Soyons plutôt nous-mêmes

Par VALMY

Pour Monsieur Geens, CD&V, les peuples n’existeraient que comme cobayes. La Belgique ne serait qu’une « expérience de laboratoire » pleine de richesse à l’instar du « nouvel empire européen ».

Le vice-Premier Koen Geens a tenu ce dimanche 12 janvier 2020 à Louvain un discours fédéraliste, mettant en garde contre les dangers des séparatismes qui menacent la Belgique et l’Europe.

« Lorsque la Belgique a été fondée, beaucoup pensaient que nous ne tiendrions pas plus de dix ans. Elle a pourtant grandi jusqu’à devenir l’une des expériences les plus intéressantes qui soient (ndlr : Ben tiens !). Faisons en sorte que cela continue, avec Bruxelles au centre. Cela ne nous a jamais fait de mal », a déclaré Koen Geens à l’occasion des vœux de Nouvel an du CD & V louvaniste.

Évoquant les négociations fédérales, il a reconnu que ce n’était « pas toujours simple », et que les prochains mois « ne seront pas faciles non plus ». Mais des régions comme l’Écosse, la Catalogne, le Pays basque, la Bretagne, où vivent des sentiments séparatistes forts, feraient mieux de rester membres à part entière de leur pays au sein de l’Union européenne. (Ndlr : le Pays basque et la Bretagne s’unirent à la France par des liens autres que ceux qui lièrent par la force des armées l’Irlande, l’Ecosse à l’Angleterre ainsi que les provinces flamandes et wallonnes à l’Empire germano-hispano-autrichien)

Conclusion : Donc, pour Monsieur Geens, les peuples « emprisonnés » doivent subir leurs peines injustes pour la survie de royaumes et d’empires colonisateurs en voie de disparition et pour la gloire d’une construction européenne niant l’existence et les particularités des peuples composant son espace.

Avec le CD&V, voilà bien le vrai visage de la vieille Flandre catholique toujours empreinte du passé habsbourgeois. La jeune Flandre ferait mieux de s’inspirer de Guillaume le Taciturne et de rejoindre les Pays-Bas même dans une construction fédérale ou confédérale.

Football : le Nord et le Sud

C’est un vieux projet qui revient sans cesse à la surface : la BeNeLiga, un championnat de football commun aux meilleurs clubs de Belgique et des Pays-Bas, pour élever le niveau de la compétition et, bien sûr, du moins l’espère-t-on, celui des recettes financières. En hockey sur glace, le championnat belge s’est étendu au Benelux en 2015 mais le football est un sport autrement populaire et, de ce fait, changer de cadre induirait, là plus qu’ailleurs, des effets de nature identitaire, comme s’il était plus naturel de nous associer aux Pays-Bas qu’à la France.

Il y a une dizaine d’années, quand le Standard de Liège était dirigé par Lucien D’Onofrio, il semblait clair que le club liégeois préférait se projeter dans la Ligue 1 française plutôt que dans un championnat commun avec les Pays-Bas. Le discours a changé avec Roland Duchâtelet : du temps où il était le patron du Standard, cet homme d’affaires plus flamand que liégeois était un chaud partisan de la BeNeLiga (mais, à défaut, il menaçait d’inscrire son club dans le championnat français). Depuis que Bruno Venanzi a repris le Standard de Liège, celui-ci a retrouvé son identité liégeoise et il n’est pas question, pour lui, de suivre aveuglément le patron du Club de Bruges dans son envie de BeNeLiga: « Je préfère jouer avec le Standard à Marseille plutôt que contre… Nic et Nac », a-t-il répondu en novembre passé. Ce pour quoi nous tenions à le remercier.

Monsieur le Président,

Avant d’aborder l’objet de notre lettre, permettez-nous de nous présenter brièvement. Nous animons un mouvement citoyen et pluraliste ayant pour objectif de réveiller l’identité wallonne et de réorienter la Wallonie vers la francophonie en général et vers la France en particulier. Ce mouvement a été baptisé : Alliance Wallonie-France (AWF).

La presse a rapporté votre réaction aux tentatives de créer et d’imposer aux Wallons une «BENELIGUE». Dire que vous préféreriez évoluer dans le championnat français est l’évidence même : participer à une compétition prestigieuse tirerait vers le haut le Standard de Liège et tous les clubs wallons.

C’est donc avec émotion et un réel enthousiasme que nous partageons votre opinion et nous tenions à vous en remercier.

Enfin, nous sommes heureux de constater que votre action ne se limite pas au domaine sportif. Elle se manifeste également dans vos initiatives économiques. En promouvant un partenariat professionnel avec la Chine, vous orientez la Wallonie vers le grand large et non plus seulement vers les brumes du Nord. Et de cela aussi, nous tenons à vous remercier.

Vous voyez grand pour le Standard de Liège. Nous aussi, nous voyons grand pour la Wallonie. Nous aimerions qu’elle redevienne fière d’elle-même. Nous aimerions que la Wallonie signe des traités économiques avec la France. Nous aimerions qu’elle explore les richesses de la francophonie et du reste du monde.

Nous aimerions que la Wallonie revienne dans l’Histoire.

Encore une fois, un grand merci.

Nicolas Thirion, Président de l’AWF

Evaporation, silence, aveuglement

Par Paul MÉLOT

Le climat délétère des négociations visant à former un gouvernement fédéral de la dernière chance (?) dans une Belgique en voie d’évaporation – un pays incapable de mettre sur pied un gouvernement n’est plus un Etat – occulte parfaitement une autre réalité, tout aussi dramatique : l’avenir de la Communauté française. Les rédactions, yeux fixés sur les aides à la presse, feignent de ne pas voir et prévoir l’avenir, tout comme les organisations politiques gouvernant à échéance de six mois…

Financer un « pacte » qui n’a par ailleurs d’excellent que son nom, supporter une dette de plus en plus lourde, ne pas – plus- pouvoir faire appel aux régions elles aussi exsangues (voir la désastreuse Loi de financement), être amené, demain, comme en Flandre, à réduire les budgets culturels, surtout RTBF y compris, attendre 2024 pour voir les pleins effets de la cotisation dite de « responsabilisation » des pensions (+ ou – 450 millions d’euros supplémentaires dans un budget déjà en difficulté annuelle de 700 millions d’euros!!!) : c’est comme s’il ne se passait rien…

Quand de plus en plus de voix, wallonnes surtout, vu un certain mutisme du côté de Bruxelles, déclarent que la seule issue consiste à fabriquer une Belgique à quatre régions, il faut bien sûr préciser que la fin congénitale programmée de la Communauté française lors de son accouchement aux forceps sur les fonts baptismaux n’empêcherait en rien des accords bilatéraux entre régions. Allo les partis ?????

Les carottes belges sont cuites

Par Jules GHEUDE

Rik Van Cauwelaert, l’ancien rédacteur en chef de « Knack », s’attend à des élections anticipées. Il conseille de ne réserver aucun voyage en février et mars.

Des élections anticipées, au moment où, dans le dernier sondage RTL/Le Soir, la N-VA et le Vlaams Belang sont crédités ensemble de 49,4%, soit la majorité absolue assurée au Parlement flamand.

Comment, dans ce contexte, ne pas songer à ce qu’écrivait François Perin, le 28 avril 1981, dans « La Meuse » : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’État se mettre à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par implosion. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Trente- huit plus tard, nous y sommes !

Les responsables francophones ont beau répéter à l’envi qu’ils tiennent à la Belgique (qu’est-ce que cela signifie, lorsque l’on stigmatise la moitié de l’électorat flamand ?), il est plus que temps qu’ils voient la réalité en face et se mettent enfin à envisager sérieusement l’ère post-belge.

Nous avons déjà expliqué pourquoi une Wallonie indépendante et une Belgique résiduelle, sans la Flandre, ne pouvaient représenter des scénarios d’avenir pérennes et crédibles. Seule la France est susceptible d’offrir à la Wallonie une solution de survie à l’incurable mal belge.

Les élites wallonnes, nous répond-on, y sont opposées, car elles ne souhaitent pas perdre leurs prérogatives actuelles.

