Tout va très bien… (air connu)

Par Paul Mélot

Au moment où le CERPE (UNamur) dévoilait les résultats de son étude relative à la dette de la Communauté française, le ministre du budget (Flahaut) se fendait d’un communiqué où il disait que « les conclusions sont favorables, rassurantes. La situation est sous contrôle. Nous pensons qu’elle va s’améliorer d’année en année ». Voulait-il faire de l’humour ou s’est-il pris les pieds dans le tapis ou bien le joint était-il superpuissant, d’autant que la dette de la C.F. suit une évolution claire : en 1999, 3,03 milliards d’euros; en 2009, 4,49; en 2019, 8,35; en 2024, 11,94 milliards d’euros

Vont arriver progressivement les dépenses suivantes : cotisation de responsabilisation des pensions (450 millions d’euros), démographie (200 millions), enseignement supérieur (300 millions), formation des profs (669 millions), pacte « d’excellence » (306 millions).

Comme on le voit « la situation est sous contrôle et cela va s’améliorer d’année en année »… Et de bien belles années attendent TOUS les secteurs de la Communauté française  !!!!! (culture, enseignement, maisons de justice, etc…)

Ce qui n’a pas été reprécisé, c’est l’élément de la cotation de l’agence MOODY’S  (mars 2019), qui rétrograde la notation de la Communauté française de Aa1 à Aa3. Il était nécessaire de le rappeler…

Ainsi les choses ont-elles débuté en Grèce…

Sociétés du déni !

Par Philippe Dutilleul, journaliste à la retraite, auteur, notamment de Bye Bye Belgium (RTBF, 2006).

Aux pays des aveugles, les borgnes sont rois ! Formule qui peut résumer quelques évidences qu’on se refuse de voir en face, plus encore de solutionner.

La thématique la plus prégnante est celle des changements climatiques désormais visibles en de nombreux endroits du globe.  La communauté scientifique est quasi unanime pour valider la théorie de l’effet de serre et du réchauffement à cause des activités humaines. Malgré les catastrophes annoncées, malgré l’évidence et le constat sans appel de la hausse des températures et de ses conséquences, on tergiverse, on remet en question cette réalité pourtant tangible. Bref, on tarde à agir, collectivement et individuellement, alors que de nombreux scientifiques n’hésitent plus à parler de la proche extinction de l’espèce humaine. Les manifestations de jeunes, la timide percée des Verts lors des élections européennes sont des signes politiques encourageants mais très insuffisants pour inverser la tendance car les rejets de gaz à effet de serre n’ont jamais été aussi élevés dans le monde.  L’homme est-il en train de causer sa propre perte par inconscience, indifférence et égoïsme ?

La crise des hôpitaux publics en France couve depuis longtemps, en particulier le service des urgences complètement débordé en maints endroits (situation un peu équivalente dans certaines cliniques de Wallonie). Le sous-financement, la recherche à tout prix de rentabilité, la pauvreté grandissante, le vieillissement de la population, le manque de personnel et de médecins (en maintes zones rurales) expliquent cette situation intolérable d’un point de vue de santé publique et d’humanité. Ainsi, une dame est morte d’une méningite après avoir été parquée de longues heures dans un couloir d’un hôpital parisien sans être prise en charge. Un cas mortel parmi d’autres.  Cela démontre la difficulté d’Etats démocratiques de financer correctement leurs Services Publics par manque d’argent et de volonté politique. En attendant, beaucoup de monde trinque et les incidents se multiplient. Prend-t-on le parti de désertifier sciemment des régions peu peuplées (donc coûteuses pour la collectivité), de laisser mourir les patients les plus faibles et les plus âgés ?

Autre déni, celui qui consiste à vouloir partager ce qu’on ne possède et ne produit pas. Le creusement des déficits publics qui obèrent le bien-être des générations présentes et futures, facilités par des taux d’intérêt historiquement et durablement bas, est remarquable dans plusieurs pays dont la Belgique, dans sa partie francophone et au niveau fédéral où le prochain gouvernement (qui est loin d’être formé) devra trouver 11 milliards d’euros pour éponger le trou budgétaire. Malgré cela, certains responsables politiques, en période électorale, promettent d’augmenter les minima sociaux, les retraites, etc…, d’autres d’augmenter encore les taxes alors que le taux d’imposition y est déjà très (trop) élevé. Ces promesses rarement suivies d’effets bénéfiques finissent par fatiguer l’électeur qui se tourne alors vers les partis extrémistes. Il faut sans cesse dénoncer celles et ceux qui veulent raser gratis et distribuer tout azimut, comme les populistes et les fascistes au pouvoir en Italie, car ils ne font que creuser une tombe dans laquelle leurs électeurs des classes populaires tomberont les premiers. Voir la sombre et inextricable impasse dans laquelle est plongé le Venezuela de CHAVES et de son successeur MADURO.  Il n’y a de pire programme que la démagogie qui veut faire fi des règles élémentaires de l’économie, qu’on soit de gauche ou de droite, pro ou anti-capitaliste, pro ou anti-libéral…

Je terminerai cette liste non exhaustive (il faudrait un livre entier) par le vieux et récurrent clivage communautaire belge qui fait les délices des échotiers, provoque l’incompréhension de nos voisins directs et plonge le pays dans un immobilisme mortifère depuis de trop nombreuses années. Comme dans le magnifique film de SPIELBERG, « il faut sauver le soldat RYAN », tous les partis francophones, à commencer par le PS, ECOLO et le CDH, sont au chevet du Royaume agonisant et partent en guerre contre les Flamingants (presque majoritaires aujourd’hui) qui veulent démantibuler ce qui reste de commun dans le pays. Une quête à la Don Quichotte chère à Jacques BREL car vaine et sans issue. Cette politique du déni, qui s’appuie sur les forces « belgicaines » très minoritaires en Flandre (les Verts de GROEN, le SPA – et encore pas tous ses représentants- et les extrémistes de gauche du PTB version flamande) va à nouveau aboutir soit à une longue crise politique soit à la formation d’un gouvernement fédéral qui ne gouvernera pas. La volonté très majoritaire en Flandre est de transférer presque toutes les matières qui restent de la responsabilité fédérale vers les Régions et Communautés.  Ce que la Constitution actuelle permet. Les Wallons et les bruxellois francophones vont s’y opposer sur la forme mais finiront par céder. Le plus probable sera la formation d’une Confédération belge avec 4 régions quasi autonomes mais avec une Wallonie à l’agonie.  Cette sortie de crise inéluctable, on la cache au bon peuple wallon et bruxellois qui croit encore naïvement à l’avenir d’un pays réunifié. La politique ne se concocte pas autour d’un terrain de football. Ce miroir aux alouettes, les habitants de Wallonie et sans doute de Bruxelles (ainsi que leurs enfants) le paieront au prix fort faute de ne pas avoir anticipé une évolution qui crève pourtant les yeux, faute aussi de ne pas avoir négocié en temps utile une coopération (voire plus) avec le grand voisin français.

Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique ?

Un article d’Ewald Pironet (Knack) publié sur le site du Vif/L’Express le 7 juin 2019.

Si le résultat des élections n’est pas entièrement satisfaisant, il est toujours possible d’appeler à un nouveau vote. Le premier à le suggérer est le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, époux de Laurette Onkelinx (PS). Il voit « une multitude d’impossibilités pour ce qui concerne la gestion du gouvernement fédéral. La seule question qui se pose, c’est de savoir quand le monde politique admettra qu’il faut retourner aux élections ». Eric Van Rompuy (CD&V) – époux de Viviane Geuffens, directrice du service des commissions parlementaires – abonde dans son sens:  » Les vétos de la N-VA et du PS vont entraîner un blocus total. Je prévois six mois de statu quo, puis peut-être de nouvelles élections ». Selon Uyttendaele et Van Rompuy, les nouvelles élections devraient porter sur la pérennité de la Belgique.

La formation d’un gouvernement au niveau fédéral sera extrêmement difficile. Non seulement les partis ont opposé leur veto bien avant les élections, mais le résultat ne facilite pas les choses. Les trois partis flamands traditionnels, CD&V, sp.a et Open VLD, ont implosé et leurs homologues francophones ne sont pas beaucoup mieux lotis. Les extrêmes, le Vlaams Belang et le PVDA-PTB, ont remporté ensemble 30 des 150 sièges et sont les grands gagnants, mais n’entrent pas en ligne de compte pour participer au gouvernement- peut-être que le PVDA-PTB le fera encore en Wallonie. Alors que la Flandre a voté principalement à droite et à l’extrême droite, les francophones ont opté pour la gauche et l’extrême gauche. Ce sera difficile.

Peut-il y avoir de nouvelles élections ? Si la majorité des membres du Parlement vote en faveur de la dissolution du Parlement, des élections peuvent avoir lieu quarante jours plus tard. Si une majorité se dégage en faveur d’une révision de la Constitution, il y aura également des élections. Uyttendaele y fait implicitement référence, Van Rompuy explicitement :  » Tout d’abord, le Parlement rendra possible une large révision de la Constitution, afin qu’on puisse discuter du confédéralisme « .

Cela soulève des questions telles que : pourquoi n’a-t-on pas procédé à une révision complète de la Constitution à l’approche des urnes du 26 mai ? Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique pendant la campagne ? Car il était clair que l’organisation et le financement de notre pays seraient sur la table après les élections, comme nous l’écrivions au début de l’année. Tous les jours, il s’avère que les six réformes de l’état ne tiennent pas debout. En outre, pour leur recherche de prospérité et de bien-être, la Flandre et la Wallonie prennent des chemins inverses. Et le flux d’argent vers le sud du pays se tarit. En évitant tout débat institutionnel, les partis politiques illustrent leur faiblesse. Il est étrange que tant de politologues et de commentateurs se soient installés dans cet état de déni.

Si de nouvelles élections ont lieu, elles ne peuvent concerner que la Chambre, et non les parlements régionaux ou nos députés européens. Un tel scrutin résoudrait-il quelque chose ? Il y a de bonnes chances que les partis politiques extrémistes l’emportent, et si de nouvelles élections reviennent à un référendum sur la Belgique, le résultat sera imprévisible. On ne peut exclure que la Belgique francophone vote très différemment de la Flandre et que nous assistions à une réédition de la Question royale, où le pays sera encore plus déchiré.

Donc, mieux vaut éviter de nouvelles élections vu que le peuple a voté. Si nous avons encore des hommes et des femmes politiques responsables, ils doivent s’efforcer d’interpréter le fameux article 35, que les démocrates-chrétiens, les socialistes et la Volksunie ont fait inscrire dans la Constitution en 1994. Selon feu Jean-Luc Dehaene (CD&V) dans ses mémoires, l’article 35 était « peut-être une alternative, si la méthode actuelle est usée jusqu’à la corde ». Il semble que ce jour soit arrivé.

L’article 35 stipule que l’État fédéral ne peut exercer que les pouvoirs qui lui sont expressément attribués par la Constitution et les lois ordinaires. Tous les autres pouvoirs  » résiduels  » sont automatiquement attribués aux Régions. En termes simples, il doit y avoir une liste des compétences de l’État fédéral, et tout ce qui ne figure pas sur cette liste s’adresse aux communautés et aux Régions. Le fait que nos hommes politiques n’aient pas été en mesure de remplir cet article 35 au cours des 25 dernières années explique le cul-de-sac où se trouve aujourd’hui la Belgique. Plus cela prend du temps, plus l’impasse s’aggrave et plus les conséquences seront imprévisibles.

Petit compte-rendu de notre A.G. du samedi 11 mai

Le Président sortant, Paul DURIEUX, préside notre A.G. et remercie le public qui a tenu à y participer. Il remercie tous les membres et soutiens de notre mouvement citoyen pluraliste et adresse de chaleureuses félicitations à celles et ceux qui au long de ses 9 années de présidence n’ont pas compté leur temps pour que progresse l’A.W.F. en prenant des responsabilités au sein du Conseil Général et/ou du Bureau Exécutif. Il adresse un merci tout spécial à celles et ceux qui ont accepté que leur nom figure sur notre site (www.alliancewalloniefrance) dans le groupe de parrainage de notre mouvement. Il trace ensuite la genèse de l’A.W.F. et rappelle que dès 2017, il avait prévenu les membres du Conseil Général de sa volonté de ne plus se représenter à la présidence et de la nécessité de trouver un candidat plus jeune dont les qualités permettent à l’A.W.F. de pérenniser son existence et de se développer tout en gardant son caractère de mouvement pluraliste qui réponde à un certain nombre de Valeurs que nous partageons avec Celles de la République française.

Il cède ensuite la parole au candidat à la présidence, M. Nicolas THIRION, Professeur en droit économique à l’Université de Liège.

En un discours remarquable de clarté et de concision, le candidat se présente à l’Assemblée et trace les grandes lignes de ses aspirations. (*)

Les membres de l’A.W.F. sont appelés à voter (pour rappel, nos statuts actuels ne permettent pas le vote par procuration).

Afin que le vote pour élire les membres du Conseil Général et celui pour élire le Président coïncident dans le temps (mandat de deux ans), il est proposé deux votes distincts :

a) l’A.G. vote la prolongation d’un an du mandat des Conseillers Généraux à l’unanimité.

b) le vote pour l’élection du Président a lieu à bulletins secrets. M. Nicolas THIRION est élu à l’unanimité .

L’ A.G. et le Président sortant applaudissent chaleureusement le nouveau Président. De toute évidence, son discours introductif a convaincu l’ensemble des membres de l’A.W.F.

Par une brève allocution, Nicolas THIRION remercie l’Assemblée pour la confiance qu’elle a décidé de lui témoigner. Il répond ensuite avec précision aux questions que lui posent plusieurs membres. M. Jacques LENAIN qui nous a fait l’amitié de nous rejoindre intervient avec lucidité pour nous rappeler les conditions à remplir pour que notre projet d’Intégration-Autonomie de la Wallonie au sein de la République française ait une chance d’aboutir.

Le Président de séance donne ensuite la parole au Professeur H.E.C. Jules GAZON qui réussit la gageure de tracer en 30 minutes la situation économique et sociale actuelle de la Wallonie et les perspectives qui attendent notre Région par rapport à la situation politique belge. Les résultats des élections du dimanche 26 mai ne viendront que confirmer les affirmations exprimées par le Professeur GAZON.

L’ A.G. se termine par le verre de l’amitié offert à tous les participants.

(*) Prochainement, M. Nicolas THIRION s’adressera à vous sur ce site.

LETTRE OUVERTE AUX WALLONNES ET AUX WALLONS FIERS DE L’ÊTRE

Par Pierre HAZETTE, citoyen inquiet, ancien ministre

Chère Madame, cher Monsieur,

Chers compatriotes,

Rassurez-vous : je ne vous écris pas pour vous inviter à ne plus aimer la Belgique, mais pour vous donner quelques raisons, tirées de l’expérience, d’aimer et d’aider la Wallonie.

Notre Belgique, petit royaume créé par les vainqueurs de Waterloo et, une fois rapetissé, pris en charge, une quinzaine d’années plus tard, par un aristocrate allemand, a réussi à être plus grande que ne le laissait prévoir l’exiguïté de son territoire.

Elle a colonisé un empire au cœur de l’Afrique; elle a joué un rôle majeur dans l’industrialisation de l’Europe; elle a pesé du poids de diplomates remarquables pour créer le Marché Commun, puis l’Union Européenne; au départ d’une production industrielle de qualité, elle a créé un filet de sécurité sociale efficace; elle a défendu avec succès la liberté de pensée et d’expression, la liberté de choisir sa religion ou de n’en point choisir, d’en changer ou d’y renoncer; elle a réussi à mettre l’enseignement et la formation de tous les niveaux en libre accès, sans distinction de sexe, pour tous les enfants, tous les adolescents, tous les jeunes gens, tous les adultes; elle a inscrit dans sa Constitution l’égalité entre l’homme et la femme ; elle s’est dotée d’une justice impartiale et équitable; les centres de recherche de ses universités, de ses entreprises, les découvertes de  ses savants et de ses chercheurs la signalent positivement aux yeux du monde; sa production littéraire, grammaticale, musicale, artistique, cinématographique, journalistique n’est pas en reste ; elle excelle aujourd’hui dans des disciplines sportives de renom mondial; elle organise à intervalles réguliers des élections sur un mode incontestablement démocratique, qui lui permettent de sanctionner l’action de son gouvernement.

La Wallonie, notre Wallonie a pris une place considérable dans cette histoire.

Au siècle dernier, comme la plupart des pays d’Europe, la Belgique a souffert de deux guerres sanglantes et monstrueuses.

Elle en est sortie dans le camp des vainqueurs, mais elle porte aujourd’hui encore les stigmates de ces conflits : des divergences graves ont révélé la distanciation de deux opinions publiques : à travers une consultation populaire sur la question royale, puis sur la condamnation et la répression des actes de collaboration avec l’envahisseur. Ces dissentiments laissent encore des traces : les oppositions se sont exprimées avec véhémence lors du débat d’investiture du Gouvernement en 2014.

Pourtant, une fracture bien plus lourde de conséquences s’est révélée au milieu de la décennie dorée, connue sous l’appellation de golden sixties. Il faut en chercher la survenance dans les chiffres austères du Produit Intérieur Brut. Pour la première fois depuis l’indépendance, le revenu individuel des Flamands dépassait celui des Wallons.

L’industrie traditionnelle qui avait fait la richesse du sillon Sambre et Meuse et, par l’effet de la solidarité nationale, celle de la Belgique entière, a raté le rendez-vous de la modernité. La sidérurgie, les verreries, les manufactures lainières, les charbonnages sont devenus déficitaires avant de sombrer. L’agriculture est restée confinée dans les productions traditionnelles.

Dans le même temps, les activités portuaires d’Anvers et de Zeebruges prospéraient et irriguaient un Hinterland qui accueillait des entreprises chimiques, des chantiers navals, des constructions d’automobiles, des petites et moyennes entreprises, intelligemment, orientées par le Boerenbond vers le secteur agro-alimentaire et, malencontreusement, vers les productions hors sol.

La prospérité flamande prit plusieurs formes : elle accompagna une authentique révolution culturelle. Le français perdit sa suprématie sur la vie intellectuelle et culturelle. La langue néerlandaise remplaça les dialectes régionaux ou locaux ou s’y superposa. L’opinion fut alertée par le montant des transferts financiers qui, sous l’égide d’une Belgique solidaire, allaient à flots récents mais continus du nord au sud. Le dénigrement n’était pas loin : le Wallon prétendument installé dans son hamac, chômeur professionnel, malade imaginaire et, si souvent, gréviste, offrait au Flamand l’occasion rêvée de faire payer aux francophones du nord, du centre et du sud du pays, le complexe de supériorité que ces derniers affichaient avec arrogance depuis la création de l’Etat belge. Aux yeux des Pères fondateurs, le pays né en 1830 ne pouvait être que francophone.

