Le juste prix

Rien ne va plus, comme on dirait dans un casino.

salon de l'agricultureColère et désespoir des agriculteurs qui, en France, ont déversé leurs injures sur le président de la République au Salon de l’Agriculture.

Il fut un temps où la politique agricole commune était un des piliers de la construction européenne, avec de vrais choix politiques mais, désormais, l’agriculture est plus ou moins abandonnée aux seuls impératifs du marché.

L’offre et la demande. La saine concurrence. Le distributeur qui met la pression sur le producteur. Pas seulement en Afrique. Et au final, le consommateur, nous, qui cherchons à ne pas gaspiller notre argent. L’intérêt personnel, voilà le moteur de l’économie et du développement. Le progrès, le bonheur, la liberté : on lui doit tout.

C’est ce qu’on nous dit.

Le succès du film Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, montre pourtant que le modèle économique actuel est de plus en plus contesté. Consommer des produits locaux, ce n’est pas se fermer au reste du monde. Il faut créer du lien social. Humaniser l’économie. Avoir le goût de la qualité plutôt que tout réduire à des chiffres. On ne peut évaluer l’efficacité que par rapport à un objectif. Ce qui est en jeu, ce sont les équilibres environnementaux mais également sociaux.

Ce qui est en jeu, ce sont aussi des profits, ceux des acteurs les plus influents de l’économie globalisée, qui se drapent dans leur profession de foi libre-échangiste à laquelle l’Union européenne a fini par s’identifier. Malmenée par des crises à répétition et surtout par son incapacité à les gérer politiquement, l’Europe actuelle est occupée à sacrifier l’idée européenne à des intérêts qu’on peut difficilement confondre avec l’intérêt général.

Ainsi décrédibilisée aux yeux de l’opinion publique, elle nourrit le monstre qu’elle redoute. La montée des nationalismes et le retour des frontières. Ou pire.

Quoi qu’il en soit, il y a de quoi être interpellé par le témoignage suivant, qui nous ramène à la colère et au désespoir des agriculteurs.

Fils d’aviculteurs de Saint-Carreuc (Côtes-d’Armor), Thierry Cotillard, 41 ans, est président du groupement Intermarché qui compte 1 850 enseignes des Mousquetaires en France et 300 magasins Netto. Cet ingénieur en agroalimentaire diplômé de HEC, qui possède deux supermarchés à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), livre son regard sur la crise et avance des propositions.

Il s’agit d’une interview publiée hier dans le journal Libération. La crise en question est celle qui frappe le secteur agricole. On accuse les distributeurs de maximiser leur marge de profit, aux dépens des producteurs. Voici comment se défend le patron des magasins Intermarché :

Sur le porc, l’été passé, Intermarché s’était accordé avec Leclerc pour acheter le kilo 1,40 euro (à peu près 0,30 euro au-dessus du prix du marché), car nous sommes les deux seules enseignes à posséder des abattoirs. Mais ça n’a pas tenu. Maintenant, Bruxelles nous tombe dessus et enquête. Nous risquons une amende à hauteur de 5 % de notre chiffre d’affaires.

Pourquoi ?

Parce que l’Europe considère que cet accord était discriminant vis-à-vis des pays tiers. Donc maintenant, nous sommes très prudents pour trouver des solutions.

C’est peu dire que la construction européenne est en danger, qu’il est urgent de repenser le projet européen. Le malaise est grandissant. L’afflux de réfugiés ne produirait pas le même effet si l’Europe était plus crédible. A présent, l’espace Schengen semble oublié. La Belgique elle-même, siège des principales institutions européennes, a rétabli des contrôles à ses frontières avec la France et se fait tancer par le président de la Commission.

Le progrès, la liberté, la citoyenneté, l’humanisme : les valeurs revendiquées par la France et l’Europe sont-elles en danger ?

Pour le patron d’Intermarché, la crise agricole est complexe mais il y a une vérité qui doit être entendue :

On ne sortira de cette crise que si on n’est pas dans une course effrénée à la compétitivité, parce que 1 000 vaches sur du béton alimentées par un technicien dans un cockpit, ce n’est pas le modèle français. Il faut aller vers quelque chose de plus vertueux, avec un cahier des charges, une qualité, et l’assumer à terme avec la pédagogie auprès du consommateur pour dire qu’il y a un juste prix. On peut faire le choix d’acheter le porc à 1 euro le kilo demain, mais alors on choisit de ne plus avoir d’agriculture en France. (G.R.)

Lidl, occasion ratée de patriotisme wallon pour Magnette

A mes amis (surtout ceux de mon « coin » près de Marche-en-Famenne). Et PAN : si MICHEL et BORSUS savent se déplacer, pourquoi aucun ministre wallon n’est-il présent  quand  de plus les aides financières viennent de la Région wallonne ???????   100 emplois en Wallonie, est-ce de la merde ? Ou bien les ministres wallons ont trop de travail ? ou bien les ministres fédéraux n’ont rien à faire ? , ceci indépendamment de la question relative au choix de la date de la pose de le première pierre…

Paul Mélot
Administrateur de l’AWF pour la Province du Luxembourg

Lu sur le blog de Marcel Sel (24 février 2016) :

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La photo interpelle. On y voit deux ministres fédéraux, dont le premier ministre, poser la première pierre du nouveau centre de distribution Lidl de Marche-en-Famenne. Outre le côté testostérone de l’inauguration (mais ça, on y est habitué), vous noterez comme moi l’absence de tout ministre wallon. Car les deux hommes que la plupart des lecteurs ne reconnaîtront pas sur cette photo sont Boudewijn van den Brand, le directeur général de Lidl Belgique, et le dynamosympathique André Bouchat (CDH), bourgmestre historique de Marche-en-Famenne. Étaient aussi présent-e-s le gouverneur de la province et une députée (ah ! ouf ! y’avait une femme !), ainsi qu’un « proche collaborateur » du ministre wallon Maxime Prevot et le président d’Idelux — véritable moteur du développement de la province — Élie Deblire. Mais de ministre wallon, point.

Pourtant, en 2013 déjà, Paul Magnette insistait sur la nécessité de créer des « entrepreneurs wallons patriotes ». Un tel appel aurait pu susciter un tantinet de volontarisme ministériel. Décider, par exemple, que quand on ouvre un centre de 40.000 m2, où que ce soit en Wallonie, la présence d’un très haut gradé est indispensable. L’exemple vient aussi d’en haut. Il fallait être là, coûte que coûte.

Même (très) actifs, les absents ont tort
Parce que cinquante millions d’euros d’investissement, ce n‘est pas anodin. Une centaine d’emplois, non plus. Le centre de distribution Lidl, c’est un pôle dynamique de plus pour Marche-en-Famenne. Que du bon pour la région. Et elle peut même se targuer d’avoir fait ce qu’il fallait pour y arriver : Marcourt (PS) a effectivement œuvré près de trois ans pour que cette implantation voie le jour. Et Maxime Prévot (CDH) l’a facilitée en octroyant un subside de 3,2 millions à Idelux pour réaliser les travaux d’équipement des nouvelles plateformes logistiques. En tout, ce sont 6,5 millions d’euros que le gouvernement wallon aura mis sur le table pour séduire Lidl. Un atout accueilli avec enthousiasme chez le distributeur qui n’a pas manqué de remercier la Région wallonne lors du discours inaugural.

