Archives pour la catégorie Revue de presse

Lequel des deux ministres tente de nous tromper ?

Je ne vois pas le malheur partout mais quand quelqu’un veut battre son chien, il trouve toujours un bâton pour le faire.

Le Ministre Di Antonio suggère-t-il que le Ministre Bellot ne connaît pas son dossier et l’état de la dorsale wallonne ?

Valmy

Di Antonio plutôt sceptique envers le projet de nouvelle liaison ferroviaire Namur-Paris

Publié le lundi 26 février 2018 à 20h29 Belga -RTBF Info

Le ministre wallon des Transports Carlo Di Antonio (cdH) s’est montré perplexe lundi envers la création d’une nouvelle liaison ferroviaire internationale entre Namur et Paris via Charleroi et Maubeuge, comme évoquée il y a une dizaine de jours dans la presse.

Interrogé lundi en commission du Parlement wallon par plusieurs députés sur le projet, le ministre wallon a regretté n’avoir nullement été associé ou concerté dans ce dossier piloté par le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Les administrateurs régionaux auprès de la société ferroviaire n’ont pas plus été consultés, selon le ministre wallon.

D’un point de vue technique, Carlo Di Antonio s’est par ailleurs montré assez dubitatif lundi. « Il faut savoir que la L130 (Namur–Charleroi) est sujette à des problèmes de capacité aux heures de pointes d’autant que lors du dernier plan de transport, un train omnibus a été ajouté sur ce tronçon. Ceci a empêché l’application des revendications wallonnes, à savoir un IC supplémentaire aux heures de pointe et la réactivation du Thalys wallon », a-t-il commenté.

Quant à la ligne L130A (reliant Charleroi à Erquelinnes), elle est, selon le ministre, actuellement sujette à des « problèmes techniques » qui ont amené Infrabel à mettre un tronçon à voie unique.

De plus, « la vitesse a été réduite définitivement, sur un autre tronçon, de 100 à 60 km/h et Infrabel a demandé les permis pour passer à voie unique sur une partie de ce même tronçon », a-t-il ajouté.

« Je me pose donc la question de la rapidité d’un train international que l’on souhaite mettre en place entre Namur et Paris tout en sachant que l’on a écarté Liège et Mons, sans compter les problèmes de capacité qui seront rencontrés sur le territoire français, entre autres au niveau de Paris-Nord », a conclu le ministre tout en s’interrogeant sur les coûts financiers du projet, tant en termes d’infrastructure, d’exploitation que de matériel.

Namur était naguère directement reliée à Paris via à une liaison à grande vitesse (Thalys), mais celle-ci été supprimée au printemps 2015.

Parce qu’on ne croit pas au pacte d’excellence

Le Pacte d’excellence est un sujet récurrent sur ce site. Un mouvement pluraliste comme l’AWF, plaidant pour une intégration de la Wallonie dans l’espace français, n’a sans doute pas à prendre une position claire sur la réforme annoncée de l’enseignement francophone. Mais c’est peu dire que de nombreux membres de l’AWF se sentent concernés par ce qu’on nous prépare. Il est vrai que l’enseignement est un enjeu crucial pour l’avenir de nos sociétés.

Voici donc une nouvelle opinion très critique à l’égard du Pacte d’excellence, sans rapport avec l’AWF. Nous contribuons à sa diffusion parce que nous la jugeons pertinente. Ce texte a été publié ce 19 février sur le site du Vif/L’Express.

« Ne confondons pas la carte et le territoire »

Par Giovanni Cosentino, Licencié en sciences physiques – Professeur de physique à l’Athénée royal de Mons 1

Dès le début de sa conception, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école. Mais sait-on vraiment où l’on va ?

Dès le début de sa conception, c’est-à-dire depuis environ trois ans, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait, s’il venait à être porté, de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école, notamment à cause de ce fameux tronc commun qui ne fera, selon certains, que reproduire les mêmes erreurs que « l’enseignement rénové » des années 70. De telles discordances nous amènent tout naturellement à la question : mais sait-on vraiment où l’on va ?

Il est incontestable que l’évolution rapide – devenue trop rapide aujourd’hui – de la société nous contraint à essayer de donner à nos jeunes un enseignement adapté aux enjeux de demain et l’ambition première du pacte semble bien être de répondre à ce besoin de renouvellement, mais la voie de réforme qu’il propose a le défaut majeur de manquer d’ancrage dans le réel.

En effet, il existe un abîme incommensurable entre la vision terriblement simpliste de l’école que nous présente le pacte et les réalités que doivent affronter tous les jours les acteurs de terrain dans leur travail.

Pour l’instant, ce pacte n’est guère plus qu’un simple plan sur le papier et l’optimisme niais de ses auteurs, avec ses ambitions incontestablement démesurées me fait penser à cette réflexion du père de la sémantique générale, Alfred Korsybski : « La carte n’est pas le territoire qu’elle représente ».

Autrement dit : la carte est la manière dont nous nous représentons la réalité, non la réalité elle-même. Et, de la même manière, le plan de construction qu’on nous propose aujourd’hui ne doit pas être confondu avec le véritable territoire de l’école où évoluent élèves et professeurs et où se révèlent chaque jour les difficultés vécues par les uns et le manque criant de moyens matériels mis à la disposition des autres. Il serait bien imprudent de croire naïvement qu’il suffit d’appeler une réforme « pacte d’excellence » pour qu’elle nous apporte cette qualité dont elle ne fait, somme toute, que prononcer le nom.

Comment ne pas s’étonner, voire s’irriter que l’on puisse inclure ce terme d’excellence dans l’appellation d’un projet lorsqu’il n’est encore qu’au stade de sa conception ? Comment pourrait-on prêter foi à ceux qui, aujourd’hui, voudraient vanter, à l’aide de ce titre pompeux, les mérites de quelque chose qui n’existe pas encore ?

La modestie ou tout simplement le souci d’objectivité et de réalisme auraient dû modérer les auteurs de ce projet et leur éviter de lui accoler ce terme qu’il est difficile de ne pas considérer comme fallacieux. Les lourds échecs des réformes antérieures sont pourtant bien là pour leur prouver que « réussir l’école » n’est pas une mince affaire.