Mais nous étions à portée de vue de la fin du XXème siècle. Le conflit linguistique allait s’accentuer au rythme de l’expansion économique de la Flandre. La distance était ténue entre la fierté et l’identité culturelles revendiquées à juste titre et le nationalisme haineux. On entendit, à la tribune de la chambre des Députés, un extrémiste souhaiter « que crève la Belgique ». L’imprécation devint slogan : « België barst ! »

Dans ce raccourci historique, une date est à retenir :

1999

Il y a vingt ans, le parlement flamand se prononçait à la quasi-unanimité pour transformer l’Etat fédéral en un Etat confédéral. Dans sa résolution, il s’agissait de donner tous les pouvoirs aux régions. Celles-ci, Flandre, Wallonie, Bruxelles, décideraient souverainement des compétences qu’elles délégueraient à ce qui resterait de l’Etat central. Dans ce système, les régions seraient responsables de leurs dépenses comme de leurs recettes. La Wallonie, appauvrie par les bouleversements du XXème siècle, imprudente dans la gestion de son budget, s’est laissé entraîner dans un programme de diminution des transferts financiers qui portera ses fruits vénéneux en 2025 : elle y perdra 620 millions par rapport à la situation actuelle. Or, elle est aujourd’hui endettée à hauteur de 21,4milliards pour l’exercice de ses compétences propres ; elle a inscrit 13,819 Mds en recettes 2019 et 15,076 Mds en dépenses.  L’endettement s’accroît donc de 1,25 Mld sur l’année en cours.

2025, c’est demain et demain pourrait être un cataclysme.

La campagne électorale de 2019 n’a rien révélé de l’urgence majeure : des partis wallons ont annoncé des services gratuits et des diminutions du temps de travail. Pas de quoi mériter un brevet de bonne gouvernance ! Pas non plus d’analyse lucide des échos qui venaient du parti majoritaire en Flandre.

Les nationalistes, qui ne renient pas leur projet indépendantiste et pronostiquent la fin de la Belgique en 2025, se voulaient rassurants : leur hyper-président revendiquait le leadership du gouvernement flamand. Quant à la fonction de Premier ministre du gouvernement fédéral, elle serait sollicitée par le numéro 2 du parti. Un politologue, bravant l’engagement indépendantiste de la NVA, les résultats des récentes élections communales et provinciales, comme les intentions de votes révélées par les instituts de sondage, estimait bravement qu’il n’y a pas plus de 5% de Flamands qui souhaitent l’indépendance de leur Région.

Comment analyser ces messages apparemment contradictoires ? Si on excluait toute volonté de bienveillance des nationalistes flamands à l’égard des Wallons « se prélassant dans leurs hamacs », selon le mot du candidat Premier ministre, il restait une hypothèse plus que vraisemblable :

LE PIEGE SE REFERME SUR LA WALLONIE

A situation inchangée, c’est à dire, à défaut de découvrir un filon d’or dans le Borinage, la Wallonie sera confrontée à un endettement insupportable et comme la dévaluation est désormais impossible, il reste trois pistes qui se rejoignent d’ailleurs : la suppression de dépenses à choisir pour leur faible rendement, la diminution de celles qui ne pourraient être évitées et l’augmentation, jusqu’à l’asphyxie, de la fiscalité.

Il n’est pas certain que la conjonction de ces trois moyens suffise à convaincre les institutions financières d’alourdir par de nouveaux emprunts la dette wallonne. Ce ne serait, d’ailleurs pas une solution, mais l’aggravation du problème. La Commission européenne ne manquerait pas d’y mettre son veto.

Revenons à la fiscalité.

C’est ici, en effet, que la Flandre escompte son bénéfice et que la NVA, pour le lui assurer, entend mener à la fois la politique régionale et fédérale, celle-ci favorisant celle-là. Sans modification de la Constitution, la Flandre compte bien profiter de l’arrivée des entreprises wallonnes qui fuiront l’impôt avec d’autant plus d’empressement que les avantages fiscaux leur seront promis par un gouvernement flamand riche des moyens financiers qu’il ne devra bientôt plus à la solidarité nationale. Si les propositions débattues dans la campagne électorale et visant l’aggravation des droits de succession devaient se réaliser, les investissements immobiliers auraient tôt fait de prendre, eux aussi, les chemins du nord.

On peut augurer que les centres de recherche, les chercheurs, les savants se verront offrir des conditions de travail et des rémunérations auxquelles on ne résiste pas. Les terres agricoles seront rachetées par de grands groupes flamands et l’industrie agro-alimentaire prospérera au bénéfice des sièges flamands. Le jambon d’Ardenne sera produit sur la terre d’élevage et dans ses fumoirs, mais il sera commercialisé par une société limbourgeoise ou malinoise.

 SI PIEGE IL Y A, PEUT-ON L’EVITER ?

J’ai invité Wallonnes et Wallons à aimer et à aider la Wallonie. Il n’y avait pas de smiley au bout de ma phrase. Mais l’optimisme n’est pas inconditionnel.

Commençons par les dépenses à faible rendement.

Notre Région de 3,5 millions d’habitants est administrée au plus près des citoyens par l’organisation des services communaux. La responsabilité politique en incombe à une assemblée délibérante, le Conseil communal, renouvelé tous les six ans. Le pouvoir exécutif est exercé par le Collège communal, qui représente la majorité des élus communaux. Le CPAS (Centre public d’action sociale) a en charge les problèmes sociaux des citoyens, en relation avec le Collège.

La tutelle des Communes et la politique générale de la Région peuvent être assurées par un Parlement d’une cinquantaine de Député(e)s et un Gouvernement de sept ou huit personnes.

Précisons, en passant, que l’immunité parlementaire sera supprimée dans les cas de présomption sérieuse de corruption.

On l’a compris : la suppression des Provinces signifie la fin des cinq députations provinciales et des cabinets qui assistent les députés provinciaux. Parmi les milliers de fonctionnaires provinciaux, il va de soi que le personnel des écoles provinciales sera assuré de garder son emploi sous l’administration régionale. Les agents administratifs ou le personnel technique et ouvrier seront prioritairement affectés, après audit, au suivi des dossiers qui passeront des provinces à la Région. Sur le territoire wallon, des services aussi essentiels que l’administration de la justice, de la police, des écoles ou des finances, l’entretien des domaines et des bâtiments publics trouveront, dans le personnel provincial libéré, la réponse à des problèmes récurrents que la presse illustre chaque semaine. Il y aura aussi des pertes d’emplois, mais la quantité ne peut en être déterminée a priori et des cellules de reconversion en atténueront l’effet. Il y aura aussi des édifices prestigieux qui se videront. On peut imaginer que des Palais provinciaux remplaceront avantageusement des « palais » de justice décrépits.

Passons à un autre niveau.

Depuis près d’un demi-siècle, les matières culturelles, d’abord, puis l’enseignement, sous l’empire d’une loi de financement calamiteuse, la protection de la jeunesse, la prévention des maladies, les relations internationales de la Communauté française sont traitées par une assemblée réunissant francophones de Wallonie et de Bruxelles. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour que ces matières soient transférées aux deux Régions, dont la fédération est de peu d’utilité. Un accord de coopération doit suffire à traiter en commun ce qui doit l’être. Ainsi le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles quitterait la scène politique belge, en même temps que le gouvernement responsable devant lui. L’économie, attachée à cette montée en force de la Région se lit dans le budget de cette assemblée qui n’a pas réussi à créer entre les francophones du pays le lien fort et invincible dont ils avaient besoin.

C’est une autre dépense de rentabilité contestable que le démantèlement de l’ex-Communauté française amène dans le champ des réflexions. L’Institut public de radio-télévision coûte cher. Or, en 1999, le gouvernement de cette Communauté a signé avec la France un accord de coopération qu’il conviendrait d’adapter aux réalités. La Wallonie prendrait la place de la Communauté comme entité co-contractante et négocierait un créneau dans les chaînes publiques françaises pour rendre compte de l’actualité wallonne. Pour le reste, le nombre de téléspectateurs francophones de Belgique fidèles aux programmes français, aujourd’hui déjà, démontre que nous prendrions-là la voie d’économies indolores.

Les défenseurs irréductibles du service public devront aussi faire montre d’une force de persuasion peu commune pour démontrer que le transport par autobus est d’une efficacité reconnue par tous les usagers, quand ils sont abandonnés sur les trottoirs pour satisfaire les revendications des grévistes des TEC. Si l’OTW s’appliquait à rédiger un cahier des charges reprenant tous les services attendus d’un acteur majeur de la mobilité, soumettait ce cahier à la délibération du Parlement, puis invitait les transporteurs privés à soumissionner, dans le respect des règles de la concurrence, la Wallonie, sous le contrôle d’un Office moins politisé, y perdrait moins d’argent et les citoyens, moins de temps.

Poursuivons maintenant par une réflexion sur les dépenses indispensables à la Renaissance wallonne.

La Wallonie, responsable de l’éducation et de l’enseignement, depuis les crèches jusqu’aux Universités, ne peut plus se prétendre prisonnière de l’histoire de Belgique et de ses guerres scolaires.

La prise en charge de la petite enfance et l’enseignement fondamental seront assumés au plus près des familles, c’est à dire par l’autorité communale. Le subventionnement des initiatives tant publiques que privées sera assuré par la Région sur la base du principe constitutionnel d’égalité. Il appartiendra au pouvoir communal de vérifier que l’enseignement à domicile est dispensé dans le respect des programmes et des règlements d’hygiène et de sécurité.

Dans le souci de réduire les distances à parcourir par les élèves et de concentrer les moyens éducatifs et le matériel pédagogique, l’enseignement spécialisé, primaire et secondaire, l’enseignement général, technique et professionnel seront organisés sous forme pluraliste, soit par des pouvoirs publics, soit par des associations privées. L’accès aux cours de religion donnés sous la responsabilité des autorités des cultes reconnus sera facilité par le Gouvernement régional. Un cours de philosophie adapté à l’âge des élèves sera organisé aux frais de la Région dans toutes les écoles.

La formule permet de respecter le choix des parents et dispense le pouvoir de consentir des dépenses hors de proportion pour assurer le libre choix des religions, même quand les parents d’un seul élève le réclament.

Cette proposition qui rompt avec la tradition et les conventions du pacte scolaire doit être soumises à la concertation des parties concernées.

Il doit être entendu que toute institution scolaire reconnue d’utilité publique bénéficiera, sur pied d’égalité, de la prise en charge des traitements, des subventions régionales à la construction et au fonctionnement, dans la limite des moyens budgétaires de la Région.

Si nous partons du point de vue que nous sommes, nous Wallons, plus riches de temps que d’argent, il est urgent que nous nous organisions pour créer autour de nos écoliers, élèves ou étudiants, avec des citoyens dûment motivés, une société éducative dont je vais tenter d’esquisser les contours.

FIERS D’ETRE WALLONS

Ce titre m’est fourni par « Le chant des Wallons »

Il y eut un temps, en effet, où, après en avoir énuméré les raisons, nos ancêtres disaient leur fierté, sans agressivité, sans nationalisme.

Et si nous refaisions le même parcours ?

Nos entreprises de haute technologie brillent, notamment, dans le domaine de l’aéronautique et de l’armement. La qualité de notre eau souterraine donne, à nos bières et à notre whisky, une notoriété mondiale, qui rejaillit avec bonheur sur nos vins et mousseux.

Le lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris, un convoi de poutres en lamellé-collé démarrait d’Etalle pour consolider l’édifice sinistré.

Dans l’industrie de la chaux, on parle peu de la transition énergétique, mais on s’y immerge en ouvrant un immense deuxième champ de panneaux photovoltaïques. L’exploitation énergétique de la biomasse concurrence l’industrie sucrière au moment où la culture de la betterave régresse.

L’exploitation des épaves de voitures montre un savoir-faire, doublé d’une ingéniosité peu commune. Un industriel réalise des prouesses dans le nettoyage des rues.

Dans la biotechnologie, nos universités ont ouvert la voie à des entreprises de haute performance, confirmant la vocation de nos chercheurs et entrepreneurs dans la production de médicaments.

Nos carrières, confrontées au repli de la sidérurgie, ont adapté leurs productions de calcaire et de chaux à de nouveaux besoins des industries chimiques.

La production agro-alimentaire met sur le marché des fromages, mais aussi des pâtisseries ou des sauces qui, revêtues de la certification hallal, conquièrent les pays musulmans.

La configuration de la Wallonie invite aussi à l’optimisme : la Région est couverte d’établissements d’enseignement supérieur en connexion avec des Universités et des Facultés en relation étroite avec des centres de recherches et des hôpitaux qui assurent à la fois la qualité des soins et leur proximité.

La Wallonie s’est inscrite dans une stratégie réussie de transport multimodal. Les aéroports de Charleroi et de Liège sont connectés avec les autoroutes et voies ferrées et, pour ce qui concerne Liège, on y ajoutera la voie d’eau et un port fluvial aux dimensions européennes.

Les changements climatiques et, notamment, la récurrence des sécheresses illustrent le potentiel extraordinaire de la Wallonie au sens où elle repose sur des ressources en eaux souterraines abondantes qui pourraient devenir une richesse convoitée dans les saisons qui s’annoncent.

Le tourisme se présente sous des dehors favorables dès lors que la couverture forestière et les prairies donnent une touche verte aux excursions et promenades, motivées par la recherche de sites naturels ou architecturaux remarquables. Ce n’est pas un hasard si les parcours de golf s’y multiplient.

Hors de tout préjugé, la pêche en rivière et la chasse sportive apportent, elles aussi, un attrait supplémentaire à l’industrie hôtelière et aux restaurants qui rivalisent de prouesses gastronomiques.

Une rengaine populaire du siècle dernier a parfois symbolisé la morosité des Wallons devant la gloire perdue : « Ley’m ploré. .. » (Laissez-moi à mes larmes). A vrai dire, si on le veut, les larmes ne sont plus de mise. Les conditions pourraient être réunies, au contraire, pour annoncer la renaissance wallonne.

Quand nos soldats étaient redoutés sur les champs de bataille de l’Europe féodale, quand nos maçons construisaient le réseau ferroviaire russe, quand nos ouvriers de l’acier implantaient la sidérurgie en Suède, ils devaient leur succès à leur professionnalisme. On appelait cette qualité d’un autre vocable.

C’était le devoir d’état.

L’expression a été rappelée par un Général français qui honorait le sacrifice de deux commandos d’élite, tués dans le combat qui libéra quatre otages au Burkina Faso en ce mois de mai 2019. Le devoir d’état est l’obligation morale incontournable d’accomplir, au mieux de ses possibilités, la tâche pour laquelle on est reconnu apte et compétent et dont on tire sa rémunération. C’est exactement l’image inversée du statut de ces administrateurs de l’intercommunale Publifin qui étaient rémunérés sans avoir à siéger. Tolérer cette aberration scandaleuse, c’est faire injure à celles et ceux, et ils sont heureusement nombreux, qui font honneur à leur devoir d’état.

Inévitablement, dès que le devoir d’état est reconnu comme la base de la bonne organisation de la société, se pose le dilemme de l’agent des services publics : son service au public est l’essence de son devoir d’état.  Peut-il, sans trahir ce devoir, abandonner ses élèves, à l’appel de son syndicat l’invitant à la grève ? Peut-il quitter l’hôpital sur injonction syndicale ? Peut-il, sans même une couverture syndicale, refuser de démarrer son autobus le matin et exposer les usagers à des problèmes parfois, souvent même, insolubles ? Le respect du devoir d’état n’éteint pas le droit de grève dans les services publics ; il crée un contexte particulier dont le principe fondamental est que dans un service public, jamais le public ne peut être pris en otage par la grève. Il faudrait graver ce principe dans la pierre des tours où sont censés travailler les fonctionnaires aiguilleurs du ciel.

Max Léo Gérard, ancien ministre des Finances, écrivait : « On peut concevoir le rendement d’une administration, comme représenté par le rapport de la production en un temps donné au coût des services pendant le même temps »

Voilà une base concrète à l’évaluation objective des fonctionnaires et un appel à une innovation que les acteurs économiques, empêtrés dans les arcanes administratifs attendent comme un puissant stimulus à l’investissement.

Il faut donc innover et créer, par exemple, une instance de conciliation qui entendra les revendications portées par les syndicats, analysées par les pouvoirs publics et les associations d’usagers qui auront le droit de s’exprimer. Il importera qu’en dernier ressort, le pouvoir soit reconnu à l’autorité publique de proposer la formule de sortie de crise, sans que jamais le service au public ne soit refusé.

Si la réflexion s’élargit, l’enjeu paraît se situer dans la restauration d’une formation à l’éthique personnelle et au bénéfice qu’en tirerait une société où chaque intervenant se soumettrait à son devoir d’état.

Un néologisme anglo-saxon a envahi le langage courant : les fake news. Les réseaux sociaux en sont les vecteurs privilégiés. C’est là qu’apparaît le nécessité de journalistes d’investigation et d’information qui s’appliqueraient le devoir d’objectivité dans la relation des faits et distingueraient clairement la relation et le commentaire personnel. Le grand public a besoin de références sûres. Or, c’est par la primauté de l’éthique personnelle que la société se protègera de l’emprise des réseaux sociaux qui dissolvent, émiettent et pulvérisent le démos, le peuple souverain.

Il va de soi que le rétablissement de l’éthique personnelle passe par la conscientisation des éducateurs, les parents dans la sphère privée, les enseignants dans les murs de l’école.

Restons un moment dans ces murs et interrogeons-nous sur le métier qui s’y exerce. L’accès à la profession est conditionné par une formation initiale en faculté universitaire ou dans un institut spécialisé. La matière à enseigner, la méthode à appliquer pour en assurer la transmission, l’art de conduire une classe et de guider les jeunes vers l’âge adulte font l’objet de quatre ou cinq années d’études. Si le devoir d’état a été inculqué, la confiance doit être assurée au jeune diplômé. Les conseils des collègues expérimentés ne seront pas un luxe, mais l’enseignement restera toujours un lien à créer entre un adulte responsable et un groupe de jeunes.

Il y a une cinquantaine d’années, un professeur de latin en classe terminale disait à ses élèves : « Si votre version s’intitule La mort de César, vérifiez qu’au terme de votre traduction, César soit bien mort ! »

On doit partir du même conseil aux jeunes enseignants : imprégnez-vous du programme et au terme de l’année scolaire, assurez-vous que vos élèves ont assimilé la matière.

De grâce, libérons les instits et les profs !

Que la confiance revienne à l’ordre du jour ! Le plaisir de rendre aux jeunes, dans une liberté guidée par le devoir d’état, le goût au bonheur d’apprendre, fera régresser rapidement la menace de pénurie. Ayons la sagesse d’intégrer dans cette confiance restaurée, les directions d’établissements et le corps d’inspection et reportons-nous au seul critère de pilotage qui vaille : le taux de réussite en fin d’année scolaire. Créons ce lien fort où le maître conduit l’élève à la réussite et où la classe atteste de la qualité du maître.

Ce lien comptera beaucoup dans la fierté d’être wallon et nous éloignera de la morosité que crée, avec une régularité désespérante, la publication des enquêtes PISA.

Néanmoins, la confiance retrouvée par la réhabilitation du devoir d’état, ne suffira pas.

Il faut, d’urgence, y ajouter les bienfaits de

LA SOCIETE EDUCATIVE

L’âge de sortie de la vie active est devenu au cours des années un problème majeur dans la vie des Etats européens. Il est indispensable que les responsables politiques intègrent l’allongement de l’espérance de vie ou la durée des études ou encore la persistance d’un chômage de longue durée pour évaluer la hauteur de l’effort fiscal réclamé des actifs cotisants.

Il n’est pas inconcevable, non plus, d’exclure du débat la contribution bénévole que les aînés peuvent apporter à la jeune génération comme à celle des actifs. La solidarité intergénérationnelle n’est pas une voie à sens unique.

Situons le cadre : il est communal.

Un échevin ajoute à ses compétences la contribution à la société éducative. En ville, il ou elle procède à un découpage par quartiers ; dans une commune rurale, les villages s’imposent comme cadre.  S’ouvre alors le catalogue des actions possibles, toutes orientées vers un apport à l’éducation ou à la formation continuée.

Citons en vrac quelques exemples qui n’épuisent pas le sujet :

1/l’accompagnement d’une école des devoirs, ouverte aux écoliers comme aux élèves, dans des locaux distincts. Proposer une avant-soirée d’accompagnement, une ou deux fois par semaine, à un parent ou grand-parent disponible ne paraît pas inimaginable ;

2/l’invitation à des tables de conversation où s’exercerait l’usage de la langue « des voisins » et où officieraient des habitants, dont la langue maternelle n’est pas le français. Un inventaire de ces native speakers révélerait à coup sûr des contributions bénévoles qui pourraient être utiles tant aux élèves qu’aux personnes actives désireuses d’enrichir leurs acquisitions langagières ;

3/l’initiation à des tâches manuelles que pourraient prendre en charge des bricoleurs, des techniciens, des artisans, des ouvriers retraités. On peut entrevoir que des écoliers ou des élèves pourraient être tentés de tester leurs capacités d’apprentissage dans des gestes qui révèlent l’intelligence de la main ;

4/la promotion de la diversité sportive, singulièrement à destination des filles. Les clubs sportifs ont montré la voie, mais elle conduit principalement au terrain de football, de basket ou de tennis. Il ne manque pas, cependant, de praticiens et de praticiennes dans d’autres disciplines, comme le hockey, le hand-ball ou la natation, qui compléteraient avantageusement l’offre sportive ouverte au public féminin ;

5/la musique, la danse, le théâtre, le dessin, la sculpture, la peinture sont des champs ouverts à la curiosité des enfants et des adolescents et ici aussi des intervenants expérimentés dans ces diverses formes d’arts pourraient faire montre de leur utilité sociale ;

6/la redécouverte du dialecte wallon passerait par des narrations, des saynètes, des chants dont le passé est riche et dont il reste encore assez de témoins pour intéresser un public de tous âges ;

7/les promenades découvertes ouvriraient les yeux des jeunes sur la diversité biologique : les oiseaux, les mammifères, les rongeurs, les plantes, les arbres, les batraciens dans les zones humides. On y ajouterait bien les roches ou l’habitat des différentes époques. Il y faudrait, bien sûr, des guides amoureux de la nature et des paysages, vierges ou façonnés par l’homme.

8/Un ami, exportateur de laboratoires scientifiques dans les pays d’Afrique, a ouvert ce type de labo dans son entreprise pour y attirer des jeunes tentés par les sciences. L’opération a fait long feu. La communauté scientifique en eût-elle été informée et sensibilisée, je suis certain que les jeunes s’y seraient présentés et les experts avec eux pour leur donner le goût des sciences.

Ceci n’est qu’une esquisse, et, je le répète, non exhaustive, mais rien n’est inaccessible. Il y faut, dans le chef des représentants de l’autorité communale, de la volonté, de l’enthousiasme, de la conviction pour entraîner l’adhésion des bénévoles.

Certes, la responsabilité communale ne s’arrêtera pas aux propositions.

Il faudra dégager des locaux, des moyens de transport, des défraiements, et l’autorité de tutelle devrait prendre sa part des efforts consentis.

La fierté d’être Wallon serait aussi fondée sur la réactivation de la responsabilité partielle qu’assumerait chaque adulte dans l’éducation, au sens large du terme, de la génération montante et tant mieux si, à travers les multiples activités proposées, naît et se développe le désir d’entreprendre.

C’est le carburant dont l’énergie wallonne a le plus grand besoin.

CONCLUSION

Dans la Belgique, fragile et menacée, que j’ai évoquée au début de cette Lettre Ouverte, rien ne serait plus dommageable que d’attendre pour voir venir.

J’en appelle au volontarisme et je condamne la passivité.

J’en appelle à la lucidité et je condamne l’aveuglement.

J’en appelle à l’action et je condamne l’attentisme.

J’en appelle à la prudence et je condamne l’aventurisme.

Un dernier mot à ce sujet.

L’indépendance de la Wallonie ne me paraît guère envisageable et, pour des raisons budgétaires comme en raison du poids de la dette belge, il serait catastrophique qu’elle s’engage dans cette voie.

Il serait tout aussi périlleux de n’envisager d’autre solution que le bon vouloir flamand.

En 1999, la Communauté française a signé un accord de coopération avec la France ; la Wallonie a fait de même en 2004, à la fin de la législature. Les portes sont ainsi ouvertes à la recherche de coopérations qui permettraient des économies d’échelles. Je viens de les évoquer dans l’audiovisuel. Elles sont possibles dans l’enseignement. Elles sont envisageables dans la représentation de la Wallonie à l’étranger où la France dispose de réseaux qui nous seraient accessibles, si la négociation s’engageait sur ce point.

La France est attentive aux développements du sécessionnisme de la Flandre. Un politologue observe que la Wallonie pourrait être intégrée à la France dans un chapitre séparé de la constitution républicaine, tout en préservant ses spécificités, en référence au statut particulier de l’Alsace. Mais si négociation il devait y avoir, nous servirions mal nos intérêts en nous présentant comme les bras cassés de la modernité. Montrons dès à présent ce que nous valons, ce que nous apporterions d’originalité, de créativité et d’inventivité, si nous réécrivions, nous -mêmes et pour les autres, notre propre histoire.

Il ne serait que temps que le gouvernement wallon ouvre la porte à une concertation permanente avec les autorités de la République.

On nous a assez seriné que gouverner, c’est prévoir. Un imprévu révèle toujours une défaillance politique.

Enfin, si je n’ai pas parlé de Bruxelles, c’est que l’analyse de la situation y est différente.

Capitale de l’Europe, c’est probablement dans cette direction que ses regards doivent se porter. Et puis, on y sent peu d’enthousiasme à partager le destin d’une Wallonie qu’on y suppose exsangue.

Quant à la Communauté germanophone, elle est entourée d’amis qui lui ouvrent les bras : la Wallonie, d’abord, mais aussi le Grand-Duché de Luxembourg ou le Land de Rhénanie Westphalie.

Chère Madame, cher Monsieur,

Chers compatriotes,

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire jusqu’à son terme cette Lettre Ouverte.

Je la rends publique au terme de la campagne électorale. Mon espoir est qu’elle ouvre les yeux, les vôtres, bien sûr, mais aussi ceux des femmes et hommes politiques wallons qui porteront dans la négociation des gouvernements la responsabilité d’orienter notre avenir commun.

Votre dévoué,

Pierre HAZETTE.

hazettep@hotmail.com

Aux journalistes d’ouvrir le débat

Jules Gheude attire notre attention sur cet article de Didier Swysen pour Sudinfo (1er juin 2019).

La scission du pays n’est plus un scénario totalement improbable : les experts craignent un cauchemar à la grecque pour la Wallonie

L’hypothèse d’une scission de la Belgique devient moins improbable au rythme des voix supplémentaires que les séparatistes flamands engrangent à chaque élection (N-VA et Vlaams Belang sont à une voix de la majorité à la Chambre et à cinq voix de la majorité au gouvernement flamand).

Se rapproche-t-on du scénario du faux documentaire « Bye Bye Belgium », de la RTBF en 2006 qui avait fait hurler politiques et citoyens ? Les politiques flamands hésiteront-ils une seconde à actionner le « bouton scission » dès qu’ils seront majoritaires ? Les Wallons ont-ils intérêt à prendre leur destin en main dès aujourd’hui et à préparer un « plan B » qui les rendra moins passifs face à une Flandre offensive ?

Deux choses paraissent évidentes : primo, évoquer le scénario est très sulfureux. Plusieurs experts (de renom) contactés ce vendredi n’ont pas souhaité nous répondre ou l’ont fait de manière anonyme (« C’est déjà compliqué d’avoir des chiffres pour le Brexit. Alors, imaginez les conséquences financières d’une scission de la Belgique… »).

Deuzio, l’horloge tourne. On sait que les transferts financiers Nord-Sud deviendront dégressifs dès 2026 (de 500 millions) pour se tarir définitivement dix ans plus tard.

Cauchemar à la grecque ?

Les prémices d’un scénario cauchemardesque à la grecque pour la Wallonie ? C’est la crainte que partagent la plupart des experts, surtout si Bruxelles refuse de former, avec elle, une « Belgique à deux ». Les plus optimistes ? Ceux qui voient le salut de la Wallonie dans une alliance avec la France.

Que Bruxelles choisisse un destin de ville-Etat, cela semble probable à un expert comme l’économiste Etienne de Callataÿ, qui nous explique, par ailleurs, à quel point le partage de la dette s’avère explosif et pas que pour la Wallonie.

Une dette qui reste, curieusement, l’un des ciments les plus forts de notre pays. « En 1989, lors de la régionalisation, Flamands et Wallons se sont mis d’accord sur leur dos », dit-il. « Les Bruxellois admettraient-ils d’être gérés par deux nouveaux Etats, flamand et wallon, sans rien avoir à dire ? D’autant plus qu’être un petit Etat n’est pas synonyme de mauvaise santé. Regardez le Luxembourg… Cela dit indépendamment de la manière peu idéale dont Bruxelles est gérée aujourd’hui. »

Les sondages effectués ces dernières années (exemple : RTL-Ipsos-Le Soir en 2013) voyaient l’illusion d’un Etat Wallonie-Bruxelles se crasher sur la volonté de près de 70% des Bruxellois de la jouer perso en cas de scission.

Alors, si une « Belgique à deux » est impossible, si y aller en solo fait craindre aux experts un « cauchemar à la grecque », vu le poids de la dette qu’on lui attacherait au pied (« l’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel », disait, en 2016, l’économiste Jules Gazon), que reste-t-il comme solution à la Wallonie ? Un rattachement à la France ?

De Gaulle y pensait

Au début du printemps, l’écrivain belge et militant wallon Jules Gheude, ardent défenseur du rattachisme, le remettait sur le tapis. La seule option réaliste, selon lui. Le général de Gaulle était déjà convaincu et le conseiller de l’ancien président français Mitterrand, Jacques Attali, disait que « le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait ». De rares sondages montrent que les Français sont plutôt ouverts à la solution. Resterait à en convaincre les Wallons : Jules Gheude rapporte cette anecdote tirée de l’un de ses exposés, une dame clamant « qu’elle préférait encore vivre dans la pauvreté qu’être française ».

De toute manière, la complexité belge exigerait des années de négociations pour entériner une scission. « Il a fallu 36.000 pages de traités à la Tchéquie et à la Slovaquie, alors qu’il n’y avait pas un nœud comme l’est Bruxelles chez nous et quasiment rien à partager d’un point de vue économique », concluent les experts.

Le déni de réalité

Par Adrien Lhomme

La Belgique se meurt, la Belgique est morte …

Bart De Wever résume de façon magistrale la situation en déclarant : « la Flandre vote à droite, la Wallonie vote à gauche. Combien de temps encore cette mascarade ? »

Charles Michel aurait pu s’excuser d’avoir provoqué le séisme en esquivant une fois encore le débat communautaire. Il a préféré vanter l’action de son gouvernement.

Elio Di Rupo s’est précipité sur les chiffres pour trouver une « combinazione » qui pourrait le ramener au pouvoir.

Au lieu de nous donner enfin une vision et un projet d’avenir pour la Wallonie, nos hommes politiques sont repartis vers la pratique des rustines : démagogie, paroles rassurantes, mensonges par omission, tabous, refus du débat, diabolisation de l’adversaire politique, placement de cordon sanitaire là où la morale démocratique impose la négociation et l’émergence de solutions…

La Belgique se meurt, la Belgique est morte …

La Flandre a choisi le modèle économique anglo-saxon. Elle ne veut plus payer nos dettes.

La Wallonie a choisi un modèle économique régulé par l’Etat. Elle doit assumer elle-même les dérives de son budget.

Nos frères flamands ont le droit de choisir leur destin. Nous avons le droit de choisir le nôtre mais nous n’avons pas le droit de mordre la main de celui qui nous nourrit.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde