Tous les articles par alliancewalloniefrance

Une monarchie est-elle compatible avec le principe de l’égalité des chances ?

Une carte blanche de Jules Gheude publiée sur le site du journal Le Soir.

Du refus du roi Baudouin de signer la loi sur l’avortement à l’avènement au gouvernement fédéral de la N-VA et ses projets séparatistes, le rôle de la monarchie belge paraît de plus en plus illusoire. Et ne cadre plus du tout avec le principe d’égalité des chances qui fonde nos sociétés démocratiques modernes.

d-20180212-3KK406 2018-02-12 19:14:28
« Vous saurez tout sur l’actualité des têtes couronnées. » Ainsi débute une émission télévisée bien connue.

Et les présentateurs de s’extasier sur le raffinement de telle toilette, sur les « progrès remarquables » de tel petit prince ou de telle petite princesse, sur le côté enchanteur de ces vacances en famille passées dans les plus luxueuses stations de ski, sans oublier le souci des souverains pour les causes humanitaires et leur empathie envers « les plus défavorisés ».

N’y a-t-il pas, dans tout cela, quelque chose qui dérange et qui vient contredire, de manière flagrante, ce fameux concept de « l’égalité des chances » dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles.

Les migrants, les sans-abri, ceux et celles qui perdent leur emploi, les « petits retraités » sont à mille lieues d’un couple royal qui se plaît à poser sur le célèbre banc de pierre en face du Taj Mahal. Leur quotidien n’est pas celui des palaces de Gstaad ou du Verbier ! Que doivent-ils ressentir lorsqu’un membre du protocole leur explique qu’ils vont rencontrer quelqu’un de la famille royale et qu’il convient d’utiliser les termes de « Sire », « Majesté » ou « Monseigneur » ? Quant aux entretiens, ils se font toujours d’un ton monocorde et artificiel.

Un conte de fée au XXIe siècle ?

Le mariage du prince Harry et de Meghan Markle, le 19 mai prochain, nous est annoncé comme « l’événement de l’année ». Il sera l’occasion, pour les grands couturiers, de manifester leur talent. Le « gotha » défilera, paré de ses plus beaux atours. Devant les postes de télévision, les yeux des « sujets » seront censés s’écarquiller. Mais le conte de fée a-t-il encore sa place au XXIe siècle ?

On sait comment ces familles royales se sont constituées. L’histoire est truffée de récits sanglants où le plus fort s’impose, établit son pouvoir et fait en sorte qu’il soit transmis à ses descendants. Des territoires se sont ainsi formés au gré de spoliations successives, sans que les populations concernées aient eu voix au chapitre.

La fierté du rang

Dans L’Œuvre au noir, Marguerite Yourcenar a cette magnifique formule : « Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats. »

Et les mariages princiers feront le reste. En 1548, une petite fille de cinq ans et demi, Mary Stewart, reine d’Ecosse, se voit ainsi promise au dauphin de France, âgé lui de quatre ans. Des unions ont même lieu entre membres d’une même famille.

Les titres de noblesse et autres privilèges viennent récompenser et enrichir la caste des courtisans obséquieux.

Dans Le Mariage de Figaro, écrit en 1778 – onze ans avant la Révolution française –, Beaumarchais s’en prend violemment à cette noblesse parasite et imbue d’elle-même. Dans un monologue brillant, Figaro déclare : « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »

Bien « des têtes couronnées de droit divin » connurent le billot ou la guillotine. Et le sang versé n’était pas bleu, mais rouge !

Un choix imposé

1789-1804 : Il ne fallut que quinze ans après la Révolution française pour que Napoléon se sacrât lui-même empereur, en présence du pape. Le népotisme renaissait. Les membres de la famille entrèrent dans la valse des titres et autres gratifications.

Au lendemain de la défaite de Napoléon à Waterloo, la monarchie fut rétablie en France, mais son principe ne cessera d’être contesté. De droit divin, elle finit par devenir constitutionnelle. La monarchie de Juillet (1830-1848) cédera la place à la Seconde République jusqu’en 1852. Retour à l’Empire (1852-1870) avant l’établissement définitif de la République.

Lorsque le Royaume des Pays-Bas éclata en 1830, le sort de nos contrées fut soumis aux plénipotentiaires européens, réunis à Vienne. Pour l’Angleterre et ses alliés, il était exclu que nous fussions intégrés à la France. L’on opta donc pour une nouvelle monarchie de type constitutionnel, avec, à sa tête, Léopold, un membre des Saxe-Cobourg, oncle de la reine Victoria.

Une fois de plus, le peuple ne fut pas consulté. Même le choix du souverain nous fut imposé.

Question de légitimité

Aujourd’hui, des voix s’élèvent, notamment du côté flamand, pour rendre la monarchie strictement protocolaire. C’est notamment le cas de la N-VA et du Vlaams Belang, tous deux d’essence républicaine.

La question n’est pas de savoir si une monarchie coûte ou non plus cher qu’une république. Les frais de représentation de l’Elysée sont, eux aussi, très importants.

La question est de savoir si la monarchie se justifie encore de nos jours.

A cette question, l’écrivain français Jean d’Ormesson, avait bien répondu. Dans son livre Garçon de quoi écrire, il précisait : « Mon père était ardemment républicain. Le principe monarchique, en particulier, lui apparaissait tout à fait ridicule. L’idée qu’une collectivité puisse assurer son avenir en en remettant la charge à une famille donnée lui semblait folle. Comme à moi. Les institutions monarchiques, au sens bien entendu où les théoriciens de la monarchie les prônent, conviennent plus à mon avis au règne animal qu’à celui de l’homme. »

De son côté, Hugo Claus avouait ne pas comprendre comment un être humain pouvait être supérieur à un autre en fonction du simple critère de sa naissance.

La monarchie est pérenne, quelles que soient la valeur et la compétence des membres qui la composent. « La personne du Roi est inviolable », stipule l’article 88 de notre Constitution. Un Président, lui, est élu démocratiquement, à périodes régulières. Une fois son mandat terminé, il peut faire l’objet de poursuites judiciaires et être condamné.

Grotesque entourloupette

On se souvient de la crise constitutionnelle engendrée par le refus du roi Baudouin de signer la loi de dépénalisation de l’avortement. De façon à permettre la promulgation de la loi, le souverain dut être mis en impossibilité de régner durant quarante-huit heures !

Cette entourloupette grotesque montre bien que le pouvoir législatif appartient au seul parlement. Le roi n’a pas à interférer en la matière, en invoquant un quelconque problème de conscience personnelle.

Faire jouer au Roi le rôle de cachet-tampon est une absurdité, que la Constitution ferait bien de supprimer. Dès lors qu’une loi a été adoptée par le Parlement, sa promulgation devrait être automatique.

Le caractère illusoire de la monarchie belge apparaît également dans le fait que le Roi, qui a juré de maintenir l’intégrité du territoire, s’est vu contraint, en 2014, d’accepter la présence de la N-VA au sein du gouvernement fédéral, tout en sachant que l’article 1er des statuts de ce parti prône l’avènement d’une République flamande. Kafkaïen, n’est-il pas ?

Jules Gheude

Pour rappel, l’A.D.N. de l’A.W.F. est écrit dans le premier article des statuts de l’Alliance Wallonie France intitulé : « PRINCIPES DIRECTEURS »

  1. Principes directeurs
  • L’A.W.F. est un mouvement  citoyen, et non un parti politique.
  • Elle est un mouvement républicain, laïc, démocratique, pluraliste et social qui rassemble, autour d’un même projet, les sensibilités réunionistes présentes dans la société wallonne.
  • Son but est l’intégration de la Wallonie dans la République française selon un projet qui permettra d’emporter l’adhésion d’une majorité de citoyennes et citoyens
  • L’A.W.F. adhère aux principes de liberté, d’égalité, de fraternité tels qu’énoncés dans les Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Pierre Kroll et la France

Par Paul Durieux

En 1986 déjà, Pierre Kroll recevait avec Solé  « LE PRIX DE L’HUMOUR VACHE », la caractéristique de ce concours français étant qu’on ne s’y porte pas candidat.

Les dessins de Pierre Kroll sont régulièrement repris dans « LE COURRIER INTERNATIONAL » et quelques journaux français. Il est souvent invité par TV5 pour commenter l’actualité en dessins avec d’autres cartoonistes français qui sont ses amis.

En plus de ses multiples activités en Belgique de langue française, notre célèbre caricaturiste fait partie de « Cartooning for Peace », le projet initié par Jean Plantu (quotidien LE MONDE) et les Nations Unies, ce qui le conduit à de fréquentes rencontres et expositions à travers le monde.

Après 10 ans d’admiration silencieuse, Laurent Muller, de la Maison d’Editions « LES ARENES »  ne put contenir plus longtemps le silence. Avec le fondateur des Editions Les Arènes, Laurent Beccaria, il donna rendez-vous à notre Liégeois à la gare du Midi.

Pour la suite, je cite Laurent Muller :

« Après deux heures de discussion intense, suivie d’une kyrielle d’e-mails en forme de roman (Pierre est aussi prolixe avec son clavier d’ordinateur qu’il est bavard et virtuose du dessin), une formidable aventure humaine commençait. Un livre fou. Les Français ne connaissaient pas Pierre Kroll ? Eh bien, on allait leur montrer la dimension du bonhomme. Quatre cents pages, plus de mille dessins !

« On n’avait pas le droit de se rater. Nous avons partagé avec lui un an de travail titanesque, avec des moments d’allégresse, d’inquiétude, d’angoisse. Durant ces mois, nous avons découvert un homme tendre, sensible, drôle, fin… 

« Quand nous avons demandé à Charline Vanhoenacker d’écrire une préface, elle nous a répondu : ‘j’accepte tout de suite, car Pierre, je l’adore, c’est un cœur, un ami et nous lui devons tout, il nous a tout appris…’ 

« Un cœur, un ami et un artiste fabuleux dont nous sommes heureux de partager l’œuvre. » (1)

Sans parler de son spectacle sur scène, Pierre Kroll, c’est aussi un agenda (petit et grand format), un recueil de petits dessins non publiés ou refusés souvent en rapport avec la politique belge  (en 2018, il s’intitule « Et c’est normal tout ça ? ») et de nombreux dessins qu’il offre à des organismes, associations ou personnes.

Chaque année, Pierre Kroll a l’extrême gentillesse de me dédicacer son agenda.  Qu’il en soit vivement remercié.

C’est avec grand plaisir que je partage cette dédicace avec tous les membres et sympathisants de l’ Alliance Wallonie France.

(1) L’ouvrage : 

C’est très drôle et d’ailleurs c’est belge !

400 pages, plus de 1000 caricatures, des textes,

Format 250 x 290                     Prix : 39 €

Un merveilleux cadeau à offrir à quelqu’un que l’on aime ou à acheter tout simplement pour se faire plaisir.

Pierre Kroll est une anomalie.

C’est l’un des rares artistes belges à être prophètes en leur pays sans avoir été adoubés par la France.
Hyperpopulaire auprès de tous les publics, il réconcilie les jeunes et les vieux, les branchés et les prolos, les mordus de télé et les lecteurs de journaux …

…Pierre Kroll regarde le monde à hauteur d’homme, c’est sans doute pour cela qu’il est si juste.
De loin, ses petits crobards pourraient sembler vite faits, faciles, presque bâclés. Or, c’est justement là que réside son génie : en trois coups de crayon, il n’affuble pas seulement l’actualité d’un gros nez mais il la résume, l’analyse et lui tire l’oreille, mieux que ne le ferait un long journal télévisé. Le trait est immédiat, l’effet résonne longtemps.

Les quelque mille dessins que vous vous apprêtez à découvrir dans cet album sont le fruit d’une sélection sévère, mais tout y est : l’humour, la tendresse, le mordant et l’acuité d’un regard aiguisé par plus de trente années de carrière. On ne vous offre que les médailles d’or passées au crible du temps qui passe.

Comme le disait William Boyd : « Se venger du monde est un travail à temps plein. Il ne faut pas mollir. » Bienvenue dans le drôle d’univers de Pierre Kroll !

Les 1 000 dessins joyeusement sélectionnés pour cet album abordent tous les sujets : l’art, l’amour, Dieu, les chiens ou le vélo, mais aussi l’actualité internationale, l’attentat de Charlie Hebdo et même Marc Dutroux. (Extrait du site de Pierre Kroll)

Lequel des deux ministres tente de nous tromper ?

Je ne vois pas le malheur partout mais quand quelqu’un veut battre son chien, il trouve toujours un bâton pour le faire.

Le Ministre Di Antonio suggère-t-il que le Ministre Bellot ne connaît pas son dossier et l’état de la dorsale wallonne ?

Valmy

Di Antonio plutôt sceptique envers le projet de nouvelle liaison ferroviaire Namur-Paris

Publié le lundi 26 février 2018 à 20h29 Belga -RTBF Info

Le ministre wallon des Transports Carlo Di Antonio (cdH) s’est montré perplexe lundi envers la création d’une nouvelle liaison ferroviaire internationale entre Namur et Paris via Charleroi et Maubeuge, comme évoquée il y a une dizaine de jours dans la presse.

Interrogé lundi en commission du Parlement wallon par plusieurs députés sur le projet, le ministre wallon a regretté n’avoir nullement été associé ou concerté dans ce dossier piloté par le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Les administrateurs régionaux auprès de la société ferroviaire n’ont pas plus été consultés, selon le ministre wallon.

D’un point de vue technique, Carlo Di Antonio s’est par ailleurs montré assez dubitatif lundi. « Il faut savoir que la L130 (Namur–Charleroi) est sujette à des problèmes de capacité aux heures de pointes d’autant que lors du dernier plan de transport, un train omnibus a été ajouté sur ce tronçon. Ceci a empêché l’application des revendications wallonnes, à savoir un IC supplémentaire aux heures de pointe et la réactivation du Thalys wallon », a-t-il commenté.

Quant à la ligne L130A (reliant Charleroi à Erquelinnes), elle est, selon le ministre, actuellement sujette à des « problèmes techniques » qui ont amené Infrabel à mettre un tronçon à voie unique.

De plus, « la vitesse a été réduite définitivement, sur un autre tronçon, de 100 à 60 km/h et Infrabel a demandé les permis pour passer à voie unique sur une partie de ce même tronçon », a-t-il ajouté.

« Je me pose donc la question de la rapidité d’un train international que l’on souhaite mettre en place entre Namur et Paris tout en sachant que l’on a écarté Liège et Mons, sans compter les problèmes de capacité qui seront rencontrés sur le territoire français, entre autres au niveau de Paris-Nord », a conclu le ministre tout en s’interrogeant sur les coûts financiers du projet, tant en termes d’infrastructure, d’exploitation que de matériel.

Namur était naguère directement reliée à Paris via à une liaison à grande vitesse (Thalys), mais celle-ci été supprimée au printemps 2015.

Le Liban et la Francophonie

Notre ami le journaliste Pierre André, infatigable animateur de l’excellent blogue « Liège28 » nous fait parvenir l’éditorial de Elie FAYAD dans le quotidien libanais « L’Orient-le Jour ».

La promotion de la Francophonie animée sans relâche par Monsieur Albert Salon,  ancien ambassadeur de la France, Président de l’avenir de la langue française (ALF) et soutien de l’AWF, intéresse au plus haut point notre mouvement.

Nous pensons que la France, mais aussi la Wallonie ont tout à gagner à développer des accords de coopération dans tous les domaines avec les Etats et les Nations qui ont en commun la langue française.

A ce titre, ce qui se passe au Liban ne peut nous laisser indifférents.

Franc(a)phonie

L’édito de Élie FAYAD dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour du 23 février 2018

La mention « Liban », en français, a disparu des nouvelles plaques minéralogiques. Un vague fonctionnaire en aura décidé ainsi…

C’est le dernier en date d’une suite d’actes, de transformations et de négligences qui s’inscrivent dans le cadre d’une entreprise de liquidation programmée de la francophonie dans ce pays.

Au vu des graves problèmes en tous genres qui assaillent le Liban, ce fait, minuscule en soi, peut certes paraître anodin, au point de passer presque inaperçu aux yeux de l’écrasante majorité des usagers. Il n’en témoigne pas moins, assez tristement, du processus par lequel une nation peut, en silence, perdre petit à petit une partie de son âme.

Car à côté de l’héritage arabo-levantin, duquel les Libanais n’ont guère à rougir, leurs aïeux ayant grandement contribué dès le XIXe siècle à sa renaissance et son éclat dans les arts et les lettres, la francophonie fut aussi pendant longtemps et reste une autre manière d’être libanais, nullement en rupture avec la première.

Quoi ! N’avoir bravement résisté aux assauts furibards d’un nationalisme arabe moustachu, étriqué et maussade, qui fit des ravages culturels, politiques, militaires et économiques dans toute la région, que pour voir aujourd’hui les digues céder face à l’idéologie utilitariste dominante et à l’uniformisation culturelle de la planète ?

Qu’au Liban le père Noël soit détrôné par Santa (prononcer sènèh…), ou que le « tink you » remplace désormais le « mércé » n’est pas le problème : collectivement, l’anglais, au même titre que le français, n’ira jamais très loin auprès des catégories populaires, tout comme à l’époque romaine, le grec de l’École de droit de Béryte et des élites de la côte n’avait jamais pu défaire l’emprise des langues sémitiques chez les habitants de la montagne et de l’intérieur.

La question ne se pose pas vraiment, non plus, dans les décisions gouvernementales ou administratives, malgré la multiplication des appellations, des références et des sites électroniques ministériels en anglais et surtout des transcriptions de plus en plus fantaisistes des noms de lieux (villes, villages, quartiers) sur les panneaux routiers.

Le problème réside plutôt dans l’attitude des élites francophones elles-mêmes, qui ne paraissent plus tellement convaincues de la nécessité de faire des efforts pour défendre ce qui est pourtant une partie essentielle de leur identité culturelle et de leur système de valeurs.

Car c’est cela la francophonie : un esprit, une façon d’être et aussi un élément fondamental de la spécificité du Liban. Les banques libanaises peuvent dissimuler leurs raisons sociales françaises d’origine derrière des sigles abstraits, comme on cacherait une maladie honteuse, un vénérable musée peut décider de passer à la trappe la langue de Molière pour faire des économies d’espace, au final, c’est la différence du Liban qu’on enterre ainsi peu à peu.

Combat d’arrière-garde ? Nostalgie déplacée ? Pas si sûr. Qui dit francophonie dit d’abord ouverture. Depuis des décennies, l’apprentissage – nécessaire – de l’anglais n’est qu’une simple formalité pour les écoliers francophones du Liban. En connaît-on beaucoup à avoir été recalés des universités anglo-saxonnes pour faiblesse en langues ? Peut-on en dire autant en sens inverse ? Si la francophonie est une arme, elle cible uniquement la sous-culture homogénéisée, uniforme, qui a envahi le monde. Pas Fitzgerald, Faulkner ou Kerouac…

Mais hélas, le Liban n’est pas seul à perdre cette bataille-là. Il y a du monde, et du beau, à ses côtés. De passage il y a quelques années dans les locaux de L’Orient-Le Jour, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, la Canadienne Michaëlle Jean, se plaignait amèrement du manque de combativité des Français eux-mêmes dans ce domaine (les efforts actuels d’Emmanuel Macron et de sa conseillère Leïla Slimani incitent toutefois à relativiser ce constat).

Quant à l’ancien ministre Michel Eddé, PDG du groupe L’Orient-Le Jour/Le Commerce du Levant et grand défenseur de la francophonie, il n’en revient toujours pas de ce qu’il lui est arrivé un jour à Grenoble, où il était invité à une conférence. Quelle ne fut sa (mauvaise) surprise en entendant, à son entrée, un tonitruant et maladroit « Welcome to Grenowbel » !

Si, quoi qu’on fasse, parler français est considéré comme ringard, alors ce journal, seul quotidien francophone à des milliers de kilomètres à la ronde, se fera un point d’honneur de continuer à afficher sa ringardise. Parce qu’à ses yeux, cela veut dire défendre sa différence… et celle du Liban !

Parce qu’on ne croit pas au pacte d’excellence

Le Pacte d’excellence est un sujet récurrent sur ce site. Un mouvement pluraliste comme l’AWF, plaidant pour une intégration de la Wallonie dans l’espace français, n’a sans doute pas à prendre une position claire sur la réforme annoncée de l’enseignement francophone. Mais c’est peu dire que de nombreux membres de l’AWF se sentent concernés par ce qu’on nous prépare. Il est vrai que l’enseignement est un enjeu crucial pour l’avenir de nos sociétés.

Voici donc une nouvelle opinion très critique à l’égard du Pacte d’excellence, sans rapport avec l’AWF. Nous contribuons à sa diffusion parce que nous la jugeons pertinente. Ce texte a été publié ce 19 février sur le site du Vif/L’Express.

« Ne confondons pas la carte et le territoire »

Par Giovanni Cosentino, Licencié en sciences physiques – Professeur de physique à l’Athénée royal de Mons 1

Dès le début de sa conception, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école. Mais sait-on vraiment où l’on va ?

Dès le début de sa conception, c’est-à-dire depuis environ trois ans, le Pacte pour un enseignement d’excellence n’a cessé d’alimenter les débats, les uns le considérant comme une rénovation salvatrice, les autres au contraire comme le coup fatal qui risquerait, s’il venait à être porté, de faire s’écrouler tout l’édifice que représente notre école, notamment à cause de ce fameux tronc commun qui ne fera, selon certains, que reproduire les mêmes erreurs que « l’enseignement rénové » des années 70. De telles discordances nous amènent tout naturellement à la question : mais sait-on vraiment où l’on va ?

Il est incontestable que l’évolution rapide – devenue trop rapide aujourd’hui – de la société nous contraint à essayer de donner à nos jeunes un enseignement adapté aux enjeux de demain et l’ambition première du pacte semble bien être de répondre à ce besoin de renouvellement, mais la voie de réforme qu’il propose a le défaut majeur de manquer d’ancrage dans le réel.

En effet, il existe un abîme incommensurable entre la vision terriblement simpliste de l’école que nous présente le pacte et les réalités que doivent affronter tous les jours les acteurs de terrain dans leur travail.

Pour l’instant, ce pacte n’est guère plus qu’un simple plan sur le papier et l’optimisme niais de ses auteurs, avec ses ambitions incontestablement démesurées me fait penser à cette réflexion du père de la sémantique générale, Alfred Korsybski : « La carte n’est pas le territoire qu’elle représente ».