L’objectif principal annoncé par le pacte est de permettre à tous les élèves, à travers un « tronc commun pluridisciplinaire et polytechnique renforcé » de les initier à toutes les branches de l’activité humaine afin de leur permettre de faire, par la suite, des choix professionnels judicieux : cela va de l’expression corporelle, aux nouvelles technologies numériques, en passant par le travail du bois et du métal, toutes les formes d’art et même la construction (en classe) d’objets (non encore spécifiés) ayant « un usage social avéré et pouvant réellement être utilisés ».

Un peu de bon sens suffit pourtant pour se rendre compte très vite que cette vision des choses trahit une certaine candeur et elle pourrait prêter à sourire si ce n’était pas l’avenir de notre enseignement qui était en jeu. On peut sérieusement se demander, en effet, si les concepteurs de ces programmes titanesques ont vraiment les pieds sur terre et s’ils ont seulement essayé d’évaluer les moyens financiers et humains qu’ils nécessiteraient.

Toutes les nouvelles activités prévues par le pacte (surtout les activités artistiques et technologiques) requièrent des compétences très spécifiques et les enseignants en place actuellement ne pourraient certainement pas répondre aux demandes qui leur seraient faites.

Afin peut-être de dissiper nos doutes sur la faisabilité de ce vaste chantier, le texte d’introduction du pacte tient ce discours rassurant : « Les orientations que nous proposons répondent à un idéal, celui d’une école efficace et équitable, et elles s’inscrivent dans un cadre réaliste ».

Et c’est ainsi que dès les premières lignes du texte du « projet d’avis numéro 3 », on nous annonce qu’un des axes stratégiques du pacte sera de « favoriser le plaisir d’apprendre ». Mais de qui se moque-t-on ?

Les enseignants avaient-ils vraiment besoin qu’on leur assène pareille évidence ? Que croyez-vous qu’ils font déjà, jour après jour, à longueur d’année, si ce n’est tenter de susciter l’intérêt de leurs élèves et de donner du sens à leur apprentissage.

« Il était nécessaire de changer l’école », nous dit-on aussi pour justifier la réforme, mais rien ne pourra changer dans la bonne direction si l’on ne tient pas compte des besoins spécifiques éprouvés par les enseignants dans leur travail. Or ces derniers ne sont pas rassurés du tout par les exigences draconiennes qui leur seront imposées comme par exemple les fameux « plans de pilotages » qui feront bientôt leur apparition dans les écoles et qui exigeront des équipes éducatives qu’elles atteignent une série d’objectifs en relation avec les taux de réussite, le nombre de diplômés, etc., comme si les résultats des élèves et leur implication dans le travail étaient des variables susceptibles d’être contrôlées comme on règle l’arrivée d’essence dans un carburateur !

Pour revenir à ce « cadre réaliste » auquel font allusion les auteurs du pacte, est-il vraiment réaliste, par exemple, de vouloir introduire dans le cursus scolaire des élèves, à côté de domaines classiques comme le français, les mathématiques ou les sciences, de nouveaux domaines d’apprentissage comme « la créativité, l’engagement et l’esprit d’entreprendre » ? Bien malin sera celui qui pourra nous dire ce que l’on entend exactement par là et comment les professeurs devront s’y prendre pour évaluer des compétences aussi vagues et aussi aléatoires.

Et c’est dans l’optique de ces nouveaux domaines d’apprentissage qu’on nous dit, par exemple, que l’élève doit « apprendre à oser se mettre en projet, individuellement et collectivement », qu’il doit « apprendre à  surseoir à l’acte et à l’immédiateté » ou encore « prendre conscience du temps et de l’espace et se lancer dans un temps d’effort plus ou moins long avant d’atteindre un résultat ». Verra-t-on bientôt les professeurs obligés de se transformer en spécialistes de la créativité artistique et de la psychologie cognitive ?

Pour ce qui concerne un autre sujet, plus sérieux, tout de même, celui du décrochage scolaire, est-il réaliste, par ailleurs, de promouvoir un dispositif sophistiqué de remédiation pour tous les élèves en difficulté et dans toutes les matières, mais sans reconnaître, pas même du bout des lèvres, qu’il nécessiterait, pour être opérationnel, des moyens considérables, comme l’introduction d’heures de cours supplémentaires et, a fortiori, l’engagement de nouveaux professeurs ?

On ne peut que constater que le pacte ne présente aucune évaluation, même approximative, des investissements qui devraient être faits pour accompagner les élèves en difficulté : non, le texte du pacte se contente de signaler « qu’il s’agira d’octroyer des périodes de remédiation selon des modalités à déterminer » et il appartiendra aux professeurs de se débrouiller.

N’est-ce pas un peu vague pour un projet qui se veut aussi ambitieux ? Au lieu de partir d’une réflexion intelligente et profonde sur ce que doivent être les conditions de travail idéales des élèves et des enseignants, au lieu de fonder ses projets sur la base d’un état des lieux pertinent qui nous aurait éclairés sur la question de savoir quelles sont les méthodes d’apprentissage qui fonctionnent le mieux et celles qui ne fonctionnent pas, au lieu de tout cela, les auteurs du pacte se contentent de tirer des plans sur la comète.

Le Projet d’avis numéro trois du pacte, un texte qui compte plus de 300 pages et qui définit les « axes stratégiques » des actions à entreprendre, présente une très longue liste d’objectifs qui commencent tous par un verbe écrit à l’infinitif : « renforcer la qualité de l’enseignement maternel, développer le leadership pédagogique des équipes de direction, responsabiliser les enseignants dans le cadre d’une dynamique collective d’organisation apprenante, rénover l’encadrement différencié, etc. »

On peut tout de même douter que ce long et sophistiqué verbiage puisse être suffisant pour sauver notre école. Les auteurs du pacte ne semblent pas avoir vraiment conscience de ce que sont les réalités du terrain. Jeter un plan sur le papier est une chose, le concrétiser en est une autre et le risque est grand de les voir confondre la carte et le territoire.

Namur-Paris : à nouveau sur les rails

L’agence Belga reprend une information donnée par le journal Vers l’Avenir :

La SNCB cherche une alternative pour relier la Wallonie à Paris, sur les cendres de la liaison en Thalys qui a été supprimée. Une étude de faisabilité en cours évalue la solution Namur – Charleroi – Maubeuge – Paris, rapporte L’Avenir jeudi. « La demande de liaison est partie de chez nous, mais la région Hauts de France est très intéressée par cette possibilité », explique le ministre de la Mobilité, François Bellot.

La liaison serait un bon compromis, à moindre coût, et environ 35 minutes plus lente que le Thalys, selon les premières estimations. Pour les Wallons, cela signifie le retour d’une liaison directe vers la capitale française. Pour les Français du Nord, un accès direct vers l’aéroport de Charleroi, et indirect vers Bruxelles (via Namur). « Ce sera plus lent que le Thalys, mais aussi moins cher. Cela ne devrait pas excéder 60% du prix du billet Thalys. Cette liaison classique pourrait donc intéresser un potentiel plus large de passagers ».

SNCB et SNCF analysent l’intérêt socio-économique ainsi que la faisabilité technique d’un tel raccordement. La difficulté majeure persiste dans l’homologation technique des trains belges sur le réseau français. Le ministre Bellot espère une réponse de la SNCF fin mars. Si l’étude est positive, la ligne devrait être effective dès 2019.

Cette 7ème réforme de l’Etat qui ne dit pas son nom

8 février 2018 | Auteur : Bart Maddens | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 2 minutes. Lu sur Daardaar

Après un long temps d’attente, la septième réforme de l’État est enfin une réalité. Vous avez bien lu : la proposition de loi spéciale a été déposée le 23 janvier à la Chambre et signée par pratiquement tous les partis, N-VA et PS compris. Dès lors, la majorité des deux tiers requise au sein de chaque groupe linguistique sera également acquise sans peine.

Nombreux sont ceux qui craignaient qu’aucun nouveau transfert de compétences ne voie le jour durant cette longue période de cessez-le-feu communautaire. Ladite proposition vient dissiper cette inquiétude. C’est reparti pour un tour !

Ne nous emportons pas pour autant. Il y a plutôt lieu de parler d’un transfert de compétence, au singulier. Et peut-on bel et bien le qualifier de transfert de compétence ? Oui, si ce n’est qu’il s’agit d’un transfert qui semblait entériné depuis belle lurette. Dix-sept ans, pour être précis.

Des faits qui remontent à 2001, quand tout le monde supposait que l’accord du Lambermont prévoyait déjà le transfert des règles régissant la campagne des élections communales. Ces règles ont par ailleurs été inscrites dans les décrets électoraux des Régions wallonne et flamande. Pourtant, lorsque le gouvernement flamand a souhaité modifier lesdites règles en 2016, le Conseil d’État en a subitement décidé autrement, à la surprise générale. Il semblerait que, pour finir, les régions soient uniquement compétentes pour veiller au bon respect des règles, non pas pour les dicter. Chasse gardée du fédéral, comme c’est également le cas pour les élections régionales.

Il en résulte une situation pour le moins étrange. Les lois déjà approuvées par les parlements régionaux gardent en principe leur force, n’ayant fait l’objet d’aucune objection de la part de la Cour constitutionnelle et, par conséquent, d’aucune abrogation. Or maintenant qu’il est établi que les régions ne sont pas compétentes, tout amendement de la réglementation devra à l’avenir transiter par l’échelon fédéral. Partant de ce principe, il faudrait déterrer une vieille loi fédérale datant de 1994.

La septième réforme de l’État résout le problème d’un tour de passe-passe en régularisant, en quelque sorte, l’excès de compétences du passé. À présent, les régions deviennent compétentes pour les règles proprement dites, pas uniquement pour le contrôle de celles-ci. Une réforme tout sauf spectaculaire, certes. Néanmoins, ne sous-estimons pas à nouveau l’importance de ces lois. Elles constituent un sous-groupe significatif de la législation électorale.

Et maintenant ? Que faut-il penser de cette affaire ? Qu’en période de cessez-le-feu communautaire, de telles mini-réformes de l’État restent possibles. Un constat déjà observé en 2015, lorsque le système de financement de la Communauté germanophone a été modifié sans faire de bruit. Une légère erreur de calcul s’était apparemment glissée dans la sixième réforme de l’État.

De toute évidence, les partis sont enclins à se débarrasser des anomalies gênantes présentes au sein de la structure de l’État. Les partis francophones sont également demandeurs. C’est dire. Ils sont en effet favorables à ce que les régions soient pleinement compétentes en matière d’élections locales, sans exceptions obscures. Or si tout cela est de l’ordre du possible, pourquoi des transferts de compétences plus étendus relèvent-ils du tabou ?

La structure de l’État belge regorge d’absurdités et de règles inextricables. Les Flamands ne pouvaient-ils pas joindre la question des élections locales et de la modification de la loi spéciale de 1980 à la résolution de quelques autres points institutionnels sensibles ? Ou ne feraient-ils pas mieux de laisser perdurer ces anomalies afin de s’en servir, ultérieurement, comme levier dans l’optique d’une réforme plus substantielle ?

Questions épineuses s’il en est, qui ne doivent toutefois pas gâcher la joie flamande née de ce transfert de compétence. Une septième réforme de l’État qui ne dit pas son nom !

BART MADDENS SE REJOUIT.  ALORS, NOUS AUSSI !

La Wallonie des clichés : triste !

Lents, péteux, ploucs et j’en passe… Des clichés bien peu enrichissants dans l’esprit de nos jeunes, une méconnaissance de la Wallonie sans doute limitée à peu de considération, triste !

Vu sur le site du journal « L’Avenir » :

C’est quoi un cliché? Qu’est-ce que le nom d’une ville vous évoque? Namur, Liège, Charleroi…? Nous avons posé la question à un panel d’étudiants à Louvain-la-Neuve.

Les réponses sont parfois drôles, parfois attendues, parfois surprenantes, voire révoltantes… pour peu que l’on soit concerné.

Le cliché est souvent lié à l’accent… mais c’est parfois bien plus fin. Par contre, d’autres villes n’en évoquent aucun. Cela voudrait-il dire qu’elles manquent de personnalité, de communication?

«C’est mal les clichés, mais en même temps, c’est assez drôle. Verviers? Terroristes…» Ouille, les clichés ne font pas toujours dans la dentelle.

«C’est mal les clichés, mais en même temps, c’est assez drôle. Verviers? Terroristes…» Ouille, les clichés ne font pas toujours dans la dentelle.

La video est à voir sur le site de l’Avenir.

Brussels Airlines

Quand on lit ce qui suit, il est effectivement plus qu’urgent de se séparer de la Flandre et de liquider le « croquemitaine belgicain ». Tant qu’il existera, les Wallons agiront contre leurs intérêts. Psychique ? Vous avez dit psychique ? Comme c’est étrange et récurant.

Valmy

Qui va pleurer Brussels Airlines ?

Par Bertrand Henne. Publié sur le site de la RTBF le mardi 6 février 2018 

Le dossier Brussels Airlines démontre une nouvelle fois que la Belgique ne défend pas, ou très mal, ses intérêts stratégiques.
Inutile ici de rappeler à quel point nous avons, depuis les années 80, laissé nos grandes entreprises stratégiques filer à l’étranger. Dans tous les pays qui nous entourent, France, Pays-Bas, Allemagne, l’ancrage du capital des entreprises structurantes pour l’économie est une priorité pour les pouvoirs publics. Pas chez nous. On l’a déjà souvent dit, c’est parce qu’il n’existe pas de patriotisme économique chez nous.

En fait si, il en existe un. Il s’est construit en Flandre. Il s’est construit notamment autour de la KBC pour contrer le capitalisme francophone jugé arrogant et anti-flamand. Ce qu’il a très bien réussi à faire du reste. Le capitalisme francophone a implosé.

La Flandre se fiche de Brussels Airlines

La compagnie fait pourtant tourner l’aéroport de Zaventem qui est important pour la Flandre. Mais regardez l’histoire. La Sabena était considérée par la Flandre comme une compagnie belgicaine. À sa mort, le traumatisme était surtout francophone alors que les dégâts économiques ont été importants à Zaventem.

D’ailleurs, quand Guy Verhofsadt a voulu recréer une compagnie belge, il n’a trouvé que deux dinosaures du capitalisme francophones, Etienne Davignon et Maurice Lippens, pour le faire. Ce sera la SN Brussels Airlines.

Au moment de la création de la SN, la Flandre ne voulait pas qu’on utilise le nom de Belgique pour cette compagnie. Pire, elle n’a pas investi alors que cette compagnie allait permettre de maintenir une activité à Zaventem. Parmi les partenaires publics qui ont investi à l’époque, on trouve le fédéral, la Société Régionale d’Investissements Wallonne (SRIW) et la Société Régionale d’Investissements Bruxelloise (SRIB). Pas de trace de la Flandre.

C’est un comble. La Wallonie, qui réussit si bien avec l’aéroport de Charleroi, a investi dans une compagnie qui fait les belles heures de Zaventem.

On doit donc se résoudre à perdre Brussels Airlines

Oui! C’est déjà fait de toute façon. Puisque les actionnaires de l’époque ont revendu leur part aux Allemands. Ce qui arrive aujourd’hui est inéluctable. Les allemands agissent selon leurs intérêts, leurs aéroports, leurs connexions, leurs hubs, leurs emplois.

En Flandre, pas grand monde ne pleurera ce reliquat belgicain francophone. À Bruxelles, on pensera surtout diminution du survol et des nuisances, et en Wallonie, on regarde vers les aéroports de Charleroi pour les passagers et de Liège pour le Fret.

Si d’aventure les Allemands tuent Brussels Airlines, l’intègrent à leur filiale low cost, s’ils remplacent tout le management par des allemands, s’ils foutent en l’air des connexions considérées comme stratégiques chez nous, s’ils délaissent Zaventem pour rapatrier des passagers et des profits dans leurs aéroports, nous ne pourrons pas nous plaindre.

Nous pouvons faire beaucoup de choses, mais pas nous plaindre. Dans ce secteur, comme dans d’autres, à force de nous disputer sur la direction à prendre, nous avons lâché le manche à balai. Nous sommes devenus les passagers du capitalisme mondialisé.

Pour la blague. Comment se nomme la nouvelle compagnie installée à Charleroi (Brussels-South) ? Air Belgium ! D’accord, les Chinois ne connaissent pas la Wallonie et… nous serions peut-être étonnés !

Si c’est lui qui le dit…

Aux éditorialistes de la presse bruxelloise, nous reprochons souvent de faire comme si la Flandre était belge, un point c’est tout, comme si la Wallonie était belge, un point c’est tout, comme si Belgique allait durer toujours, un point c’est tout, comme s’il ne fallait en aucun cas imaginer la fin prochaine de ce pays merveilleux, un point c’est tout, comme s’il n’y avait aucune alternative, un point c’est tout.  

Mais dans un pays qui n’en finit pas de se fissurer, il faut bien qu’il y ait des failles et que, de temps à autre, à force de se raconter des histoires, on craque. Comme le disait Albert Jacquard, « la vérité ne se possède pas, elle se cherche ». Il faut toujours faire le pari de l’intelligence.

Petit coup de blues ou véritable « coming out » rattachiste, voici en tout cas un éditorial de Francis Van de Woestyne qui nous change de l’habituel « French bashing » (pardon pour tous ces mots qui ne sentent pas la « vieille France »). (G.R.)

J’aurais voulu être Français…

L’édito de Francis Van de Woestyne pour La Libre Belgique du 2 février 2018

Ce titre est évidemment exagéré. Il ne comporte aucune nuance : elles vont suivre. Il pourrait passer pour une trahison par rapport à la satisfaction, que nous exprimons souvent, d’être né dans un pays, la Belgique, qui cultive à la fois la nuance, l’ouverture, la dérision.

Fondamentalement, être Belge – et ce sont souvent les étrangers qui nous ouvrent les yeux – c’est travailler sérieusement mais ne pas se prendre au sérieux ; c’est être joyeux dans un pays au climat triste ; c’est accueillir, digérer, transformer voire sublimer toutes les influences qui se posent ici puis s’en vont quelque part. Être belge, c’est être germain et latin, c’est vivre dans une sorte de monarchie républicaine, qui aime les traditions mais pas la grandiloquence. Donc être Belge, c’est bien.

Pourquoi alors cet attrait pour la France ?

Pour l’efficacité, apparente, du système : là-bas, quand une décision est prise, elle est appliquée. Quand un problème est identifié, il est analysé et les solutions suivent. Exemples. Le (remarquable) ministre français de l’Enseignement, Jean-Michel Blanquer, aligne réforme sur réforme. Une étude vient démontrer que l’orthographe des petits Français est en régression ? Blanquer est le soir au JT pour annoncer des mesures concrètes. La lecture est défaillante ? Il soutient les belles expériences de son ami Alexandre Jardin. L’épreuve du Bac est contestée ? Son plan est prêt. Bravo.

En Belgique, c’est la galère. C’est toujours lent et compliqué. Exemples. Le Pacte d’Excellence est une opportunité unique de revitaliser l’enseignement francophone. Mais sa concrétisation est d’une infinie lenteur. Voyez aussi le dossier des allocations familiales qu’il fallait régionaliser à tout prix. Qui l’a demandé ? Les citoyens ? Non. Les familles ?  Non. Les enfants ? Non. Les francs-maçons… ? Non. Et pourtant, chaque petite Région aura son petit système avec ses petites nuances. Il a fallu des mois, des années pour mettre au point des systèmes différents. Qu’a-t-on gagné ? Rien. Pareil pour le code de la route, le commerce extérieur, désormais régionalisés.

Mobilisons-nous pour de grandes causes, pas pour des petites choses.

Carrefour et le retour de Darwin

L’article qui suit est terriblement réaliste, mais il nous appartient de choisir dans quelle société nous voulons vivre. Personnellement, je veux vivre où l’Humain gardera la primauté et où le numérique aura la place que chacun de nous voudra bien lui réserver et non l’inverse.

Quant aux Etats dont le devoir est de s’occuper de celles et ceux qui perdent leur emploi, qu’ils adoptent des lois pour imposer des sociétés comme Amazone à la mesure des nombreux emplois qu’ils détruisent et du peu d’emplois qu’ils créent. Ici, permettez-moi de penser que le gouvernement français sera bien mieux placé que le gouvernement wallon ou fédéral belge  pour mener cette politique (les élus flamands qui seront toujours majoritaires au fédéral font peu de cas de ce qui arrive à « Carrefour » en Wallonie et à Bruxelles, cette dernière enseigne étant peu implantée en région flamande).

Pour une question de grandeur d’échelle, les mariages comme « la FNAC » et « DARTY » seront également plus aisés à réaliser avec la France.

Paul D.

Chronique d’Amid Faljaoui sur le site du « Trends-tendance »

29/01/18 à 10:25 – Mise à jour à 11:33

Amid Faljaoui nous parle de la triste histoire des licenciements de Carrefour. Il nous explique pourquoi les concurrents de Carrefour, les fameuses enseignes spécialisées, sont elles-mêmes en danger face à Amazon.

Dans la triste histoire des licenciements de Carrefour, Myriam Delmée, la responsable du syndicat Setca pour le secteur de la distribution a tout dit en quelques mots à mes confrères du « Soir ». À la question de savoir s’il y a trop de supermarchés, elle répond avec beaucoup de franchise: « J’en suis persuadée. Le marché est saturé, et on va nécessairement aller vers d’autres restructurations lourdes dans d’autres enseignes. » Voilà, tout est dit. Le reste de la discussion est important, mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est qu’une lutte syndicale pour obtenir les meilleures conditions de départ.

Souvenez-vous d’ING en 2017, et plus globalement dans ce secteur bancaire, les licenciements et autres départs ont été également motivés par la concurrence d’Internet.

Bien sûr, les FinTechs ou Amazon ne sont pas les seuls facteurs expliquant les difficultés du secteur bancaire ou du secteur de la distribution, mais la révolution numérique a accéléré la décision de se séparer de certains collaborateurs. Pouvait-on procéder autrement ? La question est hélas oiseuse, car aujourd’hui, un patron n’a malheureusement plus beaucoup de temps devant lui pour faire face aux changements. Auparavant, lorsqu’une nouveauté technologique arrivait sur le marché, la direction avait le temps de l’ausculter et de l’adopter. Actuellement, les innovations sur le Net vont trop vite pour laisser un patron choisir son temps de réaction. Il doit réagir vite, et fort, exactement comme le patron de Carrefour l’a fait six mois après sa nomination.

Si vous en doutez, Bill Gross, le fondateur d’un incubateur américain a calculé le nombre d’années qu’il fallait pour qu’un produit atteigne 50 millions de consommateurs. Le résultat est édifiant : l’avion a mis par exemple 68 ans avant d’avoir 50 millions de passagers, la voiture 62 ans, le téléphone 50 ans, la télévision 22 ans, et les distributeurs de billets 18 ans ! En revanche, You Tube s’est imposé en 4 ans pour avoir 50 millions d’usagers, Facebook en 3 ans seulement, Twitter en deux ans, et un jeu comme Pokémon Go s’est imposé en à peine 19 jours. Bref, pour atteindre 50 millions de consommateurs, nous sommes passés d’une durée de 68 ans à… 19 jours !

Dans le cas de Carrefour, la concurrence vient évidemment d’Amazon ou d’autres « pure players » comme Zalando, mais elle vient aussi des grandes surfaces spécialisées : les unes dans l’électronique, comme Media Markt, les autres dans le bricolage, le textile pour enfant, le sport comme Décathlon, les jouets ou encore l’ameublement. Mais toutes ces enseignes spécialisées sont elles-mêmes sous pression et sont parfois menacées de mort. Même un géant comme Decathlon doit faire face à la concurrence d’un Amazon. Je dirais même que le danger est encore plus grand pour les distributeurs qui n’ont pas leur propre marque et se contentent de distribuer des produits qu’on trouve à un clic de distance. C’est la raison pour laquelle la FNAC s’est mariée avec DARTY en 2017 par exemple. D’abord pour avoir plus de force pour négocier ses achats face à ses fournisseurs, ensuite pour créer des synergies et donc des économies d’échelle. Et toutes ces économies doivent servir à dégager de l’argent pour investir dans le numérique, sans quoi l’ogre Amazon vous avale tout cru.

Ironie du sort : le jour même du plan de restructuration de Carrefour, Amazon annonçait l’ouverture de son supermarché sans caisse

Voilà pourquoi, dans le secteur du jouet, des meubles, du jardinage ou du bricolage, les années à venir verront de nombreux mariages. Et les enseignes qui voudront rester célibataires auront les pires difficultés pour survivre. Quant à Carrefour et les autres distributeurs, leur avenir est déjà challengé par Amazon et son homologue chinois JD. La raison ? Tous les deux sont déjà en train de tester des supérettes sans caissières ! Grâce à l’intelligence artificielle, grâce à la reconnaissance faciale, et grâce aux données de votre smartphone, vous pourrez vous servir dans les rayons à votre guise et partir sans passer par une caisse. Arrivé chez vous, un email avec la facture de vos achats vous attendra. Utopie ? Nenni,  Amazon le fait déjà dans un supermarché à Seattle.

Ironie du sort, la direction d’Amazon a annoncé ce concept Amazon Go le jour même du plan de restructuration de Carrefour à Paris. C’est plus qu’un symbole, c’est un monde qui se meurt avec fracas pour faire place à un autre. Et sans doute ne faudra-t-il pas attendre 68 ans pour voir des supermarchés sans caissières fleurir partout.

Le banquier d’affaires Michel Cicurel a raison de dire que la course numérique s’accélère : c’est une urgence de fortifier les coureurs et de ne pas les freiner mais à condition également de soigner les blessés. Et ça, c’est le rôle primordial de l’Etat. Pour éviter que la révolution numérique ne soit considérée comme le retour de Darwin et ne provoque des révolutions.

Sortie du nucléaire en 2025 ?

Valmy, parfait bilingue français-néerlandais, attire notre attention sur les deux articles suivants :

Sortie du nucléaire en 2025: la question n’est plus « si », mais « comment ». Journal  De Standaard.

15 décembre 2017 | Auteur : Bart Sturtewagen | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez 

Alors que les quatre ministres, régionaux et fédéral, de l’Energie sont parvenus à se mettre d’accord en début de semaine pour signer un pacte énergétique prévoyant, notamment, la fermeture des dernières centrales nucléaires du pays en 2025, la N-VA a fait savoir qu’elle ne donnerait pas son feu vert, ni au niveau fédéral ni au niveau flamand.

Dans son communiqué, le premier ministre fédéral Charles Michel a adopté un ton acéré dont il n’est d’ordinaire pas coutumier. « Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique », a-t-il assuré. Avant de poursuivre en évoquant une « exécution loyale de la loi » et la « bonne foi ». Autant de termes qui laissent peu d’espace aux négociations ou à une retraite honorable. Depuis que la N-VA a intégré le gouvernement, jamais elle n’avait à ce jour été mise aussi ouvertement sous pression par le premier ministre.

Tous les partis au pouvoir, tant sur le plan régional que national, sont concernés par le pacte énergétique interfédéral, qui prévoit à nouveau la fermeture des dernières centrales nucléaires à l’horizon 2025. La N-VA, de son côté, n’est pas convaincue que la production d’énergie fiable et abordable sera suffisante d’ici là si les deux dernières centrales venaient à baisser le rideau.

Si l’on se fie au passé, tout plaidoyer en faveur d’un délai supplémentaire s’avère insoutenable. Les premières décisions quant à la fin de l’ère nucléaire remontent à près de 15 ans en arrière, à l’époque du gouvernement violet-vert de Guy Verhofstadt. L’histoire nous apprend qu’il y a toujours une bonne raison d’attendre et que, avant que l’on ne s’en aperçoive, le délai fixé apparaît tout d’un coup intenable. S’ensuit alors systématiquement un énième report et une dynamique essoufflée. Voilà pourquoi il est urgent, à présent, de mettre les mains dans le cambouis. Ce n’est que sous la contrainte qu’une mission extrêmement difficile peut être menée à bien.

La N-VA rétorque qu’il est néanmoins insensé de suivre aveuglément la loi si celle-ci nous mène droit dans le mur. Les importants groupes de pression issus de l’industrie, tels que la FEB, sont sur la même longueur d’onde. Cette position a le mérite d’obliger les partisans du pacte énergétique à chiffrer la manière dont l’objectif ambitieux sera atteint. Le plus simple, en effet, consiste à signer un plan et d’en confier la mise en œuvre au gouvernement suivant, voire à la prochaine génération politique.

La politique de la montagne russe menée jusqu’à présent sape le dossier énergétique dans son ensemble. Ce sempiternel manège doit cesser. Et persuader la population que tout finira par s’arranger si chacun y met du sien, ce n’est pas sérieux. Il faut maintenant impérativement mettre les chiffres et les modèles qui démontrent la faisabilité du projet ainsi que les efforts nécessaires à sa réussite sur la table. Assez palabré.

En définitive, il est hors de question de laisser tomber l’objectif fixé en matière de sortie du nucléaire d’ici 2025. Cela fait bien longtemps que la question n’est plus « si », mais « comment ». Face à l’inéluctable, il est vain de jouer les prolongations.

La fermeture des centrales nucléaires coûtera minimum 30 milliards. Journal De Morgen.

2 janvier 2018 | Auteur : Jeroen Van Horenbeek | Traducteur : Fabrice Claes 

La fermeture de cinq centrales nucléaires suisses coûtera 20 milliards d’euros. La facture de la fermeture des centrales belges risque de se chiffrer à un montant nettement supérieur. Mais qui la paiera ?

Fermer une centrale nucléaire, c’est facile en apparence. Mais dans la pratique, ça l’est beaucoup moins. La déconnexion d’une centrale du réseau électrique ne constitue qu’une première étape sur une route très longue. Une fois que la centrale est à l’arrêt, nous pouvons retirer le combustible nucléaire hautement radioactif du réacteur et le stocker pendant plusieurs décennies, d’abord dans une piscine nucléaire, puis dans un container sur le site même. Et finalement, nous pourrons nous débarrasser du combustible dans une décharge nucléaire.

Le combustible, c’est une chose, mais les centrales en sont une autre. Un réacteur mis à l’arrêt, c’est comme un énorme hall rempli de tuyaux et de matériel éventuellement contaminés par des éléments radioactifs. Il faut donc tout contrôler et traiter avec le plus grand soin. D’après les experts, le démantèlement d’une centrale nucléaire dure plus de quinze ans. La fermeture d’une centrale et l’élimination des déchets nucléaires constituent des tâches herculéennes. Qui coûtent un certain prix.

En Suisse, on discute depuis des années de la fermeture de cinq centrales nucléaires (puissance totale : 3 200 mégawatts). Une nouvelle étude, menée à la demande de l’État helvétique, évalue le prix du démantèlement total à 20 milliards d’euros à l’heure actuelle. Avant de réaliser cette étude, les Suisses ont analysé le coût de la fermeture de réacteurs de pays étrangers, et l’addition est nettement plus salée que prévu.

Une tirelire pas assez remplie

La facture suisse pose donc aussi question sur la sortie du nucléaire en Belgique. La loi prévoit la fermeture de sept centrales nucléaires à Doel et à Tihange (puissance : 6 000 mégawatts) d’ici 2025. Pourtant, notre pays n’a procédé à aucune évaluation du coût de cette fermeture, et ce, tout simplement parce que le politique n’a pas encore décidé de la manière dont il entend stocker les déchets. Probablement dans le sol de la Campine, mais personne n’ose trancher.

Dans l’attente d’une décision, les exploitants des centrales nucléaires, à savoir Engie-Electrabel et dans une moindre mesure EDF Luminus, sont contraints, chaque année, de remplir une tirelire en vue du nettoyage à venir. Celle-ci contient à l’heure actuelle 10,1 milliards d’euros. La question est donc de savoir si la tirelire sera suffisamment remplie lors de la fermeture des centrales en 2025.

Les Suisses, dans leur étude, évaluent le coût à 6,2 millions d’euros par mégawatt. Étant donné que la plupart des réacteurs belges sont du même type que les réacteurs suisses, qu’ils ont le même âge et que les deux pays envisagent un stockage souterrain des déchets, il semble sage d’utiliser les mêmes prévisions que les Suisses. Par conséquent, la Belgique, avec ses 6 000 mégawatts, devra débourser quelque 37 milliards d’euros.

Par ailleurs, pour plusieurs sources proches du dossier nucléaire, une somme de 30 milliards d’euros ou plus serait « plausible ». S’il est bien trop délicat pour ces sources d’évoquer publiquement une telle somme, Eloi Glorieux, de Greenpeace, n’a aucun mal à s’exprimer sur le sujet : « Je prévois depuis des années que le coût du démantèlement des centrales nucléaires ne sera pas couvert par la tirelire que remplissent Engie-Electrabel et EDF Luminus. Il faut beaucoup plus d’argent. »

Glorieux craint qu’en définitive, ce soit le contribuable qui règle la différence. « Dans les années 80, c’était déjà le contribuable qui avait dû payer pour la démolition de l’usine de traitement de combustibles irradiés Eurochemic à Dessel. Et il en ira de même pour les centrales nucléaires. Les producteurs d’énergie tentent par tous les moyens d’échapper au pouvoir politique. En Allemagne, par exemple, les fournisseurs d’énergie E.ON et RWE ont l’intention d’isoler leurs activités nucléaires dans une bad bank qui pourra tomber en faillite, de manière à ce qu’ils n’aient plus à payer pour le nettoyage. »

Electrabel seule

Le gouvernement allemand a empêché cette pratique. En Belgique, la question n’est pas à l’ordre du jour, mais pour combien de temps ? Le groupe français Engie envisage notamment une isolation de sa filiale belge Electrabel. Dans ce cas, l’énorme héritage du nucléaire reviendrait à Electrabel seule. La société sera-t-elle alors à même d’assumer ses responsabilités financières ? Dans la négative, l’argent devra venir d’une autre source. En d’autres termes : de l’État, c’est-à-dire du contribuable.

La ministre fédérale de l’Énergie Marie Christine Marghem (MR) promet de « se pencher sur l’étude suisse » et se refuse à tout autre commentaire. Pour Engie-Electrabel, il est difficile d’appliquer le mode de calcul suisse à la Belgique. « Quoi qu’il en soit, la loi est claire : Engie-Electrabel paiera pour le démantèlement des centrales nucléaires, assure Anne-Sophie Hugé, la porte-parole de la société. Nous respectons cette obligation, et nous continuerons de le faire. »

Le rayonnement de la France

Non, il ne s’agit pas d’écrire un article sur des temps à jamais révolus, parce qu’on refuserait de voir le monde qui change.

En cette fin d’année 2017, alors que le « modèle belge » est à l’agonie, le Courrier international s’est penché sur ce qu’il appelle « le bel automne français ». On y apprend que « dans le classement Soft Power 30 », établi par deux institutions américaines, « la France a très poliment ravi la première place aux Etats-Unis, devenant ainsi le pays le plus influent de la planète ».

Et aussi : « Le quotidien économique allemand Handelsblatt a attribué le titre de ‘personnalité de l’année’ à Emmanuel Macron. L’article consacré au président français est rédigé par l’ancien chef du Parti social-démocrate Sigmar Gabriel, qui voit en lui ‘une chance pour l’Allemagne et pour l’Europe' ». Selon le Handelsblatt, en récupérant le siège de l’Autorité bancaire européenne en novembre, la France a montré  « pourquoi elle, et non l’Allemagne, pourrait bientôt diriger la finance européenne ».

Bien sûr, il est beaucoup question d’Emmanuel Macron dans les articles rassemblés par le Courrier international. Sur la question climatique, « Macron dicte l’ordre du jour, revendique le monopole de la juste interprétation et veut être le maître du jeu », écrit-on dans le quotidien allemand Die Welt. Le New York Times, pour sa part, juge que la diplomatie française comble le vide laissé par les Etats-Unis dans le monde arabe : « Il y a un an, personne n’aurait imaginé qu’Emmanuel Macron puisse être le visage de la diplomatie occidentale au Moyen-Orient. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. »

Dans le magazine Foreign Policy, dépendant du Washington Post, on s’est intéressé à la récente inauguration du Louvre Abou Dhabi. Voici quelques extraits de cet article :

« Quand il est arrivé aux Émirats, peu après un discours prononcé par Trump à Séoul contenant une menace militaire directe contre la Corée du Nord, Macron avait un message très différent à adresser à ses hôtes. Il les a invités en substance à savourer non seulement les vins et les produits  de luxe de la France, mais aussi et surtout sa culture et les valeurs universelles et humanistes qui sont les siennes. (…) »

« L’œcuménisme militant de Macron était lourd de sous-entendus. En affirmant que ‘de manière indétricotable, irréductible, nos religions sont liées, nos civilisations sont liées’, il a dénoncé ‘ceux qui veulent faire croire, où que ce soit dans le monde, que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes’. La France, a-t-il souligné, ‘doit être à vos côtés pour lutter contre tous les obscurantismes’. Pas besoin d’être historien pour apprécier l’habileté avec laquelle Macron rattache l’héritage culturel de la France aux événements actuels.

« Évoquant la lumière qui filtrait depuis le désert et la mer environnants à travers l’immense dôme ajouré, Macron tenait sa transition vers le siècle des Lumières, la lumière de la raison. Avec un admirable culot, le président en a profité pour promouvoir l’enseignement du français dans les écoles émiraties, affirmant : ‘Le français, c’est la langue de la raison, c’est la langue de la lumière’. »

A côté de ça, « Macron ne craint pas d’incarner le hard power de l’armée française. Dans un style gaullien, il a déclaré lors de sa visite sur la base navale 〈française d’Abou Dhabi〉 : ‘Notre présence ici est le signe d’une France qui tient son rang dans un ordre mondial profondément bousculé’. »  Militairement parlant, la France ne dispose évidemment pas de moyens comparables à ceux des États-Unis mais, bien décidée à combattre les djihadistes dans la bande sahélo-saharienne, elle « a convoqué un sommet international pour financer cette force antiterroriste et ‘le lobbyiste de service, Emmanuel Macron, a réussi à faire délier le cordon de la bourse à d’autres contributeurs' », écrit-on sur le site d’information burkinabé Wakat Séra, lequel précise que l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis « s’engagent à injecter respectivement 100 millions et 30 millions d’euros ».

Dans Il Foglio, le quotidien milanais qui s’adresse à l’intelligentsia de la droite italienne, on est manifestement séduit par la France d’Emmanuel Macron :

« En Europe… il y a une oasis de bonheur qui s’appelle France. Où non seulement les populistes ne gagnent pas, mais où les astres se sont magiquement alignés, pour le bénéfice d’un pays qui n’a pas de problème de stabilité, ni de gouvernabilité, ni de leadership et qui, grâce à un système qui parvient à rassembler en faveur de quelque chose et pas uniquement contre quelqu’un, commence à récolter les fruits de son formidable soft power.

« Citons la conquête du siège de l’ABE, l’Autorité bancaire européenne, qui quitte le Royaume-Uni, une victoire arrachée à l’Allemagne. Et auparavant, la conquête de la direction de l’Unesco (avec l’ex-ministre Audrey Azoulay), la conquête des Jeux olympiques de 2024, la conquête de la Coupe du monde de rugby 2023 (une année importante, celle du bicentenaire de l’invention de ce sport)…

« En Europe, ces dernières années, nous avons appris à comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ce qui donne des résultats et ce qui n’en donne pas, ce qui menace le continent et ce qui le sauve, ce qui stimule la croissance et ce qui l’entrave. Mais quantité d’observateurs –et pas seulement en Italie- oublient souvent que, à côté des directions à éviter (souverainisme, populisme, nationalisme), il en est une qu’il faudrait suivre, et qui est aujourd’hui indiscutablement celle de la France.

« La France est aujourd’hui un petit miracle, non pas parce que les astres se sont alignés miraculeusement, mais parce que ceux qui la dirigent récoltent les fruits d’un système qui ne pouvait que trouver en Emmanuel Macron, 39 ans, un digne héritier de Charles de Gaulle. Le modèle français fonctionne parce que la France, depuis 1958, a choisi de miser sur un système qui permet de gouverner la fragmentation et qui empêche la fragmentation de gouverner le pays (‘Comment gouverner un pays qui possède 258 variétés de fromages ?’ aurait déclaré de Gaulle). (…)

« Pour ceux qui n’aiment pas la France (mais qui sont ceux qui aujourd’hui n’aiment pas la France ?), il est dur de l’admettre, mais à une époque de l’histoire où les partis qui ne se renouvellent pas meurent (et la France nous dit beaucoup sur l’avenir des partis socialistes) et où les systèmes institutionnels ne résistent pas à la multitude de variétés de fromages qui, après chaque élection, finissent au Parlement, les grands dirigeants d’Europe devraient trouver une manière de discuter d’une harmonisation institutionnelle dont on parle peu et qui mériterait peut-être plus d’espace dans notre débat public que les idioties sur la démocratie directe : qu’attendons-nous pour exporter le modèle français dans toute l’Europe ? (…)

« Si le soft power de la France fonctionne –et aujourd’hui, tous les classements sur le soft power nous indiquent que celui de la France fonctionne même mieux que celui des États-Unis, mais oui !-, ce n’est pas un hasard : la France a trouvé une manière efficace de gouverner ses 258 variétés de fromages. Et, peut-être, lors de la prochaine campagne électorale dans notre pays, y aura-t-il quelqu’un qui aura le courage d’expliquer qu’avant de penser à européaniser l’Italie il faut comprendre comment franciser l’Europe. »

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde