Archives pour la catégorie Revue de presse

Merci Belgique, merci

Il ne s’agit pas ici de commenter le match de football qui s’est déroulé ce soir du côté de Torino.

Nous voulons revenir sur la solidarité du « bloc Belgique » après les inondations qui ont frappé le « Sud du pays » au milieu du mois de juillet.

L’article suivant, publié dans le journal L’Echo, est suivi, pour l’AWF, de la réaction de Paul Mélot.

Le Fédéral soulage une Wallonie surendettée

FRANÇOIS-XAVIER LEFÈVRE, le 30 septembre 2021.

Le prêt de 1,2 milliard octroyé par le Fédéral dans le cadre des inondations réduit légèrement la pression sur une Wallonie surendettée.

Confirmation ce jeudi matin. Face aux journalistes, Alexander De Croo (Premier ministre), Vincent Van Peteghem (ministre des Finances), Elio Di Rupo (ministre-président wallon) et Jean-Luc Crucke (ministre du Budget wallon) ont détaillé les différentes mesures négociées entre la Région wallonne et le Fédéral pour venir en aide aux zones sinistrées par les inondations de la mi-juillet.

Le premier accord, qui a été négocié jusqu’à la dernière minute entre Alexander De Croo et Elio Di Rupo mercredi, porte sur un prêt de 1,2 milliard du Fédéral à la Région « au taux du marché ». Ce mécanisme, plutôt qu’un versement de 600 millions comme le proposait le secrétaire d’État socialiste Thomas Dermine, s’explique par différents obstacles juridiques. « Il fallait venir avec une solution stable. Un don par rapport à des compétences qui ne sont pas fédérales n’était pas possible », explique le Premier ministre en précisant être lié à la loi spéciale de financement.

Une dette qui dépasse les 31 milliards

Si la monnaie n’est pas sonnante et trébuchante, la solution est accueillie avec soulagement du côté wallon où les discussions budgétaires ont débuté mardi dans un contexte compliqué face à l’évolution préoccupante de l’endettement de la Wallonie et des besoins qui explosent. Pointée à 12,8 milliards à la fin 2019, la dette directe de la Wallonie est passée à 17,5 milliards fin 2020 et 21,2 milliards à la fin du mois de septembre 2021. À ce montant, il faut ajouter une dette indirecte d’environ 10 milliards d’euros. Soit un total de 31,2 milliards aujourd’hui ! « Le budget est extrêmement limité », reconnaît le ministre-président Elio Di Rupo (PS). « Les inondations représentent un coût de 3 milliards sur un budget de dépenses de 15 milliards », explique-t-il en rappelant l’épisode du covid et son impact de 4 milliards sur les finances wallonnes en 2020 et 2021.

Vu le contexte, Jean-Luc Crucke (MR), le grand argentier wallon, qualifie la solution « d’intéressante » alors que la Région a déjà emprunté 3,7 milliards d’euros sur les marchés cette année et 5,36 milliards en 2020. « Cette somme est essentielle car elle permet de diversifier les sources de financement par rapport aux inondations. Si nous n’avions pas ce soutien, seuls les marchés répondraient et nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Ici, nous profitons ainsi du spread fédéral, meilleur que celui de la Région. »

Derrière ce spread, il s’agit en fait des conditions d’accès au marché. Alors que la dernière obligation à dix ans de la Région émise le 30 juin affiche un taux d’intérêt sur le marché de 0,399%, le taux de l’Olo à dix ans du Fédéral pointe à 0,13%. Sur un milliard emprunté, cette différence va permettre à la Wallonie d’économiser quelques dizaines de millions d’euros sur sa charge d’intérêt. Ces économies s’ajouteront à celles réalisées grâce à l’accord négocié avec les assureurs et le prêt sans intérêt de 1 milliard que le secteur a accordé à la Région. « Cela permet de ne pas rentrer dans de l’endettement qu’on ne maîtrise pas », estime le ministre wallon du Budget. L’accord avec le Fédéral prévoit en outre une période de stand still de 5 ans. « Le prêt porte sur une période de 15 ans avec des premiers remboursements à partir de 2025. Ces 5 années sans remboursement permettent de créer la croissance qui permettra le remboursement du prêt. »

Il s’agit bien d’un drôle de pays où la Wallonie emprunte à l’Etat belge (pour les inondations) à 0.13% et donc paye des intérêts à l’Etat belge !!!!!!  Par ailleurs, la Wallonie « justifie » cet emprunt en expliquant qu’il valait mieux emprunter à l’Etat belge (rappel : à 0.13%) plutôt qu’emprunter elle-même à 0.399%. Si on a bien compris, la situation -dramatique- de la Wallonie explique que les banques (soucieuses des risques) prêtent à un taux supérieur à la Wallonie, donc que, dans le cas présent, l’Etat fait des cadeaux à la Wallonie : une bien curieuse façon de voir les choses. Les autorités wallonnes – lire l’article – révèlent en fait, sans le dire clairement, que la situation financière de notre région ne cesse de se dégrader. Du reste, l’Agence Moody’s qui ne cesse de baisser la notation de la Wallonie, comme par ailleurs de la Communauté française, ne s’y trompe pas en orientant les marchés des capitaux vers des taux plus élevés… qui distancient encore plus la Wallonie de la Flandre.

Comme Wallon, je me sens profondément humilié par la démarche de Di Rupo car, enfin, il faut encore rappeler que ce drôle de pays qui PRÊTE de l’argent à une région se distingue de l’Allemagne, Etat fédéral lui aussi, mais qui DONNE de l’argent aux Länder victimes des inondations… Encore une chose : est-ce cette « solidarité » « belge » dont la presse ne cesse de se faire écho ????

Paul Mélot

Ne pas compter sur la solidarité de la Flandre ?

Philippe Destatte: « Cette demande d’aide du PS au fédéral, quel mauvais signal ! »

Un article d’Olivier Mouton mis en ligne sur le site de l’hebdomadaire Le Vif le 21 septembre 2021.

Le directeur général de l’Institut Destrée s’interroge sur la façon dont les socialistes ont imaginé cet appel à l’aide, qui nourrit les nationalistes flamands. La Wallonie aurait pu imaginer une autre formule pour sortir de l’ornière.

Philippe Destatte, directeur général de l’Institut Destrée, a exprimé son « scepticisme » suite à la demande faite par le PS au fédéral d’aider la Wallonie, à hauteur de 50% du coût, pour financer la reconstruction des infrastructures, suite aux ravages des inondations, cet été. Il s’agit d’un montant de quelque 600 millions d’euros. Il s’explique pour Le Vif.

Dans quel sens êtes-vous « sceptique » ?

Cela me pose plusieurs questions. La première, sur la forme : pourquoi le PS envoie-t-il les ministres fédéraux Pierre-Yves Dermagne et Thomas Dermine – deux personnalités que j’apprécie, là n’est pas la question – faire cette demande ? On les envoie au casse-pipe au sein de la majorité fédérale et, ce faisant, on fait un cadeau aux nationalistes flamands qui ont évidemment beau jeu de montrer, une nouvelle fois, que les socialistes sont en demande de l’argent flamand.

La demande aurait dû venir du gouvernement wallon d’Elio Di Rupo ?

Oui, d’autant que le PS coince, en outre, les autres partis flamands de la majorité fédérale. Les caricatures montrent déjà les libéraux et les sociaux-chrétiens flamands qui baissent leur pantalon. La démarche elle-même me rend sceptique et me fait douter.

Pourquoi la demande n’émane-t-elle pas de tous les partis wallons membres de la majorité ? J’ai lu que Bouchez allait déjeuner avec Magnette, ils auraient pu convier Nollet, même si je sais qu’il leur est difficile de s’entendre.

Et oui, comme vous le dites : pourquoi la demande n’émane-t-elle pas du gouvernement wallon ? Il aurait pu l’émettre à travers le Comité de concertation.

Ce serait la logique fédérale, non ?

Absolument. On pourrait aussi se demander, puisque certains évoquent l’exemple allemand, pourquoi le Premier ministre, Alexander De Croo, n’a-t-il pas lui-même fait cette proposition, après avoir été conscientisé par Dermagne et Dermine. Cela ne donnerait pas l’impression qu’il cède au PS. Nous sommes dans un système fédéral qui a ses règles, pourquoi y déroger ? Les socialistes ont-ils voulu marquer des points ? Ce sont des gens intelligents, j’imagine qu’ils ne jouent pas à ce petit jeu-là.

La réaction de Bart De Wever est déjà significative : il rappelle que le fédéral est exsangue, lui aussi, que la Flandre peut aider la Wallonie, mais à condition que l’on y mène des réformes.

C’est son discours, bien sûr. Cela démonte qu’on lui donne des arguments. Le Premier ministre aurait pu invoquer le fait que la situation découlant des inondations est exceptionnelle, que le moment est venu de faire preuve de loyauté fédérale, que l’on peut faire preuve de créativité comme ce fut le cas dans le cas de la crise du Covid. Vraiment, je m’interroge sur la démarche.

Sur le fond, on a le sentiment que la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles se posent en demandeurs sur le plan financier, une nouvelle fois, quitte à se déforcer ?

Pour moi, il est évident que si les Wallons veulent être respectés, ils doivent sortir de cette logique-là. Il y a une question de dignité, aussi ! Certains parlent déjà de renégocier la loi de financement, alors que l’on arrive à peine au bout d’un moratoire de dix ans. Si on se met un instant dans la peau d’un nationaliste flamand, on se dit que ce n’est pas sérieux.

Je donne souvent cet exemple, qui n’est certes pas scientifique. Quand j’étais jeune, ma mère, à qui je n’ai rien à reprocher, m’a dit un jour : ‘Tu ne passes plus à la maison que pour que l’on s’occupe de ton linge’. J’étais aux études, pris dans mes activités de mouvements de jeunesse et avec mes copains… Ce qu’elle m’a dit m’a blessé dans ma dignité : j’ai acheté une mini-wash et, à partir de ce moment-là, j’ai lavé mon linge moi-même. Pas par arrogance, hein…

Mais par souci d’autonomie.

Oui, par souci d’autonomie. Cela permet de créer des relations sur un autre plan.

C’est un mauvais signal ?

Un très mauvais signal, oui. Or, il y avait un moment favorable et il était possible d’agir autrement. Ce qui est arrivé, ces inondations, c’est une catastrophe, mais Morin dit que ce peut être ‘la genèse d’une métamorphose’. Cela ouvre une fenêtre d’opportunité pour aborder les choses autrement.

Sur le plan budgétaire, ce pourrait notamment être un moment pour changer la gouvernance. Il y a 65 milliards d’euros sur les comptes d’épargne en Wallonie : le gouvernement wallon aurait pu lancer une opération pour chercher à mobiliser celle-ci, via des mécanismes comme des obligations. Si l’on prend un peu moins de 10% de ce montant, on est déjà à 5 milliards. Je ne dis pas que c’est simple, il y a des obstacles techniques, mais il y a des experts pour les surmonter.

Cela donnerait un autre signal, celui d’un élan de solidarité des citoyens et d’une mobilisation des Wallons. Le gouvernement disposerait d’une enveloppe budgétaire qui pourrait être gérée avec le soutien des Wallons. Ce serait l’occasion de sortir d’une situation où l’on est sans cesse demandeur face à l’Europe ou en Belgique.

Véritable histoire d’un pays imaginaire

Après les réjouissances du 21 juillet, l’actualité sommeille, en principe, et la rédaction du Vif/l’Express s’octroie une semaine de congé. C’est l’occasion de revenir sur la dernière édition du magazine, datée du 16 juillet.

Le royaume de Belgique y est à l’honneur dans un dossier qui, sur un ton plutôt léger, le questionne et le déshabille : La Belgique aura-t-elle un jour 200 ans ?  Plus de vingt pages pour célébrer la fête nationale avec tout ce qu’il faut de pertinence et d’impertinence, sans flonflon patriotique ni feu d’artifice (et le coronavirus n’y est pour rien).  Alors que ce pays s’essouffle à chercher l’impossible équilibre dont il a besoin pour marcher, l’identité belge est chatouillée par la plume, entre autres, de Nicolas De Decker.

Pour se débarrasser d’une mythologie devenue encombrante et se raccrocher à la réalité d’un pays pas si réel que ça, l’inspiration critique est salutaire, indispensable même. Que l’on en juge par ces définitions tirées de « nos 190 ans en 50 mots » :

CANAL

On en creusa beaucoup, des canaux, au XIXe siècle, pour rapprocher de la mer le charbon et l’acier wallons. Depuis Charleroi, le Centre, Liège, tous les canaux mènent à Anvers, où l’on trouvait toujours que l’Etat, français, puis hollandais, puis belge, n’investissait pas assez d’argent public dans ces coûteux creusements et ces dispendieux élargissements. Mais il n’y a plus de charbon ni d’acier wallon, et depuis Anvers désormais, l’on trouve que ces creusements et ces élargissements auront coûté beaucoup trop d’argent public.

CHARBON

Combustible très solide. On en extrayait beaucoup en Wallonie, plus que partout ailleurs en Europe continentale, et plus qu’en Flandre, où l’on n’en extrayait pas. On a commencé à en extraire un peu en Flandre, à partir du début du XXe siècle, tout près d’Anvers, puis beaucoup, et petit à petit on a arrêté d’en extraire en Wallonie. Il n’y a plus de mines en Belgique, et pratiquement plus d’anciens mineurs en Wallonie, mais la Belgique a tout récemment décidé d’augmenter, avec effet rétroactif, les pensions des anciens mineurs, qui sont pratiquement tous flamands, et souvent très solides.

COMPROMIS

(…) Consiste à trouver un accord entre deux parties pas d’accord sur la nécessité de trouver un accord sur ce avec quoi seule une des deux parties n’est plus d’accord. Et à la fin, c’est la Flandre qui gagne. (En deux mots, et avec un changement de lettre, ça marche aussi, donc.)

Pour se faire une idée plus complète de ce dossier aux allures de « véritable histoire d’un pays imaginaire », en voici les deux premières pages :

En Wallonie comme en France…

En Wallonie, le niveau des dépenses publiques est trop élevé, selon le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, au point que celui-ci n’hésite pas à dire que la Wallonie est plus proche du communisme que d’une véritable économie de marché. Nul doute que le propos convient davantage aux nationalistes flamands qu’au ministre-président wallon. Celui-ci s’en étrangle presque. Mais Elio Di Rupo devrait comprendre que la Wallonie serait plus naturellement elle-même au sein de la République française, où l’intervention des pouvoirs publics dans l’économie est plus largement admise.

L’information telle qu’elle a été publiée sur le site de la RTBF (1er juillet 2020) :

(…) « Si de tels propos ont réellement été prononcés, ils sont erronés quant au fond et inquiétants en ce qu’ils émanent d’une personnalité exerçant cette fonction. Le Gouverneur de la Banque nationale est au service de son pays, y compris des trois Régions qui le composent », écrit M. Di Rupo.

« Il n’est pas là pour porter des jugements de valeur, ni colporter des propos infondés. On attend d’un Gouverneur qu’il agisse avec sérieux, circonspection et retenue, non qu’il tienne un langage outrancier et malveillant à l’égard des institutions publiques », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, on a un problème de tension institutionnelle et une structure économique dans le sud du pays qui dépend des transferts de la Flandre », déclare de son côté Pierre Wunsch dans la revue néo-louvaniste. « On est probablement à 70% de dépenses publiques en Wallonie pour 2021- 2022. Ça veut dire qu’on sera plus proche d’un régime communiste que d’un régime néo-libéral que d’aucuns décrient. Ce n’est pas une situation unique, cela existe ailleurs comme en France. Mais si on ne prend pas conscience que la structure économique n’est pas autoportante, on passe à côté d’un débat sur la restructuration de l’économie », poursuit-il.

Or, « c’est un enjeu financier non négligeable. On prévoit un déficit public de 6% pour les deux prochaines années, ce n’est pas tenable. On va devoir faire des choix car il y aura moins d’argent », conclut le gouverneur de la Banque nationale.

Interrogé par la RTBF, Pierre Wunsch est revenu sur ses propos : « l’économie wallonne n’est évidemment pas une économie communiste, mais ce qui est vrai, c’est qu’à l’échelle belge, nous sommes les 3e plus élevés en termes de dépenses publiques à l’OCDE. » Un « choix de société » selon lui. « Mais alors qu’on ne dise pas qu’il y a un problème de réduction de dépenses publiques, de manque de dépenses », rappelle-t-il, affirmant qu’il y a « une part substantielle » des dépenses publiques wallonnes qui viennent d’endettements ou de financements de la Flandre. Il faut donc « être prudent » et « se rendre compte qu’on atteint certaines limites. »

Pour le gouverneur, c’est l’accise économique de la Région qui est trop faible. « Le niveau des dépenses publiques est assez comparable aux autres régions, mais la capacité est insuffisante, précise-t-il. On ne peut pas plaider pour plus de dépenses publiques sans s’inquiéter du financement. » Surtout dans un contexte politique où les relations Nord-Sud ne sont pas toujours au beau fixe…

L’enseignement francophone paralysé

Si l’on a de bonnes raisons pour ne pas précipiter le retour des élèves à l’école, faut-il pour autant se priver des moyens d’enseigner à distance ?

L’interdiction de progresser dans les matières est-elle pédagogiquement et socialement justifiée ?

Fait-on ce qu’il faut pour s’adapter à une situation qui pourrait durer ?

Coronavirus et fracture numérique : la Flandre a raflé toute l’offre des PC portables de DigitalForYouth

Une information Belga reprise sur le site de la RTBF (28 avril 2020)

La Flandre a raflé toute l’offre de DigitalForYouth, révèle L’Echo ce mardi, notant que près de la moitié des PC portables récoltés par l’ASBL (soit 6.401) ont déjà été attribués dans les familles de Flandre et de la communauté germanophone et qu’aucun ne se retrouvera dans les familles francophones.

L’ASBL, créée en 2019 pour venir en aide aux jeunes défavorisés, bénéficie pourtant de dons par le biais de la Fondation Roi Baudouin. « Avec le confinement, on a commencé à nous demander des portables pour l’école à la maison, explique Philip Du Bois, président du CA de DigitalForYouth. Très vite, Ben Weyts (Enseignement flamand, N-VA) et Sven Gatz (Bruxelles, Open VLD) se sont tournés vers nous ».

Ben Weyts a mis 1 million d’euros sur ta table pour faire reconditionner 10.000 portables récoltés par DigitalForYouth.

Du côté francophone, les choses ont été ralenties avec l’éclatement des compétences. Caroline Désir, ministre PS de l’Enseignement, contactée en premier par DigitalForYouth, n’était pas compétente pour cette question, qui est du ressort de Pierre-Yves Jeholet (ministre-présidence FWB, MR), Willy Borsus (Numérique en Région wallonne, MR) et Rudy Vervoort (Région bruxelloise, PS). Ils ont montré un intérêt. Mais entre-temps, la quasi-totalité des ordinateurs récoltés par l’ASBL a été réservée par la Flandre, et l’ASBL n’a plus pu répondre au marché public francophone.

« Nous n’aurions pu respecter les délais étant donné que les dons des entreprises se sont essoufflés, dit Philip Du Bois. Fournir 500 portables à la FWB alors que la Flandre en a reçu plus de 10.000, cela aurait été trop déséquilibré ».

Le mirage de l’union nationale

Et si le coronavirus réveillait le démon communautaire ?

Le Soir, 24 mars 2020

L’échec du rapprochement entre PS et N-VA et la confirmation du gouvernement Wilmès font monter la tension entre nord et sud. Qui divergent sur les causes et les conclusions. Attention, danger (communautaire).

Depuis dix jours, une partie de la Flandre ne décolère pas. La tentative avortée de former un « vrai » gouvernement fédéral autour du PS et de la N-VA ne passe pas. Et les partis francophones sont ciblés. Durant le week-end, Bart De Wever déclarait : « Bouchez voulait garder ses ministres, et Magnette n’est pas le patron chez lui. (…) Je vois un PS et un MR qui vivent dans leur monde. (…) Comment pourra-t-on continuer avec ce pays ? » Et Theo Francken lâchait dans Knack ce mardi : « La vraie raison de l’échec, c’est que les présidents Paul Magnette (PS) et Georges-Louis Bouchez (MR) se neutralisent. (…) Ils nous ont trahis. Nous n’allons pas oublier cette trahison. »

Conner Rousseau, le jeune président SP.A qui a servi d’intermédiaire entre socialistes et nationalistes, n’est guère plus aimable envers son alter ego PS. Et le CD&V de Joachim Coens ronge son frein devant cette alliance de neuf partis soutenant le gouvernement Wilmès, qui ressemble étrangement à la coalition Vivaldi (sans la N-VA) qu’il a refusée jusqu’ici.

Du côté francophone par contre, on se satisfait de ce que le gouvernement Wilmès reste en place, au prétexte qu’on ne change ni d’équipe ni de capitaine en pleine tempête. Et l’on pointe la responsabilité de Bart De Wever dans l’échec de la négociation, lui qui réclamait, dit-on, le 16 et un chapitre institutionnel.

Alors, assiste-t-on au grand retour de nos démons communautaires ? Au point d’hypothéquer l’avenir post-corona ? Réponses avec des politologues.

1) Deux visions divergentes

Nos experts le disent d’emblée, comme Pascal Delwit (ULB) : « Il est de plus en plus compliqué de faire comprendre, du côté francophone, comment les choses se pensent et s’énoncent dans l’espace néerlandophone, et inversement. » Pierre Verjans (Uliège) estime même que « l’on travaille en doubles sourds : les francophones n’écoutent que ce que les francophones disent et pas ce que les Flamands disent, et inversement. Il n’y a donc pas moyen de trouver un compromis. »

Voilà qui n’aide ni à se comprendre, ni à s’accorder. Alors, quand une longue crise politique se double d’une crise sanitaire anxiogène, tout semble réuni pour relancer nos vieilles querelles.

« Dans une situation de crise, la dimension communautaire s’exacerbe », confirme Pascal Delwit. « Et ici, elle s’est cristallisée autour de la tentative de construire un gouvernement d’urgence et de son échec. Je parle de cristallisation car il n’y a pas vraiment de faits nouveaux depuis le 26 mai : ce sont les résultats des élections qui compliquent la formation d’un gouvernement, et leur interprétation communautaire renforce cette complexité. » Car « on a conclu qu’un fossé nous séparait et que la Flandre était toujours plus à droite et la Wallonie toujours plus à gauche. Or, les partis de droite ont perdu les élections, particulièrement du côté néerlandophone ; et en Wallonie, le PS et le PTB ont obtenu moins de voix ensemble que le seul PS par le passé. »

C’est dans ce contexte qu’intervient l’échec d’une coalition PS-N-VA, interprété différemment au nord et au sud. Pourtant, nuance Dave Sinardet (VUB et Saint-Louis), « il y a différentes visions en Flandre, mais la vision dominante est bien celle de la N-VA, du SP.A et du CD&V, selon laquelle il aurait dû y avoir un gouvernement d’union nationale et que ce qui s’est passé n’est pas très correct. L’autre vision, celle du VLD, plus nuancée, est qu’en pleine crise sanitaire, il ne fallait pas changer les ministres et les cabinets ; c’est celle qui existe surtout au sud du pays. »

Chacun en tire dès lors ses conclusions : « Les francophones, grâce aux prestations de Sophie Wilmès, pensent avoir trouvé un nouveau symbole de la Belgique, pas les Flamands », résume Pierre Verjans. « Et ce qui nous apparaît comme une façon très habile d’avoir remis la N-VA au pas apparaît aux Flamands comme une façon un peu honteuse d’avoir humilié le parti principal en Flandre. »

Avec, in fine, une confiance inégale en l’actuel gouvernement Wilmès, relève Audrey Vandeleene, politologue francophone à l’université de Gand : « Dans ceux qui soutiennent cet exécutif, on ne trouve pas les deux premiers partis flamands, N-VA et Vlaams Belang. Du côté francophone, c’est l’inverse : celui qui ne soutient pas n’est que le 4e parti. »

2) Le communautaire a toujours été là

Alors, serait-ce le grand retour du communautaire ? Nos politologues nuancent. « Je n’ai pas l’impression que ce soit plus grave qu’avant, mais c’est aussi grave », dit Pierre Verjans. Le fossé nord-sud qui s’agrandit, « ce n’est pas nouveau », embraie Dave Sinardet, « mais il est vrai que ça augmente un peu, même si l’épisode actuel montre aussi des divisions au sein d’une même communauté, par exemple entre PS et MR. »

3) « L’erreur d’appréciation de Paul Magnette »

En Flandre, on l’a dit, l’impression dominante est que « Paul Magnette a cassé le pré-accord naissant avec la N-VA », pourtant, rappelle Audrey Vandeleene, « on n’était pas sûr que l’on serait finalement arrivé à un accord ». Car, embraie Pascal Delwit, « la dynamique qui a conduit à cette opportunité entre PS et N-VA était fragile, faite de sous-entendus ou de choses implicites. Tout élément perturbateur, comme les sorties de Bart De Wever, était donc à même de la faire avorter. » Mais il parle tout de même d’« erreur d’appréciation dans le chef de Paul Magnette et de ceux qui, au PS, ont pensé qu’un accord PS-N-VA était une voie : c’était sous-estimer l’opposition au sein du PS et dans le spectre francophone. »

Pour Pierre Verjans, l’essentiel est là : « Paul Magnette a cru qu’il avait le pouvoir sur son parti, alors qu’il ne l’a pas. Les militants socialistes refusaient des concessions qu’il pensait pouvoir faire puisqu’il était le symbole de la résistance francophone. Mais le PS de 2020 n’est pas le PS de 2010 (quand Elio Di Rupo a négocié avec la N-VA), qui n’avait pas le PTB dans le dos. D’où l’idée, en Flandre, d’une trahison de Paul Magnette, humilié par les siens. »

4) Des relations personnelles abîmées

Alors qu’à l’automne, relève Audrey Vandeleene, « on espérait que les nouveaux présidents de parti allaient créer de nouvelles relations, ils sont un peu retombés dans les positions précédentes et ont déjà un passif de confiance. » Les relations personnelles sont abîmées.

C’est grave docteur ? « Cela va laisser de traces, mais les relations entre les personnes n’étaient déjà pas exceptionnelles, ce qui n’aide vraiment pas », répond Pascal Delwit. « Que Magnette et Bouchez ne soient pas les meilleurs amis, on l’avait déjà vu auparavant », acquiesce Dave Sinardet. « Que l’on puisse se poser des questions sur le comportement de la N-VA, c’était déjà le cas aussi. Donc, il n’y a rien d’extrêmement nouveau, mais c’est ressenti de manière plus dramatique en période de crise. Il est absolument nécessaire que certains acteurs aient une bonne discussion. »

5) Ce ne sera pas forcément plus facile… ni difficile après

Pour nos politologues, impossible de prédire l’évolution après la crise sanitaire. Mais ils ne pensent pas forcément que la formation d’un gouvernement en sera complexifiée… parce qu’elle l’est déjà, en raison des résultats électoraux. « Cela dépendra aussi de la situation sanitaire, économique, sociale, budgétaire », explique Pascal Delwit. « Cela influencera-t-il des partis comme le PS, le CD&V ou le VLD ? Je reste persuadé qu’on ne tardera pas à aller aux élections. »

Dave Sinardet appuie : « Ce seront les mêmes questions dans quelques mois : avec le PS et la N-VA ? Une coalition Vivaldi ? Certains disent que le soutien extérieur de six partis au gouvernement Wilmès est un plan sournois pour aller vers la Vivaldi, mais je ne suis pas sûr que les cartes soient réunies pour cela. » Et Pierre Verjans ajoute : « Ce sera tout aussi difficile dans quelques mois, car on est tout le temps en train de remettre en cause celui qui est prêt à faire des concessions. »

Et l’état de grâce actuel de Sophie Wilmès n’y changera peut-être rien. « En situation de crise », conclut Pascal Delwit, « on observe souvent le resserrement autour de l’exécutif et de la figure qui l’incarne, mais c’est très éphémère. Ce que cela donnera après la crise sanitaire est très difficile à anticiper. D’autant qu’il y aura une forte attente et si la réponse gouvernementale est très en deçà de cette attente, il pourrait y avoir un retour de manivelle assez puissant. »

Le rendez-vous de 2030

Une chronique de Xavier Zeegers publiée ce jour dans La Libre Belgique

Depuis notre indépendance, près de 70 pays ont disparu. Doit-on s’inquiéter devant le vide fédéral qui s’incruste ?

Dans 126 mois, notre pays devrait fêter son bicentenaire. Cela semble loin mais si l’on songe à festoyer pour l’occasion, alors il faut déjà y penser en haut lieu. Est-ce le cas ?

Qui se souvient encore des dissidents soviétiques d’il y a cinquante ans ? L’historien russe Andreï Amalrik était de ceux-là. Interdit d’enseigner, il purgea une peine au goulag étant condamné comme « indigne de la confiance du peuple », avant d’être expulsé en Hollande. Il publia aussitôt en France un ouvrage au titre choc : L’Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ? Il envisagea donc l’impensable, survenu à peine un lustre plus tôt que la réalité. Aux J.O. de la lucidité, il est donc médaillé d’or ; l’argent étant pour Emmanuel Todd avec La Chute finale en 1976, et le bronze pour Hélène Carrère d’Encausse et son Empire éclaté paru en 1978. Bernard Pivot n’invita à Apostrophes aucun de ces auteurs lors de leurs publications respectives. « Avoir raté un tel podium fut mon plus grand ratage professionnel », dit-il. On lui pardonne volontiers.

Peut-on pasticher Amalrik avec cette question sacrilège : la Belgique survivra-t-elle jusqu’en 2030 ? (Et au-delà…) J’espère pouvoir un jour saluer l’avènement de notre première reine, et ensuite (why not ?) assister au couronnement de Charles d’Angleterre, si Dieu me prête vie. Je ne suis certes pas partisan d’une monarchie qui incarnait naguère le pouvoir absolu, prétendument divin, que par bonheur nous n’avons jamais connue. La nôtre, constitutionnelle, fait partie des États de droit les plus démocratiques au monde, véritables remparts contre les dérives totalitaires. Mais il faut rester vigilant. Or j’ai en tête les mots cruels de Lionel Vandenberghe, ex-président du Comité du pèlerinage de l’Yser : « Nous n’avons jamais été heureux ensemble, alors actons cela enfin ! » Ce qu’au fond nous fîmes en douceur au fil du montage de notre lasagne institutionnelle, soupe amère où d’évidence l’on s’enlise. Très indigeste, mais paraît-il étant l’huile de notre Constitution en foie de morue. Dès 1961, elle s’articula autour d’un axe, une « frontière linguistique », administrative, mais qui devint de facto d’État. Datant de l’Empire romain, elle sépare les mondes latin et germain. « Elle aurait pu être une tirette mais ressemble désormais à une cicatrice. » Le mot est d’Herman De Croo et résume tout. Il y avait bien une alternative, celle d’un bilinguisme de Saint-Idesbald à Arlon, comme le français de Halifax à Vancouver au Canada. Mais ne rêvons pas.

Le jour de ses 18 ans, notre future reine Elisabeth a prononcé une phrase déjà historique : « Le pays pourra compter sur mon engagement. » On ne doute pas d’elle, mais sur qui pourra-t-elle compter ? Car il y a déjà une ombre : celle des invités qui se dérobèrent, lui infligeant ainsi son premier outrage. Ce n’est certes pas suffisant pour s’affoler – et ferait trop plaisir à ces goujats – au point d’envisager un vrai bye bye Belgium qui ne ferait sourire personne. Mais Melchior Wathelet senior vient de dire à La Libre que sans le statut de Bruxelles, la séparation aurait déjà été actée. D’autres le pensent aussi. Or tout se passe comme si aucun ouragan ne pouvait jamais déraciner notre pays. Impossible voyons ! Où allez-vous donc ? Mais on s’est bien moqué d’Amalrik ! Qui imaginait le retour de l’extrême droite en Europe ? Trump président ? L’Australie en feu ? Depuis notre indépendance, près de 70 pays et empires ont disparu, dépecés, engloutis. De quoi ébranler ce calme troublant devant le vide fédéral qui s’incruste, fruit d’une lassitude mâtinée de désenchantement. Pas de panique donc ? Mais voici l’avertissement d’un célèbre politologue :

Le point n’en put être éclairci

De grâce, à quoi bon tout ceci ?

Dit une abeille fort prudente,

Depuis tantôt six mois que la cause est pendante

Nous voici comme aux premiers jours

Pendant cela, le miel se gâte

Il est temps que le juge se hâte.

Jean de La Fontaine, dans : « Les frelons et les mouches à miel ».

Vive le confédéralisme ?

Un article publié ce 2 décembre sur le site du Vif/L’Express :

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ?

Par Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Francophones et Flamands ne s’aiment plus. Au mieux, ils s’ignorent. La Belgique va devenir une coquille (presque) vide. Et c’est tant mieux.

Le casse-tête belge se résume en deux phrases. La Wallonie est l’une des régions les plus à gauche d’Europe. La Flandre, l’une des régions les plus à droite. Ce grand écart pourrait encore s’accentuer en cas de scrutin anticipé.

Derrière la vitrine belge : le brol !

Bart De Wever a raison : il y a deux démocraties en Belgique. Les rêves de la majorité des Flamands ne sont pas les mêmes que ceux de la majorité des Francophones. Il est urgent d’en tirer toutes les conséquences. Et d’en finir avec la fiction noir-jaune-rouge.

Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. Pas question de donner des « mauvaises » idées à d’autres régions en quête d’autonomie. Il subsistera donc une vitrine belge. Mais derrière la vitrine, juste quelques brols.

Sortir de l’hypocrisie belge

Partons d’un principe simple : tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. A peine les gérants de la vitrine belge garderaient-ils les compétences de la Défense, des Affaires étrangères et certains aspects des Finances.

Tout est permis pour sortir de l’hypocrisie belge. – « l’Union fait la force », la belle blague ! La Belgique va s’évaporer. Le scénario indépendantiste – sans l’indépendance formelle – est incontournable. Les francophones doivent travailler consciencieusement avec les Flamands pour réussir ce scénario. Et cesser de les diaboliser. Nos voisins du Nord veulent voler de leurs propres ailes ? Pourquoi pas ? Ce n’est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent dans l’histoire des peuples. De Wever n’est pas un monstre. La Flandre n’est pas quadrillée de casques à pointe prêts à envahir la Grand-Place de Bruxelles.

Indépendance soft et solidarité

Tout est possible pour clôturer le mauvais film belge. A une condition : aucun des conjoints du ménage tricolore en crise ne peut sortir perdant du processus d’indépendance soft qui s’annonce. Le point le plus sensible a évidemment trait à la sécurité sociale. En cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Ce n’est évidemment pas tenable. Ni pour les Wallons, qui verront leur niveau de vie baisser. Ni d’ailleurs pour la Flandre, qui n’a aucun intérêt à appauvrir la région voisine, qui est son principal partenaire commercial. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir, comme il en existe déjà aujourd’hui dans la complexe machinerie institutionnelle belge.

La question des mécanismes de solidarité – sur une longue durée – est centrale. Aujourd’hui, bon nombre de francophones s’accrochent à la chimère d’un statu quo institutionnel parce qu’ils ont le sentiment que les flamingants veulent les détrousser comme dans un bois. En résumé, piller la caisse commune et mettre la Wallonie au régime sec. Beaucoup de francophones craignent des lendemains qui déchantent en cas de nouveau round institutionnel. Voilà pourquoi ils veulent le maintien de la Belgique sous sa forme actuelle. Pas par sentiment patriotique belge. Encore moins par amour des Flamands. Mais uniquement par peur d’une dégradation de leur niveau de vie dans l’après-Belgique.

Fétichisme des mots

Le temps est venu d’en finir avec le fétichisme des mots. La Belgique de demain sera-t-elle confédérale ? Il est inutile de se quereller sur la terminologie. Mieux vaut admettre pour principe que Flamands et francophones continueront demain à cohabiter dans un territoire inchangé, mais qu’ils y vivront de façon presque totalement indépendante.

Nos toujours compatriotes du Nord veulent encore moins de Belgique et encore plus de Flandre. C’est leur droit. Plutôt que de multiplier les vains discours anticonfédéralistes, les francophones doivent en prendre acte. Et reconnaître comme recevables- même si elles ne nous font pas plaisir – les aspirations flamandes. A court terme, la formation d’un gouvernement fédéral en sera facilitée. A moyen terme, la nouvelle majorité, au-delà de la gestion socio-économique courante, préparera le grand deal de la législature 2024-2029 : la scission de quasiment toutes les matières « belges », en échange de nouveaux mécanismes de solidarité, solides et irréversibles. Et de garanties renforcées pour les droits des francophones dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise.

Pour une Belgique a minima

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? Sous sa forme fédérale, la réponse est négative. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce ne sera pas davantage la fin de notre modèle de compromis. Certes, la Belgique deviendra toujours davantage une coquille vide. Mais une Belgique a minima est préférable à la paralysie actuelle, où Flamands et francophones se regardent en chiens de faïence et sont incapables de former un gouvernement.

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Lu sur le site du journal Le Soir ce 14 septembre 2019 :

Grand Baromètre : le Vlaams Belang et la N-VA obtiennent la majorité flamande à la Chambre (infographie)

L’extrême droite dépasse pour la première fois les nationalistes de la N-VA côté flamand, selon notre sondage Le Soir-RTL-TVI-Ipsos, mais obtiennent ensemble la majorité dans leur groupe linguistique.

La Chambre, c’est surtout « de Kamer », puisque le groupe linguistique néerlandophone y occupe 89 sièges sur 150, pour 61 sièges dévolus aux francophones. Pas de problème, tout cela est démocratique et constitutionnel. Sauf que d’après notre Grand baromètre Le Soir-RTL-TVI-Ipsos-Het Laatste Nieuws-VTM, vu la poussée du parti d’extrême droite flamand, qui avait emporté 18 sièges déjà en mai dernier, et qui en reprend 7 aujourd’hui (virtuels là, qu’on se rassure), on arrive à 46 sièges pour les deux formations séparatistes flamandes (la scission est dans leurs programmes et leurs statuts), à savoir le Vlaams Belang et la N-VA. Ce qui leur permet, donc, d’avoir la majorité dans leur groupe linguistique, tout juste mais ça suffit, la majorité étant de 45 sièges. Une configuration qui rendrait le Parlement fédéral proprement ingérable, il exploserait au premier affrontement en séance, la Belgique aussi.

Lire la suite de l’article.

Dans son édition du jour, Le soir reprend aussi une interview de Jean-Claude Junker publiée dans L’Echo, sous le titre suivant : « A la Côte belge, je parle allemand car ils n’acceptent plus les francophones » . Le président de la Commission européenne dit notamment ceci : « La Belgique est un État, mais les communautés se considèrent être des nations – je veux parler de la Flandre. La Wallonie n’a pas d’elle-même une conception nationale, alors que la Flandre se croit et se comporte comme nation. Et ça reste un miracle de voir ces deux entités, si disparates finalement, vivre ensemble sans vivre ensemble. »

Gouverner c’est voir et prévoir…

Un article de Benoît Mathieu publié sur le site du journal L’Echo le 2 septembre 2019

De quelle Belgique rêvent les francophones ?

C’est le (mauvais) scénario qui prévaut sur la scène institutionnelle belge. Au nord, le spectre du confédéralisme – cette notion qui veut tout et rien dire – rôde. Et au sud, on a l’habitude de se déclarer demandeurs de rien. L’Echo a sondé les mondes académique et politique afin de voir quelle serait la Belgique souhaitée par les francophones. Et si la clef était de tout remettre sur la table ?

On appelle cela une tarte à la crème, quand bien même, à la base, il s’agit plus de pomme de terre ou d’orge. Lorsque la Belgique est évoquée à l’étranger, il ne faut pas longtemps pour que frites, gaufres, bières et chocolat ne déboulent dans la conversation – c’est aussi invariable que légèrement pénible et réducteur. D’autant plus que cela revient à passer à côté d’une des plus grandes spécialités du plat pays. À savoir le bras de fer communautaire et l’imbroglio institutionnel qui l’accompagne. Des décennies que cela dure. Et ce n’est pas fini.

Même lorsque l’on tente de mettre le colis au frigo, il s’en échappe à la première occasion. Aussi a-t-on entendu durant cette législature des ministres se plaignant de ne pas avoir les coudées franches, tant les matières dont ils avaient hérité – Climat, Mobilité et Soins de santé en tête – étaient saucissonnées entre niveaux de pouvoir. Et après une campagne électorale pas réellement centrée sur la question, voilà que le plus important parti du pays n’a (presque) plus que ce mot-là à la bouche : confédéralisme. C’est, en Belgique, une sorte d’état permanent, où il est inscrit que le dernier trifouillage institutionnel en date ne sera pas l’ultime. Où l’on évoque le suivant alors que le précédent n’est pas encore digéré.

Surtout, n’en parlons pas !

Au vu de cette quasi-inéluctabilité, on pourrait penser que les partis francophones sont armés jusqu’aux dents. Du moins, intellectuellement : au courant des manquements actuels, blindés de pistes d’amélioration possibles, dotés de modèles divers et variés, et plus ou moins alignés sur une stratégie commune. Eh bien, pas du tout.

On a effectué la tournée d’une bonne partie des boutiques et la réponse est semblable presque partout. Si l’une ou l’autre personnalité au sein de la formation a bien sa petite idée en la matière, il n’existe guère de réflexion structurée sur le chapitre institutionnel. Surtout, ne pas ouvrir la boîte de Pandore et donner l’impression d’être prêt à en discuter : voilà la position tenue par les deux plus grands partis francophones. « Actuellement, dire qu’on y réfléchit relève de la faute politique », tranche-t-on au cdH.

Une posture attentiste qui peut se comprendre. « Réfléchir à ce qui ne fonctionne pas est assimilé à un constat d’échec, analyse Émilie Van Haute, politologue à l’ULB. Ce qui revient à accepter la thèse flamande et à plaider pour une réforme. Alors, tant qu’à faire, autant ignorer le sujet. » Et puis, embraie le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain), les francophones sont toujours embourbés dans la dichotomie entre Communauté et Région. « C’est le nœud du problème. Comment se projeter dans l’avenir si ce débat n’est toujours pas clos ? »

Résultat des courses : jouant en défensive, traçant des lignes rouges qui sont bien souvent franchies par la suite, pas vraiment préparés et demandeurs de rien, les francophones subissent les réformes de l’État. Qui peuvent se caricaturer de la sorte : plus d’autonomie pour le nord, de l’argent pour le sud. Après, il est toujours possible de leur trouver des circonstances atténuantes. « L’institutionnel ne constitue pas la priorité de leurs électeurs, glisse Émilie Van Haute. Cela explique aussi pourquoi ils ne s’en emparent pas davantage. »

Il ne faudrait pas non plus surestimer la préparation de leurs homologues flamands. « Dont la dernière feuille de route institutionnelle commune remonte à 1999, recadre Benoît Bayenet, professeur de finances publiques à l’ULB et l’ULiège. Et si certains partis ont bien une idée d’où ils veulent aboutir, ils ne sont guère plus avancés sur la voie pour y parvenir. »

Une agora commune pour un vrai débat

Et puis, il n’est pas certain qu’un grand pow-wow francophone soit la voie à suivre. « Stratégiquement, déterminer une position commune francophone à opposer à la néerlandophone, voilà la meilleure manière de ne pas déboucher sur un bon compromis », juge Philippe Van Parijs, professeur de philosophie politique à la KULeuven et à l’UCLouvain. Qui s’est fendu, l’an dernier, d’un ouvrage consacré à l’avenir du pays. Philippe Van Parijs, Benoît Bayenet, ou encore le duo Olivier Maingain/François De Smet de chez DéFI – peut-être le parti qui s’est le moins montré effrayé par la bête institutionnelle – va dans le même sens.

L’idéal serait d’ouvrir le débat dans une agora commune, réunissant francophones et néerlandophones – un peu à l’image de ce que le monde académique fait déjà, notamment via des groupes comme Re-Bel, Pavia, ou des colloques amenant à repenser la Constitution. Une agora certainement pas restreinte aux seuls partis et mariant mondes académique et économique, doublés par cette insaisissable « société civile ».

Le tout n’empêcherait pas la formation actuelle d’un gouvernement et vivrait sa vie en parallèle de la gestion de la maison Belgique. Et s’il risque de forcer les partis francophones à plonger dans ce grand bain qu’ils redoutent tant, au moins cela ne les empêchera plus d’apporter des solutions. Un exercice qu’ils se refusaient à faire jusqu’ici.

Réfédéralisation de certaines compétences, instauration d’une circonscription fédérale : pourquoi certaines demandes, paraissant presque tomber sous le sens, ne pouvaient-elles pas être portées par des partis francophones ? « Parce qu’elles seraient passées pour des demandes francophones, explique-t-on au cdH. À qui l’on aurait fait une concession, moyennant autre chose. C’est pourquoi il est nettement plus intelligent que ce genre de suggestion émane d’une plateforme bilingue. »

Et au final, qui fait quoi ?

C’est évidemment le cœur du problème. Quelle entité gère quelle compétence ? La question est d’autant moins évidente qu’en se laissant porter par le flot du fédéralisme, la Belgique navigue à vue depuis belle lurette. « Il n’existe aucun travail rationnel, cohérent et global examinant, compétence par compétence, ce qui a été fait, et ce qui cloche », déplore Mathias El Berhoumi, professeur de droit constitutionnel à l’Université Saint-Louis. Ce qui rend fou François De Smet. « Pendant longtemps, l’identitaire a confisqué le débat institutionnel. Il faut à présent passer de l’irrationnel au rationnel. Et réfléchir au seul critère de l’efficacité. » Tout en évaluant à l’aune de ce même critère les réformes de l’État jusqu’ici entreprises.

Tel est également le credo de Benoît Bayenet. Ouvrir grand le débat, sans tabou. « Il faut y aller. À chaque fois, les francophones ont accepté le minimum… tout en sachant que le round suivant était déjà en préparation. Or le modèle actuel est d’une complexité folle et se situe à mi-chemin. Ceux qui veulent aller plus loin et ceux qui veulent refédéraliser certains pans ont tous deux raison. » L’efficacité n’est pas au rendez-vous. Or c’est elle qui est censée guider l’organisation de l’État.

Fédéralisme budgétaire

Que dit la raison, donc ? À ce petit jeu, la théorie du fédéralisme budgétaire peut s’avérer utile. « Par exemple, tout ce qui touche à la sécurité sociale et comporte un risque de mobilité des personnes a intérêt à être du ressort du niveau le plus élevé possible, l’idéal étant l’échelon européen. » L’économiste Étienne de Callataÿ ne dit pas autre chose. « Le plus souvent, d’un point de vue économique, régionaliser n’a pas beaucoup de sens. Parce qu’il existe des effets de débordement : si je mène une bonne politique, elle va déborder au-delà de mes frontières. Surtout dans des économies très ouvertes et intégrées. Autrement dit : on est dans le même bateau. »

Le prisme économique n’est toutefois pas le seul. « Cela ne signifie pas que l’on ne peut guère penser à un modèle décentralisé qui garde une certaine efficacité, nuance Benoît Bayenet. Dans une démocratie, il faut également tenir compte des aspirations citoyennes, et l’optimalisation n’en fait pas toujours partie. Le fédéralisme a ceci de magique : on peut inventer le modèle que l’on veut. Si le surcoût lié à la fédéralisation permet à la Belgique de tourner et d’éviter un coûteux blocage, tel est le prix d’une démocratie qui fonctionne. »

L’avantage de la formule est qu’elle débouchera sur un plan de bataille, pouvant être soumis à l’approbation du citoyen. Qui retrouvera son mot à dire dans le domaine institutionnel; mot qu’il avait perdu, à la longue. « Ce qui est démocratiquement problématique », estime Vincent Laborderie.

Et si la réflexion peut prendre du temps – quel mal après tout à réfléchir cinq ou dix ans, puisque voilà bien cinquante ans que la Belgique est empêtrée dans un fédéralisme évolutif et pas franchement convaincant ? –, il faut garder en mémoire que les transferts qui pourraient s’ensuivre risquent, eux aussi, de ne pas être réglés en deux coups de cuillère à pot. « Prenez le dossier des allocations familiales, transférées dans le cadre de la sixième réforme de l’État, illustre le constitutionnaliste Christian Behrendt (ULiège). Alors que l’accord politique date de 2011, le transfert ne sera totalement effectif qu’en 2020. Soit neuf ans pour un dossier qui n’est pas d’une complexité folle, mais n’est pas si homogène qu’on le croit, puisqu’il recouvre des enfants ne résidant pas en Belgique. C’est ce qui nous pend au nez : les transferts de compétences seront de plus en plus complexes. Les premières réformes ont porté sur des théâtres, des musées, des routes ou des écoles. Autant de choses qui ne déménagent pas. La suite s’avérera plus complexe, surtout si l’on touche à la Sécu. Ne fût-ce que pour respecter le principe de libre circulation. »

Une Belgique à quatre Régions

N’allez pas croire. La Communauté française – ou Fédération Wallonie-Bruxelles si vous préférez – compte encore de fervents défenseurs, en tête desquels figurent le cdH et DéFI. « Avec le spectre du grand soir flamand, la Fédération est vue comme la garante de la solidarité francophone, une sorte de bouclier », analyse Vincent Laborderie. Malgré quoi, pour la plupart de nos interlocuteurs, l’avenir est aux Régions. Une Belgique à quatre Régions : Bruxelles, Flandre et Wallonie, rejointes par une Région germanophone. « Même si je suis très attaché aux compétences des Communautés, il faut reconnaître que le modèle mêlant Communautés et Régions ne fonctionne pas, confesse Mathias El Berhoumi. Modèle d’une hypercomplexité qui se renforce de réforme en réforme. » Réduisant d’autant la lisibilité pour le citoyen.

Sous-financement et absence de moyens propres, tout comme d’élections directes. Déséquilibres en termes de rapport de force entre Wallonie et Bruxelles. Sensibilités différentes entre la Wallonie et la capitale. Réunification de l’Économie, l’Emploi, l’Enseignement et la Formation aux mains d’une seule et même entité. Les arguments en faveur d’un retrait de la Communauté française ne manquent pas. « D’autant que cela permettrait de simplifier fortement le modèle bruxellois », où celui qui s’y retrouve mérite presque une médaille olympique et où la logique territoriale aurait plus de sens que la communautaire. Cela permettrait également de mettre sur pied un enseignement bilingue – voire trilingue, avancent les plus motivés – dans la capitale. Afin que le multilinguisme cesse enfin d’être un caillou dans la chaussure belge et se transforme en avantage.

« Et à tous ceux qui s’inquiéteraient de voir des administrations scindées ou que soit rompue la continuité pédagogique entre Wallonie et Bruxelles, je répondrais ceci, argumente Benoît Bayenet. Les députés bruxellois peuvent très bien voter les mêmes décrets que leurs homologues wallons pour tout ce qui a trait à l’organisation de l’enseignement. Tout en gérant différemment les bâtiments et la mobilité, selon les spécificités bruxelloises. Il n’est par ailleurs nullement besoin de dédoubler les administrations : pourquoi ne pourraient-elles pas travailler pour plusieurs niveaux de pouvoir ? Comme le SPF Finances ? Ou la Sécu, qui travaille pour le Fédéral et les Régions ? »

Et l’argent dans tout ça ?

C’est le risque, reconnaissent ceux qui estiment que la loi spéciale de financement, colonne vertébrale de la Belgique fédérale, n’avantage pas les francophones, parce qu’elle ne tient pas compte des richesses produites sur le territoire bruxellois, ni des spécificités du territoire wallon : paraître, une nouvelle fois, en quête d’argent. N’empêche. Se baser, pour le financement régional, sur l’impôt des personnes physiques perçu en fonction du lieu de résidence « est contraire aux conventions internationales », juge Étienne de Callataÿ. « Comme celle de l’OCDE sur les travailleurs transfrontaliers. On paie ses impôts sur le revenu là où l’on travaille. » Ils sont nombreux à estimer que les francophones devraient exiger que ce tir-là soit rectifié, en tout ou en partie.

Et puis, il y a ces fameux transferts financiers du nord vers le sud, qui pimentent la vie politique – tout en alimentant parfois les fantasmes. « La Belgique ne se situe pas au top des transferts interrégionaux, modère Benoît Bayenet. Ils ne sont pas énormes, et inférieurs à ceux qui ont cours en France. » Mais puisqu’il est question de mettre à plat les compétences, il pourrait en être de même pour le financement. Avec objectivité. « La Belgique est le seul pays fédéral où l’on ne tient compte que du rendement de l’impôt des personnes physiques, en le rapportant à une clef population. Dans les autres pays, où le modèle fédéral est parfois plus approfondi que le nôtre, il existe quantité de mécanismes de péréquation. Qui permettent de compenser de manière objective les différences entre entités, que ce soit en matière de population ou de géographie. »

Un préalable s’impose toutefois : faire le ménage dans les institutions francophones. Et mettre les budgets en ordre.

Un peu de tuyauterie pour la route

Hiérarchie des normes, communauté urbaine, refonte du Sénat, place de l’anglais, les pistes évoquées ne manquent pas. Faute de place, épinglons une des plus cruciales, défendue par le groupe Pavia depuis… 2005. L’instauration d’une circonscription fédérale élisant, par exemple, 10% de la Chambre, soit 15 députés. « Dans la configuration actuelle, personne ne parle à l’ensemble des Belges, pointe Émilie Van Haute. C’est l’une des causes de la fuite en avant communautaire. » Les personnalités politiques francophones et néerlandophones « ne se concurrencent pas mutuellement, mais luttent dans leurs circonscriptions respectives, au sein de partis distincts, pour obtenir les faveurs d’électorats séparés », écrit Philippe Van Parijs. « Le résultat est, de part et d’autre, une dynamique de surenchère qui construit les intérêts des deux communautés comme opposés. » Sur ce point-là règne une certaine unanimité, côté francophone. Ce serait déjà un bon point de départ.