Une Wallonie sans tête

Par Claude Roland

Regardons autour de nous la réalité actuelle.

Les médias « francophones » sont majoritairement bruxellois, certains même proches des médias flamands, et diffusent l’identité bruxelloise, belgicaine au mépris de l’identité wallonne qu’ils noient dans l’identité vide de « francophones ». En clair, la population wallonne est manipulée par ces médias bruseleer : RTBrux, RTL, Le Soir, La Libre, la DH et même les médias wallons dépendant de leur grand frère bruseleer (Sud-Presse/Le Soir et l’Avenir/La Libre) dans le but de nous unir à Bruxelles, comme francophones (exit l’identité wallonne) dont la capitale est Bxl et la Wallonie, une simple extension au sud de Bruxelles.

Et dès qu’un politique wallon ose déclarer son régionalisme et ose mettre en doute l’utilité du brol wallo-brux, il est vilipendé sur la place médiatique comme le méchant qui veut couper les subsides des pauvres bruseleer.

Et ça marche ! Les Wallons perdent leur identité, se disent francophones, se solidarisent de Bruxelles et deviennent belgicains.

Tabou sur la Wallonie qui s’endette pour soutenir Bruxelles, son enseignement et ses institutions. Tabou sur les CPAS bruseleer qui, débordés, au bord de la faillite, poussent leurs allocataires majoritairement migrants à s’installer en Wallonie.

Quant à la Flandre, elle a trouvé mieux qu’une séparation pure et simple qui laisserait la Wallonie et ses territoires qu’elle (la Flandre) et les Pays-Bas convoitent, lui échapper.

Elle prend son indépendance, tout en gardant la main sur la Wallonie, via l’état belge qui est sous son contrôle. C’est une forme de kolonisation.

En même temps, la Flandre construit son union avec les Pays-Bas. Union dans laquelle nous sommes de facto, intégrés, sans notre avis, sans même en parler, puisqu’en fait c’est l’union de 2 pays (Flandre & Hollande) dans laquelle la Wallonie n’a que peu à dire.

CANICULE 2019 : la Belgique manque d’air !

Par Georges-Henry SIMONIS

En 2016, j’avais publié une petite brochure sur le confédéralisme*, divers Ministres, dont André Flahaut, Ministre du Budget, dénonçant à l’époque une poussée flamande de plus en plus importante tandis que le silence des francophones restait assourdissant. Cette pression flamande a été confirmée par les urnes en mai 2019, devenant majoritaire en Flandre si l’on additionne les succès de la N-VA, du Vlaams Belang, et les voix plus occultes mais bien présentes au sein des autres partis flamands. De nouvelles élections confirmeraient assurément l’évolution.

La suite ?

Fidèle à ses objectifs fondateurs, la N-VA poursuit sa quête d’un fédéralisme à deux, sans le moindre égard pour la Région bruxelloise qui a cependant conquis son statut de région à part entière. Ne resterait, selon ce schéma, qu’une Belgique résiduaire avec six ou sept ministres « fédéraux  » – finances, affaires internationales, armée, et un ministre pour chaque région -, et ce sous la houlette ou le contrôle d’un parlement de cent députés dont je vois mal le rôle : s’occuper uniquement des matières restant fédérales ?  Dommage que Bart De Wever et ses acolytes n’évoluent pas… A moins qu’une négociation habile avec le nouveau Ministre-Président DI RUPO ne fasse vaciller les certitudes…

D’autres intellectuels flamands, comme Frank Vandenbroucke**, ont l’objectivité et le courage d’écrire que les principes nationalistes flamands d’il y a trente ans ne sont plus d’actualité, et qu’il faut accepter Bruxelles comme un troisième interlocuteur à part entière. Il poursuit : « la lutte flamande pour l’émancipation a été un fantastique émancipateur… Et que, si le mouvement flamand veut continuer ce rôle, il doit changer son mode de pensée… Un confédéralisme qui ignore à la fois Bruxelles et l’Europe est une voie sans issue, un mirage qui ne pourra jamais se réaliser. » Une nouvelle pensée flamande sur Bruxelles conduirait Anvers à devenir la capitale incontestée de la Flandre, ce qui est conforme à son histoire et à son importance économique majeure en Belgique et dans le monde. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle depuis longtemps « la Métropole »…

Et Bruxelles ?                                                                    

La Région continue de se chercher : suppression de la Communauté française, redéfinition des limites géographiques par un vaste élargissement, augmentation du nombre d’habitants, accords de coopération avec la Wallonie pour la culture et l’enseignement, mais aussi pour la francophonie qu’il faut défendre (Bozar, Kanaal, Devos & Lemmens…).

L’enjeu est clair : une vraie métropole européenne et multiculturelle, où il fait bon vivre et respirer un air purifié.

Il n’y aura bientôt plus que Défi (ex FDF) pour refuser l’autonomie de la Région bruxelloise.

La Région wallonne

Déjà en 2016 se profilaient en Région wallonne la poursuite et l’approfondissement de l’indispensable redressement économique. L’idée d’un élargissement de la majorité gouvernementale P.S. aux partis alors dans l’opposition progressait, notamment au MR avec Jean-Luc CRUCKE, jusqu’au coup de force inattendu du Bastognard… L’idée d’un élargissement PS/Ecolo/MR revient aujourd’hui en 2019, peut-être plus par nécessité arithmétique que par choix… C’est peut-être une chance pour la Wallonie.

Celle-ci pourra plus facilement poursuivre ses réformes structurelles (Communauté, Provinces, Intercommunales, piliers archaïques et dispendieux…), et assainir ses finances !

Autre réforme : l’axe nord/sud Anvers-Bruxelles-Charleroi, qui a fait les belles heures des siècles derniers, devient est/ouest et va de Liège à Charleroi, autour de ces deux métropoles majeures que sont devenues ces deux villes. Avec Bruxelles capitale européenne, et Anvers, capitale de Flandre, Liège et Charleroi seront les piliers de cette métropole wallonne que l’on attend et que l’on espère dans le cadre de l’Europe des Régions en train de naître.

Pour mémoire, il ne faut pas oublier la Région de langue allemande, qui semble aujourd’hui heureuse en toute discrétion, avec des finances saines…

Malheureusement, les relations de la Région wallonne avec la France, et spécialement avec les deux Régions françaises frontalières, restent timides. Mais il a y a des éléments de progrès, comme le contournement autoroutier de Couvin qui nous rapproche singulièrement de Reims, ou la courte liaison tant attendue entre Maubeuge et Charleroi.

Bruxelles-Strasbourg 

Ce vieux serpent pourrait enfin sortir du terrier dans lequel on l’a enfui depuis des décennies, au grand dam des finances européennes et au mépris du confort de travail des personnes concernées. Il serait bien d’entreprendre à ce sujet un dialogue apaisé, à la faveur de la désignation de Charles MICHEL, comme Président du Conseil européen, et de Didier REYNDERS comme Commissaire européen.

Bruxelles doit devenir le seul siège des Communautés européennes.

Les Villes de Bruxelles et de Strasbourg doivent s’adapter aux réalités d’aujourd’hui et y trouver des avancées nouvelles. Le voyage royal récent de Bruxelles à Luxembourg, en train spécial, a rappelé cruellement la vieillesse de cette infrastructure.

Bruxelles bénéficiera d’un urbanisme renouvelé.

 Strasbourg, forte de son histoire multiculturelle, pourrait devenir une Capitale mondiale des Droits Humains, domaine dans lequel elle bénéficie déjà d’un socle fondamental grâce au Conseil de l’Europe qui devrait être élargi et approfondi, grâce à sa situation géographique centrale, et grâce à des ressources universitaires œcuméniques et religieuses importantes.

Ce ne sont probablement ni Ursula von der LEYDEN, la nouvelle Présidente allemande de l’Europe, ni la chancelière Angela MERKEL, ni le Président français Emmanuel MACRON, qui s’y opposeront.

Voilà un bel objectif pour leurs mandats européens.

Quant à l’Alliance Wallonie-France, elle va préparer son programme CAP 2020 : on peut relire utilement le « CAP 2015 » qui figure toujours sur notre site, et qui mérite d’être concrétisé !

Le 18 octobre 2019

simonisgh@gmail.com

* « L’après confédéralisme belge », préfacé par Pierre Hazette

** »s’il le faut, on se passera de la N-VA »- le Vif du 01/O8/2019

Invitation

Chères Amies,

Chers Amis,

J’ai le plaisir de vous inviter à la réunion du Conseil général élargi de notre association, fixée le samedi 16 novembre à partir de 10 heures au restaurant Les Tanneurs (13, rue des Tanneries à 5000 Namur).

L’ordre du jour est le suivant :

1. Attribution du titre de Président d’honneur de l’AWF à Paul Durieux.

2. Tour de table sur la situation politique belge actuelle (Région wallonne, Fédération Wallonie-Bruxelles, Etat fédéral).

3. Détermination des actions à mener à court, moyen et long termes.

4. Appel aux contributions pour le site de l’AWF et les réseaux sociaux auxquels elle est affiliée.

5. Divers.

Par ailleurs, pour ceux qui le souhaiteraient, les discussions pourront se prolonger autour d’un déjeuner où, pour un montant de 32 euros, vous pourrez vous délecter d’un apéritif, de mises en bouche, d’un plat (filet de cabillaud ou grillade de bœuf, à choisir par vous), de vin, d’une assiette de desserts de la maison et d’un café ou d’un thé. Si vous souhaitez participer à ces agapes, je vous remercie d’en informer notre ami Paul Mélot (tél. : 086.21.15.76 ; boîte de messagerie : paulmelot1@gmail.com) et de verser sur le compte bancaire de ce dernier (BE69 0639 9803 7378), pour le 8 novembre au plus tard, un montant de 32 euros par personne désirant déjeuner. Merci d’accompagner votre versement du choix du plat en communication. Je me permets également d’insister sur le fait qu’en cas de désistement après le 13 novembre, le prix (que nous avons négocié avec le restaurateur pour qu’il soit compétitif) sera facturé à l’association et que, par conséquent, aucun remboursement ne pourra être opéré après cette date. Je vous remercie déjà de votre compréhension.

Je me réjouis de vous revoir à cette occasion et d’échanger sur les thèmes qui nous tiennent à coeur.

Bien cordialement,

Nicolas Thirion

Comment peut-on être belge ?

Par Valmy

Comment peut-on être wallon ?

Chers lecteurs ne vous alarmez pas. La provocation dénigrante de Monsieur Nicolas De Decker, journaliste au VIF (Roularta media Group) ne mérite qu’un vibrant « RASTRINS VALET » !

Le sieur De Decker parodie les Lettres persanes de Montesquieu afin de nous décrier. Sa plume belgicaine au service d’une agence flamande ne peut nous surprendre. Il sert, croit-il, un bon Maître (Meester : bij wie men in dienst is); il faut bien vivre (hélas).

D’accord, parodions donc Montesquieu.

D’entrée de jeu, cher Rica (je préfère Rica à Usbek), comme nous le chantons, « Nous sommes fiers d’être Wallons » et nous le confirmons par la Marseillaise car nous n’oublions pas les noms de nos héros inscrits sur l’Arc de Triomphe à Paris : les généraux de la République et de l’Empire : Lahure, Jardon et Dumonceau.

Afin de te convaincre, cher Rica, de ton erreur provocatrice, je m’en vais te dessiller les yeux avec l’aide d’un homme honnête et amoureux de la Belgique : Monsieur Francis Delpérée.

En 2011, Monsieur Delpérée développe dans la revue n°136 de Pouvoirs (Seuil) une analyse inattendue de sa part, un écrit existentiel, dont je te conseille la lecture :

« La Belgique existe-t-elle ? » Accroche-toi Rica, cela décoiffe !

LA BELGIQUE A-T-ELLE JAMAIS EXISTÉ ?

« L’Etat belge n’est pas né de l’alliance de deux peuples. Il ne procède pas du contrat de vie commune qu’ils auraient scellé à cette occasion. »

Valmy te le confirme, adieu le mirage ; au 19e siècle, l’Angleterre (celle du Brexit actuel) a créé de toutes pièces le Royaume de Belgique, pour mille ans, face à la France, au détriment des Néerlandais méridionaux (les Flamands) et des Français septentrionaux (les Wallons). Hélas pour toi, Rica, tu vivras l’« Ondergang » de cette « colonie pénitentiaire » que deux peuples, étrangers l’un à l’autre, ne méritaient pas.

LA BELGIQUE EXISTE-T-ELLE ENCORE ?

Rappelle-toi, Rica, Gaston Eyskens : « L’Etat unitaire est dépassé par les faits ». Les faits, comme c’est têtu, la cruelle réalité que Jules Destrée décrivit en 1912 : « Sire, il n’y a pas de Belges mais des Flamands et des Wallons ». Mais il fallut le séisme du remplacement de la vieille U.C.L. par la fringante K.U.L. pour que disparaissent les familles politiques unitaires issues de la bourgeoisie « francophone » de 1830, toutes remplacées par des partis régionalistes.

Aujourd’hui, en 2019, la Flandre, que tu sers au Vif, prend le large, toute seule, comme une grande fille assurée de sa force et de sa maturité. Certes, la NVA, suivie par tous les autres partis, patiente à prononcer le mot magique et terrible « INDEPENDANCE » et le remplace par un synonyme tout aussi brutal, « IDENTITE ». Rica, certaines personnes détiennent parfois deux passeports mais elles ne possèdent qu’une identité et une seule !

Rica, la Nation de tes employeurs largue les amarres sans plus se soucier ni de l’opinion ni de l’avenir des Wallons. Elle embarque, de fait, Brussel, sa vassale, dans ses cales. Crois-moi, Rica, les Bruxellois s’expriment encore en français mais la flamandisation des esprits pousse leurs enfants dans les bras du G.O. (Gemeenschap Onderwijs).

Si l’Histoire apprit aux Néerlandais qu’ils n’avaient aucun intérêt à laisser monter la frontière française jusqu’à Brussel, par la grâce des traités européens, ils ne craignent plus la République à Waterloo aux abords de la millénaire frontière linguistique.

Plus loin, cher Rica, comme Jésus portant la croix, Monsieur Delpérée poursuit sa passion : « La Belgique renonce au développement d’une culture juridique et politique commune ; elle s’inscrit résolument dans une logique de partage des compétences et de souveraineté (Rica as-tu bien lu ?) ; la Belgique renonce au mythe puis à la réalité de la Nation unifiée ».

LA BELGIQUE EXISTERA-T- ELLE DEMAIN ?

Dans le n°54 de la revue Pouvoirs (Seuil) en 1991 (!), Monsieur Delpérée écrivait déjà, prémonitoire, « à l’instar des civilisations de Valéry, les société politiques étaient mortelles. La Belgique n’a pas toujours existé ni comme Etat ni comme Nation. Qui serait assez fou ou assez fort pour lui garantir la pérennité sous une forme ou sous une autre ? »

Pour terminer Rica, la Flandre prône le « confédéralisme » ce qui signifie de facto la mort de la Belgique et la coopération (sic) entre les Etats héritiers. Fumisterie ! A l’échelle lilliputienne, le confédéralisme à la Belge rappelle la succession de Charlemagne suivie du traité de Verdun puis du Traité de Meersen.

Rica, tu peux entonner « Plus près de toi, mon Dieu » car il n’existe pas de Plan B.

Le casus belli de la FGTB

Par Valmy

A l’attention des Wallons de la FGTB :

Marc 8,18 : Ayant des yeux, ne voyez-vous pas ? Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas ? Et n’avez-vous point de mémoire ?

Robert Vertenueil (FGTB) : « Le trou de la Sécu sera de 1,5 milliard en 2019 ». « On est assez inquiet« , un sentiment qui est renforcé par des perspectives alarmistes pour les prochaines années. « Quatre milliards en 2021, 6,3 milliards en 2024 » (le 26 septembre 2019, le Soir et la RTBF).

La Sécurité sociale n’a plus assez de recettes pour fonctionner.

Et cela alors que le gouvernement a décidé sous la législature écoulée de ne plus compenser le déséquilibre de la Sécu dès l’année prochaine. « Or sans cette dotation, nous constatons que la Sécurité sociale n’a plus assez de recettes pour fonctionner », souligne Robert Vertenueil qui envoie un message préventif aux partis politiques : « Si vous formez un gouvernement en ne prévoyant pas de solution structurelle pour le financement de la Sécu, ce sera pour nous un casus belli ».

NDLR : « Un casus belli » de la FGTB wallonne, voilà ce qu’attendent les partis politiques flamands et particulièrement la NVA et le Belang.

Depuis le décès d’André Renard, les Wallons de la FGTB feignent d’ignorer la volonté de la Flandre de scinder la SECU ! Ils refusent de voir que le sous-financement de la SECU par la réduction des charges au profit du patronat, majoritairement de Flandre, relève d’un travail de sape préalable à la scission. Bien évidemment, ce sera uniquement de la faute des Flamands !

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Lu sur le site du journal Le Soir ce 14 septembre 2019 :

Grand Baromètre : le Vlaams Belang et la N-VA obtiennent la majorité flamande à la Chambre (infographie)

L’extrême droite dépasse pour la première fois les nationalistes de la N-VA côté flamand, selon notre sondage Le Soir-RTL-TVI-Ipsos, mais obtiennent ensemble la majorité dans leur groupe linguistique.

La Chambre, c’est surtout « de Kamer », puisque le groupe linguistique néerlandophone y occupe 89 sièges sur 150, pour 61 sièges dévolus aux francophones. Pas de problème, tout cela est démocratique et constitutionnel. Sauf que d’après notre Grand baromètre Le Soir-RTL-TVI-Ipsos-Het Laatste Nieuws-VTM, vu la poussée du parti d’extrême droite flamand, qui avait emporté 18 sièges déjà en mai dernier, et qui en reprend 7 aujourd’hui (virtuels là, qu’on se rassure), on arrive à 46 sièges pour les deux formations séparatistes flamandes (la scission est dans leurs programmes et leurs statuts), à savoir le Vlaams Belang et la N-VA. Ce qui leur permet, donc, d’avoir la majorité dans leur groupe linguistique, tout juste mais ça suffit, la majorité étant de 45 sièges. Une configuration qui rendrait le Parlement fédéral proprement ingérable, il exploserait au premier affrontement en séance, la Belgique aussi.

Lire la suite de l’article.

Dans son édition du jour, Le soir reprend aussi une interview de Jean-Claude Junker publiée dans L’Echo, sous le titre suivant : « A la Côte belge, je parle allemand car ils n’acceptent plus les francophones » . Le président de la Commission européenne dit notamment ceci : « La Belgique est un État, mais les communautés se considèrent être des nations – je veux parler de la Flandre. La Wallonie n’a pas d’elle-même une conception nationale, alors que la Flandre se croit et se comporte comme nation. Et ça reste un miracle de voir ces deux entités, si disparates finalement, vivre ensemble sans vivre ensemble. »

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

Par Jules Gheude

Monsieur le Président,

Par le biais de trois ouvrages intitulés  » C’était de Gaulle  » (Editions de Fallois/Fayard), Alain Peyrefitte nous a restitué les nombreux entretiens qu’il eut avec le Président Charles de Gaulle. Alors que, pour la seconde fois depuis 2010, le Royaume de Belgique est confronté à une crise politique qui menace sa survie même, il n’est pas sans intérêt de relire ce que votre illustre prédécesseur disait à ce sujet.

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. (…) Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme cela que ça finira.

La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République, dont ils ont déjà fait partie. (…)

Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.

Il y a un malaise belge (…). Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équilibre entre les deux fractions viendrait à se rompre.

Tenus le 29 juillet 1967, ces propos témoignent d’une extrême clairvoyance. Le constat du général de Gaulle se voit corroboré par l’évolution que connaît aujourd’hui la Belgique.

En 2010-2011, le Royaume a traversé sa plus longue crise politique, avec 541 jours sans gouvernement de plein exercice. La situation était telle que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) – d’une mission d’information sur le sujet.

Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés soulignait que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables compromettait dangereusement sa survie.

Le problème majeur réside dans le fait que la Flandre est parvenue, au terme d’un long combat, à s’ériger en Nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », qui a été adoptée en 2012.

Comme l’a fort bien perçu le général de Gaulle, on ne trouve pas un phénomène équivalent en Wallonie.

La mouvance nationaliste flamande n’a cessé, ces dernières années, de s’affirmer. Elle est aujourd’hui incarnée par la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), première force politique du pays avec près de 30%.

L’article 1er des statuts de cette formation vise à faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Europe.

Indépendantiste, lui aussi, mais situé à l’extrême-droite, le Vlaams Belang a également progressé de manière significative lors des élections législatives et régionales du 26 mai dernier.

Il ne manque, en fait, que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Depuis 1970, la Belgique a connu six réformes institutionnelles, au fil desquelles elle n’a cessé de s’alléger au profit des régions et des communautés.

Un fait majeur s’est produit en 1999, lorsque le Parlement flamand s’est clairement prononcé en faveur d’un système confédéral, basé sur deux États, Flandre et Wallonie, avec une cogestion par ceux-ci de Bruxelles.

C’est ce confédéralisme que la N-VA entend aujourd’hui mettre sur la table des négociations. Son constat est simple : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties différentes. Le fossé économique qui les sépare est béant. Alors que la Flandre opte pour une vision de droite, axée sur l’esprit d’initiative et l’innovation (elle réalise à elle seule 80% des exportations belges !), la Wallonie penche plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public. Vu ce contexte, il convient de mettre un terme aux transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, qui représentent quelque 7 milliards d’euros par an. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière !

Pas question, pour les partis wallons, et notamment le PS qui arrive en tête, de s’engager dans ce confédéralisme, qui impliquerait la scission de la sécurité sociale et aboutirait finalement à la disparition du pays.

Depuis plus de trois mois, deux informateurs royaux s’efforcent de débroussailler le terrain, mais la tâche relève de la quadrature du cercle.

Impossible de mettre autour de la table la N-VA et le PS qui sont comme chien et chat sur le plan socio-économique et ont des visions diamétralement opposées quant à l’avenir du pays.

Monsieur le Président,

L’hypothèse d’une implosion du Royaume de Belgique ne relève nullement de la chimère. Elle doit être envisagée sérieusement par l’Union européenne.

Si la Flandre devait proclamer unilatéralement son indépendance, on voit mal comment la France pourrait ne pas la reconnaître. Feu François Perin, ce brillant constitutionnaliste liégeois qui joua un rôle politique majeur durant la seconde moitié du 20e siècle, confiait au journal « Le Soir », en août 2011 :

Le mouvement flamand, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation, avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une conscience nationale. Bart De Wever – le leader de la N-VA – est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un État flamand indépendant ». Et vous avez aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres, chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient -sera le premier État à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée. (…) Le nationalisme flamand est bien ancré. (…) Il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Les responsables wallons refusent de voir la réalité en face. Ils s’accrochent, de manière suicidaire, à une Belgique dont le démantèlement est devenu inéluctable.

Mais rien n’est pire que de se retrouver un jour le nez sur le poteau, contraints de réagir dans la précipitation.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse aujourd’hui à vous, en tant que Wallon soucieux de l’avenir de sa région.

Si la Wallonie devait se retrouver seule à son corps défendant, elle serait confrontée à une situation intenable. Elle ne pourrait compter sur Bruxelles, dont les habitants, à plus de 70%, déclarent souhaiter un statut autonome en cas de disparition du pays.

L’amitié qui vous lie à Charles Michel, notre actuel Premier ministre et futur Président du Conseil européen, est bien connue Voici ce que déclarait son père, Louis, le 28 octobre 1996 – il était alors président du Parti réformateur – au journal « Le Figaro » :

Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France.

Voilà plus de dix ans que je m’efforce, par le biais de mes essais, chroniques de presse et conférences, de préparer les esprits wallons à cette échéance.

Outre le général de Gaulle, diverses personnalités politiques françaises se sont déclarées prêtes à accueillir les Wallons le jour où ils en exprimeraient clairement le désir.

Comme l’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau :

Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

C’est au nom de ces liens indéfectibles que je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes très respectueuses salutations.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde