En passant

Le pays sans passé ni futur

Dans sa dernière édition, le magazine Le Vif/L’Express invite les Belges francophones à sortir du monde merveilleux de l’enfance en titrant sur « La grande manipulation de l’histoire de la Belgique – Comment on a maquillé les faits et fabriqué des gloires nationales ».

Il paraît que Saint-Nicolas, le Père Noël, c’est du bidon. La Belgique aussi. Pas possible.

Alors que la Grèce respire à peine, et que les sujets d’angoisse ne manquent pas dans le monde, il peut sembler malvenu de troubler la quiétude du petit royaume de Belgique. On ne va pas se diviser, quand même. Aussi longtemps que la Wallonie est sous la protection de la Flandre et de la monarchie, il ne peut rien lui arriver de fâcheux.

Qualifiée un temps de « kamikaze » et puis relookée en blonde suédoise aux yeux bleus, la coalition fédérale a traversé la bourrasque sociale et socialiste et, désormais, navigue en eaux plus calmes. Il y a certes un peu de brouillard qui empêche de voir où on va, mais si le regard se perd dans le vide, ce n’est pas tant à cause du brouillard que de la myopie collective.

Il est politiquement vain de spéculer sur les intentions de la N-VA. Ce parti qu’on a longtemps diabolisé n’est plus un épouvantail car, maintenant, c’est lui qui pilote l’état belge. Après tout, la N-VA joue son rôle au gouvernement, ça lui donne une légitimité. De temps en temps, ses ténors rappellent que leur objectif n’a pas changé : l’indépendance de la Flandre. Au minimum, on doit s’attendre à ce que la Belgique soit reconfigurée et dirigée en fonction des seuls intérêts flamands, mais tout cela paraît virtuel au plus grand nombre, et puis la N-VA peut s’effondrer.

Et puis il y a les vrais problèmes, inutile de charger la barque.

Pour beaucoup, malgré les crises institutionnelles à répétition, la fin de la Belgique est inimaginable. Autant parler de l’apocalypse. Or, ce pays finit par se confondre avec les nationalistes flamands de la N-VA, c’est un paradoxe qui fait dire à Dave Sinardet, politologue à la VUB, que le gouvernement Michel est en réalité un « gouvernement Van Cauwelaert/Claes… Avec sa nette minorité du côté francophone d’une part et sa majorité flamande à la conquête de l’appareil Belgique où les nationalistes flamands sont chez euxétatique belge d’autre part, il ressemble… à un fils spirituel de cette doctrine » selon laquelle la Flandre gagne à utiliser la Belgique à son profit. (Voir l’intégralité de cette chronique illustrée par le dessin ci-contre et publiée dans la Libre Belgique.)

Notons que Dave Sinardet cite ici deux personnalités qui appartiennent à l’histoire du Mouvement flamand, il ne fait pas référence au socialiste flamand Willy Claes mais à Lode Claes. « Bien que cet ancien sénateur ait quitté la Volksunie à l’époque du Pacte d’Egmont pour créer son propre parti qui a fait une alliance avec Karel Dillen au sein du Vlaams Blok, Lode Claes n’avait, à l’époque, rien d’un séparatiste. Lui aussi voulait « valoriser » la majorité flamande pour qu’elle s’arroge le pouvoir au sein de la Belgique. »

Van Cauwelaert et Claes ne se sentaient pas belges mais ils ne voulaient pas la disparition complète de la Belgique. Ils incarnaient une tendance minoritaire au sein du Mouvement flamand.

Quoi qu’il en soit de la façon dont la N-VA entend servir les intérêts de la « nation flamande », on est déjà certain qu’une prochaine réforme de l’Etat sera bientôt exigée, afin de permettre à la Flandre de mieux profiter de ses ressources, à charge pour la Wallonie de s’adapter à cette situation nouvelle. Le CD&V et l’Open VLD ne voient pas les choses autrement.

Il est donc légitime de se demander sur quoi repose la Belgique aujourd’hui. Jusqu’à un certain point, la réalité compte moins que l’idée qu’on s’en fait. Pour cimenter une communauté nationale, il faut un minimum de représentations communes. On sait que l’identité relève de l’évidence apprise et transmise. Il est vital, néanmoins, que les repères que l’on se donne, restent en prise avec le réel, sinon c’est l’embardée. Il faut savoir se remettre en question pour se construire un avenir.

G.R.

Voici l’éditorial du magazine Le Vif/L’Express, signé Thierry Fiorilli.

Vif-L'ExpressBelgique, pays sans passé ni futur

Sauf imprévu et chute avant terme du gouvernement Michel, 2019 marquera la fin de l’actuelle législature. Et de la trêve communautaire à laquelle la N-VA a consenti l’été dernier pour pouvoir monter au pouvoir fédéral en en délogeant du même coup le jusque-là indéboulonnable PS. Encore quatre ans de répit, donc.

Avant la reprise effective des manœuvres en tous genres censées mener à une septième réforme de l’Etat. Le grand retour des négociations institutionnelles surviendra donc, à douze mois près, cinquante ans après l’ouverture du premier grand chantier de démolition de l’Etat unitaire belge – avec la révision de la Constitution consacrant les trois Communautés culturelles du pays et prévoyant la création de trois Régions, pourvues chacune d’un territoire et d’autonomie économique.

Un demi-siècle plus tard, un nouveau coup d’accélérateur sera donné au processus d’effilochement de la Belgique – de son évaporation comme le prône, l’ambitionne et le prédit Bart De Wever. De quoi rendre plus hypothétique encore le futur déjà très incertain de ce petit royaume, au cœur de l’Europe, que beaucoup considèrent comme ayant été fabriqué de toute pièce. Né de rien d’autre que de la nécessité d’équilibrer le continent. Un pays tampon, artificiel, virtuel même. Sans réel peuple ni véritable nation. Au mieux, donc : un instrument de géopolitique. Au pire : un accident de l’Histoire. Dans tous les cas : une anomalie du sens commun. Au point que, en français, le terme « belge » est l’un des dix-neuf mots seulement à ne posséder aucune rime. Et le seul caractérisant une nationalité dans ce cas. Comme si rien ne pouvait décidément y faire écho, s’en inspirer ou s’en revendiquer comme modèle.

Etre belge équivaudrait en fait à ne pouvoir ressembler à quoi que ce soit d’autre d’énonçable.

C’est ce qui explique que, une fois la si singulière créature conçue, il a fallu la doter d’une histoire. Lui donner une âme. Ou à tout le moins lui faire croire, coûte que coûte, qu’elle en recelait une. Entre 1830 et 1960, plusieurs personnalités ont ainsi écrit ou réécrit, embelli ou travesti les épisodes du passé contribuant à inventer un sentiment national belge, une flamme patriotique un ciment unitariste. Le dossier que nous consacrons cette semaine à ce storytelling politique d’antan illustre combien il était primordial de convaincre ce non-peuple qu’il était en fait un grand peuple. Pourquoi on s’est échiné à persuader ces Flamands, ces Bruxellois, ces Wallons, ces Liégeois qu’ils faisaient partie d’un même destin, d’une même réalité, d’une même patrie. Comment, bien au-delà de la devise du pays (« L’union fait la force »), on a tenté d’instiller une conscience nationale, avec des livres scientifiques, des manuels scolaires, des images à coller, des héros exhumés, des ennemis désignés, une rhétorique rigoureuse (« Le Roi des Belges », « nos Gloires », « nos régions », « notre sol »…).

Jusqu’à ce que les différences et divergences nord-sud, sur les plans culturel, linguistique, socio-économique et idéologique même, fassent hurler l’évidence : il n’y a pas d’histoire commune, il n’y a pas un passé partagé, il n’y a pas une civilisation belge… Il n’y a qu’un territoire, sur lequel cohabitent trois Communautés. Un territoire correspondant à trois voire quatre Régions. Un territoire surgi de nulle part, dont on a fait un Etat aujourd’hui voué à un confédéralisme presque certain. Avant une liquidation en bonne et due forme, à plus ou moins long terme.

Lire ici Comment la Belgique s’est inventé une histoire (LeVif/L’Express).

Bien sûr, nous avons nous-même abordé ce sujet plusieurs fois. Lire notamment notre article Pour une histoire de la Wallonie .

« Francophones, attention ! 2019, c’est demain ! »

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules GheudeLe temps passe vite, très vite !

Mise en place il y a un an, la coalition « suédoise » s’est engagée à mettre le volet communautaire entre parenthèses pour se consacrer pleinement au redressement économique et budgétaire du pays. Objectif plus que louable, lorsqu’on sait que la dette publique a atteint, fin 2014, 106,6% du PIB…

Les appréhensions des leaders francophones concernant la loyauté du partenaire N-VA se sont avérées jusqu’ici non fondées. Force est de reconnaître, en effet, qu’ils s’acquittent chacun de leur mission de manière responsable et consciencieuse, démontrant ainsi leur aptitude à gérer. Leur présence au gouvernement flamand depuis 2004 (au début, la N-VA formait un cartel avec le CD&V) avait d’ailleurs déjà largement confirmé cette aptitude.

Mais, dans le ciel politique, une législature passe à la vitesse d’une comète. 2019, c’est demain !

Si la N-VA se comporte loyalement au sein du gouvernement fédéral, elle n’a pas pour autant renié son objectif premier : faire de la Flandre un Etat souverain au sein de l’Europe. Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon a tenu à le rappeler dernièrement.

La Fête de la Communauté flamande, ce 11 juillet, a également fourni aux responsables nationalistes flamands l’occasion de rappeler que leur combat était loin d’être terminé.

Ainsi, Geert Bourgeois, le ministre-président flamand, a-t-il déclaré que son gouvernement s’engageait résolument pour une Nation flamande forte. Le terme figure d’ailleurs dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », que le Parlement flamand, unanime, a adoptée en 2012.

Cette « Nation flamande », Geert bourgeois entend bien la préparer aux défis qui nous attendent en 2019.

Pas question, pour lui, que l’horloge tourne à l’envers ! On ira de l’avant : « Nous aurons bientôt un ministère flamand des Affaires étrangères à part entière et le statut de nos diplomates flamands doit donc être amélioré. » Et d’insister aussi sur la nécessité d’avoir une seule culture politique qui exige une langue partagée : le néerlandais.

Quant à Jan Peumans, le président du Parlement flamand, ses propos ne laissent place à aucune ambiguïté :

« Nous devons oser exercer ce droit à l’autodétermination avec plus de verve. Bien que la 6ème réforme de l’Etat ait accru l’autonomie flamande et fait passer le budget annuel de la Flandre de 28 à près de 37 milliards d’euros, elle ne peut être un terminus. »

Et d’ajouter : « Les nations constituées naturellement favorisent une Europe libre de conflit. Ce sont les meilleures briques pour l’édification d’une Europe stable. »

A peine l’encre de la 6ème réforme de l’Etat était-elle sèche que Wouter Beke, le président du CD&V, avait d’ailleurs déclaré :

« Personne ne niera qu’une 7ème réforme de l’Etat viendra un jour. L’approfondissement est irréversible. (…) Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité…, de ce que veulent 57% de la population belge, dont les Flamands. »

Aujourd’hui, des voix académiques (Hugues Dumont, des Facultés Saint-Louis de Bruxelles, et Carl Devos, de l’Université de Gand) s’élèvent déjà pour souligner l’impérieuse nécessité d’une nouvelle réforme de l’Etat.

Bref, dès 2019 (si le gouvernement fédéral parvient à atteindre ce terme), le démantèlement de la Belgique va se poursuivre irrémédiablement et les responsables francophones, toujours demandeurs de rien au départ, ne pourront rien empêcher.

Face à la détermination flamande – le nationalisme flamand ne s’arrête jamais, rappelait François Perin en 2011 -, les responsables francophones pratiquent la politique de l’autruche. Ils se mettent la tête dans le sable « fédéral » alors que celui-ci, depuis les fameuses résolutions adoptées par le Parlement flamand en 1999, est devenu « confédéral ».

En droit international, le concept du « confédéralisme » implique des Etats souverains qui, à un moment donné, décident de coopérer dans un certain nombre de domaines. Dans le cas qui nous occupe, il faudrait donc que la Belgique ait préalablement cessé d’exister.

Le « communautaire » est toujours bien présent, comme en témoigne la volonté du gouvernement flamand de s’opposer à la nouvelle désignation de Thierry Damien comme bourgmestre faisant fonction de Linkebeek. Et, de même que la Flandre s’est toujours montrée réticente à la création de Bruxelles comme région à part entière, de même elle s’oppose aujourd’hui à la mise en place de la « communauté métropolitaine ». Pour Geert Bourgeois, cette nouvelle structure ne peut pas devenir une menace pour les Flamands. Et d’ajouter : « Nous ne permettrons pas qu’on chipote avec la frontière linguistique. Le gouvernement flamand n’approuvera pas le traité-cadre relatif à la protection des minorités nationales parce que cela donnerait des droits francophones en Flandre. »

Voilà donc Christine Defraigne, la présidente du Sénat, prévenue, elle qui réagit par une déclaration pro-belge : « La Belgique, c’est un Etat qui existe. Et moi je suis attachée à mon pays ! »

Son père Jean, qui fut président de la Chambre, avait pourtant bien compris l’évolution des choses : « Les Wallons doivent préparer leur dossier pour faire l’inventaire et dire ce qui doit leur revenir au moment de la séparation (…), car, quand les Flamands auront les poches pleines d’euros, ils nous largueront » (voir « Le Soir » du 4 avril 1996).

A bon entendeur salut !

(1) Dernier livre paru : « François Perin – Une Plume / L’Œuvre écrite », préface de Michel Hermans, Les Editions de la Province de Liège, 2015

Wallonie libre et ses héritiers

Une défaite, voilà ce que représente la Butte du Lion qui domine orgueilleusement le champ de bataille de Waterloo. Voulue par le roi Guillaume des Pays-Bas pour « éterniser la gloire nationale », elle a été érigée en 1826 dans l’indifférence générale. En revanche, l’inauguration d’un petit monument français, répondant à une initiative privée, attira la grande foule en 1904. Plus de cent mille personnes et une réelle ferveur patriotique : on n’avait jamais vu autant de monde à Waterloo depuis la sinistre bataille de juin 1815.

Aigle_blessé_MonumentCe monument à l’Aigle blessé devint un haut lieu du militantisme wallon dans les années 30, quand se précisait la menace d’une Allemagne revancharde asservie au nazisme. Le gouvernement belge s’étant dégagé de son alliance avec la France en 1936 sous la pression de la Flandre et de Léopold III, le sort de la Wallonie inspirait les plus vives inquiétudes, du moins chez les citoyens qui ne pouvaient se résoudre au sacrifice de leur Wallonie romane, alors que la voix gutturale d’Adolphe Hitler tétanisait l’Europe.

C’est là, sous le regard de l’Aigle blessé, qu’en juin 1940 fut fondé le mouvement de résistance Wallonie libre, en réponse à l’Appel du 18 juin, celui du Général de Gaulle. Ainsi, le bicentenaire de la bataille de Waterloo, l’événement historico-touristique de l’année 2015 en Belgique francophone, coïncide avec les 75 ans de Wallonie libre, célébrés le 28 mai de façon plus confidentielle, il faut bien le reconnaître.

Robert Collignon -Quand même, à cette cérémonie, il y avait Robert Collignon. Lui, l’ancien ministre-président de la Région Wallonie, il a rappelé que Waterloo fut la victoire de l’Ancien régime sur les idées de la Révolution. Son point de vue ne sera jamais celui des familles régnantes qui ont paradé sur le champ de bataille. Il a parlé d’une «…défaite douloureuse pour la France et surtout pour la Wallonie, arrachée à sa patrie naturelle et greffée arbitrairement aux Pays-Bas ». La révolution belge n’a pas suffi pour réparer les effets de cette défaite car elle a finalement donné naissance à « la Belgique… ce résidu du traité de Vienne et création britannique ». (La vidéo de ce discours peut être vue sur le site de Wallonie libre.)

Comme on le sait, le mouvement Wallonie libre a toujours été pluraliste et, s’il ne donne plus l’impression de pouvoir influer sur le cours des choses, il a néanmoins laissé un héritage dont les dépositaires sont notamment de véritables acteurs de la politique en Wallonie. Il y a Robert Collignon, bien sûr, mais il n’est pas le seul. Voici, par exemple, un extrait du Daniel Bacquelaineportrait de Daniel Bacquelaine, l’actuel ministre fédéral des Pensions, publié tel quel samedi passé dans la Libre Belgique :

« Pas moins de trois Bacquelaine figurent dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon. Le premier, Maurice, est le père du ministre. Jean, son oncle, et Marie-Louise, sa tante, complètent un trio d’illustres militants régionalistes et libéraux, résistants au sein du réseau Wallonie libre durant la Seconde Guerre mondiale. Tous les trois étaient au congrès national wallon d’octobre 1945.

« Daniel Bacquelaine n’a pas rompu avec cet héritage-là. Ses sentiments pour la Belgique sont plutôt tièdes, et son aversion pour le nationalisme flamand, plutôt farouche. Peu porté sur les remous médiatiques, cet éternel raisonnable a toutefois pris l’habitude de taire sa conviction profonde : si le délitement de l’Etat s’accélère, comme il le pressent, le scénario d’une Wallonie française aura sa faveur. »

Aux régionalistes francophiles, il faut ajouter les régionalistes lucides (l’un n’empêchant pas l’autre), et on comprendra que le scénario d’une Wallonie française est plus que jamais pertinent.

« Un scénario à la grecque en Wallonie »

« Grèce: j’ai honte pour l’Europe », proclame Elio Di Rupo sur le site du PS. « Au cours des dernières années, aucun autre peuple européen n’a consenti autant de sacrifices que les Grecs. » C’était la position du Parti socialiste avant le référendum de ce dimanche. On OXIsait maintenant que la Grèce a pris le risque de se fâcher avec l’Union européenne en refusant de se plier à la volonté de ses créanciers.

« Je soutiens la Grèce, je soutiens Syriza. L’attitude de l’Union européenne est intenable, non seulement pour les Grecs mais aussi pour la zone euro. Après cinq années d’échecs cuisants, ces penseurs continuent à mener une politique d’austérité insupportable. » Ces propos, Elio Di Rupo les tenait déjà devant les militants socialistes il y a une semaine. Le magazine Le Vif/L’Express les rapporte en introduction d’un article intitulé « Le psychodrame grec réveille la fracture francophone ».

La réaction de la Grèce divise l’opinion publique. Héroïque aux yeux de certains, criminalisée par d’autres, elle n’a pas fini de se débattre au milieu de ses difficultés financières. « Il y a un parallèle évident à faire entre ce qui se passe en Grèce et la situation en Wallonie », a déclaré Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe MR au parlement wallon. Voici comment il s’en explique dans le Vif/L’Express :

« L’endettement de la région s’élève à 20 milliards d’euros. Nous devions avoir un déficit de 450 millions d’euros en 2015 mais, à la suite de l’ajustement budgétaire, il s’élèvera à 685 millions. Le Conseil économique et social wallon met en garde contre un déficit qui pourrait s’élever à plus d’un milliard en 2018. Ce sont des chiffres qui interpellent quand on sait qu’en outre, le mécanisme de transition de la loi de financement imposera la perte progressive de 550 millions d’euros d’ici dix ans et que la fin de mécanismes de solidarité coûtera quelque 600 millions d’euros. »

Et d’enchaîner : « La Grèce est dans le mur et, à ce rythme-là, la Wallonie va dans le mur ! La vérité, contrairement à ce que dit Elio Di Rupo, c’est que les responsables grecs manquent de courage et de sens des responsabilités. Le discours est le même au niveau du gouvernement wallon. Christophe Lacroix, ministre du Budget, affirme qu’on ne peut pas pratiquer l’austérité pour l’austérité. Mais c’est se mettre la tête dans le sable, car nous sommes exactement dans un scénario à la grecque ! »

Pierre Hazette, un Homme d’exception

Ce mardi à 12.00, j’étais à Bruxelles à l’invitation de l’Ambassade de France. M. Pierre Hazette avait tenu à demander à l’ Ambassade que mon nom soit repris parmi ses amis et les membres de sa famille qu’il souhaitait voir auprès de lui pour une cérémonie qui le touchait particulièrement.

Rassurez-vous, mon ego reste à un niveau très raisonnable, mais j’étais conscient que par cette invitation, M.Hazette voulait, au-delà de ma petite personne, montrer qu’il appréciait le ton, la progression et le travail de notre mouvement citoyen, l’ Alliance Wallonie France.

Le moment n’était pas banal puisque, des mains de l’Ambassadeur de France, M. Bernard Valéro, la République française tenait à honorer notre ancien et brillant ministre de l’enseignement secondaire en lui décernant la médaille d’officier des Palmes Académiques pour l’ensemble d’une vie où l’enseignement et la francophonie furent, parmi bien d’autres choses, au centre de ses préoccupations.    

Photo de Olivier Chastel.

Dans un très beau discours, Pierre Hazette  eut le courage d’évoquer le schéma institutionnel évolutif belge et la conséquence de ce fait sur les politiques menées en Wallonie et à Bruxelles.

Il rappela les accords de coopération signés le 9 décembre 1999 entre le gouvernement dont il faisait partie et la République française ainsi que ceux signés le 10 mai 2004 entre le gouvernement wallon et celui de France.

Ceux-ci prévoyaient l’échange d’informations, d’expériences et de personnes, mais aussi la conclusion d’ententes sectorielles en vue de valoriser les ressources humaines, le partenariat entre administrations, institutions et opérateurs économiques, mais aussi de projets conjoints dans le transfert de technologies et de savoir-faire, dans la promotion réciproque de produits et services, de partenariats inter-entreprises et de création de sociétés mixtes.

Pierre Hazette continua en soulignant que le temps lui paraissait propice pour que nos autorités soulignent les avantages d’une coopération non seulement renforcée, mais quotidiennement mise en relief créant ainsi un courant de sympathie à double sens.

Nous n’avons pas, insista encore Pierre Hazette, à activer ces accords dans une position de quémandeurs, mais à négocier une relation sans perdant, mais à double gagnant, la Wallonie ET la France.

Pierre Hazette regretta que notre société ne mette pas assez en valeur dès aujourd’hui les succès de coopération entre la France et la Wallonie. Il prit l’exemple récent du salon du Bourget dévoilant le succès de Tech-Space Aéro et la relation forte de l’entreprise liégeoise avec l’industrie aéronautique française qui illustrait une réalité quotidienne, sur laquelle nous sommes d’une discrétion confondante…!

Paul D.

  •  Ci-dessous, Pierre Hazette et Bernard Valéro au moment des félicitations.
    Photo de Paul Durieux.

La dotation Wellington

En ces temps de « Waterloosamose », peut-être est-il bon de rappeler l’article que notre site avait publié le . La 6e réforme de l’état a étendu les pouvoirs de notre gouvernement wallon. Encore faudrait-il se servir des nouveaux leviers ainsi reçus. A l’heure où nos élus raclent les fonds de tiroir pour faire des économies, ne serait-il pas opportun de mettre fin à cette stupide dotation et d’engranger ainsi quelques millions d’euros qui ne feraient pas de tort aux finances wallonnes.

Notre ami Claude Thayse avait adressé un courrier aux journalistes du « Vif-l’Express » Christine Laurent, Gérald Papy et Thierry Fiorelli  qui avaient rédigé un article sur Nivelles. Nous reproduisons intégralement le contenu de ce qu’écrivait Claude Thayse.

Votre très intéressant article sur Nivelles m’incite à réagir à propos de la dotation Wellington, voici :

En finir avec cette dette de guerre… que seuls les Wallons payent.

duc WellingtonVous rappelez fort opportunément que le duc de Wellington, « prince de Waterloo », possède encore aujourd’hui 1083 ha, fruit d’une dotation du roi des Pays-Bas en 1815. Cette dotation (accompagnée d’une rente à l’époque) a pris la forme juridique d’un majorat dit « napoléonien ». Si, aux débuts de la Belgique, on n’a pas mis fin aux privilèges du duc parce qu’il ne fallait pas heurter l’Angleterre et que l’enjeu de l’indépendance était plus important, par la suite l’habitude étant prise et, anglophilie et noblesse aidant, on a conservé cette pratique d’ancien régime et même accru ces avantages. En particulier en 1988 lorsque P. Maystadt passa un accord secret avec le duc en vue de la suppression de la rente avec compensation lui faisant ainsi cadeau de 25 ha du territoire national (avec droit de vente, ce qui est incompatible pour un majorat). Le duc restant usufruitier des terres restantes.

Si l’accord scellé lors de la dotation précisait que les terres reviendraient à l’Etat belge lorsque la descendance s’arrêtera, celui-ci a fait preuve d’une grande légèreté depuis. Le majorat (institution complexe du Droit français) est un préciput (le successeur du majorat n’est pas un héritier puisque le majorat ne se trouve pas dans la succession patrimoniale de son auteur) et Napoléon a voulu que l’Etat resta propriétaire des biens en n’accordant la propriété qu’à la condition suspensive de l’extinction de la descendance mâle, et encore par primogéniture. Ce qui aurait déjà légitimé le retour de ces terres puisque lors du décès du 2e duc en 1884, celui-ci n’avait pas d’enfant et la réversion d’un titre, c’est-à-dire sa transmission à un parent collatéral (comme ce fut le cas à plusieurs reprises) n’a jamais lieu de plein droit en Belgique. C’est une faveur qui doit faire l’objet d’un arrêté royal.

Dans l’hypothèse de la suppression du majorat du duc de Wellington (qui a déjà rapporté plus de 40 millions d’Euros à cette famille depuis 1816), la Région wallonne à qui ces terres doivent revenir, pourrait très bien prendre des mesures en faveur des fermiers et les terres incluses dans un plan de développement durable au bénéfice tant de la collectivité que des fermiers eux-mêmes.

Notons également que le Portugal et l’Espagne ont supprimé les avantages liés aux titres nobiliaires du duc de Wellington et… les Pays-Bas, ceux attribués au Prince Blücher…

Claude Thayse, Nivelles

18 juin 1815, jour d’abattage

Nous partageons l’article lu sur le blog « la Wallonie avec la France » signé par un de nos administrateurs de la Province de Namur.

« Non, je ne vous parlerai pas ici du jour d’abattage aux abattoirs d’Anderlecht, de Droixhe ou de Rochefort. Par abattage je voulais parler de la boucherie de Waterloo il y a deux siècles…

 Or donc, dans quelques jours nous aurons « droit » à la reconstitution de la plus célèbre des batailles menées par Napoléon.  18 juin 1815, jour d’abattage !

 « Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine » a dit Hugo. C’est que diantre ! il ne s’agit pas d’une vulgaire commémoration qui aurait rendu hommage aux milliers de soldats disparus en ce jour funeste de 1815. Que nenni ! Une re-cons-ti-tu-tion, pas moins ! L’événement de l’année on vous dit !

 A contre-courant, j’ai beaucoup apprécié la chronique de Thomas Gunzig sur le sujet dans son « Café serré » sur la radio « La Première RTBF » mardi dernier (à retrouver en podcast sur le site de la station). Je vous en livre un petit extrait : « Ah mes amis, qu’est-ce que je suis heureux qu’enfin je ne sois plus le seul à trouver que la guerre, la mort, les tripes, la boue, les larmes, les mutilations, les exactions, la torture, le viol, la Cour martiale, les généraux à l’arrière, les troufions à l’avant, les pauvres qui meurent, les riches qui comptent, eh bien c’est génial! Ce Waterloo 2015 ça me fait un bien fou »!  Et Thomas Gunzig de conclure : « Le meilleur ciment d’un peuple, c’est la bêtise de ceux qui en font partie ».

 Faut-il rappeler que la guerre a toujours été le fruit de la bêtise et de la vanité des hommes. Qu’en l’occurrence  Waterloo c’est avant tout un carnage ! En quelques heures des dizaines de milliers de victimes, dix mille chevaux blessés ou tués. Réduire cette bataille simplement à l’image d’actes héroïques est stupide et imbécile. Pour tout dire navrant. Roulez tambours, sonnez trompettes, Ave Napo, morituri te saluant. Que gicle le sang, qu’explosent les corps, que se déchirent les abdomens, que hurlent les blessés, les mutilés ! Au soir de la bataille le bilan sera apocalyptique. Re-cons-ti-tu-tion !

 J’ai souvent entendu parler de commémorations :  soixante-dixième anniversaire du débarquement  de Normandie, centenaire de la Grande guerre, bientôt le soixante-dixième anniversaire de la bombe d’Hiroshima.   Cérémonies officielles  organisées afin de  conserver la conscience nationale ou internationale  d’un évènement de l’histoire collective.  Dire NON à toutes les guerres. Rien à voir avec  la reconstitution d’un événement tragique.

 A quand une reconstitution du génocide rwandais ou de la bombe d’Hiroshima devant un public enthousiaste et avide de sensations fortes ? »

Philippe Fery

Pourquoi refuser de célébrer et de commémorer Waterloo 2015

Nous nous permettons de mettre en lumière l’excellent commentaire de Claude Thayse, membre du comité de parrainage de notre mouvement citoyen.

« Waterloo n’est ni une défaite française, ni celle de l’Empereur, c’est la victoire de l’obscurantisme d’ancien régime sur les idées de 1789. Heureusement, de l’An II à 1815, ces idées ont parcouru l’Europe dans les fourgons des troupes révolutionnaires et de la Grande Armée. Elles ont changé le monde.

Il aura fallu six coalitions pour tenter de les effacer.
Waterloo est une défaite pour la démocratie et les Droits de l’Homme en replaçant pour 100 ans les vieilles familles régnantes absolutistes sur les trônes. Ce qui a abouti aux terribles massacres de 1914-1918. Cette terrible guerre, qui n’a finalement jamais été qu’une dispute entre cousins.

Pour en revenir aux propos de Vandercruysen cités par Gheude,  je crains qu’ils n’aient malheureusement raison pour une fois (hélas, ajouterai-je). En 1815, l’Empereur aurait certainement proposé une paix honorable aux anglo-prussiens, mais les coalisés du traité de Vienne (Russes, Autrichiens, Espagnols…) étaient déjà en route avec des forces considérables pour mettre la France à feu et à sang.

Petit résumé de cette période : https://www.youtube.com/watch?v=b8zcRzsORX4&feature=player_embedded

Et pour ceux qui imaginent encore que la Révolution et l’Empire n’ont laissé que  de mauvais souvenirs chez nous, visitez donc la chapelle de Boneffe : http://napoleon-monuments.eu/Napoleon1er/Boneffe.htm

Voilà pourquoi  je me refuse à célébrer cet événement dramatique pour la démocratie.

Claude Thayse.

La Belgique? Quelle place dans le monde?

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous un billet d’humeur consacré à la place de la Belgique dans l’échiquier international. Je vous remercie de votre patience à me lire.

« Trois évènements  dans l’actualité récente, pris au hasard : l’Exposition universelle de Milan, l’affaire Özdemir à la rue des Deux-Eglises et l’ouverture, à Grozny, du procès de l’assassin présumé du jeune homme de Rossignol qui s’inscrivent dans le prolongement d’une panne systémique à Belgocontrol.

A Milan, ce qui doit être une vitrine de la Belgique, dans un pavillon qui vaut le détour, la rogne et la grogne d’employés contaminés par le virus national de la grève ! A Ankara, dans l’affaire Özdemir, un consul de Belgique qui prête une oreille attentive à une obscure citoyenne turque dont le seul mérite est d’être la fille d’un président contaminé par le virus du totalitarisme sous le seul prétexte qu’un parti politique belge assume des valeurs qui ne sont pas les siennes. A Grozny, malgré les démarches de la famille de la victime laissée dans une totale ignorance, l’état belge est absent, et donc silencieux, comme si la diplomatie ne servait pas, comme la France l’a encore récemment montré aux Philippines, à défendre ses ressortissants ?

Grozny, c’est en Russie et il ne convient pas d’y provoquer la susceptibilité d’un autre dirigeant politique nostalgique de son empire. Ankara, c’est la Belgique où réside une importante communauté turque flattée par un président de République qui s’investit pour son seul parti dans un tourisme électoral qui le conduit à Hasselt… Sans oublier, en octobre prochain, l’inauguration en Belgique, par le même président de république, d’Europalia Turquie ! Tout cela suffit à expliquer pourquoi, à Erevan, capitale de l’Arménie, une minable délégation ( un consul et… le vice-président N-VA du Sénat, pas sa présidente, M.R.) représentait la Belgique lors des commémorations du génocide.

La N-VA nous a promis l’évaporation de la Belgique. Rien à redire donc à ces « absences » sur la scène internationale ! Tout va bien ! Sauf que tout cela est aussi pitoyable dans la mesure où nos institutions ne se justifient plus que par elles-mêmes et l’on est en droit de s’interroger : pourquoi s’obstiner encore à les entretenir sinon pour la rente de situation qu’elles autorisent à certains ? »

Jean-Luc Lefèvre

Emptinne