Le beurre et l’argent du beurre

Geert BourgeoisLe gouvernement flamand commande une nouvelle étude sur les transferts financiers générés par la solidarité interrégionale en Belgique. Encore une fois, il s’agit de montrer aux électeurs flamands que la Wallonie est un puits sans fonds, qu’elle engouffre une part toujours excessive de la richesse produite en Flandre.

Il n’est pas du tout certain que la Flandre, en tant que nation ou, à tout le moins, de communauté d’intérêt, souhaite vraiment le redressement de la Wallonie, car elle tire un bénéfice évident de sa situation dominante en Belgique. Elle ne voudrait pas que la Wallonie rivalise avec elle, elle ne supporterait pas que les rôles s’inversent à nouveau, quelle horreur ! Mais ce déséquilibre entre une Flandre forte et une Wallonie faible a un prix dans la mesure où la région la plus riche doit automatiquement contribuer aux dépenses de la région la plus pauvre. Et ce prix doit être revu à la baisse. Encore. Encore.

« On rentre dans la Wallonie comme dans du beurre », disait un premier ministre. Autant que possible, il s’agit d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la Wallonie accepte de renégocier le contrat qui la lie à la Flandre, en des termes toujours plus avantageux pour celle-ci, soit il n’y a plus de Belgique. L’objectif de la N-VA n’étant pas de conserver la Belgique, elle peut mettre une pression maximale sur la classe politique francophone. Ou ça passe ou ça casse et, dans les deux cas, c’est bingo pour la N-VA.

Les Wallons, eux, s’emploient à démontrer que la solidarité interrégionale est loin d’être excessive…

Voici ce qu’on pouvait lire il y a deux jours sur le site de La Libre Belgique :

RP10749 Vlaanderen

Les transferts financiers Flandre-Wallonie n’ont qu’une ampleur limitée

Les Wallons sont-ils des assistés ? Oui, en un sens, mais à un degré nettement moindre que bien d’autres populations européennes. C’est en substance la réponse que donne l’économiste Julien Vandernoot à une question qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ce mercredi encore, le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a annoncé que son gouvernement avait commandé une nouvelle étude sur les transferts financiers flamando-wallons.

Dans ce contexte, la thèse de doctorat que vient de défendre Julien Vandernoot, assistant à l’Université de Mons, a des implications très politiques. Son travail va en effet à l’encontre d’une idée répandue, selon laquelle les flux financiers nord-sud, en Belgique, atteindraient des montants extravagants. Chiffres à l’appui, le jeune homme s’oppose à l’un des arguments avancés par les nationalistes pour justifier une plus grande autonomie flamande. Selon lui, les transferts qui s’écoulent de la Flandre vers Bruxelles et la Wallonie n’ont rien d’anormal.

Une Allemagne très solidaire

Le chercheur montois a étudié cinq pays fédéraux qui présentent un niveau de richesse assez proche : le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse et la Belgique. Pour ces cinq Etats, il a passé au crible les systèmes de solidarité financière entre institutions (régions, communautés ou autres, selon les cas).

La conclusion est plutôt inattendue. « Contrairement à ce qu’on entend parfois, la solidarité entre régions en Belgique n’est pas plus élevée que dans les autres Etats étudiés, note Julien Vandernoot. Dans la plupart des indicateurs de solidarité que j’ai utilisés, c’est même en Belgique que la solidarité est la plus faible. »

En 2009, a calculé l’économiste, la solidarité représentait en Belgique 0,46 % du produit intérieur brut (PIB), contre 1,39 % en Allemagne. Selon un autre indicateur, comparant les transferts entre régions au regard de leur « capacité fiscale » (le rendement de l’impôt des personnes physiques), la solidarité atteindrait 1,63 % en Belgique, 2,47 % au Canada, 2,63 % en Suisse, 2,72 % en Espagne et 6,67 % en Allemagne.

L’ordre n’est qu’à peine modifié si l’on observe l’importance de la solidarité en proportion des dépenses des entités fédérées : 3,42 % en Belgique, 6,42 % au Canada, 6,64 % en Espagne, 9,42 % en Suisse et 16,14 % en Allemagne. De toute évidence, les transferts nord-sud en Belgique sont loin d’approcher les colossaux flux ouest-est qui ont cours en Allemagne depuis la réunification du pays, en 1990.

Bémol

Autre indicateur : le montant reçu par l’entité qui bénéficie le plus de la solidarité nationale. Pour la Communauté française, le chiffre s’élève à 151 euros par an et par habitant. C’est beaucoup moins que l’Estrémadure espagnole (775 euros), le canton helvétique d’Uri (1 291 euros), la province canadienne de l’Ile-du-Prince-Edouard (1 756 euros) et le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (2 017 euros).

Un bémol s’impose toutefois. L’étude ne concerne que la solidarité entre institutions. Elle ne vaut pas pour la solidarité interpersonnelle, qui fonde la sécurité sociale. Celle-ci est affaire d’individus : des chômeurs flamands en profitent, des patrons wallons y contribuent. Il n’empêche, au nord du pays, de nombreuses voix considèrent que les francophones sont anormalement trop nombreux à en bénéficier.

La Wallonie fait gagner de l’argent à la Flandre

Rapport de l’Iweps. « Le meilleur client de la Flandre, c’est la Wallonie », dit souvent le patronat flamand. Et à raison, à en croire le récent « Rapport sur l’économie wallonne » de l’Institut wallon de la statistique (Iweps), dont Belga a donné les grandes lignes jeudi. Bien sûr, les transferts financiers Nord-Sud sont une réalité. Selon l’étude, les ménages flamands paient implicitement aux ménages wallons 4,6 milliards d’euros par an et un milliard aux ménages bruxellois. Dit autrement, chaque Flamand verse en moyenne 874 euros par an à chaque Wallon et – hasard de la statistique – le même montant à chaque Bruxellois. Cela dit, l’Iweps souligne aussi que 100 euros dépensés en Wallonie généreront, en plus de leurs effets locaux, 36 euros supplémentaires en Flandre et 24 à Bruxelles… A l’inverse, cent euros dépensés en Flandre ne généreront « que » 9 euros en Wallonie et 19 à Bruxelles.

3 réflexions sur « Le beurre et l’argent du beurre »

  1. « Chiffres à l’appui, Mr. Julien Vandernoot s’oppose à l’un des arguments avancés par les nationalistes pour justifier une plus grande autonomie flamande.  » (lire ci-dessus).
    De quel droit ce monsieur s’oppose-t-il à l’autonomie d’un peuple, tout compte fait, étranger ? De quel droit ce monsieur justifie-t-il la dépendance de la Wallonie à un peuple, tout compte fait, étranger ?
    De quel droit ce monsieur justifie-t-il de placer la Wallonie sous statut colonial à l’avantage d’un peuple, tout compte fait, étranger ?
    Il n’y a pas de comparaison valable, humainement parlant, entre la Belgique, le Canada (malgré le Québec) , l’ Espagne (malgré les Catalans), la Suisse et l’ Allemagne .
    Ce monsieur agirait-il aux ordres ?

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