquelle on est reconnu apte et compétent et dont on tire sa rémunération. C’est exactement l’image inversée du statut de ces administrateurs de l’intercommunale Publifin qui étaient rémunérés sans avoir à siéger. Tolérer cette aberration scandaleuse, c’est faire injure à celles et ceux, et ils sont heureusement nombreux, qui font honneur à leur devoir d’état.

Inévitablement, dès que le devoir d’état est reconnu comme la base de la bonne organisation de la société, se pose le dilemme de l’agent des services publics : son service au public est l’essence de son devoir d’état.  Peut-il, sans trahir ce devoir, abandonner ses élèves, à l’appel de son syndicat l’invitant à la grève ? Peut-il quitter l’hôpital sur injonction syndicale ? Peut-il, sans même une couverture syndicale, refuser de démarrer son autobus le matin et exposer les usagers à des problèmes parfois, souvent même, insolubles ? Le respect du devoir d’état n’éteint pas le droit de grève dans les services publics ; il crée un contexte particulier dont le principe fondamental est que dans un service public, jamais le public ne peut être pris en otage par la grève. Il faudrait graver ce principe dans la pierre des tours où sont censés travailler les fonctionnaires aiguilleurs du ciel.

Max Léo Gérard, ancien ministre des Finances, écrivait : « On peut concevoir le rendement d’une administration, comme représenté par le rapport de la production en un temps donné au coût des services pendant le même temps »

Voilà une base concrète à l’évaluation objective des fonctionnaires et un appel à une innovation que les acteurs économiques, empêtrés dans les arcanes administratifs attendent comme un puissant stimulus à l’investissement.

Il faut donc innover et créer, par exemple, une instance de conciliation qui entendra les revendications portées par les syndicats, analysées par les pouvoirs publics et les associations d’usagers qui auront le droit de s’exprimer. Il importera qu’en dernier ressort, le pouvoir soit reconnu à l’autorité publique de proposer la formule de sortie de crise, sans que jamais le service au public ne soit refusé.

Si la réflexion s’élargit, l’enjeu paraît se situer dans la restauration d’une formation à l’éthique personnelle et au bénéfice qu’en tirerait une société où chaque intervenant se soumettrait à son devoir d’état.

Un néologisme anglo-saxon a envahi le langage courant : les fake news. Les réseaux sociaux en sont les vecteurs privilégiés. C’est là qu’apparaît le nécessité de journalistes d’investigation et d’information qui s’appliqueraient le devoir d’objectivité dans la relation des faits et distingueraient clairement la relation et le commentaire personnel. Le grand public a besoin de références sûres. Or, c’est par la primauté de l’éthique personnelle que la société se protègera de l’emprise des réseaux sociaux qui dissolvent, émiettent et pulvérisent le démos, le peuple souverain.

Il va de soi que le rétablissement de l’éthique personnelle passe par la conscientisation des éducateurs, les parents dans la sphère privée, les enseignants dans les murs de l’école.

Restons un moment dans ces murs et interrogeons-nous sur le métier qui s’y exerce. L’accès à la profession est conditionné par une formation initiale en faculté universitaire ou dans un institut spécialisé. La matière à enseigner, la méthode à appliquer pour en assurer la transmission, l’art de conduire une classe et de guider les jeunes vers l’âge adulte font l’objet de quatre ou cinq années d’études. Si le devoir d’état a été inculqué, la confiance doit être assurée au jeune diplômé. Les conseils des collègues expérimentés ne seront pas un luxe, mais l’enseignement restera toujours un lien à créer entre un adulte responsable et un groupe de jeunes.

Il y a une cinquantaine d’années, un professeur de latin en classe terminale disait à ses élèves : « Si votre version s’intitule La mort de César, vérifiez qu’au terme de votre traduction, César soit bien mort ! »

On doit partir du même conseil aux jeunes enseignants : imprégnez-vous du programme et au terme de l’année scolaire, assurez-vous que vos élèves ont assimilé la matière.

De grâce, libérons les instits et les profs !

Que la confiance revienne à l’ordre du jour ! Le plaisir de rendre aux jeunes, dans une liberté guidée par le devoir d’état, le goût au bonheur d’apprendre, fera régresser rapidement la menace de pénurie. Ayons la sagesse d’intégrer dans cette confiance restaurée, les directions d’établissements et le corps d’inspection et reportons-nous au seul critère de pilotage qui vaille : le taux de réussite en fin d’année scolaire. Créons ce lien fort où le maître conduit l’élève à la réussite et où la classe atteste de la qualité du maître.

Ce lien comptera beaucoup dans la fierté d’être wallon et nous éloignera de la morosité que crée, avec une régularité désespérante, la publication des enquêtes PISA.

Néanmoins, la confiance retrouvée par la réhabilitation du devoir d’état, ne suffira pas.

Il faut, d’urgence, y ajouter les bienfaits de

LA SOCIETE EDUCATIVE

L’âge de sortie de la vie active est devenu au cours des années un problème majeur dans la vie des Etats européens. Il est indispensable que les responsables politiques intègrent l’allongement de l’espérance de vie ou la durée des études ou encore la persistance d’un chômage de longue durée pour évaluer la hauteur de l’effort fiscal réclamé des actifs cotisants.

Il n’est pas inconcevable, non plus, d’exclure du débat la contribution bénévole que les aînés peuvent apporter à la jeune génération comme à celle des actifs. La solidarité intergénérationnelle n’est pas une voie à sens unique.

Situons le cadre : il est communal.

Un échevin ajoute à ses compétences la contribution à la société éducative. En ville, il ou elle procède à un découpage par quartiers ; dans une commune rurale, les villages s’imposent comme cadre.  S’ouvre alors le catalogue des actions possibles, toutes orientées vers un apport à l’éducation ou à la formation continuée.

Citons en vrac quelques exemples qui n’épuisent pas le sujet :

1/l’accompagnement d’une école des devoirs, ouverte aux écoliers comme aux élèves, dans des locaux distincts. Proposer une avant-soirée d’accompagnement, une ou deux fois par semaine, à un parent ou grand-parent disponible ne paraît pas inimaginable ;

2/l’invitation à des tables de conversation où s’exercerait l’usage de la langue « des voisins » et où officieraient des habitants, dont la langue maternelle n’est pas le français. Un inventaire de ces native speakers révélerait à coup sûr des contributions bénévoles qui pourraient être utiles tant aux élèves qu’aux personnes actives désireuses d’enrichir leurs acquisitions langagières ;

3/l’initiation à des tâches manuelles que pourraient prendre en charge des bricoleurs, des techniciens, des artisans, des ouvriers retraités. On peut entrevoir que des écoliers ou des élèves pourraient être tentés de tester leurs capacités d’apprentissage dans des gestes qui révèlent l’intelligence de la main ;

4/la promotion de la diversité sportive, singulièrement à destination des filles. Les clubs sportifs ont montré la voie, mais elle conduit principalement au terrain de football, de basket ou de tennis. Il ne manque pas, cependant, de praticiens et de praticiennes dans d’autres disciplines, comme le hockey, le hand-ball ou la natation, qui compléteraient avantageusement l’offre sportive ouverte au public féminin ;

5/la musique, la danse, le théâtre, le dessin, la sculpture, la peinture sont des champs ouverts à la curiosité des enfants et des adolescents et ici aussi des intervenants expérimentés dans ces diverses formes d’arts pourraient faire montre de leur utilité sociale ;

6/la redécouverte du dialecte wallon passerait par des narrations, des saynètes, des chants dont le passé est riche et dont il reste encore assez de témoins pour intéresser un public de tous âges ;

7/les promenades découvertes ouvriraient les yeux des jeunes sur la diversité biologique : les oiseaux, les mammifères, les rongeurs, les plantes, les arbres, les batraciens dans les zones humides. On y ajouterait bien les roches ou l’habitat des différentes époques. Il y faudrait, bien sûr, des guides amoureux de la nature et des paysages, vierges ou façonnés par l’homme.

8/Un ami, exportateur de laboratoires scientifiques dans les pays d’Afrique, a ouvert ce type de labo dans son entreprise pour y attirer des jeunes tentés par les sciences. L’opération a fait long feu. La communauté scientifique en eût-elle été informée et sensibilisée, je suis certain que les jeunes s’y seraient présentés et les experts avec eux pour leur donner le goût des sciences.

Ceci n’est qu’une esquisse, et, je le répète, non exhaustive, mais rien n’est inaccessible. Il y faut, dans le chef des représentants de l’autorité communale, de la volonté, de l’enthousiasme, de la conviction pour entraîner l’adhésion des bénévoles.

Certes, la responsabilité communale ne s’arrêtera pas aux propositions.

