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L’article à lire pour tout comprendre aux élections départementales françaises

Les Wallons ne seront pas indifférents aux élections départementales françaises. Nous avons trouvé intéressant de mettre en lien l’excellent article que nous avons trouvé sur le site de Francetv info.

Cet article va à l’encontre de plusieurs clichés : la France serait un pays incapable d’adopter des réformes de structure. La France jacobine ne pourrait accepter de différences quant aux lois qui organisent ses collectivités territoriales. La France serait un pays bien inférieur à la Belgique quant à ses politiques sociale et culturelle (lire le chapitre des compétences importantes qui resteront celles des départements « De quoi vont s’occuper les départements ? »)

L’espoir de l’ AWF est que le taux de participation à ces élections s’élève afin que les abstentionnistes ne soient pas, comme aux européennes, le premier parti de France. L’autre espoir est que les Français accordent leur vote aux partis qui défendent les Valeurs de la République.

Paul D.

Les 22 et 29 mars, les Français sont appelés à élire leurs conseillers départementaux. Un scrutin qui comporte de nombreuses nouveautés par rapport aux anciennes élections cantonales. Francetv info répond aux questions que vous pouvez vous poser.

Dans un bureau de vote de Saulxures-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 25 mai 2014.
Dans un bureau de vote de Saulxures-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 25 mai 2014. ( MAXPPP)

Vous ne comprenez rien aux élections départementales ? Vous faites partie du tiers de Français qui n’a pas entendu parler de ce scrutin qui se tient les dimanches 22 et 29 mars ? Pas de panique ! Francetv info répond à toutes les questions que vous pouvez vous poser.

Les élections départementales, c’est quoi ?

Les départementales servent à choisir les élus dans les départements de France. Ces élus, appelés conseillers départementaux, siègent au conseil départemental. Ces dénominations sont nouvelles : jusqu’à présent, on parlait de conseillers généraux et d’élections cantonales.

Chaque département est subdivisé en plusieurs cantons. Une élection est organisée dans chaque canton. Les vainqueurs de ces scrutins siègent ensuite au conseil départemental pour six ans.

Qu’est-ce qui change par rapport aux cantonales ?

Il ne s’agit pas seulement d’un changement de nom. Ce scrutin nouvelle mouture comporte de nombreuses évolutions.

Calendrier. Il s’agit d’abord d’une élection générale, qui a lieu tous les six ans sur tout le territoire, et non plus d’un scrutin renouvelant les sièges par moitié tous les trois ans.

Parité. Dans leur canton, les électeurs n’éliront plus un conseiller général, mais un binôme obligatoirement composé d’un homme et d’une femme. Cette nouveauté imposera de fait une parité hommes-femmes parfaite dans les conseils départementaux, alors que ces assemblées se distinguaient jusqu’à présent par une sous-représentation du sexe féminin (17,79% des élus).

Carte. Puisque deux personnalités par canton sont élues, au lieu d’une, le nombre de cantons a été divisé par deux, passant de 4 035 à 2 054. Ainsi, le nombre d’élus départementaux reste sensiblement le même : 4 108.

Pour passer de 4 035 cantons à 2 054, le ministère de l’Intérieur et les préfets ont sorti leurs ciseaux, pour opérer le plus grand redécoupage cantonal jamais réalisé depuis le début du XIXe siècle. Les cantons, qui avaient été découpés sur des bases géographiques, prennent désormais en compte le critère démographique. Dans la quasi totalité des cas, la population de chaque canton n’est ni supérieure, ni inférieure de plus de 20% à la population moyenne des cantons du département.

L’an dernier, une partie de la droite avait crié au scandale devant ce « charcutage ruralicide », selon les mots de François Sauvadet. Le président UDI du conseil général de Côte-d’Or estimait, dans son Livre noir sur le redécoupage des cantons, que le PS avait « procédé très clairement à des opérations partisanes de rééquilibrage en sa faveur au mépris des réalités territoriales ». Une accusation rejetée par le gouvernement.

Est-ce que tout le monde vote ?

Les électeurs de 98 départements (sur 101) sont appelés aux urnes le 22 mars, puis le 29 mars en cas de second tour. En métropole, deux exceptions sont toutefois à signaler : Paris et l’agglomération lyonnaise, où le scrutin n’est pas organisé.

Paris étant à la fois une commune et un département, le Conseil de Paris concentre les prérogatives d’un conseil municipal et d’un conseil départemental. Ses membres sont élus tous les six ans, lors des élections municipales. Il n’y a donc pas lieu d’élire des conseillers départementaux à Paris.

A Lyon, la situation est nouvelle : la métropole de Lyon, entrée en vigueur au 1er janvier 2015, a absorbé sur son territoire les compétences du département du Rhône. Les élus de la métropole ont été choisis lors des élections municipales de 2014. Aucune élection départementale n’est donc organisée dans les 59 communes qui composent l’agglomération. De son côté, le nouveau Rhône se retrouve amputé. Il ne comptera plus que 13 cantons, soit 26 élus.

Les habitants des départements d’outre-mer sont appelés aux urnes, sauf en Martinique et en Guyane, où des collectivités uniques (rassemblant département et région) seront mises en place en décembre 2015 à l’occasion des élections régionales. Enfin, les collectivités d’outre-mer, comme la Polynésie française ou Saint-Pierre-et-Miquelon, ne sont pas concernées par ces élections.

Comment fonctionne le mode de scrutin ?

Pour les puristes du droit électoral, il s’agit d’un « scrutin binominal mixte majoritaire à deux tours ». Concrètement, cela signifie que dans chaque canton, plusieurs binômes composés d’un homme et d’une femme s’affrontent dans le cadre d’un scrutin majoritaire.

Un binôme peut l’emporter dès le premier tour, le 22 mars. Pour cela, il doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés (50% plus une voix), et un nombre de suffrages d’au moins 25% des inscrits sur les listes électorales.

Si ces conditions ne sont pas réunies, un second tour est organisé. Peuvent y participer les deux binômes arrivés en tête, ainsi que ceux qui ont rassemblé un nombre de suffrage d’au moins 12,5% des électeurs inscrits. Le binôme arrivé en tête à l’issue du second tour est élu. Une fois élus, les deux membres du binôme ont une totale liberté de vote. Les décisions de l’un ne s’imposent pas à l’autre.

Qui va devenir président du conseil départemental ?

Le jeudi suivant le second tour, c’est-à-dire le 2 avril, se tiendra, dans chaque département, la première réunion du conseil départemental nouvellement élu. C’est au cours de cette séance que sera élu le président de l’assemblée départementale, parmi les conseillers élus. Le plus souvent, il s’agira d’une personnalité désignée à l’avance par le parti ou la coalition majoritaire.

Mais dans d’autres cas de figure, cette élection du président aura valeur de véritable « troisième tour » de scrutin. Cela pourrait se produire si aucune des forces politiques ne dispose d’une majorité absolue au sein du conseil. Dans certains départements, les élus Front national pourraient par exemple se retrouver en position d’arbitres pour faire pencher la balance vers la droite ou vers la gauche.

Le président du conseil départemental est élu à la majorité absolue. En cas d’échec, un second tour est organisé, lors duquel la majorité absolue est également requise. Un nouvel échec conduit à un troisième tour de scrutin. Une majorité relative suffit alors pour être élu président.

Quel parti est le favori ?

A en croire plusieurs sondages, le Front national pourrait arriver en tête des suffrages au soir du premier tour au niveau national, et donc dans de nombreux cantons. Une poussée qu’il faut cependant prendre avec des pincettes car ces enquêtes d’opinion ne tiennent pas compte des particularités locales. De plus, arriver en tête du premier tour ne signifie pas remporter l’élection, qui va le plus souvent se jouer au second tour.

La gauche, de son côté, s’attend à une sévère défaite. Dans les enquêtes d’opinion, le Parti socialiste ne pointe qu’en troisième position, autour de 20%. La gauche se présente en ordre dispersé, Front de gauche et écologistes ayant le plus souvent décidé de faire cavaliers seuls. Cet éparpillement, couplé à l’abstention qui s’annonce forte, risque de priver la gauche de représentants lors de nombreux seconds tours, qui opposeront alors la droite au Front national.

Dans ce contexte, c’est bien l’UMP, dans la plupart des cas alliée avec les centristes de l’UDI, qui pourrait tirer les marrons du feu au second tour. Selon les états-majors des partis, la gauche, qui règne actuellement sur une soixantaine de départements sur 100, pourrait en perdre entre 20 et 40.

De quoi vont s’occuper les départements ?

C’est tout le problème. A quelques jours du scrutin, difficile de faire des promesses de campagne aux électeurs : la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République), qui fixe les missions des futurs conseils départementaux, n’a pas encore été définitivement adoptée par le Parlement.

Le projet initial dépouillait ces assemblées au profit des régions. Mais la mouture votée par l’Assemblée en première lecture prévoit notamment que le département continuera à s’occuper de l’action sociale, avec, entre autres, la gestion du revenu de solidarité active (RSA), de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). La responsabilité des collèges et des routes départementales continuera également de lui incomber, tout comme le domaine de la culture.

Je ne peux pas aller voter. Comment faire ?

Il vous suffit d’établir une procuration, valable pour les deux tours de scrutin ou seulement l’un des deux. Pour ce faire, il faut remplir un formulaire disponible au tribunal d’instance, au commissariat, ou à la gendarmerie de votre lieu de résidence ou de travail. Nouveauté : vous pouvez également télécharger ce document en ligne, mais il vous faudra toujours l’apporter en main propre dans l’un de ces trois lieux.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez résumer ?

Les 22 et 29 mars, les Français sont appelés à élire leurs conseillers départementaux. Pour la première fois, chaque canton choisira un binôme composé d’un homme et d’une femme. Pour mettre en place ce nouveau mode de scrutin, la carte des cantons a subi un important redécoupage accusé par la droite de favoriser la gauche. Toutefois, cette dernière est loin d’être favorite d’un scrutin qui ne passionne pas les foules, d’autant que les futures compétences des départements ne sont pas encore définitivement fixées.

Donner le nom d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt à la nouvelle passerelle des Guillemins ?

C’est avec grand plaisir que nous relayons la proposition du conseiller communal liégeois François Schreuer. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de la teneur de la réponse du bourgmestre de Liège.

passerelle ThéroigneQuestion écrite du 29 décembre 2014.

Monsieur le bourgmestre,

Nous aurons l’occasion, dans moins d’un an, d’inaugurer la nouvelle passerelle qui reliera bientôt le quartier des Guillemins à la Boverie. Même si certaines propositions ont été émises, cette passerelle n’a pas encore de nom.

J’aimerais dès lors vous soumettre une proposition et connaître l’avis du Collège à son propos.

J’aimerais vous proposer que nous donnions à la nouvelle passerelle le nom prestigieux d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt (à moins qu’il ne faille écrire Terwagne).

Les arguments en faveur de ce choix ne manquent pas.

Théroigne — née dans le village de Marcourt, près de Hotton — est fille de notre région, devenue une figure politique marquante de la Révolution française. Elle a participé à la prise de la Bastille, elle était en tête du cortège qui vint assiéger Versailles pour réclamer le retour du roi à Paris. Pendant la Révolution, on la surnommait « la Belle Liégeoise ».

Son rôle dans la chute de l’absolutisme de droit divin et dans le succès des idées de liberté, d’égalité et de fraternité — auxquelles les Liégeois ont adhéré quelques années après les Français — a été important. Elle a défendu une position républicaine, contre les royalistes mais également contre la plus grande partie de la bourgeoisie, à qui elle s’est notamment opposée parce que cette dernière souhaitait que les femmes restent au foyer.

Sa vie a inspiré de nombreuses œuvres artistiques : Charles Beaudelaire dans les Fleurs du mal, Sarah Bernhardt ; un opéra d’August De Boeck lui est consacré.

Son parcours politique fait sans doute d’elle l’une des premières féministes de l’histoire. Et elle est liégeoise !

Ses voyages à travers l’Europe ont fait d’elle une ambassadrice de notre région. On trouve aujourd’hui des rues et avenues qui portent son nom dans diverses villes de France, notamment Montpellier. Mais Liège, capitale de sa terre natale, n’a pas jugé bon jusqu’à présent de lui rendre l’hommage dont je pense qu’il lui est dû.

Nous commérerons dans deux ans le bicentenaire de sa disparition. Le moment n’est-il pas bien choisi pour que la Ville de Liège se souvienne d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt ?

Si vous me le permettez, j’ajouterai encore un argument. Tout un champ de recherche s’est développé ces dernières années concernant les rapports entre la question du genre et les enjeux d’espace, de territoire, d’espace public. Ces recherches renouvellent à certains égards la lecture que l’on peut faire de ces questions. Parmi les nombreuses réflexions qui sont issues de ce champ, je pointe notamment le constat, singulièrement flagrant, d’un déséquilibre massif entre hommes et femmes dans la toponymie. Ce déséquilibre doit être progressivement corrigé. C’est un élément de plus, à mon estime, en faveur de la proposition que je vous soumets aujourd’hui.

En l’attente de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur le bourgmestre, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

François Schreuer
Conseiller communal

Désormais, les Wallons se sentent plus proches des Français… que des Flamands

C’est le résultat d’un sondage analysé sur le site de la RTBF.

identité wallonne 1Selon une enquête de l’IWEPS que la RTBF a pu consulter, le citoyen de Wallonie reste très attaché à sa région, et il se sent toujours majoritairement Belge. Mais il apparait aussi qu’il se sent de moins en moins proche de son voisin de Flandre.

L’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) publie son nouveau baromètre social de la Wallonie 2012-2013.

Cette enquête porte notamment sur le sentiment « identitaire » des sondés: se voient-ils avant tout comme des Wallons, des Belges, des Francophones ou des Européens ?

Et les résultats sont assez édifiants. Il y a 10 ans, 35% des Wallons se sentaient « différents » des Flamands. Aujourd’hui, ils sont plus de 66%… Les tensions communautaires ne sont sans doute pas étrangères à cette impressionnante augmentation.

 identité wallonne 2

En corollaire, les Wallons semblent développer un sentiment d’appartenance à leur région. Ainsi, 78% des personnes interrogées se déclarent fières d’être wallonnes.

Précisons que cette « fierté wallonne » ne se développe pas au détriment du sentiment d’appartenance à la Belgique. L’identité « européenne » par contre croît lentement et reste minoritaire.

Enfin, autre statistique : le Wallon se sentirait plus proche du Français (45,2%) que du Flamand (33,9%). Il y aurait donc, selon le rapport de l’IWEPS, « une prédominance de la dimension linguistique et culturelle sur la dimension d’appartenance commune à la nation belge ».

 identité wallonne 3

Des tendances à méditer, et à mettre en parallèle avec l’évolution institutionnelle du pays…

Pour réaliser ce « baromètre social de la Wallonie », l’IWEPS a interrogé plus de 1200 citoyens wallons entre 2012 et 2013, en collaboration avec des équipes universitaires (ULg, UCL, ULB) et l’Institut de sondage TNS Dimarso. Marge d’erreur: 2,76%.

Rudy Hermans

Bruxelles, une ville francophone

La Libre Belgique de ce jour attire l’attention sur un manifeste publié par la Ligue francophone et wallonne de Bruxelles, rappelant que « les associations culturelles communauté française W-Bwallonnes de la capitale… ont permis la création du FDF dont on célébrera d’ici peu le demi-siècle d’existence ».

Voici la fin de l’article signé Christian Laporte :

« A l’occasion de la fête de la Communauté française, la Ligue appelle à la remobilisation générale par la voie d’un manifeste qui repose sur trois réalités que ses promoteurs estiment « onbespreekbaar »…

« D’abord que « Bruxelles est une ville francophone à plus de 90 % dont les habitants, quelles que soient les origines, s’instruisent, travaillent et communiquent pour l’essentiel en français ». Une analyse guère partagée par les animateurs du mouvement citoyen bruxellois. Ensuite aux yeux des promoteurs du Manifeste, « Bruxelles est une Région à part entière et doit le rester quelle que soit la constellation institutionnelle future ». Enfin, « Bruxelles est la ville qui compte le plus grand nombre de Wallons d’origine et tout impose de maintenir une solidarité étroite entre Bruxelles et la Wallonie qui traduit la convergence de leurs intérêts et de leur communauté de destin ». La conclusion ? L’avenir de Bruxelles est dans une union étroite avec la Wallonie, « dans la Belgique si c’est encore possible, hors d’elle s’il le faut sous la forme d’une Fédération largement régionalisée pour respecter la personnalité de ses composantes ». Une Fédération « qui pourra continuer à développer et à approfondir ses liens naturels avec la France »… »

Pour lire et peut-être signer ce manifeste, cliquer ici.

Le péché originel

L’impopularité est une malédiction pour un homme politique. Elle finit par se nourrir d’elle-même. Il y a une alchimie de sentiments, d’humeurs, de représentations qui, parfois, ne rendent pas justice à l’action politique. On n’est pas forcément responsable des sentiments qu’on inspire. Evidemment, la politique ne se réduit pas à un échange d’arguments rationnels. Mais si les Français ne sont pas satisfaits de leur président de la République, il y a quand même aussi des raisons objectives… A chacun de s’en faire une idée. Une telle crise de confiance ne fragilise pas seulement l’homme qui dirige la France, impopularitémais la France elle-même. Celle-ci a beau s’engager sur les terrains les plus minés d’Afrique et du Moyen-Orient, son influence en Europe est au plus bas.

Selon Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble, c’est précisément dans ses rapports avec ses partenaires européens que François Hollande aurait manqué de force et de conviction quand, fraîchement élu, il avait les cartes en main pour gagner la partie. Ce qui était en jeu, ce n’était pas seulement l’avenir de son quinquennat mais aussi celui de la France et de l’Union européenne. (G.R.)

Voici un extrait de son interview sur le site d’information Atlantico.

Quelles sont les grandes étapes de la perte d’influence française au sein de l’Union européenne depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République ?

Christophe Bouillaud : L’étape fondamentale et fondatrice, c’est le premier sommet européen auquel F. Hollande a participé en 2012. Il incarnait alors la légitimité du suffrage universel français – ce qui n’est pas rien dans l’Europe des 28 où nous sommes le seul pays ayant un régime semi-présidentiel -, il avait soulevé beaucoup d’espoir dans son électorat, et ailleurs en Europe, de revenir sur l’austérité.

Selon les propos de Cécile Duflot dans son livre, les Verts allemands eux-mêmes auraient espéré quelque chose de la part de F. Hollande. Et là, il plie, il accepte un compromis, il signe sans y changer une virgule un traité dénoncé auparavant dans son propre camp politique comme le « Merkozy ». Il n’ose pas entrer en conflit ouvert avec l’Allemagne, et de lui poser le dilemme suivant : ou l’Union européenne change de politique économique, ou l’Euro n’est plus. Mon pari, c’est qu’il aurait sans doute gagné à ce moment-là, parce que tout montre que les élites politiques et économiques allemandes ne voulaient pas perdre l’Euro, que personne parmi les grands groupes économiques européens ne veut perdre l’Euro. Cela aurait supposé une bonne engueulade avec l’Allemagne « conservatrice » d’A. Merkel, mais il aurait sans doute gagné. Il a aussi complètement sous-estimé que ce conflit entre A. Merkel et ses soutiens et lui-même et ses soutiens aurait été un vrai conflit droite /gauche transeuropéen sur la politique économique à mener pour sortir de la crise économique, et pas un conflit entre nations ! Il n’a pas compris qu’il pouvait jouer la politisation de la politique européenne sans risquer d’apparaître comme un nationaliste français borné – puisqu’il est un socialiste, donc par définition même internationaliste.

Depuis, la position de F. Hollande s’est bien sûr affaiblie dans la mesure même où la politique d’austérité qu’il suit ne donne aucun résultat économique positif aux yeux des Français, et que sa popularité s’est écroulé en conséquence. Il ne peut du coup plus jouer du tout la carte de la crise dans une telle position de faiblesse intérieure. Tout le reste ne sont ensuite que des détails. Il ne lui reste plus qu’à espérer être sauvé par la politique de la BCE ou par une reprise européenne spontanée.

Jean-Pierre Chevènement s’exprime sur le projet de réforme territoriale

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Congrès de l’Assemblée des maires ruraux, Pérouges, samedi 14 juin 2014.

ChevènementJe veux d’abord remercier l’Association des maires ruraux, son Président, M. Vanik Berberian, et son Vice-Président, mon ami Pierre-Yves Collombat, de leur invitation à laquelle, comme sénateur mais aussi comme ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, je suis particulièrement sensible. Je salue également les parlementaires de l’Ain et notamment mon ami, le sénateur Jacques Berthoud. Je sais la somme de dévouement que représente, avec des moyens souvent limités, l’administration d’une commune rurale. Mais la France ne serait pas le beau pays qu’elle est sans ses villages et leurs clochers et sans ce maillage de solidarités et de proximité que comme maires ruraux vous incarnez. Avec le souci des services publics et des valeurs de solidarité qui fondent votre action, vous êtes bien souvent le meilleur rempart, voire le dernier rempart, de la cohésion sociale. Je ne me suis pas exprimé jusqu’à présent sur le projet de réforme territoriale : c’est que je voulais vous donner la primeur de mes analyses, qu’elles concernent le milieu rural ou plus généralement l’organisation territoriale de la République. C’est un sujet auquel, en tant qu’élu local pendant plus de trente ans et ancien ministre de l’Intérieur, j’ai naturellement beaucoup réfléchi.

I – La réforme territoriale est une affaire trop sérieuse pour pouvoir être abordée sans une vue d’ensemble qui tienne compte de plusieurs facteurs essentiels :

1. L’Histoire d’abord. L’organisation du territoire n’est pas la même selon les pays. L’Espagne a ses « généralités », à la forte personnalité, l’Allemagne ses Länder, issus de la Kleinstaaterei (organisation en petits Etats, avant 1871). La France et l’Angleterre sont des nations unitaires. L’Italie a repris l’organisation territoriale française mais l’héritage de ses Républiques et de ses Royaumes et Principautés reste bien présent.

2. La démocratie ensuite. En France, elle s’enracine dans le tissu très dense des communes, issues des anciennes paroisses que la Révolution a dotées d’un conseil municipal et d’un maire élu. Il a fallu attendre 1884 pour que l’élection des maires devienne définitivement la règle. La commune est la cellule de base de la démocratie « Une petite République dans la grande », selon l’expression reprise par le président de la République. C’est de la Révolution que date aussi la création des départements que la IIIe République naissante pourvoira de conseils généraux élus. C’est sur ces bataillons d’élus représentatifs des « couches nouvelles » que Gambetta et les fondateurs de la IIIe République ont appuyé leur combat politique, le combat républicain, le suffrage universel contre les privilèges. Ces élus locaux constituent encore aujourd’hui le vivier de la démocratie républicaine, même si une conception excessivement rigide du non-cumul des mandats vise à briser le lien entre ce tissu vivant d’élus locaux et les assemblées parlementaires au sein desquelles sont choisis les ministres. L’extension du scrutin à la proportionnelle privilégie les partis et le recrutement de « jeunes structures », selon une expression que j’ai forgée jadis, au risque de développer ainsi une démocratie de jeunes apparatchiks inconnus des électeurs remplaçant progressivement les élus de terrain. Communes, départements, nation sont en France les trois échelons « identitaires ». On ne peut y porter atteinte sans briser les repères qui permettent à chacun de se définir politiquement. Il en va différemment des régions dont certaines ont une identité forte (Alsace, Bretagne, Corse) et d’autres pas du tout (Centre, Pays de Loire, Champagne-Ardennes). Quand il y a une identité forte, il faut souvent en chercher l’origine dans les provinces d’Ancien Régime (Berry, Anjou). Les régions fortes d’ailleurs renvoient souvent à l’Ancien Régime. En dehors du sentiment d’appartenance, fondateur du civisme, la démocratie tient au besoin de proximité qui doit, bien sûr, être concilié avec l’efficacité. En la matière, il n’y a pas de règles. Il y a des équilibres à trouver. La France est, par sa superficie, le plus grand pays de l’Union européenne. Ainsi s’explique le grand nombre de communes qui n’a d’équivalent, par rapport à la population, qu’en République Tchèque. C’est l’objet de l’intercommunalité, qui met en commun compétences et ressources stratégiques, de remédier aux inconvénients réels de l’émiettement communal, mais sans atrophier pour autant ces cellules de base de la démocratie que sont les communes. Les intercommunalités fonctionnent bien comme « coopératives de communes ». Il est inutile d’en durcir les règles pour en faire une quatrième catégorie de collectivités, sauf à prendre le risque d’un dépérissement de l’échelon communal qui serait gravissime pour l’avenir de la démocratie dans notre pays. La critique du « mille feuilles » ne tient pas compte d’un fait pourtant essentiel : dans tous les pays d’Europe, il y a au moins trois niveaux d’administration : partout la commune ; ensuite le département (provinces en Italie et en Espagne, Bezirke et Kreise  en Allemagne) ; régions enfin, dont la consistance est variable selon les pays (les 22 régions françaises se rapprochent des vingt-huit « counties » (comtés) d’Angleterre et des vingt régions italiennes. Les 16 Länder allemands et les 17 communautés autonomes espagnoles ont une consistance historique identitaire et pratique plus forte. Chaque pays a son histoire qu’on ne peut violenter sans porter atteinte à l’exercice même de la démocratie. Celle-ci va partout de pair avec le sentiment d’appartenance. Car, et c’est le point essentiel, seul le sentiment d’appartenance peut faire accepter aux minorités la loi de la majorité.

3. La rigueur et le souci des économies de gestion est un troisième facteur essentiel de toute réforme. C’est celui qui a été mis en avant pour proposer la fusion des régions, la suppression des conseils départementaux et la fin de la « clause de compétence générale » pour les départements. Ceux qui ne s’en étaient pas avisés d’emblée se sont vite rendu compte qu’il n’y avait aucune économie à attendre ni des fusions de régions ni du transfert à d’autres niveaux des compétences départementales (routes non nationales, équipement et entretien des collèges, politique sociale). Le souci d’une gestion plus efficace n’en est pas moins pertinent. La réduction à 60 départements me paraît à cet égard une piste plus prometteuse à explorer. Je laisse volontairement de côté les considérations politiciennes: elles ne doivent pas intervenir dans une approche rationnelle des questions posées par la réforme territoriale.

II – Les grands axes d’une réforme raisonnable.

1. Il est certain que l’urbanisation de la France commande des adaptations non du modèle républicain mais de sa déclinaison pratique. Cette urbanisation pose simultanément le problème des espaces ruraux très vastes dont la France dispose. S’agissant des communes, les adaptations au phénomène de l’urbanisation ont été réalisées en grande partie par la loi de juillet 1999 sur l’intercommunalité. La création des métropoles en 2011-2013 répond également à ce souci.

a) Plus de 2500 EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) maillent désormais le territoire dont 14 communautés urbaines et plus de 170 communautés d’agglomération. On peut dire aujourd’hui que toutes les aires urbaines ont les moyens juridiques et pratiques de développer une intercommunalité de projets. Encore ne faut-il pas rogner les ailes des communes et des EPCI, ce qu’on appelle le « bloc communal ». On a critiqué très injustement la forte progression des dépenses liées à l’intercommunalité : Cette dernière avait justement pour objet de permettre à des communes trop pauvres d’exercer des compétences stratégiques qui, jusque là, étaient demeurées en déshérence (développement économique, habitat, assainissement, etc.). Cet objectif a commencé d’être rempli.

b) L’intercommunalité permet aussi une organisation rationnelle des territoires ruraux : elle autorise l’accès à des services considérés aujourd’hui comme indispensables. C’est un progrès incontestable, à condition de respecter l’esprit initial, celui de la loi de juillet 1999. Les métropoles, le développement des intercommunalités urbaines et maintenant le renforcement des compétences des régions en matière de développement économique, de tourisme, de formation, d’emploi, de transports, renforcement qui va concentrer dans les villes chefs-lieux de région, les compétences, du fait de la suppression de la clause de compétence générale des départements, tout cela va inévitablement creuser la fracture entre les métropoles et les chefs-lieux de région d’une part, les villes moyennes et petites et les espaces ruraux d’autre part. L’intercommunalité n’est qu’une réponse partielle à ce risque de fracture. En effet, et tout d’abord, les règles de l’intercommunalité ne doivent-elles pas être excessivement resserrées. Je ne pense pas que le cadenassage des listes et le fléchage des élus communautaires soient de véritables progrès : ces petites réformes à bas bruit nuisent à la souplesse d’organisation qui doit rester la marque des intercommunalités si on ne veut pas en faire un échelon de substitution à la commune. Cette dernière doit rester le lieu de participation et de démocratie qu’elle a toujours été dans notre pays : c’est à juste titre qu’a été relevée l’étroite corrélation entre la taille des communes et la participation des citoyens aux élections et à la vie communale. Aussi faut-il éviter que le nombre des communes regroupées dans un EPCI dépasse un certain seuil : au-delà d’une trentaine de communes, la participation réelle des maires et des conseillers communautaires devient problématique. A cet égard, le relèvement systématique du seuil de la population de 5000 à 20000 habitants ne me paraît pas opportun. Même dans des régions très urbanisées comme la mienne, on ne peut faire vivre une intercommunalité à cinquante communes. Ca n’a pas de sens. Ou alors il faut le dire : l’intercommunalité a pour but de remplacer à terme la commune. Mais ce serait se priver et priver le pays, déjà en grand désarroi, d’un réseau de 500 000 quasi bénévoles et ce ne serait pas bon pour la cohésion sociale. On ne peut pas donner une légitimité démocratique à l’intercommunalité sans la retirer à la commune. Je sais bien qu’au Royaume-Uni, le nombre de communes est très faible, trop faible. En Allemagne et en Italie, il y en a quatre fois moins qu’en France par rapport à la population. Est-ce meilleur du point de vue de la démocratie ? Je ne le crois pas. Chaque pays a sa tradition. L’existence de 36 600 communes en France est une caractéristique originale qui répond à l’étendue du pays et à la diversité des terroirs. C’est une source de richesse pour la démocratie. L’intercommunalité bien pensée permet de préserver cette caractéristique. Encore faut-il ne pas accabler les intercommunalités par l’octroi de compétences aujourd’hui départementales. Ce n’est pas pour cela qu’elles ont été conçues et je ne vois pas l’intérêt, même dans le Territoire de Belfort, de faire gérer l’aide sociale, le RSA, l’APA par la Communauté d’agglomération de Belfort qui regroupe trente communes, plutôt que par le département qui en compte cent deux. Le projet de loi portant organisation territoriale de la République qui vient d’être adopté par le Conseil des ministres, donne aux préfets la possibilité de créer, modifier le périmètre ou fusionner des EPCI, même si les deux tiers des membres de la CDCI s’y opposent ! Cette disposition-là n’est pas acceptable. Il faut revenir à la règle des deux tiers. En réalité, c’est toute la philosophie de l’intercommunalité qui est en jeu : soit on veut faire, comme je l’ai souhaité des « coopératives de communes », soit on veut substituer, à terme, un nouvel échelon de responsabilité à la commune. Je répète enfin que l’intercommunalité n’a pas vocation à recevoir des compétences départementales : elle n’a pas été faite pour cela, je le rappelle, mais pour remédier à l’émiettement communal.

c) Une deuxième réforme a été adoptée pour répondre à la croissance de l’urbanisation : celle visant à la création de « métropoles » de « taille européenne », à l’imitation de Milan, Munich, Hambourg, Barcelone, etc. Bon nombre des communautés urbaines et quelques communautés d’agglomération (Rouen, Montpellier) peuvent devenir des « métropoles » : si on s’en réfère au modèle de Lyon, elles absorbent alors dans leur ressort les compétences départementales et même l’essentiel des attributions communales. C’est un choix qui rompt avec le principe de l’unité des territoires. La France avait jusqu’à présent une ville-monde (Paris concurrençant Londres en Europe) et des capitales régionales. A l’inverse des pays comme l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne avaient vu fleurir des « métropoles » (Milan, Munich, Hambourg, Barcelone) qui faisaient concurrence à leurs capitales. Celles-ci ne comptent pas – ou pas encore – au rang des « villes-monde » même si Berlin peut y prétendre à l’avenir. Les grandes villes de province en France veulent aujourd’hui devenir des « métropoles européennes ». Quelques-unes seulement y parviendront : Lyon, Marseille-Aix (ce n’est pas fait), Strasbourg excipant de son statut de « capitale européenne », peut-être Lille et Toulouse. Cela fait cinq et c’est déjà beaucoup. Il ne faudrait pas que Paris, ville-monde, fasse les frais de cette opération. La France y perdrait beaucoup plus qu’elle n’y gagnerait. Bien sûr, on peut essayer de jouer les deux cartes à la fois, à condition de savoir trouver le juste équilibre. Mais la France ne peut se résumer aux métropoles et aux capitales de région. La France c’est peut-être d’abord la richesse de ses espaces ruraux.

2. La suppression des conseils départementaux n’aboutirait pas, au stade actuel du projet de loi, à la disparition des départements. Mais où serait le progrès pour la démocratie et donc pour nos communes ? Depuis quand la suppression des élus fait-elle progresser cette dernière ? La suppression des conseils départementaux irait au rebours de la décentralisation, voulue il y a trente ans par François Mitterrand, Pierre Mauroy et Gaston Defferre. Les routes nationales et les collèges iraient, selon le projet de loi, aux régions, fort lointaines, surtout si elles sont regroupées. Les grandes régions seraient accablées par le nombre des virages à redresser et des rénovations de collège à entreprendre. Il faut garder la proximité. Beaucoup plus raisonnable serait la réduction et éventuellement le redécoupage des départements : pas forcément en Corse où la géographie montagneuse de l’île crée deux versants entre Ajaccio et la côte occidentale et Bastia sur la côte orientale. Mais une France à soixante départements ferait faire plus d’économies qu’une réduction à quatorze du nombre des régions dont le budget reste modeste. Sans doute faut-il étudier la possibilité d’élire les conseillers départementaux au niveau des intercommunalités : ainsi serait respecté le lien entre les élus et les territoires, beaucoup moins qu’avec le nouveau mode de scrutin baroque à deux candidats, l’un homme et l’autre femme. Le souci de l’unité nationale ne semble pas obséder les initiateurs de la réforme territoriale. C’est oublier qu’en Corse, notamment, l’attachement au département, manifesté par référendum, en 2003, a valu rejet du statut de TOM qui était offert à nos concitoyens corses. Une France à soixante départements serait plus rationnelle, mais cela demande des études et des concertations qui prendront inévitablement du temps. Là serait cependant une vraie source d’économies. Là où seraient créées des métropoles, ainsi Strasbourg, le département s’effacerait. La fusion du Haut Rhin et de ce qui resterait du Bas Rhin aurait alors un sens. L’Etat devrait d’ailleurs rester présent dans chaque métropole. Un Préfet y serait nommé comme dans chaque département. Le redécoupage des départements en vue d’en limiter le nombre me paraît devoir venir avant celui des régions.

3. La fusion des régions me paraît en effet très problématique. On ne va pas faire des Länder à l’allemande : ceux-ci ont des compétences de gestion qui appartiennent en France à l’Etat (enseignement, police, etc.) : on ne va pas créer douze corps enseignants. Ce ne serait pas un progrès. Le ministre de l’Education de Mme Thatcher, M. Keith Joseph me confiait jadis combien il souffrait du recrutement local des enseignants en Grande-Bretagne et combien il enviait nos concours nationaux de CAPES et d’agrégation. La fusion des régions ne s’impose nullement pour un grand pays comme le nôtre. Chez nos principaux voisins, les régions sont ainsi nombreuses, voire plus que chez nous (28 comtés en Angleterre pour une superficie moitié moindre). Même en Allemagne certains Länder sont très petits (Sarre) ou évoquent plus des métropoles que des régions (Berlin, Hambourg, Brême). La règle doit être le pragmatisme. Certaines fusions comme celles de la Bourgogne et de la Franche-Comté, revenant sur près de mille ans d’une Histoire qui a fait de la Saône une frontière, mettront Sens et Belfort à 450 km l’une de l’autre. Bonjour la proximité ! En réduisant à quatorze le nombre des régions, ne recréerait-on pas les grands féodaux contre lesquels la France s’est historiquement construite ? Que deviendra l’Etat républicain dans tout cela ? Et sa fonction historique de péréquation et d’équilibre ? Quels pouvoirs auront ces régions ? Le développement économique d’abord. Je mets en garde contre la suppression de la clause de compétence générale dans ce domaine, car les besoins des entreprises s’apprécient correctement sur le terrain. Si la Communauté d’Agglomération de Belfort et le département du Territoire de Belfort n’avaient pas uni leurs efforts pour réaménager le site jadis occupé par Bull et Alstom (opération Techn’hom), on n’y aurait pas préservé l’emploi (environ 7000) et retenu de grandes entreprises comme General Electric, Alstom et bien d’autres. Ce n’est pas la Région, à Besançon, qui aurait eu l’idée d’un tel projet … Méfions-nous du systématisme. Qu’il y ait quelques redécoupages à opérer peut-être, mais les justifications avancées pour créer de grandes régions (recherche d’investissements étrangers, soutien des entreprises à l’exportation par exemple) me paraissent surtout des alibis visant à couvrir la retraite de l’Etat, là où son rôle reste essentiel. Ne laissons pas les grandes firmes multinationales mettre en concurrence quatorze territoires. Inversement, ce pourrait être un progrès pour la démocratie si les régions procédaient des départements comme ceux-ci pourraient procéder des intercommunalités. La démocratie est à repenser à partir de la base. Les conseils départementaux désigneraient leurs représentants aux conseils régionaux. Chacun sait que les conseillers régionaux désignés à la proportionnelle sont très peu connus de la population. Là encore, la concertation et le débat doivent être la règle. Ce serait un comble, du point de vue de la décentralisation – réforme dont se targue à bon droit la gauche – de procéder par voie législative ! L’accord des conseils régionaux serait le minimum et l’approbation des populations par des référendums locaux une exigence normale. N’ayons pas peur de la démocratie. Le terrain de la réforme territoriale devrait être déminé par des assises de la réforme territoriale. Des sondages trompeurs ne reflétant que l’écho dans l’opinion de la démagogie anti-élus, entretenue par quelques cercles technocratiques et relayée par la plupart des médias, ne doivent pas faire perdre de vue le cap du bon sens, qui est aussi celui de l’intérêt général. Le modèle de l’Etat républicain n’a pas à être sacrifié sur l’autel de l’Europe : celle-ci doit se faire en effet dans le prolongement des nations et non pas par substitution. Merci, Mesdames et Messieurs les maires, de m’avoir fait l’honneur de m’écouter. Mais je tenais à vous réserver la primeur de mes observations sur un sujet – la réforme territoriale – qui me tient particulièrement à cœur parce qu’il touche à la République elle-même. Celle-ci ne doit pas substituer au couple commune et département, un nouveau couple région-intercommunalité censé favoriser l’avènement d’une « Europe des Régions ». La République et la France auraient tout à y perdre ! L’Europe se fera dans le prolongement des nations, et avec la France, telle que nous l’aimons, riche de ses communes et de sa démocratie.

En France, la régionalisation est en marche

Bienvenue en République fédérale de France, titre le magazine Marianne. On n’en est pas encore là mais la France en prend le chemin. Du moins certains n’y sont-ils pas opposés, France régionaliséetandis que d’autres craignent que le projet de décentralisation conduise à terme à une Europe des régions.

En réalité, l’Etat français n’est pas près de disparaître. Ses missions sont ainsi rappelées dans le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale : « Agir pour les générations futures en opérant des choix stratégiques pour développer les atouts exceptionnels du pays, définir la règle commune dans le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité qui garantissent la cohésion nationale par-delà nos différences, contrôler l’application des lois, protéger les citoyens en exerçant l’ensemble des missions régaliennes et veiller à la cohésion sociale comme territoriale pour que nul ne reste en marge du destin national : telles sont les principales missions assurées par l’Etat. »

L’objectif déclaré de la réforme entreprise en France est néanmoins de renforcer les régions, tant par leur taille que par l’étendue de leurs compétences, de manière à ce qu’elles soient en mesure de « rivaliser avec les collectivités comparables en Europe » et d’« engager des coopérations interrégionales en Europe ». Quoi qu’il en soit, le jacobinisme français n’est vraiment plus ce qu’il était. Gageons que cela facilitera le glissement de la Wallonie vers un espace français solidaire et aussi peu monolithique que possible. (Et si le mot « glissement » ne rend pas hommage au volontarisme wallon, parlons de « repositionnement stratégique » de la Wallonie, ou de « partenariat stratégique », ou… d’alliance naturelle et de communauté de destin.)

Nous avons déjà évoqué la volonté de l’exécutif français de ramener le nombre des régions métropolitaines à 14, pour 22 actuellement, selon un découpage qu’il ne nous appartient pas de juger. Le changement sera effectif à compter du 1er janvier 2016. Ce qu’il faut aussi voir, c’est comment le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale donne aux régions françaises les moyens d’augmenter leur pouvoir d’action. Cet aspect de la réforme est ainsi résumé sur le site du journal Le Monde :

Le projet… « renforce les compétences et les responsabilités des régions… Les régions disposeront du pouvoir réglementaire dans le cadre des compétences qui leur sont dévolues, c’est-à-dire qu’elles pourront modifier ou adapter des dispositions législatives ou réglementaires concernant leurs compétences.

« La région détient de plein droit la responsabilité du développement économique régional. Dans l’année qui suit le renouvellement du conseil régional, elle établit un schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation qui a valeur prescriptive. Elle détient la compétence exclusive pour les aides aux entreprises.

« La région est désignée en qualité de chef de file chargé d’organiser l’action commune des collectivités territoriales en matière de tourisme. Elle élabore un schéma régional de développement touristique. La possibilité est offerte à plusieurs régions ou plusieurs départements de constituer un comité du tourisme commun.

« La région est chargée de l’aménagement et du développement durable du territoire à travers un schéma régional doté d’effets prescriptifs à l’égard des documents d’urbanisme.

« Son rôle est renforcé en matière de transports. Elle se voit ainsi transférer l’organisation et le fonctionnement des transports scolaires, jusqu’à présent attribués au département. Elle se voit aussi confier la gestion de la voierie relevant des départements. Les collectivités territoriales pourront récupérer la compétence sur des aérodromes historiquement utilisés pour les besoins militaires qui ont perdu ou vont perdre cette activité. Cela concerne notamment les aérodromes de Dijon, Montpellier, Nîmes ou Strasbourg.

« Les collèges sont transférés des départements aux régions. »

G.R.

Trois infos, de nombreuses questions

A Eupen, la coalition sortante est reconduite. Première force politique en Communauté germanophone, le CSP (CDH) est maintenu dans l’opposition, au grand dépit de Benoît Lutgen qui dénonce un projet ultra-régionaliste autour du parti autonomiste ProDG dont le leader, Oliver Paasch, remplacera Karl-Heinz Lambertz à la ministre-présidence. Une réforme en vue pour sortir la Communauté germanophone de la Wallonie ?

fédéralisme belgeCe que veulent les germanophones, officiellement, c’est une Belgique fédérale à quatre régions, un modèle impliquant la disparition des communautés et, par ricochet, le départ des autorités flamandes de Bruxelles. Envisageable ? Un bon moyen de stabiliser la Belgique ? La dernière étape avant l’éclatement ?

Autre info du jour, le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, dans la Libre, rejette l’idée de former des majorités symétriques à tous les niveaux de pouvoir :

« L’existence d’entités fédérées vise précisément à permettre l’existence de majorités différenciées qui se constituent non pas en fonction d’intérêts transversaux des partis politiques, mais en fonction uniquement de l’intérêt de l’entité concernée.

« La tentation symétrique est donc perverse. D’une part, il ne servait à rien de réaliser six réformes de l’Etat et de fédéraliser le pays pour permettre aux mêmes partis – qui sont de surcroît fortement hiérarchisés – d’exercer à tous les niveaux des responsabilités gouvernementales. (…)

« Cette volonté de symétrie apparaît comme la manifestation d’une peur du monde politique par rapport à un fédéralisme enfin accompli. Cette peur, il est essentiel de la juguler et de libérer chaque niveau de pouvoir de l’influence des autres. »

Ce point de vue est-il aussi celui de Laurette Uyttendaele-Onkelinx et du Parti socialiste ? Celui-ci envisagerait-il de former des gouvernements progressistes aux niveaux régional et communautaire en se détournant du fédéral où il lui faudrait accepter des mesures antisociales ? Avec l’émergence du PTB, le PS peut-il se contenter de répéter que « sans nous ce serait pire » ? Un gouvernement fédéral dominé par la N-VA, cela changerait-il la perception de la Belgique en Wallonie ?

Dernière info du jour : « Le FDF a plus de points de convergence avec le PS qu’avec le MR. » Peut-on imaginer que le PS, conforté par ces propos de Didier Gosuin, renonce à la ministre-présidence de la Région bruxelloise ? Incontournable au fédéral, le MR sera-t-il invité à monter dans les gouvernements régionaux ? Le PS aux régions, le MR au fédéral : pas d’alliance entre eux ? Retour à un vrai clivage gauche-droite ? Prolongation du match Paul Magnette/Bart De Wever ?

G.R.

José Happart le confédéraliste

Envoi N° 264 du 23/05/2014

PENSEZ-VOUS QUE LA N-VA FERA LE CARTON ANNONCÉ ?

José Happart«Le décès de Jean-Luc Dehaene va lui coûter 5 pourcents. D’autant que les autres exploitent bien la situation, avec un enterrement avec faste vendredi. La N-VA sera tout de même loin devant, mais le CD&V va réduire l’écart. Ceci dit, c’est bizarre que tout le monde en parle et fasse sa pub. Moi, quand je suis contre quelqu’un, je n’en parle pas.»

FAUT-IL CRAINDRE SON SUCCÈS, SELON VOUS?

«C’est Jean-Luc Dehaene et son parti qui ont le plus creusé le fossé avec la Wallonie. Ils l’ont bien mis profond aux Wallons, comme on dit. Le CD&V est tout aussi flamingant que la N-VA. Ce n’est pas un problème pour moi, qui suis wallingant. Mais il faut arrêter de dire que la N-VA ne serait pas un parti démocratique. Ou alors il faut avoir les attributs masculins nécessaires avant les élections et les faire interdire de présenter des listes!»

PEUT-ON S’ALLIER AVEC LA N-VA APRÈS LE 25 MAI ?

«Je suis un profond démocrate. Si c’est le premier parti de Flandre, il faudra écouter la voix des Flamands et accepter de discuter avec elle. Qui serions-nous pour juger la façon dont l’électeur flamand s’est exprimé ? Et accepterions-nous que le PS soit le premier parti wallon et ne soit pas associé aux discussions ? Non, hein ?…»

UN ACCORD EST-IL POSSIBLE AVEC LES NATIONALISTES?

«Je crois que oui, si le programme final négocié est correct. De toute façon, après les élections, tout le monde écrème son programme et se rabat vers le centre… Et je suis persuadé que le confédéralisme est la seule façon de sauver la Belgique…»

IL FAUT ENTRER DANS CETTE DEMANDE DE LA N-VA ?

«Si c’est un confédéralisme à trois, oui bien sûr. Le seul casus belli avec eux, c’est le statut de Bruxelles. Mais en attendant l’Europe des régions, faire la Belgique des régions ce serait une belle avancée.»

LES PARTIS FRANCOPHONES MANIFESTENT LEUR REFUS DE NÉGOCIER AVEC ELLE…

«Oui, et cela me pose question en tant que démocrate. Les Flamands sont la première communauté de Belgique. Et quoi ? On leur dit: on s’en fout de votre avis, c’est nous qui décidons ? Bien sûr qu’il y en a qui négocieront avec elle après les élections! C’est évident!

Vous savez, dimanche soir, la campagne sera finie. J’ai entendu aussi les coups de gueule entre PS et MR avant la formation de ce gouvernement-ci, hein… En politique, il faut s’attendre à tout…»

BART DE WEVER FERAIT-IL UN PREMIER MINISTRE ACCEPTABLE?

«S’il fait des concessions suffisantes pour avoir une majorité parlementaire, il pourra être Premier ministre, oui. J’ai déjà entendu la même polémique quand il briguait le mayorat d’Anvers, et il l’a décroché. La démocratie, c’est d’avoir une majorité derrière soi, point. J’ai assez souffert de la négation de ça à Fourons…»

QUELLE EST, CÔTÉ FRANCOPHONE, LA MAJORITÉ LA PLUS SOUHAITABLE À VOS YEUX ?

«Sur le plan économique, PS-MR. Ce serait la plus forte. Et quand il y a trop de partis, ce n’est pas bon, on doit faire tellement de compromis que plus aucun programme électoral n’est respecté.»

QUEL PARTI FLAMAND A LE MOINS VOTRE CONFIANCE ?

«Le CD&V! Il a toujours travaillé pour la Flandre, au détriment de la Wallonie! Et il a toujours été le plus prompt à vous planter un couteau dans le dos!»

IN SUDINFO ce 22/05/2014

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec les propos de José Happart. La démocratie ne se trafique pas. Et personne ne peut accuser la NV-A de ne pas être un parti démocratique.

« Vivre en Wallonie » ASBL

Cet article peut être repris dans son intégralité ou en partie, à condition d’en citer la source. Votre avis, vos critiques, vos commentaires nous intéressent. Vous pouvez nous adresser ceux-ci à : vivwal@outlook.be

 

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde