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Langue et culture

De manière générale, les Flamands ont tout à fait raison sur le plan culturel . Ils ont un tropisme à l’égard des Pays-Bas. C’est normal, surtout que la césure catholique/protestant n’a plus lieu d’être. Problème : le Néerlandais considère les Flamands comme des ploucs. Quid de la synergie dans le Limbourg bi-national (enfin, « national »….?)

Extrait sur internet : Claude Lévi-Strauss, « Linguistique et anthropologie » (1953), in Anthropologie structurale, Éd. Plon, 1958, p. 78-79.

« Le problème des rapports entre langage et culture est un des plus compliqués qui soient. On peut d’abord traiter le langage comme un produit de la culture : une langue, en usage dans une société, reflète la culture générale de la population. Mais en un autre sens, le langage est une partie de la culture ; il constitue un de ses éléments, parmi d’autres. Rappelons-nous la définition célèbre de Tylor, pour qui la culture est un ensemble complexe comprenant l’outillage, les institutions, les croyances, les coutumes et aussi, bien entendu, la langue. Selon le point de vue auquel on se place, les problèmes posés ne sont pas les mêmes. Mais ce n’est pas tout : on peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique puisque c’est surtout au moyen du langage que l’individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l’enfant par la parole ; on le gronde, on le flatte avec des mots. En se plaçant à un point de vue plus théorique, le langage apparaît aussi comme condition de la culture, dans la mesure où cette dernière possède une architecture similaire à celle du langage. Une et l’autre s’édifient au moyen d’oppositions et de corrélations, autrement dit, de relations logiques. Si bien qu’on peut considérer le langage comme une fondation, destinée à recevoir les structures plus complexes parfois, mais du même type que les siennes, qui correspondent à la culture envisagée sous différents aspects. »

Le Peuple Français serait enchanté de la perspective d’un rattachement mais les sondages à ce sujet sont relativement anciens. Mais les élites françaises ?

Christophe

Pourquoi cacher la vérité ?

Un billet de Claude Roland

Côté Wallon et francophone, on ne veut pas croire à l’union Flandre & Hollande.  « Vlaams en Hollanders samen » chante-t-on en Flandre.

Et pourtant ! Les politiques flamands ont bien invité le général en chef des forces néerlandaise à la VRT qui est venu plaider l’achat du F35 dans le cadre d’un rapprochement avec les forces néerlandaises. Un rapprochement qui s’oriente vers une fusion, comme c’est la cas avec la marine.

La fusion des ambassades est aussi une réalité. C’est bien le drapeau hollandais à côté du belge qui est à l’ambassade du Congo.

La restauration de l’image du roi Guillaume d’Orange est en cours en Flandre, on ne se cache plus pour regretter officiellement la révolution belge.

C’est vrai que la « RTBF », « RTL », ou « Le Soir » en disent peu. Mais dans les Ardennes et même au barrage de l’Eau d’Heure naissent des espaces « alleen voor nederlands en vlaams ».

La réalité est bien là.

Les tares de la démocratie ne doivent pas conduire aux extrêmes

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Invoquer les dérives de la démocratie, ses tares même, toutes bien réelles, pour en appeler à des extrêmes qui, de toutes façons, les uns comme les autres, ont déjà fait leurs mauvaises preuves, c’est se résigner à la facilité et établir une curieuse hiérarchie entre les uns et les autres.

Brandir la peur, même parfaitement justifiée, du péril rouge, réel ou virtuel comme le P.T.B., ne suffira jamais pour convaincre que le péril brun est préférable, ni à court ni à moyen terme.

Si la démocratie ne fonctionne plus, ou mal, si ses représentants sont devenus méprisables parfois, changeons-la.  Cela n’appartient qu’à nous de nous engager après nous être indignés… Mais l’indignation ne peut être à sens unique, sauf à perdre toute crédibilité !

C’est un beau débat : qu’il commence !

Le site du « Vif-l’Express » a publié hier un article d’opinion de Jules Gheude. Nous le reprenons ici puis nous le commentons.

Belgique : Chronique d’une mort annoncée

Il y a deux ans, lors d’un reportage de la VRT, Liesbeth Homans, ministre (N-VA) du gouvernement flamand, exprimait le souhait de voir la Belgique disparaître en 2025. Aujourd’hui, le groupe financier Bloomberg annonce la fin de la Belgique en 2028. Le Royaume se trouve donc en phase terminale.

Cela n’empêche pas la coalition suédoise de Charles Michel d’envisager des mesures pour le long terme, notamment en ce qui concerne l’énergie. Il est même question de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire en… 2040, même si la ministre Marie-Christine Marghem s’empresse de préciser qu’il s’agit là d’un scénario tout à fait théorique.

Bref, on prépare un avenir dans lequel la Belgique pourrait ne plus avoir sa place.

Si l’espoir, dit-on, fait vivre, il importe aussi de tenir compte de la réalité.

Depuis 1970, le moteur institutionnel de la Belgique a subi six entretiens. Mais aujourd’hui, il semble totalement bloqué. La saga du RER, les nuisances sonores au-dessus de Brussels Airport, la construction d’un stade national, la mise en application du pacte énergétique… Autant d’éléments qui viennent illustrer les propos tenus en 2016 par Jean Quatremer, le correspondant bruxellois du journal « Libération » : le royaume est dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité.

La Belgique est souvent associée au mouvement surréaliste. On connaît ce tableau de René Magritte intitulé « Ceci n’est pas une pipe ». L’artiste aurait pu également dessiner les contours de la Belgique, en y ajoutant « Ceci n’est pas un pays »…

Ce qui est en tout cas surréaliste, c’est de voir la plus grande formation politique du pays, la N-VA, au gouvernement fédéral, alors qu’elle plaide ouvertement pour l’émergence d’une République flamande au sein de l’Europe. Cela s’appelle « entretenir un serpent en son sein ».

Lorsque la « suédoise »é a vu le jour en 2014, il fut décidé de placer le communautaire au frigo pour la durée de la législature. Insensé, lorsqu’on sait qu’en Belgique, le moindre dossier revêt un aspect communautaire. On le voit encore aujourd’hui avec la polémique entretenue autour de Théo Francken, le ministre (N-VA) à l’Asile et à l’Immigration. Les francophones réclament à cor et à cri sa démission, tandis que l’homme ne cesse de doper les adhésions à son parti. Continue comme cela ! a lâché Bart de Wever, lors de la réception de Nouvel An de la N-VA à Malines…

Si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, il ne fait aucun doute que Théo Francken se retrouverait sur la première marche du podium en Flandre. Autrement dit, l’entêtement des francophones à son égard ne fait que précipiter la mort du royaume.

Les francophones souffrent de ce que j’appellerais « le syndrome du catoblépas », cet animal légendaire à long cou grêle dont la lourde tête traîne à terre et l’amène à brouter ses propres pattes.

Les francophones sont, en effet, perpétuellement dans le déni. Ils refusent de voir la réalité en face : depuis 1970, tout a été mis en œuvre pour faire de la Flandre une véritable nation (un peuple, un territoire, une langue, une culture).

Il n’y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : une belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé ?) et une flamande, constatait François Perin en 1981. Et il ajoutait : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Le Centre d’études du MR porte le nom de Jean Gol. Les pontes de ce parti ignorent-ils qu’à la fin de sa vie, Jean Gol ne se faisait plus la moindre illusion quant à la Belgique ? Selon lui, la poussée irrésistible du nationalisme flamand ne pouvait qu’entraîner la disparition du pays et seule la France était de nature à assurer l’avenir de la Wallonie.

Dans son livre « Splendeurs de la liberté », Paul-Henry Gendebien rapporte cet entretien qu’il eut avec l’intéressé : Nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna lorsque nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

La raison pour laquelle la Belgique a été créée en 1830 (volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, de se prémunir contre la France) ne représente plus rien depuis belle lurette. Le temps n’est-il pas venu de réparer ce que l’ancien Premier ministre Yves Leterme a lui-même qualifié d’accident de l’Histoire ?

Jean Rey, l’un des pères de la construction européenne, était connu pour sa sagesse. En 1947, il déclara : Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer.

La Catalogne, l’Ecosse, la Flandre : il est vain de mener des combats d’arrière-garde contre des mouvements irréversibles.

En raison des caprices de l’Histoire, la Wallonie n’a été française que durant une très brève période, de 1794 à 1814. Pourtant, depuis le 13ème siècle, le français y a été accepté comme langue littéraire. L’historien namurois Félix Rousseau voit là le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

La France serait-elle disposée aujourd’hui à accueillir la Wallonie ? A cette question, Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, répond clairement : S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones à la France, 95% des habitants de l’Hexagone répondraient favorablement. Et il ajoute : C’est un beau débat. Qu’il commence !

Jules GHEUDE

Petits commentaireslorsque Jean Gol eut, entre autres responsabilités, celle d’ échevin des finances à la commune de Chaudfontaine, j’eus le plaisir de m’entretenir avec lui. Il me présenta à sa secrétaire en ces termes : « Monsieur Durieux est de ces personnes qui pensent comme moi, que notre capitale naturelle est Paris et qu’un jour nous rejoindrons la France ».

A l’époque, l’exemple du statut de l’Alsace-Lorraine  dans une France encore assez jacobine  pouvait servir d’exemple à la capacité de celle-ci de montrer son pouvoir d’adaptation.

Aujourd’hui, la France a évolué. La meilleure preuve en est l’aval donné par l’éminent constitutionnaliste français  Didier Maus au projet d’Intégration-Autonomie de la Wallonie dans la République française  exposé par Jacques Lenain sur son site http://www.belgique-française.fr ou sur ce site. Dans ce projet, la Wallonie aurait un article qui lui serait consacré sur mesure dans la Constitution française (Lire l’entretien Didier Maus-Jacques Lenain) afin que sortent renforcés ET la Wallonie ET la France.

Dans une de ses caricatures, Pierre Kroll avait pastiché  le tableau à la pipe de René Magritte. Il avait dessiné les contours de la Belgique sous lesquels il avait écrit : « ceci n’est pas un pays ». Dans un prochain article, nous aurons le plaisir de vous parler du très beau livre de Pierre Kroll  paru aux éditions « Les Arènes ».

En   2006, lorsque je rencontrai François Perin pour essayer de le convaincre à se présenter aux élections provinciales dans le canton de Liège afin de « pousser » la liste du R.W.F. (rassemblement Wallonie-France),  il me répondit :  « je vais vous faire plaisir, mais je vous le dis, à mon âge, c’est une connerie, je n’oserai même pas le dire à ma famille. Par ailleurs, je vous avertis, c’est la dernière fois que je me présenterai sur une liste électorale ». Cela ne l’empêcha pas de récolter plus de 500 voix de préférence loin devant ses colistiers.  (A l’époque, j’étais président de l’arrondissement de Liège du R.W.F.)

Paul Durieux

Waterloo, morne et pleine aux as ?

Par Georges-Henry Simonis

« UNE REVOLUTION A WATERLOO POUR SERVIR LA WALLONIE »:

Sous ce titre accrocheur, Le Soir (18 janvier 2018) annonce qu’un opérateur privé devrait assurer l’exploitation commerciale et touristique du site, le célèbre champ de bataille devenant la porte d’entrée de la Wallonie.

50 millions d’euros avaient été consentis à l’occasion du bicentenaire de la défaite de 1815, mais les visites diminuent et l’opérateur actuel se retire… Aussi, le Ministre CDH du tourisme wallon, René Collin, s’est-il empressé de signer une convention avec une Intercommunale locale « Bataille de Waterloo » et de lancer un marché public destiné à désigner un opérateur privé chargé de l’exploitation commerciale et touristique du site, moyennant partage des recettes avec la Région wallonne. Celle-ci investirait 40 millions d’euros complémentaires, pour une concession prévue jusqu’en 2035. Le site pourrait accueillir 450.000 visiteurs par an, la redevance étant de 300.000 € annuels et 10 % sur les bénéfices, 18,5 % revenant à l’Intercommunale.

Joli montage financier sur territoire public. Pourquoi pas ? Question saugrenue : si c’est tellement rentable, pourquoi une intervention financière des pouvoirs publics régionaux ? Que ce soit à Waterloo ou à Braine-l’Alleud, il est à parier que des investisseurs locaux ne manquent pas en ces terres parmi les plus riches du pays. On pense évidemment aux amis de Kubla, et de ses amis Chodiev ou De Decker (toujours membres du MR…)!

Voilà une nouvelle aliénation de patrimoine pour la Région wallonne encore une fois pénalisée par l’Etat qui n’a jamais réussi à récupérer les terres allouées incongrûment en leur temps au duc de Wellington et à ses descendants. « Ne faut-il pas parler de scandale? », écrivait à ce propos le sénateur Jean Humblet. Ce privilège archaïque demeure scandaleux, et il faut enfin y mettre fin. Le gouvernement MR/CDH devrait s’y atteler.

Si d’aventure, dans les mois à venir, la Wallonie redevenait française – ce qui est dans l’ordre des choses – Waterloo ne serait plus la porte de la Wallonie, mais bien la Porte de France !  Il serait particulièrement inconvenant de laisse le lion de la butte tourné vers la France : il y aura lieu de le retourner vers les Anglais et tous les contre-révolutionnaires d’Europe unis contre l’Empereur qui, aux yeux du peuple, était encore, qu’on le veuille ou non,  dépositaire des idéaux révolutionnaires de 1789… Un brexit à l’envers : retournons le lion. Avec respect pour toutes les victimes de ces guerres inutiles, vive la Wallonie, vive la République et vive la France.

Connaître la Wallonie : déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

La statue du Congrès de Polleur

Theux

« Ce que la France a été pour l’Europe, le Pays de Liège l’a été pour la Belgique et le Pays de Franchimont et de Stavelot pour le Pays de Liège ». C’est en ces termes que Merlin de Douai, président de la Convention nationale, saluait le 8 août 1794 les patriotes réfugiés du Franchimont qui s’apprêtaient à quitter Paris pour regagner les rives de l’Amblève, de la Hoëgne et de la Vesdre. Liège venait d’être libérée par l’armée de Sambre-et-Meuse. Cette phrase maintes fois citée situe très bien le caractère plus progressiste encore et plus radical de la révolution de 1789 dans le Franchimont.

Cette tendance se traduisit notamment dans deux faits historiques importants. Ce furent d’abord, du 26 août 1789 au 23 janvier 1791, les vingt-cinq séances du Congrès de Polleur rassemblant au centre géographique de l’ancien marquisat des délégués des cinq bans de celui-ci, qui adoptèrent le 16 septembre 1789 une Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen…

…Ce furent ensuite, le 23 décembre 1792, les voeux émis par les habitants des communes de Theux et de Spa en faveur de la réunion à la France, premiers du genre et imités un mois plus tard par Liège et par près de 380 autres localités de l’ancienne principauté.

En 1964, deux militants wallons, responsables de la section verviétoise de « Wallonie libre » depuis sa création, le Verviétois Jules Nissenne (1907-1991) et le Disonais Joseph Gélis (1923-2006), prennent l’initiative d’organiser des cérémonies à l’occasion du 175e anniversaire du Congrès de Polleur et de sa Déclaration de 1789 pour rappeler à leurs contemporains l’importance de « lutter pour les droits sacrés de liberté des Citoyens et de respect de la Constitution ».

Huit ans plus tard, ce duo est encore à la base du comité créé pour le 180e anniversaire des voeux de rattachement à la France de 1792, qui souligne que « ces voeux procédaient d’un idéal de liberté et concrétisaient un droit essentiel, celui des peuples à disposer d’eux-mêmes …

…En 1989 enfin, pour le bicentenaire du Congrès de Polleur (et des révolutions franchimontoise, liégeoise et française), l’asbl « Congrès de Polleur » est constituée : elle est à l’initiative d’une route des Droits de l’Homme qui parcourt tout le territoire de l’ancien marquisat de Franchimont et est balisée par seize stèles qui égrènent chacun des droits proclamés par le Congrès en invitant le passant à la réflexion. Une statue symbolisant le Congrès fut également installée en retrait de la stèle placée à Polleur.

Elle représente un personnage féminin portant dans ses bras le texte de la Déclaration franchimontoise.

Freddy Joris & Frédéric Marchesani, avril 2009

Education, instruction : le tronc commun n’est pas la solution

Une carte blanche de Pierre Hazette, mise en ligne sur le site du quotidien « Le Soir ».

L’ancien ministre de l’Enseignement secondaire en Communauté française plaide pour une revalorisation des filières et l’exploitation des temps libres et autres journées blanches par des activités linguistiques, artistiques, sportives et philanthropiques.

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. »

Je me suis souvenu de cette saillie d’Albert Einstein en lisant les propos péremptoires et définitifs de la Professeure Dominique Lafontaine de l’Université de Liège. Elle s’inscrit fidèlement dans la suite de ses devanciers liégeois, les maîtres pédagogues Gilbert De Landsheere et Marcel Crahay. L’Ecole de Liège a, en effet, largement inspiré les réformes pédagogiques qui ont bouleversé l’enseignement dans la Communauté française de Belgique.

L’instauration du tronc commun vient du siècle précédent. Il n’a pas fonctionné parce qu’il s’est traduit, dans la perception des adolescents, comme l’assurance de passer automatiquement de la première à la deuxième année de l’enseignement secondaire. Il s’est heurté aux objections que les enseignants soulevaient, non seulement lorsqu’ils étaient confrontés à la démotivation des élèves, mais aussi lorsqu’ils constataient la difficulté de garder la qualité de leur enseignement au niveau qui les rendait fiers de leur travail et motivait les élèves, heureux d’apprendre et de progresser.

Des erreurs « sacralisées »

Le tronc commun jusqu’à quatorze ans a été un échec.

La correction proposée par le pacte d’excellence et soutenue par Madame Lafontaine fixe à quinze ans le terme du parcours commun, en attendant, annonce-t-elle, de le porter à seize ans.

Chez nous, on n’apprend pas vraiment de ses erreurs ; au contraire on les sacralise !

On s’accroche à un système qui prend l’eau pour éviter de présenter un autre modèle de société où chaque enfant trouverait sa place, parce que ses aptitudes propres auraient été reconnues et valorisées. On se gargarise de comparaisons internationales pour affirmer que nos piètres résultats se corrigeront en aggravant les erreurs qui les ont provoquées. Curieusement, le modèle allemand n’est jamais évoqué, alors que le chômage des jeunes y est moindre qu’ailleurs.

Une pluralité d’excellences

Dans un authentique « Pacte d’excellence », il conviendrait d’écrire « excellences ». C’est que l’excellence n’est pas unique. Il y a dans chaque enfant une quête de reconnaissance et plus tôt la parcelle d’excellence qu’il y a en lui se sera révélée, plus l’école aura l’obligation de lui ouvrir le chemin qui monte. Ce sera trop tard à quinze ans.

Se conforter par une étude statistique des systèmes étrangers, c’est refuser de construire l’école avec ses acteurs de terrain, avec les attentes des parents, des Hautes Ecoles et des Universités, des responsables économiques, aussi. Je rejoins Michel Onfray. « Une civilisation n’existe qu’en répondant à ce qui met sa vie en péril. » On peut, à coup sûr, dire la même chose de notre Communauté française de Belgique.

Exploiter les temps libres

Lorsque la Ministre annonce qu’elle accorde la priorité au français et à l’arithmétique à travers tout l’enseignement primaire, on a envie d’applaudir et d’ajouter, après l’ovation, que d’autres priorités sont à l’ordre du jour : meubler les temps libres, les jours de congé, les journées blanches, les mercredis après-midi, les samedis par une offre d’activités manuelles, de stages linguistiques, de découvertes artistiques et d’initiation à l’art, de pratiques sportives accessibles aux filles comme aux garçons, d’actions philanthropiques, de visites aux bibliothèques ou aux académies comme aux centres de technologie avancée. En associant à ces activités d’éveil ou d’initiation, des acteurs extérieurs à l’école, nous créerions enfin une société enfants admis et libérés de l’addiction aux tablettes et smartphones.

Des filières épanouissantes

Ainsi lorsque s’ouvrira l’enseignement secondaire, l’adolescent pourra trouver, non un tronc commun, parce qu’il aura appris à se connaître, parce que ses instituteurs auront recueilli les observations qui, s’ajoutant aux leurs, à celles des CPMS et à celles des parents, permettront de lui conseiller une orientation parmi tant d’autres. En d’autres termes, on en aura fini avec la relégation vers les filières techniques ou professionnelles. Celles-ci s’offriront au contraire comme la voie d’accès à un épanouissement attendu, espéré. De même, les filières de l’enseignement général pourront développer les enseignements adaptés aux attentes dans les domaines littéraire, scientifique, économique, artistique, sportif… Je ne crains pas de défendre les filières, pourvu qu’elles soient conçues pour permettre les passages de l’une à l’autre. La diversité de l’offre éducative, je la réclame, non pas quand l’adolescent aura quinze ans, mais quand accédant à la « grande école », il prendra conscience qu’il franchit une étape de sa vie et que le passage est important.

Dans ce contexte d’éducation élargie aux loisirs actifs, se situera aussi la réponse à apporter aux enfants et adolescents dont le français n’est ni la langue maternelle, ni la langue de communication à la maison. Pour eux, aussi, il faut briser le cadre horaire et offrir, voire imposer, la fréquentation d’activités d’appropriation de notre langue et de notre culture.

« Pour penser en largeur, écrit Michel Debray, il convient d’émouvoir en profondeur, et pour faire palpiter, il faut faire espérer. Quoi ? Que demain sera un autre jour. Que l’on peut s’en sortir. »

 

 

 

Vogue la galère (et vive la révolution belge)

Par Georges Régibeau

Nous sommes entrés dans une année électorale et cela va tanguer, frotter, jouer des coudes au sein des différentes majorités gouvernementales, surtout en Flandre, où l’Open VLD, le CD&V et la N-VA, associés aux niveaux fédéral et régional, doivent marquer leur différence et mettre en avant leurs figures les plus populaires, au risque de fragiliser la cohésion des équipes gouvernementales.

Ne parlons pas de la Wallonie, où le PS a été débarqué par le CDh. Pour le MR, à la barre du vaisseau amiral, il s’agit seulement de ramer jusqu’au port.

Autour du Premier ministre, et ne se privant pas de le bousculer, l’état-major de la N-VA donne des coups de barre à droite. Il n’a aucune raison de se gêner puisqu’il ne lui déplairait pas de faire ainsi chavirer le gouvernement fédéral, de manière à provoquer des élections anticipées, qui seraient couplées aux élections communales, en octobre. Ainsi, pour autant que leur score électoral ne les affaiblisse pas, les nationalistes flamands pourraient faire monter le prix de leur participation à un prochain gouvernement fédéral, quitte à ce que rien n’avance vraiment jusqu’au moment des élections régionales, prévues le 26 mai 2019.

L’effacement de la Belgique au profit de la Flandre, ce glissement naturel vers le confédéralisme qui ferait de la Wallonie une région à la fois autonome et captive, sans moyen ni volonté réelle de se prendre en charge, il en est aussi question dans l’envie de la N-VA de rebaptiser le Benelux en « Vlawanelux ». Le Vif/L’Express, dans son édition du 4 janvier dernier, a consacré un article à cette idée qui chatouille l’esprit des nationalistes flamands. Puisqu’il faut se renforcer sur la scène internationale, la collaboration avec les Pays-Bas est bien entendu des plus sensées, avec pour effet que, dans une logique confédérale,  le maintien d’une Belgique résiduelle suppose en réalité de gommer les effets de la révolution belge et de revenir en quelque sorte au Royaume-Uni des Pays-Bas rebaptisé « Vlawanelux ».

Maîtres de leur destin, les Flamands continueront de célébrer leur victoire historique sur l’armée du roi de France en 1302, tandis que les Wallons, contents de rester dans une Belgique relookée, ils auront le bon goût d’oublier pourquoi ils font la fête au mois de septembre.  A moins qu’ils ne s’enfoncent encore un peu plus dans la schizophrénie.

On sait que, dans une relecture de leur histoire, les nationalistes flamands ont fait de la révolution belge une catastrophe au moins équivalente à la reprise et au sac d’Anvers par les Espagnols en 1576. Quand, le 18 mai 2006, deux députés du Vlaams Belang ont déposé à la Chambre une « proposition de résolution relative au démembrement de l’Etat belge en vue d’accorder l’indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverains », ladite proposition, dont à peu près tous les partis flamands ont accepté de débattre, était précédée d’un long justificatif historique. On y lisait notamment qu’ « il n’est pas exagéré de dire que le gouvernement provisoire a conquis la Flandre avec l’aide des Français », belgophilie et francophilie étant largement synonymes.

« Ce fut également sous la direction de généraux français, à savoir De Parent, Mellinet et Niellon, que la ville et la province d’Anvers furent ‘libérées’. Il ne s’agissait nullement d’une révolte de la population anversoise contre la ‘tyrannie hollandaise’. Au contraire, c’est avec abattement que fut accueillie la déclaration faite par le Roi Guillaume aux États-Généraux, le 20 octobre, que les décisions des Chambres ne s’appliqueraient désormais plus qu’au Nord. La ‘libération’ d’Anvers par le Gouvernement provisoire fut, en réalité, une conquête par des bandes françaises et wallonnes, donc par des étrangers, comme le fit remarquer Jan Frans Willems. Michiel  van  der  Voort  comparait  la  nouvelle  ‘armée’ belge  à  ‘une  bande  de  brigands’.  On  pouvait  certes trouver des idéalistes parmi les ‘libérateurs’, mais la grande  majorité  était  constituée  de  racaille,  d’aventuriers qui, en raison de la crise sociale, n’avaient rien à perdre. »

Cette lecture de l’histoire n’est pas moins légitime que les récits faisant de la révolution belge un glorieux fait d’armes, un événement fondateur sur lequel reposerait notre identité. On aurait tort de l’ignorer sous prétexte qu’elle est forcément viciée par l’extrême droite. En Flandre, il est commun de penser qu’après les Espagnols, au XVIe siècle, ce sont les Français qui ont séparé les Flamands de leurs cousins néerlandophones. « Après deux siècles, la Flandre n’avait plus d’âme, plus de conscience. Elle se laissa entraîner dans la révolution de l’année 30 : jamais révolution plus stupide ne fut déclenchée à la suite d’influences étrangères ! Nous fûmes livrés pieds et poings liés, le français devint la seule langue officielle… » Ces mots ont été écrits en 1896 par le jeune August Vermeylen, un socialiste qui deviendra notamment le recteur de l’Université de Gand quand celle-ci sera flamandisée. Un siècle plus tard, dans une Belgique de plus en plus flamande où le CVP réclamait déjà le confédéralisme, le président du Socialistische Partij, Louis Tobback, a lui aussi fait savoir que, selon lui, la révolution belge avait été une (grosse) erreur.

Le rapprochement de la Flandre avec les Pays-Bas, c’est tout sauf une aberration, mais faut-il qu’on raisonne ainsi du côté wallon ?  

Petit rappel insistant : la révolution belge nous a fait sortir du Royaume-Uni des Pays-Bas imposé par le Congrès de Vienne et c’est ce que célèbrent les fêtes de Wallonie, en septembre. Ce mouvement révolutionnaire, avec la Marseillaise chantée à Bruxelles, à Liège, à Verviers, juste après les « trois glorieuses » de juillet 1830 à Paris, ce fut notamment une tentative avortée de rejoindre la France. Cette révolution très « française » a finalement donné naissance à la Belgique, avec la bénédiction de l’Angleterre, et parce qu’on sentait bien que ce nouveau pays dont la langue officielle était le français penchait naturellement vers la France, il a fallu faire entrer dans la tête des Belges qu’ils n’étaient pas français et ne le seraient jamais.

Résultat : pour beaucoup de Wallons, rester belge signifie rester avec la Flandre, envers et contre tout. Quitte à la suivre dans son idée de confédéralisme étendu aux 17 millions de Hollandais. Une Wallonie économiquement faible, à l’identité incertaine, coincée dans un avatar de l’ancien Royaume-Uni des Pays-Bas, voilà ce que ces Belges de toujours sont prêts à choisir comme avenir. Par fidélité aux révolutionnaires de 1830. Cherchez l’erreur. On nage en plein surréalisme et certains se satisferont de dire ou d’écrire : « C’est ça la Belgique ».

Mais que diable allons-nous faire dans cette galère…

Information francophile

Un ami d’Uccle nous demande d’insérer sur notre site l’information suivante, ce que nous faisons avec grand plaisir :

L’Ambassade de France en Belgique organise, en partenariat avec le Lycée français Jean-Monnet à Bruxelles, la troisième édition du Salon des études supérieures Campus France.

Cet événement d’envergure a pour objectifs d’informer les élèves français, belges et internationaux ainsi que leur famille, et d’offrir une excellente opportunité aux établissements supérieurs français de rencontrer ce large public particulièrement intéressé par une mobilité vers la France.

Date et horaires du salon : samedi 13 janvier 2018 de 10h30 à 16h30

Lieu : Lycée français Jean-Monnet – avenue du Lycée français 9 à 1180 Uccle (Bruxelles)

Nombre d’exposants : plus de 50 écoles et universités françaises dans de nombreux domaines d’activités : ingénierie, management, business, art, design, sciences politiques,…

Entrée libre et gratuite – Se présenter à l’entrée du Lycée français Jean-Monnet muni d’une pièce d’identité

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Sortie du nucléaire en 2025 ?

Valmy, parfait bilingue français-néerlandais, attire notre attention sur les deux articles suivants :

Sortie du nucléaire en 2025: la question n’est plus « si », mais « comment ». Journal  De Standaard.

15 décembre 2017 | Auteur : Bart Sturtewagen | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez 

Alors que les quatre ministres, régionaux et fédéral, de l’Energie sont parvenus à se mettre d’accord en début de semaine pour signer un pacte énergétique prévoyant, notamment, la fermeture des dernières centrales nucléaires du pays en 2025, la N-VA a fait savoir qu’elle ne donnerait pas son feu vert, ni au niveau fédéral ni au niveau flamand.

Dans son communiqué, le premier ministre fédéral Charles Michel a adopté un ton acéré dont il n’est d’ordinaire pas coutumier. « Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique », a-t-il assuré. Avant de poursuivre en évoquant une « exécution loyale de la loi » et la « bonne foi ». Autant de termes qui laissent peu d’espace aux négociations ou à une retraite honorable. Depuis que la N-VA a intégré le gouvernement, jamais elle n’avait à ce jour été mise aussi ouvertement sous pression par le premier ministre.

Tous les partis au pouvoir, tant sur le plan régional que national, sont concernés par le pacte énergétique interfédéral, qui prévoit à nouveau la fermeture des dernières centrales nucléaires à l’horizon 2025. La N-VA, de son côté, n’est pas convaincue que la production d’énergie fiable et abordable sera suffisante d’ici là si les deux dernières centrales venaient à baisser le rideau.

Si l’on se fie au passé, tout plaidoyer en faveur d’un délai supplémentaire s’avère insoutenable. Les premières décisions quant à la fin de l’ère nucléaire remontent à près de 15 ans en arrière, à l’époque du gouvernement violet-vert de Guy Verhofstadt. L’histoire nous apprend qu’il y a toujours une bonne raison d’attendre et que, avant que l’on ne s’en aperçoive, le délai fixé apparaît tout d’un coup intenable. S’ensuit alors systématiquement un énième report et une dynamique essoufflée. Voilà pourquoi il est urgent, à présent, de mettre les mains dans le cambouis. Ce n’est que sous la contrainte qu’une mission extrêmement difficile peut être menée à bien.

La N-VA rétorque qu’il est néanmoins insensé de suivre aveuglément la loi si celle-ci nous mène droit dans le mur. Les importants groupes de pression issus de l’industrie, tels que la FEB, sont sur la même longueur d’onde. Cette position a le mérite d’obliger les partisans du pacte énergétique à chiffrer la manière dont l’objectif ambitieux sera atteint. Le plus simple, en effet, consiste à signer un plan et d’en confier la mise en œuvre au gouvernement suivant, voire à la prochaine génération politique.

La politique de la montagne russe menée jusqu’à présent sape le dossier énergétique dans son ensemble. Ce sempiternel manège doit cesser. Et persuader la population que tout finira par s’arranger si chacun y met du sien, ce n’est pas sérieux. Il faut maintenant impérativement mettre les chiffres et les modèles qui démontrent la faisabilité du projet ainsi que les efforts nécessaires à sa réussite sur la table. Assez palabré.

En définitive, il est hors de question de laisser tomber l’objectif fixé en matière de sortie du nucléaire d’ici 2025. Cela fait bien longtemps que la question n’est plus « si », mais « comment ». Face à l’inéluctable, il est vain de jouer les prolongations.

La fermeture des centrales nucléaires coûtera minimum 30 milliards. Journal De Morgen.

2 janvier 2018 | Auteur : Jeroen Van Horenbeek | Traducteur : Fabrice Claes 

La fermeture de cinq centrales nucléaires suisses coûtera 20 milliards d’euros. La facture de la fermeture des centrales belges risque de se chiffrer à un montant nettement supérieur. Mais qui la paiera ?

Fermer une centrale nucléaire, c’est facile en apparence. Mais dans la pratique, ça l’est beaucoup moins. La déconnexion d’une centrale du réseau électrique ne constitue qu’une première étape sur une route très longue. Une fois que la centrale est à l’arrêt, nous pouvons retirer le combustible nucléaire hautement radioactif du réacteur et le stocker pendant plusieurs décennies, d’abord dans une piscine nucléaire, puis dans un container sur le site même. Et finalement, nous pourrons nous débarrasser du combustible dans une décharge nucléaire.

Le combustible, c’est une chose, mais les centrales en sont une autre. Un réacteur mis à l’arrêt, c’est comme un énorme hall rempli de tuyaux et de matériel éventuellement contaminés par des éléments radioactifs. Il faut donc tout contrôler et traiter avec le plus grand soin. D’après les experts, le démantèlement d’une centrale nucléaire dure plus de quinze ans. La fermeture d’une centrale et l’élimination des déchets nucléaires constituent des tâches herculéennes. Qui coûtent un certain prix.

En Suisse, on discute depuis des années de la fermeture de cinq centrales nucléaires (puissance totale : 3 200 mégawatts). Une nouvelle étude, menée à la demande de l’État helvétique, évalue le prix du démantèlement total à 20 milliards d’euros à l’heure actuelle. Avant de réaliser cette étude, les Suisses ont analysé le coût de la fermeture de réacteurs de pays étrangers, et l’addition est nettement plus salée que prévu.

Une tirelire pas assez remplie

La facture suisse pose donc aussi question sur la sortie du nucléaire en Belgique. La loi prévoit la fermeture de sept centrales nucléaires à Doel et à Tihange (puissance : 6 000 mégawatts) d’ici 2025. Pourtant, notre pays n’a procédé à aucune évaluation du coût de cette fermeture, et ce, tout simplement parce que le politique n’a pas encore décidé de la manière dont il entend stocker les déchets. Probablement dans le sol de la Campine, mais personne n’ose trancher.

Dans l’attente d’une décision, les exploitants des centrales nucléaires, à savoir Engie-Electrabel et dans une moindre mesure EDF Luminus, sont contraints, chaque année, de remplir une tirelire en vue du nettoyage à venir. Celle-ci contient à l’heure actuelle 10,1 milliards d’euros. La question est donc de savoir si la tirelire sera suffisamment remplie lors de la fermeture des centrales en 2025.

Les Suisses, dans leur étude, évaluent le coût à 6,2 millions d’euros par mégawatt. Étant donné que la plupart des réacteurs belges sont du même type que les réacteurs suisses, qu’ils ont le même âge et que les deux pays envisagent un stockage souterrain des déchets, il semble sage d’utiliser les mêmes prévisions que les Suisses. Par conséquent, la Belgique, avec ses 6 000 mégawatts, devra débourser quelque 37 milliards d’euros.

Par ailleurs, pour plusieurs sources proches du dossier nucléaire, une somme de 30 milliards d’euros ou plus serait « plausible ». S’il est bien trop délicat pour ces sources d’évoquer publiquement une telle somme, Eloi Glorieux, de Greenpeace, n’a aucun mal à s’exprimer sur le sujet : « Je prévois depuis des années que le coût du démantèlement des centrales nucléaires ne sera pas couvert par la tirelire que remplissent Engie-Electrabel et EDF Luminus. Il faut beaucoup plus d’argent. »

Glorieux craint qu’en définitive, ce soit le contribuable qui règle la différence. « Dans les années 80, c’était déjà le contribuable qui avait dû payer pour la démolition de l’usine de traitement de combustibles irradiés Eurochemic à Dessel. Et il en ira de même pour les centrales nucléaires. Les producteurs d’énergie tentent par tous les moyens d’échapper au pouvoir politique. En Allemagne, par exemple, les fournisseurs d’énergie E.ON et RWE ont l’intention d’isoler leurs activités nucléaires dans une bad bank qui pourra tomber en faillite, de manière à ce qu’ils n’aient plus à payer pour le nettoyage. »

Electrabel seule

Le gouvernement allemand a empêché cette pratique. En Belgique, la question n’est pas à l’ordre du jour, mais pour combien de temps ? Le groupe français Engie envisage notamment une isolation de sa filiale belge Electrabel. Dans ce cas, l’énorme héritage du nucléaire reviendrait à Electrabel seule. La société sera-t-elle alors à même d’assumer ses responsabilités financières ? Dans la négative, l’argent devra venir d’une autre source. En d’autres termes : de l’État, c’est-à-dire du contribuable.

La ministre fédérale de l’Énergie Marie Christine Marghem (MR) promet de « se pencher sur l’étude suisse » et se refuse à tout autre commentaire. Pour Engie-Electrabel, il est difficile d’appliquer le mode de calcul suisse à la Belgique. « Quoi qu’il en soit, la loi est claire : Engie-Electrabel paiera pour le démantèlement des centrales nucléaires, assure Anne-Sophie Hugé, la porte-parole de la société. Nous respectons cette obligation, et nous continuerons de le faire. »