Le tram, une spécialité liégeoise

Par Pierre MELOT

Bonjour à tous et à toutes,

Ni une épouse acariâtre et violente, ni une bagarre au sortir d’un tripot ne sont responsables d’une gueule aussi amochée et recousue, la mienne. Simplement, une chute dans les chaussées et les trottoirs éventrés de notre ville, principalement pour l’installation d’une unique ligne de tramway (tant attendue et qui tarde à sortir des chantiers) est à l’origine de cette « défiguration ».

A l’occasion de cet accident, n’hésitons pas à évoquer un point d’histoire un peu ancienne des transports en commun liégeois, qu’il ne faut pas prendre pour de la nostalgie de ma part : il s’agit clairement de regret et de dépit, assortis d’une saine colère citoyenne ! Expliquons-nous. Du temps de ma lointaine jeunesse, il y avait à Liège – ÉCOUTEZ BIEN, LES JEUNES – 9, je dis bien neuf ! lignes de tram (dont certaines escaladaient allègrement les collines entourant la cuvette du centre-ville – et qu’il aurait fallu, bien sûr, moderniser) + une bonne vingtaine de lignes de trolleybus (eux aussi électriques, pour rappel à la jeune génération qui n’a pas connu de genre de véhicules).

Quelle dégringolade depuis les années septante du 20e siècle ! Jusqu’à cette époque, les transports en commun urbains liégeois étaient quasiment tous électriques (sauf certaines lignes de la société nationale SNCV dont les autobus – fonctionnant au gasoil – desservaient surtout la périphérie plus lointaine.) Des pionniers… et des visionnaires, nos ancêtres du siècle dernier ! Résultat : en ces temps lointains mais déjà formidablement développés, pas (ou peu) de pollution urbaine en provenance des transports en commun, donc pas (ou peu) de nuisances sanitaires et climatiques devenues tellement pesantes de nos jours…

De plus, la plupart de ces véhicules et installations étaient fabriqués et assemblés en Wallonie, terre d’industrie par excellence, rappelons-le : éléments mécaniques (châssis, organes de transmission et de suspension, roues, carrosseries, etc.) à la FN de Herstal; éléments électriques (moteurs, transformateurs, caténaires, etc.) aux ACEC de Charleroi; et même les pneus, qui étaient fabriqués à Liège (de marque Englebert, devenue Uniroyal).

Quelle a été l’évolution des transports publics urbains depuis la « condamnation à mort » de nos tramways et trolleybus électriques… pourtant bien en avance sur leur temps ? Découlant d’options politiques, urbanistiques et techniques différentes et à coups d’importantes subventions des pouvoirs publics, les quatre autres grandes villes de Belgique – Bruxelles (17 lignes de tram, 4 lignes de métro), Anvers (13 lignes de tram), Charleroi (4 lignes de tram/métro), Gand (3 lignes de tram) ont pu maintenir et développer leurs réseaux de tramways – tant mieux pour elles ! -, tandis que Liège (arrondissement-métropole de 600 000 habitants) a dû se contenter pendant des décennies et jusqu’à aujourd’hui d’un parc d’autobus exclusivement diesel (fatalement polluants) relevant d’un quasi-monopole des marques « nationales » Vanhool (Lierre, province d’Anvers) et Jonckheere (Roulers, Flandre occidentale), très lentement élargi à d’autres marques ces toutes dernières années. Pourquoi une telle différence, un tel retard en défaveur de l’agglomération liégeoise ? Vues courtes et choix inopportuns des mandataires politiques, urbanistes et décideurs industriels liégeois de ces années-là ? Influence déterminante des lobbys belgo-flamands vigilants et alléchés par un très gros marché de longue durée ? Conjugaison de ces deux explications ? Allez savoir, ou (pour certains) refuser de savoir…

Pour y voir clair, qu’on se renseigne sur cette problématique, par exemple au « Musée des Transports en commun de Wallonie » établi à Liège. Visite très recommandée ! (*) Lire encart ci-dessous. Et qu’on ne manque pas de s’intéresser aussi à ce qui existe en matière de transports publics urbains sur rails dans les villes de taille équivalente (et même de moindre importance) chez nos voisins français, allemands, hollandais, et même dans le petit grand-duché (à Luxembourg : 1 ligne de tram existante, bientôt 4). Comparaison qui risque fort d’être douloureuse pour les Liégeois…

Elle n’est pas belle et équitable la Belgique chérie aveuglément par les Wallons ? Concitoyens wallons, n’ayez ni peur ni honte. Sur tous les sujets d’importance qui nous concernent : enquêtez, creusez et exprimez-vous !

Pierre Mélot (qui a le souci de ses petits-enfants)

(*) Une surprise très interpelante attend, dès l’entrée du musée, ceux d’entre vous qui auront la curiosité d’aller le visiter (rue Richard Heintz 9, 4020 Liège, quartier des Vennes – bus 4 à partir du centre-ville… et non plus tram 4 hélas disparu ! Sauf au musée).

Alors que l’entreprise FN (Fabrique Nationale, de Herstal) a été l’un des fleurons des constructeurs wallons de véhicules de transports publics (cf. photo d’un puissant trolleybus FN des années 1950 à 1971), c’est l’entreprise flamande Jonkheere (eh oui !) qui accueille les visiteurs dans le hall d’entrée de ce « Musée des Transports en commun de… Wallonie ». Un comble ! Et ce sous la forme d’une assez fidèle reconstitution (à un détail près) de l’avant d’un autobus de cette marque trônant sur la face avant du comptoir d’accueil… (cf. photo)

Questions : l’élégant emblème ailé – et arborant sobrement les deux lettres  » FN  » – qui figure à la proue de ces fabuleux trolleybus (voir photo) a-t-il été jugé moins représentatif, moins prestigieux pour accueillir les visiteurs dès leurs premiers pas dans le musée ? Sommes-nous là en présence d’une étourderie impardonnable de la part de la direction ? D’une complaisance voire d’une connivence avec un constructeur flamand aux arguments sonnants et trébuchants… en échange d’une bonne dose de visibilité pour cette marque en terre wallonne ? On vous laisse deviner. En tout cas, le coup publicitaire (voulu ou non) est parfaitement réussi : Jonckheere, la marque qui compte en Wallonie ! Pourquoi en douterait-on… puisque le musée « officiel » de Wallonie met ostensiblement et préférentiellement ce constructeur au premier plan ?

2 réflexions sur « Le tram, une spécialité liégeoise »

  1. Excellent article de Paul Melot les politiciens wallons
    sont des TRAITRES a la francophonie et a la Wallonie
    tous larbins de la Flandre et du globish voir GET UP WALLONIA
    honte a eux
    marcel fryns

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