Comme si la France était un pays uniforme, qui serait incapable de prévoir un cadre institutionnel et juridique adapté à une collectivité territoriale qui émettrait le souhait de la rejoindre.

Comme le fait observer Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité : les Wallons ne devraient pas se présenter nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français.

Et de proposer une solution qui aurait le mérite de préserver, dans ses grandes lignes, l’héritage juridique belge tout en offrant à la Wallonie un statut particulier qui sauvegarderait ses acquis. Une « intégration-autonomie », qui ferait des Wallons des citoyens français à part entière.

Cette formule prend pleinement en compte le fait que l’État français n’est plus cet État jacobin dont certains esprits continuent d’entretenir l’idée. La Constitution française de la Ve République, largement amendée depuis 1958, fonde les bases d’une large décentralisation.

La Constitution française autorise, par son article 72, des statuts particuliers pour certains de ses territoires. En métropole, seule, présentement, la Corse bénéficie d’un tel statut (et aussi, mais avec une portée moindre, la région d’Ile de France). Souvent citée en exemple par les réunionites wallons, l’Alsace-Moselle ne jouit en fait que d’un régime local, à portée limitée.

En outre, la Constitution prévoit explicitement une différenciation des statuts des collectivités territoriales d’outre-mer, pour tenir compte des spécificités de chacune, avec la possibilité de larges transferts de compétences de l’État (articles 73 et 74). Dès lors, une très grande variété de statuts est possible, qui vont du droit commun aménagé à de véritables statuts d’autonomie. C’est ainsi le cas en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. L’État français n’exerce pour ces territoires autonomes qu’une compétence d’attribution pour des matières expressément réservées.

Il est donc évident que la République française a les aptitudes et les capacités nécessaires pour faire vivre en son sein un statut propre à la Wallonie.

Tout cela est parfaitement réalisable, comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus à Jacques Lenain :

Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme outre-mer).

Concrètement, cela signifie que la législation et les institutions wallonnes pourront être intégralement conservées. Les compétences actuelles de la Région wallonne seront également maintenues, à de rares exceptions comme, par exemple, l’octroi des licences de vente d’armes. Elles seront même enrichies de la plupart des compétences exercées aujourd’hui par la Communauté française, notamment l’enseignement.

Pour ce qui est de l’enseignement, précisément, il restera de cadre juridique inchangé au jour J de l’intégration. Mais rien n’empêche que des convergences puissent advenir ultérieurement. Si, par exemple, une demande wallonne s’exprimait pour un régime de baccalauréat, elle pourrait se concrétiser via un double changement législatif, en droit wallon obligatoirement et en droit commun français si nécessaire. En fait, ce raisonnement logico-juridique vaudra pour l’ensemble des matières de compétence wallonne.

Le statut des élus wallons ainsi que les règles électorales resteront intacts. Rien n’exclut cependant des négociations ultérieures avec Paris, dans une logique de donnant-donnant.

Point capital pour la Wallonie : son financement est garanti, puisque l’Etat français reprend à son compte les transferts actuels en provenance de Flandre (quelque 7 milliards d’euros).

Pour ce qui est du droit fédéral et des institutions fédérales, coupées en deux avec la partition du pays, ils relèveront de la compétence de l’État français. Une partie sera abandonnée le jour J (ex : diplomatie, armées, droit de la nationalité et de l’immigration…), une autre le sera plus tard (ex : institutions et procédures judiciaires). Tout le reste est conservé pour une durée indéterminée (notamment le droit et les institutions de la sécurité sociale), sauf négociations, dans une logique de donnant-donnant ou de simple convergence souhaitée de part et d’autre.

La situation des ex-corps fédéraux sera envisagée secteur par secteur, mais l’intégration dans les corps homologues français devrait se faire sans licenciements, avec indemnité compensatoire si nécessaire, comme c’est la règle, et obligation éventuelle de mobilité géographique ou fonctionnelle.

Les élus « nationaux belges » deviendront des élus « nationaux français » et relèveront donc complètement du Droit français, en ce compris les règles électorales.

Mais pas de quoi s’inquiéter à cet égard. La France compte 925 élus nationaux (sénateurs et députés) pour 67 millions d’habitants. Les 11 collectivités d’outre-mer sont très surreprésentées. Pour les 3,6 millions de Wallons, cela donnerait 5%, soit 40/45 élus nationaux. Certes, il y a ce projet d’Emmanuel Macron visant à réduire de 20% l’effectif des élus nationaux. Mais cela resterait néanmoins très correct !

Aussi longtemps que la Belgique subsistera, les Wallons nourriront la fibre belge. Mais, selon un sondage réalisé par « Le Soir » et « La Voix du Nord » en 2008, 49% d’entre eux se déclaraient prêts à opter pour la France si la Belgique disparaissait.

Durant des siècles, les Savoyards et les Niçois s’étaient montrés d’une totale loyauté à l’égard de la Maison royale de Savoie (Royaume du Piémont). Mais confrontés à la perspective de faire partie d’une Italie en voie d’unification, ils se prononcèrent, à 99%, pour le ralliement à la France en 1860. Ralliement qui, deux ans plus tôt, était loin d’être acquis. Seule l’attraction de la Suisse, sur le nord de la Savoie, justifia un traitement territorial particulier, avec la création d’une grande zone franche couvrant les territoires proches de Genève et du lac Léman.

Sans doute faudra-t-il attendre qu’ils se retrouvent mis devant le fait accompli pour que les Wallons réalisent pleinement le sérieux de la situation et adaptent leur comportement en fonction du contexte socio-économique auquel ils seront alors confrontés. Une Wallonie indépendante connaîtrait une évolution à la grecque, qui ne manquerait pas d’entraîner une baisse drastique des prestations sociales. Et la grosse majorité des Bruxellois (73,9%) optent pour un statut autonome en cas de disparition de la Belgique, ce qui met à mal le rêve de certains de voir émerger cette Belgique résiduelle qualifiée de Wallo-Brux.

Il nous faut aussi écarter cet argument « belgicain » habituel, selon lequel un tel cadre d’autonomie serait refusé par les décideurs français, au motif qu’il serait susceptible de tenter d’autres régions métropolitaines.

Le cas de la Corse est volontiers cité. Comme nous l’avons rappelé, cette région dispose déjà d’un statut particulier et l’évolution qu’elle peut en attendre n’a strictement rien à voir avec le régime envisagé ici pour la Wallonie.

Les indépendantistes et autonomistes corses, qui exercent désormais le pouvoir régional, se sont contentés de réclamer à Paris plus d’argent. Des compétences nouvelles – éducatives, sanitaires, sociales… – ne les intéressent pas. Notons que la Bretagne ne réclame pas un statut particulier d’autonomie semblable à celui de la Corse. Pourquoi réclamerait-elle demain un statut calqué sur celui de la Wallonie, qui lui est bien plus étranger ?

Cet argument de la boîte de Pandore qu’un statut d’autonomie wallonne ne manquerait pas d’ouvrir n’est en fait invoqué et défendu que pour empêcher les Wallons de penser à une solution française !

Rappelons enfin qu’un sondage Ifop/ »France-Soir » organisé en 2010 indiquait que 66% des Français (75% dans les régions frontalières) seraient disposés à accueillir la Wallonie si la Belgique disparaissait.

À ceux qui soulignent l’impact financier que l’opération représenterait pour la France, Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, répond : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. C’est un beau débat. Qu’il commence ! (sur son blog, le 9 septembre 2008)

La reprise de la quote-part wallonne de la dette belge n’aurait pas d’incidence macro-financière. La France, c’est en effet six fois la Belgique et vingt fois la Wallonie.

Dans sa dernière tribune du « Vif », intitulée « La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? », Claude Demelenne écrit : Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux États indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto.

L’exemple catalan est mal choisi. Amputé de la Catalogne, soit d’un quinzième de son territoire, l’État espagnol continuerait à exister, avec sa capitale Madrid, son gouvernement et son parlement. Et il mettrait évidemment son veto à l’adhésion de la Catalogne à l’Union européenne.

Pour la Belgique, il en va tout autrement. En cas d’impossibilité, devenue insurmontable, de constituer un gouvernement belge, il n’y aura plus de pouvoir à Bruxelles pour s’opposer à la fin de l’Etat belge ou empêcher la reconnaissance d’un État flamand souverain. L’Union européenne ne pourra que constater le décès de l’État belge, du fait du divorce, et d’intégrer un nouveau membre (ou deux, ou trois).

Comme l’avait fait remarquer François Perin en 1981 : Jamais l’Europe ni l’0tan, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la France à vivre ensemble ?

L’Union européenne devra faire preuve de pragmatisme. Dans un message placé sur Facebook, Michel Hermans, professeur de Sciences politiques à l’Université de Liège, déclare : La fin de la Belgique n’est plus de la pure fiction, mais un scénario de plus en plus envisageable.

Et d’expliquer :

Les Communautés flamande et française sont largement favorables à l’Union européenne. Actuellement, on ne pourra plus accuser l’une ou l’autre Communauté, comme pour la Catalogne indépendantiste, de vouloir mettre fin à l’État belge, même si ce sont les Flamands qui sont les plus favorables à une « Nation » flamande indépendante. De toute façon, le Confédéralisme, dans un cadre légal, envisagé par une majorité politique flamande, comme solution à la subsistance de la Belgique, est quasi dépassé. Par conséquent, pour éviter une crise dans un des pays fondateurs de l’Union européenne et essayer de trouver un statut pour Bruxelles, capitale de l’Union, entre les deux grandes Régions ou Communautés, les autres membres de l’Union européenne accepteront cette évolution particulière.

Un élément important doit retenir ici notre attention. Si la Wallonie rejoint la France, la question de son appartenance à l’Union européenne est automatiquement réglée. Par ailleurs, c’est la France qui sera amenée à négocier, au nom de la Wallonie, les modalités pratiques de la scission belge, notamment l’épineux partage de la dette.

Ça casse ou ça casse

Par VALMY

La presse relate, ce 8 décembre, une « rencontre de courtoisie » entre Messieurs Magnette et De Wever.

Admettons que l’acharnement du Wallon à sauver le royaume de Belgique donne naissance à un gouvernement fédéral « belge », que va-t-il se passer à votre avis ?

a) Sans la présence du VLD et du CD&V, il s’agira d’un gouvernement « wallon » dont on peut imaginer la durée de vie.

b) Avec la présence « mathématique » du VLD et du CD&V, on peut déjà envisager des dissensions entre ailes droite et gauche dans ces deux formations dont les répercussions fragiliseront la durée de vie du gouvernement « belge ».

c) De toute façon, si Monsieur Magnette veut survivre, il n’aura d’autre choix que de mener une politique favorable à la Flandre et au Patronat de Flandre.

d) Mais si Monsieur Magnette ne peut mener sa politique de gauche, même amendée, ses partenaires wallons se devront de réagir, au moins, pour sauver leurs « meubles » sur le plan électoral régional.

Conclusion : il semblerait que, malgré sa volonté jusqu’au-boutiste, Monsieur Magnette se trouve bien devant un dilemme, comme l’envisageait Monsieur François Perin, ou cela se passe très mal ou cela se casse tout de suite. Dans les deux cas la raison du plus fort, la Flandre, sera la meilleure !

Un peu de bon sens, M. Demelenne !

Par Jacques LENAIN

L’opinion de Claude Demelenne (voir ci-après) mérite un temps d’arrêt.

D’abord, parce que, avec tant d’autres, elle accompagne la montée de la vague « pro-confédéraliste » du côté franco-belge.

Ensuite, parce qu’elle comporte deux idées fausses, deux absurdités, qu’il convient de réfuter.

1. Selon C. Demelenne, l’UE fera obstacle à la fin de l’Etat belge, comme le démontrerait le cas catalan !

Or, ça n’a rien à voir : la Catalogne, comme Etat indépendant et souverain, ne pourrait devenir membre de l’UE sans l’accord de Madrid, une capitale espagnole qui existera toujours, avec un gouvernement espagnol qui existera toujours, pour une Espagne qui existera toujours même si l’Espagne avait perdu la Catalogne ! Donc, un vrai problème pour Barcelone…

Pour la Belgique, il en ira tout autrement : puisque, en cas d’impossibilité, devenue insurmontable, de constituer un gouvernement belge, il n’y aura plus de pouvoir à « Bruxelles » pour s’opposer à la fin de l’Etat belge, ni de capitale étatique belge pour s’opposer à la reconnaissance de la Flandre comme nouvel Etat membre de l’UE (ou de la Wallonie ou de Bruxelles…). L’UE, et tous ses membres, ne pourront que se contenter de constater la fin de l’Etat belge, du fait du divorce belge; et accepter d’intégrer un nouveau membre (ou deux, ou trois).

Cette « assimilation » entre situation espagnole et situation belge, entre Madrid et Bruxelles, est donc sans fondement.

2. Selon C. Demelenne, on peut satisfaire les Flamands en scindant presque tout, y compris la Sécurité Sociale, à la satisfaction des Franco-Belges qui conserveraient la solidarité financière Nord/Sud !

C’est stupide de croire cela car pourquoi donc la Flandre continuerait-elle à financer durablement la Wallonie une fois qu’il n’y aurait plus d’institutions régaliennes et/ou sociales belges « communes » à financer ?! La Flandre financerait quoi de la Wallonie, et elle le ferait en échange de quoi ? Mystère…

Ce ne serait envisageable que pour une bien courte période transitoire, et en échange de l’abandon par la Wallonie de Bruxelles à la Flandre. Et là, par contre, la Flandre pourrait effectivement continuer à financer durablement Bruxelles, si Bruxelles se soumettait à elle ! Et il faut vraiment se forcer pour croire à une telle hypothèse !

Ensuite, comment agirait la Wallonie et la Flandre au plan international et européen si, fictivement, l’Etat belge « souverain » demeurait comme « coquille vide », alors que l’Etat flamand, bien que « quasi indépendant », n’existerait pourtant pas, juridiquement, comme Etat « souverain » (ni l’Etat wallon, ni un Etat bruxellois…). Là aussi, au mieux, ce ne pourrait être qu’un montage de courte durée. En effet, avec qui négocieraient et « traiteraient » (donc signeraient et ratifieraient des traités) les instances internationales et européennes et tous les Etats vraiment souverains, pour des affaires impliquant la Flandre ? Avec la seule Flandre (donc non « souveraine » en droit international) ou avec l’Etat belge-croupion et pourtant « souverain », ou avec les deux ? Même questionnement pour une Wallonie « quasi-indépendante » mais non « souveraine »…

Un tel « montage » serait la cause d’une multiplication à l’infini de blocages, par l’exercice multiplié du pouvoir de veto de chacun (comme il en fut pour l’affaire du CETA, au nom de la « compétence internationale » de la Wallonie en économie). Tout petit exemple concret : comment serait calculée, acceptée, partagée, versée, la contribution financière « belge » au budget de l’UE ?

« Le Parlement britannique peut tout faire, sauf changer un homme en femme. » Si, ça, c’est devenu possible ! Par contre, le Parlement britannique ne peut pas faire que le Royaume-Uni soit à la fois dehors et dedans l’UE ! De même, le Parlement et la Constitution belges ne peuvent faire que, pour la communauté internationale des Etats, la Flandre (ou la Wallonie, ou Bruxelles…) puisse être considérée comme « souveraine » en même temps que l’Etat belge, lequel serait « conservé », et dont ladite Flandre (comme la Wallonie et Bruxelles) continuerait à faire juridiquement partie !

Un peu de bon sens, M. Demelenne !

Vive le confédéralisme ?

Un article publié ce 2 décembre sur le site du Vif/L’Express :

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ?

Par Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Francophones et Flamands ne s’aiment plus. Au mieux, ils s’ignorent. La Belgique va devenir une coquille (presque) vide. Et c’est tant mieux.

Le casse-tête belge se résume en deux phrases. La Wallonie est l’une des régions les plus à gauche d’Europe. La Flandre, l’une des régions les plus à droite. Ce grand écart pourrait encore s’accentuer en cas de scrutin anticipé.

Derrière la vitrine belge : le brol !

Bart De Wever a raison : il y a deux démocraties en Belgique. Les rêves de la majorité des Flamands ne sont pas les mêmes que ceux de la majorité des Francophones. Il est urgent d’en tirer toutes les conséquences. Et d’en finir avec la fiction noir-jaune-rouge.

Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. Pas question de donner des « mauvaises » idées à d’autres régions en quête d’autonomie. Il subsistera donc une vitrine belge. Mais derrière la vitrine, juste quelques brols.

Sortir de l’hypocrisie belge

Partons d’un principe simple : tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. A peine les gérants de la vitrine belge garderaient-ils les compétences de la Défense, des Affaires étrangères et certains aspects des Finances.

Tout est permis pour sortir de l’hypocrisie belge. – « l’Union fait la force », la belle blague ! La Belgique va s’évaporer. Le scénario indépendantiste – sans l’indépendance formelle – est incontournable. Les francophones doivent travailler consciencieusement avec les Flamands pour réussir ce scénario. Et cesser de les diaboliser. Nos voisins du Nord veulent voler de leurs propres ailes ? Pourquoi pas ? Ce n’est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent dans l’histoire des peuples. De Wever n’est pas un monstre. La Flandre n’est pas quadrillée de casques à pointe prêts à envahir la Grand-Place de Bruxelles.

Indépendance soft et solidarité

Tout est possible pour clôturer le mauvais film belge. A une condition : aucun des conjoints du ménage tricolore en crise ne peut sortir perdant du processus d’indépendance soft qui s’annonce. Le point le plus sensible a évidemment trait à la sécurité sociale. En cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Ce n’est évidemment pas tenable. Ni pour les Wallons, qui verront leur niveau de vie baisser. Ni d’ailleurs pour la Flandre, qui n’a aucun intérêt à appauvrir la région voisine, qui est son principal partenaire commercial. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir, comme il en existe déjà aujourd’hui dans la complexe machinerie institutionnelle belge.

La question des mécanismes de solidarité – sur une longue durée – est centrale. Aujourd’hui, bon nombre de francophones s’accrochent à la chimère d’un statu quo institutionnel parce qu’ils ont le sentiment que les flamingants veulent les détrousser comme dans un bois. En résumé, piller la caisse commune et mettre la Wallonie au régime sec. Beaucoup de francophones craignent des lendemains qui déchantent en cas de nouveau round institutionnel. Voilà pourquoi ils veulent le maintien de la Belgique sous sa forme actuelle. Pas par sentiment patriotique belge. Encore moins par amour des Flamands. Mais uniquement par peur d’une dégradation de leur niveau de vie dans l’après-Belgique.

Fétichisme des mots

Le temps est venu d’en finir avec le fétichisme des mots. La Belgique de demain sera-t-elle confédérale ? Il est inutile de se quereller sur la terminologie. Mieux vaut admettre pour principe que Flamands et francophones continueront demain à cohabiter dans un territoire inchangé, mais qu’ils y vivront de façon presque totalement indépendante.

Nos toujours compatriotes du Nord veulent encore moins de Belgique et encore plus de Flandre. C’est leur droit. Plutôt que de multiplier les vains discours anticonfédéralistes, les francophones doivent en prendre acte. Et reconnaître comme recevables- même si elles ne nous font pas plaisir – les aspirations flamandes. A court terme, la formation d’un gouvernement fédéral en sera facilitée. A moyen terme, la nouvelle majorité, au-delà de la gestion socio-économique courante, préparera le grand deal de la législature 2024-2029 : la scission de quasiment toutes les matières « belges », en échange de nouveaux mécanismes de solidarité, solides et irréversibles. Et de garanties renforcées pour les droits des francophones dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise.

Pour une Belgique a minima

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? Sous sa forme fédérale, la réponse est négative. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce ne sera pas davantage la fin de notre modèle de compromis. Certes, la Belgique deviendra toujours davantage une coquille vide. Mais une Belgique a minima est préférable à la paralysie actuelle, où Flamands et francophones se regardent en chiens de faïence et sont incapables de former un gouvernement.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde