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Vive le confédéralisme ?

Un article publié ce 2 décembre sur le site du Vif/L’Express :

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ?

Par Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Francophones et Flamands ne s’aiment plus. Au mieux, ils s’ignorent. La Belgique va devenir une coquille (presque) vide. Et c’est tant mieux.

Le casse-tête belge se résume en deux phrases. La Wallonie est l’une des régions les plus à gauche d’Europe. La Flandre, l’une des régions les plus à droite. Ce grand écart pourrait encore s’accentuer en cas de scrutin anticipé.

Derrière la vitrine belge : le brol !

Bart De Wever a raison : il y a deux démocraties en Belgique. Les rêves de la majorité des Flamands ne sont pas les mêmes que ceux de la majorité des Francophones. Il est urgent d’en tirer toutes les conséquences. Et d’en finir avec la fiction noir-jaune-rouge.

Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. Pas question de donner des « mauvaises » idées à d’autres régions en quête d’autonomie. Il subsistera donc une vitrine belge. Mais derrière la vitrine, juste quelques brols.

Sortir de l’hypocrisie belge

Partons d’un principe simple : tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. A peine les gérants de la vitrine belge garderaient-ils les compétences de la Défense, des Affaires étrangères et certains aspects des Finances.

Tout est permis pour sortir de l’hypocrisie belge. – « l’Union fait la force », la belle blague ! La Belgique va s’évaporer. Le scénario indépendantiste – sans l’indépendance formelle – est incontournable. Les francophones doivent travailler consciencieusement avec les Flamands pour réussir ce scénario. Et cesser de les diaboliser. Nos voisins du Nord veulent voler de leurs propres ailes ? Pourquoi pas ? Ce n’est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent dans l’histoire des peuples. De Wever n’est pas un monstre. La Flandre n’est pas quadrillée de casques à pointe prêts à envahir la Grand-Place de Bruxelles.

Indépendance soft et solidarité

Tout est possible pour clôturer le mauvais film belge. A une condition : aucun des conjoints du ménage tricolore en crise ne peut sortir perdant du processus d’indépendance soft qui s’annonce. Le point le plus sensible a évidemment trait à la sécurité sociale. En cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Ce n’est évidemment pas tenable. Ni pour les Wallons, qui verront leur niveau de vie baisser. Ni d’ailleurs pour la Flandre, qui n’a aucun intérêt à appauvrir la région voisine, qui est son principal partenaire commercial. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir, comme il en existe déjà aujourd’hui dans la complexe machinerie institutionnelle belge.

La question des mécanismes de solidarité – sur une longue durée – est centrale. Aujourd’hui, bon nombre de francophones s’accrochent à la chimère d’un statu quo institutionnel parce qu’ils ont le sentiment que les flamingants veulent les détrousser comme dans un bois. En résumé, piller la caisse commune et mettre la Wallonie au régime sec. Beaucoup de francophones craignent des lendemains qui déchantent en cas de nouveau round institutionnel. Voilà pourquoi ils veulent le maintien de la Belgique sous sa forme actuelle. Pas par sentiment patriotique belge. Encore moins par amour des Flamands. Mais uniquement par peur d’une dégradation de leur niveau de vie dans l’après-Belgique.

Fétichisme des mots

Le temps est venu d’en finir avec le fétichisme des mots. La Belgique de demain sera-t-elle confédérale ? Il est inutile de se quereller sur la terminologie. Mieux vaut admettre pour principe que Flamands et francophones continueront demain à cohabiter dans un territoire inchangé, mais qu’ils y vivront de façon presque totalement indépendante.

Nos toujours compatriotes du Nord veulent encore moins de Belgique et encore plus de Flandre. C’est leur droit. Plutôt que de multiplier les vains discours anticonfédéralistes, les francophones doivent en prendre acte. Et reconnaître comme recevables- même si elles ne nous font pas plaisir – les aspirations flamandes. A court terme, la formation d’un gouvernement fédéral en sera facilitée. A moyen terme, la nouvelle majorité, au-delà de la gestion socio-économique courante, préparera le grand deal de la législature 2024-2029 : la scission de quasiment toutes les matières « belges », en échange de nouveaux mécanismes de solidarité, solides et irréversibles. Et de garanties renforcées pour les droits des francophones dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise.

Pour une Belgique a minima

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? Sous sa forme fédérale, la réponse est négative. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce ne sera pas davantage la fin de notre modèle de compromis. Certes, la Belgique deviendra toujours davantage une coquille vide. Mais une Belgique a minima est préférable à la paralysie actuelle, où Flamands et francophones se regardent en chiens de faïence et sont incapables de former un gouvernement.

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Lu sur le site du journal Le Soir ce 14 septembre 2019 :

Grand Baromètre : le Vlaams Belang et la N-VA obtiennent la majorité flamande à la Chambre (infographie)

L’extrême droite dépasse pour la première fois les nationalistes de la N-VA côté flamand, selon notre sondage Le Soir-RTL-TVI-Ipsos, mais obtiennent ensemble la majorité dans leur groupe linguistique.

La Chambre, c’est surtout « de Kamer », puisque le groupe linguistique néerlandophone y occupe 89 sièges sur 150, pour 61 sièges dévolus aux francophones. Pas de problème, tout cela est démocratique et constitutionnel. Sauf que d’après notre Grand baromètre Le Soir-RTL-TVI-Ipsos-Het Laatste Nieuws-VTM, vu la poussée du parti d’extrême droite flamand, qui avait emporté 18 sièges déjà en mai dernier, et qui en reprend 7 aujourd’hui (virtuels là, qu’on se rassure), on arrive à 46 sièges pour les deux formations séparatistes flamandes (la scission est dans leurs programmes et leurs statuts), à savoir le Vlaams Belang et la N-VA. Ce qui leur permet, donc, d’avoir la majorité dans leur groupe linguistique, tout juste mais ça suffit, la majorité étant de 45 sièges. Une configuration qui rendrait le Parlement fédéral proprement ingérable, il exploserait au premier affrontement en séance, la Belgique aussi.

Lire la suite de l’article.

Dans son édition du jour, Le soir reprend aussi une interview de Jean-Claude Junker publiée dans L’Echo, sous le titre suivant : « A la Côte belge, je parle allemand car ils n’acceptent plus les francophones » . Le président de la Commission européenne dit notamment ceci : « La Belgique est un État, mais les communautés se considèrent être des nations – je veux parler de la Flandre. La Wallonie n’a pas d’elle-même une conception nationale, alors que la Flandre se croit et se comporte comme nation. Et ça reste un miracle de voir ces deux entités, si disparates finalement, vivre ensemble sans vivre ensemble. »

Gouverner c’est voir et prévoir…

Un article de Benoît Mathieu publié sur le site du journal L’Echo le 2 septembre 2019

De quelle Belgique rêvent les francophones ?

C’est le (mauvais) scénario qui prévaut sur la scène institutionnelle belge. Au nord, le spectre du confédéralisme – cette notion qui veut tout et rien dire – rôde. Et au sud, on a l’habitude de se déclarer demandeurs de rien. L’Echo a sondé les mondes académique et politique afin de voir quelle serait la Belgique souhaitée par les francophones. Et si la clef était de tout remettre sur la table ?

On appelle cela une tarte à la crème, quand bien même, à la base, il s’agit plus de pomme de terre ou d’orge. Lorsque la Belgique est évoquée à l’étranger, il ne faut pas longtemps pour que frites, gaufres, bières et chocolat ne déboulent dans la conversation – c’est aussi invariable que légèrement pénible et réducteur. D’autant plus que cela revient à passer à côté d’une des plus grandes spécialités du plat pays. À savoir le bras de fer communautaire et l’imbroglio institutionnel qui l’accompagne. Des décennies que cela dure. Et ce n’est pas fini.

Même lorsque l’on tente de mettre le colis au frigo, il s’en échappe à la première occasion. Aussi a-t-on entendu durant cette législature des ministres se plaignant de ne pas avoir les coudées franches, tant les matières dont ils avaient hérité – Climat, Mobilité et Soins de santé en tête – étaient saucissonnées entre niveaux de pouvoir. Et après une campagne électorale pas réellement centrée sur la question, voilà que le plus important parti du pays n’a (presque) plus que ce mot-là à la bouche : confédéralisme. C’est, en Belgique, une sorte d’état permanent, où il est inscrit que le dernier trifouillage institutionnel en date ne sera pas l’ultime. Où l’on évoque le suivant alors que le précédent n’est pas encore digéré.

Surtout, n’en parlons pas !

Au vu de cette quasi-inéluctabilité, on pourrait penser que les partis francophones sont armés jusqu’aux dents. Du moins, intellectuellement : au courant des manquements actuels, blindés de pistes d’amélioration possibles, dotés de modèles divers et variés, et plus ou moins alignés sur une stratégie commune. Eh bien, pas du tout.

On a effectué la tournée d’une bonne partie des boutiques et la réponse est semblable presque partout. Si l’une ou l’autre personnalité au sein de la formation a bien sa petite idée en la matière, il n’existe guère de réflexion structurée sur le chapitre institutionnel. Surtout, ne pas ouvrir la boîte de Pandore et donner l’impression d’être prêt à en discuter : voilà la position tenue par les deux plus grands partis francophones. « Actuellement, dire qu’on y réfléchit relève de la faute politique », tranche-t-on au cdH.

Une posture attentiste qui peut se comprendre. « Réfléchir à ce qui ne fonctionne pas est assimilé à un constat d’échec, analyse Émilie Van Haute, politologue à l’ULB. Ce qui revient à accepter la thèse flamande et à plaider pour une réforme. Alors, tant qu’à faire, autant ignorer le sujet. » Et puis, embraie le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain), les francophones sont toujours embourbés dans la dichotomie entre Communauté et Région. « C’est le nœud du problème. Comment se projeter dans l’avenir si ce débat n’est toujours pas clos ? »

Résultat des courses : jouant en défensive, traçant des lignes rouges qui sont bien souvent franchies par la suite, pas vraiment préparés et demandeurs de rien, les francophones subissent les réformes de l’État. Qui peuvent se caricaturer de la sorte : plus d’autonomie pour le nord, de l’argent pour le sud. Après, il est toujours possible de leur trouver des circonstances atténuantes. « L’institutionnel ne constitue pas la priorité de leurs électeurs, glisse Émilie Van Haute. Cela explique aussi pourquoi ils ne s’en emparent pas davantage. »

Il ne faudrait pas non plus surestimer la préparation de leurs homologues flamands. « Dont la dernière feuille de route institutionnelle commune remonte à 1999, recadre Benoît Bayenet, professeur de finances publiques à l’ULB et l’ULiège. Et si certains partis ont bien une idée d’où ils veulent aboutir, ils ne sont guère plus avancés sur la voie pour y parvenir. »

Une agora commune pour un vrai débat

Et puis, il n’est pas certain qu’un grand pow-wow francophone soit la voie à suivre. « Stratégiquement, déterminer une position commune francophone à opposer à la néerlandophone, voilà la meilleure manière de ne pas déboucher sur un bon compromis », juge Philippe Van Parijs, professeur de philosophie politique à la KULeuven et à l’UCLouvain. Qui s’est fendu, l’an dernier, d’un ouvrage consacré à l’avenir du pays. Philippe Van Parijs, Benoît Bayenet, ou encore le duo Olivier Maingain/François De Smet de chez DéFI – peut-être le parti qui s’est le moins montré effrayé par la bête institutionnelle – va dans le même sens.

L’idéal serait d’ouvrir le débat dans une agora commune, réunissant francophones et néerlandophones – un peu à l’image de ce que le monde académique fait déjà, notamment via des groupes comme Re-Bel, Pavia, ou des colloques amenant à repenser la Constitution. Une agora certainement pas restreinte aux seuls partis et mariant mondes académique et économique, doublés par cette insaisissable « société civile ».

Le tout n’empêcherait pas la formation actuelle d’un gouvernement et vivrait sa vie en parallèle de la gestion de la maison Belgique. Et s’il risque de forcer les partis francophones à plonger dans ce grand bain qu’ils redoutent tant, au moins cela ne les empêchera plus d’apporter des solutions. Un exercice qu’ils se refusaient à faire jusqu’ici.

Réfédéralisation de certaines compétences, instauration d’une circonscription fédérale : pourquoi certaines demandes, paraissant presque tomber sous le sens, ne pouvaient-elles pas être portées par des partis francophones ? « Parce qu’elles seraient passées pour des demandes francophones, explique-t-on au cdH. À qui l’on aurait fait une concession, moyennant autre chose. C’est pourquoi il est nettement plus intelligent que ce genre de suggestion émane d’une plateforme bilingue. »

Et au final, qui fait quoi ?

C’est évidemment le cœur du problème. Quelle entité gère quelle compétence ? La question est d’autant moins évidente qu’en se laissant porter par le flot du fédéralisme, la Belgique navigue à vue depuis belle lurette. « Il n’existe aucun travail rationnel, cohérent et global examinant, compétence par compétence, ce qui a été fait, et ce qui cloche », déplore Mathias El Berhoumi, professeur de droit constitutionnel à l’Université Saint-Louis. Ce qui rend fou François De Smet. « Pendant longtemps, l’identitaire a confisqué le débat institutionnel. Il faut à présent passer de l’irrationnel au rationnel. Et réfléchir au seul critère de l’efficacité. » Tout en évaluant à l’aune de ce même critère les réformes de l’État jusqu’ici entreprises.

Tel est également le credo de Benoît Bayenet. Ouvrir grand le débat, sans tabou. « Il faut y aller. À chaque fois, les francophones ont accepté le minimum… tout en sachant que le round suivant était déjà en préparation. Or le modèle actuel est d’une complexité folle et se situe à mi-chemin. Ceux qui veulent aller plus loin et ceux qui veulent refédéraliser certains pans ont tous deux raison. » L’efficacité n’est pas au rendez-vous. Or c’est elle qui est censée guider l’organisation de l’État.

Fédéralisme budgétaire

Que dit la raison, donc ? À ce petit jeu, la théorie du fédéralisme budgétaire peut s’avérer utile. « Par exemple, tout ce qui touche à la sécurité sociale et comporte un risque de mobilité des personnes a intérêt à être du ressort du niveau le plus élevé possible, l’idéal étant l’échelon européen. » L’économiste Étienne de Callataÿ ne dit pas autre chose. « Le plus souvent, d’un point de vue économique, régionaliser n’a pas beaucoup de sens. Parce qu’il existe des effets de débordement : si je mène une bonne politique, elle va déborder au-delà de mes frontières. Surtout dans des économies très ouvertes et intégrées. Autrement dit : on est dans le même bateau. »

Le prisme économique n’est toutefois pas le seul. « Cela ne signifie pas que l’on ne peut guère penser à un modèle décentralisé qui garde une certaine efficacité, nuance Benoît Bayenet. Dans une démocratie, il faut également tenir compte des aspirations citoyennes, et l’optimalisation n’en fait pas toujours partie. Le fédéralisme a ceci de magique : on peut inventer le modèle que l’on veut. Si le surcoût lié à la fédéralisation permet à la Belgique de tourner et d’éviter un coûteux blocage, tel est le prix d’une démocratie qui fonctionne. »

L’avantage de la formule est qu’elle débouchera sur un plan de bataille, pouvant être soumis à l’approbation du citoyen. Qui retrouvera son mot à dire dans le domaine institutionnel; mot qu’il avait perdu, à la longue. « Ce qui est démocratiquement problématique », estime Vincent Laborderie.

Et si la réflexion peut prendre du temps – quel mal après tout à réfléchir cinq ou dix ans, puisque voilà bien cinquante ans que la Belgique est empêtrée dans un fédéralisme évolutif et pas franchement convaincant ? –, il faut garder en mémoire que les transferts qui pourraient s’ensuivre risquent, eux aussi, de ne pas être réglés en deux coups de cuillère à pot. « Prenez le dossier des allocations familiales, transférées dans le cadre de la sixième réforme de l’État, illustre le constitutionnaliste Christian Behrendt (ULiège). Alors que l’accord politique date de 2011, le transfert ne sera totalement effectif qu’en 2020. Soit neuf ans pour un dossier qui n’est pas d’une complexité folle, mais n’est pas si homogène qu’on le croit, puisqu’il recouvre des enfants ne résidant pas en Belgique. C’est ce qui nous pend au nez : les transferts de compétences seront de plus en plus complexes. Les premières réformes ont porté sur des théâtres, des musées, des routes ou des écoles. Autant de choses qui ne déménagent pas. La suite s’avérera plus complexe, surtout si l’on touche à la Sécu. Ne fût-ce que pour respecter le principe de libre circulation. »

Une Belgique à quatre Régions

N’allez pas croire. La Communauté française – ou Fédération Wallonie-Bruxelles si vous préférez – compte encore de fervents défenseurs, en tête desquels figurent le cdH et DéFI. « Avec le spectre du grand soir flamand, la Fédération est vue comme la garante de la solidarité francophone, une sorte de bouclier », analyse Vincent Laborderie. Malgré quoi, pour la plupart de nos interlocuteurs, l’avenir est aux Régions. Une Belgique à quatre Régions : Bruxelles, Flandre et Wallonie, rejointes par une Région germanophone. « Même si je suis très attaché aux compétences des Communautés, il faut reconnaître que le modèle mêlant Communautés et Régions ne fonctionne pas, confesse Mathias El Berhoumi. Modèle d’une hypercomplexité qui se renforce de réforme en réforme. » Réduisant d’autant la lisibilité pour le citoyen.

Sous-financement et absence de moyens propres, tout comme d’élections directes. Déséquilibres en termes de rapport de force entre Wallonie et Bruxelles. Sensibilités différentes entre la Wallonie et la capitale. Réunification de l’Économie, l’Emploi, l’Enseignement et la Formation aux mains d’une seule et même entité. Les arguments en faveur d’un retrait de la Communauté française ne manquent pas. « D’autant que cela permettrait de simplifier fortement le modèle bruxellois », où celui qui s’y retrouve mérite presque une médaille olympique et où la logique territoriale aurait plus de sens que la communautaire. Cela permettrait également de mettre sur pied un enseignement bilingue – voire trilingue, avancent les plus motivés – dans la capitale. Afin que le multilinguisme cesse enfin d’être un caillou dans la chaussure belge et se transforme en avantage.

« Et à tous ceux qui s’inquiéteraient de voir des administrations scindées ou que soit rompue la continuité pédagogique entre Wallonie et Bruxelles, je répondrais ceci, argumente Benoît Bayenet. Les députés bruxellois peuvent très bien voter les mêmes décrets que leurs homologues wallons pour tout ce qui a trait à l’organisation de l’enseignement. Tout en gérant différemment les bâtiments et la mobilité, selon les spécificités bruxelloises. Il n’est par ailleurs nullement besoin de dédoubler les administrations : pourquoi ne pourraient-elles pas travailler pour plusieurs niveaux de pouvoir ? Comme le SPF Finances ? Ou la Sécu, qui travaille pour le Fédéral et les Régions ? »

Et l’argent dans tout ça ?

C’est le risque, reconnaissent ceux qui estiment que la loi spéciale de financement, colonne vertébrale de la Belgique fédérale, n’avantage pas les francophones, parce qu’elle ne tient pas compte des richesses produites sur le territoire bruxellois, ni des spécificités du territoire wallon : paraître, une nouvelle fois, en quête d’argent. N’empêche. Se baser, pour le financement régional, sur l’impôt des personnes physiques perçu en fonction du lieu de résidence « est contraire aux conventions internationales », juge Étienne de Callataÿ. « Comme celle de l’OCDE sur les travailleurs transfrontaliers. On paie ses impôts sur le revenu là où l’on travaille. » Ils sont nombreux à estimer que les francophones devraient exiger que ce tir-là soit rectifié, en tout ou en partie.

Et puis, il y a ces fameux transferts financiers du nord vers le sud, qui pimentent la vie politique – tout en alimentant parfois les fantasmes. « La Belgique ne se situe pas au top des transferts interrégionaux, modère Benoît Bayenet. Ils ne sont pas énormes, et inférieurs à ceux qui ont cours en France. » Mais puisqu’il est question de mettre à plat les compétences, il pourrait en être de même pour le financement. Avec objectivité. « La Belgique est le seul pays fédéral où l’on ne tient compte que du rendement de l’impôt des personnes physiques, en le rapportant à une clef population. Dans les autres pays, où le modèle fédéral est parfois plus approfondi que le nôtre, il existe quantité de mécanismes de péréquation. Qui permettent de compenser de manière objective les différences entre entités, que ce soit en matière de population ou de géographie. »

Un préalable s’impose toutefois : faire le ménage dans les institutions francophones. Et mettre les budgets en ordre.

Un peu de tuyauterie pour la route

Hiérarchie des normes, communauté urbaine, refonte du Sénat, place de l’anglais, les pistes évoquées ne manquent pas. Faute de place, épinglons une des plus cruciales, défendue par le groupe Pavia depuis… 2005. L’instauration d’une circonscription fédérale élisant, par exemple, 10% de la Chambre, soit 15 députés. « Dans la configuration actuelle, personne ne parle à l’ensemble des Belges, pointe Émilie Van Haute. C’est l’une des causes de la fuite en avant communautaire. » Les personnalités politiques francophones et néerlandophones « ne se concurrencent pas mutuellement, mais luttent dans leurs circonscriptions respectives, au sein de partis distincts, pour obtenir les faveurs d’électorats séparés », écrit Philippe Van Parijs. « Le résultat est, de part et d’autre, une dynamique de surenchère qui construit les intérêts des deux communautés comme opposés. » Sur ce point-là règne une certaine unanimité, côté francophone. Ce serait déjà un bon point de départ.

Où en est-on ?

Le Grand Oral d’Isabel Albers (directrice L’Echo/De Tijd) : « La Belgique n’est pas loin de l’évaporation »

Ce compte rendu a été publié sur le site de la RTBF.

Directrice des rédactions de L’Écho et De Tijd, Isabel Albers est l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 29 juin sur La Première et ce dimanche 30 juin sur La Trois. Isabel Albers passe en revue l’actualité politique, médiatique et économique, « vu de Flandre ». Cela commence par son analyse à propos du Vlaams Belang, deuxième parti de Flandre.

« Nous sommes journalistes », commence-t-elle. « Cela fait des années que nous donnons la parole au Vlaams Belang. Le cordon sanitaire est facile à exécuter en Wallonie, mais pas en Flandre, ils ont gagné les élections ».

Isabel Albers défend cette position. « Le Vlaams Belang dit clairement avoir un programme dénué de tout racisme. Mais en dehors du programme, on sait que ça va plus loin. Je crois qu’il faut parler à tout le monde, comme journaliste critique. »

Le fédéral

Jusqu’à présent, seuls les Germanophones sont parvenus à composer un gouvernement. Isabel Albers cite Karel De Gucht : « Il a dit que la Belgique n’allait pas disparaître dans un big-bang, mais plutôt s’évaporer. À un moment donné, dit-il, personne ne voudra plus former de gouvernement fédéral. Ce moment n’est pas loin. »

La Flandre

L’exclusive du PS à l’encontre de la N-VA est en partie liée au fait que les nationalistes ouvrent la porte au Vlaams Belang. Mais s’agit-il d’une véritable ouverture ou d’une pièce de théâtre ?

« Il y a un silence radio, mais selon mes informations, ils ont discuté du contenu. Mais le moment est venu de passer à l’acte. Bart De Wever veut montrer qu’il a entendu le signal des électeurs du Vlaams Belang. La première solution côté flamand, c’est la N-VA avec le CDenV et le VLD. »

La Wallonie

En Wallonie, c’est un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur et incluant la société civile qui se dessine. « Le coquelicot. Un nouveau mot que j’ai appris », sourit-elle. Pour Marie-Hélène Ska (CSC), cette idée est à côté de la plaque.

Qu’en pense-t-elle ? « Je suis d’accord avec elle. Cela semble moderne, mais c’est un retour aux piliers, des organisations qui n’ont pas été élues démocratiquement. Ce sont les hommes et femmes politiques élues qui doivent gouverner. C’est pour masquer un gouvernement qui a une alliance minoritaire. »

Une « solution » qui, selon Isabel Albers, n’est souhaitable à aucun niveau de pouvoir. « La meilleure option est de gouverner avec des majorités larges. »

Elle a dit :

Former un gouvernement « arc-en-ciel » au fédéral, bonne idée ? « On aurait un pays gouverné par des partis de nains. Qu’importent les votes, les mêmes partis restent au pouvoir. C’est un mauvais signal. »

A propos du PTB : « Ils sont aussi dangereux pour la démocratie, comme le Vlaams Belang, car ce sont des populistes. Ils ne sont pas intéressés à la gestion d’un pays. »

A propos du confédéralisme : « C’est encore trop flou. Même la N-VA n’est pas prête. Des réformes sont souhaitables, mais il faudrait commencer par se mettre à la table. »

Aller revoter ? « Ce serait le pire scénario. Cela reviendrait à dire ouvertement aux Belges qu’on se moque d’eux. Trois jours après les résultats, j’entendais déjà cette option. »

Sur la situation économique de la Wallonie : « Il n’y a pas de raison que cela n’aille pas en Wallonie. Est-ce la faute du PS ? Partiellement peut-être… La faute aussi à l’enseignement francophone. Il n’y a qu’à regarder les enquêtes PISA. »

Comment résoudre le casse-tête fédéral ? « Cela prendra du temps, vu les exclusives du PS et de la N-VA (l’un refusant de discuter avec l’autre), mais ils doivent se parler. »

Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique ?

Un article d’Ewald Pironet (Knack) publié sur le site du Vif/L’Express le 7 juin 2019.

Si le résultat des élections n’est pas entièrement satisfaisant, il est toujours possible d’appeler à un nouveau vote. Le premier à le suggérer est le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, époux de Laurette Onkelinx (PS). Il voit « une multitude d’impossibilités pour ce qui concerne la gestion du gouvernement fédéral. La seule question qui se pose, c’est de savoir quand le monde politique admettra qu’il faut retourner aux élections ». Eric Van Rompuy (CD&V) – époux de Viviane Geuffens, directrice du service des commissions parlementaires – abonde dans son sens:  » Les vétos de la N-VA et du PS vont entraîner un blocus total. Je prévois six mois de statu quo, puis peut-être de nouvelles élections ». Selon Uyttendaele et Van Rompuy, les nouvelles élections devraient porter sur la pérennité de la Belgique.

La formation d’un gouvernement au niveau fédéral sera extrêmement difficile. Non seulement les partis ont opposé leur veto bien avant les élections, mais le résultat ne facilite pas les choses. Les trois partis flamands traditionnels, CD&V, sp.a et Open VLD, ont implosé et leurs homologues francophones ne sont pas beaucoup mieux lotis. Les extrêmes, le Vlaams Belang et le PVDA-PTB, ont remporté ensemble 30 des 150 sièges et sont les grands gagnants, mais n’entrent pas en ligne de compte pour participer au gouvernement- peut-être que le PVDA-PTB le fera encore en Wallonie. Alors que la Flandre a voté principalement à droite et à l’extrême droite, les francophones ont opté pour la gauche et l’extrême gauche. Ce sera difficile.

Peut-il y avoir de nouvelles élections ? Si la majorité des membres du Parlement vote en faveur de la dissolution du Parlement, des élections peuvent avoir lieu quarante jours plus tard. Si une majorité se dégage en faveur d’une révision de la Constitution, il y aura également des élections. Uyttendaele y fait implicitement référence, Van Rompuy explicitement :  » Tout d’abord, le Parlement rendra possible une large révision de la Constitution, afin qu’on puisse discuter du confédéralisme « .

Cela soulève des questions telles que : pourquoi n’a-t-on pas procédé à une révision complète de la Constitution à l’approche des urnes du 26 mai ? Pourquoi les partis politiques ont-ils esquivé la question de la pérennité de la Belgique pendant la campagne ? Car il était clair que l’organisation et le financement de notre pays seraient sur la table après les élections, comme nous l’écrivions au début de l’année. Tous les jours, il s’avère que les six réformes de l’état ne tiennent pas debout. En outre, pour leur recherche de prospérité et de bien-être, la Flandre et la Wallonie prennent des chemins inverses. Et le flux d’argent vers le sud du pays se tarit. En évitant tout débat institutionnel, les partis politiques illustrent leur faiblesse. Il est étrange que tant de politologues et de commentateurs se soient installés dans cet état de déni.

Si de nouvelles élections ont lieu, elles ne peuvent concerner que la Chambre, et non les parlements régionaux ou nos députés européens. Un tel scrutin résoudrait-il quelque chose ? Il y a de bonnes chances que les partis politiques extrémistes l’emportent, et si de nouvelles élections reviennent à un référendum sur la Belgique, le résultat sera imprévisible. On ne peut exclure que la Belgique francophone vote très différemment de la Flandre et que nous assistions à une réédition de la Question royale, où le pays sera encore plus déchiré.

Donc, mieux vaut éviter de nouvelles élections vu que le peuple a voté. Si nous avons encore des hommes et des femmes politiques responsables, ils doivent s’efforcer d’interpréter le fameux article 35, que les démocrates-chrétiens, les socialistes et la Volksunie ont fait inscrire dans la Constitution en 1994. Selon feu Jean-Luc Dehaene (CD&V) dans ses mémoires, l’article 35 était « peut-être une alternative, si la méthode actuelle est usée jusqu’à la corde ». Il semble que ce jour soit arrivé.

L’article 35 stipule que l’État fédéral ne peut exercer que les pouvoirs qui lui sont expressément attribués par la Constitution et les lois ordinaires. Tous les autres pouvoirs  » résiduels  » sont automatiquement attribués aux Régions. En termes simples, il doit y avoir une liste des compétences de l’État fédéral, et tout ce qui ne figure pas sur cette liste s’adresse aux communautés et aux Régions. Le fait que nos hommes politiques n’aient pas été en mesure de remplir cet article 35 au cours des 25 dernières années explique le cul-de-sac où se trouve aujourd’hui la Belgique. Plus cela prend du temps, plus l’impasse s’aggrave et plus les conséquences seront imprévisibles.

Aux journalistes d’ouvrir le débat

Jules Gheude attire notre attention sur cet article de Didier Swysen pour Sudinfo (1er juin 2019).

La scission du pays n’est plus un scénario totalement improbable : les experts craignent un cauchemar à la grecque pour la Wallonie

L’hypothèse d’une scission de la Belgique devient moins improbable au rythme des voix supplémentaires que les séparatistes flamands engrangent à chaque élection (N-VA et Vlaams Belang sont à une voix de la majorité à la Chambre et à cinq voix de la majorité au gouvernement flamand).

Se rapproche-t-on du scénario du faux documentaire « Bye Bye Belgium », de la RTBF en 2006 qui avait fait hurler politiques et citoyens ? Les politiques flamands hésiteront-ils une seconde à actionner le « bouton scission » dès qu’ils seront majoritaires ? Les Wallons ont-ils intérêt à prendre leur destin en main dès aujourd’hui et à préparer un « plan B » qui les rendra moins passifs face à une Flandre offensive ?

Deux choses paraissent évidentes : primo, évoquer le scénario est très sulfureux. Plusieurs experts (de renom) contactés ce vendredi n’ont pas souhaité nous répondre ou l’ont fait de manière anonyme (« C’est déjà compliqué d’avoir des chiffres pour le Brexit. Alors, imaginez les conséquences financières d’une scission de la Belgique… »).

Deuzio, l’horloge tourne. On sait que les transferts financiers Nord-Sud deviendront dégressifs dès 2026 (de 500 millions) pour se tarir définitivement dix ans plus tard.

Cauchemar à la grecque ?

Les prémices d’un scénario cauchemardesque à la grecque pour la Wallonie ? C’est la crainte que partagent la plupart des experts, surtout si Bruxelles refuse de former, avec elle, une « Belgique à deux ». Les plus optimistes ? Ceux qui voient le salut de la Wallonie dans une alliance avec la France.

Que Bruxelles choisisse un destin de ville-Etat, cela semble probable à un expert comme l’économiste Etienne de Callataÿ, qui nous explique, par ailleurs, à quel point le partage de la dette s’avère explosif et pas que pour la Wallonie.

Une dette qui reste, curieusement, l’un des ciments les plus forts de notre pays. « En 1989, lors de la régionalisation, Flamands et Wallons se sont mis d’accord sur leur dos », dit-il. « Les Bruxellois admettraient-ils d’être gérés par deux nouveaux Etats, flamand et wallon, sans rien avoir à dire ? D’autant plus qu’être un petit Etat n’est pas synonyme de mauvaise santé. Regardez le Luxembourg… Cela dit indépendamment de la manière peu idéale dont Bruxelles est gérée aujourd’hui. »

Les sondages effectués ces dernières années (exemple : RTL-Ipsos-Le Soir en 2013) voyaient l’illusion d’un Etat Wallonie-Bruxelles se crasher sur la volonté de près de 70% des Bruxellois de la jouer perso en cas de scission.

Alors, si une « Belgique à deux » est impossible, si y aller en solo fait craindre aux experts un « cauchemar à la grecque », vu le poids de la dette qu’on lui attacherait au pied (« l’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel », disait, en 2016, l’économiste Jules Gazon), que reste-t-il comme solution à la Wallonie ? Un rattachement à la France ?

De Gaulle y pensait

Au début du printemps, l’écrivain belge et militant wallon Jules Gheude, ardent défenseur du rattachisme, le remettait sur le tapis. La seule option réaliste, selon lui. Le général de Gaulle était déjà convaincu et le conseiller de l’ancien président français Mitterrand, Jacques Attali, disait que « le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait ». De rares sondages montrent que les Français sont plutôt ouverts à la solution. Resterait à en convaincre les Wallons : Jules Gheude rapporte cette anecdote tirée de l’un de ses exposés, une dame clamant « qu’elle préférait encore vivre dans la pauvreté qu’être française ».

De toute manière, la complexité belge exigerait des années de négociations pour entériner une scission. « Il a fallu 36.000 pages de traités à la Tchéquie et à la Slovaquie, alors qu’il n’y avait pas un nœud comme l’est Bruxelles chez nous et quasiment rien à partager d’un point de vue économique », concluent les experts.

Les dirigeants politiques wallons tout parti confondu nous mentent. Hélas !!!

Entrepreneur wallon, où es-tu?

25 avril 2019 19:31

On crée moins d’entreprises au sud du pays

On a envie de se réjouir en découvrant dans l’Atlas des créations publié par le bureau Graydon que pour la première fois dans l’Histoire, plus de 100.000 entreprises ont été fondées en Belgique l’an dernier. Un record qui marque une progression de 5,3% sur un an. Et quand on soustrait de ce total le nombre de fermetures d’entreprises enregistrées en 2018, on obtient encore 22.607 créations nettes, ce qui signifie une hausse de 1,88% de l’effectif global des entreprises.

Certes en progression, les deux statistiques marquent un petit essoufflement par rapport à l’excellent cru 2017 (+ 5,8% et + 2,45%).

Mais quand on regarde la répartition des chiffres entre les trois Régions, le bilan s’avère beaucoup moins positif…Pendant que la Flandre accueillait cent nouveaux starters nets, la Wallonie en accueillait six…

Un coq qui a bien pâle figure représentant bien la situation réelle de la Wallonie… HELAS !!!

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La Flandre cartonne dans les deux classements. Elle a enregistré 11,6% de starters en plus et 14.970 nouvelles entreprises nettes. Bruxelles rend une copie honorable: + 5,2% et une croissance nette de 2.913 unités. 

La Région wallonne, en revanche, stagne lourdement: – 0,2% et à peine 932 nouvelles entreprises en net. En réalité, le sud du pays a vu presque autant de fermetures (23.525) que de créations (24.457): la différence n’est positive que de 3,8%.

Par comparaison, le nord a recensé 25,7% de créations en plus que de fermetures et Bruxelles, 23%. Autre mesure de l’écart : pendant que la Flandre accueillait cent nouveaux starters nets, la Wallonie en comptait six… C’est grave, Docteur ?

Cela montre en tout cas que le chantier ouvert en Wallonie pour y relancer l’entrepreneuriat est encore loin de donner les résultats espérés et que les plans Marshall successifs n’ont pas bouleversé les mentalités.

À la présentation de l’Atlas, l’Union des classes moyennes a évoqué le déficit d’image qui affecte toujours l’entrepreneur au sud du pays. Elle a aussi parlé d’une plus grande aversion au risque en Wallonie, en regard du taux d’emploi régional : c’est un cercle vicieux, puisqu’on se lance plus volontiers comme indépendant quand on a plus de chance de retrouver un job… donc au nord plutôt qu’au sud.

Ce qui agrandit encore le fossé entre les Régions. On parle souvent des champions wallons, et il y en a, mais c’est le petit peuple des humbles starters qui a besoin de stimuli.

Michel Lauwers, Journaliste Source : L’Echo

LE COMMENTAIRE de l’ A.W.F. : cet article nous attriste au plus haut point, mais il rejoint bien l’analyse de nos économistes.

Il omet toutefois de mettre le doigt sur la principale cause de cette situation. La Flandre jouit d’un potentiel économique solide qui donne confiance, mais surtout elle a l’art de se servir de l’image belge à son seul profit quand cela sert ses intérêts.

Bruxelles profite de sa situation de capitale européenne qui a engendré la présence en son sein d’ un nombre incalculable d’institutions internationales. De plus, elle est la capitale d’une Belgique flamande. Dans toutes les discussions institutionnelles, par couardise, les Wallons et les Bruxellois de langue française ont donné à la Flandre des leviers de pouvoir totalement disproportionnés par rapport à ce que représente la Flandre à Bruxelles en matière démographique.

Les Wallons sont englués dans une fédération Wallonie-Bruxelles/Communauté française (qui aujourd’hui porte bien mal ce nom) dont elle ne reçoit pas ce qu’elle serait en droit de réclamer au vu de ce qu’elle a donné à Bruxelles et de ce qu’elle donne encore aujourd’hui. Mais en politique, parler en termes de reconnaissance n’existe pas. La politique, c’est la froideur des réalités de terrain, qu’il soit économique, social, culturel ou encore du domaine de l’enseignement.

La Wallonie souffre de deux cancers, l’un se nomme Belgique (dites plutôt Belgium ou Belgïe, termes qui conviennent mieux) dont les Flamands se sont emparés , l’autre se nomme Fédération Wallonie/Bruxelles qui plus est à un coût pour le budget wallon. Sortir de cet imbroglio de Belgique résiduelle serait bénéfique pour le budget wallon.

Aujourd’hui, on guérit du cancer. Encore faut-il que les meilleurs chirurgiens wallons prennent leur scalpel pour pratiquer les opérations nécessaires. Il n’est pas trop tard, mais il est plus que temps.

Lors des prochaines élections, votez pour ces chirurgiens wallons. Il en est dans plusieurs partis, mais surtout refusez de donner votre voix à celles et ceux qui vous mentent ou refusent d’affronter la réalité wallonne et aux partis belgicains qui nient l’ existence-même des deux cancers wallons.

Paul DURIEUX

N.B. : si vous désirez connaître les noms de bons chirurgiens, c’est avec plaisir que nous vous fournirons leur nom aux adresses électroniques suivantes : paulmelot1@gmail.com, alh11api@gmail.com, pauldurieux2003@yahoo.fr, nisselouis@gmail.com, ass.hav@hotmail.com, j.rogissart@skynet.be, espace@grandchamp.be