Mais les noms des ministres wallons, Maxime Prévot et Jean-Claude Marcourt, ne seront pas inscrits dans la pierre. Le premier se réjouit bien entendu de « l’important investissement […] largement financé par des moyens publics régionaux. » Mais regrette « que le groupe Lidl n’ait pas estimé utile d’inviter officiellement (sic) et dans les temps des représentants du Gouvernement wallon » à l’inauguration. Sic, car ils ont bien été invités officiellement. Lidl se défend par ailleurs de les avoir invités « tard ». Le cabinet de Philippe Courard (Fédération Wallonie-Bruxelles) affirme aujourd’hui avoir reçu l’invitation le 17 avec RSVP le… 16. 

Occasion ratée
Toutefois, au départ, le nom de Charles Michel aurait dû figurer à côté de celui de Jean-Claude Marcourt dans la stèle inaugurale. La pose de la première pierre était d’abord prévue pour le 6 octobre. Michel et Marcourt étaient disponibles. Et puis, paf, on annonce une grève générale pour le 7. Perturbations en vue, agendas bouleversés… dès le 25 septembre, le service de communication de Lidl propose donc d’autres dates, en février 2016. Mais début février, une seule s’avère praticable : le 23. Et là, oh, dommage, le ministre Marcourt est en commission. Selon son cabinet, « les équipes des ministres en question s’attendaient à ce que les organisateurs modifient les dates pour que les ministres en charge du dossier puissent assister à l’événement. »  Où l’on a l’impression désagréable que l’entreprise reste au service du politique, et qu’il eut été déplacé d’envoyer un ministre qui n’était pas directement en charge du dossier. « C’est mon nom ou rien » ?

C’est là que je me dis qu’une invitation importante arrive toujours « dans les temps », pour peu qu’on considère que l’entreprise a un rythme qui ne peut attendre le politique, et que 100 nouveaux emplois en pleine Ardenne est un joli coup qui mérite d’être souligné par une action de communication où la Wallonie est visible. Ici, elle ne l’est pas. C’est même le fédéral, et le MR, qui récupère les lauriers sans même devoir faire d’effort ! Car hormis les mesures gouvernementales qui bénéficient à toutes les entreprises belges, je n’ai pas d’information me permettant de penser que le fédéral a mis la main au portefeuille !

Et puis, il y a tout de même huit (8) (acht) (eight) ministres wallons… Paul Furlan, qui s’occupe des pouvoirs locaux, aurait-il pu se libérer ? Ou Carlo di Antonio, qui s’occupe tout de même de l’aménagement du territoire et de la mobilité ? Ou Christophe Lacroix, ministre du Budget ? Ou plus féminin, Éliane Tillieux, ministre de… ah ben oui, tiens, de l’Emploi ? On aurait eu à la fois une présence féminine et wallonne. Double bonus. Et tenez, si Willy Borsus y est allé, pourquoi pas son homologue wallon, le ministre de l’Agriculture René Collin ? On ne vend pas de produits agricoles chez Lidl ?

Et si aucun de tous ceux-là n’était libre, il restait… tatataaam… le ministre-président de la Région wallonne, mesdames, messieurs. Paul « Yes we Can » Magnette ! Celui qui nous parle de patriotisme. Et qui, au final, aurait dignement représenté sa région aux côtés de Charles Michel. Et vive la coopération fédéral-région !

Le savoir-faire sans le faire savoir
Les cabinets Marcourt et Prévot se défendent tous deux en affirmant que l’organisateur de l’événement ne les a prévenus que la semaine dernière du changement de date. Les ministres se prévalent aussi, et à raison, d’avoir largement facilité l’arrivée de Lidl à Marche. Bien sûr, c’est important. Mais il n’aura manqué au gouvernement wallon que l’idée qu’il fallait figurer sur la photo, et sur la stèle, à tout prix. Parce que perception is reality. Parce qu’il y faut le savoir-faire et le faire savoir. Le gouvernement wallon a bien su faire, mais n’a pas su faire savoir. Il a raté un moment de vendre cette Wallonie qui gagne.

Chez Lidl, l’histoire gêne un peu. On ne veut pas polémiquer. On préfère à juste titre souligner le début d’une belle aventure économique. Après tout, ce n’est que la première pierre, et il y aura aussi une cérémonie d’inauguration, quand toutes les pierres seront posées. Pour le gouvernement wallon, ce n’est au fond que partie remise. C’est vrai que ce n’est pas la fin du monde. Mais la question me paraît révélatrice d’une différence de mentalité qu’on ferait bien de creuser : alors que le premier ministre a fait le déplacement avec un de ses ministres les mieux notés, Willy Borsus, pourquoi aucun ministre wallon, ni le ministre-président, n’a pu faire pareil ? Et devant cette question-là, toutes les explications, toutes les excuses sembleront bien vaines !

La Flandre se prépare. Et vous ?

« Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. La sagesse est de s’en apercevoir à temps  ! » (Jean Rey – « Pourquoi Pas ? », 25 avril 1947)

Nous assistons, sous l’influence de plus en plus sensible du nationalisme flamand, à un démantèlement progressif de la Belgique. L’hypothèse d’une disparition de celle-ci n’est donc pas, comme le constatait feu Xavier Mabille, le président du CRISP, une hypothèse fantaisiste. Il convient dès lors que les francophones s’y préparent avec sérénité. Rien n’est plus dramatique que de se retrouver le nez sur le poteau, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

Contrairement à ce que la plupart des francophones pensent, le nationalisme flamand ne s’incarne pas uniquement au sein de la N-VA. Comme l’a fort bien souligné l’ancien ministre CD&V, Stefaan De Clerck : la relation entre la démocratie-chrétienne et le nationalisme est profondément ancrée dans l’ADN flamand. N’oublions pas non plus que c’est l’ex-Premier ministre démocrate-chrétien Yves Leterme qui a, en 2004, porté le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux.

Il s’est constitué en Flandre, au fil du temps, un sentiment d’appartenance collective très fort, qui n’existe pas en Wallonie.

Le phénomène s’explique par la manière même dont a été constitué le Royaume de Belgique en 1830. Cette création découle d’une décision des grandes puissances européennes de l’époque pour se protéger contre la France. Tout cela s’est fait sans la moindre consultation des populations concernées. Même le choix du monarque nous a été imposé.

Dès le départ, le ver était dans le fruit, puisque les rênes étaient tenues par la bourgeoisie qui, tant au Nord qu’au Sud, s’exprimait en français. Les francophones, dans leur grosse majorité, ignorent à quel point le Mouvement flamand a dû lutter pour que la Flandre trouve sa place légitime sur l’échiquier politique belge. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait encore del’unité belge cimentée par l’emploi de la langue française. Pour lui, le flamand était la langue des servantes et des valets. Ce contexte a laissé des traces profondes, comme on a pu le constater lors des deux conflits mondiaux.

Alors que le Mouvement flamand a manifesté une attitude bienveillante envers l’occupant, le Mouvement wallon s’est clairement inscrit dans la résistance.

La frustration, du côté wallon, fut grande de voir les prisonniers de guerre flamands très vite libérés. Il y avait aussi la fascination pour le chef de la France Libre. Aussi fut-il décidé, sous l’influence notamment de « Wallonie Libre », de mettre les pieds dans le plat sitôt la liberté retrouvée.

Rien ne fut négligé pour faire du Congrès National Wallon des 20 et 21 octobre 1945 une réussite totale. Jamais encore une manifestation n’avait été aussi représentative de l’opinion wallonne. Les 1048 participants  furent invités à se prononcer sur les quatre formules suivantes quant au sort futur de la Wallonie : 1° le maintien de la Belgique unitaire avec un mécanisme de décentralisation ; 2° l’indépendance complète de la Wallonie ; 3° l’instauration du fédéralisme ; 4° la réunion de la Wallonie à la France. C’est cette dernière option qui recueillit la majorité relative. Et en ajoutant les voix en faveur de l’indépendance, on obtenait, pour la première fois, un vote majoritairement anti-belge. Le cœur avait parlé !

Fernand Dehousse était alors intervenu pour souligner les remous que cela allait entraîner, notamment auprès des Américains et des Anglais. Le général de Gaulle a confirmé cela, tout en précisant qu’il n’aurait eu alors qu’à claquer des doigts pour que la Wallonie devienne française. On imagine, en effet, quel aurait été l’impact d’un « Vive la Wallonie libre », lancé du haut du balcon de l’Hôtel de Ville de Liège !

Il fut donc procédé à un second vote, celui de la raison, qui donna la majorité absolue, moins 12 voix, à l’option fédéraliste.

Cette option était de nature à arranger les choses, dans la mesure où elle permettait d’offrir à chacun un cadre institutionnel propre où il pouvait exprimer librement son identité. Mais il fallut vaincre bien des réticences pour y parvenir.

Ce qui intéressait surtout la Flandre, c’était l’obtention de l’autonomie culturelle. La Wallonie, en revanche, avait besoin d’une régionalisation pour pouvoir faire face au déclin industriel qui la frappait de plein fouet. Quant à Bruxelles, il fallait lui garantir un statut propre, de façon à ce qu’elle ne puisse tomber dans l’escarcelle flamande.

On constata très vite que le fédéralisme n’était pas une fin en soi pour la Flandre, mais un moyen pour progresser sur la voie de l’indépendance. C’est la raison pour laquelle François Perin  claqua la porte du Sénat en 1980. Pour lui, le fait que la Flandre s’était lentement constituée en nation compromettait la survie même de l’Etat.

En fait, le fédéralisme est dépassé depuis le début des années 1990, lorsque le ministre-président flamand CVP, Luc Van den Brande, a lancé l’idée du confédéralisme, idée qui a été adoptée, en 1999, par le Parlement flamand.  A l’époque, la N-VA n’existait pas !

L’objectif vise à octroyer le maximum de compétences à la Flandre et à la Wallonie, ces dernières assurant la cogestion de Bruxelles. Mais si l’on considère le confédéralisme sous l’angle du droit international, il s’agit clairement d’Etats souverains qui, à un moment donné, pour des raisons qui leur sont propres, décident de gérer un certain nombre de compétences en commun. C’est évidemment cette dernière définition qui anime aujourd’hui le parti de Bart De Wever. La réalisation d’un tel objectif suppose donc que la Belgique ait préalablement cessé d’exister.

Bart De Wever vient, comme on le sait, de charger une commission interne de son parti de préparer un projet confédéraliste pour 2019. Cette stratégie n’a donc rien de surprenant.

Quelle crédibilité peut-on accorder aux leaders francophones lorsqu’ ils se disent aujourd’hui opposés à une telle évolution ? En 2001 et en 2010, ils étaient aussi « demandeurs de rien ». Et pourtant, ils ont fini par céder…

Méfions-nous également du président du CD&V, qui déclare qu’il n’est pas favorable à une nouvelle réforme de l’Etat en 2019. A l’inverse de Bart De Wever, qui joue franc jeu, Wouter Beke tient un double langage. A un journal québécois, en 2007, il se disait clairement confédéraliste et ajoutait que si les francophones ne lâchaient pas du lest, la Flandre n’aurait pas d’autre choix que l’indépendance. Et alors que l’encre de la sixième réforme de l’Etat n’était pas encore sèche, il précisait que d’autres réformes verraient le jour, car l’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible.

Sans posséder de boule de cristal, il est donc clair que, comme l’a déclaré le libéral flamand Karel De Gucht en 2002, la Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer.

Certains  évoquent, en cas de largage des amarres par la Flandre, un  Plan B, à savoir la mise sur pied d’une « Belgique résiduelle », composée de Bruxelles et de la Wallonie. D’autres estiment qu’une Wallonie indépendante pourrait fort bien s’en tirer.

Un sondage RTL-Ipsos-Le Soir, réalisé en 2010, indiquait que plus de 60% des Bruxellois préféraient poursuivre la route de manière indépendante. On peut les comprendre. Si la Wallonie devait prendre à sa charge 35% de la dette publique belge, elle serait confrontée, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%, à un scénario à la grecque. On voit mal les Bruxellois se montrer solidaires d’une telle situation ! Ce WalloBrux n’est donc qu’une chimère, tout comme le scénario d’une Wallonie indépendante, laquelle verrait ses prestations sociales chuter lourdement.

Il faut admettre la réalité. Depuis 1980, cela fait donc aujourd’hui 35 ans, la Wallonie a obtenu la régionalisation. En dépit de compétences de plus en plus étendues et de divers plans de redressement, son sort reste précaire. Elle n’a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Destrée. Le récent rapport économique de l’IWEPS précise que la Wallonie reste à la traîne au niveau de son PIB et que pour rattraper la Flandre,  il faudrait dix années successives d’une croissance annuelle réelle de 5% sous l’hypothèse que la Flandre ne connaîtrait qu’une croissance de 1,5%. Autant rêver !

Au vu de ce qui précède, seule le projet d’intégration-autonomie à la France nous apparaît de nature à redonner du souffle à la Wallonie et à lui garantir une vision d’avenir crédible.

D’aucuns s’empresseront de rétorquer que la situation économique de la France n’est guère brillante – soulignons qu’elle reste tout de même la 6ème puissance mondiale ! – et qu’elle n’a nulle envie de s’encombrer d’une Wallonie dont la situation reste bancale.

Jacques Attali, l’ancien conseiller du président Mitterrand, a fort bien résumé la chose : le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. A-t-on jamais vu un pays refuser que son territoire et sa démographie s’accroissent de manière pacifique ? Avec la Wallonie, la France réduirait sensiblement son différentiel avec l’Allemagne. D’autre part, la Wallonie n’est pas privée d’atouts : elle est stratégiquement bien située, avec un réseau de communications performant. Son activité culturelle est intense et bénéficie d’une belle promotion dans l’Hexagone. Sans oublier ses centres universitaires, ses ressources naturelles, ses techniciens et sa main-d’œuvre qualifiée…  Comme on dit, la mariée ne viendrait pas les mains vides !

Quant à la dette wallonne, il est clair qu’elle n’aurait, au niveau de la France, qu’un impact marginal.

Pourquoi ne pas prôner d’emblée l’assimilation de la Wallonie à la France ? Parce qu’une telle formule ne pourrait être appliquée du jour au lendemain. Il faudra d’abord passer par la phase d’un statut particulier. La Constitution française, à cet égard, est fort souple, comme en témoignent les exemples  de la Corse, de l’Alsace-Moselle ou des territoires d’outre-mer. Tout cela a fait l’objet d’analyses fouillées de la part du GEWIF, depuis sa création en février 2010.

Français et Wallons marqueront-ils leur accord sur un tel schéma ? La question est pertinente, puisqu’un double référendum s’imposera.

La politique de la France à notre égard a toujours été celle de la non-ingérence, ce qui ne signifie nullement l’indifférence. Tant le général de Gaulle que plusieurs personnalités politiques actuelles ont nettement fait savoir que si la Wallonie émettait le souhait de rejoindre la France, celle-ci lui ouvrirait la porte de grand cœur. Du côté français, des sondages ont révélé que plus de 60% (75% dans les régions frontalières) se prononceraient de façon favorable. Et il y a aussi ce sondage réalisé conjointement par « Le Soir » et « La Voix du Nord » en 2008, selon lequel près d’un Wallon sur deux serait prêt à rejoindre la République si la Belgique disparaissait.

Quid de la question bruxelloise ?

Il appartient aux Bruxellois eux-mêmes de se prononcer sur la solution d’avenir qu’ils veulent adopter. Force est toutefois de constater que, ces dernières années, l’identité bruxelloise s’est nettement affirmée. Celle-ci pourrait se traduire dans les faits par un statut de Cité-Etat (rien à voir avec Washington DC ou un district européen !),  siège des institutions européennes et des grandes organisations internationales.

Dans son « Journal », André Gide constatait : Bien peu de gens aiment vraiment la vie ; l’horreur du changement en est preuve. L’histoire, quant à elle, nous révèle que ceux qui se sont accrochés au statu quo ont toujours été les perdants. La fin de la Belgique ne signifierait nullement l’apocalypse. Disparaîtrait seulement ce contexte épuisant de méfiance réciproque et de chamailles constantes.

Jules GheudeChaque parti, nous disons bien chaque parti, compte en son sein des personnalités qui sont convaincues du bien-fondé de la cause réunioniste. Certaines n’en font d’ailleurs pas mystère. Puissent-elles, dès à présent, AGIR dans ce sens !

Jules Gheude

Chômage, arrêts maladie, congés … : la Belgique pas si généreuse

La Wallonie a été une des régions les plus riches du monde, avec de grands entrepreneurs. Elle a également été à la pointe du combat mené par la classe ouvrière pour une société plus démocratique et plus solidaire. Elle est profondément attachée aux mécanismes de la sécurité sociale et elle sait qu’elle est devenue, avec le temps, dépendante de la majorité flamande qui tire aujourd’hui la Belgique en veillant jalousement à ses propres intérêts.

De pionnière, la Wallonie est devenue la championne… de l’autodénigrement. Mais elle se rattrape en se proclamant « belge ». Evidemment, la fin annoncée de la Belgique suscite inquiétude, incrédulité, refus. La perpétuelle remise en question de la solidarité financière entre la Flandre et la Wallonie renforce, en Wallonie, le sentiment que le « royaume de Belgique » est un pays de cocagne auquel il faut s’accrocher pour ne pas tomber dans un trou sans fond. Cela n’aide pas la Wallonie à retrouver la confiance et à libérer tout son potentiel. La relation qui unit la Wallonie à la Flandre est loin d’être émancipatrice; à partir du moment où elle conduit la Wallonie à se nier elle-même, osons dire que cette relation est dommageable et même toxique.

La Belgique est devenue un héritage encombrant. Pour s’en défaire, il faut, régulièrement, que les habitants de Wallonie soient confrontés à la réalité des chiffres. Il faut répéter que la Belgique est davantage un problème qu’une solution. Ce qui donnera des perspectives à la Wallonie, ce n’est pas le confédéralisme à la belge ou à la flamande…

Allocations de chômage, congés, arrêts maladie…En se basant sur une vaste étude de données provenant de l’OCDE et de la Commission européenne, Le Figaro a fait la comparaison de ces avantages sociaux à travers le monde. La position de la Belgique dans ce classement est parfois étonnante.

prestations sociales

Le journal français Le Figaro a analysé les données de l’étude Glassdoor Economic Research sur les meilleures prestations sociales – allocations de chômage, rémunération lors des arrêts maladie, durée des congés de maternité et paternité, nombre de jours de congés payés et de jours fériés – à travers une petite vingtaine de pays, de l’Allemagne à la Norvège, en passant par la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis.

La politique sociale menée à travers l’Europe se révèle, et ce n’est pas nouveau, bien plus généreuse que celle adoptée aux États-Unis où certaines tranches de la population n’ont pas accès à la sécurité sociale et où les employés n’ont que très peu de jours de congé. L’étude pointe de grandes disparités entre les systèmes des différents pays analysés. Les prestations de la Belgique dans ce classement sont parfois étonnantes.

Congés annuels

L’étude a analysé les jours non travaillés dans 17 pays. La Suède, la France et le Danemark sont les pays les plus généreux en terme de vacances. Ils offrent à leurs travailleurs un minimum de 25 jours de congés payés annuels. La Belgique, l’Italie, la Grèce, l’Allemagne, le Portugal et la Suisse se conforment au minimum légal de 20 jours par an. En France, 10 jours fériés s’ajoutent aux 25 jours de congés payés, ce qui place le pays juste derrière l’Espagne (14 jours fériés) et l’Autriche (13 jours fériés). En Belgique, l’octroi de congés est très différent selon les règlements en vigueur dans les entreprises (publiques ou privées). A noter qu’aux États-Unis, il n’y a pas de congés payés obligatoires, mais les sociétés octroient la plupart du temps au minimum une dizaine de jours par an.

Allocations de chômage

Le pays qui se montre le plus généreux avec ses chômeurs est le Danemark. Le gouvernement danois offre en effet 90 % des revenus en cas de chômage pour une durée pouvant s’étendre jusqu’à 104 semaines (2 ans). La Belgique et les Pays-Bas proposent également des avantages sociaux très attractifs. En bas du classement, le Royaume-Uni qui propose seulement 66 à 84 euros par semaine, selon l’âge, et ce pour une durée maximale de 26 semaines.

En cas d’arrêt de travail pour maladie, c’est aux Pays-Bas que le système est le plus attrayant pour les travailleurs qui peuvent s’absenter jusqu’à 104 semaines tout en continuant à percevoir 70 % de leur salaire pendant l’intégralité de cette période. Les employés allemands peuvent s’absenter 78 semaines maximum, ils perçoivent dans ce cas 100 % de leurs revenus au début, 70 % par la suite. En Belgique, le taux de remplacement est variable, selon les barèmes en vigueur, et la période maximale d’absence est de 52 semaines. Dans l’Hexagone, le congé maladie peut durer jusqu’à 26 semaines, et ouvre les droits à une indemnisation financière à hauteur de 50 % des revenus de l’employé.

Congés parentaux

On aurait pensé retrouver les pays scandinaves en haut du classement des pays les plus généreux en termes de congés parentaux, ce sont pourtant la France et l’Allemagne qui ont mis en place le congé parental le plus long: 156 semaines, soit 3 ans, dont 52 semaines sont rémunérées en Allemagne et 26 en France. C’est au niveau de la durée maximale des rémunérations que la donne change. La Suède se démarque en proposant pas moins de 69 semaines de congés rémunérés. La Belgique, pour sa part, en propose beaucoup moins: 17. La Suisse n’a pas appliqué de congé parental légal et si en Irlande et en Angleterre, le congé parental est de 18 semaines pour chacun des parents, il se prend sans solde.

Congé de maternité/paternité

Pour la mère

Tous les pays européens prévoient un congé de maternité légal d’au moins 14 semaines. Le congé le plus long proposé est, de loin, celui du Royaume-Uni, talonné par l’Irlande. Ces deux pays offrent respectivement 52 et 42 semaines. En matière de compensation financière, les nouvelles mères autrichiennes, danoises, françaises, allemandes, néerlandaises et espagnoles touchent 100 % de leurs revenus antérieurs pendant l’intégralité de leur congé. Le pays le moins généreux en termes d’indemnisation financière est l’Irlande, avec seulement 26 semaines rémunérées sur 46, sur la base forfaitaire de 230 euros par semaine. La Belgique offre moins de semaines (15), mais elles sont rémunérées à 75 % du dernier salaire. Elle se place devant l’Allemagne et la Suède.

Pour le père

Le congé de paternité n’est pas réglementé par l’Union européenne, mais bien par les gouvernements de chaque pays. En Belgique, le nouveau père a droit à 10 jours de congés rémunérés. La Finlande ne faillit pas à sa réputation de pays encourageant l’égalité homme-femme dans ce domaine. Elle se montre la plus généreuse avec 45 jours payés pour le papa. Au contraire de la Norvège, qui lui octroie 10 jours, mais sans salaire. En Italie, le papa a droit à un seul jour et à deux aux Pays-Bas tandis que les pères allemands, irlandais et suisses ne bénéficient d’aucun droit à la naissance de leur enfant.

Tous les chiffres en détail ICI

Belgique, le pays kitsch

Nous reproduisons ici la version française de la chronique de Jules Gheude, publiée sur le site de l’hebdomadaire flamand « Knack », ce 22 février.

Qu’est en réalité la Belgique? Randonnée à travers un pays, qui n’est ni un Etat de droit, ni un Etat, ni une nation.

Jules Gheude bisPar Jules Gheude, essayiste politique

Un Etat de droit?

Certains politiques francophones invoquent volontiers le concept d’Etat de droit, par exemple lorsque la nomination d’une personne légitimement élue est contestée ou refusée (José Happart, Damien Thiéry).

Le 29 février, la liste linkebeekoise LB (93,85%) proposera son candidat-bourgmestre. Damien Thiéry, avec 1.200 voix, a été plébiscité et les nouvelles élections ont été organisées d’une manière totalement légale. Mais la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans (N-VA)  a fait savoir qu’il n’était pas question de nommer Damien Thiéry durant la présente mandature.

Le nom d’Yves Ghequiere (958 voix) est d’ores et déjà avancé. Le MR sacrifiera-t-il Damien Thiéry, comme le PS le fit avec José Happart en 1988 ? Ou bien cette situation engendrera-t-elle un casus belli au sein du gouvernement fédéral ?

Le concept d’Etat de droit suppose que la Constitution, la loi fondamentale, soit scrupuleusement respectée.

Celle-ci stipule notamment que le mariage civil devra toujours précéder la bénédiction nuptiale. Tel ne fut pas le cas lorsque Léopold III se remaria en 1941 avec Liliane Baels.

Aujourd’hui, nous apprenons que le prince Amadeo a reçu l’autorisation royale de se marier… seize mois après la célébration du mariage. Une nouvelle entourloupette pour régulariser la chose rétroactivement !

La Constitution fut également malmenée lorsque le roi Baudouin, en 1990, fut placé par le gouvernement dans l’impossibilité de régner, alors que chacun savait qu’il était bien portant.

Ce fut encore le cas lorsque les responsables francophones décidèrent de débaptiser la Communauté française de Belgique pour l’appeler « Fédération Wallonie-Bruxelles ».

Je voudrais, à ce sujet, ouvrir une parenthèse.

Lorsque je suis amené à faire des conférences en Flandre, la question suivante m’est régulièrement posée : est-il exact que les francophones ont, avec ce concept de Fédération, un Plan B en tête ?

Ma réponse est claire. Si la Belgique se démantèle, une majorité de Wallons (63%) souhaitent constituer une « Belgique résiduelle » avec les Bruxellois. C’est ce qui ressort d’un sondage RTL-Ipsos-Le Soir réalisé en 2013. Mais 68% des Bruxellois se prononcent en faveur d’un statut indépendant. Une enquête faite par Rudi Janssens (VUB) en 2013 confirme la chose. Les formules où Bruxelles s’associe à une autre région ne sont nullement populaires : 4% en faveur de la Flandre, 4,6% en faveur de la Wallonie.

On voit donc que le WalloBrux est une chimère, une pure illusion. Si la Wallonie devait reprendre 35% de la dette publique belge, elle serait confrontée, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%, à un scénario à la grecque. On comprend dès lors que les Bruxellois n’ont nulle envie de se montrer solidaires d’une telle situation. Ce WalloBrux souffrirait d’emblée d’un déficit chronique et sa dette ne ferait que s’accroître.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet.

Un Etat ?

L’aventure manquée de l’équipe B-Fast au Népal, la Belgique qui se voit décerner le prix du « fossile du jour » dès l’ouverture de la COP21 à Paris, les fissures dans les centrales nucléaires, la manière bancale dont les autorités belges ont communiqué lors des actions antiterroristes à Bruxelles, la jungle molenbeekoise, la fermeture des tunnels bruxellois, la saga du RER…  Autant d’événements qui amènent à poser la question : la Belgique est-elle encore un Etat ?

Le journal français « Le Monde » y répond de manière négative, tandis que divers médias américains parlent de failed state.

En 1981, François Perin avait déjà souligné ce manque de crédibilité : La Belgique est un Etat si peu fiable que ses partenaires ne seraient peut-être pas fâchés de la voir disparaître. Il s’agissait ici des engagements de la Belgique envers l’OTAN, avec une armée dont le général Close avait dit qu’elle n’était jamais prête, jamais disponible.

Perin avait également comparé la Belgique à un souk…

Une nation ?

En fait, la Belgique est un artifice des grandes puissances de 1830, qui voulaient ainsi se protéger contre la France. Quinze ans après Waterloo, le spectre de Napoléon rôdait toujours…

Talleyrand, qui était alors ambassadeur de France à Londres, était très sceptique quant aux chances de viabilité de ce nouveau royaume. Lors d’une conversation avec la princesse de Lievin, il déclara : Les Belges ? Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays. Cela ne peut tenir.

Dès le départ, le ver était dans le fruit. Comment une telle construction pouvait-elle évoluer sereinement, lorsqu’on lit cette lettre de Charles Rogier à Jean Raikem : Les premiers principes d’une bonne administration sont basés sur l’emploi exclusif d’une langue et il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira ainsi peu à peu l’élément germanique.

Les francophones, dans leur grosse majorité, ignorent à quel point le Mouvement flamand a dû lutter pour obtenir les premières lois linguistiques, qui allaient permettre à la Flandre d’obtenir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique belge. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. Pour lui, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela a laissé des traces durables et engendré un sentiment national flamand très fort. Aujourd’hui, la Nation flamande existe, ce qui rend le fédéralisme impossible.

Un Etat kitsch, qui s’évapore lentement

En 2010, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres (l’un de la majorité, l’autre de l’opposition) de s’enquérir de la situation belge. La conclusion du rapport est claire : les deux groupes linguistiques diffèrent trop pour se comprendre, ce qui rend l’existence du pays de moins en moins probable.

Dans une récente chronique publiée sur le site « Knack », Hendrik Vuye et Veerle Wouters, députés N-VA, ont expliqué comment les bastions unitaires (universités, partis, Ordre National des Avocats, ABVV/FGTB Métallurgie, syndicats du rail, exécutif des musulmans) se sont scindés spontanément. Cela montre que la Belgique s’évapore petit à petit.

Lorsqu’il présidait le parti libéral flamand, Karel De Gucht avait tenu le même langage :La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre (VTM, 6 novembre 2002).

Les leaders francophones se refusent à voir cette évolution. Tout se passe pour eux comme si la Belgique était vouée à l’éternité. Le réveil risque de faire mal.

Eric Defoort a un jour utilisé le mot kistch pour décrire la Belgique. Mais une chose est sûre : que peut-on trouver de valorisant à vivre dans un tel contexte, où la méfiance réciproque entraîne d’interminables querelles ? C’est épuisant et malsain.

Censure au « Mons Mémorial Museum »

Lu sur le site du quotidien « La Libre » :

Le journaliste Jean Quatremer dénonce des tentatives de censure. « Pour la première fois dans ma longue vie de journaliste, j’ai dû batailler contre des tentatives hallucinantes de censure de la part de la direction d’un musée », écrivait le journaliste, Jean Quatremer sur le blog de Libé, les coulisses de Bruxelles.

En cause ? Une exposition « Ceci n’est pas l’Europe, 120 caricatures d’actualité » construite au Mons Memorial Museum (MMM) et pour laquelle il a réalisé une dizaine d’articles à la demande de son commissaire, Nicolas Vadot. Et c’est bien par amitié pour les dessinateurs de presse, Vadot et Plantu, que le journaliste n’a pas retiré ses billes.

« Ça fait 30 ans que je suis journaliste, j’ai écrit des livres, participé à des documentaires… Et ça ne m’est jamais arrivé de devoir batailler pendant trois mois pour que le fond de mes textes ne soit pas changé. Nous acceptons parfois de retravailler un texte, de revoir la forme et/ou de s’adapter aux médias pour lequel on travaille. Ici, c’était la toute première fois que je faisais face à une dizaine de tentatives de modification sur le fond de mes articles. »

Le journaliste est sidéré. « Je suis plus que scandalisé. Ce sont des méthodes dignes des régimes autoritaires. À part dans les pays communistes, je n’ai jamais vu cela. Ils ont cru qu’ils allaient pouvoir tenir la plume d’un journaliste ? ! C’est vraiment inacceptable. »

Dans son papier, Quatremer cite, par exemple, qu’il ne pouvait pas écrire que la Grèce avait « menti » sur son chiffre de déficit mais a « masqué la réalité », que l’Europe était « la région la plus calme et la plus prospère au monde » ou encore que « toutes les enquêtes d’opinion montrent que les citoyens se méfient encore plus de leur État que de l’Union »…

Des mots qui n’ont pas plu à la direction du Pôle muséal de Mons. « Après trois mois d’échanges, je voulais retirer mes textes, je ne voulais pas aller plus loin, ça devenait humiliant. Je ne l’ai pas fait par amitié pour Vadot et Plantu. J’ai donc accepté beaucoup d’adaptations essentiellement de forme. » Au final, ses textes ne seront que dans le catalogue. « Ultime tentative du musée pour marginaliser mon travail : qualifier mes articles de billets d’humeur et non de billets, comme cela était convenu. Heureusement, Vadot s’y est opposé. C’est à la fois hilarant, sidérant, inquiétant et surtout épuisant de bêtise. »

Le directeur du Pôle muséal (et donc du MMM), Xavier Roland, dément toute censure. « La preuve est que les textes ont été publiés. Nous lui avions simplement suggéré de compléter et de nuancer ses billets afin qu’ils soient accessibles à tous. Nos musées sont des lieux pédagogiques et didactiques. Nous aurions voulu créer un espace de dialogue avec le journaliste, ce qui n’a pas été possible mais il n’y a eu aucune censure. »

À n’en pas douter, de sa participation à l’exposition montoise dont l’essence même du propos est la liberté d’expression, Jean Quatremer gardera une plume acide.

Les exclus sont principalement des Wallons

Quand il s’agit de réduire les droits sociaux, les mesures prises par le gouvernement fédéral pénalisent davantage les francophones et cela n’a rien de surprenant, parce qu’ils sont les plus fragiles et parce que le rapport de force, au niveau politique, est nettement favorable à la Flandre. Il ne suffit pas d’avoir un premier ministre wallon et socialiste pour échapper à la réalité d’un pays de moins en moins solidaire.

Lu sur le site du journal Le Soir :

La grande majorité des personnes privées d’allocations depuis le 1er janvier vivent en Wallonie et à Bruxelles. Charleroi, Mons, Liège et Verviers sont les plus touchées.

chômeurs exclusLorsque le gouvernement Di Rupo avait adopté la mesure, la FGTB avait prédit un « tsunami social ». Si la vague d’exclusion du chômage tant redouté est là, elle est essentiellement francophone, et spécifiquement wallonne. Selon les chiffres du ministère de l’Emploi, la Flandre ne compte que 17 % des exclusions, contre 66 % en Wallonie. Au total, 25.040 personnes ont perdu leurs allocations d’insertion sur les premiers mois de l’année 2015.

Ces premières statistiques montrent une réalité sociale qui est aussi très contrastée au sein des Régions. Plus de 51 % des chômeurs sanctionnés viennent des seules provinces de Liège et du Hainaut, et sont essentiellement concentrés dans les plus grandes villes (Mons, Charleroi, Liège, Verviers…). D’un autre côté, Luxembourg, Brabant wallon et Namur apparaissent relativement protégés.

Autre aspect, et ce n’est pas une surprise : les femmes sont les premières touchées par les exclusions (61 %). Une situation qui s’explique par le fait que les femmes sont davantage sous contrat à temps partiel. Elles totalisent donc plus difficilement les périodes de travail minimales pour bénéficier des allocations de chômage.

Le TGV des Wallons

Il est à nouveau question du chemin de fer et des choix stratégiques opérés par la ministre fédérale en charge de ce dossier. Voici une semaine, on pouvait lire sur le site de La Libre Belgique que des contacts ont été pris entre la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant et son homologue français Alain Vidaliès afin d’analyser la réouverture des lignes ferroviaires gare de Quévytransfrontalières Charleroi-Maubeuge et Mons-Aulnoye-Aymeries.

La demande émanerait de Jacqueline Galant dont le journal français La voix du Nord a recueilli les explications : « Les relations ferroviaires à grande vitesse étant actuellement suspendues entre les villes belges de Liège, Namur, Charleroi, Mons et la capitale française, mes collaborateurs examinent la possibilité d’une réactivation du trafic voyageurs entre Mons-Quévy-Aulnoye-Aymeries et Charleroi-Jeumont-Maubeuge ». La remise en service des trains sur ces tronçons permettrait selon la ministre « de renforcer les liens humains, économiques, culturels et touristiques ».

Fort bien, ce remaillage du Hainaut historique avec deux lignes transfrontalières, mais si c’est pour faire oublier la remise en service du Thalys qui, reliant Liège à Paris, dessert les principales villes wallonnes, on ne peut pas vraiment dire que la Wallonie gagne au change. On pourrait même parler d’une rustine qui ressemble à du sparadrap, pour qu’on n’en parle plus, ni avec les Wallons, ni avec les Flamands. Mais voilà justement que les élus wallons donnent de la voix, y compris ceux du parti de Madame la Ministre, comme on peut le lire aujourd’hui sur le site de la RTBF :

ThalysLa ligne à grande vitesse qui relie Liège à Paris en passant par Namur, Charleroi et Mons est à l’arrêt depuis le 1er avril 2015. Une suspension a priori temporaire, justifiée à l’époque par la nécessité de réaliser des mises à jour techniques sur ce qu’on appelle communément « la dorsale wallonne ».

Ces travaux ont été réalisés, mais le Thalys n’est toujours pas de retour sur les rails. Et les députés wallons s’impatientent.

Deux propositions de résolution sont sur la table du parlement régional, qui en débattra ce 16 février. L’une émane d’une réminiscence de l’ex-majorité Olivier, soit l’actuelle paire PS-cdH élargie à Ecolo. Elle réclame la réouverture « dans les plus brefs délais » de cette liaison rapide, « élément éminemment important d’un point de vue économique, touristique et culturel ».

L’autre texte est co-signé par 6 députés MR. Et il va dans le même sens, encourageant le gouvernement régional à « proposer au Gouvernement fédéral, à la SNCB et éventuellement à la société Thalys (NDLR: le MR est aussi favorable à l’ouverture de ce marché à d’autres opérateurs) de réviser son offre de transport de et vers Paris à travers la dorsale wallonne en vue d’y améliorer sa vitesse commerciale ».

« Actuellement, la Wallonie est déficiente en terme d’attractivité, précise Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe des Bleus au parlement régional. C’est donc un débat sur lequel le MR wallon est ferme: nous sommes favorables à ce que le Thalys puisse à nouveau circuler sur la dorsale wallonne ».

C’est aujourd’hui aussi que La Libre Belgique se penche sur la situation du rail wallon. L’édito de Francis Van de Woestyne commence ainsi :

Notre enquête sur la SNCB le confirme, outrageusement : le rail wallon est le parent pauvre du rail belge. La situation est ubuesque : il faut plus de temps pour aller d’Arlon à Bruxelles qu’il y a 40 ans. Pourquoi ? Et que faire ?

Oui, que faire… ?

Le beurre et l’argent du beurre

Geert BourgeoisLe gouvernement flamand commande une nouvelle étude sur les transferts financiers générés par la solidarité interrégionale en Belgique. Encore une fois, il s’agit de montrer aux électeurs flamands que la Wallonie est un puits sans fonds, qu’elle engouffre une part toujours excessive de la richesse produite en Flandre.

Il n’est pas du tout certain que la Flandre, en tant que nation ou, à tout le moins, de communauté d’intérêt, souhaite vraiment le redressement de la Wallonie, car elle tire un bénéfice évident de sa situation dominante en Belgique. Elle ne voudrait pas que la Wallonie rivalise avec elle, elle ne supporterait pas que les rôles s’inversent à nouveau, quelle horreur ! Mais ce déséquilibre entre une Flandre forte et une Wallonie faible a un prix dans la mesure où la région la plus riche doit automatiquement contribuer aux dépenses de la région la plus pauvre. Et ce prix doit être revu à la baisse. Encore. Encore.

« On rentre dans la Wallonie comme dans du beurre », disait un premier ministre. Autant que possible, il s’agit d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la Wallonie accepte de renégocier le contrat qui la lie à la Flandre, en des termes toujours plus avantageux pour celle-ci, soit il n’y a plus de Belgique. L’objectif de la N-VA n’étant pas de conserver la Belgique, elle peut mettre une pression maximale sur la classe politique francophone. Ou ça passe ou ça casse et, dans les deux cas, c’est bingo pour la N-VA.

Les Wallons, eux, s’emploient à démontrer que la solidarité interrégionale est loin d’être excessive…

Voici ce qu’on pouvait lire il y a deux jours sur le site de La Libre Belgique :

RP10749 Vlaanderen

Les transferts financiers Flandre-Wallonie n’ont qu’une ampleur limitée

Les Wallons sont-ils des assistés ? Oui, en un sens, mais à un degré nettement moindre que bien d’autres populations européennes. C’est en substance la réponse que donne l’économiste Julien Vandernoot à une question qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ce mercredi encore, le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a annoncé que son gouvernement avait commandé une nouvelle étude sur les transferts financiers flamando-wallons.

Dans ce contexte, la thèse de doctorat que vient de défendre Julien Vandernoot, assistant à l’Université de Mons, a des implications très politiques. Son travail va en effet à l’encontre d’une idée répandue, selon laquelle les flux financiers nord-sud, en Belgique, atteindraient des montants extravagants. Chiffres à l’appui, le jeune homme s’oppose à l’un des arguments avancés par les nationalistes pour justifier une plus grande autonomie flamande. Selon lui, les transferts qui s’écoulent de la Flandre vers Bruxelles et la Wallonie n’ont rien d’anormal.

Une Allemagne très solidaire

Le chercheur montois a étudié cinq pays fédéraux qui présentent un niveau de richesse assez proche : le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse et la Belgique. Pour ces cinq Etats, il a passé au crible les systèmes de solidarité financière entre institutions (régions, communautés ou autres, selon les cas).

La conclusion est plutôt inattendue. « Contrairement à ce qu’on entend parfois, la solidarité entre régions en Belgique n’est pas plus élevée que dans les autres Etats étudiés, note Julien Vandernoot. Dans la plupart des indicateurs de solidarité que j’ai utilisés, c’est même en Belgique que la solidarité est la plus faible. »

En 2009, a calculé l’économiste, la solidarité représentait en Belgique 0,46 % du produit intérieur brut (PIB), contre 1,39 % en Allemagne. Selon un autre indicateur, comparant les transferts entre régions au regard de leur « capacité fiscale » (le rendement de l’impôt des personnes physiques), la solidarité atteindrait 1,63 % en Belgique, 2,47 % au Canada, 2,63 % en Suisse, 2,72 % en Espagne et 6,67 % en Allemagne.

L’ordre n’est qu’à peine modifié si l’on observe l’importance de la solidarité en proportion des dépenses des entités fédérées : 3,42 % en Belgique, 6,42 % au Canada, 6,64 % en Espagne, 9,42 % en Suisse et 16,14 % en Allemagne. De toute évidence, les transferts nord-sud en Belgique sont loin d’approcher les colossaux flux ouest-est qui ont cours en Allemagne depuis la réunification du pays, en 1990.

Bémol

Autre indicateur : le montant reçu par l’entité qui bénéficie le plus de la solidarité nationale. Pour la Communauté française, le chiffre s’élève à 151 euros par an et par habitant. C’est beaucoup moins que l’Estrémadure espagnole (775 euros), le canton helvétique d’Uri (1 291 euros), la province canadienne de l’Ile-du-Prince-Edouard (1 756 euros) et le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (2 017 euros).

Un bémol s’impose toutefois. L’étude ne concerne que la solidarité entre institutions. Elle ne vaut pas pour la solidarité interpersonnelle, qui fonde la sécurité sociale. Celle-ci est affaire d’individus : des chômeurs flamands en profitent, des patrons wallons y contribuent. Il n’empêche, au nord du pays, de nombreuses voix considèrent que les francophones sont anormalement trop nombreux à en bénéficier.

La Wallonie fait gagner de l’argent à la Flandre

Rapport de l’Iweps. « Le meilleur client de la Flandre, c’est la Wallonie », dit souvent le patronat flamand. Et à raison, à en croire le récent « Rapport sur l’économie wallonne » de l’Institut wallon de la statistique (Iweps), dont Belga a donné les grandes lignes jeudi. Bien sûr, les transferts financiers Nord-Sud sont une réalité. Selon l’étude, les ménages flamands paient implicitement aux ménages wallons 4,6 milliards d’euros par an et un milliard aux ménages bruxellois. Dit autrement, chaque Flamand verse en moyenne 874 euros par an à chaque Wallon et – hasard de la statistique – le même montant à chaque Bruxellois. Cela dit, l’Iweps souligne aussi que 100 euros dépensés en Wallonie généreront, en plus de leurs effets locaux, 36 euros supplémentaires en Flandre et 24 à Bruxelles… A l’inverse, cent euros dépensés en Flandre ne généreront « que » 9 euros en Wallonie et 19 à Bruxelles.

C’est quoi ce cinéma ?

Les Belges ne sont pas du genre à se prendre au sérieux. C’est du moins ce que certains d’entre eux se plaisent à répéter, pour se donner une identité qui les rendrait supérieurement sympathiques, et bien des Français s’y laissent prendre. Ainsi, Vincent Lindon, mis à l’honneur aux récents Magritte du cinéma, n’a pas hésité à lancer : « Je suis dingue de vous les Belges ». Mais de quels Belges parle-t-on ? La plupart de ceux qui se font Charlie Dupontconnaître en France sont des Wallons. Quand ils se disent belges, attachés à leur « beau royaume », fiers de leur « belgitude », et se moquent lourdement des Wallons qui, de toute façon, ne s’en offusquent pas car eux-mêmes se sentent belges, faut-il y voir un sens aigu de l’autodérision… ou une volonté plus ou moins consciente et désespérée de nier la Wallonie pour mieux s’accrocher à ce qui reste de la Belgique ?

Avec quelles perspectives ?  

Je n’ai pas regardé la cérémonie des Magritte à la télé, l’autre soir, mais il semblerait que cette fête du cinéma belge francophone en ait interpellé plus d’un. Voici en tout cas ce qu’on pouvait lire sur les sites de la Libre Belgique et du Soir, deux journaux bien bruxellois qui sont très loin de vouloir mettre de l’huile sur le feu communautaire. Cela en dit long sur l’esprit qui règne en « Communauté française de Belgique ».

D’abord, le « Monsieur cinéma » de la Libre, Fernand Denis, dont l’article critique (et même très critique) débute ainsi :

« Samedi soir au Square à Bruxelles, la sixième cérémonie des Magritte avait démarré sous le signe de l’aviation avec deux hôtesses de l’air en uniforme vintage et un Charlie Dupont tombant du ciel. Avec sa casquette de commandant de bord vissée sur la tête, celui-ci s’est lancé dans une série de vannes sur les Wallons, elles volaient tellement bas, qu’elles se sont toutes crashées. La soirée ne semblait pas vouloir décoller, elle allait stationner en bout de piste pendant près de trois heures. Un tunnel sans fin et dans le même état que ses collègues bruxellois. »

Pas heureux non plus Jacques De Decker, écrivain, dramaturge, Secrétaire perpétuel à l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Dans le Soir, voici ce qu’il a écrit :

« Je n’étais pas aux Magritte. J’ai seulement lu les comptes rendus de mes anciens confrères dans la presse. Et l’expression de leur malaise. Je reconnais qu’il y a de quoi. Défenseur acharné d’un dialogue fertile entre les deux principales cultures belges, je m’étonne néanmoins que les deux lauréats des trophées réservés aux comédiens soient allés à d’évidents talents flamands. Tout d’abord parce que la réciproque n’est pas pensable : je vois mal, aux Ensors, un comédien francophone l’emporter. On y rendra bien sûr, si on ne l’a pas déjà fait, hommage à Benoît Poelvoorde ou à Cécile de France, parce que ces deux Namurois sont devenus des stars. Mais en dessous de ce niveau, on ne risque pas de s’attarder. Il s’agit d’abord de peaufiner la carrière des talents locaux, et cela n’a rien de déplacé puisque c’est efficace. Un jour, Mathias Schoenaerts aura un Oscar bien mérité. Et on aura tout fait en Flandre pour cela, ce qui ne risque pas de se passer demain en Walbru. (…) »

Ce n’est pas comme ça, en lui tournant le dos, qu’on va redresser la Wallonie. (G.R.)

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