La Belgique retient son souffle. Coupe du monde oblige, les Diables rouges vont maintenant occuper le devant de la scène et ils peuvent compter sur la présence d’un Elio Di Rupo pas vraiment pressé de quitter la pelouse alors que certains réclament son remplacement dans l’équipe belge. Imaginons que la bande à Wilmots réussisse à égaler la performance de 1986 à Mexico, le Premier ministre accessoirement démissionnaire serait le premier à les accueillir à Zaventem, au milieu d’une forêt de drapeaux noir-jaune-rouge, et la fête de la Communauté flamande, le 11 juillet, passerait presque inaperçue.
En attendant, c’est le même Elio Di Rupo qui, sur le terrain politique, a dribblé tout le monde et semble avoir écrit la bande-annonce d’un match dont l’affiche et l’enjeu pourraient bien éclipser les Diables rouges à très court terme. Après son demi-coup de théâtre, on est peut-être entré dans le feuilleton de l’été, avec des rebondissements qui tiendront la Belgique en haleine – à moins que, déjà, ce ne soit le blocage et la fin de partie annoncée pour ce pays qui s’accroche à son équipe de football.
Le goal du PS et le renforcement de sa ligne de défense ont modifié la configuration du match. La tension est montée d’un cran, le suspense aussi, comme en témoigne la réaction des commentateurs, un peu surpris par cette entrée en matière. Et maintenant, on fait quoi ?, se demande un journaliste de la RTBF. N-VA et CD&V en Flandre : mais que se passera-t-il au fédéral?, renchérit son collègue. Quelqu’un arrivera-t-il à former un gouvernement pour déboulonner Di Rupo ? Bart De Wever ? Wouter Beke ? Didier Reynders ? Marc Wilmots ? Avec quel projet pour la Belgique ? Le journal Le Soir a ce titre : Le CD&V et la N-VA contre-attaquent : Bart De Wever réalise son vœu en Flandre et puis, résigné, il fait ce constat : La Belgique devient confédérale. Et alors ?
Mis hors-jeu dans les régions, les libéraux ont le sentiment d’avoir été méchamment taclés. Comme ils sont incontournables au fédéral, ils vont eux aussi se servir de leur corps pour contrer l’adversaire. Ainsi que l’écrivent les journalistes de La libre, Le MR pousse l’Open VLD à bloquer Bruxelles et L’Open VLD jette PS et N-VA dans les bras au fédéral. Très fort dans l’art d’exploiter les moindres espaces, le PS a une certaine emprise sur le jeu mais il ne contrôle évidemment pas tout. Dans un match avec huit partis, où chacun joue gros, il y a forcément de l’incertitude. La balle est dans le camp du MR, qui se relève avec des bleus partout. Trois possibilités pour le MR, trois cauchemars, résume le journaliste de L’Avenir.
L’avenir de la Belgique ne se joue pas au Brésil.
En politique, le danger peut venir de partout, tant il y a de maillots différents sur le terrain. Chacun veut peser de tout son poids. Le rapport de force est obsessionnel parce qu’il définit tous les paramètres, à tous les niveaux. Dans la réaction des uns et des autres, il faut compter avec l’envie de se mettre en évidence, avec les intérêts de l’équipe, les attentes des supporters, de l’électorat, sachant que celui-ci n’est pas le même en Flandre et en Belgique francophone. A côté de la stratégie mise en œuvre au service de sa cause, il y a la part de l’émotionnel, qui parfois échappe à la logique. On ne sait pas où on va. Pas sûr qu’on ne change pas les règles en cours de partie.
Il suffit d’une élection pour que ce pays se mette en danger. Structurellement, la démocratie belge est de moins en moins capable de gérer ses contradictions. L’union sacrée autour d’une équipe de football aux couleurs nationales, est trompeuse. Il y a des forces centrifuges énormes. Les supporters les plus endiablés ne sont pas forcément ceux qui, par leur choix d’électeurs, ont contribué le moins à rendre la Belgique ingouvernable. Il y a des contradictions dans l’esprit des Belges eux-mêmes. En dépit de la popularité des Diables rouges, à laquelle le monde politique essaie tant bien que mal de s’associer, il se peut que la Belgique suive l’exemple de la Tchécoslovaquie.
Il se peut que la Belgique retienne son dernier souffle.
Georges R.
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