Si c’est lui qui le dit…

Aux éditorialistes de la presse bruxelloise, nous reprochons souvent de faire comme si la Flandre était belge, un point c’est tout, comme si la Wallonie était belge, un point c’est tout, comme si Belgique allait durer toujours, un point c’est tout, comme s’il ne fallait en aucun cas imaginer la fin prochaine de ce pays merveilleux, un point c’est tout, comme s’il n’y avait aucune alternative, un point c’est tout.  

Mais dans un pays qui n’en finit pas de se fissurer, il faut bien qu’il y ait des failles et que, de temps à autre, à force de se raconter des histoires, on craque. Comme le disait Albert Jacquard, « la vérité ne se possède pas, elle se cherche ». Il faut toujours faire le pari de l’intelligence.

Petit coup de blues ou véritable « coming out » rattachiste, voici en tout cas un éditorial de Francis Van de Woestyne qui nous change de l’habituel « French bashing » (pardon pour tous ces mots qui ne sentent pas la « vieille France »). (G.R.)

J’aurais voulu être Français…

L’édito de Francis Van de Woestyne pour La Libre Belgique du 2 février 2018

Ce titre est évidemment exagéré. Il ne comporte aucune nuance : elles vont suivre. Il pourrait passer pour une trahison par rapport à la satisfaction, que nous exprimons souvent, d’être né dans un pays, la Belgique, qui cultive à la fois la nuance, l’ouverture, la dérision.

Fondamentalement, être Belge – et ce sont souvent les étrangers qui nous ouvrent les yeux – c’est travailler sérieusement mais ne pas se prendre au sérieux ; c’est être joyeux dans un pays au climat triste ; c’est accueillir, digérer, transformer voire sublimer toutes les influences qui se posent ici puis s’en vont quelque part. Être belge, c’est être germain et latin, c’est vivre dans une sorte de monarchie républicaine, qui aime les traditions mais pas la grandiloquence. Donc être Belge, c’est bien.

Pourquoi alors cet attrait pour la France ?

Pour l’efficacité, apparente, du système : là-bas, quand une décision est prise, elle est appliquée. Quand un problème est identifié, il est analysé et les solutions suivent. Exemples. Le (remarquable) ministre français de l’Enseignement, Jean-Michel Blanquer, aligne réforme sur réforme. Une étude vient démontrer que l’orthographe des petits Français est en régression ? Blanquer est le soir au JT pour annoncer des mesures concrètes. La lecture est défaillante ? Il soutient les belles expériences de son ami Alexandre Jardin. L’épreuve du Bac est contestée ? Son plan est prêt. Bravo.

En Belgique, c’est la galère. C’est toujours lent et compliqué. Exemples. Le Pacte d’Excellence est une opportunité unique de revitaliser l’enseignement francophone. Mais sa concrétisation est d’une infinie lenteur. Voyez aussi le dossier des allocations familiales qu’il fallait régionaliser à tout prix. Qui l’a demandé ? Les citoyens ? Non. Les familles ?  Non. Les enfants ? Non. Les francs-maçons… ? Non. Et pourtant, chaque petite Région aura son petit système avec ses petites nuances. Il a fallu des mois, des années pour mettre au point des systèmes différents. Qu’a-t-on gagné ? Rien. Pareil pour le code de la route, le commerce extérieur, désormais régionalisés.

Mobilisons-nous pour de grandes causes, pas pour des petites choses.

5 réflexions sur « Si c’est lui qui le dit… »

  1. Trop tard Monsieur Van de Woestyne ! Blijf maar in Vlaanderen.
    Il ne reste plus que les petites choses comme sujet de « conversation » entre le Nord et le Sud.
    Les grandes causes appartiennent, aujourd’hui, aux Régions grâce à l’analyse et à l’alarme des démocrates de Wallonie et du Mouvement wallon précurseur dès la fin du XIXe siècle, grâce à l’opiniâtreté et la force de frappe du Mouvement flamand et, enfin, grâce à la Constitution « belge » réformée sous la pression de l’éternelle majorité flamande qui fut bien évidemment aidée en sous-main par le capitalisme bruxello-belge, l’acteur majeur du désinvestissement en Wallonie.
    Alors, oui, il devient urgent pour nous Wallons de nous vouloir FRANCAIS afin de retrouver nos racines et nous sauver de la débâcle.

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  2. Un édito qui m’a beaucoup surpris, c’est vrai, mais qui laisse un arrière=goût. Comme si VDW l’avait écrit en sentant le souffle, dans son dos, d’un Big Brother belgo belge, modérant ses aspirations. D’entrée de jeu, il nuance le titre (« évidemment exagéré »), puis il annonce des nuances, qui vont « suivre »…Mais rien ne vient, ni concernant la France (même l’ « apparente » efficacité n’en est pas une dont il ne dénonce jamais le caractère illusoire des réformes en cours, ni concernant l Belgique dont le portrait est à la fois lucide et pointu…
    Un éditorial qui traduit un réel trouble, donc, comme si VDW hésitait encore du milieu du gué. Il sait qu’il ne peut reculer, mais n’ose s’engager car il ne voit pas la rive opposée. Un brouillard intellectuel l’envahit, qui retarde encore le moment de sa décision. Une décision difficile pour lui: le surmoi est tel!

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  3. —–>Fondamentalement, être Belge – et ce sont souvent les étrangers qui nous ouvrent les yeux – c’est travailler sérieusement mais ne pas se prendre au sérieux ; c’est ETRE JOYEUX DANS UN PAYS AU CLIMAT TRISTE (sic)

    Ce plumitif reste fidèle à lui-même.On a bon d’être belge. On est tellement mieux que les autres, avec notre sens de l’humour… Sauf que les faits ne mentent pas, eux. Le bonheur belge ? Taux de suicides en Wallonie ! Toute une population sous antidépresseurs et comme en Union Soviétique, l’alcoolisme d’Etat : Belgian Beer Lover Festival.

    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/3058525/2017/01/19/Deux-fois-plus-de-suicides-en-Wallonie-qu-en-Europe.dhtml

    Ne criez pas trop vite victoire à la lecture de cet article : en réalité, il s’en prend au régionalisme ! « Chaque région aura sa petite spécificité' » déplore-t-il. La prochaine fois, il va nous expliquer qu’il faut re-fédéraliser certains secteurs. Et quand il parle de la France, c’est avec des réserves : l’efficacité apparente, dit-il.

    Ce billet est encore une attaque sournoise contre nous.

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  4. La LLB comme toute la presse subventionnée se porte mal. Le lectorat
    est lassé et refuse de payer pour un journal aux ordres, FVW prend
    peur tant mieux. Pour le reste les Belgicains essuient revers sur revers
    la fin du Grand Stade et divine suprise la fin de Brussels AIrlines(en
    globish comme il se doit). Pas une larme a verser sur cette compagnie
    et son personnel flamand. Et unn échec pour Brussels Airport aussi
    tant mieux. Vivement un grand aéroport 100 pc wallon

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    1. Très juste, Monsieur Fryns,  » Pour le reste les Belgicains essuient revers sur revers la fin du Grand Stade et divine suprise la fin de Brussels Airlines », excepté des politiciens de Bruxelles, personne n’a pleuré l’échec du stade national et pas plus pour le pseudo Brussels Airport ( dénomination chérie de RTL – RTBF).
      L’abattement du moral tue parfois plus que l’indignation et la révolte.

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