Autrement dit : la carte est la manière dont nous nous représentons la réalité, non la réalité elle-même. Et, de la même manière, le plan de construction qu’on nous propose aujourd’hui ne doit pas être confondu avec le véritable territoire de l’école où évoluent élèves et professeurs et où se révèlent chaque jour les difficultés vécues par les uns et le manque criant de moyens matériels mis à la disposition des autres. Il serait bien imprudent de croire naïvement qu’il suffit d’appeler une réforme « pacte d’excellence » pour qu’elle nous apporte cette qualité dont elle ne fait, somme toute, que prononcer le nom.

Comment ne pas s’étonner, voire s’irriter que l’on puisse inclure ce terme d’excellence dans l’appellation d’un projet lorsqu’il n’est encore qu’au stade de sa conception ? Comment pourrait-on prêter foi à ceux qui, aujourd’hui, voudraient vanter, à l’aide de ce titre pompeux, les mérites de quelque chose qui n’existe pas encore ?

La modestie ou tout simplement le souci d’objectivité et de réalisme auraient dû modérer les auteurs de ce projet et leur éviter de lui accoler ce terme qu’il est difficile de ne pas considérer comme fallacieux. Les lourds échecs des réformes antérieures sont pourtant bien là pour leur prouver que « réussir l’école » n’est pas une mince affaire.

L’objectif principal annoncé par le pacte est de permettre à tous les élèves, à travers un « tronc commun pluridisciplinaire et polytechnique renforcé » de les initier à toutes les branches de l’activité humaine afin de leur permettre de faire, par la suite, des choix professionnels judicieux : cela va de l’expression corporelle, aux nouvelles technologies numériques, en passant par le travail du bois et du métal, toutes les formes d’art et même la construction (en classe) d’objets (non encore spécifiés) ayant « un usage social avéré et pouvant réellement être utilisés ».

Un peu de bon sens suffit pourtant pour se rendre compte très vite que cette vision des choses trahit une certaine candeur et elle pourrait prêter à sourire si ce n’était pas l’avenir de notre enseignement qui était en jeu. On peut sérieusement se demander, en effet, si les concepteurs de ces programmes titanesques ont vraiment les pieds sur terre et s’ils ont seulement essayé d’évaluer les moyens financiers et humains qu’ils nécessiteraient.

Toutes les nouvelles activités prévues par le pacte (surtout les activités artistiques et technologiques) requièrent des compétences très spécifiques et les enseignants en place actuellement ne pourraient certainement pas répondre aux demandes qui leur seraient faites.

Afin peut-être de dissiper nos doutes sur la faisabilité de ce vaste chantier, le texte d’introduction du pacte tient ce discours rassurant : « Les orientations que nous proposons répondent à un idéal, celui d’une école efficace et équitable, et elles s’inscrivent dans un cadre réaliste ».

Et c’est ainsi que dès les premières lignes du texte du « projet d’avis numéro 3 », on nous annonce qu’un des axes stratégiques du pacte sera de « favoriser le plaisir d’apprendre ». Mais de qui se moque-t-on ?

Les enseignants avaient-ils vraiment besoin qu’on leur assène pareille évidence ? Que croyez-vous qu’ils font déjà, jour après jour, à longueur d’année, si ce n’est tenter de susciter l’intérêt de leurs élèves et de donner du sens à leur apprentissage.

« Il était nécessaire de changer l’école », nous dit-on aussi pour justifier la réforme, mais rien ne pourra changer dans la bonne direction si l’on ne tient pas compte des besoins spécifiques éprouvés par les enseignants dans leur travail. Or ces derniers ne sont pas rassurés du tout par les exigences draconiennes qui leur seront imposées comme par exemple les fameux « plans de pilotages » qui feront bientôt leur apparition dans les écoles et qui exigeront des équipes éducatives qu’elles atteignent une série d’objectifs en relation avec les taux de réussite, le nombre de diplômés, etc., comme si les résultats des élèves et leur implication dans le travail étaient des variables susceptibles d’être contrôlées comme on règle l’arrivée d’essence dans un carburateur !

Pour revenir à ce « cadre réaliste » auquel font allusion les auteurs du pacte, est-il vraiment réaliste, par exemple, de vouloir introduire dans le cursus scolaire des élèves, à côté de domaines classiques comme le français, les mathématiques ou les sciences, de nouveaux domaines d’apprentissage comme « la créativité, l’engagement et l’esprit d’entreprendre » ? Bien malin sera celui qui pourra nous dire ce que l’on entend exactement par là et comment les professeurs devront s’y prendre pour évaluer des compétences aussi vagues et aussi aléatoires.

Et c’est dans l’optique de ces nouveaux domaines d’apprentissage qu’on nous dit, par exemple, que l’élève doit « apprendre à oser se mettre en projet, individuellement et collectivement », qu’il doit « apprendre à  surseoir à l’acte et à l’immédiateté » ou encore « prendre conscience du temps et de l’espace et se lancer dans un temps d’effort plus ou moins long avant d’atteindre un résultat ». Verra-t-on bientôt les professeurs obligés de se transformer en spécialistes de la créativité artistique et de la psychologie cognitive ?

Pour ce qui concerne un autre sujet, plus sérieux, tout de même, celui du décrochage scolaire, est-il réaliste, par ailleurs, de promouvoir un dispositif sophistiqué de remédiation pour tous les élèves en difficulté et dans toutes les matières, mais sans reconnaître, pas même du bout des lèvres, qu’il nécessiterait, pour être opérationnel, des moyens considérables, comme l’introduction d’heures de cours supplémentaires et, a fortiori, l’engagement de nouveaux professeurs ?

On ne peut que constater que le pacte ne présente aucune évaluation, même approximative, des investissements qui devraient être faits pour accompagner les élèves en difficulté : non, le texte du pacte se contente de signaler « qu’il s’agira d’octroyer des périodes de remédiation selon des modalités à déterminer » et il appartiendra aux professeurs de se débrouiller.

N’est-ce pas un peu vague pour un projet qui se veut aussi ambitieux ? Au lieu de partir d’une réflexion intelligente et profonde sur ce que doivent être les conditions de travail idéales des élèves et des enseignants, au lieu de fonder ses projets sur la base d’un état des lieux pertinent qui nous aurait éclairés sur la question de savoir quelles sont les méthodes d’apprentissage qui fonctionnent le mieux et celles qui ne fonctionnent pas, au lieu de tout cela, les auteurs du pacte se contentent de tirer des plans sur la comète.

Le Projet d’avis numéro trois du pacte, un texte qui compte plus de 300 pages et qui définit les « axes stratégiques » des actions à entreprendre, présente une très longue liste d’objectifs qui commencent tous par un verbe écrit à l’infinitif : « renforcer la qualité de l’enseignement maternel, développer le leadership pédagogique des équipes de direction, responsabiliser les enseignants dans le cadre d’une dynamique collective d’organisation apprenante, rénover l’encadrement différencié, etc. »

On peut tout de même douter que ce long et sophistiqué verbiage puisse être suffisant pour sauver notre école. Les auteurs du pacte ne semblent pas avoir vraiment conscience de ce que sont les réalités du terrain. Jeter un plan sur le papier est une chose, le concrétiser en est une autre et le risque est grand de les voir confondre la carte et le territoire.

Critique et responsabilité

Par Roland Douhard

Ce billet, daté du 3 février 2018, est pour nous l’occasion de rappeler que Roland Douhard, qui fut l’un des premiers, de ce côté-ci de la frontière, à soutenir l’action d’Emmanuel Macron, livre habituellement ses impressions sur un blog personnel, voire intime, intitulé Le coin de vue.  

En France, depuis l’arrivée en responsabilité d’Emmanuel Macron, en mai 2017, on assiste à un double phénomène. Les partis d’opposition, gauche et droite réunies, se distinguent par une évanescence existentielle ainsi qu’une indigence programmatique. Mais, ailleurs, dans la presse et sur les réseaux sociaux, les tribunes d’intellectuels de premier et second plans se multiplient pour tailler un costume rapiécé au nouveau président. Les critiques en tous genres fourmillent et s’adonnent à une sorte de défoulement de l’entre soi. C’est leur droit et c’est leur rôle. L’intellectuel, au sens gramscien du terme, a un rôle d’analyse critique à proposer à la société et au politique. L’idée étant qu’une production d’idées, en phase de complexité, confrontée au débat démocratique collectif, vaut mieux qu’une idéologie cambrée dans le déni du réel et le dogme. Problème, trop d’intellectuels s’arrogent le monopole de la vérité et jugent l’action « des mains sales » – celles et ceux qui mouillent leur chemise en charge de la gouvernance – du haut de leur irresponsabilité. Si la saine et salutaire déconstruction du discours politique n’est plus qu’une posture de destruction, alors, elle devient toxique pour la recherche de solutions, le plus souvent hétérogènes, ni noires ni blanches, mais grises, et dont l’atteinte n’est jamais acquise d’avance. Rien de plus difficile que de plier la réalité à son désir, espérons-le, sincère, d’œuvrer au bien commun de l’humanité. L’esprit critique de tout un chacun, nécessaire et légitime, ne peut s’exonérer du travail de responsabilité.

Namur-Paris : à nouveau sur les rails

L’agence Belga reprend une information donnée par le journal Vers l’Avenir :

La SNCB cherche une alternative pour relier la Wallonie à Paris, sur les cendres de la liaison en Thalys qui a été supprimée. Une étude de faisabilité en cours évalue la solution Namur – Charleroi – Maubeuge – Paris, rapporte L’Avenir jeudi. « La demande de liaison est partie de chez nous, mais la région Hauts de France est très intéressée par cette possibilité », explique le ministre de la Mobilité, François Bellot.

La liaison serait un bon compromis, à moindre coût, et environ 35 minutes plus lente que le Thalys, selon les premières estimations. Pour les Wallons, cela signifie le retour d’une liaison directe vers la capitale française. Pour les Français du Nord, un accès direct vers l’aéroport de Charleroi, et indirect vers Bruxelles (via Namur). « Ce sera plus lent que le Thalys, mais aussi moins cher. Cela ne devrait pas excéder 60% du prix du billet Thalys. Cette liaison classique pourrait donc intéresser un potentiel plus large de passagers ».

SNCB et SNCF analysent l’intérêt socio-économique ainsi que la faisabilité technique d’un tel raccordement. La difficulté majeure persiste dans l’homologation technique des trains belges sur le réseau français. Le ministre Bellot espère une réponse de la SNCF fin mars. Si l’étude est positive, la ligne devrait être effective dès 2019.

Cette 7ème réforme de l’Etat qui ne dit pas son nom

8 février 2018 | Auteur : Bart Maddens | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 2 minutes. Lu sur Daardaar

Après un long temps d’attente, la septième réforme de l’État est enfin une réalité. Vous avez bien lu : la proposition de loi spéciale a été déposée le 23 janvier à la Chambre et signée par pratiquement tous les partis, N-VA et PS compris. Dès lors, la majorité des deux tiers requise au sein de chaque groupe linguistique sera également acquise sans peine.

Nombreux sont ceux qui craignaient qu’aucun nouveau transfert de compétences ne voie le jour durant cette longue période de cessez-le-feu communautaire. Ladite proposition vient dissiper cette inquiétude. C’est reparti pour un tour !

Ne nous emportons pas pour autant. Il y a plutôt lieu de parler d’un transfert de compétence, au singulier. Et peut-on bel et bien le qualifier de transfert de compétence ? Oui, si ce n’est qu’il s’agit d’un transfert qui semblait entériné depuis belle lurette. Dix-sept ans, pour être précis.

Des faits qui remontent à 2001, quand tout le monde supposait que l’accord du Lambermont prévoyait déjà le transfert des règles régissant la campagne des élections communales. Ces règles ont par ailleurs été inscrites dans les décrets électoraux des Régions wallonne et flamande. Pourtant, lorsque le gouvernement flamand a souhaité modifier lesdites règles en 2016, le Conseil d’État en a subitement décidé autrement, à la surprise générale. Il semblerait que, pour finir, les régions soient uniquement compétentes pour veiller au bon respect des règles, non pas pour les dicter. Chasse gardée du fédéral, comme c’est également le cas pour les élections régionales.

Il en résulte une situation pour le moins étrange. Les lois déjà approuvées par les parlements régionaux gardent en principe leur force, n’ayant fait l’objet d’aucune objection de la part de la Cour constitutionnelle et, par conséquent, d’aucune abrogation. Or maintenant qu’il est établi que les régions ne sont pas compétentes, tout amendement de la réglementation devra à l’avenir transiter par l’échelon fédéral. Partant de ce principe, il faudrait déterrer une vieille loi fédérale datant de 1994.

La septième réforme de l’État résout le problème d’un tour de passe-passe en régularisant, en quelque sorte, l’excès de compétences du passé. À présent, les régions deviennent compétentes pour les règles proprement dites, pas uniquement pour le contrôle de celles-ci. Une réforme tout sauf spectaculaire, certes. Néanmoins, ne sous-estimons pas à nouveau l’importance de ces lois. Elles constituent un sous-groupe significatif de la législation électorale.

Et maintenant ? Que faut-il penser de cette affaire ? Qu’en période de cessez-le-feu communautaire, de telles mini-réformes de l’État restent possibles. Un constat déjà observé en 2015, lorsque le système de financement de la Communauté germanophone a été modifié sans faire de bruit. Une légère erreur de calcul s’était apparemment glissée dans la sixième réforme de l’État.

De toute évidence, les partis sont enclins à se débarrasser des anomalies gênantes présentes au sein de la structure de l’État. Les partis francophones sont également demandeurs. C’est dire. Ils sont en effet favorables à ce que les régions soient pleinement compétentes en matière d’élections locales, sans exceptions obscures. Or si tout cela est de l’ordre du possible, pourquoi des transferts de compétences plus étendus relèvent-ils du tabou ?

La structure de l’État belge regorge d’absurdités et de règles inextricables. Les Flamands ne pouvaient-ils pas joindre la question des élections locales et de la modification de la loi spéciale de 1980 à la résolution de quelques autres points institutionnels sensibles ? Ou ne feraient-ils pas mieux de laisser perdurer ces anomalies afin de s’en servir, ultérieurement, comme levier dans l’optique d’une réforme plus substantielle ?

Questions épineuses s’il en est, qui ne doivent toutefois pas gâcher la joie flamande née de ce transfert de compétence. Une septième réforme de l’État qui ne dit pas son nom !

BART MADDENS SE REJOUIT.  ALORS, NOUS AUSSI !

La Wallonie des clichés : triste !

Lents, péteux, ploucs et j’en passe… Des clichés bien peu enrichissants dans l’esprit de nos jeunes, une méconnaissance de la Wallonie sans doute limitée à peu de considération, triste !

Vu sur le site du journal « L’Avenir » :

C’est quoi un cliché? Qu’est-ce que le nom d’une ville vous évoque? Namur, Liège, Charleroi…? Nous avons posé la question à un panel d’étudiants à Louvain-la-Neuve.

Les réponses sont parfois drôles, parfois attendues, parfois surprenantes, voire révoltantes… pour peu que l’on soit concerné.

Le cliché est souvent lié à l’accent… mais c’est parfois bien plus fin. Par contre, d’autres villes n’en évoquent aucun. Cela voudrait-il dire qu’elles manquent de personnalité, de communication?

«C’est mal les clichés, mais en même temps, c’est assez drôle. Verviers? Terroristes…» Ouille, les clichés ne font pas toujours dans la dentelle.

«C’est mal les clichés, mais en même temps, c’est assez drôle. Verviers? Terroristes…» Ouille, les clichés ne font pas toujours dans la dentelle.

La video est à voir sur le site de l’Avenir.

Histoire et citoyenneté

Par Georges Régibeau

Il y a deux mois, Vinciane Pirenne-Delforge prononçait sa leçon inaugurale au prestigieux Collège de France, où elle occupe désormais la chaire consacrée à la religion, l’histoire et la société dans le monde grec antique.

C’est par ces mots qu’elle a terminé son brillant exposé :

« Vous me témoignez une confiance dont j’espère être digne.

« J’espère l’être tout autant des institutions qui ont créé les conditions de mon parcours scientifique, à savoir le Fonds de la Recherche Scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles et l’Université de Liège.

« Je souhaite honorer aussi les collaborations que j’ai pu nouer au fil de ces années avec des collègues français car j’ai conscience d’être accueillie dans l’un des établissements les plus prestigieux de la République. Et pour une Wallonne, liégeoise de surcroît, l’appel de la France a une saveur toute particulière. En attendant l’avenir, dont nous aurons collectivement à nous charger, j’arrive au terme de cette leçon inaugurale dont je vous remercie de tout cœur d’avoir été les témoins. »

Voilà qui, au moment de conclure, ressemble à une profession de foi rattachiste, et le nom que porte Vinciane Pirenne est en soi tout un symbole.

En faisant le tour de son sujet, Vinciane Pirenne-Delforge a rappelé que l’histoire se renouvelle sans cesse avec le regard porté sur le passé. À ce niveau de rigueur scientifique, la réflexion se teinte aussi de philosophie. Il s’agit de prendre en compte la façon dont on questionne et appréhende un passé mort, plus ou moins lointain, exotique, dont l’évocation plus ou moins fantasmée est en soi un sujet d’étude. Evidemment, le récit de l’histoire s’inscrit lui-même dans une histoire. Il suffit de voir comment le roman national a pris forme au XIXe siècle, en particulier dans un pays tout neuf qui se cherchait des origines lointaines et prestigieuses.

On a prétendu que le peuple belge était presqu’aussi ancien que le peuple grec, tout en répétant que les tribus belges, situées au nord de la Seine, vaincues par Rome et progressivement romanisées, n’avaient aucun rapport avec les Flamands, venus plus tard dans ce qui s’appelle aujourd’hui la Flandre. Pour trouver du sens à cette histoire, il faut bien sûr inverser la perspective : un gouvernement provisoire a proclamé l’indépendance de la Belgique en 1830 et, après, on a donné une assise historique à ce pays qui était loin de s’imposer comme une évidence. Alors, le récit des faits passés dut s’adapter à ce besoin de légitimer la nouvelle réalité politique.  Une entreprise à laquelle on associe volontiers le nom d’Henri Pirenne, dont la réputation a dépassé nos frontières, en particulier pour ses travaux sur le Moyen Âge.

Venu de Verviers pour enseigner l’histoire à l’Université de Gand, non loin du château des comtes de Flandre, Henri Pirenne était à l’image de cette Belgique francophone qui, en se reconnaissant dans le rayonnement de la Flandre au Moyen Âge et à la Renaissance, jusqu’aux ducs de Bourgogne et Charles Quint, voulait croire en un destin original, ni néerlandais ni français. Ce projet montrait déjà ses limites au XIXe siècle, avec la montée en puissance du mouvement flamand, qui associait la langue française à celle d’une puissance étrangère occupant la Flandre. Et puis, en 1912, ce fut au tour de Jules Destrée d’accuser la Belgique, avec ses oripeaux faussement nationaux, d’avoir détourné les Wallons de leur histoire et de leur identité :

« Confiants dans l’illusion belge, nous avions appris à considérer comme des expressions de l’âme de nos aïeux, la fierté farouche des beffrois et des hôtels de ville, l’élan religieux des églises du beau pays de Flandre. (…) Puisque la Belgique, c’était nous comme eux, qu’importait que son histoire, difficile à écrire, fut surtout celle des jours glorieux de la Flandre ? Aujourd’hui, nous commençons à apercevoir l’étendue du mal. Lorsque nous songeons au passé, ce sont les grands noms de Breydel, de Van Artevelde, de Marnix, de Anneessens qui se lèvent dans notre mémoire. Tous sont Flamands ! (…) Des milliers et des milliers d’écoliers ont subi le même enseignement tendancieux. Je suis confus de mon ignorance quand je m’interroge sur le passé wallon. Des amis mieux informés m’assurent que notre grand Pirenne, malgré tant d’aperçus ingénieux, n’a pas su, sur ce point, se dégager de la traditionnelle glorification flamande et faire à la Wallonie la place qu’elle mérite. »

Henri Pirenne fut lui aussi victime de cette illusion belge : la flamandisation de l’Université de Gand, dont il ne voulait pas, précipita la fin de sa carrière académique. A ce moment-là, sa vision de l’histoire de Belgique a-t-elle été troublée ? Et si le même Henri Pirenne avait pu vivre une seconde vie et voir, progressivement, le mouvement flamand se confondre avec la Flandre et phagocyter ce qu’il reste de la Belgique, dominée aujourd’hui par un autre historien, Bart De Wever, aurait-il encore eu l’envie de nous raconter la même histoire ? Au Moyen Âge, on s’est longtemps arrêté aux écrits des savants de la Grèce antique; en les vénérant comme une source de vérité indépassable, on trahissait leur démarche. En bon historien, sensible aux effets du temps, critique, Henri Pirenne ne dénoncerait-il pas la permanence, en Belgique francophone, de représentations surannées qu’il a pourtant contribué lui-même à faire entrer dans les têtes ?

Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes, s’est demandé Vinciane Pirenne-Delforge, en reprenant le titre d’un essai de Paul Veyne… Et les Wallons, avons-nous envie d’écrire, ont-ils renoncé à leur mythologie belgo-flamande ? On sait combien le mythe est essentiel pour créer du lien, souder une communauté nationale ou religieuse en lui donnant les principaux éléments de son identité, mais les circonstances évoluant sans cesse, il arrive que la fiction dans laquelle on baigne, avec sa charge émotionnelle, devienne non seulement inutile mais collectivement préjudiciable. Il est urgent, dans ce cas, de procéder à des mises à jour. Plus de cent ans après la Lettre au Roi de Jules Destrée, trop de Wallons sont encore aujourd’hui mentalement « programmés » pour une Belgique qui a depuis longtemps cessé d’exister.

C’est dans la confrontation avec le présent que le passé gagne une intelligibilité qui interroge aussi le rôle social de l’historien. La fonction de celui-ci n’est certes plus de fabriquer des mythes en réduisant l’histoire à une lecture patriotique, il aurait plutôt tendance à déconstruire, à mettre à distance, à relativiser, mais on voudrait voir si, en dehors de ce travail critique, il se donne encore une responsabilité politique et citoyenne. Comment se fait-il qu’en dehors de l’Institut Jules Destrée, les historiens de Wallonie bousculent si peu les idées reçues sur la permanence d’une identité belge ?

Heureusement, il y a parfois des raisons d’espérer : « …pour une Wallonne, liégeoise de surcroît, l’appel de la France a une saveur toute particulière. En attendant l’avenir, dont nous aurons collectivement à nous charger… »

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde