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Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique ?

Un article d’Ewald Pironet (Knack) publié sur le site du Vif/L’Express le 7 juin 2019.

Si le résultat des élections n’est pas entièrement satisfaisant, il est toujours possible d’appeler à un nouveau vote. Le premier à le suggérer est le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, époux de Laurette Onkelinx (PS). Il voit « une multitude d’impossibilités pour ce qui concerne la gestion du gouvernement fédéral. La seule question qui se pose, c’est de savoir quand le monde politique admettra qu’il faut retourner aux élections ». Eric Van Rompuy (CD&V) – époux de Viviane Geuffens, directrice du service des commissions parlementaires – abonde dans son sens:  » Les vétos de la N-VA et du PS vont entraîner un blocus total. Je prévois six mois de statu quo, puis peut-être de nouvelles élections ». Selon Uyttendaele et Van Rompuy, les nouvelles élections devraient porter sur la pérennité de la Belgique.

La formation d’un gouvernement au niveau fédéral sera extrêmement difficile. Non seulement les partis ont opposé leur veto bien avant les élections, mais le résultat ne facilite pas les choses. Les trois partis flamands traditionnels, CD&V, sp.a et Open VLD, ont implosé et leurs homologues francophones ne sont pas beaucoup mieux lotis. Les extrêmes, le Vlaams Belang et le PVDA-PTB, ont remporté ensemble 30 des 150 sièges et sont les grands gagnants, mais n’entrent pas en ligne de compte pour participer au gouvernement- peut-être que le PVDA-PTB le fera encore en Wallonie. Alors que la Flandre a voté principalement à droite et à l’extrême droite, les francophones ont opté pour la gauche et l’extrême gauche. Ce sera difficile.

Peut-il y avoir de nouvelles élections ? Si la majorité des membres du Parlement vote en faveur de la dissolution du Parlement, des élections peuvent avoir lieu quarante jours plus tard. Si une majorité se dégage en faveur d’une révision de la Constitution, il y aura également des élections. Uyttendaele y fait implicitement référence, Van Rompuy explicitement :  » Tout d’abord, le Parlement rendra possible une large révision de la Constitution, afin qu’on puisse discuter du confédéralisme « .

Cela soulève des questions telles que : pourquoi n’a-t-on pas procédé à une révision complète de la Constitution à l’approche des urnes du 26 mai ? Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique pendant la campagne ? Car il était clair que l’organisation et le financement de notre pays seraient sur la table après les élections, comme nous l’écrivions au début de l’année. Tous les jours, il s’avère que les six réformes de l’état ne tiennent pas debout. En outre, pour leur recherche de prospérité et de bien-être, la Flandre et la Wallonie prennent des chemins inverses. Et le flux d’argent vers le sud du pays se tarit. En évitant tout débat institutionnel, les partis politiques illustrent leur faiblesse. Il est étrange que tant de politologues et de commentateurs se soient installés dans cet état de déni.

Si de nouvelles élections ont lieu, elles ne peuvent concerner que la Chambre, et non les parlements régionaux ou nos députés européens. Un tel scrutin résoudrait-il quelque chose ? Il y a de bonnes chances que les partis politiques extrémistes l’emportent, et si de nouvelles élections reviennent à un référendum sur la Belgique, le résultat sera imprévisible. On ne peut exclure que la Belgique francophone vote très différemment de la Flandre et que nous assistions à une réédition de la Question royale, où le pays sera encore plus déchiré.

Donc, mieux vaut éviter de nouvelles élections vu que le peuple a voté. Si nous avons encore des hommes et des femmes politiques responsables, ils doivent s’efforcer d’interpréter le fameux article 35, que les démocrates-chrétiens, les socialistes et la Volksunie ont fait inscrire dans la Constitution en 1994. Selon feu Jean-Luc Dehaene (CD&V) dans ses mémoires, l’article 35 était « peut-être une alternative, si la méthode actuelle est usée jusqu’à la corde ». Il semble que ce jour soit arrivé.

L’article 35 stipule que l’État fédéral ne peut exercer que les pouvoirs qui lui sont expressément attribués par la Constitution et les lois ordinaires. Tous les autres pouvoirs  » résiduels  » sont automatiquement attribués aux Régions. En termes simples, il doit y avoir une liste des compétences de l’État fédéral, et tout ce qui ne figure pas sur cette liste s’adresse aux communautés et aux Régions. Le fait que nos hommes politiques n’aient pas été en mesure de remplir cet article 35 au cours des 25 dernières années explique le cul-de-sac où se trouve aujourd’hui la Belgique. Plus cela prend du temps, plus l’impasse s’aggrave et plus les conséquences seront imprévisibles.

Aux journalistes d’ouvrir le débat

Jules Gheude attire notre attention sur cet article de Didier Swysen pour Sudinfo (1er juin 2019).

La scission du pays n’est plus un scénario totalement improbable : les experts craignent un cauchemar à la grecque pour la Wallonie

L’hypothèse d’une scission de la Belgique devient moins improbable au rythme des voix supplémentaires que les séparatistes flamands engrangent à chaque élection (N-VA et Vlaams Belang sont à une voix de la majorité à la Chambre et à cinq voix de la majorité au gouvernement flamand).

Se rapproche-t-on du scénario du faux documentaire « Bye Bye Belgium », de la RTBF en 2006 qui avait fait hurler politiques et citoyens ? Les politiques flamands hésiteront-ils une seconde à actionner le « bouton scission » dès qu’ils seront majoritaires ? Les Wallons ont-ils intérêt à prendre leur destin en main dès aujourd’hui et à préparer un « plan B » qui les rendra moins passifs face à une Flandre offensive ?

Deux choses paraissent évidentes : primo, évoquer le scénario est très sulfureux. Plusieurs experts (de renom) contactés ce vendredi n’ont pas souhaité nous répondre ou l’ont fait de manière anonyme (« C’est déjà compliqué d’avoir des chiffres pour le Brexit. Alors, imaginez les conséquences financières d’une scission de la Belgique… »).

Deuzio, l’horloge tourne. On sait que les transferts financiers Nord-Sud deviendront dégressifs dès 2026 (de 500 millions) pour se tarir définitivement dix ans plus tard.

Cauchemar à la grecque ?

Les prémices d’un scénario cauchemardesque à la grecque pour la Wallonie ? C’est la crainte que partagent la plupart des experts, surtout si Bruxelles refuse de former, avec elle, une « Belgique à deux ». Les plus optimistes ? Ceux qui voient le salut de la Wallonie dans une alliance avec la France.

Que Bruxelles choisisse un destin de ville-Etat, cela semble probable à un expert comme l’économiste Etienne de Callataÿ, qui nous explique, par ailleurs, à quel point le partage de la dette s’avère explosif et pas que pour la Wallonie.

Une dette qui reste, curieusement, l’un des ciments les plus forts de notre pays. « En 1989, lors de la régionalisation, Flamands et Wallons se sont mis d’accord sur leur dos », dit-il. « Les Bruxellois admettraient-ils d’être gérés par deux nouveaux Etats, flamand et wallon, sans rien avoir à dire ? D’autant plus qu’être un petit Etat n’est pas synonyme de mauvaise santé. Regardez le Luxembourg… Cela dit indépendamment de la manière peu idéale dont Bruxelles est gérée aujourd’hui. »

Les sondages effectués ces dernières années (exemple : RTL-Ipsos-Le Soir en 2013) voyaient l’illusion d’un Etat Wallonie-Bruxelles se crasher sur la volonté de près de 70% des Bruxellois de la jouer perso en cas de scission.

Alors, si une « Belgique à deux » est impossible, si y aller en solo fait craindre aux experts un « cauchemar à la grecque », vu le poids de la dette qu’on lui attacherait au pied (« l’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel », disait, en 2016, l’économiste Jules Gazon), que reste-t-il comme solution à la Wallonie ? Un rattachement à la France ?

De Gaulle y pensait

Au début du printemps, l’écrivain belge et militant wallon Jules Gheude, ardent défenseur du rattachisme, le remettait sur le tapis. La seule option réaliste, selon lui. Le général de Gaulle était déjà convaincu et le conseiller de l’ancien président français Mitterrand, Jacques Attali, disait que « le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait ». De rares sondages montrent que les Français sont plutôt ouverts à la solution. Resterait à en convaincre les Wallons : Jules Gheude rapporte cette anecdote tirée de l’un de ses exposés, une dame clamant « qu’elle préférait encore vivre dans la pauvreté qu’être française ».

De toute manière, la complexité belge exigerait des années de négociations pour entériner une scission. « Il a fallu 36.000 pages de traités à la Tchéquie et à la Slovaquie, alors qu’il n’y avait pas un nœud comme l’est Bruxelles chez nous et quasiment rien à partager d’un point de vue économique », concluent les experts.

Les dirigeants politiques wallons tout parti confondu nous mentent. Hélas !!!

Entrepreneur wallon, où es-tu?

25 avril 2019 19:31

On crée moins d’entreprises au sud du pays

On a envie de se réjouir en découvrant dans l’Atlas des créations publié par le bureau Graydon que pour la première fois dans l’Histoire, plus de 100.000 entreprises ont été fondées en Belgique l’an dernier. Un record qui marque une progression de 5,3% sur un an. Et quand on soustrait de ce total le nombre de fermetures d’entreprises enregistrées en 2018, on obtient encore 22.607 créations nettes, ce qui signifie une hausse de 1,88% de l’effectif global des entreprises.

Certes en progression, les deux statistiques marquent un petit essoufflement par rapport à l’excellent cru 2017 (+ 5,8% et + 2,45%).

Mais quand on regarde la répartition des chiffres entre les trois Régions, le bilan s’avère beaucoup moins positif…Pendant que la Flandre accueillait cent nouveaux starters nets, la Wallonie en accueillait six…

Un coq qui a bien pâle figure représentant bien la situation réelle de la Wallonie… HELAS !!!

Vous entreprenez ? Vous avez des idées pour faire bouger les lignes ? Rejoignez la communauté des entrepreneurs :

Découvrez aussi notre site dédié aux chefs d’entreprise wallons et l’ensemble de nos articles.

La Flandre cartonne dans les deux classements. Elle a enregistré 11,6% de starters en plus et 14.970 nouvelles entreprises nettes. Bruxelles rend une copie honorable: + 5,2% et une croissance nette de 2.913 unités. 

La Région wallonne, en revanche, stagne lourdement: – 0,2% et à peine 932 nouvelles entreprises en net. En réalité, le sud du pays a vu presque autant de fermetures (23.525) que de créations (24.457): la différence n’est positive que de 3,8%.

Par comparaison, le nord a recensé 25,7% de créations en plus que de fermetures et Bruxelles, 23%. Autre mesure de l’écart : pendant que la Flandre accueillait cent nouveaux starters nets, la Wallonie en comptait six… C’est grave, Docteur ?

Cela montre en tout cas que le chantier ouvert en Wallonie pour y relancer l’entrepreneuriat est encore loin de donner les résultats espérés et que les plans Marshall successifs n’ont pas bouleversé les mentalités.

À la présentation de l’Atlas, l’Union des classes moyennes a évoqué le déficit d’image qui affecte toujours l’entrepreneur au sud du pays. Elle a aussi parlé d’une plus grande aversion au risque en Wallonie, en regard du taux d’emploi régional : c’est un cercle vicieux, puisqu’on se lance plus volontiers comme indépendant quand on a plus de chance de retrouver un job… donc au nord plutôt qu’au sud.

Ce qui agrandit encore le fossé entre les Régions. On parle souvent des champions wallons, et il y en a, mais c’est le petit peuple des humbles starters qui a besoin de stimuli.

Michel Lauwers, Journaliste Source : L’Echo

LE COMMENTAIRE de l’ A.W.F. : cet article nous attriste au plus haut point, mais il rejoint bien l’analyse de nos économistes.

Il omet toutefois de mettre le doigt sur la principale cause de cette situation. La Flandre jouit d’un potentiel économique solide qui donne confiance, mais surtout elle a l’art de se servir de l’image belge à son seul profit quand cela sert ses intérêts.

Bruxelles profite de sa situation de capitale européenne qui a engendré la présence en son sein d’ un nombre incalculable d’institutions internationales. De plus, elle est la capitale d’une Belgique flamande. Dans toutes les discussions institutionnelles, par couardise, les Wallons et les Bruxellois de langue française ont donné à la Flandre des leviers de pouvoir totalement disproportionnés par rapport à ce que représente la Flandre à Bruxelles en matière démographique.

Les Wallons sont englués dans une fédération Wallonie-Bruxelles/Communauté française (qui aujourd’hui porte bien mal ce nom) dont elle ne reçoit pas ce qu’elle serait en droit de réclamer au vu de ce qu’elle a donné à Bruxelles et de ce qu’elle donne encore aujourd’hui. Mais en politique, parler en termes de reconnaissance n’existe pas. La politique, c’est la froideur des réalités de terrain, qu’il soit économique, social, culturel ou encore du domaine de l’enseignement.

La Wallonie souffre de deux cancers, l’un se nomme Belgique (dites plutôt Belgium ou Belgïe, termes qui conviennent mieux) dont les Flamands se sont emparés , l’autre se nomme Fédération Wallonie/Bruxelles qui plus est à un coût pour le budget wallon. Sortir de cet imbroglio de Belgique résiduelle serait bénéfique pour le budget wallon.

Aujourd’hui, on guérit du cancer. Encore faut-il que les meilleurs chirurgiens wallons prennent leur scalpel pour pratiquer les opérations nécessaires. Il n’est pas trop tard, mais il est plus que temps.

Lors des prochaines élections, votez pour ces chirurgiens wallons. Il en est dans plusieurs partis, mais surtout refusez de donner votre voix à celles et ceux qui vous mentent ou refusent d’affronter la réalité wallonne et aux partis belgicains qui nient l’ existence-même des deux cancers wallons.

Paul DURIEUX

N.B. : si vous désirez connaître les noms de bons chirurgiens, c’est avec plaisir que nous vous fournirons leur nom aux adresses électroniques suivantes : paulmelot1@gmail.com, alh11api@gmail.com, pauldurieux2003@yahoo.fr, nisselouis@gmail.com, ass.hav@hotmail.com, j.rogissart@skynet.be, espace@grandchamp.be

Mais Charles, vous rêvez ?

Depuis le gouvernement Vanden Boeynants, mettre le communautaire au frigo signifie transformer un claquement de porte en tremblement de terre.

Absurdité belgicaine, panique à bord ou sabordage suicidaire du programme ?

NDLR : Si, pour une fois,les électeurs Wallons se réveillaient lucides et perspicaces, ils devraient majoritairement voter BLANC afin de signifier le rejet de toutes les élucubrations de leurs politiciens ! ( Je rêve aussi…)

Valmy

Le MR va tenter d’imposer une nouvelle législature sans « communautaire » ( Frédéric Chardon, La Libre, le jeudi 04 avril 2019 )


Au cœur de la bagarre avec les partis flamands : l’ouverture à révision, ou non, de l’article 1 de la Constitution.
Le MR veut limiter les risques d’un big bang institutionnel durant les cinq prochaines années. Pourquoi ? Tout d’abord, les libéraux francophones n’ont pas le confédéralisme dans leur ADN, contrairement à la N-VA. Ensuite, en s’assurant d’une nouvelle législature sans « communautaire », le MR se donne une chance supplémentaire d’empêcher un retour du PS au pouvoir : une grande réforme de l’État pourrait difficilement se faire sans lui.

On ne vote que le 26 mai mais tout se joue déjà actuellement. Le cœur du problème se niche dans les articles de la Constitution à ouvrir à révision. Mardi, une liste provisoire d’une quarantaine d’articles a été adoptée en commission de la Chambre des représentants.

Une surprise…

Des sujets très divers sont concernés par ces dispositions. Il y avait toutefois une surprise : l’inscription dans la liste de l’article 1er qui établit que la Belgique est un État fédéral composé de Communautés et de Régions. L’irruption de cet article dans les dispositions constitutionnelles qui pourront être modifiées dans les cinq prochaines années est survenue à la faveur d’un vote N-VA, CD&V et Open VLD contre PS, Écolo, CDH et MR.

S’il est clair que la N-VA voudrait en profiter pour remplacer les termes « État fédéral » par « État confédéral », le ralliement de l’Open VLD et du CD&V à l’idée de pouvoir modifier l’article 1 a surpris les troupes de Charles Michel. Depuis le début de l’année, le Premier ministre et président du MR a organisé des rencontres avec ses deux partenaires au sein du gouvernement fédéral.

