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Des visionnaires et des autres

Par Jules Gheude

Feu Lucien Outers a compté beaucoup dans l’existence du FDF. Admirateur de Racine, du cardinal de Retz et de Chateaubriand, il mettait un point d’honneur à s’exprimer dans un français élégant, souvent précieux. Nul doute qu’il a exercé une forte influence sur Olivier Maingain.

Mais ce dernier tient à la Belgique, alors que son modèle, dans « Le Divorce belge », publié en 1968, tenait un tout autre discours : Ma colère, je la réserve à ceux qui, par aveuglement ou par intérêt, veulent nier ce qui fait l’originalité de nos deux peuples, leurs richesses propres et leurs virtualités profondes, dans un amalgame interne qu’ils appellent la patrie.

Wallon d’origine (il était né à Barchon), Lucien Outers avait le cœur tourné vers la France. Ce n’est pas pour rien qu’il se retrouva en 1985 à Paris, en qualité de Délégué général de la Communauté française de Belgique.

Qui se souvient encore de cette « Lettre ouverte » qu’il adressa au Roi Baudouin et dans laquelle il explique que si, entre les composantes belges, il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

François Perin avait tenu un discours identique dans son essai « La Belgique au défi », publié en… 1962 :

Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Comme Lucien Outers, François Perin envisageait, à terme, une Wallonie devenue graduellement une région de France et soulignait la vocation internationale de Bruxelles.

Olivier Maingain est loin de tout cela. Pour lui, il s’agit de maintenir la structure fédérale de l’Etat, une structure dont le Parlement flamand s’est distancié dès 1999, en adoptant les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, défendues principalement à l’époque par le parti démocrate-chrétien.

Aujourd’hui, la N-VA est devenue la première force politique du pays et son président, Bart De Wever, entend bien mettre ce projet confédéral sur la table des négociations au lendemain des prochaines élections législatives.

Dans sa « Lettre ouverte au Roi », Lucien Outers évoquait la nécessité de pouvoir discuter. Mais Olivier Maingain ne veut pas entendre parler de la N-VA, ni de ce confédéralisme qui reviendrait à placer Bruxelles sous la tutelle de la Flandre et de la Wallonie.

La Flandre, comme on le sait, a toujours été réticente au concept de « Bruxelles, région à part entière » et elle n’a pas abandonné l’espoir de la voir tomber à terme dans son escarcelle.

Nous achèterons Bruxelles ! avait lâché un jour le ministre-président flamand CVP Gaston Geens. Pour y parvenir, Bart De Wever, propose que chaque habitant de Bruxelles choisisse librement, indépendamment de sa langue ou de son origine, entre la Flandre et la Wallonie pour ce qui concerne les matières dites communautaires : l’impôt des personnes, le système de sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, l’immigration et l’intégration.

Mais la menace n’existe pas que pour Bruxelles.  Comme vient de le rappeler Olivier Chastel, le président du MR : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Privée des quelque 7 milliards d’euros que la Flandre lui transfère chaque année, la Wallonie ne manquerait pas d’être confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer douloureusement la ceinture. Cela déboucherait sur un climat quasi révolutionnaire, avertit Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Pourtant, Olivier Chastel souhaite la reconduction de la coalition suédoise. Cela suppose donc qu’il est disposé à négocier avec la N-VA la mise sur pied de ce système confédéral.

Le président du PS, Elio Di Rupo, appelle de ses vœux la formation d’une coalition avec Ecolo et Défi. Exit le PTB qui, à ses yeux, n’est pas prêt à prendre ses responsabilités. Mais il reste prudent, en ajoutant : Cela dépendra du choix des citoyens.

Si l’on se base sur les résultats du dernier Baromètre politique, une coalition PS-PTB-Ecolo serait créditée de 49,4%, contre 42,5% pour une coalition PS-Ecolo-DéFi. La différence est sensible !

En portant son choix sur DéFi, Elio Di Rupo inscrit donc ce parti dans la mouvance de gauche, dite progressiste. Olivier Maingain préfère, quant à lui, parler de libéralisme social.

Olivier Maingain ne s’est pas privé de dénoncer les affaires qui ont secoué le monde politique ces derniers temps, et qui ont principalement touché le PS. Il n’ignore pas non plus que la situation difficile de la Wallonie est due en grande partie à la mainmise socialiste. De 1985 à 2017, la ministre-présidence de la Région a en effet été confiée, de façon quasi ininterrompue, au PS.

Voilà les divers choix qui se présentent à Olivier Maingain, tant au niveau fédéral que régional.

Mais il doit prendre conscience que la détermination qu’il affiche aujourd’hui n’empêchera pas la Nation Flandre de poursuivre la route qu’elle s’est fixée.  Comme l’a rappelé François Perin dans son interview-testament, en 2011 : D’étape en étape, le mouvement a gagné sur toute la ligne.

Une chose est sûre : au lendemain du 26 mai 2019, la formation d’un nouveau gouvernement belge relèvera de la quadrature du cercle. Informateurs, médiateurs, démineurs se succèderont dans un ballet infernal. Au final, le roi pourrait se retrouver nu.

Les élections en Wallonie

Une opinion de Jules Gheude publiée sur le site de la RTBF.

Les candidats aux élections communales profiteront des Fêtes de Wallonie pour se faire voir et vendre leur marchandise. Le ministre-président wallon et le président du Parlement wallon saisiront l’occasion pour mettre en avant les changements opérés depuis un an par la nouvelle majorité et en appeler à la fierté collective. Le Chant des Wallons sera entonné à pleins poumons, le péket coulera à flots et l’on rira de bon cœur aux vannes du curé distillées lors de la traditionnelle messe en wallon, avant de se séparer sur l’air du Bia bouquet.

Il est vrai que l’humour du curé lui permet aussi d’asséner quelques vérités brutales et de dénoncer les travers d’une société trop souvent égoïste et aveugle.

Mes d’jins, si vous saviez !

Il paraît, selon les analyses de l’Iweps (Institut wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique), que les Wallons se sentent avant tout belges et que 93% d’entre eux sont farouchement opposés à la séparation du pays.

Présent dans l’assemblée, à titre d’invité officiel, le ministre-président flamand N-VA ne peut s’empêcher d’afficher un léger sourire. Il sait, lui, que ses six millions de concitoyens constituent une véritable nation, qui verse chaque année à la Wallonie quelque 7 milliards d’euros. Et il se dit en lui-même : Profitez-en bien, les petits, car l’extinction de ces transferts est programmée. Comme est aussi programmée, pour la N-VA, l’émergence d’une République flamande souveraine (article 1er des statuts).

Les responsables politiques francophones se gardent bien d’aborder le sujet. En 1999, lorsque le Parlement flamand a approuvé les fameuses résolutions d’inspiration confédérale, ils n’ont d’ailleurs pas saisi l’importance de l’événement. Tout se passe, dans leur esprit, comme si la Belgique fédérale était vouée à l’éternité. D’aucuns proposent même aujourd’hui de ramener certaines compétences dans le giron de l’Etat central. Ils appellent cela refédéraliser. Car il est vrai que les six réformes de la Constitution opérées depuis 1970 ont rendu le mille-feuille institutionnel indigeste, voire immangeable.

Mes d’jins ! Savez-vous exactement ce qu’est le confédéralisme ? Non, ce n’est pas le fédéralisme des cons, comme l’a un jour défini Francis Delpérée. C’est une manière d’aller au séparatisme en toute légèreté. Pas de révolution, mais un processus évolutif, pour reprendre les termes de Bart De Wever, le président de la N-VA.

On ne va pas démolir directement la baraque belge. On va d’abord la dépouiller de l’essentiel de ses meubles pour les confier à deux propriétaires, Monsieur Flandre et Madame Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir le régime qu’il souhaite pour ses formalités « personnalisables » : impôt des personnes, régime de sécurité sociale, etc.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la suite : la baraque belge ne servant plus à rien, autant la dynamiter !

En prononçant son discours aux Fêtes de Wallonie, Willy Borsus, le ministre-président wallon ne pourra s’empêcher de songer à l’an prochain. Car si les sondages actuels se confirment, il y a de fortes chances pour que le discours 2019 soit confié à un(e) socialiste !

Au lendemain des élections du 26 mai 2019, Elio Di Rupo s’empressera de constituer une coalition de gauche avec le PTB et Ecolo (peut-être même avec DéFi…), tandis qu’informateurs, médiateurs, conciliateurs et autre démineurs se succéderont en un ballet sans fin. En 2010, le cirque a duré 541 jours !

La mise sur pied d’une coalition de gauche en Wallonie sera du pain bénit pour Bart De Wever. Elle reflètera, en effet, sa définition de la Belgique : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi, en fin stratège qu’il est, attendra-t-il patiemment que les négociations s’embourbent pour mettre le dossier du confédéralisme sur la table. Pour ce faire, il pourra compter sur le soutien du CD&V, dont le président Wouter Beke a confié, en 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Toute la question est là : le PS finira-t-il par lâcher du lest ? Si l’on en juge par les épisodes précédents (le lâchage de José Happart et le maintien des Fourons en Flandre en 1988 ; les concessions que l’on se refusait d’envisager et que l’on finit par faire en 2001 en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française ; la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles en 2012), la chose n’est pas à exclure.

Comme l’a fort justement écrit Paul-Henry Gendebien dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » en 2006 : « On n’entendit plus les matamores se proclamant ‘non-demandeurs’. (…) La barricade francophone était en papier mâché. »

Elio Di Rupo, Paul Magnette et consorts n’ignorent toutefois pas que, privée des transferts financiers en provenance de Flandre, la Wallonie serait confrontée à une situation budgétaire intenable, qui l’obligerait à se serrer drastiquement la ceinture.

Professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, Jules Gazon s’est penché sur le cas d’une Wallonie livrée à elle-même. Son constat est sans appel :  La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile.

Mes d’jins, si vous saviez !

Pour sauver, de façon éphémère, la cadre belge et revenir quelque temps au pouvoir, Elio Di Rupo prendra-t-il ce risque ? Ou, se souvenant des propos tenus jadis par le général de Gaulle – J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons – , estimera-t-il que le moment est enfin venu de prendre langue avec les autorités françaises pour négocier un statut d’intégration-autonomie ?

Jules Gheude

La Fédération Wallonie Bruxelles : une plaie pour la Wallonie !

Par Claude Roland

Le Wallo-Brux ou FWB  (Fédération Wallonie Bruxelles) est un brol créé pour aider les Bruxellois francophones face à la Flandre en créant un lien entre la Wallonie et Bruxelles tout en laissant Bruxelles libre. Mais que rapporte la dite Fédération à la Wallonie ? Rien !

Les Bruxellois n’ont que peu d’égards à l’encontre des Wallons. Au pire de la dernière crise, les Bruxellois disaient :  » tout sauf avec la Wallonie. »

Plus inquiétant encore, la FWB coûte cher à la Wallonie et nous crée bien de problèmes, sans compter une ingérence bruxelloise toujours plus forte.

J’ai été surpris qu’en début d’année scolaire de 6e primaire, l’école de mes enfants nous a imposé de déjà choisir l’école secondaire, alors que dans ma région, la Wallonie, cette précipitation ne se justifie absolument pas.

Mais voilà, c’est Bruxelles qui via la FWB impose aux Wallons les mêmes règles qu’à Bruxelles.

C’est aussi Bruxelles qui impose, dans les écoles de la Communauté Française, les livres produits par les éditeurs flamands (ex : De Boek). J’y ai relevé des traductions approximatives parsemées d’erreurs, surtout pour les termes scientifiques et leurs définitions. Et quand on compare avec les définitions qu’on trouve sur les sites français, il y a un gouffre de différence.

Mais l’abomination pour nous, Wallons, ce sont les médias bruxellois (RTBF, RTL, Le Soir, La Libre…) qui nous abreuvent de Bruxelles, de tout Bruxelles, de l’ULB de Bruxelles, de l’esprit bruxellois, du bilinguisme bruxellois (pas si bilingue que vanté) , du multiculturel bruxellois, du vivre bruxellois, des Bruxellois, de l’aéroport soi-disant bruxellois, mais pourtant bien flamand et dont les emplois de cadre sont quasi exclusivement flamands  (à la tour de contrôle, le français est interdit), et surtout du régionalisme bruxellois.

Des médias bruxellois qui non contents de nous faire la promotion de Bruxelles Capitale et Région capitale, font tout pour étouffer l’identité wallonne.
Car voilà, les Bruxellois se sentent à l’étroit et la Wallonie a plus d’espace.

Et  cerise sur le gâteau, les CPAS (Centres publics d’assistance sociale) bruxellois sont complètement submergés au point qu’on suggère aux allocataires sociaux d’aller s’installer en Wallonie.

Bruxelles subit une démographie si forte que la Wallonie est désignée comme une extension  !

La formation du prochain gouvernement fédéral…

Une opinion de Jules Gheude publiée sur le site du Vif/L’Express.

La formation du prochain gouvernement fédéral sera très serrée. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Luc Van der Kelen, l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », dans une opinion publiée sur Knack.

Bien qu’il soit aujourd’hui conseiller politique de B-Plus, cette association dont on connaît l’attachement à la Belgique, Luc Van der Kelen est conscient que la situation belge est extrêmement précaire : « Le problème en Belgique est en effet que la stabilité semble exister, mais qu’à chaque moment elle peut disparaître. En général, nous réglons cela avec une réforme de l’Etat, mais même cette merveilleuse méthode belge a ses limites. À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas. »

En 2010, la crise politique belge a duré 541 jours. Ceux qui se présentaient alors comme « demandeurs de rien » ont finalement accepté une sixième réforme de l’Etat, qui n’a fait que rendre le processus de décision plus complexe, voire, dans certains cas, impossible. Le 28 avril 2016, Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal « Libération », constatait que « cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et le détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. »

A l’Open VLD, au MR et au CDH, des voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter la refédéralisation de certaines compétences, dans un but de plus grande efficacité. Mais Luc Van der Kelen est formel : « Aujourd’hui, la chance est faible pour de grandes réformes administratives. Même pour la refédéralisation de certaines compétences, comme le commerce extérieur, ou pour l’introduction d’une circonscription électorale fédérale, ce qu’une organisation comme B-Plus continue de défendre. En Flandre, les partis flamingants, du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V, n’y sont pas favorables. On trouve juste quelques voix positives chez les Jeunes CD&V. »

Telle est, en effet, la réalité ! Aussi est-il vain de mener des combats d’arrière-garde, comme le fait, par exemple, Philippe Van Parijs (lui aussi membre de B-Plus) en proposant de diviser la Belgique en quatre régions (une flamande, une wallonne, une bruxelloise et une germanophone), avec l’usage de l’anglais comme trait d’union.

Luc Van der Kelen parle des partis flamingants. Il n’ignore pas que ceux-ci éprouvent une aversion profonde pour Bruxelles, région à part entière. Luc Van der Kelen souligne aussi la position forte de la N-VA. Pour son président, Bart de Wever, Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties. Aussi veut-il que cet état de fait se reflète dans un projet confédéral : un niveau belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – la Flandre et la Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale… Bref, une Belgique transformée en coquille vide et qui ne manquerait pas d’apparaître très vite comme superflue.

N’oublions jamais que l’idée confédéraliste a été lancée, au début des années 90, par le ministre-président flamand Luc Van den Brande (un démocrate-chrétien) et qu’elle a été approuvée par le Parlement flamand en 1999. Comment le président du CD&V, Wouter Beke, pourrait-il aujourd’hui ne pas appuyer cette réforme, lui qui, le 22 septembre 2007, avait déclaré au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. » Voilà qui a le mérite de la clarté !

Luc Van der Kelen aborde alors le point crucial. Si les négociations aboutissent à une impasse, s’il y a peu d’alternatives, Bart De Wever peut mettre le confédéralisme sur la table. Le PS bloquera-t-il à nouveau ?

Aujourd’hui, Elio Di Rupo ne veut rien savoir de ce confédéralisme. Mais il était aussi contre la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans extension de Bruxelles. On sait ce qu’il en est advenu.

S’il analyse les sondages, Elio Di Rupo sait que le PS a de grandes chances de revenir au pouvoir wallon au lendemain des élections de l’an prochain. Luc Van der Kelen semble, lui aussi, convaincu de la chose : Si le MR (…) ne parvient pas à capitaliser sur sa position exceptionnelle, alors la coalition fédérale ne pourra conserver sa majorité et le gouvernement wallon risque de prendre la forme d’une coalition de gauche. (…) Pour Magnette, Di Rupo et consorts (…) le niveau fédéral arrive à une place secondaire. Gouverner dans sa propre région est primordial.

Mais Elio Di Rupo sait aussi que la Wallonie devra tirer son plan toute seule. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance de Flandre -quelque 7 milliards d’euros – est, en effet, programmée. Une situation qui deviendra vite intenable pour la Wallonie et qui l’amènera à se serrer la ceinture.

En 1981, François Perin avait prédit cette évolution : Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans l’esprit de la N-VA, le confédéralisme devrait être la dernière étape avant le séparatisme. L’article 1er de ses statuts évoque clairement l’émergence d’une République flamande souveraine.

Tenter de maintenir la Belgique par de nouvelles discussions interminables, serait donc insensé. Puisque la mort du royaume est programmée, passons directement à la phase finale ! François Perin se plaisait à répéter : Le mort est mort et bien mort, mais on ne veut pas voir qu’il est mort !

Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer comment nous envisagions l’avenir de la Wallonie. Comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible d’insérer dans la Constitution française un statut particulier d’intégration-autonomie, qui permettrait de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur.

Les artistes wallons n’existent pas

Par VALMY

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la ministre Greoli ont sélectionné et envoyé un duo de plasticiens FLAMANDS à la biennale de Venise.

Une discrimination et un déni des talents wallons conséquence logique « de l’accord de coopération pour la Culture, établi entre la Communauté flamande et la Communauté française depuis 2013, le projet sélectionné sera le fruit de collaborations témoignant de la vivacité de la création et des synergies en Belgique ». (SIC !)

Un choix plus que discutable avalisé par la ministre Alda Greoli, d’un duo de Flamands (habitant à Brussel) et de leur commissaire Anne-Claire Schmitz, directrice de La Loge, une ASBL subventionnée par de « Flanders State of the Art » et de la » Vlaamse Gemeenschapscommissie ».

Irréalisme politique, soumission collaborationniste (?) la FWB pourrait bien être absente pendant huit ans de la plus prestigieuse des manifestations internationales !

Cette manière d’agir s’inscrit dans une ligne idéologique entraînant l’absence de soutien aux artistes d’une nation, d’une région, ou le refus de leur donner la possibilité d’une visibilité mondiale.

En conséquence le message qu’adresse la ministre Alda Greoli : en Communauté française, il n’y a pas artistes wallons, en Wallonie les institutions culturelles et leurs responsables ne valent rien, les écoles d’art sont inutiles.

La FWB considère sa participation à la biennale de Venise comme épisodique et non comme la pierre angulaire d’une politique culturelle cohérente. Tout le monde connaît L’INCOHERENCE DE LA FWB !

Pourquoi cette biennale ne pourrait-elle pas être une étape importante dans le parcours des artistes wallons ? Pourquoi les opérateurs culturels wallons ne sont-ils jamais sollicités pour produire les projets vénitiens ?

Pourtant, Venise est une opportunité exceptionnelle pour les institutions d’accroître leur visibilité internationale et d’étoffer leurs réseaux professionnels – conditions importantes à l’exécution de leurs missions. La plupart des pays confient la production des expositions vénitiennes à une de leurs institutions, la Flandre aussi.

Seule la FWB s’obstine à faire le contraire. Il s’agit d’une forme de discrimination, pire, d’un déni des talents en Wallonie, qui s’ajoute au manque de soutien à la création et à l’absence d’une véritable politique artistique telle qu’elle existe en Flandre.

Encore une occasion perdue volontairement par la FWB, le « Cheval de Troie » de la belgitude la plus odieuse !

NDLR : l’article peut se lire dans la Libre Belgique du 22 août 2018

Tout va très bien, Madame la Marquise !

Par Jules Gheude

La version néerlandaise de cette opinion de Jules Gheude a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/diplomatie-madame-marquise/

La diplomatie a ceci de confortable qu’elle permet à un officiel d’un pays de tenir des propos peu amènes à l’égard d’un pays « ami », et à celui-ci d’accepter ensuite les excuses qui lui sont présentées…

C’est ce qui s’est passé récemment, lorsque le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Stef Blok (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie – Parti populaire pour la Liberté et la Démocratie), a regretté d’avoir qualifié la Belgique de pays invivable lors d’un discours prononcé à La Haye devant un parterre de concitoyens actifs au sein d’organisations internationales.

Mais il n’en demeure pas moins que le chef de la diplomatie néerlandaise se dit « incapable de donner l’exemple d’un pays disposant d’une société multiculturelle où les citoyens vivent ensemble dans la paix ».

Stef Blok  a présenté ses excuses à son homologue Didier Reynders, qui les a acceptées. L’incident est donc clos et le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, estime que son ministre peut « continuer à fonctionner de manière tout à fait normale ».

Lorsqu’un Etat voit le jour pour des raisons diplomatiques, sans que les populations concernées aient eu leur mot à dire, il porte immanquablement en lui les germes de la crise.

Dans l’union hollando-belge de 1815, le marquis de la Tour du Pin, ambassadeur de France à Bruxelles, n’avait vu qu’ »un mariage de convenance… sans aucun amour de part et d’autre ». Quinze plus tard, le divorce était prononcé.

Le mariage belge, arrangé notamment par Londres, ne fut pas non plus une réussite et pourrait, lui aussi, se solder par une séparation. On se souvient de ces médias étrangers qualifiant la Belgique de « pays défaillant », lors des attentats terroristes de Bruxelles. Des attentats qui, pour Jean Quatremer, le correspondant du journal « Libération » à Bruxelles, ont révélé la « déliquescence de l’Etat, miné par des luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone ».

Pour Bart De Wever, le président de la N-VA, « Flamands et Wallons vivent sur deux planètes et constituent deux démocraties ». Aussi souhaite-t-il, au lendemain des élections législatives de l’an prochain, que cette situation se reflète dans une organisation institutionnelle de type confédéral : un échelon belge réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats – Flandre et Wallonie – entre lesquels chaque Bruxellois sera amené à choisir pour ce qui concerne les matières dites communautaires : impôt des personnes, sécurité sociale, immigration et intégration…

Bref, la Belgique deviendrait une coquille vide qui ne manquerait pas d’apparaître très vite superflue.

Sophie Wilmès, la ministre du Budget (MR) se veut rassurante : « Notre volonté de réduire les déficits et l’endettement de notre pays reste intact, tout en travaillant à la création d’emplois. J’en veux pour preuve les grands indicateurs budgétaires qui tendent vers les résultats engrangés lors des années d’avant-crise. » 

Certains indicateurs n’incitent toutefois pas à l’optimisme. Au cours des deux dernières années, les grandes multinationales ont, en effet, retiré 62 milliards d’euros de leurs centres de financement belges. Le géant allemand de la chimie, BASF, a en outre annoncé qu’il allait déménager à l’automne  sa trésorerie en Irlande, ce qui portera le compteur au-delà des 78 milliards d’euros. 7 des 17 plus grands centres de financement  de multinationales sont même déjà totalement à l’arrêt.

Depuis les années 80, les grandes multinationales bénéficiaient de mesures fiscales avantageuses, telles que les intérêts notionnels. Mais, avec l’ »accord de l’été » 2017, l’attraction n’est plus aussi forte. Si le principe de la déduction des intérêts notionnels est maintenu, il est toutefois limité désormais aux nouveaux fonds propres et ne s’applique donc plus à l’ensemble des fonds propres. Cela signifie que les multinationales ne peuvent croître que grâce à leurs gains.

Le gouvernement a également introduit un impôt minimum pour les entreprises, qui touche aussi les centres de financement.

Il apparaît évident que les multinationales n’ont pas intérêt à placer tous leurs œufs dans le même panier. Elles veulent gérer leurs finances internes au départ de divers pays et réagir ainsi plus rapidement aux modifications fiscales.

Après le déménagement de BASF, les capitaux parqués en Belgique descendront sous la barre des 100 milliards d’euros, contre plus de 300 milliards d’euros il y a sept ans.

Outre ces écueils économiques, la Belgique ne pourra éviter, au lendemain des élections législatives de mai 2019, une nouvelle tornade communautaire. D’ici là, les tensions ne cesseront de croître au sein de la coalition suédoise, chacun affûtant ses armes en vue de la compétition.

Une compétition à haut risque, qui pourrait bien amener l’arbitre à conclure que la Belgique n’est plus gouvernable, donnant ainsi raison au chef de la diplomatie néerlandaise…

Paul Magnette en France

L’opinion de Jules Gheude

En août 2011, alors candidat aux primaires du PS en vue de l’élection présidentielle, François Hollande effectua une visite éclair à Bruxelles. A cette occasion, il accorda une interview au « Soir » : Quand je vois les voix socialistes qui s’expriment en Wallonie… Toutes ces voix… Qui nous ont parfois manqué… Nous pourrions les prendre là…

Sept ans plus tard, le PS français est en état de décomposition et propose à Paul Magnette d’être tête de liste pour les élections européennes de 2019. Faut-il considérer cela comme un premier pas officiel vers l’intégration de la Wallonie en France ? Toujours est-il que le fait est significatif.

Le PS français n’a pas oublié l’entêtement avec lequel Paul Magnette a combattu le CETA en 2016. Le nom du « petit Gaulois » fit ainsi le tour du monde.

Mais pour Paul Magnette, cette invitation française est quelque peu gênante. En 2010, il reçut le surnom d’Allemagnette après avoir tenu ces propos dans « La Libre » : Quand je vois la situation en France, je comprends qu’il n’y ait plus que trois rattachistes en Wallonie. Etre rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Il y a une rupture culturelle avec les Français. Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne. C’est plus l’intérêt industriel de la Wallonie.

En 1958, André Renard, le syndicaliste socialiste liégeois, futur fondateur du « Mouvement Populaire Wallon », tenait un tout autre discours. A l’occasion de la Fête nationale française, il qualifiait la France de grand flambeau, de grande lumière de culture. Et il ajoutait : Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle.

Paul Magnette doit relire d’urgence son catéchisme wallon. Dans « La Wallonie, terre mosane » (Institut Jules Destrée, 1960), voici ce qu’écrit l’historien namurois Félix Rousseau : Pourquoi les Wallons parlent-ils français depuis des siècles, pourquoi ont-ils adopté la culture française, alors que – au point de vue politique – pendant plus d’un millénaire (à part Tournai et le Tournaisis) l’ensemble des terres wallonnes n’ont été françaises que pendant vingt années, exactement de 1794 à 1814 ? (…) Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

Vous réciterez cela chaque soir avant de vous endormir…

Dans la mouvance française de gauche, Jean-Luc Mélenchon, le leader de « La France insoumise », joue un rôle non négligeable. En 2010, il écrivait sur son blog : On a compris que suis un « rattachiste », comme on dit. Si les Flamands s’en vont, si la Belgique « s’évapore », alors que les Wallons viennent avec nous. Ce serait la conclusion d’une pente prise il y a des siècles et maintenue sans désemparer dans les sentiments populaires des Wallons comme des Français.

Il y a quelques années, Paul Magnette se disait surpris de l’irrésistible ascension du nationalisme flamand : On pensait que tout cela n’était que du folklore !

François Perin, lui, avait très vite saisi les choses. Dans son livre « La Belgique au défi », publié en… 1962, il lançait cette mise en garde : Le nationalisme flamand n’est pas la création de l’incivisme de deux occupations étrangères ; c’est le résultat de la poussée irrésistible du peuple flamand. Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Une confédération centrifuge. N’est-ce pas précisément ce dont il est question aujourd’hui ? Sauf que, dans l’esprit de Bart De Wever, il n’y aurait plus que deux Etats, la Flandre et la Wallonie, entre lesquels chaque Bruxellois devrait choisir pour ce qui concerne les compétences communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.

Il ne fait aucun doute que, réduite à l’état de coquille vide, la Belgique serait vite considérée comme superflue.

Les Wallons réaliseront alors très vite où se situent vraiment leurs intérêts.

Comme l’avait confié le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

La Belgique ne vaut pas une messe

Par VALMY

A tous les jeunes wallons, en politique ou non, ni la Belgique ni Bruxelles ne valent une messe, pas plus que de se plier à apprendre la langue de Vondel.

Certains en ce « plat pays qui n’a jamais concerné la Wallonie » s’inquiètent de la désaffection des élèves wallons pour l’apprentissage de la langue de Vondel (RTBf, Aubry Touriel, 28/07/2018). Il ne faut pas perdre de vue que l’apprentissage du français en Flandre et du néerlandais en Wallonie relève d’un diktat politique soutenu par tous les partis politiques en ce Royaume. La Belgique multiculturelle, bien avant la mode actuelle, doit impérativement se survivre par tous les moyens mêmes les plus rebutants.

Par bonheur, la liberté de choix en Wallonie facilite l’engouement général, logique et compréhensible aujourd’hui, en faveur de l’anglais et d’autres langues. Or, pour certains déloyaux personnages en Communauté française – Fédération Wallonie-Bruxelles, il est important de convaincre les parents de choisir le néerlandais parce qu’en Belgique « on y est obligé pour trouver un emploi (sic) ».

Bénies soient les familles manifestant de la répulsion pour le néerlandais. Qu’à cela ne tienne, la solution immonde, afin de lobotomiser les petits Wallons en parfait zombies belgicains, se nomme : l’école en immersion. Par chance, la Communauté française – Fédération Wallonie-Bruxelles est à l’os et n’a plus les moyens de mener des politiques nouvelles et désastreuses (cf. Emily Hoyos, le 24/09/2013)

Cette évolution ne serait pas irréversible. De « mauvais génies en ce Royaume » constatent avec joie un afflux de Bruxellois francophones dans les écoles flamandes. En Région bruxelloise, la liberté de choix n’existe pas. Une nuance capitale, svp, ne pas confondre un Wallon avec un Bruxellois francophone ! Destrée en faisait d’ailleurs une description exotique qui se confirme encore actuellement. De plus, avec les générations qui passent, Bruxelles entre en orbite de la Flandre (les affaires sont les affaires !). Les Bruxellois plébiscitent le bilinguisme et les communes à facilités se diluent lentement dans la mouvance flamande.

Si la Communauté française – Fédération Wallonie-Bruxelles souhaite promouvoir l’excellence en Wallonie, qu’elle biffe le néerlandais de son enseignement au profit de langues à diffusion mondiale. L’entêtement contraire serait dévastateur surtout au vu de l’anglicisation de l’enseignement supérieur aux Pays-Bas. L’impulsion initiale à l’anglicisation massive qui se propage maintenant irrésistiblement a été donnée, en fait, en 2003 par le rapport Nederlands, tenzij … (Le néerlandais, sauf si …) de la Commissie Nederlands als Wetenschapstaal (Commission sur le néerlandais comme langue scientifique) de la Koninklijke Nederlandse Academie van Wetenschappen (KNAW – Académie royale des sciences des Pays-Bas). La teneur de ce rapport rend parfaitement l’état d’esprit dans lequel s’inscrit l’anglicisation actuelle, comme l’illustre l’extrait suivant de la conclusion : « L’avènement d’une lingua franca unique à l’échelle mondiale présente d’énormes avantages, surtout dans le domaine de la connaissance. Pas seulement dans les disciplines scientifiques, mais aussi dans les disciplines littéraires ou les sciences humaines. C’est pourquoi il faut encourager l’usage de l’anglais sans rancune et avec entrain ». Le lecteur français ne manquera pas de remarquer avec quelle franchise la « perte d’importance » du néerlandais est rationalisée. (13/03/2016, Sepentrion, Daardaar).

Toutefois, en Belgique, la connaissance du néerlandais ouvre-t-elle toutes les portes pour trouver un travail ? FAUX, archi-faux !

Le 23/04/2014, Trends Tendances publiait un article primé (prix Citi – 2013) de Gilles Quoistiaux, au titre plus qu’évocateur : « Comment les Flamands ont kidnappé l’économie belge ». Le sujet est toujours tabou car il n’existe pas d’avenir professionnel pour les jeunes Wallons « en notre royaume où il fait si bon vivre (sic) ». Dans le privé, les Flamands détiennent SEPTANTE POUR CENT des fonctions de directeur financier, de directeur juridique, de directeur de marketing et SEPTANTE-TROIS POUR CENT des fonctions (stratégiques) de directeur des RESSOURCES HUMAINES. Les Flamands se retrouvent également majoritaires dans le secteur du conseil, à savoir les avocats d’affaires (très influents) et les consultants stratégiques.

JAMAIS les Wallons ne briseront « ce plafond de verre » pour la simple raison que les recruteurs flamands n’engagent et ne promotionnent qu’au travers d’un prisme ETHNIQUE, contrairement à la minorité de recruteurs wallons (ndlr : dindons).

Dans les institutions centrales, fédérales, du Royaume de Belgique, sans oublier les représentations européennes et internationales, la situation est tout aussi alarmante et défavorable aux Wallons. Dans les administrations fédérales (civiles et militaires) de l’Etat et dans les institutions « para -étatiques », les lois linguistiques auxquelles feu le Bruxellois Arthur Gilson, Ministre de l’intérieur PSC de 1961 à 1965, attacha son nom, ont produit et produisent toujours leurs effets néfastes et discriminatoires à l’encontre des Wallons par le biais d’un « bilinguisme » qui, semble-t-il, est à la portée des seuls Flamands. Ainsi, tous les postes de commande passent définitivement aux mains des Flamands DONC de la Flandre. (cf. Le Divorce Belge, Lucien Outers,1968).

Au XXI e siècle, les Wallons vivent, au sein du Royaume de Belgique, une situation similaire à celle de leurs aïeux sous la coupe du Royaume des Pays-Bas avant la révolution de 1830 ! Cette ségrégation, similaire à un apartheid à peine déguisé, rappelle l’application de « l’arithmétique hollandaise » sous le règne de Guillaume 1er d’Orange. Et dire qu’aujourd’hui, certains au MR et au CDH (ex-PSC) marchent sur la tête et en redemandent. Jusqu’où ira l’aveuglement ? Il devient pressant que les Wallons déchirent le voile de la supercherie belge qui leur dissimule l’horrible réalité.

Comment faire comprendre aux PS, MR, CDH, ECOLO et PTB que grâce au BENELUX, la Belgique et la Hollande s’activent d’effacer 188 ans « d’erreurs ». A la faveur de cette machine de guerre francophobe et wallophobe, créée en 1944 par les gouvernements en exil des Pays-Bas, de la Belgique (bien merci à P.H. Spaak, bruxellois et PS) et du Grand-Duché de Luxembourg, la solidarité entre Flamands et Hollandais devient plus qu’une union douanière, elle implique aussi un rapprochement culturel et spirituel.

Il ne faut pas perdre de vue que le Bénélux et l’unité européenne permettent à la « souche néerlandaise », scindée au XVIe siècle et en 1830, de reforger enfin un noyau colossal d’activités portuaires, commerciales et industrielles au bénéfice exclusif de vingt-trois millions sept cent mille Grand-Néerlandais (NL + VL). Géographiquement, le Bénélux correspond au royaume uni des Pays-Bas tel qu’il existait entre 1815 (congrès de Vienne) et 1830 (indépendance de la Belgique). Dans cet ensemble qui restaure activement les anciens Pays-Bas si les Wallons ne s’en évadent pas à temps, ils subiront, « parqués dans leur réserve d’indiens », la loi implacable d’un ensemble revanchard majoritairement germanique car il faut additionner à la masse néerlandaise : six cent deux mille Grand-Ducaux (attachés à la Maison de Nassau-Weilburg, liée à la Maison Orange-Nassau), septante mille Allemands de l’Ostbelgien et, se coulant dans l’orbite de la Flandre, un million cent quatre-vingt- quatre mille Bruxellois très particuliers, égocentriques, francophobes et wallophobes.

Voilà de quoi dégoûter les Wallons de se plier à l’apprentissage du néerlandais comme le voudrait la Communauté française – Fédération Wallonie-Bruxelles, cet outil hypocrite de l’asservissement des Wallons au Royaume de Belgique et par là au Pays-Bas de 1815 ressuscité.

Le Mouvement flamand et les dirigeants politiques de Flandre s’inquiètent du refus persistant de l’Europe de reconnaître le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, s’agissant de l’irrédentisme de l’Ecosse et de la Catalogne. L’Europe se garde bien de rappeler certains faits historiques survenus en 2008 qu’elle dut accepter ainsi que les USA et l’OTAN.

En août 2008, la Russie proclama reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. Le Président Medvedev annonça qu’il s’arrogeait le droit d’agir comme les Occidentaux l’avaient fait dans les Balkans (Guerre en Yougoslavie, le cas du Kosovo). Il insistera sur les principes du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principes invoqués particulièrement par la France pour justifier « l’indépendance du Kosovo ». (Hélène Carrère d’Encausse – La Russie entre deux mondes – 2011)

En réalité, la reconnaissance russe de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud revêt une toute autre portée, PRIMORDIALE POUR L’AVENIR DE LA WALLONIE ET DE LA FLANDRE : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes impliquerait non seulement le droit à la séparation mais aussi à l’UNION ! Cela vaudrait également pour l’Irlande et l’Irlande du Nord.

Si l’URSS des années 1920 put se constituer de cette manière, de quel droit refuserait-on à la Flandre de s’unir enfin aux Pays-Bas et recréer le territoire de l’Union d’Utrecht (1579) anéantie par l’Espagne ? De quel droit refuserait-on à la Wallonie de s’unir enfin à la France après les séparations orchestrées unilatéralement par la Grande Bretagne en 1815 et en 1830 ?

Il y a là une piste à suivre par les juristes wallons !

Comme les convoyeurs, Demotte attend

Valmy réagit à un article d’opinion publié le 27 juillet sur le site du Vif/L’Express.

La francophonie mondiale change de chef…              Et alors ?

Par Gaëtan van Goidsenhoven, député au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et membre de la Commission des relations internationales

Deux candidatures antagonistes se profilent en vue de l’élection du prochain patron de l’Organisation internationale de la francophonie cet automne.

Au grand désintérêt apparent de la Belgique francophone (…)

Cette question, qui ne semble soulever aucune émotion dans la partie francophone du pays, n’est pourtant pas anodine. En effet, deux candidatures largement antagonistes se profilent et l’élection de la nouvelle figure de proue de la francophonie internationale pèsera indubitablement sur l’avenir et le développement de l’OIF.

D’un côté, l’actuelle titulaire du poste, Michaëlle Jean, au bilan contesté (…). De l’autre, l’actuelle ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, dont la candidature suscite des inquiétudes (…) puisque l’anglais a supplanté le français dans l’enseignement depuis 2008.

Avancer les pions

Le Canada et le Québec ont déjà exprimé leur soutien à leur compatriote Michaëlle Jean. La France, de son côté, a exprimé une prédilection sans nuance en faveur de Louise Mushikiwabo (?). De plus, Louise Mushikiwabo a reçu le soutien officiel du Comité des candidatures de l’Union africaine, malgré les réticences à l’égard d’une candidature jugée trop anglophone.

La francophonie belge ne dit rien

La Fédération Wallonie-Bruxelles, pour sa part, et malgré son statut de gros contributeur de l’OIF (le plus important en nombre d’habitants), reste pratiquement muette dans un dossier jugé digne d’intérêt dans le reste de la francophonie.

Saine prudence ou fâcheuse pusillanimité ? Force est de constater que, pour l’instant, les hautes autorités de la francophonie belge ne disent que peu de choses.

Le très mesuré (sic) chef du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, a déclaré en séance publique du parlement : « Pour nous, la stratégie de l’OIF prime sur le choix du futur ou de la future secrétaire. Nous attendons (sic) donc que cette stratégie soit clairement définie… » Soit.

Si cette prudence pouvait être audible à un moment où n’existaient aucune candidature plus ou moins officielle ni aucun soutien officiel de la part des principaux représentants de la francophonie, ce silence risque de devenir assourdissant et le sens que nous pourrions donner à un éventuel soutien de candidature, de moins en moins significatif.

Monsieur Demotte a annoncé récemment qu’il enverrait une liste de questions de fond aux candidats déclarés en leur demandant de se positionner quant à celles-ci. Il considère qu’il sera mieux à même de se prononcer lorsque les candidats se seront positionnés sur les différentes questions. Habile façon de postposer le moment où il faudra décider de l’attitude à adopter. Jusqu’à attendre la tenue du sommet d’Erevan, où notre Fédération se soumettra à l’opinion majoritaire des autres Etats membres, sans avoir eu le courage d’annoncer sa propre position ?

Un rôle de spectateur !

Certes, la position africaine doit également nous éclairer au regard du poids démographique de ce continent au sein de la francophonie d’aujourd’hui et de demain. Mais à l’heure où la posture des uns et des autres s’affirme toujours davantage, pouvons-nous, Belges francophones, nous contenter d’un rôle d’aimable spectateur face au jeu d’influences qui se déroule devant nos yeux ?

Devons-nous nous inscrire dans la volonté géopolitique du Président français visant à solder son contentieux historique avec le Rwanda à travers une candidature à la tête de l’OIF ?

Voulons-nous réaffirmer notre soutien à l’actuelle secrétaire générale dont les qualités étaient régulièrement louées à chacune de ses apparitions dans nos instances francophones belges ?

A moins que – mais cela est peu probable – le gouvernement francophone ne souhaite proposer une démarche singulière…

Face au silence persistant de Rudy Demotte, nous nous perdons en conjectures. A l’heure où la Fédération Wallonie-Bruxelles se positionne sur un nombre considérable de dossiers internationaux sur lesquels notre influence est limitée (voire nulle), il serait incompréhensible de rester muet sur les prochains enjeux de la francophonie, là où notre voix compte indéniablement et où il est de notre devoir de la faire entendre.

LA CONCLUSION DE VALMY :

Comme d’habitude, les Wallons tiendront encore le rôle de pigeons. Sur le front du Belgium comme sur celui de l’international, la Fédération Wallonie-Bruxelles, en réalité l’apparatchik Demotte, ne sert qu’à jeter de la poudre aux yeux et surtout l’argent des contribuables par les fenêtres. Le mutisme, que ce soit dans ce dossier, jugé digne d’intérêt dans le reste de la francophonie, ou dans tous les autres, en politique intérieure, ne cache même plus la mystification institutionnelle dont les Wallons sont victimes. La F-W-B est bien une mystification institutionnelle, soutenue hélas par toutes les factions politiques wallonnes, destinée à intoxiquer, désinformer et surtout cacher aux Wallons les objectifs inavouables de leurs dirigeants.

Le cancer des Belges, c’est la Belgique elle-même !

Par Jules Gheude, essayiste politique (1)

Selon Thierry Fiorilli, le rédacteur en chef du « Vif », la N-VA est le cancer des Belges.

Je lui propose ici de revenir à la source même des choses, c’est-à-dire en 1830, lorsque le Royaume indépendant de Belgique vit le jour.

Naissance douloureuse, au forceps, issue de la volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, afin de se prémunir contre la France. Quinze ans après la défaite de Waterloo, le spectre de Napoléon rôdait toujours…

Avant 1830, nos populations n’avaient jamais été soudées par un quelconque sentiment national. Ballotées d’un régime étranger à un autre (Duché de Bourgogne, Espagne, Autriche, France, Pays-Bas), elles n’eurent jamais voix au chapitre. Comme l’écrit Marguerite Yourcenar dans « L’Œuvre au noir » : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.

Il faut également rappeler ici le statut particulier de la Principauté de Liège, qui perdurera jusqu’à 1794, et qui contrariait la théorie de la prédestination belge, chère à Henri Pirenne.

On connaît la fascination que ce dernier éprouvait pour les ducs de Bourgogne, mais il dut toutefois reconnaître qu’ils n’ont pas eu d’idéal national ; ils n’ont agi que pour la grandeur de leur maison. Leur politique s’explique exclusivement par leurs intérêts dynastiques.

Son collègue Godefroid Kurth, quant à lui, considérait le catholicisme comme le fil conducteur de notre histoire. Mais un élément de taille venait contredire son raisonnement : l’évolution de la Flandre sous la tutelle espagnole.

La Flandre se compose alors du comté de Flandre et du duché de Brabant, tous deux largement acquis à réforme calviniste. Il s’agit donc, pour le très catholique roi d’Espagne Philippe II, de ramener ces hérétiques à la raison. La reconquista sera d’une extrême cruauté. Elle s’achèvera en 1582, avec la destruction d’Anvers, tandis que les provinces du Nord, sous la conduite de Guillaume le Taciturne, se libèrent du joug espagnol pour constituer les Provinces-Unies, préfiguration des Pays-Bas actuels. Grâce à la traduction de la Bible par les pasteurs, le néerlandais deviendra vite une langue pure et châtiée.

En Flandre, le catholicisme sera réimposé par la violence. Ici, pas question de traduction de la Bible. La population ne connaît que les dialectes.

Il est clair que sans le fanatisme de Philippe II, la Flandre n’aurait pas été coupée de son élément naturel, les Pays-Bas, dont Anvers aurait pu être la capitale.

Ce drame vécu par la Flandre au XVIe siècle, Verdi le relate fort bien dans son opéra « Don Carlos.

Mais revenons à 1830. Le Royaume indépendant de Belgique voit le jour en dehors de toute volonté populaire. Le Congrès National Belge est élu par à peine 2% de la population, ceux qui pouvaient payer le cens. Quant au choix du souverain, il nous sera imposé par Londres.

On se souvient de l’interview accordée par l’ex-Premier ministre Yves Leterme au journal français « Libération » en 2006 et dans laquelle il qualifie la Belgique d’accident de l’histoire. Peut-on lui donner tort ?

Talleyrand, dont on connaît les talents de diplomate, ne croyait pas aux chances de viabilité de ce nouveau royaume. En 1832, il déclara à la princesse de Lievin : Les Belges, ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation. Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation ; cette Belgique ne sera jamais un pays ; cela ne peut tenir.

En fait, dès le départ, la Belgique sera atteinte d’un cancer. Et la N-VA, créée en… 2001, n’y est strictement pour rien.

Comment, en effet, un tel Etat pouvait-il connaître une évolution sereine, lorsqu’on lit cette lettre adressée par Charles Rogier à Jean Raikem : Les premiers principes d’une bonne administration sont basés sur l’emploi exclusif d’une langue et il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira ainsi peu à peu l’élément germanique en Belgique.

Un génocide linguistique, donc. C’est précisément pour le contrecarrer qu’un Mouvement flamand  va se constituer assez vite. De nature culturelle au départ, il finira  par acquérir une dimension sociale et politique.

La grande majorité des francophones ignore aujourd’hui à quel point ce mouvement a dû lutter pour arracher les premières lois linguistiques et faire en sorte que la Flandre puisse se faire entendre dans l’hémicycle politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. A ses yeux, le flamand n’était que la langue des servantes et des valets.

Tout cela laissera bien évidemment des traces durables et contribuera à engendrer un fort sentiment national flamand. Pauvre Henri Pirenne, contraint, en 1930, de quitter l’Université de Gand, suite à la flamandisation de l’institution !

Persuadée que l’occupant allemand serait compréhensif à l’égard de ses revendications, le Mouvement flamand se mit à son service. La libération rapide des prisonniers de guerre flamands, dès le 6 juin 1940, fut douloureusement ressentie par les francophones.

Durant près de 130 ans,  la Wallonie s’était révélée étonnamment prospère. Composé en 1900, le « Chant des Wallons » exprime bien le dynamisme économique que connaissait la région : Au premier rang brille son industrie.

Mais le visage belge se mit subitement à changer, au bénéfice de la Flandre. L’économiste Michel Quévit explique : En Wallonie, les aides de l’Etat sont destinées à affronter les problèmes soulevés par le désinvestissement du privé qui se désintéresse  des secteurs traditionnels : rationalisation de l’outil industriel vieilli, avec pour conséquence les fermetures d’entreprises, et, pour effet collatéral, le gonflement du chômage régional. Dans le même temps, en Flandre, les aides servent à des investissements dans des secteurs inducteurs de croissance économique, créateurs d’emplois, d’innovation, de diversification et de développement des activités et cela dans toutes les provinces flamandes à cette époque.

Après des décennies de luttes pour trouver sa juste place sur l’échiquier politique belge, la Flandre avait ainsi fini par renverser la vapeur et  se rendre maître du jeu économique. La N-VA n’existait toujours pas, mais l’Etat-CVP veillait aux intérêts du Nord.

Avec la fixation définitive de la frontière linguistique, en 1962, la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat et n’aspirait plus qu’à l’autonomie culturelle pour constituer une véritable nation : un peuple, un territoire, une langue.

Ce sera chose faite avec la révision de la Constitution de 1970, qui, outre les conseils culturels, consacra l’existence des régions wallonne, flamande et bruxelloise.

La Flandre s’empressa de concrétiser le premier volet, mais, opposée à la mise sur pied d’une région bruxelloise à part entière, elle fit tout pour freiner l’application du second. La régionalisation définitive pour la Wallonie et la Flandre n’intervint qu’en 1980. Bruxelles dut patienter jusqu’en 1989. Pour qu’elle devienne région à part entière, les francophones sacrifièrent José Happart et sa cause fouronnaise.

Après la Seconde Guerre Mondiale, le fossé n’avait cessé de se creuser entre le Nord et le Sud. La Question royale, la guerre scolaire, la Grande Grève de 60-61, la fixation de la frontière linguistique avaient révélé des oppositions très nettes entre Flamands et Wallons. Sans parler de l’affaire du « Walen buiten » à l’Université de Louvain en 1968, qui engendra la scission du Parti social-chrétien en deux ailes linguistiques distinctes et amena les responsables politiques à entreprendre enfin la réforme de l’Etat.

Dès 1961, le syndicaliste liégeois André Renard avait prôné l’instauration du fédéralisme et exigé des réformes de structures. Mais l’action de son Mouvement Populaire Wallon rencontra l’opposition du Parti socialiste qui n’entendait pas renoncer à son organisation unitaire.

En 1974, le ministre de la Réforme des Institutions François Perin mit sur pied la régionalisation préparatoire, que les socialistes, alors dans l’opposition, s’empressèrent de boycotter. Ce n’est qu’en 1976 que le PSB se scinda à son tour – le Parti libéral l’avait fait en 1972 – et que les socialistes francophones présentèrent un projet de régionalisation définitive, lequel, comme je l’ai rappelé, ne se concrétisa qu’en 1980 au seul profit de la Flandre et de la Wallonie.

Soucieuse d’encadrer fortement sa minorité bruxelloise, la Flandre opta dès le départ pour la fusion Région-Communauté. Du côté francophone, les libéraux-réformateurs souhaitaient faire de même, mais ils se heurtèrent au veto du parti socialiste, qui craignait de voir son pouvoir se diluer et préférait garder la mainmise sur la Wallonie.

Depuis 1980, cela fait 38 ans ! la Région wallonne dispose donc d’outils propres pour assurer sa politique, et ces outils n’ont cessé de s’amplifier au fil des diverses réformes de l’Etat. L’argument consistant à porter la responsabilité sur l’Etat belge ne peut dès lors plus être retenu.

De 1980 à 2017, la ministre-présidence de la Région wallonne fut confiée, à deux exceptions près (le libéral André Damseaux en 1982 et le social-chrétien Melchior Wathelet de 1985 à 1988), au PS. Difficile, dans ces conditions, de nier l’influence déterminante que ce parti a pu avoir sur la gestion des affaires.

Et l’honnêteté nous oblige à reconnaître que cette gestion est loin d’avoir été concluante. Fin 2015, Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, le reconnaissait lui-même : La Wallonie n’a toujours pas décollé. La part de son industrie dans le PIB ne représente plus que 14,2%.

Le fossé entre la Flandre et la Wallonie est béant. Si le chômage wallon commence à baisser légèrement, il représente toujours plus du double de celui de la Flandre. Entre 1983 et 2015, le taux de chômage flamand a été réduit de moitié, passant de 10,7 à 5,2%. Les exportations flamandes ont connu en 2016 une hausse de 10,6%, avec un montant de 205,7 milliards d’euros, contre 42,6 milliards pour la Wallonie.

Et le député CD&V Hendrik Bogaert d’exprimer son incompréhension : Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, intervenue il y a plus d’un demi-siècle.

Dès le début des années 1990, le ministre-président flamand démocrate-chrétien Luc Van den Brande proposa de passer au confédéralisme, une idée qui fut adoptée en 1999 par le Parlement flamand. La N-VA n’existait toujours pas !

Il est clair que la Flandre n’entend plus se montrer financièrement solidaire d’une région qui, à ses yeux, est mal gérée et ne fournit pas les efforts nécessaires. En 2002, c’est le ministre-président flamand libéral Patrick Dewael qui déclarait : Chaque Flamand paie 815 euros pour son compatriote du Sud. Soit huit fois plus qu’un citoyen ouest-allemand débourse pour son voisin est-allemand. Amis wallons, attention !

Quant à l’actuel président du CD&V Wouter Beke, voici ce qu’il lâchait en 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun  pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

On le voit, la fibre nationaliste dépasse largement les limites de la seule N-VA !

Thierry Firolli voue Bart De Wever aux gémonies. Mais, comme le précisait François Perin dans son interview-testament  en 2011 : D’étape en étape, le Mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation. (…) Bart De Wever est dans la ligne et, logiquement, il dit « Nous voulons un Etat flamand indépendant ».

On peut certes ne pas partager le point de vue de Bart De Wever. Mais on ne peut lui reprocher d’être inconstant. L’ancien président du PS Guy Spitaels l’avait d’ailleurs lui-même reconnu : Il n’est pas « toursiveux », il dit clairement et brutalement ce qu’il veut. Je préfère cela aux « raminagrobis » qui disent « mais non, cela ne fera pas mal ». Ce De Wever ne me déplaît pas du tout !

Si la coalition Michel parvient à tenir – rien n’est moins sûr… -, les prochaines élections législatives et régionales auront lieu dans un an. Les derniers sondages indiquent qu’une coalition de gauche pourrait voir le jour en Wallonie. PS, PTB et Ecolo sont, en effet, crédités ensemble de 51,3% d’intentions de vote.

De quoi encourager Bart De Wever à mettre le projet confédéraliste sur la table des négociations. Car, avec 32,4% d’intentions de vote, la N-VA reste de loin la première force politique du pays.

Depuis 1830, le cancer n’a cessé de ronger la Belgique. Il pourrait connaître sous peu sa phase ultime. Talleyrand l’avait prédit dès 1830. Et Bart De Wever n’a vu le jour qu’en 1970…

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dangereuses », Mon Petit Editeur, 2016.