Il faudra dégager des locaux, des moyens de transport, des défraiements, et l’autorité de tutelle devrait prendre sa part des efforts consentis.

La fierté d’être Wallon serait aussi fondée sur la réactivation de la responsabilité partielle qu’assumerait chaque adulte dans l’éducation, au sens large du terme, de la génération montante et tant mieux si, à travers les multiples activités proposées, naît et se développe le désir d’entreprendre.

C’est le carburant dont l’énergie wallonne a le plus grand besoin.

CONCLUSION

Dans la Belgique, fragile et menacée, que j’ai évoquée au début de cette Lettre Ouverte, rien ne serait plus dommageable que d’attendre pour voir venir.

J’en appelle au volontarisme et je condamne la passivité.

J’en appelle à la lucidité et je condamne l’aveuglement.

J’en appelle à l’action et je condamne l’attentisme.

J’en appelle à la prudence et je condamne l’aventurisme.

Un dernier mot à ce sujet.

L’indépendance de la Wallonie ne me paraît guère envisageable et, pour des raisons budgétaires comme en raison du poids de la dette belge, il serait catastrophique qu’elle s’engage dans cette voie.

Il serait tout aussi périlleux de n’envisager d’autre solution que le bon vouloir flamand.

En 1999, la Communauté française a signé un accord de coopération avec la France ; la Wallonie a fait de même en 2004, à la fin de la législature. Les portes sont ainsi ouvertes à la recherche de coopérations qui permettraient des économies d’échelles. Je viens de les évoquer dans l’audiovisuel. Elles sont possibles dans l’enseignement. Elles sont envisageables dans la représentation de la Wallonie à l’étranger où la France dispose de réseaux qui nous seraient accessibles, si la négociation s’engageait sur ce point.

La France est attentive aux développements du sécessionnisme de la Flandre. Un politologue observe que la Wallonie pourrait être intégrée à la France dans un chapitre séparé de la constitution républicaine, tout en préservant ses spécificités, en référence au statut particulier de l’Alsace. Mais si négociation il devait y avoir, nous servirions mal nos intérêts en nous présentant comme les bras cassés de la modernité. Montrons dès à présent ce que nous valons, ce que nous apporterions d’originalité, de créativité et d’inventivité, si nous réécrivions, nous -mêmes et pour les autres, notre propre histoire.

Il ne serait que temps que le gouvernement wallon ouvre la porte à une concertation permanente avec les autorités de la République.

On nous a assez seriné que gouverner, c’est prévoir. Un imprévu révèle toujours une défaillance politique.

Enfin, si je n’ai pas parlé de Bruxelles, c’est que l’analyse de la situation y est différente.

Capitale de l’Europe, c’est probablement dans cette direction que ses regards doivent se porter. Et puis, on y sent peu d’enthousiasme à partager le destin d’une Wallonie qu’on y suppose exsangue.

Quant à la Communauté germanophone, elle est entourée d’amis qui lui ouvrent les bras : la Wallonie, d’abord, mais aussi le Grand-Duché de Luxembourg ou le Land de Rhénanie Westphalie.

Chère Madame, cher Monsieur,

Chers compatriotes,

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire jusqu’à son terme cette Lettre Ouverte.

Je la rends publique au terme de la campagne électorale. Mon espoir est qu’elle ouvre les yeux, les vôtres, bien sûr, mais aussi ceux des femmes et hommes politiques wallons qui porteront dans la négociation des gouvernements la responsabilité d’orienter notre avenir commun.

Votre dévoué,

Pierre HAZETTE.

hazettep@hotmail.com

Le déni de réalité

Par Adrien Lhomme

La Belgique se meurt, la Belgique est morte …

Bart De Wever résume de façon magistrale la situation en déclarant : « la Flandre vote à droite, la Wallonie vote à gauche. Combien de temps encore cette mascarade ? »

Charles Michel aurait pu s’excuser d’avoir provoqué le séisme en esquivant une fois encore le débat communautaire. Il a préféré vanter l’action de son gouvernement.

Elio Di Rupo s’est précipité sur les chiffres pour trouver une « combinazione » qui pourrait le ramener au pouvoir.

Au lieu de nous donner enfin une vision et un projet d’avenir pour la Wallonie, nos hommes politiques sont repartis vers la pratique des rustines : démagogie, paroles rassurantes, mensonges par omission, tabous, refus du débat, diabolisation de l’adversaire politique, placement de cordon sanitaire là où la morale démocratique impose la négociation et l’émergence de solutions…

La Belgique se meurt, la Belgique est morte …

La Flandre a choisi le modèle économique anglo-saxon. Elle ne veut plus payer nos dettes.

La Wallonie a choisi un modèle économique régulé par l’Etat. Elle doit assumer elle-même les dérives de son budget.

Nos frères flamands ont le droit de choisir leur destin. Nous avons le droit de choisir le nôtre mais nous n’avons pas le droit de mordre la main de celui qui nous nourrit.

Un électrochoc suffisant ?

Nous n’en sommes même pas sûrs. Pour mettre en perspective les résultats de ce dimanche, montrant que près d’un électeur flamand sur deux vote à présent pour une liste nationaliste et séparatiste, avec une radicalisation du discours, nous reprenons simplement cet extrait de ce que disait l’AWF lors de son assemblée de mai 2018.

(…) Certains diront que la Wallonie n’a pas toujours fait les bons choix. Si au moins, aujourd’hui, elle pouvait ne pas se tromper sur le sens de sa reconversion… Dès que la Belgique est devenue officiellement fédérale, en 1993, les plus hautes autorités flamandes ont réclamé le confédéralisme et la pression sur la sécurité sociale est allée crescendo, avec l’image insupportable d’une Flandre qui serait la vache à lait de la Wallonie. C’est ce genre de discours, cette accusation de défendre un fédéralisme de consommation qui, le 10 juillet 1996, fait sortir Claude Eerdekens de ses gonds. « Si vous voulez que la France se trouve aux portes de Bruxelles… », lâche-t-il. On est alors à la Chambre des représentants et Claude Eerdekens est le chef de groupe du PS, pour lequel la sécurité sociale est ce qui tient la Belgique ensemble. Aussitôt, les médias francophones, belges puis français, s’emparent du sujet, comme libérés d’un tabou : la réunion de la Wallonie à la France, on y pense, on en parle. Au Figaro, par exemple, une grande figure de la résistance, le comte Pierre Clerdent, ancien gouverneur des provinces du Luxembourg et de Liège, ancien sénateur libéral, ancien parmi les anciens mais toujours très écouté, déclare : « Si la Belgique doit éclater soit maintenant soit dans quelques années, l’aspiration de beaucoup de Belges sera de se tourner vers la France. » Et Louis Michel, bien sûr, qui préside alors le PRL : « Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel. » Cet emballement n’a duré que l’espace d’un été, bientôt marqué par l’affaire Dutroux. Devant l’ampleur de la marche blanche, en octobre, on s’interrogea sur l’état de la société belge. Mais cela n’allait pas ralentir la marche en avant de la Flandre, autrement plus déterminante. A la tête du gouvernement flamand, Luc Van den Brande l’annonçait depuis 1993 : sa région serait autonome en 2002. Les élections de 1999 étaient placées sous le signe du confédéralisme, d’autant qu’au mois de mars de cette année-là, le Parlement flamand votait, après trois ans de travaux, un programme institutionnel qui devait conduire à l’avènement d’une Belgique confédérale, articulée sur deux Etats, l’un flamand et l’autre wallon.

Est-ce un hasard si, 19 jours plus tard, le gouvernement de la Communauté française de Belgique signait un accord de coopération linguistique, culturelle, éducative et scientifique avec la France ? Pas de panique : on a entrouvert une porte, au cas où, mais sans pour autant concrétiser cet accord par une intense collaboration. L’initiative politique suivait une réaction des universités francophones, au moment où la Flandre mobilisait tout ce qu’elle avait d’experts pour travailler sur le scénario confédéral. Il fallait y voir clair dans les différentes options qui s’offraient aux Wallons et aux Bruxellois, dans l’hypothèse où l’Etat belge serait vidé de sa substance. En 1997, quatre politologues faisaient état de leurs réflexions dans un manifeste intitulé Choisir l’avenir. L’option la plus valable, à leurs yeux, était la création d’un nouvel Etat fédéral ou confédéral wallo-bruxellois qui nouerait avec la France « au minimum des liens de coopération particuliers ». Ils insistaient sur ce point : « Même les observateurs les moins rattachistes reconnaissent, si l’Etat belge actuel disparaît, le caractère inéluctable de ce rapprochement », d’autant, ajoutaient-ils, que « la France aura certainement été impliquée dans le processus d’européanisation de nos problèmes ». « Un traité d’association avec la France serait souhaitable dans la mesure où il concilie rapprochement et autonomie », précisait encore un des universitaires. En 2004, la Région wallonne ira plus loin que la Communauté française en signant, avec la France, un accord de coopération portant sur l’ensemble des compétences, présentes et à venir, exercées par la Wallonie. Présentes et à venir : dans tous les domaines, elle a fait de la France un partenaire privilégié. Au cas où.

Contre toute attente, les élections de 1999 ont profité aux partis écologistes. Un scandale sanitaire a totalement rebattu les cartes en déboulonnant le CVP, jusque-là tout puissant en Flandre, alors qu’il préparait un grand coup pour la célébration du 700e anniversaire de la bataille des Eperons d’or, en 2002. Vlaanderen tweeduizend twee : le soufflé est retombé, mais pas question d’attendre encore cent ans. Pour revenir au pouvoir, en 2004, et coiffer le Vlaams Block qui séduisait 1 électeur flamand sur 4, le CVP, devenu le CD&V, a dû former un cartel avec la N-VA, une petite formation indépendantiste issue de la Volksunie. Ensemble, ces deux listes flamingantes (le cartel + le Vlaams Block, séparées, il est vrai, par un cordon sanitaire) obtenaient 67 sièges sur 124 au Parlement flamand. Les libéraux du VLD, qui dirigeaient encore le gouvernement fédéral, était eux aussi tentés par un profil plus flamand : la même année, pour la présidence du parti, c’est un ancien de la Volksunie qui devait barrer la route à un populiste flamingant, Jean-Marie Dedecker. Celui-ci, dont les propos faisaient écho à ceux du Vlaams Block/Belang, recueillit quand même 40 % des suffrages auprès des militants du VLD. La Flandre agitait le jaune et le noir comme si elle n’en pouvait plus d’attendre et les élections de 2007 allaient le confirmer. La domination, miraculeuse, du tennis féminin par une joueuse flamande et une joueuse wallonne, opportunément appelées les « Belgian sisters », n’y changeait pas grand-chose. Avec le cartel CD&V-N-VA, le Vlaams Belang et la liste Dedecker, on atteignait déjà 56 % des voix en Flandre. Au-dessus de la pile des revendications flamandes : la scission de BHV. « Il suffit de cinq minutes de courage politique », chantait Yves Leterme. On lui doit aussi une interprétation fameuse de la Brabançonne et une adaptation d’un refrain très populaire en Flandre : « La solidarité avec la Wallonie est comme un sac à dos rempli de pierres que porte la Flandre, alors qu’elle doit courir une course vers le toit du monde ». Dans un style plus direct, Bart De Wever déclare à un magazine allemand : « Cet argent (flamand) ne doit pas être une perfusion, comme de la drogue pour un junkie ».

Inutile de rappeler la longue crise qui commence en 2007. Leterme avait prévenu : « La nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre. » Mais les partis francophones lui opposaient un refus clair d’aller plus loin dans le démantèlement du pays. Quand c’est non, c’est non, lui répétait une voix féminine. Yves Leterme y perdit son assurance et, ce qui réjouissait davantage encore les francophones, son allié dont personne ne voulait, Bart De Wever, à jeter dans la corbeille où se trouvaient déjà le Vlaams Belang et Jean-Marie Dedecker, tous plus noirs que jaunes et catégoriquement séparatistes. Problème : aux élections régionales de 2009, la corbeille en question pesait 36 % des voix flamandes. (Avec les voix du CD&V, un vrai parti de gouvernement, celui-là, mais très attaché à la cause flamande, on montait à 59 %.) L’année suivante, Bart De Wever et son équipe siphonnaient une bonne partie des électeurs du Belang et de la liste Dedecker, ce qui propulsait la N-VA loin devant les partenaires habituels des francophones au gouvernement fédéral. Blocage. On pourrait bien faire semblant de se parler mais, entre les élus du nord et les élus du sud de la frontière linguistique, il n’était plus question d’un vrai dialogue. Aux yeux du monde, l’Etat belge était plongé dans le coma. Chronique d’une mort annoncée.

La vie en Belgique était loin d’être à l’arrêt, notamment parce que la Wallonie et la Flandre exerçaient de larges compétences. Mais l’impossibilité de former un gouvernement fédéral faisait penser au scénario tchécoslovaque. Cette situation de crise était suffisamment prise au sérieux pour que la France s’en mêle, un peu. Une mission d’information fut confiée à deux députés venus de Paris à Bruxelles pour, disons, tâter le terrain. Ainsi, la République sortait prudemment de sa réserve et se préoccupait du sort de Bruxelles et du pays wallon. « Une interrogation subsiste sur le projet politique final des forces flamandes », firent observer les deux députés français, dans leur rapport. En Flandre, on s’est plaint d’un regard français trop favorable aux francophones. Il ne fallait pas, toutefois, que l’absence de neutralité soit diplomatiquement gênante. « Le processus d’éloignement n’est sansdoute pas arrivé à son terme », actaient les informateurs. Autrement dit, les esprits n’étaient pas mûrs. « Nos interlocuteurs wallons n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France », fit-on remarquer à des élus de la République qui, à l’Assemblée nationale, plaidaient ouvertement pour le rattachement de la Wallonie à la France. En d’autres temps, cette main tendue par la France aurait électrisé la société wallonne, mais celle-ci n’était pas loin d’être aussi comateuse que la Belgique elle-même. Paradoxalement, dans cette Wallonie poussée vers plus d’autonomie, enfin maître de son sort, presque souveraine, il n’y avait plus de peuple wallon. Malgré Guy Spitaels et malgré Robert Collignon qui, du temps où il présidait la Région, s’inscrivait résolument dans les pas de Jules Destrée et de François Perin, soucieux qu’il était de mettre en valeur le passé wallon, et de rompre avec une « nation introuvable », afin de préparer l’avenir français de la Wallonie.

A part vous qui m’écoutez, je ne sais pas s’il y a encore des Wallons conscients. La question touche à l’identité, dans sa dimension très émotionnelle, mais aussi, et d’abord, à la capacité d’analyser froidement une situation. Les accords de coopération signés avec la France, aussi riches en possibilités soient-ils, sont pratiquement ignorés. Ce qui inquiète nos représentants de la Belgique du Sud, mécaniquement tournés vers le nord, c’est de préserver nos attaches avec la Flandre, avec d’autant plus d’anxiété qu’elles se sont distendues. Et que cette relation se soit transformée en un rapport de force aliénant, il n’y a que des illuminés comme nous pour le dire. Quand, en mai 2017, le gouvernement flamand signe avec la France un accord de collaboration pour améliorer la qualité des cours de français en Flandre, Rudy Demotte est en émoi, il s’étonne « du choix de la Flandre de se tourner vers la France plutôt que de se tourner vers son partenaire belge »… « Il est essentiel que les collaborations avec la Flandre se poursuivent », ajoute alors le bourgmestre en titre de Tournai, cette ville historiquement française située dans la banlieue de Lille. 

En 2010, quand la Belgique était dans l’impasse, au point de faire réagir la République française, l’homme fort de la Wallonie était Rudy Demotte. Ou peut-être Elio Di Rupo. Mais, au sujet de celui-ci, les mots justes seraient plutôt : homme providentiel. Car, Dieu soit loué, Elio Di Rupo a sauvé la Belgique, il l’a sortie du coma en obtenant la scission de BHV, et la 6e réforme de l’Etat, et la chasse aux chômeurs.  Avec l’arrivée de Di Rupo au 16 rue de la Loi, c’est incroyable comme la Belgique s’est remise à respirer, il y eut des moments d’euphorie « belge, belge, belge est la vie ». Grâce à la participation très complaisante, active, enthousiaste des médias francophones, on était dans l’exaltation de tout ce qui est belge. A se demander si De Wever n’avait pas un peu raison quand il parlait de « drogue pour un junkie ». Il y avait de temps en temps un rabat-joie. Pierre Pestieau, professeur d’économie à l’ULg, parlait lui aussi de la 6e réforme de l’Etat : « Actuellement, nous bénéficions du transfert nord-sud, mais on sait que dans 10 ans le pouvoir d’achat des Wallons va diminuer de 5-6% ». Qui s’en souciait, qui s’en soucie aujourd’hui ? Tant qu’il était Premier ministre, Elio Di Rupo marchait sur l’eau, surfait sur les nuages. Et pourtant, sa popularité ne dépassait guère la frontière linguistique. Au-delà, la météo restait sombre, avec des sondages indiquant beaucoup de jaune et de noir laissant peu de place à la couleur rouge. Thierry Bodson, pour la FGTB wallonne, exprimait son désarroi : si toutes les concessions faites à la Flandre, y compris dans le domaine social, conduisaient finalement à un succès de la N-VA, il aurait mieux valu se séparer avant…

En 2014, avec les voix d’un Flamand sur trois, la N-VA devenait incontournable. On ne voyait pas comment… mais, à la surprise générale, le parti séparatiste a fait une offre aux libéraux francophones. Il s’agissait de faire oublier le gouvernement précédent, d’entrer dans une équipe à 80 % flamande, avec un vrai programme de droite, avec la moitié des ministres, avec le jeune premier du MR qu’on appellerait Monsieur le Premier ministre, avec la promesse d’un stop institutionnel durant la législature, avec la mer du Nord comme dernier terrain vague… On connaît la suite. Qualifiée de kamikaze, cette coalition jaune et noir, habillée de bleu, est devenue suédoise, image bien plus aguichante, y compris en ce qu’elle renvoie à un modèle social-démocrate. Et depuis, rien à signaler. La N-VA, désormais associée à la gestion de l’Etat belge, y fait un peu ce qu’elle veut, mais elle inquiète beaucoup moins les Belges de Wallonie, où l’on se contente, épisodiquement, de dénoncer un gouvernement de droite, sans parvenir à enflammer la fronde sociale. Au vu des sondages, la N-VA se maintient plutôt bien. Le MR aussi. On n’exclut pas de continuer ensemble après les élections de 2019. Mais personne n’est vraiment dupe de la N-VA, ou peut-être que… si ?

Bon, ne parlons pas d’une 7e réforme de l’Etat qui n’existe pas encore. On sait que le modèle belge est évolutif. Un chantier permanent. Pour les experts qui refusent d’y voir un chantier de démolition, c’est la preuve que la Belgique est vivante. On lui prédit même « une 7e réforme de l’État, et une 8e, une 9e, une 10e, une 11e, une 12e probablement… » Déclaration faite, avec le plus grand sérieux, par Paul Magnette alors qu’il dirigeait la Wallonie, en 2015, tandis que la N-VA prenait ses marques au fédéral. Plutôt que « La gauche ne meurt jamais », Paul Magnette aurait pu écrire « La Belgique ne meurt jamais ». Disons que, sur ce thème, il préfère annoncer les saisons 7, 8, 9, 10, 11 et 12 d’une émission de téléréalité très participative et brutale où, malgré un suspense entretenu, on se demande si le scénario n’est pas écrit à l’avance. Quant à « La Wallonie ne meurt jamais », on ne sait pas si Paul Magnette y pense. Depuis la 6e réforme de l’Etat, ficelée tant bien que mal pour servir de contre-feu, au bout de 541 jours de crise, la solidarité interpersonnelle ne résiste plus à la frontière linguistique. Il a fallu céder sur la sécurité sociale, à raison de 15 milliards d’euros, masse financière correspondant aux matières sociales dont on a délesté l’Etat belge. Désormais, le social pèse 1/3 de l’ensemble du budget de la Wallonie. Mais pour les socialistes eux-mêmes, qui nourrissent encore l’espoir de gouverner au fédéral, il n’y a plus de ligne rouge. Vu que la Flandre avance toujours, on peut certainement aller beaucoup plus loin, jusqu’à réaliser le programme institutionnel voté par le Parlement flamand voici bientôt vingt ans, jusqu’à une Xe réforme de l’Etat qui nous fera entrer dans une confédération grand-néerlandaise. Où en sera la Wallonie après tant de réformes de l’Etat négociées avec la peur d’être abandonné par la Flandre ? Anticipant la fin d’une solidarité nationale, on mise déjà sur la vigueur du capitalisme flamand, ou hollandais, pour maintenir l’économie de la Wallonie à un niveau supportable. Une fois qu’on aura dû laisser tomber la chemise et le pantalon, les chaussettes… espérons que la Wallonie saura se vendre. Elle aura besoin d’argent. Toutes choses restant égales, une Wallonie autonome au sein d’une confédération belge ou bénéluxienne, aurait la liberté ou, plutôt, la responsabilité de se débattre avec un appauvrissement dramatique, en cherchant à combler un déficit moyen de 25 % dans tous ses budgets, y compris ceux de la sécurité sociale. On doit ce calcul au professeur Gazon, de l’Université de Liège. Il n’a pas été démenti. (…)