Tous les articles par alliancewalloniefrance

Et si on arrêtait les frais…

Par Jules Gheude

Malgré l’élan d’unité nationale au cours de la crise de Covid-19, il est illusoire d’imaginer une réunification au sein des grandes familles politiques comme celle des socialistes ou celle des libéraux.

On se souvient de l’initiative prise d’autorité par les présidents du PS et du SP.A en vue de relancer la négociation pour la formation d’un gouvernement de plein exercice. Pour Paul Magnette et Conner Rousseau, il appartenait à la première famille politique du pays de reprendre la main.

L’initiative a échoué et, aujourd’hui, le trio Egbert Lachaert (Open VLD) – Joachim Coens (CD&V) – Georges-Louis Bouchez (MR) tend une perche au seul SP.A. Le ministre wallon Pierre-Yves Dermagne fustige cette stratégie visant à diviser la famille socialiste.

Ce retour à la notion de « famille politique » a de quoi surprendre, quand on sait que tous les actes institutionnels posés depuis soixante ans ont eu pour effet de saper le caractère unitaire de l’Etat.

Des prémices du fédéralisme…

La fixation définitive de la frontière linguistique, en 1962, fut le premier coup porté à ce caractère. La preuve était ainsi apportée qu’il n’y avait plus unité, mais bien dualité.

On vit ensuite les partis dits traditionnels, jusque-là gérés de façon unitaire, se scinder l’un après l’autre en deux ailes linguistiques : le PSC-CVP en 1968, dans la foulée du « Walen buiten » de l’Université de Louvain, le PLP-PVV en 1972, et le PSB-BSP en 1979, après l’échec du pacte communautaire d’Egmont.

Ainsi, au fil des années, le Royaume vit son visage se transformer radicalement, jusqu’à prendre officiellement les traits du fédéralisme en 1993.

… à l’option confédéraliste

Mais déjà la Flandre ne se montrait pas satisfaite du résultat et proposait, par la voix de son ministre-président, Luc Van den Brande (CVP), une nouvelle intervention chirurgicale de type confédéraliste.

En portant le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux en 2004, l’ex-Premier ministre démocrate-chrétien Yves Leterme contribua à l’ascension du parti nationaliste.

Pragmatique, et sachant fort bien que l’objectif de sa formation – l’émergence d’une République flamande –, ne pouvait être atteint à court terme, Bart De Wever relaya cette option confédéraliste : deux Etats, Flandre et Wallonie, cogérant Bruxelles (chaque Bruxellois, indépendamment de sa langue et de son origine, étant invité à choisir, pour ce qui concerne les matières « personnalisables » – impôt sur la personne, sécurité sociale… – entre le paquet flamand et le paquet wallon). Dans cette optique, il est clair que la Flandre ne manquerait pas de considérer très vite comme superflu un Etat central belge réduit à sa plus simple expression. Bye bye Belgium !

L’inquiétude française

Lors de la crise politique de 2010 – 541 jours sans gouvernement de plein exercice –, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française s’était inquiétée de la situation et avait chargé deux de ses membres de faire rapport sur le sujet. Pour les intéressés, il ne faisait aucun doute que la division du pays en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins probable.

Aujourd’hui, ce constat se révèle plus criant que jamais.

Plus d’un an après les élections du 26 mai 2019, le Roi est toujours à la recherche d’un gouvernement de plein exercice.

L’illusion d’une « unité nationale »

Le 15 mars dernier, la crise sanitaire du coronavirus a permis à la coalition minoritaire de Sophie Wilmès d’obtenir la confiance du Parlement, grâce à l’appui extérieur de certains partis d’opposition (PS, SP.A, DéFi, Ecolo-Groen et CDH). La Première ministre put également recourir aux pouvoirs spéciaux pour une durée limitée.

Certains se réjouirent de voir ainsi « l’unité nationale » rétablie. Mais celle-ci ne tarda pas à se fissurer de toutes parts. Pas question, en effet, pour les partis d’opposition, que le MR profite de la pandémie pour s’octroyer une sorte de rente de situation.

C’est alors que les présidents du PS et du SP.A entrèrent en piste en proposant la mise sur pied d’une tripartite classique.

« Famille » socialiste, « famille » libérale ?

L’argument selon lequel ils agissaient au nom de la plus grande famille politique du pays prête toutefois à sourire, lorsqu’on se souvient de la manière dont le président du SP.A, John Crombez, avait accueilli le modèle social proposé par son homologue francophone, Elio Di Rupo, en 2016 : « La société que je désire est très différente de celle d’Elio Di Rupo ». Et l’organe d’information 7/7 de titrer : « Entre le PS et le SP.A, c’est la rupture idéologique totale ».

Au niveau du MR, le président Georges-Louis Bouchez ne cesse d’affirmer sa fibre belgicaine, allant jusqu’à souligner également l’unité de la famille libérale.

Ici aussi, il est permis de s’interroger. N’est-ce pas l’ancien président des libéraux flamands, Karel De Gucht, qui avait déclaré en 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre » ?On se souvient aussi du cahier de revendications institutionnelles présenté en 2003 par le ministre-président flamand Patrick Dewael et visant à scinder quasi tout l’éventail des compétences restées fédérales, dont les soins de santé…

Aujourd’hui, l’Open VLD se prononce clairement en faveur de la refédéralisation de ce secteur, dans un souci de gestion plus efficace. Une refédéralisation qui constituait également l’une des trois conditions posées par le duo Magnette-Rousseau pour constituer un gouvernement de plein exercice.

Mais le CD&V a réaffirmé avec clarté qu’il n’était pas question pour lui de remettre la pâte de dentifrice dans le tube. Une position également partagée par la N-VA et le Vlaams Belang. Bref, il ne se trouvera jamais en Flandre une majorité pour revenir en arrière.

De la Nation flamande à l’Etat flamand

L’imbroglio belge est donc total et des élections anticipées apparaissent inévitables, comme vient d’ailleurs de le reconnaître l’ex-informateur royal Rudy Demotte.

Mais il faut être lucide. Avec un Vlaams Belang qui montera sur la première marche du podium flamand, ces élections ne feront qu’accentuer le caractère ingouvernable du pays.

Et si l’on arrêtait les frais, en actant, une fois pour toutes, le divorce belge et en se mettant à table pour en discuter les modalités pratiques ?

Dans son livre La Belgique est morte, vive la Belgique ! (Fayard, 2009), José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du journal Le Monde à Bruxelles, s’était permis de donner au roi le conseil suivant : « Et si (…) vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ? »

Un conseil de bon sens. Car, qu’on le veuille ou non, la Flandre est devenue une Nation et la vocation naturelle, logique, d’une Nation est de devenir un Etat.

En Wallonie comme en France…

En Wallonie, le niveau des dépenses publiques est trop élevé, selon le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, au point que celui-ci n’hésite pas à dire que la Wallonie est plus proche du communisme que d’une véritable économie de marché. Nul doute que le propos convient davantage aux nationalistes flamands qu’au ministre-président wallon. Celui-ci s’en étrangle presque. Mais Elio Di Rupo devrait comprendre que la Wallonie serait plus naturellement elle-même au sein de la République française, où l’intervention des pouvoirs publics dans l’économie est plus largement admise.

L’information telle qu’elle a été publiée sur le site de la RTBF (1er juillet 2020) :

(…) « Si de tels propos ont réellement été prononcés, ils sont erronés quant au fond et inquiétants en ce qu’ils émanent d’une personnalité exerçant cette fonction. Le Gouverneur de la Banque nationale est au service de son pays, y compris des trois Régions qui le composent », écrit M. Di Rupo.

« Il n’est pas là pour porter des jugements de valeur, ni colporter des propos infondés. On attend d’un Gouverneur qu’il agisse avec sérieux, circonspection et retenue, non qu’il tienne un langage outrancier et malveillant à l’égard des institutions publiques », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, on a un problème de tension institutionnelle et une structure économique dans le sud du pays qui dépend des transferts de la Flandre », déclare de son côté Pierre Wunsch dans la revue néo-louvaniste. « On est probablement à 70% de dépenses publiques en Wallonie pour 2021- 2022. Ça veut dire qu’on sera plus proche d’un régime communiste que d’un régime néo-libéral que d’aucuns décrient. Ce n’est pas une situation unique, cela existe ailleurs comme en France. Mais si on ne prend pas conscience que la structure économique n’est pas autoportante, on passe à côté d’un débat sur la restructuration de l’économie », poursuit-il.

Or, « c’est un enjeu financier non négligeable. On prévoit un déficit public de 6% pour les deux prochaines années, ce n’est pas tenable. On va devoir faire des choix car il y aura moins d’argent », conclut le gouverneur de la Banque nationale.

Interrogé par la RTBF, Pierre Wunsch est revenu sur ses propos : « l’économie wallonne n’est évidemment pas une économie communiste, mais ce qui est vrai, c’est qu’à l’échelle belge, nous sommes les 3e plus élevés en termes de dépenses publiques à l’OCDE. » Un « choix de société » selon lui. « Mais alors qu’on ne dise pas qu’il y a un problème de réduction de dépenses publiques, de manque de dépenses », rappelle-t-il, affirmant qu’il y a « une part substantielle » des dépenses publiques wallonnes qui viennent d’endettements ou de financements de la Flandre. Il faut donc « être prudent » et « se rendre compte qu’on atteint certaines limites. »

Pour le gouverneur, c’est l’accise économique de la Région qui est trop faible. « Le niveau des dépenses publiques est assez comparable aux autres régions, mais la capacité est insuffisante, précise-t-il. On ne peut pas plaider pour plus de dépenses publiques sans s’inquiéter du financement. » Surtout dans un contexte politique où les relations Nord-Sud ne sont pas toujours au beau fixe…

Le Vlaams Belang triomphe

Par VALMY

Une Flandre qui penche encore plus à droite.
Ce sont les principaux enseignements du sondage IPSOS pour Le Soir, RTL-TVI, VTM.
De sondage en sondage, la même tendance se confirme : l’extrême-droite est de loin la première force politique de Flandre. Crédité de 27,7% des intentions de vote, le Vlaams Belang gagnerait 9% par rapport aux élections de mai dernier.
Cette progression se fait principalement au détriment de la N-VA, 20% (-5,5%) et des autres partis traditionnels : SP.A 12,5% (+ 1,7%), CD&V 11,8% (- 2,4%), Open VLD 10 (-3,5%), Groen 9,4% (+0,6 / 9,8%) et PVDA 7,3% (+ 1,7%).

Les médias « belges » francophones manipulent la réflexion de leurs lecteurs en pointant « l’extrême droite », sans spécifier qu’il s’agit d’une situation politique en Flandre : UN AUTRE PAYS ! Il s’agit donc d’une minable loufoquerie.
Espèrent-ils pousser les Wallons à voter encore plus pour la gauche ou l’extrême-gauche ?

Si oui, merci d’avance, pour le Retour à la France !

Toute victoire de la gauche en Wallonie alimente le réflexe inverse en Flandre au bénéfice de la mouvance INDEPENDANTISTE !
Mouvance de droite et d’extrême droite dont la brutalité ne s’exercera pas en Flandre mais vis-à-vis de la Wallonie par le sabordage de « leur petite Belgique ». Eindelijk !
Le plus important dans ce sondage est de constater que si on revotait demain, Vlaams Belang (26) et N-VA (20) représenteraient, ensemble, une majorité de députés dans le groupe linguistique néerlandophone (46 élus sur 89).
Avec de tels résultats, certains partis réfléchiront sans doute à deux fois avant de provoquer des élections mais d’autres agiront en sens contraire, d’autant que leurs campagnes électorales promettront à la Flandre DES JOURS DE GLOIRE ET DE REVANCHE !

L’enseignement francophone paralysé

Si l’on a de bonnes raisons pour ne pas précipiter le retour des élèves à l’école, faut-il pour autant se priver des moyens d’enseigner à distance ?

L’interdiction de progresser dans les matières est-elle pédagogiquement et socialement justifiée ?

Fait-on ce qu’il faut pour s’adapter à une situation qui pourrait durer ?

Coronavirus et fracture numérique : la Flandre a raflé toute l’offre des PC portables de DigitalForYouth

Une information Belga reprise sur le site de la RTBF (28 avril 2020)

La Flandre a raflé toute l’offre de DigitalForYouth, révèle L’Echo ce mardi, notant que près de la moitié des PC portables récoltés par l’ASBL (soit 6.401) ont déjà été attribués dans les familles de Flandre et de la communauté germanophone et qu’aucun ne se retrouvera dans les familles francophones.

L’ASBL, créée en 2019 pour venir en aide aux jeunes défavorisés, bénéficie pourtant de dons par le biais de la Fondation Roi Baudouin. « Avec le confinement, on a commencé à nous demander des portables pour l’école à la maison, explique Philip Du Bois, président du CA de DigitalForYouth. Très vite, Ben Weyts (Enseignement flamand, N-VA) et Sven Gatz (Bruxelles, Open VLD) se sont tournés vers nous ».

Ben Weyts a mis 1 million d’euros sur ta table pour faire reconditionner 10.000 portables récoltés par DigitalForYouth.

Du côté francophone, les choses ont été ralenties avec l’éclatement des compétences. Caroline Désir, ministre PS de l’Enseignement, contactée en premier par DigitalForYouth, n’était pas compétente pour cette question, qui est du ressort de Pierre-Yves Jeholet (ministre-présidence FWB, MR), Willy Borsus (Numérique en Région wallonne, MR) et Rudy Vervoort (Région bruxelloise, PS). Ils ont montré un intérêt. Mais entre-temps, la quasi-totalité des ordinateurs récoltés par l’ASBL a été réservée par la Flandre, et l’ASBL n’a plus pu répondre au marché public francophone.

« Nous n’aurions pu respecter les délais étant donné que les dons des entreprises se sont essoufflés, dit Philip Du Bois. Fournir 500 portables à la FWB alors que la Flandre en a reçu plus de 10.000, cela aurait été trop déséquilibré ».

Liège en ce curieux printemps

Si léger, le réveil au chant des oiseaux. D’une beauté presque insolente, ce printemps qui voudrait qu’on s’émerveille pour tant de bleu dans le ciel, tant de soleil dans les jardins refleuris, la grâce de cette lumière que ne voient plus les morts… Les morts, ces personnes devenues des chiffres, qui occupent tous les esprits mais sont isolées de leurs proches au moment de s’en aller.

Pour celles et ceux qui ne sont pas mobilisés dans la lutte contre la maladie, le temps est à la rencontre avec soi-même ou avec le ciel. Alors que le pape n’a jamais été aussi seul pour célébrer Pâques, on est là un peu tous à méditer sur le deuil et l’espérance, la force de la vie et la fragilité de nos existences. Paradoxe que ce temps suspendu qui agit déjà comme un accélérateur de l’histoire, à la façon d’un trou noir qui nous aspire, et puis ce monde ouvert que l’on disait fait pour les nomades et qui rétrécit tout à coup jusqu’aux limites de sa ville ou de son appartement…

Mon espace à moi, c’est Liège et, devenu un promeneur solitaire, je me laisse éblouir par la lumière qui anime ses rues presque vides. Après tout, le philosophe Kant nous a montré le chemin de la liberté mais il n’a jamais quitté sa ville natale. On n’est pas obligé de prendre un avion pour voyager. Situation paradoxale à nouveau, parce que Liège n’a jamais été autant connectée au reste du monde : c’est par son aéroport que l’OMS a choisi de faire entrer le matériel médical dont l’Europe a besoin maintenant, sans attendre.

Il n’y a pas de quoi pavoiser mais c’est l’occasion de partager une succession d’impressions sur Liège, d’images saisies en ces moments si particuliers. Foyer de l’identité wallonne, ancienne capitale d’empire qui n’a jamais cessé de regarder vers la France, Liège mérite bien qu’on la découvre… à distance.

G.R.

La Wallonie agit

Par VALMY

Ne pensez-vous pas que les atermoiements, les approximations et les cafouillages managériaux des ministres fédéraux « belges » (open vld) Maggie De Block et Philippe De Backer ne laisseront pas des traces bien visibles entre Flandre et Wallonie ?

Même entre partis flamands d’ailleurs !

Miracle, pour une fois, la Région wallonne, grâce à Monsieur Borsus, se distancie de la Belgique et veut recréer une capacité de production de masques médicaux de protection sur son territoire mais aussi du gel hydroalcoolique ou une autre solution désinfectante.

Un appel urgent a été lancé en Wallonie, par BioWin, le pôle de compétitivité des biotechs et technologies médicales. Et une entreprise sise à Fleurus se déclare prête à agir.

Cette option énerve déjà l’économiste « belge » Étienne de Callataÿ qui n’imagine pas que la Wallonie puisse fabriquer chez elle ce dont elle aurait besoin quand la Flandre agirait de même ?

Mon Dieu où irions-nous si les Flamands ne pouvaient plus écouler leurs marchandises en Wallonie ? Saleté de Coronavirus …

Le mirage de l’union nationale

Et si le coronavirus réveillait le démon communautaire ?

Le Soir, 24 mars 2020

L’échec du rapprochement entre PS et N-VA et la confirmation du gouvernement Wilmès font monter la tension entre nord et sud. Qui divergent sur les causes et les conclusions. Attention, danger (communautaire).

Depuis dix jours, une partie de la Flandre ne décolère pas. La tentative avortée de former un « vrai » gouvernement fédéral autour du PS et de la N-VA ne passe pas. Et les partis francophones sont ciblés. Durant le week-end, Bart De Wever déclarait : « Bouchez voulait garder ses ministres, et Magnette n’est pas le patron chez lui. (…) Je vois un PS et un MR qui vivent dans leur monde. (…) Comment pourra-t-on continuer avec ce pays ? » Et Theo Francken lâchait dans Knack ce mardi : « La vraie raison de l’échec, c’est que les présidents Paul Magnette (PS) et Georges-Louis Bouchez (MR) se neutralisent. (…) Ils nous ont trahis. Nous n’allons pas oublier cette trahison. »

Conner Rousseau, le jeune président SP.A qui a servi d’intermédiaire entre socialistes et nationalistes, n’est guère plus aimable envers son alter ego PS. Et le CD&V de Joachim Coens ronge son frein devant cette alliance de neuf partis soutenant le gouvernement Wilmès, qui ressemble étrangement à la coalition Vivaldi (sans la N-VA) qu’il a refusée jusqu’ici.

Du côté francophone par contre, on se satisfait de ce que le gouvernement Wilmès reste en place, au prétexte qu’on ne change ni d’équipe ni de capitaine en pleine tempête. Et l’on pointe la responsabilité de Bart De Wever dans l’échec de la négociation, lui qui réclamait, dit-on, le 16 et un chapitre institutionnel.

Alors, assiste-t-on au grand retour de nos démons communautaires ? Au point d’hypothéquer l’avenir post-corona ? Réponses avec des politologues.

1) Deux visions divergentes

Nos experts le disent d’emblée, comme Pascal Delwit (ULB) : « Il est de plus en plus compliqué de faire comprendre, du côté francophone, comment les choses se pensent et s’énoncent dans l’espace néerlandophone, et inversement. » Pierre Verjans (Uliège) estime même que « l’on travaille en doubles sourds : les francophones n’écoutent que ce que les francophones disent et pas ce que les Flamands disent, et inversement. Il n’y a donc pas moyen de trouver un compromis. »

Voilà qui n’aide ni à se comprendre, ni à s’accorder. Alors, quand une longue crise politique se double d’une crise sanitaire anxiogène, tout semble réuni pour relancer nos vieilles querelles.

« Dans une situation de crise, la dimension communautaire s’exacerbe », confirme Pascal Delwit. « Et ici, elle s’est cristallisée autour de la tentative de construire un gouvernement d’urgence et de son échec. Je parle de cristallisation car il n’y a pas vraiment de faits nouveaux depuis le 26 mai : ce sont les résultats des élections qui compliquent la formation d’un gouvernement, et leur interprétation communautaire renforce cette complexité. » Car « on a conclu qu’un fossé nous séparait et que la Flandre était toujours plus à droite et la Wallonie toujours plus à gauche. Or, les partis de droite ont perdu les élections, particulièrement du côté néerlandophone ; et en Wallonie, le PS et le PTB ont obtenu moins de voix ensemble que le seul PS par le passé. »

C’est dans ce contexte qu’intervient l’échec d’une coalition PS-N-VA, interprété différemment au nord et au sud. Pourtant, nuance Dave Sinardet (VUB et Saint-Louis), « il y a différentes visions en Flandre, mais la vision dominante est bien celle de la N-VA, du SP.A et du CD&V, selon laquelle il aurait dû y avoir un gouvernement d’union nationale et que ce qui s’est passé n’est pas très correct. L’autre vision, celle du VLD, plus nuancée, est qu’en pleine crise sanitaire, il ne fallait pas changer les ministres et les cabinets ; c’est celle qui existe surtout au sud du pays. »

Chacun en tire dès lors ses conclusions : « Les francophones, grâce aux prestations de Sophie Wilmès, pensent avoir trouvé un nouveau symbole de la Belgique, pas les Flamands », résume Pierre Verjans. « Et ce qui nous apparaît comme une façon très habile d’avoir remis la N-VA au pas apparaît aux Flamands comme une façon un peu honteuse d’avoir humilié le parti principal en Flandre. »

Avec, in fine, une confiance inégale en l’actuel gouvernement Wilmès, relève Audrey Vandeleene, politologue francophone à l’université de Gand : « Dans ceux qui soutiennent cet exécutif, on ne trouve pas les deux premiers partis flamands, N-VA et Vlaams Belang. Du côté francophone, c’est l’inverse : celui qui ne soutient pas n’est que le 4e parti. »

2) Le communautaire a toujours été là

Alors, serait-ce le grand retour du communautaire ? Nos politologues nuancent. « Je n’ai pas l’impression que ce soit plus grave qu’avant, mais c’est aussi grave », dit Pierre Verjans. Le fossé nord-sud qui s’agrandit, « ce n’est pas nouveau », embraie Dave Sinardet, « mais il est vrai que ça augmente un peu, même si l’épisode actuel montre aussi des divisions au sein d’une même communauté, par exemple entre PS et MR. »

3) « L’erreur d’appréciation de Paul Magnette »

En Flandre, on l’a dit, l’impression dominante est que « Paul Magnette a cassé le pré-accord naissant avec la N-VA », pourtant, rappelle Audrey Vandeleene, « on n’était pas sûr que l’on serait finalement arrivé à un accord ». Car, embraie Pascal Delwit, « la dynamique qui a conduit à cette opportunité entre PS et N-VA était fragile, faite de sous-entendus ou de choses implicites. Tout élément perturbateur, comme les sorties de Bart De Wever, était donc à même de la faire avorter. » Mais il parle tout de même d’« erreur d’appréciation dans le chef de Paul Magnette et de ceux qui, au PS, ont pensé qu’un accord PS-N-VA était une voie : c’était sous-estimer l’opposition au sein du PS et dans le spectre francophone. »

Pour Pierre Verjans, l’essentiel est là : « Paul Magnette a cru qu’il avait le pouvoir sur son parti, alors qu’il ne l’a pas. Les militants socialistes refusaient des concessions qu’il pensait pouvoir faire puisqu’il était le symbole de la résistance francophone. Mais le PS de 2020 n’est pas le PS de 2010 (quand Elio Di Rupo a négocié avec la N-VA), qui n’avait pas le PTB dans le dos. D’où l’idée, en Flandre, d’une trahison de Paul Magnette, humilié par les siens. »

4) Des relations personnelles abîmées

Alors qu’à l’automne, relève Audrey Vandeleene, « on espérait que les nouveaux présidents de parti allaient créer de nouvelles relations, ils sont un peu retombés dans les positions précédentes et ont déjà un passif de confiance. » Les relations personnelles sont abîmées.

C’est grave docteur ? « Cela va laisser de traces, mais les relations entre les personnes n’étaient déjà pas exceptionnelles, ce qui n’aide vraiment pas », répond Pascal Delwit. « Que Magnette et Bouchez ne soient pas les meilleurs amis, on l’avait déjà vu auparavant », acquiesce Dave Sinardet. « Que l’on puisse se poser des questions sur le comportement de la N-VA, c’était déjà le cas aussi. Donc, il n’y a rien d’extrêmement nouveau, mais c’est ressenti de manière plus dramatique en période de crise. Il est absolument nécessaire que certains acteurs aient une bonne discussion. »

5) Ce ne sera pas forcément plus facile… ni difficile après

Pour nos politologues, impossible de prédire l’évolution après la crise sanitaire. Mais ils ne pensent pas forcément que la formation d’un gouvernement en sera complexifiée… parce qu’elle l’est déjà, en raison des résultats électoraux. « Cela dépendra aussi de la situation sanitaire, économique, sociale, budgétaire », explique Pascal Delwit. « Cela influencera-t-il des partis comme le PS, le CD&V ou le VLD ? Je reste persuadé qu’on ne tardera pas à aller aux élections. »

Dave Sinardet appuie : « Ce seront les mêmes questions dans quelques mois : avec le PS et la N-VA ? Une coalition Vivaldi ? Certains disent que le soutien extérieur de six partis au gouvernement Wilmès est un plan sournois pour aller vers la Vivaldi, mais je ne suis pas sûr que les cartes soient réunies pour cela. » Et Pierre Verjans ajoute : « Ce sera tout aussi difficile dans quelques mois, car on est tout le temps en train de remettre en cause celui qui est prêt à faire des concessions. »

Et l’état de grâce actuel de Sophie Wilmès n’y changera peut-être rien. « En situation de crise », conclut Pascal Delwit, « on observe souvent le resserrement autour de l’exécutif et de la figure qui l’incarne, mais c’est très éphémère. Ce que cela donnera après la crise sanitaire est très difficile à anticiper. D’autant qu’il y aura une forte attente et si la réponse gouvernementale est très en deçà de cette attente, il pourrait y avoir un retour de manivelle assez puissant. »

Urgence démocratique !

Par Paul Mélot

Dans trois mois, le « pays » aura battu son record de 2009 de jours sans gouvernement majoritaire (541) puisqu’il « vit » avec un gouvernement en affaires courantes qui ne représente que 25% des Belges… (MR : 14  sièges et 7.6% de l’électorat , CD&V : 12 sièges et 8.9%, Open VLD : 12 sièges et 8.5%)

Un an et 82 jours de gouvernement en affaires courantes, une minorité de 38 députés sur 150 « dirige » donc le pays depuis 448 jours…

Dans cette minorité, si nous regardons les francophones, ils ne représentent que 9.3% au parlement fédéral, puisque seul le MR compose cette minorité en Belgique, en Wallonie et à Bruxelles ! (14 sièges sur les 60 sièges wallons et bruxellois, 14 sièges face à 90 sièges flamands, 14 sièges sur un ensemble belge de 150).

Dire que certains estiment qu’il ne faut pas voter à nouveau ! C’est nous (me) prendre pour des crétins !

Il y a bel et bien urgence démocratique, on ne peut pas continuer ainsi. Le rwa joue un jeu plus que dangereux avec la démocratie et les Wallons doivent en être conscients.

Mieux encore : s’il est bien exact qu’un gouvernement fédéral ne s’arrête pas à comptabiliser le fait de savoir s’il existe une majorité dans chaque rôle linguistique, contrairement à ce qu’avance la N-VA, il reste cependant que sur l’aspect purement démocratique, la N-VA a parfaitement raison (et le CD&V itou !) de continuer à affirmer qu’il faut un gouvernement disposant de la majorité en Flandre. La pertinence de cet argument s’arrêterait-elle aux frontières de la Wallonie et accepterait-on donc que 9.3% des francophones continuent de « diriger » le « pays » au nom des 36% des Wallons ?

Aux URNES, en urgence !

Et vogue la galère

Par Paul Mélot

Déficit Etat belge

2018 : 3,4 milliards ; 2019 : 8,7 milliards ; 2020 : 12,4 milliards (dette totale : 500 milliards dont + ou – 140 pour la Wallonie)

Ceci explique – entre autres ! – qu’aucun parti ne se précipite pour fabriquer un gouvernement fédéral en reniant ses promesses électorales (moins d’impôts, pension minimale à 1500 euros, climat, etc… selon les différents partis) vu le trou gigantesque à combler…

Déficit Région wallonne

2020 : 435 millions (dette propre : 22 milliards)

Ceci explique l’immobilisme après avoir fabriqué un budget qui ne résorbe pas le déficit mais qui, au contraire, le creuse, vu les divergences entre partis…

Déficit Communauté française

708 millions (dette propre : 8,3 milliards)

Ceci explique le désarroi d’un « pouvoir » qui s’obstine avec un « pacte » d’excellence non finançable, créateur d’économies budgétaires selon Mc Kinsey… et la Communauté française en faillite dès 2024-2025…

Tout ceci se passe en 2020, en Belgique, Etat en voie d’évaporation…

Petite info de ce 11.02 (LE SOIR) : « Au passage, relevons qu’une agence de notation sise à Berlin, Scope Ratings, a communiqué ce lundi que, « vu la situation budgétaire et les perspectives économiques, la Belgique pourrait être à terme l’objet d’une évaluation négative ». L’agence en question n’est pas du tout une star du marché, poursuit LE SOIR, mais enfin, ce pourrait être un premier coup de semonce dans le genre.