Des visionnaires et des autres

Par Jules Gheude

Feu Lucien Outers a compté beaucoup dans l’existence du FDF. Admirateur de Racine, du cardinal de Retz et de Chateaubriand, il mettait un point d’honneur à s’exprimer dans un français élégant, souvent précieux. Nul doute qu’il a exercé une forte influence sur Olivier Maingain.

Mais ce dernier tient à la Belgique, alors que son modèle, dans « Le Divorce belge », publié en 1968, tenait un tout autre discours : Ma colère, je la réserve à ceux qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame interne qu’ils appellent la patrie.

Wallon d’origine (il était né à Barchon), Lucien Outers avait le cœur tourné vers la France. Ce n’est pas pour rien qu’il se retrouva en 1985 à Paris, en qualité de Délégué général de la Communauté française de Belgique.

Qui se souvient encore de cette « Lettre ouverte » qu’il adressa au Roi Baudouin et dans laquelle il explique que si, entre les composantes belges, il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

François Perin avait tenu un discours identique dans son essai « La Belgique au défi », publié en… 1962 :

Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Comme Lucien Outers, François Perin envisageait, à terme, une Wallonie devenue graduellement une région de France et soulignait la vocation internationale de Bruxelles.

Olivier Maingain est loin de tout cela. Pour lui, il s’agit de maintenir la structure fédérale de l’Etat, une structure dont le Parlement flamand s’est distancié dès 1999, en adoptant les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, défendues principalement à l’époque par le parti démocrate-chrétien.

Aujourd’hui, la N-VA est devenue la première force politique du pays et son président, Bart De Wever, entend bien mettre ce projet confédéral sur la table des négociations au lendemain des prochaines élections législatives.

Dans sa « Lettre ouverte au Roi », Lucien Outers évoquait la nécessité de pouvoir discuter. Mais Olivier Maingain ne veut pas entendre parler de la N-VA, ni de ce confédéralisme qui reviendrait à placer Bruxelles sous la tutelle de la Flandre et de la Wallonie.

La Flandre, comme on le sait, a toujours été réticente au concept de « Bruxelles, région à part entière » et elle n’a pas abandonné l’espoir de la voir tomber à terme dans son escarcelle.

Nous achèterons Bruxelles ! avait lâché un jour le ministre-président flamand CVP Gaston Geens. Pour y parvenir, Bart De Wever, propose que chaque habitant de Bruxelles choisisse librement, indépendamment de sa langue ou de son origine, entre la Flandre et la Wallonie pour ce qui concerne les matières dites communautaires : l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration.

Mais la menace n’existe pas que pour Bruxelles.  Comme vient de le rappeler Olivier Chastel, le président du MR : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Privée des quelque 7 milliards d’euros que la Flandre lui transfère chaque année, la Wallonie ne manquerait pas d’être confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer douloureusement la ceinture. Cela déboucherait sur un climat quasi révolutionnaire, avertit Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Pourtant, Olivier Chastel souhaite la reconduction de la coalition suédoise. Cela suppose donc qu’il est disposé à négocier avec la N-VA la mise sur pied de ce système confédéral.

Le président du PS, Elio Di Rupo, appelle de ses vœux la formation d’une coalition avec Ecolo et Défi. Exit le PTB qui, à ses yeux, n’est pas prêt à prendre ses responsabilités. Mais il reste prudent, en ajoutant : Cela dépendra du choix des citoyens.

Si l’on se base sur les résultats du dernier Baromètre politique, une coalition PS-PTB-Ecolo serait créditée de 49,4%, contre 42,5% pour une coalition PS-Ecolo-DéFi. La différence est sensible !

En portant son choix sur DéFi, Elio Di Rupo inscrit donc ce parti dans la mouvance de gauche, dite progressiste. Olivier Maingain préfère, quant à lui, parler de libéralisme social.

Olivier Maingain ne s’est pas privé de dénoncer les affaires qui ont secoué le monde politique ces derniers temps, et qui ont principalement touché le PS. Il n’ignore pas non plus que la situation difficile de la Wallonie est due en grande partie à la mainmise socialiste. De 1985 à 2017, la ministre-présidence de la Région a en effet été confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS.

Voilà les divers choix qui se présentent à Olivier Maingain, tant au niveau fédéral que régional.

Mais il doit prendre conscience que la détermination qu’il affiche aujourd’hui n’empêchera pas la Nation Flandre de poursuivre la route qu’elle s’est fixée.  Comme l’a rappelé François Perin dans son interview-testament, en 2011 : D’étape en étape, le mouvement a gagné sur toute la ligne.

Une chose est sûre : au lendemain du 26 mai 2019, la formation d’un nouveau gouvernement belge relèvera de la quadrature du cercle. Informateurs, médiateurs, démineurs se succèderont dans un ballet infernal. Au final, le roi pourrait se retrouver nu.

Le prélèvement à la source

Par Paul Durieux
Ne vous moquez pas des Français, comme à la RTBF ou RTL, et observez bien les taux de taxation. Là, les « petits belges » s’étouffent d’effroi et il ne fait plus aussi bon de vivre dans notre royaume surréaliste…
Je me suis toujours demandé comment faisaient mes nombreux amis du Gard pour mener un train de vie comme le leur alors que nous faisions partie en général de cette classe dite moyenne. Bien sûr, je ne parle pas de millionnaires ou de milliardaires qui ont tout avantage à profiter des largesses du très injuste impôt des personnes physiques belge. Mais au fait, ai-je des amis parmi ces gens qui savent oh combien utiliser niches fiscales, paradis fiscaux et autres subtilités du système pour ne pas payer le juste impôt ? Poser cette dernière question est y répondre !
 
Bien sûr, il existe beaucoup d’autres paramètres pour comparer de façon juste tout ce qui concourt à une vie de qualité. Si j’en avais les moyens, le temps et les compétences techniques, je pourrais réaliser nombre de vidéos qui pour la plupart plaideraient pour la qualité de vie en France, mais chuuuuuutttttttttt… Il ne faut surtout pas que les Wallons soient informés objectivement. Ceci dit, soyons objectifs : le paradis sur terre n’existe nulle part !!!

Les élections en Wallonie

Une opinion de Jules Gheude publiée sur le site de la RTBF.

Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise. Le ministre-président wallon et le président du Parlement wallon saisiront l’occasion pour mettre en avant les changements opérés depuis un an par la nouvelle majorité et en appeler à la fierté collective. Le Chant des Wallons sera entonné à pleins poumons, le péket coulera à flots et l’on rira de bon cœur aux vannes du curé distillées lors de la traditionnelle messe en wallon, avant de se séparer sur l’air du Bia bouquet.

Il est vrai que l’humour du curé lui permet aussi d’asséner quelques vérités brutales et de dénoncer les travers d’une société trop souvent égoïste et aveugle.

Mes d’jins, si vous saviez !

Il paraît, selon les analyses de l’Iweps (Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique), que les Wallons se sentent avant tout belges et que 93% d’entre eux sont farouchement opposés à la séparation du pays.

Présent dans l’assemblée, à titre d’invité officiel, le ministre-président flamand N-VA ne peut s’empêcher d’afficher un léger sourire. Il sait, lui, que ses six millions de concitoyens constituent une véritable nation, qui verse chaque année à la Wallonie quelque 7 milliards d’euros. Et il se dit en lui-même : Profitez-en bien, les petits, car l’extinction de ces transferts est programmée. Comme est aussi programmée, pour la N-VA, l’émergence d’une République flamande souveraine (article 1er des statuts).

Les responsables politiques francophones se gardent bien d’aborder le sujet. En 1999, lorsque le Parlement flamand a approuvé les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, ils n’ont d’ailleurs pas saisi l’importance de l’événement. Tout se passe, dans leur esprit, comme si la Belgique fédérale était vouée à l’éternité. D’aucuns proposent même aujourd’hui de ramener certaines compétences dans le giron de l’Etat central. Ils appellent cela refédéraliser. Car il est vrai que les six réformes de la Constitution opérées depuis 1970 ont rendu le mille-feuille institutionnel indigeste, voire immangeable.

Mes d’jins ! Savez-vous exactement ce qu’est le confédéralisme ? Non, ce n’est pas le fédéralisme des cons, comme l’a un jour défini Francis Delpérée. C’est une manière d’aller au séparatisme en toute légèreté. Pas de révolution, mais un processus évolutif, pour reprendre les termes de Bart De Wever, le président de la N-VA.

On ne va pas démolir directement la baraque belge. On va d’abord la dépouiller de l’essentiel de ses meubles pour les confier à deux propriétaires, Monsieur Flandre et Madame Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir le régime qu’il souhaite pour ses formalités « personnalisables » : impôt des personnes, régime de sécurité sociale, etc.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la suite : la baraque belge ne servant plus à rien, autant la dynamiter !

En prononçant son discours aux Fêtes de Wallonie, Willy Borsus, le ministre-président wallon ne pourra s’empêcher de songer à l’an prochain. Car si les sondages actuels se confirment, il y a de fortes chances pour que le discours 2019 soit confié à un(e) socialiste !

Au lendemain des élections du 26 mai 2019, Elio Di Rupo s’empressera de constituer une coalition de gauche avec le PTB et Ecolo (peut-être même avec DéFi…), tandis qu’informateurs, médiateurs, conciliateurs et autre démineurs se succéderont en un ballet sans fin. En 2010, le cirque a duré 541 jours !

La mise sur pied d’une coalition de gauche en Wallonie sera du pain bénit pour Bart De Wever. Elle reflètera, en effet, sa définition de la Belgique : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi, en fin stratège qu’il est, attendra-t-il patiemment que les négociations s’embourbent pour mettre le dossier du confédéralisme sur la table. Pour ce faire, il pourra compter sur le soutien du CD&V, dont le président Wouter Beke a confié, en 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Toute la question est là : le PS finira-t-il par lâcher du lest ? Si l’on en juge par les épisodes précédents (le lâchage de José Happart et le maintien des Fourons en Flandre en 1988 ; les concessions que l’on se refusait d’envisager et que l’on finit par faire en 2001 en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française ; la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles en 2012), la chose n’est pas à exclure.

Comme l’a fort justement écrit Paul-Henry Gendebien dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » en 2006 : « On n’entendit plus les matamores se proclamant ‘non-demandeurs’. (…) La barricade francophone était en papier mâché. »

Elio Di Rupo, Paul Magnette et consorts n’ignorent toutefois pas que, privée des transferts financiers en provenance de Flandre, la Wallonie serait confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer drastiquement la ceinture.

Professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, Jules Gazon s’est penché sur le cas d’une Wallonie livrée à elle-même. Son constat est sans appel :  La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile.

Mes d’jins, si vous saviez !

Pour sauver, de façon éphémère, la cadre belge et revenir quelque temps au pouvoir, Elio Di Rupo prendra-t-il ce risque ? Ou, se souvenant des propos tenus jadis par le général de Gaulle – J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons – , estimera-t-il que le moment est enfin venu de prendre langue avec les autorités françaises pour négocier un statut d’intégration-autonomie ?

Jules Gheude

La Fédération Wallonie Bruxelles : une plaie pour la Wallonie !

Par Claude Roland

Le Wallo-Brux ou FWB  (Fédération Wallonie Bruxelles) est un brol créé pour aider les Bruxellois francophones face à la Flandre en créant un lien entre la Wallonie et Bruxelles tout en laissant Bruxelles libre. Mais que rapporte la dite Fédération à la Wallonie ? Rien !

Les Bruxellois n’ont que peu d’égards à l’encontre des Wallons. Au pire de la dernière crise, les Bruxellois disaient :  » tout sauf avec la Wallonie. »

Plus inquiétant encore, la FWB coûte cher à la Wallonie et nous crée bien de problèmes, sans compter une ingérence bruxelloise toujours plus forte.

J’ai été surpris qu’en début d’année scolaire de 6e primaire, l’école de mes enfants nous a imposé de déjà choisir l’école secondaire, alors que dans ma région, la Wallonie, cette précipitation ne se justifie absolument pas.

Mais voilà, c’est Bruxelles qui via la FWB impose aux Wallons les mêmes règles qu’à Bruxelles.

C’est aussi Bruxelles qui impose, dans les écoles de la Communauté Française, les livres produits par les éditeurs flamands (ex : De Boek). J’y ai relevé des traductions approximatives parsemées d’erreurs, surtout pour les termes scientifiques et leurs définitions. Et quand on compare avec les définitions qu’on trouve sur les sites français, il y a un gouffre de différence.

Mais l’abomination pour nous, Wallons, ce sont les médias bruxellois (RTBF, RTL, Le Soir, La Libre…) qui nous abreuvent de Bruxelles, de tout Bruxelles, de l’ULB de Bruxelles, de l’esprit bruxellois, du bilinguisme bruxellois (pas si bilingue que vanté) , du multiculturel bruxellois, du vivre bruxellois, des Bruxellois, de l’aéroport soi-disant bruxellois, mais pourtant bien flamand et dont les emplois de cadre sont quasi exclusivement flamands  (à la tour de contrôle, le français est interdit), et surtout du régionalisme bruxellois.

Des médias bruxellois qui non contents de nous faire la promotion de Bruxelles Capitale et Région capitale, font tout pour étouffer l’identité wallonne.
Car voilà, les Bruxellois se sentent à l’étroit et la Wallonie a plus d’espace.

Et  cerise sur le gâteau, les CPAS (Centres publics d’assistance sociale) bruxellois sont complètement submergés au point qu’on suggère aux allocataires sociaux d’aller s’installer en Wallonie.

Bruxelles subit une démographie si forte que la Wallonie est désignée comme une extension  !

La formation du prochain gouvernement fédéral…

Une opinion de Jules Gheude publiée sur le site du Vif/L’Express.

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Luc Van der Kelen, l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », dans une opinion publiée sur Knack.

Bien qu’il soit aujourd’hui conseiller politique de B-Plus, cette association dont on connaît l’attachement à la Belgique, Luc Van der Kelen est conscient que la situation belge est extrêmement précaire : « Le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas. »

En 2010, la crise politique belge a duré 541 jours. Ceux qui se présentaient alors comme « demandeurs de rien » ont finalement accepté une sixième réforme de l’Etat, qui n’a fait que rendre le processus de décision plus complexe, voire, dans certains cas, impossible. Le 28 avril 2016, Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal « Libération », constatait que « cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et le détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. »

A l’Open VLD, au MR et au CDH, des voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter la refédéralisation de certaines compétences, dans un but de plus grande efficacité. Mais Luc Van der Kelen est formel : « Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre. En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. »

Telle est, en effet, la réalité ! Aussi est-il vain de mener des combats d’arrière-garde, comme le fait, par exemple, Philippe Van Parijs (lui aussi membre de B-Plus) en proposant de diviser la Belgique en quatre régions (une flamande, une wallonne, une bruxelloise et une germanophone), avec l’usage de l’anglais comme trait d’union.

Luc Van der Kelen parle des partis flamingants. Il n’ignore pas que ceux-ci éprouvent une aversion profonde pour Bruxelles, région à part entière. Luc Van der Kelen souligne aussi la position forte de la N-VA. Pour son président, Bart de Wever, Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi veut-il que cet état de fait se reflète dans un projet confédéral : un niveau belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – la Flandre et la Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale… Bref, une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

N’oublions jamais que l’idée confédéraliste a été lancée, au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande (un démocrate-chrétien) et qu’elle a été approuvée par le Parlement flamand en 1999. Comment le président du CD&V, Wouter Beke, pourrait-il aujourd’hui ne pas appuyer cette réforme, lui qui, le 22 septembre 2007, avait déclaré au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. » Voilà qui a le mérite de la clarté !

Luc Van der Kelen aborde alors le point crucial. Si les négociations aboutissent à une impasse, s’il y a peu d’alternatives, Bart De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ?

Aujourd’hui, Elio Di Rupo ne veut rien savoir de ce confédéralisme. Mais il était aussi contre la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans extension de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu.

S’il analyse les sondages, Elio Di Rupo sait que le PS a de grandes chances de revenir au pouvoir wallon au lendemain des élections de l’an prochain. Luc Van der Kelen semble, lui aussi, convaincu de la chose : Si le MR (…) ne parvient pas à capitaliser sur sa position exceptionnelle, alors la coalition fédérale ne pourra conserver sa majorité et le gouvernement wallon risque de prendre la forme d’une coalition de gauche. (…) Pour Magnette, Di Rupo et consorts (…) le niveau fédéral arrive à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région est primordial.

Mais Elio Di Rupo sait aussi que la Wallonie devra tirer son plan toute seule. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance de Flandre -quelque 7 milliards d’euros – est, en effet, programmée. Une situation qui deviendra vite intenable pour la Wallonie et qui l’amènera à se serrer la ceinture.

En 1981, François Perin avait prédit cette évolution : Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans l’esprit de la N-VA, le confédéralisme devrait être la dernière étape avant le séparatisme. L’article 1er de ses statuts évoque clairement l’émergence d’une République flamande souveraine.

Tenter de maintenir la Belgique par de nouvelles discussions interminables, serait donc insensé. Puisque la mort du royaume est programmée, passons directement à la phase finale ! François Perin se plaisait à répéter : Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu’il est mort !

Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer comment nous envisagions l’avenir de la Wallonie. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible d’insérer dans la Constitution française un statut particulier d’intégration-autonomie, qui permettrait de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

Les artistes wallons n’existent pas

Par VALMY

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la ministre Greoli ont sélectionné et envoyé un duo de plasticiens FLAMANDS à la biennale de Venise.

Une discrimination et un déni des talents wallons conséquence logique « de l’accord de coopération pour la Culture, établi entre la Communauté flamande et la Communauté française depuis 2013, le projet sélectionné sera le fruit de collaborations témoignant de la vivacité de la création et des synergies en Belgique ». (SIC !)

Un choix plus que discutable avalisé par la ministre Alda Greoli, d’un duo de Flamands (habitant à Brussel) et de leur commissaire Anne-Claire Schmitz, directrice de La Loge, une ASBL subventionnée par de « Flanders State of the Art » et de la » Vlaamse Gemeenschapscommissie ».

Irréalisme politique, soumission collaborationniste (?) la FWB pourrait bien être absente pendant huit ans de la plus prestigieuse des manifestations internationales !

Cette manière d’agir s’inscrit dans une ligne idéologique entraînant l’absence de soutien aux artistes d’une nation, d’une région, ou le refus de leur donner la possibilité d’une visibilité mondiale.

En conséquence le message qu’adresse la ministre Alda Greoli : en Communauté française, il n’y a pas artistes wallons, en Wallonie les institutions culturelles et leurs responsables ne valent rien, les écoles d’art sont inutiles.

La FWB considère sa participation à la biennale de Venise comme épisodique et non comme la pierre angulaire d’une politique culturelle cohérente. Tout le monde connaît L’INCOHERENCE DE LA FWB !

Pourquoi cette biennale ne pourrait-elle pas être une étape importante dans le parcours des artistes wallons ? Pourquoi les opérateurs culturels wallons ne sont-ils jamais sollicités pour produire les projets vénitiens ?

Pourtant, Venise est une opportunité exceptionnelle pour les institutions d’accroître leur visibilité internationale et d’étoffer leurs réseaux professionnels – conditions importantes à l’exécution de leurs missions. La plupart des pays confient la production des expositions vénitiennes à une de leurs institutions, la Flandre aussi.

Seule la FWB s’obstine à faire le contraire. Il s’agit d’une forme de discrimination, pire, d’un déni des talents en Wallonie, qui s’ajoute au manque de soutien à la création et à l’absence d’une véritable politique artistique telle qu’elle existe en Flandre.

Encore une occasion perdue volontairement par la FWB, le « Cheval de Troie » de la belgitude la plus odieuse !

NDLR : l’article peut se lire dans la Libre Belgique du 22 août 2018

Tout va très bien, Madame la Marquise !

Par Jules Gheude

La version néerlandaise de cette opinion de Jules Gheude a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/diplomatie-madame-marquise/

La diplomatie a ceci de confortable qu’elle permet à un officiel d’un pays de tenir des propos peu amènes à l’égard d’un pays « ami », et à celui-ci d’accepter ensuite les excuses qui lui sont présentées…

C’est ce qui s’est passé récemment, lorsque le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Stef Blok (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie – Parti populaire pour la Liberté et la Démocratie), a regretté d’avoir qualifié la Belgique de pays invivable lors d’un discours prononcé à La Haye devant un parterre de concitoyens actifs au sein d’organisations internationales.

Mais il n’en demeure pas moins que le chef de la diplomatie néerlandaise se dit « incapable de donner l’exemple d’un pays disposant d’une société multiculturelle où les citoyens vivent ensemble dans la paix ».

Stef Blok  a présenté ses excuses à son homologue Didier Reynders, qui les a acceptées. L’incident est donc clos et le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, estime que son ministre peut « continuer à fonctionner de manière tout à fait normale ».

Lorsqu’un Etat voit le jour pour des raisons diplomatiques, sans que les populations concernées aient eu leur mot à dire, il porte immanquablement en lui les germes de la crise.

Dans l’union hollando-belge de 1815, le marquis de la Tour du Pin, ambassadeur de France à Bruxelles, n’avait vu qu’ »un mariage de convenance… sans aucun amour de part et d’autre ». Quinze plus tard, le divorce était prononcé.

Le mariage belge, arrangé notamment par Londres, ne fut pas non plus une réussite et pourrait, lui aussi, se solder par une séparation. On se souvient de ces médias étrangers qualifiant la Belgique de « pays défaillant », lors des attentats terroristes de Bruxelles. Des attentats qui, pour Jean Quatremer, le correspondant du journal « Libération » à Bruxelles, ont révélé la « déliquescence de l’Etat, miné par des luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone ».

Pour Bart De Wever, le président de la N-VA, « Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties ». Aussi souhaite-t-il, au lendemain des élections législatives de l’an prochain, que cette situation se reflète dans une organisation institutionnelle de type confédéral : un échelon belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – Flandre et Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois sera amené à choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires : impôt des personnes, sécurité sociale, immigration et intégration…

Bref, la Belgique deviendrait une coquille vide qui ne manquerait pas d’apparaître très vite superflue.

Sophie Wilmès, la ministre du Budget (MR) se veut rassurante : « Notre volonté de réduire les déficits et l’endettement de notre pays reste intact, tout en travaillant à la création d’emplois. J’en veux pour preuve les grands indicateurs budgétaires qui tendent vers les résultats engrangés lors des années d’avant-crise. » 

Certains indicateurs n’incitent toutefois pas à l’optimisme. Au cours des deux dernières années, les grandes multinationales ont, en effet, retiré 62 milliards d’euros de leurs centres de financement belges. Le géant allemand de la chimie, BASF, a en outre annoncé qu’il allait déménager à l’automne  sa trésorerie en Irlande, ce qui portera le compteur au-delà des 78 milliards d’euros. 7 des 17 plus grands centres de financement  de multinationales sont même déjà totalement à l’arrêt.

Depuis les années 80, les grandes multinationales bénéficiaient de mesures fiscales avantageuses, telles que les intérêts notionnels. Mais, avec l’ »accord de l’été » 2017, l’attraction n’est plus aussi forte. Si le principe de la déduction des intérêts notionnels est maintenu, il est toutefois limité désormais aux nouveaux fonds propres et ne s’applique donc plus à l’ensemble des fonds propres. Cela signifie que les multinationales ne peuvent croître que grâce à leurs gains.

Le gouvernement a également introduit un impôt minimum pour les entreprises, qui touche aussi les centres de financement.

Il apparaît évident que les multinationales n’ont pas intérêt à placer tous leurs œufs dans le même panier. Elles veulent gérer leurs finances internes au départ de divers pays et réagir ainsi plus rapidement aux modifications fiscales.

Après le déménagement de BASF, les capitaux parqués en Belgique descendront sous la barre des 100 milliards d’euros, contre plus de 300 milliards d’euros il y a sept ans.

Outre ces écueils économiques, la Belgique ne pourra éviter, au lendemain des élections législatives de mai 2019, une nouvelle tornade communautaire. D’ici là, les tensions ne cesseront de croître au sein de la coalition suédoise, chacun affûtant ses armes en vue de la compétition.

Une compétition à haut risque, qui pourrait bien amener l’arbitre à conclure que la Belgique n’est plus gouvernable, donnant ainsi raison au chef de la diplomatie néerlandaise…

Paul Magnette en France

L’opinion de Jules Gheude

En août 2011, alors candidat aux primaires du PS en vue de l’élection présidentielle, François Hollande effectua une visite éclair à Bruxelles. A cette occasion, il accorda une interview au « Soir » : Quand je vois les voix socialistes qui s’expriment en Wallonie… Toutes ces voix… Qui nous ont parfois manqué… Nous pourrions les prendre là…

Sept ans plus tard, le PS français est en état de décomposition et propose à Paul Magnette d’être tête de liste pour les élections européennes de 2019. Faut-il considérer cela comme un premier pas officiel vers l’intégration de la Wallonie en France ? Toujours est-il que le fait est significatif.

Le PS français n’a pas oublié l’entêtement avec lequel Paul Magnette a combattu le CETA en 2016. Le nom du « petit Gaulois » fit ainsi le tour du monde.

Mais pour Paul Magnette, cette invitation française est quelque peu gênante. En 2010, il reçut le surnom d’Allemagnette après avoir tenu ces propos dans « La Libre » : Quand je vois la situation en France, je comprends qu’il n’y ait plus que trois rattachistes en Wallonie. Etre rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Il y a une rupture culturelle avec les Français. Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne. C’est plus l’intérêt industriel de la Wallonie.

En 1958, André Renard, le syndicaliste socialiste liégeois, futur fondateur du « Mouvement Populaire Wallon », tenait un tout autre discours. A l’occasion de la Fête nationale française, il qualifiait la France de grand flambeau, de grande lumière de culture. Et il ajoutait : Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle.

Paul Magnette doit relire d’urgence son catéchisme wallon. Dans « La Wallonie, terre mosane » (Institut Jules Destrée, 1960), voici ce qu’écrit l’historien namurois Félix Rousseau : Pourquoi les Wallons parlent-ils français depuis des siècles, pourquoi ont-ils adopté la culture française, alors que – au point de vue politique – pendant plus d’un millénaire (à part Tournai et le Tournaisis) l’ensemble des terres wallonnes n’ont été françaises que pendant vingt années, exactement de 1794 à 1814 ? (…) Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Vous réciterez cela chaque soir avant de vous endormir…

Dans la mouvance française de gauche, Jean-Luc Mélenchon, le leader de « La France insoumise », joue un rôle non négligeable. En 2010, il écrivait sur son blog : On a compris que suis un « rattachiste », comme on dit. Si les Flamands s’en vont, si la Belgique « s’évapore », alors que les Wallons viennent avec nous. Ce serait la conclusion d’une pente prise il y a des siècles et maintenue sans désemparer dans les sentiments populaires des Wallons comme des Français.

Il y a quelques années, Paul Magnette se disait surpris de l’irrésistible ascension du nationalisme flamand : On pensait que tout cela n’était que du folklore !

François Perin, lui, avait très vite saisi les choses. Dans son livre « La Belgique au défi », publié en… 1962, il lançait cette mise en garde : Le nationalisme flamand n’est pas la création de l’incivisme de deux occupations étrangères ; c’est le résultat de la poussée irrésistible du peuple flamand. Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Une confédération centrifuge. N’est-ce pas précisément ce dont il est question aujourd’hui ? Sauf que, dans l’esprit de Bart De Wever, il n’y aurait plus que deux Etats, la Flandre et la Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devrait choisir pour ce qui concerne les compétences communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.

Il ne fait aucun doute que, réduite à l’état de coquille vide, la Belgique serait vite considérée comme superflue.

Les Wallons réaliseront alors très vite où se situent vraiment leurs intérêts.

Comme l’avait confié le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Extrait du livre

Veuillez lire ci-dessous un extrait du livre de Louis Nisse « Ma blessure française » dans lequel l’écrivain parle à la France.  

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NOTRE MAZARINE

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Delphine Boël.

Cette artiste d’une grande fraîcheur et spontanéité, amie des couleurs vives, est la Mazarine du triste Royaume de Belgique. Mais, contrairement à ta Mazarine Pingeot, notre Delphine Boël doit se battre devant les tribunaux, le roi Albert II refusant de la reconnaître malgré l’évidence : sa mère, Sybille de Sélys Long- champs – issue de la grande noblesse liégeoise –, a eu une liaison entre 1966 et 1984 avec le Prince de Liège, le futur Albert II, à une époque où lui et sa femme, Paola, vivaient séparés ; Jacques Boël, le père légal de Delphine, a fait un test prouvant qu’il n’est pas son géniteur ; Delphine ressemble à la reine Astrid, la mère d’Albert II.

Nos actes nous suivent. Mais, à 83 ans, Albert a gommé les écarts de sa jeunesse, il est devenu très pieux, il baigne dans le charismatisme et l’Opus Dei, il aspire à la paix des culs-bénis. Hypocrisie, lâcheté, mensonge, déni, refoulement ? Un peu de tout ? Il n’a pas connu la jeune fille qui souffrit d’anorexie lorsqu’il coupa tout lien. A-t-il oublié la petite fille qui l’appelait papa Papillon ?

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Delphine Boël, Hypocrite. Un O central porte une couronne …un peu de traviole.

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Belgique ? Rideau !

Jules Gheude nous envoie la traduction d’un article qu’il vient de publier sur le site de Knack.

Magnifique résultat que celui engendré par le fameux « compromis à la belge » ! Il aura contribué, via six réformes de l’Etat, à créer un capharnaüm institutionnel dans lequel le citoyen ne parvient pas à se retrouver. C’est un danger pour le bon fonctionnement de la démocratie. Mais Talleyrand l’avait prédit dès 1832 : Ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays.

En juin dernier, la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open VLD),  a plaidé pour une « refédéralisation » de la politique de la santé : Les soins de santé sont le département le plus fragmenté et il n’y a pas de hiérarchie entre les entités fédérées. Donc personne ne peut dire : c’est çà qu’il faut faire. Quand on réalise qu’une idiotie a été faite, on doit pouvoir la réparer.

Une proposition aussitôt rejetée par la N-VA et le CD&V. Pour le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA), il ne peut être question de revenir en arrière. Si un transfert doit être opéré, ce ne peut être que vers les entités fédérées. Tel est aussi l’avis du président du CD&V, Wouter Beke : Le passé a montré qu’une politique fédérale unifiée n’était pas une réponse. Une politique flamande propre est la meilleure garantie pour une plus grande qualité de vie.

L’affaire est donc réglée : il ne se trouvera aucune majorité en Flandre pour reculer les aiguilles de l’horloge.

Cela n’empêche toutefois pas certaines personnalités MR de faire publier, à l’initiative des Jeunes MR, une « Lettre ouverte » pour revendiquer également une refédéralisation, et ce dans les domaines de la santé, de la mobilité, de l’énergie et du commerce extérieur. L’idée d’un Etat fédéral capable d’endosser un rôle de juge dans la concertation entre les différents niveaux de pouvoir pourrait mettre de l’huile dans les rouages grinçants du processus décisionnel belge, peut-on lire dans cette lettre, signée notamment par les ministres fédéraux Sophie Wilmès (Budget) et François Bellot (Mobilité-Transports), ainsi que par Christine Defraigne, la présidente du Sénat. Selon eux, le seul critère à prendre à compte est l’efficacité.

A cette lettre, la N-VA s’est empressée de réagir de manière sarcastique : Lorsqu’il demande de placer les soins de santé wallons et la politique en matière de mobilité, d’énergie et d’agriculture sous la curatelle fédérale, le MR dit en fait que la Wallonie a besoin des Flamands pour mettre de l’ordre dans ses affaires, déclarent le vice-président et député européen Sander Loones et le chef de groupe flamand Matthias Diependaele.

D’un autre côté, les nationalistes flamands se disent heureux que les libéraux francophones souhaitent rouvrir le débat communautaire : Pour gérer la Belgique de manière vraiment plus efficace, on doit mener un vrai débat institutionnel et on doit donc parler du confédéralisme, concluent Loones et Diependaele.

Mais on sait aussi que la N-VA veut voir disparaître la Belgique à terme (article 1er de ses statuts, qui parle d’Etat flamand).

Entre-temps, le président du MR, Olivier Chastel, a fait savoir que le moment n’était pas mûr pour une discussion institutionnelle.

Les francophones – aujourd’hui, c’est au tour du CDH Maxime Prévot d’évoquer la refédéralisation – ne semblent toujours pas avoir compris que le fédéralisme est un concept dépassé depuis longtemps en Flandre. En 1999, le Parlement flamand s’est prononcé clairement en faveur du confédéralisme.

Pour le président de la N-VA, Bart De Wever, ce confédéralisme figurera en priorité au menu des négociations, au lendemain des élections de 2019. Et d’expliquer : Dans le confédéralisme, il n’y a plus que deux entités, la Flandre et la Wallonie., compétentes pour l’ensemble des matières personnalisables et territoriales. La Région de Bruxelles-Capitale reçoit toutes les matières liées au territoire, ainsi que les compétences des dix-huit communes actuelles, des CPAS et des six zones de police. Pour les matières communautaires, chaque habitant de Bruxelles choisit librement – indépendamment de sa langue ou de son origine – entre la Flandre et la Wallonie.

Il est clair qu’un tel projet est inacceptable pour les francophones. Si les négociations devaient aboutir à une impasse, un gouvernement belge serait introuvable. Mais jusqu’ici, les éternels « demandeurs de rien » ont toujours fini par céder pour sauver la Belgique.

Au sein du MR, le président Olivier Chastel aura fort à faire pour concilier les points de vue. On a vu ainsi les ministres wallons Jean-Luc Crucke et Pierre-Yves Jeholet se déclarer partisans d’une division du pays en quatre régions (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone). Une vision qui est aussi défendue par le professeur et philosophe Philippe Van Parijs, lequel est d’avis que le recours à la langue anglaise peut constituer le trait d’union entre les Belges. Applaudissements unanimes sur les bancs de l’Office international de la Francophonie !

Et si l’on arrêtait de perdre du temps (541 jours en 2010 !) en discussions interminables et vaines. Les faits sont là : il existe une nation flamande, qui rend la survie de la Belgique impossible !

Le lucide François Perin avait bien compris cela. La Belgique, finissons-en ! déclarait-il dans son interview-testament en 1993. Il n’y a, pour la Wallonie, qu’une seule issue : devenir une région de France, graduellement.

Aujourd’hui, le Centre d’Etudes du MR porte le nom de Jean Gol. Lui aussi, à la fin sa vie, était devenu sceptique quant à la viabilité de la Belgique. Paul-Henry Gendebien raconte : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta (…) qu’il pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois, serait français. (…) Sa férocité se déchaîna quand nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore, et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association et de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

On se souvient également que lors d’une élection à la présidence du MR, Charles Michel avait titillé son challenger Daniel Bacquelaine à propos de sa conviction réunioniste…

Le spectacle « Belgique » a assez duré. Le moment est venu de baisser le rideau !

Jules Gheude

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde