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Pays-Bas et plat pays (suite)

VALMY souhaite à son tour réagir à la chronique d’Amid Faljaoui.

Un cordial merci, Monsieur Chopin, votre article brise un tabou… pour les aveuglés du Belgium.

Comme Monsieur Amid Faljaoui, directeur des magazines en langue française de Roularta, nous devons gagner notre pain à la sueur de notre front.
Mais tout lecteur curieux n’ignore pas que les publications de Roularta destinés aux « Belges », aux Wallons et aux Bruxellois francophones, présentent une similarité philosophique avec celle du « Soir volé » de l’occupation allemande.

Monsieur Amid Faljaoui relève qu’entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. Cette remarque vaut autant qu’affirmer que les supporters du Standard aiment ceux d’Anderlecht.

Grâce à vous, Monsieur Chopin, voici l’occasion de dessiller les yeux du Directeur Amid Faljaoui et de bien d’autres.

1) Commençons par la genèse du BENELUX (1943) qui rassemble les 17 Provinces habsbourgeoises augmentées de la Principauté de Liège.
Aucune haine là-dessous !
Pour en connaître plus cliquer sur le lien suivant :
• Benelux :: Histoire
https://www.benelux.int/fr/benelux-unie/histoire

2) 1962. Qui se rappelle l’interdiction d’entrée sur le territoire belge du professeur Piet Paardekooper prononcée par le Ministre de la Justice, Piet Vermeylen ?
Pour ceux qui n’étaient pas nés à cette époque voici les faits :
Petrus Cornelis Jozef Maria (Piet) Paardekooper (Zoeterwoude, 6 novembre 1920 – Snaaskerke (Gistel), 1er mai 2013) était un linguiste néerlandais et aussi un défenseur du Mouvement flamand.
Son intérêt pour la Flandre était né durant ses études de dialectologie à Leuven.
Après la Seconde Guerre mondiale, il étudia les dialectes flamands à Leuven où il fit connaissance avec le Mouvement flamand.
L’auteur flamand André Demedts l’instruisit de la question franco-flamande.
En 1962, Paardekooper donna six conférences pour la radio KRO, rassemblées dans le livre Er zijn geen Belgen (« Il n’y a pas de Belges »), dans lequel il prenait position pour l’unité culturelle entre la Flandre et les Pays-Bas et contre la discrimination des Flamands en Belgique.
Cela conduisit à une vive controverse en Belgique et le ministre belge de la Justice, Piet Vermeylen, lui interdit d’entrer dans le pays.
Une interdiction qui fut révoquée après de vives protestations au sein de la Chambre des représentants belge.
Aucune haine là-dessous !

3) Que Monsieur Faljaoui s’intéresse donc à la fondation flamando-néerlandaise « Stichting Ons Erfdeel vzw » et qu’il choisisse comme livre de chevet « LES PAYS-BAS », Histoire des Pays-Bas du nord et du sud (J.A. Kossmann-Putto & E.H. Kossmann), 1987.
Aucune haine là-dessous !

Et pour sa facilité, il peut cliquer sur le lien ci-dessous :
les pays-bas français – les plats pays
https://les-plats-pays.com/les-pays-bas-francais

4) Pour terminer, que Monsieur Faljaoui se plonge à tête reposée dans la lecture du Plan N (pour Nederland) de Matthias Storme, en 2010 qui répondait au Plan F (pour France) des Mouvements Wallons.
Aucune haine là-dessous ! A moins que la haine ne soit le visage d’un Amour désespéré ?

ZONDAG, NOVEMBER 21, 2010
• Un Plan “N” pour la Flandre (et Bruxelles).
• Un des moyens de chantage régulièrement invoqués ces derniers mois contre les partisans d’une sécession de la Flandre consiste à dire qu’une Flandre qui se séparerait de la Belgique serait automatiquement en dehors de l’Union Européenne et que, si elle voulait en faire partie et bénéficier de ses atouts, elle devrait demander son admission comme état-membre, sous-entendu que les francophones et leurs alliés seraient bien en mesure de créer des conditions draconiennes à une telle accession.

En premier lieu, cette thèse implique que ce qui resterait de la Belgique resterait aussi automatiquement en tant que tel état membre de l’Union, mais on oublie un peu vite que celui qui hérite la Belgique, hérite de ses dettes et sera tenu à la dette entière de la Belgique. En plus, certains juristes font une distinction très spécieuse entre une sécession et une dissolution de la Belgique. Je n’entre pas dans ce débat pour le moment, parce qu’il y a une autre possibilité très intéressante pour la Flandre de se libérer de ce chantage, un Plan “N”.

Le fondement de ce Plan “N” se trouve dans l’article 355 alinéa 3 du TFUE (Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne) combiné avec le Statuut voor het Koninkrijk der nederlanden (Statut du Royaume des Pays-Bas) (1). Ce Statut a été créé par une loi du 28 octobre 1954, modifié plusieurs fois depuis lors, et est reconnu dans les Traités européens.

Ce Statut des Pays-Bas (au pluriel) règle les relations entre les pays “Nederland” – au singulier -, Aruba, Curaçao et Sint-Maarten en tant que quatre pays qui ont convenu de mener une politique étrangère commune et de maintenir une défense commune et une nationalité commune (Nederlanderschap) et de former un royaume sous la maison d’Orange. D’autres matières peuvent être déléguées de commun accord aux institutions communes du royaume (art. 3 du Statut). En d’autres mots, il s’agit d’une confédération entre Nederland et 3 pays plus petits.

La Flandre pourrait également accéder en tant que pays à ce Statut du royaume des Pays-Bas (au pluriel) en gardant toutes les compétences sauf celles qui viennent d’être nommées. On devrait fusionner notre armée avec celle des Pays-Bas et les relations étrangères seraient transférées aux institutions communes du royaume. Et on pourrait bénéficier de notre nationalité naturelle, la néerlandaise.

Une telle accession mettrait directement fin au chantage “Union européenne”. La Flandre continuerait à faire partie intégrante de l’Union européenne en tant que territoire européen faisant partie de la confédération des Pays-Bas. Le statut de Flandre ne se réduirait pas non plus à celui d’Aruba, Curaçao et Sint-Maarten. Ces 3 pays sont membres associés de l’Union européenne en tant que “pays d’outremer” (2), statut par lequel ils font partie du Marché commun mais ne sont pas soumis au droit de l’Union européenne dans tous ses aspects. Puisque la Flandre est un territoire européen et non pas un territoire d’outremer, l’article 355 alinéa 3 du TFUE serait applicable. Cet alinéa dispose que “Les dispositions des traités s’appliquent aux territoires européens dont un État membre assume les relations extérieures”.

Cette solution est également attrayante pour les Pays-Bas: le royaume aurait 6 millions de citoyens supplémentaires et la moitié de son potentiel économique en plus. Le royaume rapprocherait des grands pays auxquels il aimerait être un peu plus égal. Si une majorité des Néerlandais n’exclut même pas une union complète, cette solution intermédiaire trouverait certainement suffisamment de soutien au Nord.

En plus, ce Plan “N” ne serait pas seulement intéressant pour la Flandre, mais également pour Bruxelles. Bruxelles pourrait accéder au Royaume des Pays-Bas en tant que pays à part entière (et non seulement région à part entière) sans déléguer plus de compétences que celles susnommées, sans faire partie de la Flandre, et ayant sa propre voix dans le Royaume. Et une telle accession ne changerait pas le statut linguistique.

Il serait d’ailleurs même pour la Wallonie une bonne idée de réfléchir à une accession au royaume, en tant que pays à part entière évidemment.

Est-ce le scénario idéal pour la Flandre ? Pas à tout les égards, p.ex. parce que cela ne nous donne pas une voix séparée aux délibérations européennes; cela exige en effet une révision des Traités. Mais au moins cette solution nous immunise contre le chantage “franco-belge”.

(1) http://wetten.overheid.nl/BWBR0002154, ou http://nl.wikisource.org/wiki/Statuut_voor_het_Koninkrijk_der_Nederlanden
(2) http://europa.eu/legislation_summaries/development/overseas_countries_territories/index_nl.htm
• Gepost door matthias e storme op zondag, november 21, 2010

Monsieur Faljaoui peut aussi cliquer sur le lien ci-dessous s’il souhaite en savoir plus sur Monsieur Storme:
L’INVITE DU LUNDI: Matthias Storme.: «.La Belgique est …
https://www.lesoir.be/art/l-invite-du-lundi-matthias-storme-la-belgique-est-irrem_t

Bonne lecture à vous tous et particulièrement à Monsieur Faljaoui.

Pays-Bas et plat pays

Selon un sondage publié hier, un Belge sur quatre voudrait qu’on en finisse avec la Belgique, et 45 % souhaiteraient le « confédéralisme » ; en cas d’élection, les Flamands donneraient une majorité absolue aux nationalistes de la N-VA (23,3 %) et du Vlaams Belang (27 %). Dans ce contexte, le plus inquiétant n’est pas d’envisager « l’après-Belgique », mais de refuser de le faire. On sait ce qu’il en est du côté francophone. En Flandre, une carte blanche a fait resurgir la question du rattachement aux Pays-Bas et, commentant cette option dans une chronique du Trends, Amid Faljaoui a haussé les épaules en faisant part de son incrédulité.

Au nom de la Belgique, la Flandre est pourtant déjà occupée à retisser des liens que la révolution belge avait rompus. C’est qu’en 1830, la création d’une Belgique indépendante était loin d’être évidente : même dans les 2 % de la population qui ont pu s’exprimer par un vote, beaucoup ne voulaient pas se séparer des Pays-Bas (surtout en Flandre) et beaucoup ne pensaient qu’à retourner en France (surtout en Wallonie). L’« orangisme » a toujours été une tendance du mouvement flamand, au minimum sous la forme de relations privilégiées avec les « cousins » du Nord. Le plus dommageable, pour des Wallons qui font partie de « l’espace » français, serait de suivre aveuglément la Flandre dans sa volonté de rapprochement avec les Pays-Bas, car on ne voit pas comment la Wallonie pourrait devenir autre chose qu’un « hinterland » sous domination néerlandophone, avec le risque de connaître une situation comparable à celle de… la Flandre au XIXe siècle (à la différence que les Flamands ont toujours été majoritaires en Belgique et que leur passé glorieux a été chanté par les thuriféraires de l’identité « belge »). 

Nous reprenons ici la chronique d’Amid Faljaoui, suivi d’une réaction de Cédric Chopin, qui est français… et membre de l’AWF.

Et si la Flandre se rattachait aux Pays-Bas ?

Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.

Et si la Flandre se rattachait aux Pays-Bas ? C’est la thèse d’un économiste flamand.

En cette veille de week-end, on a enfin l’impression qu’on arrivera à former un gouvernement fédéral. Pour notre Belgique, on pourra dire qu’il était grand temps. Les personnes les plus impatientes sont souvent au nord du pays.

L’un d’eux, Peter De Keyser, ancien économiste en chef de la première banque de Belgique, a décidé de se lancer à son compte et a donc créé une société spécialisée dans la communication financière.

Et sa dernière idée est une bombe, il plaide pour la Flandre soit rattachée aux Pays-Bas. Pourquoi les Pays-Bas ? Parce qu’il y a un lien historique entre les deux régions, parce que les Pays-Bas font mieux que nous sur la plupart des critères socio-économiques que l’on peut choisir. Et puis aussi, parce que Peter De Keyser semble accréditer la thèse que la Flandre ne reçoit pas son juste dû de la Belgique et que les prochains impôts seront payés à 80% par les Flamands.

Bref, selon lui, si la Belgique ne marche pas, pourquoi ne pas essayer les Pays-Bas ? Cette opinion, Peter De Keyser ne l’a pas donnée dans un dîner privé, mais l’a rédigée pour le journal économique TIJD, c’est-à-dire pour le quotidien lu par tous les patrons flamands.

En tant que francophone, j’ai été étonné de cette soudaine envie de rattachement avec les Pays-Bas. J’en ai parlé à quelques patrons flamands et donc ça n’a aucune valeur de sondage, mais je dirais que les plus francophones de ceux que j’ai pu avoir au téléphone sont horrifiés par le message et disent qu’ils iront se réfugier à Bruxelles. Et puis, d’autres, plus nombreux, disent qu’ils en ont marre de la situation de blocage actuelle, car même s’ils restent attachés à la Belgique, ils estiment que nous sommes la risée du monde et que ce pays devient ingouvernable. Bref, que cela nuit à leur business car des décisions ne sont pas prises.

J’entends bien le message, mais en tant qu’observateur subjectif, je me dois aussi de poser la question à l’auteur de cette carte blanche dans le TIJD : en tant que Flamand, vaut-il mieux être majoritaire en Belgique ou minoritaire aux Pays-Bas ? Je ne dois pas mener une enquête approfondie pour constater que les principaux rouages économiques et sociaux fédéraux sont aux mains de managers néerlandophones. Très largement, et bien au-delà de la représentativité démographique du nord du pays.

Et puis, la plupart de mes amis néerlandophones me confirment qu’entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. Donc, je n’ai pas vraiment compris l’utilité de cette carte blanche. Et vous ?

La réaction de Cédric Chopin

Voilà un article qui brise un tabou !

Ce Monsieur Peter De Keyser a le mérite de briser le consensus, non seulement belge, mais également flamand.

Non, le confédéralisme et l’indépendance ne sont pas les seules options possibles : l’option « thioise-orangiste » en est une autre !

Bien sûr, il y a une part d’exaspération et de provocation, face à une situation politique fédérale stagnante (mais le déblocage semble avoir débuté, suite au revirement des chrétiens-démocrates flamands).

L’article paru dans De Tijd a-t-il été traduit en français ? Cela permettrait d’aller à la source plus facilement.

Cependant, Amid Fadjaoui (chroniqueur que j’entends parfois sur Classic 21) reprend un certain nombre de clichés, sans doute pour minimiser la portée de la thèse de De Keyser :

« (…) vaut-il mieux être majoritaire en Belgique, ou minoritaire aux Pays-Bas ? ».

S’il est vrai que les décideurs flamands contrôlent de facto la Belgique, cette dernière peut également être vue comme un obstacle aux projets politiques et économiques flamands (cf. la question centrale des transferts financiers nord-sud, souligné par De Keyser).

De plus, et je fais là référence au projet de Mathias STORME (que j’évoque dans mon texte sur la question) : le « plan N ».

Ce juriste proche de la NVA prend appui sur le droit constitutionnel néerlandais, qui prévoit la possibilité de créer des territoires à statut particulier, rattachés à la couronne et à l’état néerlandais, mais pouvant bénéficier d’une autonomie interne (comme les Antilles néerlandaises). Loin d’avoir une diminution de son autonomie, la Flandre pourrait au contraire gagner sur tous les tableaux !

– « entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. »

Je renvoie de nouveau à mon propre texte : c’est exactement le même type d’argument (en petite partie fondé, en très grande partie fallacieux) qui est invoqué, par les tenants de la Belgique à tout prix, pour « démontrer » l’incompatibilité entre la Wallonie et la France, qui rendrait la réunion impossible !

Je pense avoir au contraire montré que les points communs, entre la Flandre et les Pays-Bas, sont beaucoup plus nombreux que les différences, et que ces dernières, au demeurant, se sont largement estompées ces dernières décennies.

Cette relation d' »amour-haine » n’est pas plus marquée que celle qui peut exister, en France, entre Paris et « la Province », ou entre Paris et Marseille… Cela relève du cliché, et ce n’est pas un élément d’opposition « structurant ».

S’il s’agit réellement des seuls obstacles pouvant être invoqués, alors la thèse « thioise-orangiste » vient de gagner d’un seul coup plusieurs échelons de crédibilité !!

L’ère post-belge a commencé

Par Jules Gheude

Le blocage total que connaît actuellement la Belgique, ne peut que réjouir Bart De Wever. Dans la mesure où la preuve est désormais apportée que la Belgique est ingouvernable, rien ni personne ne peut s’opposer à ce que le Parlement flamand, fort de sa légitimité démocratique, proclame unilatéralement l’indépendance de la Flandre.

D’aucuns tirent argument du problème catalan pour souligner le caractère anticonstitutionnel, hors-la-loi, d’un tel scénario. Mais les deux situations ne sont en rien comparables.

La Catalogne ne représente que 1/15e du territoire espagnol. En partant, elle ne met pas fin à l’Espagne ni au pouvoir en place à Madrid, qui peut évidemment s’opposer à sa reconnaissance. Si la Flandre largue les amarres, c’est la déstabilisation complète de la Belgique et… l’absence de tout pouvoir à Bruxelles pour réagir. L’Union européenne ne pourrait qu’acter la chose. Un pays incapable de se trouver un gouvernement est un pays qui n’existe plus. Sa disparition entraîne de facto celle de sa Constitution et de son corpus juridico-législatif.

D’autres soutiennent que le sentiment séparatiste en Flandre ne concerne en fait qu’une minorité de la population. Pas plus de 16%. Mais les citoyens ne sont-ils pas censés voter en toute connaissance de cause ? Selon les derniers sondages, plus de 47% se prononcent en faveur de la N-VA et du Vlaams Belang, formations ouvertement indépendantistes. Le jour où leurs élus constitueront la majorité absolue au sein du Parlement flamand, ils auront toute latitude pour prendre leurs responsabilités. Il sera alors trop tard, pour certains électeurs, de s’indigner en disant : « Ce n’est pas ce que nous voulions ! ».

S’affirmer belgicain, penser qu’il est encore possible de « donner un avenir » à la Belgique relève d’un aveuglement total. Un bref rappel historique s’impose ici.

Le Royaume de Belgique naquit en 1830 de la volonté des grandes puissances européennes de l’époque, l’Angleterre notamment, pour faire barrage à la France. Les populations concernées n’eurent pas voix au chapitre. Le Congrès national belge fut le fruit d’un vote d’à peine 2% de la population. Quant au choix du souverain, il nous fut imposé par Londres.

Dès les premières années d’existence du pays, un Mouvement populaire flamand vit le jour, afin de s’insurger contre le sort fait à la langue et à la culture flamandes. De nature romantico-littéraire à ses débuts, il ne tarda pas à acquérir une dimension sociale et politique.

Au terme d’un combat de nombreuses décennies, les premières lois linguistiques furent acquises et la Flandre finit par obtenir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique belge.

Tout cela laissa des traces durables, comme on put le constater lors des deux conflits mondiaux du 20e siècle. Il en résulta, en tout cas, au Nord du pays, un sentiment collectif et puissant d’appartenance, transcendant les clivages politiques, et qui finira par déboucher sur le concept de Nation.

Sous sa forme unitaire, le Royaume de Belgique ne parvint pas à souder les Communautés belges de façon harmonieuse. La question royale et la guerre scolaire virent s’entre-déchirer le Nord et le Sud. La fixation de la frontière linguistique, en 1962, afficha clairement la dualité du pays. Quant au « Walen buiten » de Louvain, en 1968, il entraîna la scission du parti social-chrétien en deux ailes linguistiques (les libéraux et les socialistes suivront le mouvement, respectivement en 1972 et 1979).

Après de longues années de palabres, la Constitution belge finit par intégrer une Belgique fédérale, composée des Régions et des Communautés.

Mais dès cette époque, le ministre-président flamand Luc Van den Brande, lança l’idée d’un confédéralisme à deux Etats, Flandre et Wallonie, avec cogestion de Bruxelles. Cela fut repris dans les cinq résolutions votées par le Parlement flamand en 1999. Cela est aujourd’hui au cœur du débat politique.

Echec de la Belgique fédérale, après celui de la Belgique unitaire…

En habile stratège, Bart De Wever vient d’amener Paul Magnette à dévoiler ses cartes en matière institutionnelle. On sait désormais que le président du PS est disposé à accentuer le démantèlement de la Belgique, en échange de liards accordés à la Wallonie.

L’option confédéraliste ne peut toutefois sauver le Royaume. Réduit à sa plus simple expression, l’échelon belge central ne tarderait pas à être jugé superflu par la Flandre. Pour Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, le modèle idéal est celui où il n’y aurait plus d’élections belges… Bye bye Belgique !

Il importe désormais que les responsables wallons, bruxellois et germanophones se préparent à affronter l’ère post-belge.

Depuis 2010, le Gewif (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France) approfondit le scénario d’une Wallonie intégrée à la France, tel qu’il fut présenté par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, lors des Etats généraux de Wallonie du 9 mai 2009. Un scénario qui aurait le mérite de préserver, dans ses grandes lignes, l’héritage juridique belge et d’offrir à la Wallonie un statut particulier qui sauvegarderait ses acquis.

Cette formule prend pleinement en compte le fait que l’Etat français n’est plus un Etat jacobin, centralisé, autoritaire et uniforme, comme tant de commentateurs mal intentionnés essaient de le faire croire aux Wallons.

La Constitution française autorise, par son article 72, des statuts particuliers pour certains de ses territoires. En métropole, seule, présentement, la Corse bénéficie d’un tel statut (et aussi, mais avec une portée moindre, la Région d’Ile de France). Notons ici que les Corses ont rejeté, en 2003, une réforme renforçant l’autodétermination de leur région.

En outre, la Constitution prévoit explicitement une différenciation des statuts des collectivités territoriales d’outre-mer, pour tenir compte des spécificités de chacune, avec la possibilité de larges transferts de compétences de l’Etat (articles 73 et 74). Dès lors, une très grande variété de statuts est possible, qui vont du droit commun aménagé à de véritables statuts d’autonomie. C’est ainsi le cas en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, ce qui signifie non seulement des pouvoirs locaux plus puissants et pour lesquels les termes de parlement, gouvernement, ministre sont d’usage, mais aussi des corpus juridiques distincts, qui peuvent concerner de nombreux domaines du droit, tant du droit public que du droit privé, régis par les lois locales (« lois de pays ») et des règlements locaux (exemple : le code civil polynésien est largement distinct du code civil français de droit commun). L’Etat français n’exerce donc pour ces territoires autonomes qu’une compétence d’attribution pour des matières expressément réservées.

Il est donc évident que la République française a les aptitudes et les capacités nécessaires à proposer et à faire vivre en son sein un statut propre pour la Wallonie. Comme l’explique le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » qui contiendrait une mini-constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre- mer).

Concrètement, cela signifie que la législation et les institutions wallonnes, qu’elles soient régionales, provinciales et municipales, pourront être intégralement conservées. Les compétences actuelles de la Région wallonne seront également maintenues, avec de rares exceptions comme, par exemple, l’octroi des licences de vente d’armes. Elles seront même enrichies de la plupart des compétences exercées aujourd’hui par la Communauté française, notamment l’enseignement.

Pour ce qui est de l’enseignement, précisément, il restera de cadre juridique inchangé au jour J de l’intégration. Mais rien n’empêche que des convergences puissent advenir ultérieurement. Si, par exemple, une demande wallonne s’exprimait pour un régime de baccalauréat, elle pourrait se concrétiser via un double changement législatif, en droit wallon obligatoirement et en droit commun français si nécessaire. En fait, ce raisonnement logico-juridique vaudra pour l’ensemble des matières de compétence wallonne.

Le statut des élus wallons ainsi que les règles électorales resteront intacts. Rien n’exclut cependant des négociations ultérieures avec Paris, dans une logique de donnant-donnant.

Point capital pour la Wallonie : son financement est garanti, puisque l’Etat français reprend à son compte les transferts actuels en provenance de Flandre (quelque 7 milliards d’euros).

Pour ce qui est du droit fédéral et des institutions fédérales, coupées en deux avec la partition du pays, ils relèveront de la compétence de l’Etat français. Une partie sera abandonnée le jour J (ex : diplomatie, armées, droit de la nationalité et de l’immigration…), une autre le sera plus tard (ex : institutions et procédures judiciaires). Tout le reste est conservé pour une durée indéterminée (notamment le droit et les institutions de la sécurité sociale), sauf négociations, dans une logique de donnant-donnant ou de simple convergence souhaitée de part et d’autre.

Prenons le cas précis de la Justice. L’essentiel pourra être conservé, sauf contradictions pénales. Certains problèmes seront soumis, au fil de l’eau, au Conseil constitutionnel par la voie de la question préjudicielle de constitutionnalité, s’ils n’ont pas été traités en amont, lors de l’adoption du cadre d’intégration de la Wallonie. Ce cadre devra préciser, si besoin, en quoi il déroge au cadre constitutionnel de droit commun, aux principes généraux du droit français, etc.

La situation des ex-corps fédéraux sera envisagée secteur par secteur, mais l’intégration dans les corps homologues français devrait se faire sans licenciements, avec indemnité compensatoire si nécessaire, comme c’est la règle, et obligation éventuelle de mobilité géographique ou fonctionnelle.

Les élus « nationaux belges » deviendront des élus « nationaux français » et relèveront donc complètement du Droit français, en ce compris les règles électorales.

Mais pas de quoi s’inquiéter à cet égard. La France compte 925 élus nationaux (sénateurs et députés) pour 67 millions d’habitants. Les 11 collectivités d’outre-mer sont très surreprésentées. Pour les 3,6 millions de Wallons, cela donnerait 5%, soit 40/45 élus nationaux. Certes, il y a ce projet d’Emmanuel Macron visant à réduire de 20% l’effectif des élus nationaux. Mais cela resterait néanmoins très correct !

Que répondre à ceux qui affirment que les Wallons ne sont pas favorables à l’option réunioniste ?

Il n’est pas sans intérêt de comparer l’évolution de la Wallonie avec celle de la Savoie et de Nice.

En 1860, les Savoyards et les Niçois choisirent de quitter le Royaume du Piémont et la Maison royale de Savoie, auxquels ils avaient été fidèles durant plus d’un millénaire. Il n’y avait aucun consensus au départ. La période 1858-1860 se caractérisa par l’hésitation des élites et des populations concernées.

La France de 1860, unifiée, forte, prospère, aux institutions stables, à la culture identique ou proche, aux mœurs connues, parut finalement plus accessible aux Savoyards et aux Niçois que l’Italie, à l’unification territoriale inachevée, aux populations étrangères, à l’avenir économique incertain, et qui menaçait directement les intérêts de l’Eglise.

Il revenait donc à l’Etat français de rassurer et de séduire les intéressés. Dans la mesure où ceux-ci ne demandaient pas un régime politique et administratif particulier – les deux pays avaient déjà relevé du cadre français à peine quarante-cinq plus tôt -, les choses se déroulèrent de manière aisée. L’Etat français put ainsi garantir des conditions d’intégration favorables aux catégories d’intérêts en cause.

Les populations savoyarde et niçoise furent ensuite invitées à se prononcer séparément – une première en Europe – pour valider le transfert pacifique d’un territoire d’un Etat à un autre. Validation obtenue à 99%.

On le voit, entre la Savoie et Nice d’une part et la Wallonie d’autre part, nombre de similitudes s’imposent, tant dans les situations héritées du passé que dans les évolutions subies conduisant à la remise en cause d’une appartenance étatique pour lui en substituer une autre.

De même que l’Etat français fut hier le nouvel Etat apte à accueillir les Savoyards et les Niçois, devenus des étrangers au sein de l’Etat-nation italien en devenir, il peut être demain celui dont auront besoin les Wallons lorsque l’émergence d’un Etat-nation flamand aura entraîné la désintégration du Royaume de Belgique.

Au milieu de nulle part

Par VALMY

Quelles sont les options qui se présentent au duo De Wever-Magnette en ce 8 août 2020 ?

Option 1 : Une nouvelle invitation serait envoyée aux libéraux.

Option 2 : la remise en selle d’un autre parti.

Option 3 : un gouvernement de “courte” durée avec un programme “limité”, centré sur l’après-corona et la crise économique qui s’annonce.

Option 4 : mettre sur pied un gouvernement minoritaire, avec les 5 partis en négociation. Cette “bulle de 5” dispose de 69 sièges. Elle devrait aller chercher l’appoint au Parlement pour chaque décision.

Mais est-ce jouable face aux défis qui s’accumulent ?

Oui, le Vlaams Belang compte 18 députés dans l’opposition. Cela signifie, pour les votes à caractère institutionnel, une majorité de 69 + 18 soit 87 députés.

Cela semble jouable pour la NVA qui peut ainsi exercer un sérieux chantage à l’encontre des Wallons, comme Monsieur Bouchez et consorts, toujours englués dans la nasse du royaume de Belgique.

Pour les partis flamands, cela leur permet d’affirmer hypocritement qu’ils ne gouvernent pas avec le VB mais qu’ils ne peuvent l’empêcher de voter les lois, surtout celles profitables à la Flandre.

Nous vivons en démocratie, n’est-ce pas !

Quant au PS, il pourra compter sur les verts et le PTB pour voter les lois sociales. Mais uniquement les lois sociales accordées par la Flandre au PS au cours du donnant-donnant préalable au « confédéralisme ». Ces lois sociales profiteront aussi aux Flamands.

Pour Monsieur Bouchez qui semble accorder du crédit aux paroles du VLD, il ne faut pas oublier que dans ce parti « uni » au MR, les parlementaires nationalistes soutiendront toutes les lois profitables à la Flandre que cela plaise ou non à leur président Monsieur Lachaert.

Option 5. Personne ne se souhaite les élections. Pourtant tous y vont à grands pas. Excepté que la NVA pourra se lancer en campagne en se targuant d’avoir concocté avec le PS la mise sur pied du confédéralisme !

Il ne s’agissait pas d’un poker menteur, la Flandre détient toutes les bonnes cartes depuis 1960 !

Wallonie, réveille-toi !

Par André Dumont

Les déclarations incisives des leaders flamands lors de la célébration de leur fête nationale, le 11 juillet dernier, confirment l’arrivée à son terme de la confrontation communautaire Wallonie-Flandre engagée depuis 1830.

Il est de plus en plus évident que la Flandre est proche de son autonomie. Cette perspective devrait inciter les Wallons à se préoccuper d’urgence de l’avenir de leur région, aujourd’hui plongée dans une situation financière et économique alarmante.

Sous la houlette du Ministre Président wallon, Monsieur Elio Di Rupo, belgicain déclaré, la Wallonie accepte la mainmise financière de la Flandre sur ses forêts, ses terres agricoles, ses hôtels, ses résidences et ses industries : Durbuy, Pairi-Daiza, tout autant que le village flamand des Barrages de l’Eau d’Heure ne sont que la face visible d’une occupation réfléchie et méthodique de notre région.

Monsieur Elio Di Rupo ignore l’identité wallonne, il s’en tient à l’histoire belge du professeur Henri Pirenne. Il n’ignore pas que parmi ses prédécesseurs, Guy Spitaels, Jean-Claude Van Cauwenbergh et Robert Collignon n’ont pas manqué de déclarer la Belgique ingouvernable à l’issue de leur mandat présidentiel. Paul Magnette a identifié la Wallonie en Europe en refusant de signer l’accord économique et commercial, le CETA. Mais devenu Président du Parti Socialiste, il a envisagé une entente avec le Président de la SPA, Conner Rousseau, pour faire un gouvernement avec la NVA sans ignorer pourtant le partenariat NVA-SPA de la Ville d’Anvers. Rappelé à l’ordre par ses militants, il est rentré dans le rang où le silence est d’or. Il a laissé la parole au sémillant Président du MR, Pierre-Henri Bouchez, qui ne cesse d’affirmer sa ligne belgicaine et qui a proposé de refédérer les partis du Nord et du Sud scindés depuis 1970 ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?…

La Wallonie ne manque pas d’atouts économiques : ses laboratoires de recherches, ses industries, ses voies de communication routières, ferroviaires et fluviales, ses aéroports et surtout ses ressources naturelles : la pierre, le bois et l’eau. Mais ces dernières sont valorisées par la Flandre. La pierre de nos carrières est utilisée pour endiguer les marées montantes, les meubles fabriqués à Malines sont faits du bois de nos Ardennes et l’eau de nos nappes phréatiques alimente à prix coûtant les consommateurs flamands.

Les administrateurs fédéraux sont en majorité flamands, ce qui est logique considérant nos populations respectives. Ce qui l’est moins, c’est notamment le RER terminé en Flandre, les travaux d’infrastructures portuaires de Zeebrugge et d’Anvers ainsi que l’aménagement de l’aéroport de Zaventem à charge du budget fédéral. Nos députés et sénateurs wallons en sont très conscients mais, préoccupés par leur réélection, ils se gardent d’intervenir pour éviter de provoquer une élection anticipée les privant de leurs mandats. En face de l’impérialisme flamand, un seul a donné sa démission : le sénateur François Perin.

Très soucieux de nos deniers publics, nos mandataires entretiennent sept ministres sans la Fédération Wallonie-Bruxelles, absolument inutile, ces compétences pouvant être reprises par la Région Wallonne du jour au lendemain. En fait, cette Fédération sans revenus fiscaux et non élue est une aberration coûteuse.

Bruxelles, capitale de la Flandre, n’a jamais revendiqué son appartenance à la francophonie. Aujourd’hui multilingue, c’est désormais l’anglais qui y est utilisé comme langue véhiculaire. Bruxelles n’a jamais été solidaire de la Wallonie. Quand celle-ci était prospère, les administrateurs wallons et bruxellois de nos industries se trouvaient à la Société Générale de Banque à Bruxelles pour partager les bénéfices. Quand celle-ci a disparu, ils se sont évaporés dans la nature en emportant la caisse et en laissant à la Wallonie ses terrils et ses friches industrielles.

Si vous traversez la frontière linguistique puis frontière d’état depuis 1962, vous aurez à juste titre, le sentiment de découvrir un pays différent par ses campagnes et ses villes, par la mentalité de ses habitants. De réforme en réforme de nos institutions, la Flandre construit son autonomie et on constate que des décisions prises par nos gouvernants sont d’application en Flandre depuis des mois, si pas des années.

La Wallonie n’a plus de média. Le journal Le Soir, défenseur d’une Belgique unie, nous abreuve jour après jour de culture flamande. Il sera bientôt bilingue. La RTBF n’est pas en reste en nous gratifiant tous les jours de reportages ornés du drapeau noir-jaune-rouge et en nous offrant chaque semaine, le jeudi au JT de 19h30, une édition spéciale consacrée aux « nouvelles de Flandre ». Heureusement, il nous reste les symboles de notre union nationale. La Wallonie républicaine est devenue monarchiste. Le Roi Philippe de Saxe-Cobourg-et-Gotha a placé ses enfants dans une école flamande. Notre équipe de football : « Les Diables Rouges », le maillot aux couleurs nationales orné d’une bouteille de Jupiler-Belgium, soulève l’enthousiasme de ses supporters alors que les joueurs exercent leurs talents à l’étranger. Heureusement, les frites et Manneken-Pis maintiennent intacte notre image pour les visiteurs étrangers. Le lion, symbole du pays, a perdu sa langue rouge en Flandre tout en gardant sa force alors que notre coq wallon a perdu ses ergots et ses plumes.

Une certitude cependant : personne ne pourra reprocher aux Wallons d’avoir cassé la Belgique.

Liège en ce curieux printemps

Si léger, le réveil au chant des oiseaux. D’une beauté presque insolente, ce printemps qui voudrait qu’on s’émerveille pour tant de bleu dans le ciel, tant de soleil dans les jardins refleuris, la grâce de cette lumière que ne voient plus les morts… Les morts, ces personnes devenues des chiffres, qui occupent tous les esprits mais sont isolées de leurs proches au moment de s’en aller.

Pour celles et ceux qui ne sont pas mobilisés dans la lutte contre la maladie, le temps est à la rencontre avec soi-même ou avec le ciel. Alors que le pape n’a jamais été aussi seul pour célébrer Pâques, on est là un peu tous à méditer sur le deuil et l’espérance, la force de la vie et la fragilité de nos existences. Paradoxe que ce temps suspendu qui agit déjà comme un accélérateur de l’histoire, à la façon d’un trou noir qui nous aspire, et puis ce monde ouvert que l’on disait fait pour les nomades et qui rétrécit tout à coup jusqu’aux limites de sa ville ou de son appartement…

Mon espace à moi, c’est Liège et, devenu un promeneur solitaire, je me laisse éblouir par la lumière qui anime ses rues presque vides. Après tout, le philosophe Kant nous a montré le chemin de la liberté mais il n’a jamais quitté sa ville natale. On n’est pas obligé de prendre un avion pour voyager. Situation paradoxale à nouveau, parce que Liège n’a jamais été autant connectée au reste du monde : c’est par son aéroport que l’OMS a choisi de faire entrer le matériel médical dont l’Europe a besoin maintenant, sans attendre.

Il n’y a pas de quoi pavoiser mais c’est l’occasion de partager une succession d’impressions sur Liège, d’images saisies en ces moments si particuliers. Foyer de l’identité wallonne, ancienne capitale d’empire qui n’a jamais cessé de regarder vers la France, Liège mérite bien qu’on la découvre… à distance.

G.R.

Et vogue la galère

Par Paul Mélot

Déficit Etat belge

2018 : 3,4 milliards ; 2019 : 8,7 milliards ; 2020 : 12,4 milliards (dette totale : 500 milliards dont + ou – 140 pour la Wallonie)

Ceci explique – entre autres ! – qu’aucun parti ne se précipite pour fabriquer un gouvernement fédéral en reniant ses promesses électorales (moins d’impôts, pension minimale à 1500 euros, climat, etc… selon les différents partis) vu le trou gigantesque à combler…

Déficit Région wallonne

2020 : 435 millions (dette propre : 22 milliards)

Ceci explique l’immobilisme après avoir fabriqué un budget qui ne résorbe pas le déficit mais qui, au contraire, le creuse, vu les divergences entre partis…

Déficit Communauté française

708 millions (dette propre : 8,3 milliards)

Ceci explique le désarroi d’un « pouvoir » qui s’obstine avec un « pacte » d’excellence non finançable, créateur d’économies budgétaires selon Mc Kinsey… et la Communauté française en faillite dès 2024-2025…

Tout ceci se passe en 2020, en Belgique, Etat en voie d’évaporation…

Petite info de ce 11.02 (LE SOIR) : « Au passage, relevons qu’une agence de notation sise à Berlin, Scope Ratings, a communiqué ce lundi que, « vu la situation budgétaire et les perspectives économiques, la Belgique pourrait être à terme l’objet d’une évaluation négative ». L’agence en question n’est pas du tout une star du marché, poursuit LE SOIR, mais enfin, ce pourrait être un premier coup de semonce dans le genre.

Il est temps de se mettre à table

Par Paul Mélot

Il me paraît complètement illusoire de croire à un sursaut de belgitude ! Cette idée ne peut que faire rire la Flandre : la Wallonie est hélas un fardeau qui empêche un plus grand développement de cette région ! Mal gérée par TOUS les partis depuis belle lurette, notre Wallonie ne se redresse hélas pas (comme je le montre lorsqu’il m’est permis de m’exprimer dans des exposés hélas trop confinés aux Maisons de la Laïcité, un des rares endroits où la confrontation d’idées est permise… alors que je souhaite adresser mes propos avec le plus grand pluralisme). Au contraire, le fossé se creuse encore ! Les indicateurs économiques le montrent et le monde politique occulte soigneusement cette triste réalité. Les budgets (Région et Communauté) se plantent inexorablement et l’impasse est programmée pour 2024-2025, moment où les pleins effets de la sinistre Loi de financement donneront leur pleine mesure. Lors de la campagne électorale de mai 2019, DI RUPO a déjà signalé qu’il faudra revoir la Loi de financement – SA Loi de financement- …mais en 2024 ! Quelle illusion de croire que ce que la Flandre a obtenu en 2011 d’abord, en 2014 ensuite, serait revu dans un sens favorable ! Et de plus, au moment où nous danserons devant un frigo vide ! Sans monnaie d’échange, excepté la scission de la sécu… Si la sécu n’est pas scindée, elle le sera de toute manière en 2024. Je pense que des personnes telles LABILLE et BODSON en sont convaincues et ont déjà intégré cette réalité dans leur mental. Il me semble également que le patronat wallon est sensiblement sur la même ligne.

Dans un récent article du SOIR (22/1), Vincent DE COOREBYTER qui s’interroge sur le sens à donner aux vainqueurs et perdants d’une élection, fait une comparaison qui me paraît des plus pertinentes : quand deux états sont en conflit, les intérêts s’affrontent alors que chacun dispose de sa propre organisation, de sa propre constitution et seule la diplomatie peut tenter de trouver une solution. Ici, pour constituer un gouvernement, nous transposons cette logique internationale au niveau fédéral, mais nous nous heurtons alors à une constitution commune… que nous, francophones, ne voulons pas revoir (l’erreur capitale du refus d’inscrire les articles qui permettent de revoir cette même constitution avant les élections de mai 2019). Dès lors, l’issue devient de plus en plus problématique. C’est bien là où nous sommes actuellement, en y ajoutant le fossé entre les partis wallons… Il me semble donc qu’il n’y a comme seule porte de sortie que de se mettre à table avec la Flandre (et en particulier avec la N-VA) et d’y mettre à l’ordre du jour la scission du pays. Puis-je fournir un exemple du délitement de l’Etat qui entraîne l’évaporation de la Belgique ? La non-élection de Mme KHATTABI à la Cour constitutionnelle. J’emprunte encore ma source au SOIR des 1 et 2 février. Madame BOURGAUX, Constitutionnaliste de l’UMons a fait les comptes relativement à l’élection (acquise ou pas) de 12 personnes à cette Cour. Dans cinq cas, « on » a comptabilisé la majorité des deux tiers sans compter les votes blancs et nuls. Dans sept autres votes, « on » a acquis une majorité des deux tiers en comptant les votes blancs et nuls. Et dans le cas KHATTABI, elle aurait été élue (MALGRE les VOTES NEGATIFS du BELANG ET DE LA N-VA, ainsi qu’une élue OpenVLD). Comprenons donc que, pour la plus haute juridiction du pays, par absence de précision, une fois on joue une pièce, une autre fois on la joue dans l’autre sens… (et ici, je me fiche que ce soit au détriment de KHATTABI ou pas, il ne s’agit pas de la personne en question). Donc, comprenons bien que si cette juridiction, demain, devait rendre un avis sur une décision de type constitutionnel, cette décision serait entachée de contestation, au vu de la procédure… Vous avez donc bien lu qu’au sommet, amateurisme et délitement existent ! Et on voudrait fabriquer un gouvernement ? Tout cela montre bien l’état de confusion dont nous ne sommes pas capables de sortir et j’en reviens donc à ma suggestion de se mettre à table !

Dépassons l’impasse belge

Par Pierre Hazette

Publié sur le site du Vif/L’Express le 4 février 2020

L’ancien ministre MR Pierre Hazette constate l’échec de l’Etat belge. Il faut « abattre le mur » au bout de l’impasse. Et le sud du pays doit prendre son destin en mains.

Naguère engagé dans l’action politique, je répétais à chaque scrutin que la campagne électorale, c’était la fête de la démocratie.

Désenchanté, je ne tiendrais plus le même langage aujourd’hui.

Les élections de mai 2019 constatèrent une poussée considérable de l’extrême droite en Flandre et de l’extrême gauche, héritière du communisme, en Wallonie.

Huit mois après le vote, les leaders des partis, qui récusent toute possibilité de gouverner avec les extrêmes de droite et de gauche, sont enlisés dans un jeu d’exclusives réciproques que se signifient à intervalles réguliers socialistes francophones et nationalistes flamands.

Ne serait-il pas temps de conclure qu’au bout de l’impasse, il faut démolir le mur ?

La Belgique a évolué depuis les golden sixties d’un état unitaire vers la reconnaissance des communautés linguistiques et culturelles distinctes, puis vers la création des Régions et, de réforme en réforme, vers le transfert progressif de compétences importantes de l’Etat central, qui s’appelle désormais fédéral, vers les Régions et Communautés.

En 1999, une large majorité s’exprima au parlement flamand en faveur du confédéralisme.

Le Petit Robert définit ce mode de gouvernement : « union de plusieurs Etats qui s’associent tout en conservant leur souveraineté ». Depuis ce vote, il est clair que la Flandre voit son avenir comme Etat souverain. Les nationalistes ne cachent pas que ce confédéralisme est une étape vers l’indépendance. C’est aussi le projet de l’extrême droite et l’alliance de ces deux partis est aujourd’hui proche de la majorité absolue au nord du pays.

Observons encore que la crise ouverte après le scrutin de mai 2019 n’affecte que l’Etat central.

Quelle conclusion tirer, sinon que l’Etat belge en tant qu’entité représentative de l’ensemble des citoyens est incapable, faute d’un consensus interne, d’assumer cette mission, essentielle à la promotion de l’intérêt général ?

Le divorce est profond, car en face de la majorité favorable au confédéralisme, constatée il y a vingt ans au Parlement flamand, on ne trouve, ni à Bruxelles, ni en Wallonie de revendication allant dans ce sens. C’est que l’économie wallonne ne s’est pas remise de la révolution industrielle qui a fermé les charbonnages, les usines sidérurgiques, les verreries et les manufactures lainières. La Flandre a prospéré après avoir été à la traîne pendant cent trente ans. La Wallonie a, à son tour aujourd’hui, besoin d’une solidarité que la nation flamande, en voie de parachèvement, ne lui accordera plus.

Pour les francophones, le problème majeur réside autant dans le refus du confédéralisme que dans l’impossibilité d’assurer les charges de l’indépendance.

Et pourtant, abattre le mur au fond de l’impasse, c’est dire bien haut que les entreprises wallonnes de haute technologie brillent, notamment, dans le domaine de l’aéronautique et de l’armement, que l’industrie alimentaire soutenue par une eau d’une qualité exceptionnelle peut affronter toutes les concurrences que l’on aille de l’eau de Spa ou de Villé au whisky de Fexhe, en passant par les bières aussi diverses que savoureuses ou par les vins blancs, rouges ou champagnisés, que les poutres en lamellé-collé d’Etalle ont été les premiers étais de sécurisation de Notre-Dame de Paris, que les panneaux photovoltaïques ou les éoliennes ou encore l’exploitation de la biomasse mettent la Wallonie sur la voie de la transition énergétique, que dans le secteur des biotechnologies, nos universités ont ouvert la voie à des entreprises de hautes performances, confirmant la vocation de nos chercheurs et de nos entrepreneurs dans la production de médicaments.

L’optimisme n’est pas béat : il repose sur les relations fortes établies par nos Instituts d’enseignement supérieur, nos Universités, nos Facultés, d’une part, et d’autre part, nos centres hospitaliers, garants de la qualité et de la proximité des soins dispensés. La Wallonie s’est aussi inscrite dans une stratégie réussie du transport multimodal : les aéroports de Charleroi et de Liège sont connectés aux voies ferrées et autoroutes et même, pour ce qui concerne Liège, la voie d’eau fait de son port fluvial un grand d’Europe. On ajoutera, en ces moments d’inquiétude climatique, que les réserves d’eau de la Wallonie pourraient devenir richesses si les prévisions de réchauffement climatique se confirment. Le tourisme wallon se présente lui aussi sous des auspices favorables : les massifs forestiers, les vastes prairies, la fraicheur des cours d’eau sont autant d’invitations à la promenade qu’agrémenteront, par ailleurs, des découvertes archéologiques, artistiques ou gastronomiques.

Et cela étant dit et tant de choses oubliées, la Wallonie ne peut négliger ses atouts. Elle ne peut s’accommoder du pourrissement de l’Etat.

La Wallonie fait partie intégrante d’un vaste espace linguistique et culturel. C’est probablement lorsqu’elle s’en souviendra qu’elle abattra le mur du fond, tout au bout de l’impasse.

Le raisonnement est différent pour Bruxelles. La ville et les communes qui lui sont intégrées dans la structure régionale ont acquis une dimension européenne et internationale. L’union européenne et l’OTAN y ont leur siège. La diversité culturelle y est florissante. Le destin de Bruxelles n’est pas lié à celui de la Wallonie, plutôt rurale, d’où n’émerge aucune ville de plus de 300 000 habitants. Il n’est pas davantage dans le statut de capitale d’un résidu de Belgique qu’ambitionne d’être la Flandre indépendante. Washington D.C. ne serait-il pas un modèle qui pourrait séduire l’Europe ?

Quant à la Communauté germanophone, elle est entourée d’amis qui lui ouvrent les bras : la Wallonie, d’abord, puis le Grand -Duché de Luxembourg ou le Land de Rhénanie-Westphalie.

Reconnaissons-le : notre pays piétine dans ses rancoeurs, dans des échanges venimeux de reproches, dans l’impossibilité de mettre en chantier de grands projets d’avenir. La dernière œuvre commune aux deux communautés fut l’Exposition Universelle de 1958.

Sur le plateau de cette manifestation d’union nationale, la Belgique est aujourd’hui incapable de se doter d’un stade digne de nos footballers.

Ouvrons les yeux : les déficits qui se profilent dans la gestion de l’Etat central comme dans la conduite des entités fédérées nous contraignent à la lucidité.

Ils nous poussent aussi vers le précipice.

Football : le Nord et le Sud

C’est un vieux projet qui revient sans cesse à la surface : la BeNeLiga, un championnat de football commun aux meilleurs clubs de Belgique et des Pays-Bas, pour élever le niveau de la compétition et, bien sûr, du moins l’espère-t-on, celui des recettes financières. En hockey sur glace, le championnat belge s’est étendu au Benelux en 2015 mais le football est un sport autrement populaire et, de ce fait, changer de cadre induirait, là plus qu’ailleurs, des effets de nature identitaire, comme s’il était plus naturel de nous associer aux Pays-Bas qu’à la France.

Il y a une dizaine d’années, quand le Standard de Liège était dirigé par Lucien D’Onofrio, il semblait clair que le club liégeois préférait se projeter dans la Ligue 1 française plutôt que dans un championnat commun avec les Pays-Bas. Le discours a changé avec Roland Duchâtelet : du temps où il était le patron du Standard, cet homme d’affaires plus flamand que liégeois était un chaud partisan de la BeNeLiga (mais, à défaut, il menaçait d’inscrire son club dans le championnat français). Depuis que Bruno Venanzi a repris le Standard de Liège, celui-ci a retrouvé son identité liégeoise et il n’est pas question, pour lui, de suivre aveuglément le patron du Club de Bruges dans son envie de BeNeLiga: « Je préfère jouer avec le Standard à Marseille plutôt que contre… Nic et Nac », a-t-il répondu en novembre passé. Ce pour quoi nous tenions à le remercier.

Monsieur le Président,

Avant d’aborder l’objet de notre lettre, permettez-nous de nous présenter brièvement. Nous animons un mouvement citoyen et pluraliste ayant pour objectif de réveiller l’identité wallonne et de réorienter la Wallonie vers la francophonie en général et vers la France en particulier. Ce mouvement a été baptisé : Alliance Wallonie-France (AWF).

La presse a rapporté votre réaction aux tentatives de créer et d’imposer aux Wallons une «BENELIGUE». Dire que vous préféreriez évoluer dans le championnat français est l’évidence même : participer à une compétition prestigieuse tirerait vers le haut le Standard de Liège et tous les clubs wallons.

C’est donc avec émotion et un réel enthousiasme que nous partageons votre opinion et nous tenions à vous en remercier.

Enfin, nous sommes heureux de constater que votre action ne se limite pas au domaine sportif. Elle se manifeste également dans vos initiatives économiques. En promouvant un partenariat professionnel avec la Chine, vous orientez la Wallonie vers le grand large et non plus seulement vers les brumes du Nord. Et de cela aussi, nous tenons à vous remercier.

Vous voyez grand pour le Standard de Liège. Nous aussi, nous voyons grand pour la Wallonie. Nous aimerions qu’elle redevienne fière d’elle-même. Nous aimerions que la Wallonie signe des traités économiques avec la France. Nous aimerions qu’elle explore les richesses de la francophonie et du reste du monde.

Nous aimerions que la Wallonie revienne dans l’Histoire.

Encore une fois, un grand merci.

Nicolas Thirion, Président de l’AWF