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Invitation à participer demain 04 août au centenaire de Liège 14 – 18

Demain 04 août sera le jour phare à Liège des commémorations du début de la guerre 14-18. Pas moins de 33 chefs d’Etat ou de gouvernement participeront à l’événement. Les forces de l’ordre sont sur les dents. Le public sera interdit d’accès au monument interallié de Cointe où, à 11.00, chefs d’Etat et de gouvernement se recueilleront. Sur le parcours emprunté par le cortège officiel, il sera interdit aux habitants d’ouvrir leur fenêtre. Il est vivement conseillé à la population qui voudrait se déplacer pour participer de se concentrer Place Saint-Lambert où des écrans géants retransmettront les images de la manifestation. La télévision retransmettra l’événement en direct.

Nous avons puisé sur le site de la Province de Liège d’autres activités qui pourraient intéresser les citoyens :

* Théâtre urbain
de 11h à 15h Parcours entre les places du Marché, Saint-Lambert et Saint-Etienne
par la Compagnie Sandra Proes

* Bivouac 14-18 de 11h à 16h Espace Tivoli Reconstitution de l’atmosphère de l’époque
avec décors et figurants, groupe de militaires avec tenues et équipement d’époque. Chevaux et chiens. Musiques militaires.

* Place de l’Opéra et place Saint-Lambert. Prestations de différentes musiques militaires.Patrouille de France et Force aérienne belge.Vers 15.00, survol de la Place Saint-Lambert

* Trivial Pursuit géant Place Saint-Lambert « La Grande Guerre, Liège 1914-1918 », 20×20 mètres, 330 questions. Démonstration d’anciens métiers.

* de 11h à 15h Cloitre du Musée de la Vie wallonne Place du Marché
Liège Expo 14-18.

* Ouverture samedi 2 août au Musée de la Vie wallonne et à la Gare de Liège-Guillemins de l’exposition « Comme en 14 ».

* Du 1er août au 30 septembre Dans les restaurants, brasseries et cafés participants, mise en valeur des plats typiques et familiaux de cette époque.
Danses traditionnelles.

* à 11h Place Saint-Lambert, danses par les Djoyeûs Potcheûs.

Les tenants de l’ Alliance de la Wallonie avec la France seront attentifs à la commémoration de la remise de la Légion d’Honneur à la ville de Liège pour son héroïque résistance face à l’invasion allemande. A 15.00, le Président de la République française gravira les marches de La Violette, ainsi se nomme l’Hôtel de Ville de Liège, pour fêter dignement cet anniversaire. Peu avant 15.00, la Patrouille de France survolera la Place Saint-Lambert.
Nous invitons tous les membres et sympathisants de l’ A.W.F. à se retrouver dès 14.00 Place Saint-Lambert pour participer à un anniversaire qui nous tient particulièrement à cœur.

A Liège le 4 août

La Wallonie jumelée avec la France, c’est déjà une réalité pour un grand nombre de communes wallonnes. Active sur ce terrain des relations privilégiées avec la France, la Province de Liège, elle-même jumelée avec les départements du Rhône et des Côtes jumelagesd’Armor, organise assez régulièrement des « retrouvailles des jumelages franco-liégeois ». De son côté, la Ville de Liège, avant de se donner un profil plus international, s’est jumelée avec Nancy (1954) puis avec Lille (1957), de manière à former un triangle englobant la Wallonie.

Indépendamment de ces jumelages, il faut rappeler combien Liège a regardé vers Paris plutôt que vers Bruxelles (au temps de la Principauté de Liège, la fête nationale des Liégeois célébrait une victoire remportée en 1213 sur le duc de Brabant, et la révolution liégeoise, en 1789, suivit de près la révolution française : « Voyez Paris et tremblez », lançait alors Bassenge au très impopulaire Hoensbroeck). Bien sûr, la Grande Guerre, dont on commémore le centenaire, a donné un relief particulier à ce lien qui plaçait déjà Liège dans l’orbite de Paris, car, en 1914, c’est Paris qui a voulu ostensiblement rendre hommage à la ville de Liège.

Nous avons déjà évoqué ici l’atmosphère qui régnait à Liège quand, une fois la guerre finie, le président Poincaré est venu remettre la Légion d’honneur à la ville qui, la première, avait fait obstacle à l’attaque allemande. François Hollande, l’actuel président de la République française, sera présent à Liège le 4 août prochain et, en marge des cérémonies officielles, il se rendra à l’hôtel de ville pour rappeler cet hommage de la France à la Cité ardente.

ambiance 1914Le même jour sera dévoilée au centre de la ville de Liège une très grande fresque (360 m2) représentant la station de métro « Liège » à Paris (lire ici l’article du journal L’Avenir). Ce sera une journée très festive, ambiance « belle époque ». Consultez le programme édité par la Province de Liège. (G.R.)

La Belgique de Bart De Wever (Belgie Bart)

Silence, on négocie.

gouvernement la flamandeIl faudra cesser d’opposer la Belgique à Bart De Wever car, désormais, ces deux-là vont se confondre. (Pour illustrer cet article, nous avons choisi une caricature de Clou, publiée dans La Libre.)

65 à 20 députés : voilà, sans doute, le nouveau rapport de force au parlement fédéral, là où la Belgique existe encore. Avec le soutien d’une écrasante majorité d’élus flamands, auxquels devraient s’associer les 20 députés du MR francophone, la Belgique aura sa coalition gouvernementale : il y aura, d’un côté, trois partis qui veilleront aux intérêts de la Flandre, en bonne entente avec le gouvernement flamand, puisqu’ils y seront aussi partenaires, et, de l’autre, un parti laissé dans l’opposition en Wallonie et à Bruxelles, un parti qui, en revanche, occupera la moitié des ministères fédéraux, un parti dont la visibilité sera inversement proportionnelle au poids réel, ce qui en fera une cible facile.

On aura certes évité la crise de régime et reculé la perspective d’une séparation de velours, jusqu’aux prochaines élections fédérales. A condition d’enlever le rouge de son drapeau, la Belgique, en noir et jaune, peut encore un peu fonctionner, avec la bénédiction d’un Bart De Wever tout heureux de montrer aux électeurs flamands qu’avec lui les choses bougent dans le bon sens. La main sur le cœur, on promet qu’il n’y aura pas de guéguerre communautaire au gouvernement flamand/belge (biffer la mention inutile), mais seulement une coalition des droites autour de la N-VA, dont le projet s’inscrit dans la dynamique du mouvement flamand vers la plus grande affirmation de la Flandre : Alles voor Vlaanderen…

A Bruxelles et en Wallonie, il faut s’attendre à des rapports difficiles entre le gouvernement fédéral et le pouvoir régional. En principe, on ne se moquera plus du coq wallon dans les médias francophones. Le PS et le CDH devraient logiquement cesser d’agiter des drapeaux belges à la moindre occasion. Quant au MR, il défendra l’action de ses partenaires du gouvernement flamand/belge (biffer la mention inutile) et sera, par la force des choses, poussé à donner la Flandre en exemple et à plaider, plus ou moins explicitement, pour une « flamandisation » des deux régions francophones, au nom de la prospérité de la Flandre et de l’attachement des Belges à la Belgique (au tour du MR de profiter de l’effet « diables rouges » : après tout, Wilmots avait choisi le MR quand il s’était lancé en politique).

La partie est loin d’être jouée. On ne sait pas combien de temps cette Belgique nouvelle va tenir, ni comment Kris Peeters et Bart De Wever vont y faire leur nid. Ce qui est sûr, c’est que les grandes manœuvres ont commencé.

G.R.

Les analyses de Jacques Lenain

« La nation belge est morte, et l’Etat belge est condamné, car la nation flamande en pleine affirmation d’elle-même aboutira à la création de son propre Etat. »

Citoyen français, haut fonctionnaire de la République (il a été Directeur du Fonds de solidarité vieillesse de septembre 2001 à septembre 2010) aujourd’hui retraité, Jacques Lenain a découvert la réalité belge il y a une douzaine d’années, après la lecture du « Choix de la France » de Paul-Henry Gendebien.

Jacques Lenain portrait« Cette question belge concerne très directement la France, avec une portée toute importante. Et particulièrement favorable : un patriote français ne peut que se réjouir devant la perspective de voir son pays s’enrichir de trois millions et demi ou quatre millions et demi de nouveaux concitoyens, culturellement déjà pleinement assimilés et dont l’intégration politique et institutionnelle ne pourra être que facile et rapide. Aussi, je m’y suis intéressé de manière croissante. »

Jacques Lenain publie ses analyses sur le blog qu’il a créé en 2010. Ce blog, intitulé « Belgique française » (http://www.belgique-francaise.fr/introduction/home), est un manifeste en faveur d’une Belgique francophone intégrée dans la République française avec ses structures et son identité propres. Il y développe le concept d’union-intégration.

Il s’en explique :

« Force m’a été de constater que cette réunion de la Wallonie à la France, avec Bruxelles, cette « grande idée », n’allait pas se concrétiser aisément. Parce que l’Etat belge a su construire, depuis deux siècles, un système d’allégeance au Royaume particulièrement efficace et une image de la France « affreusement jacobine » et « terriblement laïque » particulièrement repoussante. Si bien que cette idée est encore peu défendue en Belgique, et très mal défendue, car la plupart des rattachistes franco-belges, et P.-H. Gendebien précisément, par ignorance de l’évolution du cadre politique et institutionnel français, et par hostilité très excessive à l’héritage institutionnel belge, ont défendu jusqu’à présent un mode d’absorption de la Wallonie voire de Bruxelles par la France qui passerait par la disparition totale dudit héritage, en faisant ainsi fi de deux siècles de construction juridique belge et de trente ans d’autonomie régionale de la Wallonie et de Bruxelles. Et parce qu’ils n’ont pas su se créer un appui actif en France, où la question belge restait presque totalement ignorée il y a trois ans encore. Ils ne sont donc pas entendus. Milieux dirigeants et élites actives de Belgique « francophone » préfèrent la tutelle flamande, très pesante mais bien connue, à une assimilation française, trop crainte parce que mal comprise.

« Il n’empêche que la crise belge s’est accélérée et approfondie, depuis 2007 précisément, après trente ans d’une illusion sur la permanence du Royaume entretenue par la transformation de l’Etat belge en Etat fédéral. La prolongation artificielle de cette continuité par une nouvelle réduction de l’Etat central pour satisfaire l’appétit national flamand dans l’attente du règlement du sort de Bruxelles, dernière et unique obstacle à la dissolution du Royaume, ne peut plus continuer à faire illusion. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de préparer sa dénaturation et/ou sa fin. Il me parait que les « francophones » de Belgique doivent désormais choisir entre l’acceptation d’une tutelle colonisatrice flamande, de plus en plus envahissante, ou une forme de libération, celle en apparence illimitée mais très incertaine et dangereuse d’un Etat propre sans la Flandre, ou celle, suffisante et solide bien que limitée, que peut apporter une appartenance à la France, sous la condition que la République sache faire une offre séduisante, et convaincante une fois négociée.

« Pour ma part, j’essaie donc de contribuer, tant côté français que côté belge, à promouvoir, au-delà du constat à faire partager que l’Etat belge est frappé d’un mal mortel qui peut l’emporter à tout moment, un modèle de réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France qui soit respectueux de leur identité et de leur autonomie, et qui garantissent aux populations wallonne et bruxelloise le maintien des services publics et des protections sociales dont ils bénéficient dans le présent cadre belge. Un modèle qui peut donc prendre appui sur le fait que la République française, République décentralisée comme l’affirme désormais sa Constitution, peut offrir à la Belgique française un statut particulier d’autonomie apte à permettre son intégration progressive et harmonieuse dans l’ensemble français. »

Nous reprenons ici des analyses que Jacques Lenain a publiées sur le site de l’AWF :

1. En 1860, Nice et la Savoie sont rattachées à la France. A bien des égards, il s’agit d’un cas de figure identique à celui de la Wallonie (et de Bruxelles) : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2012/01/15/un-precedent-nice-et-la-savoie/

2. Le regard de Jacques Lenain sur la « Fédération Wallonie-Bruxelles » : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2012/01/06/la-fwb-sous-la-loupe-de-jacques-lenain/

3. Sur le tracé des frontières : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/11/27/saint-nicolas-est-wallon/

4. Sur l’avenir de Bruxelles : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/21/comment-jacques-lenain-voit-lavenir-de-bruxelles/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/27/bruxelles-ville-internationale/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/05/et-si-bruxelles-faisait-le-choix-de-la-flandre/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/18/le-plan-b-francophone-une-chimere/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/29/la-chimere-wallo-brux-ii/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/06/16/pour-en-finir-avec-le-plan-b/

5. Le débat est ouvert :                    https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/09/la-france-et-pas-le-wallo-brux/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/07/06/debat-letat-wallonie-bruxelles-une-etape-necessaire-ou-le-dernier-songe-belgicain/

Vacances, la France en tête

Cela sent les vacances. Le soleil s’impose enfin dans le ciel et dans les esprits. Il semblerait qu’à Namur, le PS et le CDH soient près d’un accord pour gouverner la Wallonie, où l’on Wallonie chaleur de vivrene pense déjà plus qu’à la chaleur de vivre. En Flandre, il y a les incertitudes autour de l’avenir de Kris Peeters mais, à part ça, la plaine est fumante et tremble sous juillet. La formation d’un gouvernement fédéral reste au frigo, le temps que l’été passe.

apéroAh le petit vin blanc qu´on boit sous les tonnelles… A l’heure de l’apéro, beaucoup de Wallons sont heureux de vivre en France. Il est vrai que le soleil brille ailleurs qu’au pays du guide Michelin, l’offre touristique a fortement augmenté dans le monde et la démocratisation du transport aérien profite davantage aux destinations plus lointaines. Mais en France, un Wallon se sent quand même un peu chez lui.

Le succès du Tour de France est en partie celui des paysages qu’il donne à voir. Avec ses montagnes et ses bords de mer, ses villes patrimoniales et ses petits villages tranquilles, la France nous est familière, et son pouvoir de séduction reste intact. La France est la première destination touristique du monde et le tourisme constitue un secteur clé de son économie. Il représente plus de 7% du PIB et deux millions d’emplois directs et indirects. Pour autant, la filière doit s’adapter pour faire face à la concurrence des autres pays et capter l’augmentation du flux touristique mondial. Celui-ci doit doubler d’ici à vingt ans, passant de 980 millions à 1,8 milliard de visiteurs internationaux annuels.

Cette information, reprise sur un site gouvernemental français (lien), rappelle que les vacances, au pays des 35 h/semaine, c’est aussi bon pour l’économie. Il s’agit même d’un secteur d’avenir, dont la croissance apportera de la richesse et des emplois, à condition de ne pas s’endormir sur ses lauriers car, première destination mondiale avec 83 millions de touristes étrangers, la France est seulement troisième pour ce qui est des recettes. Un enjeu majeur consiste donc à renforcer l’offre touristique pour améliorer l’attractivité de la France, et ainsi devenir la première destination touristique mondiale en termes de touristes et de revenus.

Dans un marché global où, de plus en plus, les pays sont comparables à des marques, voire à des produits de consommation, la France occupe encore une place de choix. La Wallonie gagnerait sans doute à s’y associer. Selon un rapport élaboré en 2010 par le Département du tourisme de Wallonie (lien), le secteur touristique wallon génère près de 60.000 emplois (équivalents temps plein) et représente 5 % du P.I.B. Il dispose d’un important potentiel de création d’emplois directs et indirects difficilement délocalisables et constitue un axe de développement économique certain.

G.R.

Pour en finir avec le foot

Thierry LuthersC’est toujours une fête de l’entendre commenter un match à la radio : Thierry Luthers, qui jongle avec les mots comme d’autres avec un ballon, sera de la partie ce soir pour allumer le feu du 14 juillet liégeois. Pas de football au programme mais un récital Johnny Hallyday, dont Thierry Luthers interprétera les tubes avec l’ardeur bien liégeoise qu’on lui connaît. (Tiens, qui se souvient que Johnny a chanté « On est tous ensemble… Allez les bleus on est tous avec vous » ?)

Moins festive, et pour en finir avec la coupe du monde de football, loin du sport-spectacle et des émotions qu’il peut générer, voici la réflexion critique de Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’éducation nationale en France. Publié dans le Figaro du 19 juin passé, ce billet d’humeur n’est pas vraiment une invitation à chanter dans la rue, à lâcher prise, à délirer tous ensemble. Il suggère qu’il n’y a pas que le foot dans la vie. On avait presqu’oublié…

Le nouvel opium du peuple

Luc FerryTout va bien puisque, l’autre soir, 16 millions de Français ont trouvé divertissant de regarder sur TF1 une poignée de gamins milliardaires courir après leur ballon. C’est à dessein que j’emploie le mot « divertissant », car de bonnes âmes m’expliquent que le foot, fort heureusement, est là. Là pour que les « vrais gens », pas les intellos à la noix, puissent enfin penser à autre chose, se changer les idées, – comme si l’activité de pensée leur prenait tant d’énergie d’ordinaire qu’il fallait bien, les pauvres, les distraire un peu. Si j’ai le malheur de faire, fût-ce légèrement, la moue, la réprimande tombe aussitôt, réglée comme du papier à musique : ne pas participer à l’enthousiasme général est le signe d’un mauvais fond, une forme détestable de « distinction », au sens que Bourdieu donnait à ce terme : un mépris des élites à l’égard du peuple, une manière arrogante de se mettre au-dessus du lot, de faire valoir son « capital symbolique » en opposant la « haute culture » à la « culture de masse ». Bien plus, souhaiter que la France perde pour être enfin débarrassé du flot médiatique proprement délirant qui entoure chaque match sur toutes les chaînes et à toute heure… est une honte, un manque de patriotisme abominable. Comme si une équipe de sport était d’un seul coup, non pas même un représentant de la France, mais la France elle-même, la nation à l’état essentiel, chimiquement pur.

Qu’on me comprenne bien. Je le dis et le redis : je n’ai rien contre le foot en tant que tel. (…) Simplement, on en fait trop, mille fois trop, et ça devient insupportable. Les médias d’abord, qui vont à la soupe comme des veaux à la mangeoire. Les politiques, qui par peur de manquer le train, montrent leur bouille à qui mieux mieux dans le poste pour se livrer à des commentaires pseudo-éclairés où leur démagogie s’expose davantage que leur intelligence. Les supporteurs enfin, qui ne brillent ni par le goût ni par l’esprit, mais témoignent en revanche d’un chauvinisme aussi impressionnant que leur capacité à avaler de la bière.

Laissons passer l’orage, donc, puisqu’il n’y a rien à y faire. Gageons toutefois que, comme avec toute drogue, le réveil n’en sera que plus rude et qu’il est temps, grand temps, que les hommes de bonne volonté, de droite comme de gauche, se réveillent eux aussi… pour proposer une solution à ce pays que le nouvel opium n’abêtira pas indéfiniment.

C’est vrai, quoi. Il n’y a pas que le foot dans la vie. Il faut en relativiser l’importance. Après tout, le basket-ball et le handball sont aussi des sports d’équipe et, dans ces deux disciplines, la France est championne d’Europe en titre. Et cela ne change pas la vie des Français.

France championne d'Europe

Ceci n’est pas du chauvinisme

Voilà, c’est fini l’ivresse. Une fois que les dieux du stade ont chuté, le ciel est vide et bonjour la gueule de bois. Adieu les rêves de grandeur, mais… non, en Belgique, on veut Kroll, diables rougesprolonger les bons moments. Les Diables rouges cristallisent tout ce qu’il reste de la nation belge. Alors, même si l’équipe a parfois déçu les observateurs neutres, on la porte aux nues, avec la conviction qu’elle sera bientôt la meilleure du monde. On se l’arrache, on la vampirise, on savoure à l’avance un moment de grâce, on reste en apesanteur aussi longtemps qu’on peut, dans le déni vertigineux d’une Belgique en phase d’implosion.

Cela vaut peut-être mieux que d’imploser en plein match, comme le Brésil, dont l’effondrement laisse un pays KO, confirmant, si besoin en était, que la coupe du monde de football est bien plus qu’un jeu, bien plus qu’une fête, et que les joueurs portent une responsabilité qui, parfois, les écrase.

Les Diables rouges ont du talent et leur popularité est réelle en France (où plusieurs d’entre eux ont pris leur envol), mais les supporters belges s’y attachent avec une jalousie féroce. On ne rigole pas avec la fierté d’un pays qui peut disparaître. Aux yeux des Belges, illuminés par ces étoiles, tout est déjà en place pour qu’une équipe de légende écrive un diables rouges le retournouveau roman national, une épopée, l’histoire d’une conquête, et malheur à celui qui oserait douter des idoles autour desquelles la Belgique entière est appelée à communier : Wilmots, Kompany, Hazard, Courtois… Ces héros magnifiques eux-mêmes appartiennent au peuple belge et, ce 7 juillet, on les a poussés, bon gré mal gré, à entrer dans une joyeuse farandole à leur retour du Brésil. La politique s’en est mêlée et la presse a dénoncé le peu d’empressement des joueurs à plonger dans la foule après une élimination qu’ils ressentent comme un échec. Faut maintenir le public belge à bonne température…

Cet engouement qui traverse la société belge, c’est aussi le résultat du battage médiatique et de l’exploitation commerciale du phénomène « Diables rouges », cela n’a fait que rendre les Belges un peu plus dingues de leur équipe. A partir de maintenant, plus question de lâcher les Witsel, De Bruyne, Fellaini… c’est la fête en permanence. Où commence la manipulation des masses ?

Ce pays, dont l’avenir politique est très incertain, bascule volontiers dans les émotions collectives. Il y a comme une exaltation qui surcompense un doute existentiel. On se retiendra de généraliser, bien sûr, il faut nuancer. La confusion entre le football et la politique est surtout francophone. En Flandre, on peut supporter les Diables rouges et voter pour la N-VA dont les représentants s’exciteraient davantage avec une équipe nationale flamande. Il va de soi, par ailleurs, qu’il y a des supporters plus enivrés que d’autres, avec un niveau d’abrutissement très variable aussi, dans ce cocktail de passion guerrière et de grand carnaval. La fête n’a pas le même sens pour tout le monde. Compensation narcissique, défoulement populaire et dérapages en tout genre : la victoire, ici comme ailleurs, n’a pas que des effets glorieux.

Il ne faut pas bouder sa joie d’avoir une équipe de football compétitive, elle donne à la Belgique un sentiment d’exister que seul le football peut lui donner. Par les temps qui courent, cela tient déjà du miracle et il est normal que les Belges, en bons supporters, cèdent à la passion d’une identité collective où se bousculent toutes les formes de l’affirmation de soi. Cela ne vole pas toujours très haut. Les Belges ont bien sûr le droit d’avoir des réactions très ordinaires, mais cela ne leur ferait pas de mal de s’en rendre compte. Ou peut-être que si.

« La si douce Belgique, dont le sentiment national est habituellement inversement proportionnel aux scores de la N-VA, donne, à l’occasion de cette Coupe du Monde au Brésil, le spectacle de cette ivresse du « nous » dans laquelle même les esprits les plus avertis sombrent avec délice, du déchainement sans retenue d’un chauvinisme que l’on disait réservé aux autres et en particulier à ces si arrogants voisins français. C’est même cela qui est étonnant : la Belgique est un pays comme un autre, contrairement à ce qu’il [le Belge] aime à croire. Dès que l’occasion fait le larron, il est chauvin, nationaliste, arrogant, sans aucun sens de cette fameuse « autodérision » dont on a fait de ce côté-ci du Quiévrain un trait de caractère national qui n’est réservé qu’aux Belges 100 % d’origine…» Nous allons le voir, pour avoir osé de tels propos dans la Libre, Jean Quatremer, le correspondant du Libé à Bruxelles, a été repris de volée par le rédacteur en chef du journal bruxellois.

Jean Quatremer est l’homme par qui le scandale arrive. Il en avait déjà consterné plus d’un l’année passée en brossant un portrait peu complaisant de la ville où il travaille : « Pour les fortunes françaises désireuses de fuir l’impôt hexagonal, Bruxelles a deux atouts : son climat fiscal et sa proximité… Cette proximité est même une nécessité si l’on veut préserver son moral, car… le choc de l’arrivée à destination risque d’en laisser plus d’un sur le carreau tant la capitale belge est laide et sale… Pour décrire ce n’importe quoi qu’est devenue, depuis la fin des années 50, la capitale belge, les urbanistes ont inventé un terme…» Pas sûr que son avis sur Bruxelles ait changé mais, ici, dans le contexte inhabituel de la coupe du monde de football, ce qui a surpris Jean Quatremer, c’est un inconfort de nature bien différente : « Il est pénible d’être français en Belgique en ce moment ».

Ce qui frappe, en effet, chez le supporter belge francophone, c’est son besoin d’exister par rapport à la France. Rien, dans le déroulement de la coupe du monde, ne l’incitait à faire une fixation sur la France et les Français, si ce n’est qu’il en partage la culture à tous les étages, qu’il regarde la télévision française en n’étant pas de France, avec ce que cela suppose de vague sentiment d’exclusion compensé par la joyeuse affirmation de sa différence, souvent crispée, tendue, parfois agressive et croquignolesque, pour ne pas dire imbécile. Il y a bien sûr une rivalité naturelle entre des collectivités géographiquement et culturellement si proches, mais on touche ici à un réflexe, encouragé par les médias, qui pourrait nuire à la réflexion politique en Wallonie. La libération d’une parole francophobe, dans un contexte où le sentiment d’appartenance est exacerbé, révèle un des problèmes de l’identité belge. Alors que la Flandre, presque étrangère, a de la Belgique une conception très différente de la sienne, le Belge francophone s’arc-boute sur ce pays déliquescent pour maintenir la France à distance.

A part Jean Quatremer, il semblerait que les Français de Belgique aient fait le choix de ne pas relever ce goût pour l’invective anti-française. Mieux : au journal Le Soir, François Tron, l’ancien dirigeant de France Télévisions (devenu en 2008 le directeur des programmes télé à la RTBF) a conforté la (relative) francophobie ambiante en déclarant que « les Français sont chauvins mais, dans le cas des Belges, je préfère parler de fierté car le chauvinisme induit de la mauvaise foi, des excès et un certain manque d’élégance ». On ne saurait mieux définir ce que chacun a pu lire sur les forums des médias belges : « de la mauvaise foi, des excès et un certain manque d’élégance », en particulier quand il s’agissait de la France. Insignifiant, peut-être. En tout cas, pour le Français Benjamin Nicaise, ancien joueur de Mons et du Standard, devenu consultant de la RTBF, il ne faut pas confondre un Belge et un Français : « Le Français est un chauvin provocateur et hautain, plus arrogant parce que cela fait partie de son héritage. Dans le cas du Belge, j’ai l’impression que le chauvinisme est d’abord et avant tout un prétexte pour faire la fête. »

Pas d’accord, insiste Jean Quatremer : « Il n’y a pas de différence. La grande différence, c’est qu’en France ou ailleurs, on ne passe pas son temps à dire qu’on n’est pas chauvins et qu’on est très différents des autres. Le problème de la Belgique, c’est que les gens passent leur temps à dire qu’ils ne sont pas chauvins, pas nationalistes, etc. En réalité, c’est complètement faux. Et c’est pour cela que je m’en moque…»

Evidemment, un Français qui se moque des Belges, c’est un vrai casus belli, faut pas jouer avec ça. Le reste du monde, y compris la Flandre, on ne comprend pas vraiment ce qui s’y dit, mais la France et les Français, ces éternels donneurs de leçons, ce sont nos voisins de palier, on leur en ferait bien voir, de temps en temps. Pas étonnant que Francis Van de Woestyne, le rédacteur en chef de la Libre, réponde à Jean Quatremer par ces mots : «Votre dernière chronique m’a laissé des coliques».

Quatremer, La LibreCeci n’est pas du chauvinisme, comme l’aurait sans doute écrit Magritte : le Belge est un francophone décomplexé, sympathique, ouvert sur la diversité, jamais bouffi de sa propre importance, et c’est pour ça que les Français l’adorent, et c’est pour cela qu’ils l’envient, et c’est pour cela, oui-oui-oui, voilà-voilà. Pauvre B…, comme écrivait Baudelaire qui, sur ce coup-là, aurait mieux fait d’économiser son encre. Au fond, cela ressemble à un combat… de coqs. Dans la nouvelle configuration du monde, avec une France qui se cherche et une Wallonie peuplée de Belges en état d’hypnose, il serait temps de dépasser ces querelles de voisinage aux accents finalement très… franco-français.

Georges R.

Pierre Hazette à propos des inspecteurs lauréats en colère

Parce que le bon fonctionnement de la société wallonne est notre affaire à tous, il nous a semblé pertinent de faire écho à la colère de ces enseignants qui, après avoir réussi le concours pour devenir inspecteur, ont dû finalement laisser la place à d’autres (voir l’article en question).

Afin de ne pas en rester là, nous avons demandé à Pierre Hazette, ancien ministre de l’éducation, de bien vouloir s’exprimer sur ce sujet. Nous le remercions d’avoir donné suite à cette demande. Voici sa réaction.

L’INSPECTION DE L’ENSEIGNEMENT FRANCOPHONE.

UN CAS D’ECOLE !

Pierre Hazette, l'avenirRésumons une situation qui, quoi qu’on pense, ne relève pas de l’exception en Wallonie et à Bruxelles :

1/entre deux épreuves conduisant aux brevets offrant l’accès aux fonctions de promotion, le temps passe et les réserves de lauréats s’épuisent;

2/en l’absence de candidats brevetés, la ou le ministre pare au plus pressé et désigne librement, sous sa seule responsabilité, du personnel « faisant fonction »;

3/ce personnel intérimaire ne peut être nommé sans avoir réussi au préalable l’épreuve qui conduit au brevet;

4/la ou le ministre doit organiser l’épreuve et son administration doit en la circonstance prendre toutes les mesures qui assurent la régularité de l’opération sous une double contrainte :

a) ne pas conférer d’avantage aux agents faisant fonction, puisque leur désignation n’a pas respecté le principe d’égalité entre citoyens,

b) ouvrir l’épreuve à tout candidat potentiel porteur des titres requis et justifiant une ancienneté de fonction conforme aux exigences.

Tout candidat est informé des conditions à remplir.

Dans le contexte où nous évoluons, l’administration a confié au SELOR, institution au-dessus de tout soupçon de manœuvre partisane, l’organisation de l’épreuve de sélection.

Les résultats des tests du SELOR éliminent des inspecteurs faisant fonction et offrent le brevet à des candidats sans expérience.

La ministre suit le mouvement et remplace les inspecteurs non classés par les lauréats.

Ceux-ci prennent donc la place de ceux-là qui retournent devant leur classe ou reprennent leur fonction antérieure à la direction de leur établissement.

Ces inspecteurs évincés introduisent au Conseil d’État un recours en annulation de l’épreuve du SELOR et la Haute Juridiction leur donne raison au grand dam des lauréats, qui de leur côté réclament justice.

Cet imbroglio administrativo-judiciaire met dans une difficulté extrême un corps d’élite de l’enseignement francophone. Le dommage est énorme tant l’encadrement des jeunes enseignants ou des professeurs recrutés malgré leur manque de titres pédagogiques, relève de la nécessité urgente.

La première responsabilité de cette situation kafkaïenne réside dans la lenteur de l’exercice du pouvoir. L’épuisement de la réserve d’agents brevetés est un phénomène prévisible et maîtrisable. Il offre au ministre la capacité de désigner des faisant fonction sans rendre compte à quiconque. On peut soupçonner la tentation de servir par là une politique partisane.

La deuxième responsabilité se révèle dans l’imprudence de l’administration. De nombreux précédents illustrent la tendance invasive à la contestation administrative ou judiciaire des actes ou décisions émanant du ministère. Le mal se répand de la contestation des conseils de classe à la désignation des inspecteurs ou des directeurs généraux. La prudence eût consisté à retourner toutes les pierres, comme disent les enquêteurs anglais, à prendre l’avis préalable du Conseil d’État ou de consultants de haut vol.

Dans la recherche des responsables, on ne peut rien retenir ni contre les inspecteurs faisant fonction qui se sont défendus, ni contre les lauréats du SELOR qui ont joué le jeu selon les règles qui leur étaient proposées.

Au contraire, les uns et les autres ont subi des préjudices.

Dès lors se pose la question : si préjudice il y a, à qui incombe la réparation ?

Pourra-t-on tolérer longtemps encore que des erreurs soient commises sans que leurs auteurs aient à en supporter les conséquences et en rejettent la charge sur la collectivité ?

Dans l’état de délabrement des finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la responsabilisation financière des décideurs et de leurs conseillers serait sûrement un gage de bonne, de meilleure gouvernance.

                                                                           Pierre HAZETTE

                                                                          Sénateur honoraire

                                                                             Ancien ministre.

« De la vraie nature du CDH »

Quitte à ce que la Belgique implose, autant que ce ne soit pas en offrant ses services à la N-VA. Capituler sans combattre et passer sous les fourches caudines des nationalistes flamands, au risque de transformer la Wallonie en un simple hinterland du port d’Anvers, il n’en est pas question pour le CDH. C’est une position qui se défend. Même si Bart De loup bergerieWever a tout fait pour apparaître inoffensif, il est permis de le voir comme le grand méchant loup qui frappe à la porte de la bergerie. A quoi bon s’accrocher à la Belgique, si celle-ci, démantelée au gré des intérêts flamands, ne fait que retenir une Wallonie déliquescente dans les griffes d’une Flandre plus forte et plus égoïste. On pourrait même ajouter : plus on cède et plus on s’affaiblit et plus il sera difficile de se défendre en cas de divorce.

Quoi qu’il en soit, on ne peut pas reprocher au CDH de manquer de cohérence, et de vouloir participer au pouvoir à n’importe quel prix, puisqu’il a refusé le grand écart entre une alliance avec la N-VA au fédéral et une alliance avec les socialistes en Wallonie et à Bruxelles. (G.R.)

Bien sûr, un autre point de vue est possible. Dans une récente carte blanche publiée dans le Soir et dans le Knack, Jules Gheude dénonce l’attitude du CDH. Voici son texte, intitulé « De la vraie nature du CDH » :

Jules Gheude bisLe président du CDH, Benoît Lutgen, a donc apporté une fin de non-recevoir à la note soumise par l’informateur Bart De Wever.

Cette décision – irréversible, a-t-il été précisé rue des Deux-Eglises – a été accueillie très fraîchement, c’est le moins qu’on puisse dire, du côté des éditorialistes flamands, toutes tendances confondues.

Ainsi, pour Bart Eeckhout du « Morgen », cette carotte de papier aurait même su convaincre le PS.

Dans « Het Laatste Nieuws », Jan Seghers se montre particulièrement virulent à l’égard du CDH, un petit parti de rien du tout qui rétrécit à chaque lavage. Même si ce nain grimpe sur les épaules du PS, il n’est pas aussi grand que la N-VA. Pourtant il se permet le luxe de priver la Flandre du gouvernement de centre-droit qu’elle a demandé.

Pour Bart Haeck, dans « De Tijd », le fait que le CDH oppose son veto à une politique soutenue par près de trois électeurs sur quatre en Flandre risque de créer une amertume démocratique mal vue et dangereuse à propos de la Belgique en Flandre. Le journaliste constate, en outre, que Bart De Wever ne demande presque rien pour faire entrer la N-VA au gouvernement fédéral. Ici, personne ne peut reprocher à la N-VA d’être un parti radical ou déraisonnable. Le parti ravale tout ce qui a trait à l’article 1 de ses statuts.  

Son de cloche identique dans « Gazet van Antwerpen » où Lex Molenaar constate que sur base de sa note d’informateur, il n’y a rien à reprocher à De Wever.

Enfin, pour Bart Sturtewagen du « Standaard », personne ne s’était attendu à ce que le non du CDH soit aussi radical. En agissant de la sorte, le CDH s’est scotché aux socialistes francophones pour une génération.

Le constat n’est pas seulement sévère du côté flamand. Ainsi, dans « La Libre Belgique », Francis Van de Woestyne n’hésite pas à parler de jeu dangereux :

En refusant d’entamer des négociations avec la N-VA, les humanistes francophones ont donné raison à Bart De Wever et ont versé des quantités d’eau fraîche à son moulin. Désormais, la seule manière pour les Flamands de mener une politique de centre-droit en Belgique, c’est bien d’accentuer la Belgique confédérale. Il était au contraire possible de démontrer que l’on pouvait gouverner la Belgique au centre-droit dans le cadre institutionnel actuel. L’occasion est manquée. (…) Curieux : cette note n’était pas à prendre ou à laisser, c’était une base de discussion. Mais le refus net du CDH, celui de s’inscrire, même théoriquement, dans une discussion avec des partis de centre-droit, ne pourra que pousser la Flandre à se replier sur elle-même et à réclamer encore et encore de nouvelles compétences et de nouveaux pouvoirs.

En 2007 déjà, Joëlle Milquet, Madame Non, avait suscité l’ire flamande. Sept ans plus tard, son successeur à la tête du parti remet cela, alors que le CDH enregistre un score peu glorieux (9 députés sur 150 à la Chambre). Ce faisant, comme le souligne Bart Maddens, le politologue de la KUL, il a ravivé en Flandre le sentiment anti-francophone. Conséquence pour la moins paradoxale pour un parti qui, comme le PS d’ailleurs, n’a que la formule stabilité du pays à la bouche…

La Belgique, la monarchie, le PSC n’en a cure ! Tout ce qui compte pour lui, c’est d’être au pouvoir et d’obtenir des sous pour l’enseignement catholique !, m’avait un jour lâché François Perin, après m’avoir rappelé un événement où une personnalité sociale-chrétienne s’était permis de faire lanterner le Palais.

Souvenons-nous, en effet, des accords du Lambermont, du Lombard, de la Saint-Polycarpe en 2001 où l’on vit le CDH, demandeur de rien, ravaler ses principes en échange de quelques faveurs concédées à l’enseignement libre.

Pas question de toucher aux allocations familiales  ou de scinder BHV sans élargissement de Bruxelles ! Joëlle Milquet avait bien joint sa voix au chœur francophone, avant d’accepter finalement cette sixième réforme de l’Etat. Une réforme de l’Etat dont le président du CD&V, Wouter Beke, s’est d’ailleurs immédiatement empressé de préciser qu’elle ne serait pas la dernière.

Ce qui me paraît caractériser les sociaux-chrétiens francophones, c’est qu’ils sont toujours en retard d’une guerre.

En 1968, ils qualifiaient le Rassemblement wallon de fossoyeur de l’Etat pour vouloir instaurer le fédéralisme. Quarante-six plus tard, ils défendent bec et ongles le schéma fédéral, alors que celui-ci est dépassé depuis que le Parlement flamand s’est prononcé, en 1999, en faveur d’un projet d’inspiration clairement confédéraliste. Un projet qui avait d’ailleurs été initié, quelques années plus tôt, par le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande.

En janvier dernier, « Le Soir » publiait ma « carte blanche » intitulée « CD&V et N-VA : le flirt permanent ».

La vérité, c’est que, comme, comme l’a bien fait remarquer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck, la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

La vérité, c’est que le parti catholique fut la première « famille » politique à valser en l’air au lendemain du « Walen buiten » de Louvain.

Les combats d’arrière-garde du CDH évoluent dans la chimère. En proposant, comme il vient de le faire, d’instaurer une circonscription fédérale, Benoît Lutgen rame à contre-courant de l’Histoire. Pense-t-il vraiment qu’il pourrait faire un tabac en Flandre ?

Au niveau régional, le CD&V et la N-VA entendent bien poursuivre la politique de centre-droit qui a rendu la « nation » Flandre prospère et dynamique. La Wallonie, quant à elle, continuera, avec la complicité du CDH, à être gérée à gauche, en accumulant les plans de redressement qui amènent la région à connaître aujourd’hui un taux de chômage de 16% et une dette de 11,2 milliards d’euros. Le fossé entre le Nord et le Sud est là, béant. Et il ne pourra, à terme, que provoquer l’implosion du pays.

Alors que je termine ce texte, j’apprends que près d’un entrepreneur flamand sur deux envisagerait de boycotter une tripartite traditionnelle au fédéral. Et Karel Van Eetvelt, le patron d’Unizo, de préciser : On ne comprend pas le non du CDH et on craint un Di Rupo II, le cauchemar pour les patrons.