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L’état de nos finances

Par Paul MÉLOT

Que deviennent la Région wallonne et la Communauté française ?

1) La Région wallonne :

Le budget initial 2020 voté en déficit de 434 millions est atteint du coronavirus. Amenée à faire des dépenses supplémentaires de 1.06 milliard d’euros, la Wallonie doit aussi subir des pertes de recettes de l’ordre de 717 millions d’euros au minimum. Le cumul prévisible de ces sommes sera donc de + ou – 2.2 milliards d’euros au lieu des 434 millions initiaux. Ceci signifie que la dette totale atteindra les 25 milliards d’euros et aura donc augmenté de presque 10% en une seule année. « On » minimise en disant que des dépenses supplémentaires non prévues affectent tous les états, toutes les régions. Vrai, mais sans dire que notre région, en Europe, est une de celles qui dérapent le plus…

2) La Communauté française :

Le budget initial 2020 voté en déficit de 708 millions d’euros. Dépenses supplémentaires et pertes de recettes (TVA) de 500 à 700 millions d’euros feront grimper la dette de 8.3 milliards d’euros à plus de 9 milliards… Alors que la dette prévisible était calculée à 8,6 milliards pour 2021, elle passera donc à plus de 9.3 milliards d’euros… Même remarque pour la minimisation de la situation, mais en sachant qu’en juillet (2020), pour tenir le coup, la Communauté française a emprunté 1.4 milliard d’euros… Et l’Agence MOODY’S qui a déjà diminué sa notation à deux reprises en deux ans vient, ce lundi 7 septembre, de réviser à la baisse les perspectives financières, de neutres à négatives, vu l’alourdissement de l’endettement.

3) Pacte d’excellence, formation des maîtres, redressement de la Wallonie : autant d’écrans de fumée qui occultent la vision des Wallons et des francophones en général…

Pays-Bas et plat pays : une tendance lourde

Par Claude ROLAND

Le rapprochement entre la Flandre et la Hollande, incluant de fait aussi la Belgïe est en progression constante.

Le général en chef néerlandais est venu à la VRT plaider pour l’achat du F35, afin de faciliter l’intégration de la force aérienne dans l’armée néerlandaise. Bien sûr, la RTBrux, qui partage le même bâtiment que la VRT, avec laquelle elle entretient des liens étroits, était donc au courant et n’en a dit mot. Et on a acheté le F35.

La « néderlandisation » des ambassades belges est un fait, même si nos médias bruxellois évitent d’en parler.

De gros investissement ferroviaires et maritimes sont réalisés, aux frais du fédéral, pour rapprocher la Flandre et la Hollande.

Cette union est décrite comme étant celle de 2 pays (Flandre & Hollande) avec éventuellement 2 régions (Bxl et la Wallonie). Ce qui signifie que dans cette union, la Flandre resterait Flandre et ne deviendrait pas Hollande. Voilà qui devrait rassurer les Flamands. Par contre, elle serait défavorable aux Wallons puisque là où la Flandre serait un pays, Bxl et la Wallonie ne seraient que 2 régions.

Et la Belgïe ? Une coquille quasi vide qu’on garderait si sa suppression est trop compliquée. Ce qui rassurerait les belgicains et qui permettrait aussi à la Flandre de garder la main sur Bxl et la Wallonie.

On le voit, la Flandre peut jouer sur plusieurs tableaux : la Belgïe qu’elle domine, une Flandre indépendante et l’union avec la Hollande.

Et la Wallonie ? Engluée dans le brol communauté bruxello-française, elle se laisse étouffer par l’intelligentsia bruseleer et ses médias (RTBrux, Le Soir, La Libre…) qui font tout pour l’enchaîner à BXL, à sa communauté française, à ses dettes avec ses CPAS débordés qui poussent leurs allocataires sociaux à déménager vers la Wallonie, et son Vivaqua Bxl qui pompent sans restriction les eaux de source wallonnes au point de provoquer des pénuries dans les communes avoisinantes.

Un tout Bruxelles qui, à l’aide de ses médias (pourtant financés par la Wallonie), efface l’identité wallonne. Nous ne sommes plus des « Wallons », mais des « francophones indéfinis » du « sud de Bxl ». Alors que dans le même temps, les Bruxellois affirment et renforcent leur identité bien bruxelloise. Et la Wallonie rebaptisée « sud de Bxl » devient ainsi une extension de Bxl. Tandis que Bxl s’affirme comme « Bxl c’est la Belgique et la Belgique c’est Bxl ». Un Bxl qui s’impose partout dans nos médias. Avec l’ULB dont la RTBrux fait la promotion, aux dépens des universités wallonnes qui restent anonymes. Avec l’aéroport flamand de Zaventem, mensongèrement présenté comme aéroport national bruxellois qu’il est bon de promouvoir, etc.

Et quand, parfois, un politique wallon ose affirmer son régionalisme wallon, il est de suite vilipendé par nos médias bruseleer comme « traitre » à l’union avec Bxl. Car pour l’intelligentsia bruxelloise, la Wallonie doit rester scotchée à Bxl et donc à la Belgïe. Ainsi Bxl reste le centre, la CAPITALE de la Belgique et de l’Europe. Et surtout ainsi la Wallonie reste solidaire du financement des institutions bruxelloises, de l’enseignement (un gouffre !), de la culture, des médias (dont la trop bruxelloise RTBrux), etc.

Et vu que la Flandre avance dans l’union avec les Pays-Bas, Bxl prend le pli et suit, sans faire de vagues. Et dans son sillage, Bxl entraîne la Wallonie afin de garder à Bxl son statut de CAPITALE d’une certaine Belgique et de garder la Wallonie sous sa coupe, de celle de la Flandre et progressivement de celle des Pays-Bas. D’autant que la Wallonie, avec ses espaces libres, ses ressources forestières, ses eaux de source, intéresse grandement les Pays-Bas et la Flandre.

Le Boerenbond, le Voka, Unizo ont déjà commencé à « coloniser » des espaces wallons. Ex. : les villages néerlandais, réservés uniquement aux Flamands et Hollandais, aux Barrages de l’Eau d’Heure. Ou encore, certains domaines et zones touristiques des Ardennes wallonnes rebaptisées Ardennen. Ex. : le parc d’attraction et son village à Barvaux, avec du personnel flamand. Il en va aussi de zonings industriels, où s’implantent des industries flamandes, avec en prime des subsides wallons, bien que le personnel soit majoritairement flamand. Idem pour le Boerenbond, qui étend ses exploitations agricoles en Wallonie.

Il est clair que la Wallonie ne peut plus laisser les Bruseleers décider de son avenir et de sa stratégie. Plus encore, laisser les Brusellers et leurs médias détruire notre identité et notre image.

On ne peut plus non plus laisser notre enseignement aux mains de Bxl. On n’a plus non plus les moyens de financer les dettes abyssales de Bxl. Dans cet ensemble confédéral progressivement néerlandais, la Wallonie doit renforcer son image et son identité, notamment en renforçant ses médias (en ne finançant plus ceux de Bxl).

Une identité plus forte engendrera un régionalisme plus fort qui permettra aux Wallons de mieux défendre leurs intérêts et aussi d’exister par rapport aux pays voisins, sans plus passer par la Belgïe dominée par la Flandre ou par la communauté dite « française » dominée par Bxl.

Par ex : On pourrait se passer du véto flamand qui bloque les chemins de fer luxembourgeois qui veulent desservir la Wallonie.

Ou encore se passer du travail de sape de la RTBRux envers les liaisons ferroviaires directes entre la Wallonie et la France, qui Oh hérésie, ne passent pas par BXL le centre de tout.

Enfin, la Wallonie pourrait refuser de se laisser entraîner vers l’union néerlandaise, n’en déplaise aux Bruseleer belgicains.

Car, ne soyons pas dupes, la Belgique d’aujourd’hui n’est déjà plus celle d’hier. Dès la naissance, Wallons, Flamands, Bruxellois francophones n’ont pas la même langue, pas la même culture, pas les mêmes allocations familiales. Ensuite, ils n’ont pas les mêmes enseignements (qualités et niveaux différents), ils ne payent pas les mêmes taxes, n’ont pas le même niveau de vie, n’ont pas les mêmes salaires (même à job égal dans la même entreprise), n’ont pas les mêmes carrières (la majorité des entreprises sont dirigées par des cadres du VOKA). Et enfin, ils n’auront bientôt plus les mêmes pensions, quoi que c’est déjà la cas, vu que les Flamands bénéficient de salaires supérieurs, surtout en fin de carrières.

Alors c’est quoi cette Belgique que nous louent les Belgicains ?

Tout comme à quoi sert le brol wallo-brux, si ce n’est à enfoncer d’avantage la Wallonie !

On le voit, l’avenir de la Wallonie est en danger.

Les Wallons doivent se réveiller. A l’instar des Flamands, les Wallons doivent construire leurs organismes régionaux dans le genre des Voka, Boerenbond, Inizo, In de Warande, NVV, OVV, KBC.

Et de même que la Flandre se rapproche des Pays-Bas, la Wallonie doit se rapprocher de la France, n’en déplaise aux Bruseleers, dont il est urgent de se libérer de leur influence.

Pays-Bas et plat pays (suite)

VALMY souhaite à son tour réagir à la chronique d’Amid Faljaoui.

Un cordial merci, Monsieur Chopin, votre article brise un tabou… pour les aveuglés du Belgium.

Comme Monsieur Amid Faljaoui, directeur des magazines en langue française de Roularta, nous devons gagner notre pain à la sueur de notre front.
Mais tout lecteur curieux n’ignore pas que les publications de Roularta destinés aux « Belges », aux Wallons et aux Bruxellois francophones, présentent une similarité philosophique avec celle du « Soir volé » de l’occupation allemande.

Monsieur Amid Faljaoui relève qu’entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. Cette remarque vaut autant qu’affirmer que les supporters du Standard aiment ceux d’Anderlecht.

Grâce à vous, Monsieur Chopin, voici l’occasion de dessiller les yeux du Directeur Amid Faljaoui et de bien d’autres.

1) Commençons par la genèse du BENELUX (1943) qui rassemble les 17 Provinces habsbourgeoises augmentées de la Principauté de Liège.
Aucune haine là-dessous !
Pour en connaître plus cliquer sur le lien suivant :
• Benelux :: Histoire
https://www.benelux.int/fr/benelux-unie/histoire

2) 1962. Qui se rappelle l’interdiction d’entrée sur le territoire belge du professeur Piet Paardekooper prononcée par le Ministre de la Justice, Piet Vermeylen ?
Pour ceux qui n’étaient pas nés à cette époque voici les faits :
Petrus Cornelis Jozef Maria (Piet) Paardekooper (Zoeterwoude, 6 novembre 1920 – Snaaskerke (Gistel), 1er mai 2013) était un linguiste néerlandais et aussi un défenseur du Mouvement flamand.
Son intérêt pour la Flandre était né durant ses études de dialectologie à Leuven.
Après la Seconde Guerre mondiale, il étudia les dialectes flamands à Leuven où il fit connaissance avec le Mouvement flamand.
L’auteur flamand André Demedts l’instruisit de la question franco-flamande.
En 1962, Paardekooper donna six conférences pour la radio KRO, rassemblées dans le livre Er zijn geen Belgen (« Il n’y a pas de Belges »), dans lequel il prenait position pour l’unité culturelle entre la Flandre et les Pays-Bas et contre la discrimination des Flamands en Belgique.
Cela conduisit à une vive controverse en Belgique et le ministre belge de la Justice, Piet Vermeylen, lui interdit d’entrer dans le pays.
Une interdiction qui fut révoquée après de vives protestations au sein de la Chambre des représentants belge.
Aucune haine là-dessous !

3) Que Monsieur Faljaoui s’intéresse donc à la fondation flamando-néerlandaise « Stichting Ons Erfdeel vzw » et qu’il choisisse comme livre de chevet « LES PAYS-BAS », Histoire des Pays-Bas du nord et du sud (J.A. Kossmann-Putto & E.H. Kossmann), 1987.
Aucune haine là-dessous !

Et pour sa facilité, il peut cliquer sur le lien ci-dessous :
les pays-bas français – les plats pays
https://les-plats-pays.com/les-pays-bas-francais

4) Pour terminer, que Monsieur Faljaoui se plonge à tête reposée dans la lecture du Plan N (pour Nederland) de Matthias Storme, en 2010 qui répondait au Plan F (pour France) des Mouvements Wallons.
Aucune haine là-dessous ! A moins que la haine ne soit le visage d’un Amour désespéré ?

ZONDAG, NOVEMBER 21, 2010
• Un Plan “N” pour la Flandre (et Bruxelles).
• Un des moyens de chantage régulièrement invoqués ces derniers mois contre les partisans d’une sécession de la Flandre consiste à dire qu’une Flandre qui se séparerait de la Belgique serait automatiquement en dehors de l’Union Européenne et que, si elle voulait en faire partie et bénéficier de ses atouts, elle devrait demander son admission comme état-membre, sous-entendu que les francophones et leurs alliés seraient bien en mesure de créer des conditions draconiennes à une telle accession.

En premier lieu, cette thèse implique que ce qui resterait de la Belgique resterait aussi automatiquement en tant que tel état membre de l’Union, mais on oublie un peu vite que celui qui hérite la Belgique, hérite de ses dettes et sera tenu à la dette entière de la Belgique. En plus, certains juristes font une distinction très spécieuse entre une sécession et une dissolution de la Belgique. Je n’entre pas dans ce débat pour le moment, parce qu’il y a une autre possibilité très intéressante pour la Flandre de se libérer de ce chantage, un Plan “N”.

Le fondement de ce Plan “N” se trouve dans l’article 355 alinéa 3 du TFUE (Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne) combiné avec le Statuut voor het Koninkrijk der nederlanden (Statut du Royaume des Pays-Bas) (1). Ce Statut a été créé par une loi du 28 octobre 1954, modifié plusieurs fois depuis lors, et est reconnu dans les Traités européens.

Ce Statut des Pays-Bas (au pluriel) règle les relations entre les pays “Nederland” – au singulier -, Aruba, Curaçao et Sint-Maarten en tant que quatre pays qui ont convenu de mener une politique étrangère commune et de maintenir une défense commune et une nationalité commune (Nederlanderschap) et de former un royaume sous la maison d’Orange. D’autres matières peuvent être déléguées de commun accord aux institutions communes du royaume (art. 3 du Statut). En d’autres mots, il s’agit d’une confédération entre Nederland et 3 pays plus petits.

La Flandre pourrait également accéder en tant que pays à ce Statut du royaume des Pays-Bas (au pluriel) en gardant toutes les compétences sauf celles qui viennent d’être nommées. On devrait fusionner notre armée avec celle des Pays-Bas et les relations étrangères seraient transférées aux institutions communes du royaume. Et on pourrait bénéficier de notre nationalité naturelle, la néerlandaise.

Une telle accession mettrait directement fin au chantage “Union européenne”. La Flandre continuerait à faire partie intégrante de l’Union européenne en tant que territoire européen faisant partie de la confédération des Pays-Bas. Le statut de Flandre ne se réduirait pas non plus à celui d’Aruba, Curaçao et Sint-Maarten. Ces 3 pays sont membres associés de l’Union européenne en tant que “pays d’outremer” (2), statut par lequel ils font partie du Marché commun mais ne sont pas soumis au droit de l’Union européenne dans tous ses aspects. Puisque la Flandre est un territoire européen et non pas un territoire d’outremer, l’article 355 alinéa 3 du TFUE serait applicable. Cet alinéa dispose que “Les dispositions des traités s’appliquent aux territoires européens dont un État membre assume les relations extérieures”.

Cette solution est également attrayante pour les Pays-Bas: le royaume aurait 6 millions de citoyens supplémentaires et la moitié de son potentiel économique en plus. Le royaume rapprocherait des grands pays auxquels il aimerait être un peu plus égal. Si une majorité des Néerlandais n’exclut même pas une union complète, cette solution intermédiaire trouverait certainement suffisamment de soutien au Nord.

En plus, ce Plan “N” ne serait pas seulement intéressant pour la Flandre, mais également pour Bruxelles. Bruxelles pourrait accéder au Royaume des Pays-Bas en tant que pays à part entière (et non seulement région à part entière) sans déléguer plus de compétences que celles susnommées, sans faire partie de la Flandre, et ayant sa propre voix dans le Royaume. Et une telle accession ne changerait pas le statut linguistique.

Il serait d’ailleurs même pour la Wallonie une bonne idée de réfléchir à une accession au royaume, en tant que pays à part entière évidemment.

Est-ce le scénario idéal pour la Flandre ? Pas à tout les égards, p.ex. parce que cela ne nous donne pas une voix séparée aux délibérations européennes; cela exige en effet une révision des Traités. Mais au moins cette solution nous immunise contre le chantage “franco-belge”.

(1) http://wetten.overheid.nl/BWBR0002154, ou http://nl.wikisource.org/wiki/Statuut_voor_het_Koninkrijk_der_Nederlanden
(2) http://europa.eu/legislation_summaries/development/overseas_countries_territories/index_nl.htm
• Gepost door matthias e storme op zondag, november 21, 2010

Monsieur Faljaoui peut aussi cliquer sur le lien ci-dessous s’il souhaite en savoir plus sur Monsieur Storme:
L’INVITE DU LUNDI: Matthias Storme.: «.La Belgique est …
https://www.lesoir.be/art/l-invite-du-lundi-matthias-storme-la-belgique-est-irrem_t

Bonne lecture à vous tous et particulièrement à Monsieur Faljaoui.

Pays-Bas et plat pays

Selon un sondage publié hier, un Belge sur quatre voudrait qu’on en finisse avec la Belgique, et 45 % souhaiteraient le « confédéralisme » ; en cas d’élection, les Flamands donneraient une majorité absolue aux nationalistes de la N-VA (23,3 %) et du Vlaams Belang (27 %). Dans ce contexte, le plus inquiétant n’est pas d’envisager « l’après-Belgique », mais de refuser de le faire. On sait ce qu’il en est du côté francophone. En Flandre, une carte blanche a fait resurgir la question du rattachement aux Pays-Bas et, commentant cette option dans une chronique du Trends, Amid Faljaoui a haussé les épaules en faisant part de son incrédulité.

Au nom de la Belgique, la Flandre est pourtant déjà occupée à retisser des liens que la révolution belge avait rompus. C’est qu’en 1830, la création d’une Belgique indépendante était loin d’être évidente : même dans les 2 % de la population qui ont pu s’exprimer par un vote, beaucoup ne voulaient pas se séparer des Pays-Bas (surtout en Flandre) et beaucoup ne pensaient qu’à retourner en France (surtout en Wallonie). L’« orangisme » a toujours été une tendance du mouvement flamand, au minimum sous la forme de relations privilégiées avec les « cousins » du Nord. Le plus dommageable, pour des Wallons qui font partie de « l’espace » français, serait de suivre aveuglément la Flandre dans sa volonté de rapprochement avec les Pays-Bas, car on ne voit pas comment la Wallonie pourrait devenir autre chose qu’un « hinterland » sous domination néerlandophone, avec le risque de connaître une situation comparable à celle de… la Flandre au XIXe siècle (à la différence que les Flamands ont toujours été majoritaires en Belgique et que leur passé glorieux a été chanté par les thuriféraires de l’identité « belge »). 

Nous reprenons ici la chronique d’Amid Faljaoui, suivi d’une réaction de Cédric Chopin, qui est français… et membre de l’AWF.

Et si la Flandre se rattachait aux Pays-Bas ?

Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.

Et si la Flandre se rattachait aux Pays-Bas ? C’est la thèse d’un économiste flamand.

En cette veille de week-end, on a enfin l’impression qu’on arrivera à former un gouvernement fédéral. Pour notre Belgique, on pourra dire qu’il était grand temps. Les personnes les plus impatientes sont souvent au nord du pays.

L’un d’eux, Peter De Keyser, ancien économiste en chef de la première banque de Belgique, a décidé de se lancer à son compte et a donc créé une société spécialisée dans la communication financière.

Et sa dernière idée est une bombe, il plaide pour la Flandre soit rattachée aux Pays-Bas. Pourquoi les Pays-Bas ? Parce qu’il y a un lien historique entre les deux régions, parce que les Pays-Bas font mieux que nous sur la plupart des critères socio-économiques que l’on peut choisir. Et puis aussi, parce que Peter De Keyser semble accréditer la thèse que la Flandre ne reçoit pas son juste dû de la Belgique et que les prochains impôts seront payés à 80% par les Flamands.

Bref, selon lui, si la Belgique ne marche pas, pourquoi ne pas essayer les Pays-Bas ? Cette opinion, Peter De Keyser ne l’a pas donnée dans un dîner privé, mais l’a rédigée pour le journal économique TIJD, c’est-à-dire pour le quotidien lu par tous les patrons flamands.

En tant que francophone, j’ai été étonné de cette soudaine envie de rattachement avec les Pays-Bas. J’en ai parlé à quelques patrons flamands et donc ça n’a aucune valeur de sondage, mais je dirais que les plus francophones de ceux que j’ai pu avoir au téléphone sont horrifiés par le message et disent qu’ils iront se réfugier à Bruxelles. Et puis, d’autres, plus nombreux, disent qu’ils en ont marre de la situation de blocage actuelle, car même s’ils restent attachés à la Belgique, ils estiment que nous sommes la risée du monde et que ce pays devient ingouvernable. Bref, que cela nuit à leur business car des décisions ne sont pas prises.

J’entends bien le message, mais en tant qu’observateur subjectif, je me dois aussi de poser la question à l’auteur de cette carte blanche dans le TIJD : en tant que Flamand, vaut-il mieux être majoritaire en Belgique ou minoritaire aux Pays-Bas ? Je ne dois pas mener une enquête approfondie pour constater que les principaux rouages économiques et sociaux fédéraux sont aux mains de managers néerlandophones. Très largement, et bien au-delà de la représentativité démographique du nord du pays.

Et puis, la plupart de mes amis néerlandophones me confirment qu’entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. Donc, je n’ai pas vraiment compris l’utilité de cette carte blanche. Et vous ?

La réaction de Cédric Chopin

Voilà un article qui brise un tabou !

Ce Monsieur Peter De Keyser a le mérite de briser le consensus, non seulement belge, mais également flamand.

Non, le confédéralisme et l’indépendance ne sont pas les seules options possibles : l’option « thioise-orangiste » en est une autre !

