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Ne pas compter sur la solidarité de la Flandre ?

Philippe Destatte: « Cette demande d’aide du PS au fédéral, quel mauvais signal ! »

Un article d’Olivier Mouton mis en ligne sur le site de l’hebdomadaire Le Vif le 21 septembre 2021.

Le directeur général de l’Institut Destrée s’interroge sur la façon dont les socialistes ont imaginé cet appel à l’aide, qui nourrit les nationalistes flamands. La Wallonie aurait pu imaginer une autre formule pour sortir de l’ornière.

Philippe Destatte, directeur général de l’Institut Destrée, a exprimé son « scepticisme » suite à la demande faite par le PS au fédéral d’aider la Wallonie, à hauteur de 50% du coût, pour financer la reconstruction des infrastructures, suite aux ravages des inondations, cet été. Il s’agit d’un montant de quelque 600 millions d’euros. Il s’explique pour Le Vif.

Dans quel sens êtes-vous « sceptique » ?

Cela me pose plusieurs questions. La première, sur la forme : pourquoi le PS envoie-t-il les ministres fédéraux Pierre-Yves Dermagne et Thomas Dermine – deux personnalités que j’apprécie, là n’est pas la question – faire cette demande ? On les envoie au casse-pipe au sein de la majorité fédérale et, ce faisant, on fait un cadeau aux nationalistes flamands qui ont évidemment beau jeu de montrer, une nouvelle fois, que les socialistes sont en demande de l’argent flamand.

La demande aurait dû venir du gouvernement wallon d’Elio Di Rupo ?

Oui, d’autant que le PS coince, en outre, les autres partis flamands de la majorité fédérale. Les caricatures montrent déjà les libéraux et les sociaux-chrétiens flamands qui baissent leur pantalon. La démarche elle-même me rend sceptique et me fait douter.

Pourquoi la demande n’émane-t-elle pas de tous les partis wallons membres de la majorité ? J’ai lu que Bouchez allait déjeuner avec Magnette, ils auraient pu convier Nollet, même si je sais qu’il leur est difficile de s’entendre.

Et oui, comme vous le dites : pourquoi la demande n’émane-t-elle pas du gouvernement wallon ? Il aurait pu l’émettre à travers le Comité de concertation.

Ce serait la logique fédérale, non ?

Absolument. On pourrait aussi se demander, puisque certains évoquent l’exemple allemand, pourquoi le Premier ministre, Alexander De Croo, n’a-t-il pas lui-même fait cette proposition, après avoir été conscientisé par Dermagne et Dermine. Cela ne donnerait pas l’impression qu’il cède au PS. Nous sommes dans un système fédéral qui a ses règles, pourquoi y déroger ? Les socialistes ont-ils voulu marquer des points ? Ce sont des gens intelligents, j’imagine qu’ils ne jouent pas à ce petit jeu-là.

La réaction de Bart De Wever est déjà significative : il rappelle que le fédéral est exsangue, lui aussi, que la Flandre peut aider la Wallonie, mais à condition que l’on y mène des réformes.

C’est son discours, bien sûr. Cela démonte qu’on lui donne des arguments. Le Premier ministre aurait pu invoquer le fait que la situation découlant des inondations est exceptionnelle, que le moment est venu de faire preuve de loyauté fédérale, que l’on peut faire preuve de créativité comme ce fut le cas dans le cas de la crise du Covid. Vraiment, je m’interroge sur la démarche.

Sur le fond, on a le sentiment que la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles se posent en demandeurs sur le plan financier, une nouvelle fois, quitte à se déforcer ?

Pour moi, il est évident que si les Wallons veulent être respectés, ils doivent sortir de cette logique-là. Il y a une question de dignité, aussi ! Certains parlent déjà de renégocier la loi de financement, alors que l’on arrive à peine au bout d’un moratoire de dix ans. Si on se met un instant dans la peau d’un nationaliste flamand, on se dit que ce n’est pas sérieux.

Je donne souvent cet exemple, qui n’est certes pas scientifique. Quand j’étais jeune, ma mère, à qui je n’ai rien à reprocher, m’a dit un jour : ‘Tu ne passes plus à la maison que pour que l’on s’occupe de ton linge’. J’étais aux études, pris dans mes activités de mouvements de jeunesse et avec mes copains… Ce qu’elle m’a dit m’a blessé dans ma dignité : j’ai acheté une mini-wash et, à partir de ce moment-là, j’ai lavé mon linge moi-même. Pas par arrogance, hein…

Mais par souci d’autonomie.

Oui, par souci d’autonomie. Cela permet de créer des relations sur un autre plan.

C’est un mauvais signal ?

Un très mauvais signal, oui. Or, il y avait un moment favorable et il était possible d’agir autrement. Ce qui est arrivé, ces inondations, c’est une catastrophe, mais Morin dit que ce peut être ‘la genèse d’une métamorphose’. Cela ouvre une fenêtre d’opportunité pour aborder les choses autrement.

Sur le plan budgétaire, ce pourrait notamment être un moment pour changer la gouvernance. Il y a 65 milliards d’euros sur les comptes d’épargne en Wallonie : le gouvernement wallon aurait pu lancer une opération pour chercher à mobiliser celle-ci, via des mécanismes comme des obligations. Si l’on prend un peu moins de 10% de ce montant, on est déjà à 5 milliards. Je ne dis pas que c’est simple, il y a des obstacles techniques, mais il y a des experts pour les surmonter.

Cela donnerait un autre signal, celui d’un élan de solidarité des citoyens et d’une mobilisation des Wallons. Le gouvernement disposerait d’une enveloppe budgétaire qui pourrait être gérée avec le soutien des Wallons. Ce serait l’occasion de sortir d’une situation où l’on est sans cesse demandeur face à l’Europe ou en Belgique.

Jules Gazon est décédé

Notre ami Jules GAZON est décédé ce 7 septembre, à l’âge de 78 ans.

Une carrière dans l’industrie, mais surtout une activité académique à l’ULiège ont fait connaître le brillant économiste qu’il était. Il fut également l’auteur du premier plan de restructuration de la sidérurgie wallonne.

Jules, chacun  s’en souviendra, fut un militant exceptionnel de l’ALLIANCE WALLONIE FRANCE, mais avant tout un militant WALLON, animé par une défense inconditionnelle de notre région qu’il voyait, avec raison, rejoindre la France…

A Marcelle, sa compagne, l’A.W.F. présente ses très sincères condoléances.

Réflexions sur l’état de la France

Par Cédric CHOPIN, citoyen français

Lille, le 14 juillet 2021.

Je me permets de vous adresser ce message, dans la perspective des prochains travaux de notre association. Il me semble en effet que l’AWF devrait garder un œil sur plusieurs problématiques, distinctes du réunionisme mais en réalité reliées à celui-ci.

Outre les questions communautaires présentes et à venir (financement de la Wallonie, échéances de 2024, future réforme de l’État dans un sens confédéral etc.), pour lesquelles nous avons acquis un niveau de connaissance, voire d’expertise, incontestable, nous devrions nous pencher sur les sujets qui suivent.

« Nous pencher » ne signifiant pas « se plonger dans l’étude », ou « produire des rapports » : nous n’en avons ni le temps, ni les moyens ; il s’agit d’articuler nos thématiques principales au regard de l’évolution des contextes français et belge.

1) La crise globale des institutions démocratiques : qui touche la Belgique mais bien plus durement la France.

Il est clair que le système représentatif connaît aujourd’hui un affaiblissement dramatique. L’abstention aux dernières élections régionales et départementales françaises en témoigne, mais n’est que le symptôme d’un mal bien plus profond.

Mondialisation économique, politiques européennes intrusives, économie spéculative devenue incontrôlable, « déprise » culturelle générale (culture académique ou culture locale et populaire) face à l’emprise des GAFA etc. Tout cela concourt à la fragilisation des institutions démocratiques, à cause de leur incapacité à avoir prise sur le réel.

Mais le système politique n’est pas seulement une victime : ses acteurs portent une responsabilité écrasante. Appartenant, dans leur très grande majorité, aux « classes sociales supérieures », bénéficiaires de la mondialisation, les mandataires (auxquels s’ajoutent les responsables économiques, médiatiques et, dans une certaine mesure, culturels) n’ont aucune envie de voir le peuple se mêler de « ce qui ne le regarde pas ». Le « cercle de la raison » n’est pas négociable ! There is no alternative, comme disait l’autre…

Tout ce qui dépasse est ramené au rang de « populisme », que ce dernier soit réel (les « complotistes » et autres « anti-vax » ne sont pas une légende urbaine), ou le plus souvent imaginaire (expression des légitimes aspirations populaires, en matière sociale et démocratique)… Bien sûr, les médias dominants ont tout intérêt à mettre en avant les premiers, pour y englober les seconds…

Sur ce dernier point, heureusement, tout n’est pas perdu, il subsiste encore quelques émissions tentant – tant bien que mal – de comprendre le monde tel qu’il va : Démocratie en question(s), saison 2 : https://www.rtbf.be/lapremiere/emissions/detail_les-podcasts-de-lapremiere/accueil/article_democratie-en-question-s-enquete-chez-les-coronasceptique-et-les-antisysteme-saison-2 id=10795790&programId=16224

2) La tentation du repli « identitariste » face au « mondialisme » déraciné.

Je préfère ce néologisme à celui d’ « identitaire », car vouloir s’appuyer sur une identité, voire le plus souvent plusieurs, est un sentiment sain, lui aussi légitime.

L' »identitarisme » renvoie aux discours que l’on entend ou lit sur de nombreuses ondes, livres, articles et sites internet, qui se répandent progressivement dans l’opinion, et possèdent quelques caractéristiques fondamentales : principalement l’essentialisme (par opposition à l’universalisme).

Cette approche prétend que les différentes identités sont irréductibles les unes aux autres, ne pouvant en aucun cas se superposer et s’ajouter. Bien entendu, les apports venant de l’extérieur sont ici particulièrement visés… Anticiper les conflits potentiels ne doit pas devenir une prophétie autoréalisatrice, or c’est ce à quoi nous assistons dans l’hexagone…

Cet essentialisme est une mauvaise réponse à l’idéologie du « grand mélange », dans lequel toutes les cultures (surtout la culture occidentale, pour ne pas dire uniquement…) sont censées disparaître et se fondre dans un « grand tout » « multi-culturel »… Bien entendu, dans ce cadre, limiter les flux migratoires constitue une contrainte inacceptable. En clair, l’alternative infernale serait la suivante : soit le repli « identitariste », afin de lutter contre le « Grand remplacement » ; soit l’avènement du fantasme absolu du néo-libéralisme : la fondation d’une « culture mondiale », grâce aux supports numériques, au sein d’un grand marché global… Pile ou face, l’avers ou le revers d’une même médaille… Ces deux impasses peuvent susciter, à des degrés divers mais chez tout le monde, une forme de tentation : « zemmourisme » d’un côté, fascination pour des mégalos comme Elon Musk, de l’autre.

Pour le mouvement réunioniste, le devoir impérieux – à la fois moral et politique – est de tout faire pour tracer une ligne différente, réellement subversive. Une ligne laïque, républicaine au sens vrai du terme (le mot – et non la chose – étant repris en France par la droite la plus extrême…). Une ligne universaliste, c’est-à-dire proclamant l’existence d’un « fond commun » transcendant les différentes religions, genres et orientations, cultures… pouvant exister sur un même territoire. L’identité, pour être riche, diversifiée et forte, n’a nul besoin d’être arrogante ou agressive ! Au contraire, ces deux derniers adjectifs sont la marque des cultures faibles et déclinantes – voire décadentes…

Sur ces principes, le réunionisme doit participer à l’émergence d’une identité non-identitariste !

Jean Birnbaum : « Dans un climat irrespirable, faire droit à la nuance devient subversif » (https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/jean-birnbaum-dans-un-climatirrespirable-faire-droit-a-la-nuance-devient-subversif_2149546.html): Le Courage de la nuance, éditions du Seuil, 2021.

3) Le risque de dérive autoritaire en France, et le risque de crise sociale, politique et communautaire violente.

La France est un grand pays, et le peuple français un grand peuple, c’est entendu. Ce qui ne signifie évidemment pas idéaliser l’une ou l’autre.

Aujourd’hui, la crise française est véritablement profonde, avec un haut niveau de gravité. Crise politique, culturelle, sociale, communautaire, territoriale. La fracturation du pays s’accentue. Or, rien ne bouge, les crises successives depuis trois ans n’ont pas ébranlé l’inertie ambiante. Les « Gilets Jaunes » ont été un soubresaut qui auraient pu permettre la mise en œuvre d’un nouveau pacte démocratique et social. Il n’en a rien été : absolument rien ! Toutes les revendications d’ordre politique (ex. : Référendum d’Initiative Citoyenne) ont été balayées d’un revers de main! Le « Ségur de la santé » (négociations ayant suivi le premier confinement) a été, de l’avis même des personnels soignants, une vaste arnaque, n’octroyant que quelques menues piécettes. Rien, absolument rien, sur la gouvernance de l’hôpital, ou la fin des « restructurations »! Pourtant, en mars 2020, les médecins, infirmières, aides-soignantes, ont pris le pouvoir sur les gestionnaires, et c’est uniquement cette inversion du pouvoir qui a permis d’éviter la catastrophe totale, dans des établissements de santé dépourvus du matériel le plus élémentaire (masques, blouses, gel)…

A ce propos, la crise sanitaire que nous traversons agit comme un révélateur, au sens chimique du terme : les tendances profondes du pays se manifestent au grand jour ! Et ce n’est pas joli à voir… Il est clair que bien des mesures prises au cours de l’épidémie n’avaient aucun rapport avec les exigences médicales ! Il s’agissait, essentiellement, de « maintenir la pression » sur un peuple jugé immature, irresponsable et incontrôlable… Sans quoi, « ils vont faire n’importe quoi ! »

A cet égard, les dernières mesures décidées en juillet représentent un palier supplémentaire vers une forme d’autoritarisme de moins en moins « doux ». Interdiction, dans de nombreuses communes (suite à décret préfectoral ou municipal) des feux d’artifice du 14 juillet, même en étant masqués ! En effet, il y aurait eu de dangereux attroupements… Dans ce cas, il faut d’urgence interdire tous les marchés extérieurs, fermer les centres commerciaux, et combler les tunnels de tous les métros de France…

Je n’hésite pas à l’écrire (et je précise avoir reçu mes deux doses de vaccin…) : les décisions – souveraines, solitaires, jupitériennes, prises en Conseil de Défense – du président Emmanuel Macron du 12 juillet marquent un tournant, voire… un changement de régime politique ! Nul complotisme là-dedans : simplement la constatation que les considérations médicales et sanitaires (bien entendu nécessaires) ont été le prétexte (peut être inconscient) à l’émergence de pulsions autoritaires. La France est devenue un pays où l’on peut affirmer, sans être démenti, que « en contexte de pandémie, la démocratie est un inconvénient, surtout si elle s’avise de devenir contestataire » (Axel KAHN – paix à son âme – octobre 2020).

Bien sûr, d’autres pays ont été touchés par le phénomène (dont la Belgique et sa fameuse « bulle sociale »), mais en France, ce dernier a aggravé les fractures existantes… ainsi que la terreur des élites à l’égard du peuple, toujours jugé incapable de comprendre la situation… « Passeport sanitaire » à l’intérieur des frontières du pays, surveillance des cafés, des restaurants, des cinémas, devenus bien malgré eux des auxiliaires de police, évacuation de toute discussion rationnelle et contradictoire, spots TV gouvernementaux qui ont dû s’inspirer de la propagande soviétique (ou plutôt chinoise..), disproportion de nombreuses mesures par rapports aux risques véritables (hors personnes à risque, le covid-19 est une maladie quasiment pas létale) : l’irrationalisme du gouvernement (et de certains « médecins de plateaux TV », dont on se demande quand ils soignent des patients…) est en train d’égaler celui des « antivax », avec leurs « puces 5 G injectées par Bill Gates »!

Nous sommes – je l’espère ! – nombreux à penser que la pandémie aurait pu être gérée de façon rationnelle et démocratique, dès la fin du premier confinement (il faut être indulgent pour cette première phase, nous ne savions pas au début ce qui se passait). Au lieu de cela, l’obsession des autorités n’a cessé d’être : contrôler, contrôler, contrôler les citoyens infantilisés, et le cas échéant réprimer. En lieu et place des dernières mesures liberticides, un exposé clair de la stratégie vaccinale (dès le début du printemps 2021), des chiffres de vaccination raisonnables à atteindre chaque semaine, et la levée définitive des mesures sanitaires en fonction de ces chiffres (et non pas en fonction de dates arbitraires, ou du nombre des contaminations), et un discours factuel sur la contagiosité supérieure du variant Delta, auraient sans doute eu des résultats équivalents, voire meilleurs ! Avec cette méthode, ou d’autres méthodes non-coercitives, la France serait peut-être à l’heure qu’il est au même niveau que l’Angleterre !

La leçon à tirer de tout cela est la suivante : en France, bien plus que dans les autres démocraties, nous nous habituons aux mesures autoritaires, jugées plus rapides et plus efficaces que la délibération parlementaire et la responsabilisation des citoyens… L’autoritarisme devient le « mode de fonctionnement par défaut » du pouvoir, et les limites en la matière sont allègrement repoussées. C’est une réalité, et une source de profonde tristesse : nous assistons à l’écroulement de la culture démocratique en France… Le ressentiment et l’esprit de revanche vont également croissants !

La France est le seul pays occidental où a eu lieu – le plus sérieusement du monde – un débat sur la possibilité d’une guerre civile, et l’intervention de l’armée dans les banlieues !

Mais où cela va-t-il finir ?

Le courant réunioniste doit envisager l’hypothèse d’un « scénario catastrophe » (ou du moins celui d’une grave crise de régime) pour la France, et réfléchir au rôle qu’il pourrait jouer dans ce cas. La Wallonie, en l’occurrence, pourrait devenir une sorte de « base arrière », situation qu’il faudra définir et anticiper.

Car, comme j’ai eu le plaisir de l’écrire avec Paul MELOT dans le texte publié sur le site de la revue Front Populaire : « Tous les réunionistes (…) partagent un objectif : être acteurs d’une contreculture alternative, républicaine, sociale et populaire, participant – pour l’instant de l’extérieur – à la reconstruction d’une France libre et rénovée !« 

Tel est l’un des aspects essentiels de notre responsabilité collective, en tant que réunionistes.

A lire : Récidive, 1938, de Michaël FOESSEL, réédition 2021 : https://www.mollat.com/videos/mickaelfoessel-recidive-1938, P.U.F., avec une postface inédite évoquant la crise sanitaire.

Les illusionnistes

Par VALMY

Les journalistes Vincent Rocour et Alice Dive publient dans La Libre Belgique, du 14/08/2021, l’analyse du livre, « Les fossoyeurs de la Belgique » et interrogent l’auteur, le journaliste politique flamand Wouter Verschelden .
L’article de la LLB s’intitule : « Que le Mouvement flamand accepte de lâcher Bruxelles, c’est un geste historique » (sic). De quoi plaire à la « francophonie belge ».
Quel est l’intérêt profond de cet article ?
La confirmation des manœuvres du Palais pour installer la NVA au gouvernement dans l’espoir de trouver une solution définitive au problème institutionnel du pays.
L’accord entre Paul Magnette et Bart De Wever qui ne signifie pas la fin de la Belgique. Il ne s’agit que d’une étape, sinon l’appel de Bart De Wever, le 21 juillet 2021, à la renaissance de Grands Pays-Bas ne rime à rien.
Les conversations menèrent, paraît-il, les deux négociateurs suffisamment loin, au point que Paul Magnette demanda à Bart De Wever s’il voyait un problème à ce que la Wallonie et Bruxelles gardent le nom « Belgique » (sic).
Cette question incroyable ne peut que signifier l’acceptation par Paul Magnette d’une Flandre indépendante à moyen terme.
Pour la Wallonie, cela implique un double danger :
– si la Wallonie conserve le nom de Belgique, Paul Magnette repousse l’option du retour à la France;
si la Wallonie conserve le nom de Belgique, les lois internationales prévoient que les nouvelles entités étatiques héritières d’un pays disparu endossent les dettes de ce dernier, comme la Belgique de 1830 en faveur du royaume des Pays-Bas.
Pour Bart De Wever, il s’agit là d’une demande plus que surprenante de la part d’un « francophone ».
Il est probable que Paul Magnette réalise enfin la gravité de la situation actuelle, l’état de faillite de l’entité wallonne, l’abandon de la solidarité financière flamande et la volonté de la nation flamande d’avancer vers son indépendance.
Pourquoi Paul Magnette dirige-t-il la Wallonie dans le précipice ? Pour de l’argent !
Le nœud de l’accord entre Paul Magnette et Bart De Wever se trouverait dans la renonciation par la Flandre à son obsession du refus d’une Région bruxelloise à part entière et dans un grand refinancement des mesures sociales en faveur du PS.
Qu’a-t-il vendu pour un tel prix ? L’indépendance de la Flandre et la création d’une Belgique résiduelle (illusoire) afin de faire obstacle à la France et d’éviter à la NVA de devoir négocier face à Paris.
Le Mouvement flamand pourrait-il accepter de lâcher Bruxelles ? Oui, car il ne s’agit que d’abandonner le titre de « capitale de la Flandre ».
Rien n’empêche la Flandre de renouer avec le Royaume des Pays-Bas dans un cadre confédéral à deux Etats en emportant la Région de Bruxelles, bien incrustée dans le Vlaams Brabant et séparée de la Wallonie par la frontière linguistique. Le Mouvement flamand n’y perd rien, au contraire.
Bart De Wever, l’historien anversois, a relancé l’option des Grands Pays-Bas, où Anvers redeviendrait la capitale des Pays-Bas méridionaux où se rassembleraient les administrations et les sièges gouvernementaux.
En fait, retirer à Bruxelles le titre de capitale de la Flandre, faciliterait même l’application du scénario institutionnel berlinois : le « Land » bilingue de Bruxelles, coincé au sein des nouveaux Pays-Bas méridionaux. Même minoritaires, les Bruxellois flamands prouvent l’appartenance de cette agglomération au Vlaams Brabant. Les Bruxellois francophones ne sont que des fransquillons ou des immigrés parmi tant d’autres. Bruxelles conservera les lieux de culture, les théâtres, les écoles et les universités de la vlaamse gemeenschap et elle sera obligée d’organiser une « communauté des francophones bruxellois ». Surtout ne pas perdre de vue que Bruxelles dépend économiquement et financièrement de la Flandre.
Bruxelles n’appartint jamais à la Flandre mais aux Pays-Bas méridionaux, OUI !
En conclusion : La manœuvre de Paul Magnette relève d’une supercherie. Il permet, contre de l’argent, l’indépendance de la Flandre et lui offre Bruxelles grâce à la régionalisation à quatre entités. En conservant l’adjectif « belge », il feint de conserver des liens entre la Wallonie et Bruxelles tout en supprimant la Communauté française-Wallonie-Bruxelles. Le miroir aux alouettes version Louis XI !

Les résultats de notre sondage

Après avoir interrogé ses affiliés et sympathisants, l’Alliance Wallonie france a dépouillé les résultats de son sondage et les a portés à la connaissance des présidents de tous les partis wallons représentés dans les différentes assemblées parlementaires.

La lettre de notre président, Nicolas Thirion, a déjà été publiée sur ce site. Elle sera suivie, prochainement, des réponses qui lui ont été envoyées par les présidents de parti. En attendant, nous vous donnons à voir les résultats du sondage auquel vous avez sans doute participé.

Sachez encore qu’un calendrier d’actions a également été planifié en vue de la rentrée de septembre. Nous y reviendrons ultérieurement.

Le Bureau exécutif de l’Alliance Wallonie France vous souhaite deux mois d’été très agréables !

Lettre aux présidents des partis francophones

La lettre suivante, signée Nicolas THIRION, président de l’AWF, a été envoyée aux (co-)président(e)s du cdH, de Défi, d’Ecolo, du MR, du PS et du PTB.

Je me permets de vous écrire en ma qualité de président de l’Alliance Wallonie France, un mouvement politiquement et philosophiquement pluraliste qui s’intéresse au devenir de la Wallonie et vise à encourager toute réflexion utile à ce sujet. La discussion au sein de notre association prend diverses formes, qui vont du débat participatif avec nos membres et nos sympathisants, à l’organisation de conférences publiques ou la publication de contributions écrites.

Dans ce cadre, nous avons récemment réalisé un sondage en ligne auprès de nos membres adhérents et sympathisants, relatif aux diverses réformes institutionnelles à venir et au degré de confiance qu’ils accordent aux partis francophones dans la défense de la Wallonie.

Une fois passée la crise sanitaire, les questions sur l’avenir de la Belgique dans la perspective d’une septième réforme de l’État risquent en effet de reprendre le dessus. Vous trouverez les résultats de ce sondage en annexe.

Synthétiquement, les répondants sont majoritairement favorables à la suppression du Sénat, des provinces et de la Communauté française de Belgique, ainsi qu’à l’instauration du referendum d’initiative populaire dans la Constitution. Ils sont en revanche majoritairement hostiles à la mise en place d’une circonscription électorale fédérale. S’agissant des questions ouvertes (de 1 : pas du tout d’accord, à 6 : tout à fait d’accord), ils estiment qu’un État belge composé de quatre régions ne permettra pas d’aplanir les tensions communautaires mais qu’il pourrait bien constituer une étape vers la réunion de la Wallonie à la France. Quant au degré de confiance qu’ils témoignent à l’égard des partis politiques wallons pour défendre la cause de la Wallonie et, en particulier, de celui dont ils se sentent le plus proches (de 1 : pas du tout confiance, à 6 : tout à fait confiance), il est, vous le constaterez, particulièrement bas.

Après avoir ainsi sollicité nos membres, nous nous autorisons donc à communiquer les résultats à l’ensemble des (co-)président.e.s des partis politiques ayant des élus francophones au Parlement fédéral dans un triple objectif :

1° leur demander leur position et celle de leur parti en ce qui concerne les questions 1 à 9 du sondage repris en annexe, en motivant le cas échéant leurs réponses;

2° solliciter les explications qu’ils pourraient avancer au sujet de la relative méfiance des sondés à l’égard de la défense de la cause wallonne;

3° communiquer les réponses reçues des différents partis, dans le cadre d’une manifestation publique qui se tiendrait à la rentrée prochaine en vue d’organiser un débat autour de ces différentes thématiques.

En outre, à plus court terme, quelle mesure prioritaire susceptible d’influencer significativement et durablement les finances de la Région wallonne et de la Communauté française comptez-vous faire prendre en considération par les parlements compétents d’ici la fin 2021 ?

Je précise que nous serions heureux de recevoir des réponses franches et ouvertes, sans un simple renvoi aux programmes électoraux ou aux publications officielles de votre parti.

Dans l’hypothèse où vous accepteriez de répondre à notre interpellation, nous serions très honorés si nous pouvions recevoir vos réponses d’ici le 30 juin.

En vous remerciant d’avance pour l’attention que vous voudrez bien accorder à la présente, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma considération distinguée.

Quatre régions : mais allons-y !

Par VALMY

Belgique à quatre régions : une chimère ! Quelle importance s’il s’agit d’un contre-argument ?

Dans un couple en désespérance, la volonté, partagée ou non, de séparation déclenche le divorce.

Ensuite, les avocats s’en mêlent pour la garde des enfants, des animaux de compagnie et le partage du patrimoine.

Depuis 1830, l’histoire de Belgique se présente comme une succession de frustrations des Wallons et des Flamands dont la responsabilité incombe à l’Etat belge, sorte d’Etat « fransquillon-bruxello-colonial » à la « sauce anglaise ».

Mettre fin aux frustrations implique le divorce et la scission de ce pays artificiel qui a généré la « belgitude », une sorte de nationalisme terre à terre, bon enfant, bruxello-centré, stérilisant qui empêche les Wallons de voir la réalité.

Feu Monsieur François Perin déclara que l’Etat belge se disloquerait étapes par étapes jusqu’au jour où il resterait à se partager la dette belge. Nous y sommes !

En vue de l’échéance de 2024, les Wallons proposent une Belgique à quatre régions autonomes impliquant la disparition des communautés, annihilant ainsi l’influence politique pernicieuse des fransquillons-bruxello-belgicains.

Quatre régions autonomes induiraient une confédération de quatre Etats indépendants dont la nation flamande.

En 2024, le Mouvement flamand fêtera son 150e anniversaire, dans cette optique les Flamands proposent un « modèle 2 + 2 », la Flandre & Bruxelles, la Wallonie & l’Ostbelgien, soit une pseudo confédération de deux Etats apparemment indépendants, sans exclusion des « Communautés », dans une Belgique fédérale « coquille vide » dominée par les Flamands.

L’option « modèle 2+2 », les Wallons doivent la refuser car une Belgique « coquille vide » à la flamande, toujours bruxello-centrée, ajoutée aux entraves du Benelux, signifie le piège d’un retour au sein du royaume des Pays-Bas de 1815, sous une peau d’âne euro-bénéluxienne !

Libérer les Wallons de la Belgique impliquerait une version bruxelloise du « Walen buiten » soit, ENFIN, la scission de la RTBF au profit de Liège, de l’ULB au profit de Charleroi, et de toutes les structures culturelles fédérales à partager entre la Wallonie et la Flandre.

Tout dépendra de la négociation mais aucune n’aboutira si les Wallons à la table ne se projettent pas dans un avenir post-Belgique comme les Flamands œuvrant à la reconstruction de la Nation néerlandaise méridionale, incluant logiquement la Région de Bruxelles.

Les Wallons, séparatistes en 1912, régionalistes depuis 1918, tirent encore des plans sur la comète, s’affolent, s’agitent entre le retour à la Nation française, la survie de la sécurité sociale belge et le sort de la monarchie Saxe-Cobourg-Gotha.

En 1830, avant la scission du Royaume des Pays-Bas et l’apparition de la « Belgique », un gouvernement « belge », révolutionnaire, provisoire, se constitua ex nihilo afin de négocier entre parties, d’égale à égale, mais l’Europe et la Grande-Bretagne s’ingérèrent.

Le schéma peut se répéter aujourd’hui, avec l’avantage de l’existence de gouvernements régionaux élus démocratiquement, mais où seule l’Europe tentera de s’immiscer.

Toutefois, si l’esprit du « paternalisme politique fransquillon-bruxello-belgicain » ne disparaît pas, les négociations risquent d’être entravées par les sempiternelles questions de Bruxelles, son financement et la dette publique de l’Etat fédéral.

Il semble donc impératif, comme dans le schéma de 1830, que la Flandre et la Wallonie se parlent d’égale à égale, donc en « Etats indépendants » en excluant tout ingérence parasite.

Est-ce vraisemblable ? OUI !

Si une Nation flamande indépendante s’avère viable, une Wallonie indépendante, certes moins riche mais non pauvre, l’est également, surtout débarrassée du « boulet et du gouffre financier » bruxello-belgicain.

Déclarée indépendante, la Wallonie pourra choisir son destin et se tourner vers la France, seul choix naturel.

En 2008, Jacques Attali, économiste, écrivain et haut fonctionnaire français déclara que « sans faire campagne pour le rattachement de la Wallonie, la France devra bientôt dire publiquement que, si par malheur, la Belgique venait à se défaire, cela pourrait être de son intérêt d’accueillir la Wallonie (…). Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait, ne serait-ce que par l’augmentation de ses droits de vote dans les institutions européennes. » Sans s’en rendre compte, Jacques Attali marche dans les pas d’Henri IV !

Quid de la Région de Bruxelles et de l’Ostbelgien ?

La Région de Bruxelles, même dégraissée des fonctionnaires wallons, s’avère viable par sa situation exceptionnelle au sein de la Flandre. De plus, la présence des instances de l’Union européenne, de l’OTAN, lui conservent une réelle attractivité pour le secteur privé sans oublier l’investissement matériel et humain de la Flandre.

Historiquement thioise, aujourd’hui brabançonne métissée et internationale, Bruxelles détient des atouts pour un avenir apaisé dans un cadre historique retrouvé :

  • soit autonome, amicale vis-à-vis de la Flandre, bilingue avec le maintien d’institutions communautaires internes ;
  • soit un destin « berlinois » confortant l’autonomie d’une Région bilingue associée économiquement à la Flandre et une ville, Bruxelles, élevée au rang, respectable et honorable, de capitale des Pays-Bas méridionaux ressuscités.

L’option « berlinoise » devrait titiller l’imagination des Flamands qui, jusqu’à ce jour, portent des œillères alors qu’ils sont dirigés par des historiens gantois ou anversois, esquivant le glorieux passé du duché de Brabant.

L’Ostbelgien ne compte que 78.000 habitants ; sa taille ne constitue pas un obstacle à son autonomie.

Ce territoire composé des cantons d’Eupen et de Saint-Vith, prussiens depuis le 19e siècle, belges depuis 1920, jouit d’une place exceptionnelle dans la « très allemande » Union Européenne.

Eupen, siège de l’Eurégio-Meuse-Rhin, bénéficie de l’attention de deux puissantes « marraines » : l’association REGIO Aachen et le District de Cologne.

Sans oublier qu’elle se situe également au sein d’une seconde région transfrontalière : la Grande Région qui englobe toute la Wallonie et la Région du Grand Est (Champagne-Ardenne-Lorraine-Alsace) à l’Allemagne et au Grand-Duché de Luxembourg.

L’Allemagne protège toujours les siens !

Régionaliser l’Etat belge est-ce crédible ? Oui !

En réalité, les fonctions régaliennes de l’Etat belge dépendent déjà des Régions, de l’Union européenne, de l’OTAN et du SHAPE.

La régionalisions de la Justice et de la police fédérale existe déjà dans les cartons.

« Le roi est nu mais personne n’ose encore l’avouer au « bon peuple. »

A l’occasion, l’imagination règne en maître en Belgique.

Par exemple, La Banque nationale de Belgique, instituée par une loi du 5 mai 1850, est dotée de la forme juridique de société anonyme (SA). Son capital social est détenu pour moitié par l’État.

Faudrait-il régionaliser une société anonyme ?

Inutile, adapter son conseil d’administration à la nouvelle réalité devrait suffire dans un premier temps.

Comment agir pour L’Office national des pensions, le SPF Pensions et l’ONSS ?

Rien n’empêche la Flandre et la Wallonie, dans l’actuel cadre belge, de leur attribuer une forme juridique similaire à celui de la Banque Nationale, le temps de clarifier la situation née d’un divorce prévisible, tout en leur permettant de continuer leurs tâches une fois les indépendances déclarées.

Pourquoi punir la population innocente ?

Quid de la dette de l’Etat belge ?

La Flandre se rêve tel le chaton d’une bague qui attend d’accueillir la pierre précieuse : la Région de Bruxelles.

Elle propose donc le modèle « modèle 2+ 2 ».

Dans ce poker menteur institutionnel, la Wallonie devrait lui opposer, de bonne guerre, le « modèle 4 Régions ».

Les Wallons devraient enfin convaincre les négociateurs flamands qu’ils ne craignent pas un avenir solitaire, n’ayant déjà plus rien à attendre de la Belgique.

La Wallonie a tout intérêt à se débarrasser du « boulet belgo-bruxellois » et de conclure un accord avec la Flandre qui réglerait la dette publique à son avantage, sans emprunter un euro.

En principe, le partage sur base des moyens économiques, le PIB, serait le plus avantageux pour la Wallonie.

Le seul moyen d’appâter la Flandre en ce sens : troquer Bruxelles à la « sauce berlinoise » ou se figer sur les 4 Régions !

Bien entendu, si la Flandre se cabre, il reste la menace d’un rattachement éclair de la Wallonie à la France avant la signature de tout pacte entre les divorcés.

La Flandre devrait alors négocier la dette publique avec Paris.

Cette probabilité inquièterait déjà les politiques flamands.

Comment réagirait l’Union européenne, qui ne vaut pas mieux que l’Europe de Metternich ?

S’opposerait-elle vraiment à l’implosion du Royaume de Belgique et à son partage logique entre Pays-Bas, France, si l’Allemagne pouvait à cette occasion réintégrer l’Ostbelgien dans le heimatland ?

Ce serait difficile à défendre devant une cour de justice internationale, alors que le Conseil de l’Europe et l’Union Européenne œuvrent et financent des structures transnationales, les Eurorégions, pouvant à terme affaiblir les cadres étatiques existants.

Etrangement, la Wallonie est imbriquée dans deux structures qui rappellent les possessions de l’Empire germano-habsbourgeois et les ambitions territoriales de l’Allemagne contemporaine :

  • la première : l’Eurégio-Meuse-Rhin,
  • la seconde : la Grande Région.

Autre fait curieux, pourquoi seule la Flandre peut-elle se lier à la France par le biais du Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT) West-Vlaanderen /Flandre- Dunkerque-Côte d’Opale ?

Pourquoi n’existe-t-il aucune Région transfrontalière entre la province de Hainaut et le Hainaut français, le Cambrésis, la Champagne et la Flandre française (l’Artois) ?

L’Escaut et la Sambre ne prennent-ils pas leur source en France et n’irriguent-ils pas notre province hennuyère ?

Pourquoi n’existe-t-il aucune Région transfrontalière wallo-française entre la province de Namur ou la province de Luxembourg et la Champagne, l’Ardenne et la Lorraine sans devoir dépendre de structures germaniques ?

La réponse à toutes ces questions : l’obstacle Belgique !

Comme l’écrivit Monsieur François Perin, « la Belgique ne représente plus aucune nécessité sur le plan diplomatique mondial. »

L’ombre de Palmerston vient de s’évanouir définitivement avec le Brexit.

Il devient impérieux de détricoter l’Etat belge, étouffer les « cris d’angoisse d’Elio Di Rupo » et rendre aux Wallons leur fierté.

Ils n’ont plus rien à attendre de la Belgique.

Il leur reste trois ans pour se convaincre qu’ils peuvent se prendre en charge.

Pourquoi l’option d’une Belgique à 4 Régions est une chimère

Par Jules Gheude

Le programme de la coalition Vivaldi prévoit la préparation d’une 7ème réforme de l’Etat pour 2024.

Du côté wallon, l’option d’une Belgique à 4 Régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles et Ostbelgien) se dégage tant au PS qu’au MR. Elle est également défendue par Re-Bel (Rethinking Belgium’s institutions in the European Context), dont l’une des figures de proue est le philosophe-économiste Philippe Van Parys.

Chantre du belgicanisme, celui-ci a publié, il y a trois ans, un essai intitulé « Belgium. Une utopie pour notre temps », dans lequel il explique pourquoi la vision d’une Belgique à 4 Régions peut représenter un destin possible bien plus enthousiasmant que la dystopie de la dislocation.

On remarquera d’emblée l’usage du mot « Belgium ». Pour l’intéressé, en effet, il serait souhaitable que l’anglais devienne le trait d’union de cette nouvelle configuration.

Ceci est loin d’être innocent, comme nous allons le voir. Car Philippe Van Parijs, ne l’oublions pas, est avant tout flamand…

Il était présent au colloque « L’Après-Belgique », organisé en 2011 par le Cercle Condorcet de Liège et au cours duquel, en public, il a répondu par « oui » à la question que je lui avais posée : La Flandre est-elle, selon vous, une Nation ?

Premier paradoxe de sa part. Car il est évident qu’un Etat fédéral ne peut se concevoir avec l’une de ses entités érigée en Nation. Pour le formuler autrement : l’existence d’une Nation flamande compromet de facto la survie de la Belgique. Un dicton africain n’affirme-t-il pas qu’ il ne peut y avoir deux places sur la peau d’un léopard ?

Deuxième élément, qui démontre la côté illusoire de la stratégie Re-Bel : l’aversion que la Flandre a toujours nourrie envers Bruxelles, Région à part entière.

Lorsque l’article 107 quater de la Constitution, reconnaissant l’existence des Régions flamande, wallonne et bruxelloise, a été adopté en 1970, chacun était bien conscient que la Flandre ferait tout pour en empêcher sa concrétisation au niveau de Bruxelles. François Perin, lui-même, avait affirmé que la Région bruxelloise ne verrait jamais le jour. Ce fut sa seule erreur de jugement. La crise fouronnaise des années 80 allait, en effet, permettre à la Région bruxelloise de sortir des limbes fin 1988. Les francophones durent, pour cela, sacrifier José Happart et sa cause. Le marchandage déboucha également sur une extension importante des matières communautaires (enseignement) et régionales (transports, travaux publics, commerce extérieur,…). On sait comment Jean-Luc Dehaene s’arrangea ensuite pour asphyxier financièrement l’enseignement francophone…

Mais la Flandre n’a pas pour autant renoncé à ses ambitions concernant ce territoire bruxellois qui, à ses yeux, lui appartient historiquement.

Dès 1980, elle a usé de la faculté que lui donnait le législateur de fusionner ses institutions. La Région fut ainsi absorbée par la Communauté. Efficacité et économie des moyens : un gouvernement unique, un Parlement unique, le tout établi à Bruxelles, capitale de la Flandre.

La Belgique à 4 Régions sous-entend la suppression de la notion de Communauté. En tant que Flamand, Philippe Van Parijs ne peut que se réjouir de l’élimination de la Communauté française, ce lien organique entre la Wallonie et Bruxelles. Et avec sa proposition visant à faire de l’anglais la langue de la Belgique, il mise sur l’affaiblissement progressif de la langue française à Bruxelles.

Mais il est confronté ici à une donnée essentielle. Jamais la Flandre ne consentira à supprimer  « sa » Communauté, qui lui permet, via l’exercice des matières dites « personnalisables », d’encadrer sa minorité bruxelloise du berceau jusqu’à la tombe.

Philippe Van Parijs n’ignore pas que l’option confédéraliste qui fut lancée au début des années 90 par le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande et avalisée par le Parlement flamand en 1999, repose sur deux piliers, la Flandre et la Wallonie, assurant la cogestion de Bruxelles.

C’est exactement cela que la N-VA propose aujourd’hui. Selon Bart De Wever, chaque Bruxellois, indépendamment de sa langue et de son origine, devrait choisir entre le paquet flamand et le paquet wallon pour ce qui concerne les matières dites personnalisables : impôt des personnes, soins de santé, immigration/intégration,… 

Sur ce point, N-VA et CD&V restent soudés.

On a ainsi vu récemment la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), faire état d’un « modèle 2+ 2 », entendez deux entités fédérées (deelstaten) – Flandre et Wallonie –  et deux sous-entités (deelgebienden) – Bruxelles et Ostbelgien.

En fait, il suffirait que la Flandre, suivant en cela l’exemple francophone, rebaptise sa Communauté « Federatie Vlaanderen-Brussel » pour que le chemin de ce confédéralisme à deux soit tracé.

C’est d’ailleurs ce qu’avait déclaré feu Jan Verroken – le tombeur du gouvernement Vanden Boeynants sur l’affaire de Louvain en 1968 – dans sa dernière interview, accordée à « Doorbraak » en 2017 :

Si j’étais encore au CVP, je me battrais pour faire la même chose que les Wallons. Les Wallons font le Fédération Wallobrux. J’aurais fait depuis longtemps une Fédération Flandre-Bruxelles. Il faut toujours faire la même chose que son adversaire. Ils ne peuvent tout de même pas nous reprocher de vouloir faire la même chose qu’eux. Et c’est ainsi qu’on est encore à mille lieues du confédéralisme. 

Une Fédération Wallonie-Bruxelles vs een Federatie Vlaanderen-Brussel : Bruxelles se retrouvant dans les deux équations, est de facto cogérée… CQFD.

Une chose est sûre : on peut encore s’attendre à de belles escarmouches, le jour où l’on entrera vraiment dans le vif du sujet  de cette 7ème réforme de l’Etat.

Philippe Van Parijs, nous l’avons dit, considère que le Flandre est une Nation. Il devrait aussi savoir que l’évolution normale, logique, d’une Nation est de devenir un Etat souverain.

Qui vivra verra…

En attendant, la Flandre n’a nulle envie de continuer à se montrer solidaire d’une Wallonie qui, à ses yeux, n’adopte pas la gestion politique appropriée pour se redresser. Une Wallonie dont, aux dires de son ministre-président Elio Di Rupo, la situation budgétaire est abyssale et se verra encore aggravée par l’extinction programmée des transferts financiers en provenance de Flandre (quelque 7 milliards d’euros par an !).

Notre article dans la revue de Michel Onfray

Par Paul MELOT

Il y a quelques mois, j’ai été contacté par Cédric CHOPIN, citoyen français et affilié à notre AWF. Il m’indiquait qu’il était peut-être en mesure de faire passer un article dans la revue  » Front Populaire » dirigée par Michel ONFRAY.

Avec quelques amis, nous nous sommes interrogés quant à une éventuelle suite à réserver à cette invitation, surtout en réfléchissant au fait que nous participons activement à un MOUVEMENT et non un parti et que nous ne nous situons pas dans un échiquier politique au sens partisan du terme. Notre conclusion a été que nos raisons d’être ne nous empêchaient en aucun cas de faire connaître nos positions et raisons de militer pour une union de la Wallonie à la France, pour autant que nous ne revendiquions pas de nous exprimer au nom de l’AWF et que, d’autre part, nous nous exprimions également dans un autre média français dont la sensibilité politique est autre, à l’exclusion, bien entendu, des partis non démocratiques et extrémistes et des médias qui leur sont proches.

Voici donc le fruit de la collaboration des plumes de Cédric et de moi. Les diverses réactions de lecteurs qui suivent cet article sont le reflet de pensées variées et ne sont évidemment pas à confondre avec les deux rédacteurs de l’article, cela est aussi le débat démocratique…

Relativement à un autre média, une opération semblable est en cours et l’AWF, cette fois également, ne sera pas citée comme responsable de l’article !

Notre pluralisme est ainsi respecté et c’est tant mieux : nos raisons d’exister sont supérieures à des convictions politiques que chacun, vous comme moi, a bien le droit de professer également à titre individuel.