La rencontre entre Rutten, Beke et Michel

Une réunion a notamment eu lieu avec la présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten, et le président du CD&V, Wouter Beke. Il semblait acquis que les libéraux flamands et les démocrates-chrétiens éviteraient d’ouvrir la boîte de Pandore en soutenant l’ouverture à révision de dispositions stratégiques telles que l’article 1 de la Constitution.

L’Open VLD et le CD&V veulent réviser cet article afin d’y intégrer des dispositions relatives aux libertés fondamentales et aux droits humains. « On croit qu’ils sont sincères, note une source MR. Mais imaginons que la N-VA gagne les prochaines élections : les nationalistes flamands pourront alors exiger que l’article 1 évoque le confédéralisme et l’Open VLD et le CD&V n’oseront pas faire autre chose que de suivre le mouvement… Alors, on sera parti pour de très longues négociations. Au MR, on veut réduire les risques communautaires en limitant la liste des articles à réviser au non-institutionnel. »

Seuls les articles communs à la liste de la Chambre, à celle du Sénat et à celle du gouvernement seront déclarés révisables. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif fédéral. Deux « kern » ont déjà eu lieu à ce sujet. Le MR espère persuader le CD&V et l’Open VLD de renoncer à ouvrir l’article 1 et toute autre disposition de nature institutionnelle.

Le débat sur l’enseignement fait rage

Du maternel au supérieur, les enseignants veulent être entendus. Ne sont-ils pas les mieux placés pour relever les incohérences de « pactes », de « plans », de « décisions » qui sont pris sans que les décideurs n’aient au moins le respect d’ouvrir un vrai dialogue avec celles et ceux qui vivent au jour le jour les problèmes sur le terrain ?

C’est un beau débat, qu’il commence ! La proximité des élections du 26 mai est un moment propice. Et si l’enseignement devenait l’un des piliers des thèmes abordés lors de la campagne électorale ?

Cela nous changerait des slogans accrocheurs balancés tout azimut dans le seul but de pêcher les voix des citoyens.

Du maternel à l’enseignement supérieur, de courageux professeurs mettent les bras dans le cambouis. Jeudi 28 mars, c’était plusieurs professeurs de l’enseignement supérieur qui s’exprimaient dans « Le Soir ». Après le lettre ouverte contre le décret « PAYSAGE » signée par 400 professeurs en septembre dernier, un site web titré « LE LIVRE NOIR DE L’ENSEIGNEMENT » porté par Caroline de Mulder de l’UNamur et Nicolas Thirion de l’ ULiège vient de s’ouvrir. Son but : ouvrir le débat entre tous les acteurs de l’enseignement supérieur.

Nous y reviendrons bientôt sur ce site.

Dans la foulée, voilà l’avis d’un directeur d’école qui a le mérite de la clarté et du réalisme hors des chemins labyrinthiques des idéologies mensongères actuelles.

Paul Durieux

Une chronique de Jean-François Nandrin, directeur d’école secondaire s’exprimant à titre personnel, dans « La Libre » du 01 avril 2019.

L’école n’est pas là pour résoudre les inégalités sociales

Elle est par contre appelée à donner les codes de la réussite à ceux qui ne les ont pas.

Est-ce la perspective de la fin de l’année ? On assiste au grand retour du débat sur le redoublement avec la mise en évidence d’un taux anormal en Communauté française au vu d’autres systèmes, ou d’enquêtes scienti fiques qui vont à l’en contre de l’ expérience des enseignants .

Il y a plusieurs évidences à remettre en question concernant le redoublement. Certes, les résultats en Communauté française sont en berne. Mais il faut comparer ce qui est comparable : on double moins là où ce sont les parents qui l’acceptent éventuellement ; ailleurs, on ne double jamais mais on arrive dans des culs-de-sac. Nous devons aussi interroger l’ensemble de notre système, et observer les particularités de notre bout de pays. Ainsi, combien de Finlandais ne parlent-ils pas le finnois à la maison ? Si on décortique les enquêtes Pisa pour regarder les résultats en fonction de la langue à la maison, c’est déjà tout autre chose. Mais, chut, on ne peut évoquer ces choses-là.

Deux, l’aspect scientifique est confus. Une métarecherche récente conclut :  » On peine à s’appuyer sur des résultats fiables pour trancher la question [de l’efficacité du redoublement]. » Cela ne le rend pas positif, mais il faut éviter les « évidences scientifiques » qui sont trop souvent idéologiques.

Trois, le tronc commun de cours que tous les élèves suivront, annoncé miraculeux (« améliore l’efficacité des apprentissages, rend les résultats moins dépendants de l’origine sociale » – on dirait une pub pour un médicament), sera un nécessaire flop s’il ne vient pas en son temps (comme prévu par le Pacte) avec les élèves 3.0. Si on veut l’imposer avant, ce sera avec des élèves qui, pour certains, montent avec des résultats médiocres et une scolarisation insuffisante (manque d’intérêt pour l’apprentissage, refus de l’effort, etc.). Or, aborder des cours avec de fortes lacunes, c’est risquer de décrocher, faute de comprendre – jusqu’aux incivilités (il faut bien se valoriser). Il faut donc commencer par le début, en imposant trois maternelles. Et entamer là un nouveau système, avec peut-être d’autres approches de la réussite. Cela permettra de mieux scolariser les enfants avant les primaires, et de renforcer le français.

Enfin, il faut cesser de tirer sur le pianiste. Non, le redoublement n’est pas un réflexe. Dans les écoles, cela reste vécu comme un échec par presque tous les enseignants. Non, nous ne sommes pas heureux de « trier », c’est contraire à notre projet. Publier ces propos, c’est contribuer à dévaloriser l’école.

Mais si rien ne prouve que doubler résolve grand-chose, la question reste posée : que faire ? « Si le redoublement était un médicament, il serait interdit car il n’a pas fait la preuve de ses bénéfices et s’accompagne régulièrement d’effets secondaires négatifs. » Malheureusement, l’État à la fois n’accorde pas les fonds nécessaires à un autre traitement, et promet un monde sans maladie – ce qui est absurde et crée des attentes et des réactions inappropriées. Le Pacte d’excellence développe quant à lui de bonnes intentions, tout comme l’enfer. Mais avant tout je veux voir l’argent sur la table pour engager plus de personnel et leur permettre par exemple de travailler dans de plus petites classes (et non avec un plus grand salaire, ce qui est le discours des syndicats qui embrouille la communication).

L’école n’est pas non plus appelée à résoudre les inégalités sociales, mais à donner à ceux qui ne les ont pas les codes des études et de la réussite. Par là, elle permet de sortir de l’inégalité. C’était le rêve de « l’école de la République », cette grande idée destinée à faire sortir du régionalisme linguistique et de la pensée. Cette idée recevait l’aval des parents : ce n’est plus toujours le cas.

Il fallait éviter de traumatiser les enfants en les faisant doubler en primaire ? Eh bien, ils ne sont (vraiment) pas traumatisés ; par contre, faute de base, la Communauté française les a « tuer ». Copie à revoir !

ps – ECOLO : pourquoi ce ne serait pas un mariage d’amour

  • 01/04/19 à 10:04
  • Mise à jour à 10:03
  • Source : Le Vif
Claude Demelenne
Il y a tout juste 10 ans, Claude Demelenne publiait aux éditions « Le cherche midi » un document intitulé « Pour ou contre la Belgique française ». Ce livre reste d’une grande actualité. Nous y reviendrons bientôt avec des morceaux choisis.
Paul D.

Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche, mais aussi sur l’avenir (ou le non avenir) de la Belgique.

Au soir du 26 mai, le PS et Ecolo pourraient être les deux principaux partis, en Wallonie et à Bruxelles. Un mariage est possible. Mais ce ne sera pas un mariage d’amour.

Les mariages d’amour sont rares en politique. La future union – un scénario plausible – entre le PS et Ecolo, n’échappera pas à la règle. Pourtant, les logiciels des deux partis semblent a priori compatibles. Les « rouges » se sont convertis à l’éco-socialisme. Les « verts » ont tourné la page des écotaxes antisociales. Mais cela ne suffit pas pour gommer l’évidence : PS et Ecolo évoluent sur des planètes différentes. Ils ne partagent pas du tout la même culture.

Capitalisme vert

Contrairement aux écologistes, les socialistes restent attachés à la lutte des classes. Bien que ralliés à l’économie de marché, ils n’évacuent pas le conflit entre classes comme moteur du changement social. Les écologistes, eux, n’ont pas de culture ouvrière, peu de culture syndicale, une culture approximative du service public. Historiquement, Ecolo n’est pas issu de grandes luttes sociales, comme le PS.

Les rapports entre le PS et Ecolo ont toujours été complexes. Antiproductivistes, les verts se sont longtemps positionnés « ni à gauche, ni à droite » sur l’échiquier politique. Certains persistent dans l’idéologie du « ni-ni » . Pour l’essentiel, ils se contentent de vouloir repeindre en vert le capitalisme. D’autres ont compris que la lutte pour le climat est indissociable du combat contre les inégalités. Ils veulent changer un système qui a enfanté une économie barbare – une horreur économique – sacrifiant les générations futures, déifiant le profit et oubliant l’Homme.

Monomaniaques du climat

Ecolo a toujours eu une aile environnementaliste pure et dure, reléguant le social au second plan. Ces écolos-là ont une ambition : profiter de la crise existentielle de la social-démocratie un peu partout en Europe, pour prendre le relais de la gauche dite traditionnelle, coupable de privilégier les revendications quantitatives et le « toujours plus » au profit de sa clientèle électorale. Ces écolos-là veulent imposer une nouvelle religion : la religion du climat.

Il ne s’agit pas de nier la réalité du réchauffement climatique, ni la nécessité d’y répondre par des mesures fortes. Mais c’est peu dire que l’arrogance de certains écologistes, excommuniant tous ceux qui n’avalent pas docilement leur bonne parole, exaspère les socialistes. Dans leurs déclarations aux médias, ceux-ci ménagent un partenaire potentiel, mais à l’écart des micros, le discours est dur. Les monomaniaques du climat sont accusés de surfer sur les peurs, de caresser dans le sens du poil les jeunes qui défilent pour le climat et, in fine, de se comporter comme si Ecolo pouvait, avec sa loi climat, sauver la Terre entière.

Donneurs de leçons

C’est un reproche récurrent que la gauche socialiste adresse aux écologistes. Ils adorent jouer aux chevaliers blancs et donner en permanence des leçons de morale à la classe politique. Les socialistes n’ont pas oublié la posture, insupportable à leurs yeux, adoptée par Zakia Khattabi en juin 2017, lorsque le PS a été éjecté du gouvernement wallon. « Le PS dans l’opposition, c’est une mesure de salubrité publique », avait déclaré la coprésidente d’Ecolo.

Lassés de voir certains leaders écolos laver plus blanc que blanc, les socialistes expliquent que le bilan des écolos, lorsqu’ils ont participé au pouvoir, est du genre maigrichon. Et de pointer du doigt l’absence, dans leur bulletin, d’une seule réforme emblématique à la fois écologique et sociale. Un mauvais bulletin, donc, qui expliquerait pourquoi, contrairement au PS, Ecolo s’est toujours écroulé, à l’échelon régional et fédéral, au sortir d’une période de participation gouvernementale.

Pas assez laïcs

Un autre reproche adressé par les socialistes aux écologistes, particulièrement à Bruxelles : ils témoignent d’une laïcité à éclipses et font notamment preuve de mollesse face à l’offensive des militants de l’islam rigoriste, très actifs au sein d’Ecolo, à Bruxelles.

Fait révélateur, Ecolo-Bruxelles vient d’accueillir sur sa liste régionale, comme « candidate d’ouverture », l’ex-PS de Molenbeek, Farida Tahar, qui a quitté le PS, trop laïc pour cette

militante voilée. « Je ne peux prétendre à une responsabilité telle que je suis », a expliqué Farida Tahar. Sous-entendu, tant que je conserve mon voile, au PS, je ne deviendrai jamais députée. Ecolo est selon elle, un parti « davantage inclusif ».

Un autre candidat d’ouverture sur la liste bruxelloise d’Ecolo, Henri Goldman, dénonce quant à lui ceux qu’il appelle « les intégristes d’une laïcité dévoyée », à savoir notamment les socialistes qui s’opposent au port du voile à l’école et dans la fonction publique. Il y a une dizaine d’années, Henri Goldman fut l’un des grands défenseurs des « accommodements raisonnables » au profit des militants de l’islam rigoriste. Ces accommodements, très populaires au sein d’Ecolo-Bruxelles, furent bloqués, à l’époque, principalement par le PS. Au sein des verts, certains n’ont toujours pas pardonné l’intransigeance des défenseurs socialistes de la laïcité.

Pas un long fleuve tranquille

Si au lendemain des élections du 26 mai, le PS et Ecolo sont associés au gouvernement, ce sera tout sauf un long fleuve tranquille. D’autant plus qu’Ecolo, s’il réussit le bond électoral que lui prédisent les sondages, risque de placer haut la barre de ses exigences. Au risque de cabrer un PS pas prêt à transiger sur certains principes. Dans tous les cas, l’alliance PS-Ecolo sera un sport de combat.

Bonne nouvelle a l’approche des élections

Lu sur le site de la RTBF :

En Belgique, même le Climat est communautaire !

Après avoir soutenu que toucher à l’article 7bis de la Constitution pour permettre l’adoption d’une loi Climat, revenait à ouvrir la boîte de Pandore institutionnelle et menaçait la stabilité du pays, le MR se dit prêt à présent à modifier cet article. Les libéraux avaient d’ailleurs accepté lui-même en 2014 de l’ouvrir à révision. Comprenne qui pourra, mais ce revirement a le mérite de la clarté et ne change finalement pas grand-chose au fond.

Isolé côté francophone, le MR se retrouvait seul aux côtés du PP à ne pas vouloir toucher à la Constitution, tout en étant favorable à l’adoption de la loi Climat. Si politiquement, la position se défend ; médiatiquement, au regard de la mobilisation sociale, cela devenait plus difficile à tenir. Va donc pour la révision de la Constitution. Le revirement réformateur permet en outre de débloquer la situation en Commission de Révision de la Constitution où il y a désormais une majorité arithmétique pour voter les quelques lignes supplémentaires à cet article 7bis et rendre possible par la suite une loi spéciale Climat. Le MR avance même une solution en cas d’échec (probable). Il n’est désormais plus perçu comme un obstacle. Ça compte en période électorale ! Même si sur le fond rien n’est réglé…

Le syndrome du  « mauvais flamand »

On le sait, pour modifier la Constitution une majorité des 2/3 à la Chambre et au Sénat, est indispensable et pour la loi spéciale Climat, il faut y ajouter la majorité de chaque groupe linguistique. Le compte n’y est pas. Cela coince en Flandre où seuls les socialistes et les écologistes ont embrayé.

Les partis de droite et de centre-droit ne veulent pas de cette loi Climat, en tout cas pas comme ça. La N-VA évoque une  » république des juges  » où la Justice pourrait sanctionner des élus qui seraient incapables d’atteindre les objectifs climatiques fixés. Les milieux patronaux, les usines pétrochimiques autour d’Anvers (une des villes les plus polluées) craignent pour leur croissance. Il y a bien plus en Flandre le sentiment que ce n’est pas à la rue d’imposer l’agenda politique et qu’il convient dès lors d’attendre le résultat des élections.

NDLR : Le plus intéressant suit ici : pour la Flandre, si c’est BELGE c’est MAUVAIS !

Enfin, et surtout (?), il y a la crainte de voir une loi fédérale, une loi BELGE venir encadrer des compétences du ressort des Régions (pollution, énergie, etc.), de la Flandre. Jamais dans l’histoire politique belge de défédéralisation, il n’y a eu de marche arrière. Le CD&V plaide déjà pour 7ème réforme de l’état. Parce que dans l’inconscient d’une certaine classe politique flamande, la Belgique reste le niveau de l’inefficacité, des contraintes imposées par les Francophones minoritaires. C’est pourtant de Flandre que l’actuel mouvement climatique est parti. Certains au Nord du pays risquent de ne s’en rendre compte que le soir du 26 mai.

Philippe Walkowiak (RTBF INFO 26/03/2019)