Bien sûr, il y a une part d’exaspération et de provocation, face à une situation politique fédérale stagnante (mais le déblocage semble avoir débuté, suite au revirement des chrétiens-démocrates flamands).

L’article paru dans De Tijd a-t-il été traduit en français ? Cela permettrait d’aller à la source plus facilement.

Cependant, Amid Fadjaoui (chroniqueur que j’entends parfois sur Classic 21) reprend un certain nombre de clichés, sans doute pour minimiser la portée de la thèse de De Keyser :

« (…) vaut-il mieux être majoritaire en Belgique, ou minoritaire aux Pays-Bas ? ».

S’il est vrai que les décideurs flamands contrôlent de facto la Belgique, cette dernière peut également être vue comme un obstacle aux projets politiques et économiques flamands (cf. la question centrale des transferts financiers nord-sud, souligné par De Keyser).

De plus, et je fais là référence au projet de Mathias STORME (que j’évoque dans mon texte sur la question) : le « plan N ».

Ce juriste proche de la NVA prend appui sur le droit constitutionnel néerlandais, qui prévoit la possibilité de créer des territoires à statut particulier, rattachés à la couronne et à l’état néerlandais, mais pouvant bénéficier d’une autonomie interne (comme les Antilles néerlandaises). Loin d’avoir une diminution de son autonomie, la Flandre pourrait au contraire gagner sur tous les tableaux !

– « entre Flamands et Néerlandais, ce n’est pas le grand amour mais souvent le mépris réciproque. »

Je renvoie de nouveau à mon propre texte : c’est exactement le même type d’argument (en petite partie fondé, en très grande partie fallacieux) qui est invoqué, par les tenants de la Belgique à tout prix, pour « démontrer » l’incompatibilité entre la Wallonie et la France, qui rendrait la réunion impossible !

Je pense avoir au contraire montré que les points communs, entre la Flandre et les Pays-Bas, sont beaucoup plus nombreux que les différences, et que ces dernières, au demeurant, se sont largement estompées ces dernières décennies.

Cette relation d' »amour-haine » n’est pas plus marquée que celle qui peut exister, en France, entre Paris et « la Province », ou entre Paris et Marseille… Cela relève du cliché, et ce n’est pas un élément d’opposition « structurant ».

S’il s’agit réellement des seuls obstacles pouvant être invoqués, alors la thèse « thioise-orangiste » vient de gagner d’un seul coup plusieurs échelons de crédibilité !!

L’ère post-belge a commencé

Par Jules Gheude

Le blocage total que connaît actuellement la Belgique, ne peut que réjouir Bart De Wever. Dans la mesure où la preuve est désormais apportée que la Belgique est ingouvernable, rien ni personne ne peut s’opposer à ce que le Parlement flamand, fort de sa légitimité démocratique, proclame unilatéralement l’indépendance de la Flandre.

D’aucuns tirent argument du problème catalan pour souligner le caractère anticonstitutionnel, hors-la-loi, d’un tel scénario. Mais les deux situations ne sont en rien comparables.

La Catalogne ne représente que 1/15e du territoire espagnol. En partant, elle ne met pas fin à l’Espagne ni au pouvoir en place à Madrid, qui peut évidemment s’opposer à sa reconnaissance. Si la Flandre largue les amarres, c’est la déstabilisation complète de la Belgique et… l’absence de tout pouvoir à Bruxelles pour réagir. L’Union européenne ne pourrait qu’acter la chose. Un pays incapable de se trouver un gouvernement est un pays qui n’existe plus. Sa disparition entraîne de facto celle de sa Constitution et de son corpus juridico-législatif.

D’autres soutiennent que le sentiment séparatiste en Flandre ne concerne en fait qu’une minorité de la population. Pas plus de 16%. Mais les citoyens ne sont-ils pas censés voter en toute connaissance de cause ? Selon les derniers sondages, plus de 47% se prononcent en faveur de la N-VA et du Vlaams Belang, formations ouvertement indépendantistes. Le jour où leurs élus constitueront la majorité absolue au sein du Parlement flamand, ils auront toute latitude pour prendre leurs responsabilités. Il sera alors trop tard, pour certains électeurs, de s’indigner en disant : « Ce n’est pas ce que nous voulions ! ».

S’affirmer belgicain, penser qu’il est encore possible de « donner un avenir » à la Belgique relève d’un aveuglement total. Un bref rappel historique s’impose ici.

Le Royaume de Belgique naquit en 1830 de la volonté des grandes puissances européennes de l’époque, l’Angleterre notamment, pour faire barrage à la France. Les populations concernées n’eurent pas voix au chapitre. Le Congrès national belge fut le fruit d’un vote d’à peine 2% de la population. Quant au choix du souverain, il nous fut imposé par Londres.

Dès les premières années d’existence du pays, un Mouvement populaire flamand vit le jour, afin de s’insurger contre le sort fait à la langue et à la culture flamandes. De nature romantico-littéraire à ses débuts, il ne tarda pas à acquérir une dimension sociale et politique.

Au terme d’un combat de nombreuses décennies, les premières lois linguistiques furent acquises et la Flandre finit par obtenir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique belge.

Tout cela laissa des traces durables, comme on put le constater lors des deux conflits mondiaux du 20e siècle. Il en résulta, en tout cas, au Nord du pays, un sentiment collectif et puissant d’appartenance, transcendant les clivages politiques, et qui finira par déboucher sur le concept de Nation.

Sous sa forme unitaire, le Royaume de Belgique ne parvint pas à souder les Communautés belges de façon harmonieuse. La question royale et la guerre scolaire virent s’entre-déchirer le Nord et le Sud. La fixation de la frontière linguistique, en 1962, afficha clairement la dualité du pays. Quant au « Walen buiten » de Louvain, en 1968, il entraîna la scission du parti social-chrétien en deux ailes linguistiques (les libéraux et les socialistes suivront le mouvement, respectivement en 1972 et 1979).

Après de longues années de palabres, la Constitution belge finit par intégrer une Belgique fédérale, composée des Régions et des Communautés.

Mais dès cette époque, le ministre-président flamand Luc Van den Brande, lança l’idée d’un confédéralisme à deux Etats, Flandre et Wallonie, avec cogestion de Bruxelles. Cela fut repris dans les cinq résolutions votées par le Parlement flamand en 1999. Cela est aujourd’hui au cœur du débat politique.

Echec de la Belgique fédérale, après celui de la Belgique unitaire…

En habile stratège, Bart De Wever vient d’amener Paul Magnette à dévoiler ses cartes en matière institutionnelle. On sait désormais que le président du PS est disposé à accentuer le démantèlement de la Belgique, en échange de liards accordés à la Wallonie.

L’option confédéraliste ne peut toutefois sauver le Royaume. Réduit à sa plus simple expression, l’échelon belge central ne tarderait pas à être jugé superflu par la Flandre. Pour Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, le modèle idéal est celui où il n’y aurait plus d’élections belges… Bye bye Belgique !

Il importe désormais que les responsables wallons, bruxellois et germanophones se préparent à affronter l’ère post-belge.

Depuis 2010, le Gewif (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France) approfondit le scénario d’une Wallonie intégrée à la France, tel qu’il fut présenté par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, lors des Etats généraux de Wallonie du 9 mai 2009. Un scénario qui aurait le mérite de préserver, dans ses grandes lignes, l’héritage juridique belge et d’offrir à la Wallonie un statut particulier qui sauvegarderait ses acquis.

Cette formule prend pleinement en compte le fait que l’Etat français n’est plus un Etat jacobin, centralisé, autoritaire et uniforme, comme tant de commentateurs mal intentionnés essaient de le faire croire aux Wallons.

La Constitution française autorise, par son article 72, des statuts particuliers pour certains de ses territoires. En métropole, seule, présentement, la Corse bénéficie d’un tel statut (et aussi, mais avec une portée moindre, la Région d’Ile de France). Notons ici que les Corses ont rejeté, en 2003, une réforme renforçant l’autodétermination de leur région.

En outre, la Constitution prévoit explicitement une différenciation des statuts des collectivités territoriales d’outre-mer, pour tenir compte des spécificités de chacune, avec la possibilité de larges transferts de compétences de l’Etat (articles 73 et 74). Dès lors, une très grande variété de statuts est possible, qui vont du droit commun aménagé à de véritables statuts d’autonomie. C’est ainsi le cas en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, ce qui signifie non seulement des pouvoirs locaux plus puissants et pour lesquels les termes de parlement, gouvernement, ministre sont d’usage, mais aussi des corpus juridiques distincts, qui peuvent concerner de nombreux domaines du droit, tant du droit public que du droit privé, régis par les lois locales (« lois de pays ») et des règlements locaux (exemple : le code civil polynésien est largement distinct du code civil français de droit commun). L’Etat français n’exerce donc pour ces territoires autonomes qu’une compétence d’attribution pour des matières expressément réservées.

Il est donc évident que la République française a les aptitudes et les capacités nécessaires à proposer et à faire vivre en son sein un statut propre pour la Wallonie. Comme l’explique le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » qui contiendrait une mini-constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre- mer).

Concrètement, cela signifie que la législation et les institutions wallonnes, qu’elles soient régionales, provinciales et municipales, pourront être intégralement conservées. Les compétences actuelles de la Région wallonne seront également maintenues, avec de rares exceptions comme, par exemple, l’octroi des licences de vente d’armes. Elles seront même enrichies de la plupart des compétences exercées aujourd’hui par la Communauté française, notamment l’enseignement.

Pour ce qui est de l’enseignement, précisément, il restera de cadre juridique inchangé au jour J de l’intégration. Mais rien n’empêche que des convergences puissent advenir ultérieurement. Si, par exemple, une demande wallonne s’exprimait pour un régime de baccalauréat, elle pourrait se concrétiser via un double changement législatif, en droit wallon obligatoirement et en droit commun français si nécessaire. En fait, ce raisonnement logico-juridique vaudra pour l’ensemble des matières de compétence wallonne.

Le statut des élus wallons ainsi que les règles électorales resteront intacts. Rien n’exclut cependant des négociations ultérieures avec Paris, dans une logique de donnant-donnant.

Point capital pour la Wallonie : son financement est garanti, puisque l’Etat français reprend à son compte les transferts actuels en provenance de Flandre (quelque 7 milliards d’euros).

Pour ce qui est du droit fédéral et des institutions fédérales, coupées en deux avec la partition du pays, ils relèveront de la compétence de l’Etat français. Une partie sera abandonnée le jour J (ex : diplomatie, armées, droit de la nationalité et de l’immigration…), une autre le sera plus tard (ex : institutions et procédures judiciaires). Tout le reste est conservé pour une durée indéterminée (notamment le droit et les institutions de la sécurité sociale), sauf négociations, dans une logique de donnant-donnant ou de simple convergence souhaitée de part et d’autre.

Prenons le cas précis de la Justice. L’essentiel pourra être conservé, sauf contradictions pénales. Certains problèmes seront soumis, au fil de l’eau, au Conseil constitutionnel par la voie de la question préjudicielle de constitutionnalité, s’ils n’ont pas été traités en amont, lors de l’adoption du cadre d’intégration de la Wallonie. Ce cadre devra préciser, si besoin, en quoi il déroge au cadre constitutionnel de droit commun, aux principes généraux du droit français, etc.

La situation des ex-corps fédéraux sera envisagée secteur par secteur, mais l’intégration dans les corps homologues français devrait se faire sans licenciements, avec indemnité compensatoire si nécessaire, comme c’est la règle, et obligation éventuelle de mobilité géographique ou fonctionnelle.

Les élus « nationaux belges » deviendront des élus « nationaux français » et relèveront donc complètement du Droit français, en ce compris les règles électorales.

Mais pas de quoi s’inquiéter à cet égard. La France compte 925 élus nationaux (sénateurs et députés) pour 67 millions d’habitants. Les 11 collectivités d’outre-mer sont très surreprésentées. Pour les 3,6 millions de Wallons, cela donnerait 5%, soit 40/45 élus nationaux. Certes, il y a ce projet d’Emmanuel Macron visant à réduire de 20% l’effectif des élus nationaux. Mais cela resterait néanmoins très correct !

Que répondre à ceux qui affirment que les Wallons ne sont pas favorables à l’option réunioniste ?

Il n’est pas sans intérêt de comparer l’évolution de la Wallonie avec celle de la Savoie et de Nice.

En 1860, les Savoyards et les Niçois choisirent de quitter le Royaume du Piémont et la Maison royale de Savoie, auxquels ils avaient été fidèles durant plus d’un millénaire. Il n’y avait aucun consensus au départ. La période 1858-1860 se caractérisa par l’hésitation des élites et des populations concernées.

La France de 1860, unifiée, forte, prospère, aux institutions stables, à la culture identique ou proche, aux mœurs connues, parut finalement plus accessible aux Savoyards et aux Niçois que l’Italie, à l’unification territoriale inachevée, aux populations étrangères, à l’avenir économique incertain, et qui menaçait directement les intérêts de l’Eglise.

Il revenait donc à l’Etat français de rassurer et de séduire les intéressés. Dans la mesure où ceux-ci ne demandaient pas un régime politique et administratif particulier – les deux pays avaient déjà relevé du cadre français à peine quarante-cinq plus tôt -, les choses se déroulèrent de manière aisée. L’Etat français put ainsi garantir des conditions d’intégration favorables aux catégories d’intérêts en cause.

Les populations savoyarde et niçoise furent ensuite invitées à se prononcer séparément – une première en Europe – pour valider le transfert pacifique d’un territoire d’un Etat à un autre. Validation obtenue à 99%.

On le voit, entre la Savoie et Nice d’une part et la Wallonie d’autre part, nombre de similitudes s’imposent, tant dans les situations héritées du passé que dans les évolutions subies conduisant à la remise en cause d’une appartenance étatique pour lui en substituer une autre.

De même que l’Etat français fut hier le nouvel Etat apte à accueillir les Savoyards et les Niçois, devenus des étrangers au sein de l’Etat-nation italien en devenir, il peut être demain celui dont auront besoin les Wallons lorsque l’émergence d’un Etat-nation flamand aura entraîné la désintégration du Royaume de Belgique.

Au milieu de nulle part

Par VALMY

Quelles sont les options qui se présentent au duo De Wever-Magnette en ce 8 août 2020 ?

Option 1 : Une nouvelle invitation serait envoyée aux libéraux.

Option 2 : la remise en selle d’un autre parti.

Option 3 : un gouvernement de “courte” durée avec un programme “limité”, centré sur l’après-corona et la crise économique qui s’annonce.

Option 4 : mettre sur pied un gouvernement minoritaire, avec les 5 partis en négociation. Cette “bulle de 5” dispose de 69 sièges. Elle devrait aller chercher l’appoint au Parlement pour chaque décision.

Mais est-ce jouable face aux défis qui s’accumulent ?

Oui, le Vlaams Belang compte 18 députés dans l’opposition. Cela signifie, pour les votes à caractère institutionnel, une majorité de 69 + 18 soit 87 députés.

Cela semble jouable pour la NVA qui peut ainsi exercer un sérieux chantage à l’encontre des Wallons, comme Monsieur Bouchez et consorts, toujours englués dans la nasse du royaume de Belgique.

Pour les partis flamands, cela leur permet d’affirmer hypocritement qu’ils ne gouvernent pas avec le VB mais qu’ils ne peuvent l’empêcher de voter les lois, surtout celles profitables à la Flandre.

Nous vivons en démocratie, n’est-ce pas !

Quant au PS, il pourra compter sur les verts et le PTB pour voter les lois sociales. Mais uniquement les lois sociales accordées par la Flandre au PS au cours du donnant-donnant préalable au « confédéralisme ». Ces lois sociales profiteront aussi aux Flamands.

Pour Monsieur Bouchez qui semble accorder du crédit aux paroles du VLD, il ne faut pas oublier que dans ce parti « uni » au MR, les parlementaires nationalistes soutiendront toutes les lois profitables à la Flandre que cela plaise ou non à leur président Monsieur Lachaert.

Option 5. Personne ne se souhaite les élections. Pourtant tous y vont à grands pas. Excepté que la NVA pourra se lancer en campagne en se targuant d’avoir concocté avec le PS la mise sur pied du confédéralisme !

Il ne s’agissait pas d’un poker menteur, la Flandre détient toutes les bonnes cartes depuis 1960 !

B Plus ou le refus de voir la réalité

Par Jules Gheude

C’est avec grand intérêt que j’ai pris connaissance de la carte blanche de Frédéric Amez, Vice-président de B Plus, publiée sur « Le Vif », ce 27 juillet (https://www.levif.be/actualite/belgique/fin-imminente-de-la-belgique-le-reve-et-la-realite-carte-blanche/article-opinion-1314123.html)

Selon M. Awez, la crise que traverse actuellement la Belgique n’a rien d’inédit et il est excessif d’en tirer argument pour convaincre l’opinion publique wallonne qu’il ne sert à rien de compter sur l’avenir de la Belgique.

Je ne souhaite pas refaire ici l’historique du Royaume de Belgique. Je rappellerai tout simplement qu’il naquit en 1830 de la volonté des grandes puissances européennes de l’époque, l’Angleterre notamment, pour faire barrage à la France. Les populations concernées n’eurent pas voix au chapitre. Le Congrès national belge fut le fruit d’un vote d’à peine 2% de la population. Quant au choix du souverain, il nous fut imposé par Londres.

Dès les premières années d’existence du pays, un Mouvement populaire flamand vit le jour, afin de s’insurger contre le sort fait à la langue et à la culture flamandes. De nature romantico-littéraire à ses débuts, il ne tarda pas à acquérir une dimension sociale et politique.

Au terme d’un combat de nombreuses décennies, les premières lois linguistiques furent acquises et la Flandre finit par obtenir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique belge.

Tout cela laissa des traces durables, comme on put le constater lors des deux conflits mondiaux du 20e siècle. Il en résulta, en tout cas, au Nord du pays, un sentiment collectif et puissant d’appartenance, transcendant les clivages politiques, et qui finira par déboucher sur le concept de Nation.

Sous sa forme unitaire, le Royaume de Belgique ne parvint pas à souder les Communautés belges de façon harmonieuse. La question royale et la guerre scolaire virent s’entre-déchirer le Nord et le Sud.  La fixation de la frontière linguistique, en 1962, afficha clairement la dualité du pays. Quant au « Walen buiten » de Louvain, en 1968, il entraîna la scission du parti social-chrétien en deux ailes linguistiques (les libéraux et les socialistes suivront le mouvement, respectivement en 1972 et 1979).

Après de longues années de palabres, la Constitution belge finit par intégrer une Belgique fédérale, composée des Régions et des Communautés.

Mais dès cette époque, le ministre-président flamand Luc Van den Brande lança l’idée d’un confédéralisme à deux Etats, Flandre et Wallonie, avec cogestion de Bruxelles. Cela fut repris dans les cinq résolutions votées par le Parlement flamand en 1999. Cela est aujourd’hui au cœur du débat politique.

Echec de la Belgique fédérale, après celui de la Belgique unitaire…

C’est ce que M. Amez résume par cette phrase : Force est de constater que, de crise en crise, la Belgique malmenée, réformée, rafistolée d’une manière pas toujours très heureuse, est toujours là.

Certes, elle est toujours là. Mais, depuis décembre 2018, elle ne parvient pas à se trouver un gouvernement de plein exercice pour la gérer.

Contrairement à ce que pense M. Amez, la crise actuelle n’est pas politique. Elle est bien existentielle, dans la mesure où l’existence d’une Nation flamande s’avère inconciliable avec le maintien du royaume.

M. Amez se plaît à rappeler que seule une minorité de Flamands souhaitent la scission de la Belgique. Il cite le chiffre de 16%. Il doit cependant savoir que les électeurs sont censés voter en connaissance de cause. Selon les derniers sondages, plus de 47%  se prononcent en faveur de la N-VA et du Vlaams Belang, formations ouvertement indépendantistes. Le jour où leurs élus constitueront la majorité absolue au sein du Parlement flamand, ils auront toute légitimité démocratique pour proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Il sera alors trop tard, pour certains électeurs, de s’indigner en disant : « Ce n’est pas pour ce que nous voulions ! ».

M. Amez dénie au Parlement flamand cette légitimité démocratique et cite le cas de la Catalogne. Mais les deux situations ne sont en rien comparables.

La Catalogne ne représente que 1/15e du territoire espagnol. En partant, elle ne met pas fin à l’Espagne ni au pouvoir en place à Madrid, qui peut évidemment s’opposer à sa reconnaissance.

Si la Flandre largue les amarres, c’est la déstabilisation complète de la Belgique et… l’absence de tout pouvoir à Bruxelles pour réagir. L’Union européenne ne pourrait qu’acter la chose.

M. Amez souligne qu’une telle décision serait si manifestement inconstitutionnelle que l’assemblée se mettrait irrévocablement hors-la-loi, préférant la révolution à l’Etat de droit. Mais qu’est-ce qu’un Etat qui ne parvient plus à constituer un gouvernement, si ce n’est un Etat qui n’existe plus ?

Je remercie M. Amez de citer François Perin. Avec la lucidité et la clairvoyance qui le caractérisaient, celui-ci avait annoncé, dès 1981, l’évolution actuelle : A un moment donné, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable. La Belgique peut disparaître par implosion. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Ne sommes-nous pas arrivés à stade ?

Lors de la crise de 2010-2011, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait jugé la situation belge suffisamment inquiétante pour dépêcher deux de ses membres à Bruxelles. Dans leur rapport, ceux-ci constatèrent que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins probable.

B Plus n’est-elle pas dans le rêve en  plaidant pour une Belgique rénovée, fédérale et solidaire. Pour M. Amez, cela peut passer notamment par une refédéralisation de certaines compétences, notamment en matière de soins de santé. Mais les ténors du CD&V et de la N-VA ont déjà clairement fait savoir qu’il ne pouvait être question de remettre le dentifrice dans le tube. On connaît la formule : ce que la Flandre fait elle-même, elle le fait mieux.

Quant à une réforme qui consisterait à bâtir la Belgique sur quatre régions, elle s’avère chimérique quand on connaît l’aversion que la Flandre a toujours eue pour Bruxelles, région à part entière.

Je n’ai jamais tenu de discours hostile à l’égard de la Flandre. Au contraire, je me suis toujours efforcé de comprendre sa sensibilité profonde. Voilà plus de quarante ans que je lis quotidiennement la presse flamande et je suis régulièrement invité à donner des conférences (je le fais en néerlandais !) au Nord du pays. J’y suis toujours accueilli avec cordialité et respect. 

En ce qui concerne le sujet réunioniste, il ne s’agit nullement d’une obsession dans mon chef. Mon souci est de réfléchir au meilleur scénario post-belge pour la Wallonie, le jour où nous serons confrontés à l’inéluctable.

Au terme d’études approfondies, qui ont été publiées et que l’on peut consulter sur la toile, seule l’option d’une intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier, paraît de nature à garantir un avenir pérenne à la population wallonne.

M. Amez brocarde ce scénario. La Wallonie n’a aucun lien historique avec la République française, affirme-t-il. Et de parler de l’une ou l’autre spéculation sur la possibilité pour le droit constitutionnel français d’accueillir la Wallonie au sein de la République française tout en lui accordant une autonomie relative.

Je laisserai à l’historien namurois Félix Rousseau le soin de répondre au premier point : Dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Notons au passage que M. Amez plaide pour un investissement dans l’apprentissage du néerlandais afin d’apprendre aux jeunes Wallons à connaître et apprécier comme il se doit leurs compatriotes du Nord. Apprendre le néerlandais, donc, pour « rester » avec la Flandre. Mais le fait que le français soit notre mode d’expression et de pensée depuis le XIIIe siècle ne nous « lie » en rien à la France…

Pour ce qui est du scénario « intégration-autonomie », je tiens à fournir à M. Amez les éléments suivants.

Ce scénario fut présenté par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, lors des Etats généraux de Wallonie qui se sont tenus à Liège, le 9 mai 2009.

Pour l’intéressé, il s’agit de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci, tout en garantissant, par l’exercice de la solidarité financière nationale, l’équivalence des services publics et des systèmes sociaux. Entité régionale maintenue, la Wallonie conserverait ainsi ses organes d’auto-administration actuels. Ses compétences seraient maintenues et même élargies à celles exercées actuellement par la Communauté française, qui aurait de facto cessé d’exister. Quant au droit ex-fédéral belge, conservé, sauf exceptions, il se trouverait placé sous la responsabilité du législateur français.

Certes, il faudrait bien rendre des comptes à l’État central français, qui s’arroge en particulier le pilotage et le contrôle des dépenses sociales et qui veille à un traitement équitable des populations tant en matière de prestations reçues que d’impôts et cotisations prélevés. On peut donc présager que l’État français poserait comme préalable à l’effort pérenne de solidarité nationale l’engagement des responsables wallons sur des réformes susceptibles d’aboutir à une diminution progressive ou, à tout le moins, à une stabilisation des concours financiers en cause. Pour autant, cette exigence légitime de rigueur, qui devrait satisfaire les Wallons qui attendent plus d’efficacité de la part de leurs institutions, ne remettrait jamais en cause l’existence même des services publics et des prises en charge sociales en Wallonie, ainsi que leur équivalence avec les services et prestations assurés sur le reste du territoire français. Loin de perdre leurs acquis, représentatifs de ce qu’ils sont et résultat de leur histoire et de leurs luttes, les Wallons pourraient donc les conserver et mieux les faire fructifier au sein de l’État français.

Comment, pratiquement, les choses pourraient-elles se concrétiser ?

Lorsqu’il sera devenu pour tout le monde évident que les carottes belges sont cuites, les autorités wallonnes – après avoir écarté les options jugées irréalistes et financièrement non viables – négocieront avec Paris un cadre d’intégration, basé sur une grande autonomie. Une fois que les parties concernées se seront mises d’accord sur un projet, celui-ci sera soumis à un référendum, tant en France qu’en Wallonie. Rien ne sera donc imposé.

Une fois que les populations auront accepté cette « intégration-autonomie », c’est à la France qu’il reviendra de négocier avec la Flandre les modalités pratiques de la partition.

Aujourd’hui, la Wallonie coûte chaque année quelque 7 milliards d’euros à la Flandre. Mais le maintien du cadre belge est aussi fondé sur l’extinction progressive de ces transferts, alors que le cadre français garantira toujours aux Wallons le maintien, à parité égale, des services publics et des prestations sociales avec ceux de la République.

Certes, explique Jacques Lenain, il y aura un impact financier, mais pas de quoi inquiéter Bercy : cela coûtera moins cher que la suppression de la taxe d’habitation.

Pour ce qui est de la reprise de la part wallonne de la dette belge, Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège, précise : Le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

Jacques Lenain a soumis son projet au constitutionnaliste français Didier Maus, qui en a confirmé la faisabilité (http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais) : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial “De la Wallonie” qui contiendrait une mini-Constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-Constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme en Outre- mer).

M. Amez parle encore de la scission présentée comme subie. Que fait un couple quand il ne parvient plus à s’entendre ? Il se sépare. Soit d’un commun accord, comme la Tchéquie et la Slovaquie l’ont fait, soit de la volonté d’un seul conjoint. Si le blocage belge persiste, soit le partenaire flamand, après l’avoir constaté, en tire seul les conséquences et décide de suivre son propre destin, soit les Flamands et francophones se mettent ensemble autour de la table pour acter la séparation et en discuter sereinement les modalités pratiques.

Dans la préface à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols, 2007), feu Xavier Mabille, président du CRISP, a toutefois tenu à rappeler ce principe essentiel : La Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles.

Véritable histoire d’un pays imaginaire

Après les réjouissances du 21 juillet, l’actualité sommeille, en principe, et la rédaction du Vif/l’Express s’octroie une semaine de congé. C’est l’occasion de revenir sur la dernière édition du magazine, datée du 16 juillet.

Le royaume de Belgique y est à l’honneur dans un dossier qui, sur un ton plutôt léger, le questionne et le déshabille : La Belgique aura-t-elle un jour 200 ans ?  Plus de vingt pages pour célébrer la fête nationale avec tout ce qu’il faut de pertinence et d’impertinence, sans flonflon patriotique ni feu d’artifice (et le coronavirus n’y est pour rien).  Alors que ce pays s’essouffle à chercher l’impossible équilibre dont il a besoin pour marcher, l’identité belge est chatouillée par la plume, entre autres, de Nicolas De Decker.

Pour se débarrasser d’une mythologie devenue encombrante et se raccrocher à la réalité d’un pays pas si réel que ça, l’inspiration critique est salutaire, indispensable même. Que l’on en juge par ces définitions tirées de « nos 190 ans en 50 mots » :

CANAL

On en creusa beaucoup, des canaux, au XIXe siècle, pour rapprocher de la mer le charbon et l’acier wallons. Depuis Charleroi, le Centre, Liège, tous les canaux mènent à Anvers, où l’on trouvait toujours que l’Etat, français, puis hollandais, puis belge, n’investissait pas assez d’argent public dans ces coûteux creusements et ces dispendieux élargissements. Mais il n’y a plus de charbon ni d’acier wallon, et depuis Anvers désormais, l’on trouve que ces creusements et ces élargissements auront coûté beaucoup trop d’argent public.

CHARBON

Combustible très solide. On en extrayait beaucoup en Wallonie, plus que partout ailleurs en Europe continentale, et plus qu’en Flandre, où l’on n’en extrayait pas. On a commencé à en extraire un peu en Flandre, à partir du début du XXe siècle, tout près d’Anvers, puis beaucoup, et petit à petit on a arrêté d’en extraire en Wallonie. Il n’y a plus de mines en Belgique, et pratiquement plus d’anciens mineurs en Wallonie, mais la Belgique a tout récemment décidé d’augmenter, avec effet rétroactif, les pensions des anciens mineurs, qui sont pratiquement tous flamands, et souvent très solides.

COMPROMIS

(…) Consiste à trouver un accord entre deux parties pas d’accord sur la nécessité de trouver un accord sur ce avec quoi seule une des deux parties n’est plus d’accord. Et à la fin, c’est la Flandre qui gagne. (En deux mots, et avec un changement de lettre, ça marche aussi, donc.)

Pour se faire une idée plus complète de ce dossier aux allures de « véritable histoire d’un pays imaginaire », en voici les deux premières pages :

Wallonie, réveille-toi !

Par André Dumont

Les déclarations incisives des leaders flamands lors de la célébration de leur fête nationale, le 11 juillet dernier, confirment l’arrivée à son terme de la confrontation communautaire Wallonie-Flandre engagée depuis 1830.

Il est de plus en plus évident que la Flandre est proche de son autonomie. Cette perspective devrait inciter les Wallons à se préoccuper d’urgence de l’avenir de leur région, aujourd’hui plongée dans une situation financière et économique alarmante.

Sous la houlette du Ministre Président wallon, Monsieur Elio Di Rupo, belgicain déclaré, la Wallonie accepte la mainmise financière de la Flandre sur ses forêts, ses terres agricoles, ses hôtels, ses résidences et ses industries : Durbuy, Pairi-Daiza, tout autant que le village flamand des Barrages de l’Eau d’Heure ne sont que la face visible d’une occupation réfléchie et méthodique de notre région.

Monsieur Elio Di Rupo ignore l’identité wallonne, il s’en tient à l’histoire belge du professeur Henri Pirenne. Il n’ignore pas que parmi ses prédécesseurs, Guy Spitaels, Jean-Claude Van Cauwenbergh et Robert Collignon n’ont pas manqué de déclarer la Belgique ingouvernable à l’issue de leur mandat présidentiel. Paul Magnette a identifié la Wallonie en Europe en refusant de signer l’accord économique et commercial, le CETA. Mais devenu Président du Parti Socialiste, il a envisagé une entente avec le Président de la SPA, Conner Rousseau, pour faire un gouvernement avec la NVA sans ignorer pourtant le partenariat NVA-SPA de la Ville d’Anvers. Rappelé à l’ordre par ses militants, il est rentré dans le rang où le silence est d’or. Il a laissé la parole au sémillant Président du MR, Pierre-Henri Bouchez, qui ne cesse d’affirmer sa ligne belgicaine et qui a proposé de refédérer les partis du Nord et du Sud scindés depuis 1970 ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?…

La Wallonie ne manque pas d’atouts économiques : ses laboratoires de recherches, ses industries, ses voies de communication routières, ferroviaires et fluviales, ses aéroports et surtout ses ressources naturelles : la pierre, le bois et l’eau. Mais ces dernières sont valorisées par la Flandre. La pierre de nos carrières est utilisée pour endiguer les marées montantes, les meubles fabriqués à Malines sont faits du bois de nos Ardennes et l’eau de nos nappes phréatiques alimente à prix coûtant les consommateurs flamands.

Les administrateurs fédéraux sont en majorité flamands, ce qui est logique considérant nos populations respectives. Ce qui l’est moins, c’est notamment le RER terminé en Flandre, les travaux d’infrastructures portuaires de Zeebrugge et d’Anvers ainsi que l’aménagement de l’aéroport de Zaventem à charge du budget fédéral. Nos députés et sénateurs wallons en sont très conscients mais, préoccupés par leur réélection, ils se gardent d’intervenir pour éviter de provoquer une élection anticipée les privant de leurs mandats. En face de l’impérialisme flamand, un seul a donné sa démission : le sénateur François Perin.

Très soucieux de nos deniers publics, nos mandataires entretiennent sept ministres sans la Fédération Wallonie-Bruxelles, absolument inutile, ces compétences pouvant être reprises par la Région Wallonne du jour au lendemain. En fait, cette Fédération sans revenus fiscaux et non élue est une aberration coûteuse.

Bruxelles, capitale de la Flandre, n’a jamais revendiqué son appartenance à la francophonie. Aujourd’hui multilingue, c’est désormais l’anglais qui y est utilisé comme langue véhiculaire. Bruxelles n’a jamais été solidaire de la Wallonie. Quand celle-ci était prospère, les administrateurs wallons et bruxellois de nos industries se trouvaient à la Société Générale de Banque à Bruxelles pour partager les bénéfices. Quand celle-ci a disparu, ils se sont évaporés dans la nature en emportant la caisse et en laissant à la Wallonie ses terrils et ses friches industrielles.

Si vous traversez la frontière linguistique puis frontière d’état depuis 1962, vous aurez à juste titre, le sentiment de découvrir un pays différent par ses campagnes et ses villes, par la mentalité de ses habitants. De réforme en réforme de nos institutions, la Flandre construit son autonomie et on constate que des décisions prises par nos gouvernants sont d’application en Flandre depuis des mois, si pas des années.

La Wallonie n’a plus de média. Le journal Le Soir, défenseur d’une Belgique unie, nous abreuve jour après jour de culture flamande. Il sera bientôt bilingue. La RTBF n’est pas en reste en nous gratifiant tous les jours de reportages ornés du drapeau noir-jaune-rouge et en nous offrant chaque semaine, le jeudi au JT de 19h30, une édition spéciale consacrée aux « nouvelles de Flandre ». Heureusement, il nous reste les symboles de notre union nationale. La Wallonie républicaine est devenue monarchiste. Le Roi Philippe de Saxe-Cobourg-et-Gotha a placé ses enfants dans une école flamande. Notre équipe de football : « Les Diables Rouges », le maillot aux couleurs nationales orné d’une bouteille de Jupiler-Belgium, soulève l’enthousiasme de ses supporters alors que les joueurs exercent leurs talents à l’étranger. Heureusement, les frites et Manneken-Pis maintiennent intacte notre image pour les visiteurs étrangers. Le lion, symbole du pays, a perdu sa langue rouge en Flandre tout en gardant sa force alors que notre coq wallon a perdu ses ergots et ses plumes.

Une certitude cependant : personne ne pourra reprocher aux Wallons d’avoir cassé la Belgique.

On avance… vers la fin

Par VALMY

Le fédéralisme belge au bout de sa logique. Suite ou clap de fin ?

Les reports successifs de la dernière loi traitant de l’IVG montrent une tournure surprenante de la « démocratie à la belge » : la communautarisation du Parlement et la politique du chantage.

Avec la complicité du CD&V et du VLD, la NVA et le VB viennent d’imposer une dimension politique nouvelle : la communautarisation du fonctionnement de la « fiction démocratique » du parlementarisme belge.

Désormais, tout sera envisagé sous la vision néerlandophone (lire Flandre) face à la vision francophone (lire Wallonie).

Bruxelles passe à la trappe de la réflexion ! At last !

Désormais, sans révision de la Constitution, une loi risque de ne plus être votée si elle n’est pas soutenue majoritairement dans chaque groupe linguistique.

Phénoménale conséquence des dernières élections législatives, la minorisation des partis qui conçurent la Belgique et en vécurent, pousse ceux-ci à céder le pas et à suivre la manœuvre de la NVA et du VB, les deux représentants de la Nation Flandre.

Pour ces deux formations nationalistes, avec l’assentiment des « affaiblis », la parade est toute trouvée : scinder la totalité des compétences pour que « chaque démocratie » les règle à sa meilleure convenance.

« Confédération ! Confédération ! Est-ce que j’ai une g….. de Confédération ? » (cf. Arletty dans le film Hôtel du Nord)