Ce qui se cache derrière le French bashing

French bashingAucun rapport avec la coupe du monde de football dont on ne sait pas si elle incite à la fête ou à l’hystérie collective. Il ne s’agit pas non plus de revenir sur les rapports complexes entre les Belges francophones et les Français. Tout juste est-il bon de rappeler que, pour légitimer le jeune royaume de Belgique, au XIXe siècle, il a bien fallu opposer l’identité belge à la néerlandaise et à la française. On en est encore un peu là, même avec un pays coupé en deux par la frontière linguistique, même avec deux moitiés de pays poussées vers le confédéralisme avec l’idée que malgré tout la Belgique a un sens.

Aucun rapport, disais-je. Il n’est pas question ici de la perception de la France en Belgique mais dans les pays anglo-saxons. Cela peut toutefois concerner les Wallons dans la mesure où les Flamands sont culturellement, politiquement, économiquement beaucoup plus anglo-saxons que nous. Si la France est jugée négativement par le monde anglo-saxon, dont elle n’est pas la sœur jumelle, quelle est la part de l’idéologie, du réflexe impérialiste, de l’agacement face à une certaine exception française ? Echappons-nous à une certaine forme d’intoxication des esprits ? On se rappellera que, chez nous, le rejet de l’influence française a pris une dimension idéologique au moment où la France est redevenue une république, au XIXe siècle. Evidemment, cela n’a fait que renforcer l’attachement de la Wallonie à la France. En partie au moins.

Bref, voici l’analyse du French bashing par ces franchouillards du magazine Marianne. Nous, on n’a qu’une seule chose à leur dire : la France ne doit pas avoir peur de sa différence, elle est aussi la nôtre. (G.R.)

Marianne du 6 juin 2014

C’est un sport national outre-Manche : se moquer des Français, de leur président et de leurs 35 heures. Un phénomène récurrent mais amplifié depuis quelques années, qui mêle moquerie et jalousie inavouable.

Ces derniers mois, les hostilités ont repris. Les Anglo-Saxons se sont à nouveau livrés à leur sport favori : le French bashing, cette pratique peu fair-play qui consiste à dénigrer tout ce qui vient des Froggies (généralement vus comme paresseux et toujours en vacances). Le Guardian a annoncé qu’une nouvelle loi française interdisait les mails professionnels après 18 heures (une info qui a fait le tour du Web et qui s’est révélée être une grossière exagération). Une publicité américaine pour la marque Cadillac a moqué le proverbial manque d’ardeur au travail des Français. Et, dans un article d’une violence assez ahurissante, un journaliste du Spectator expliquait que, lui vivant, ses enfants n’apprendraient jamais le français. Motif : la France serait en déclin, comme en témoignerait, entre autres, le déplorable état de l’Afrique francophone. Ces critiques faisaient suite à un article du Vanity Fair américain de mars intitulé « Liberté, égalité, fatigué », où l’on apprenait que la France avait perdu son « je-ne-sais-quoi » et son « savoir-faire ». Et au dossier désormais culte de Newsweek sur « la chute de la France », un modèle du genre, rempli d’erreurs factuelles grotesques (le litre de lait coûterait 6 €) et de raisonnements indigents (l’Ecole alsacienne choisie comme modèle du système scolaire français…). Si l’on y ajoute les déclarations agressives de James Cameron, le Premier ministre britannique, vis-à-vis de la France depuis deux ans, ou les couvertures catastrophistes à répétition de l’Economist (en gros, François Hollande va provoquer la chute de la civilisation occidentale), on peut s’interroger : pourquoi tant de haine ? Comment expliquer un tel alarmisme ? Est-ce le signe d’un sincère souci pour le bien-être de la France ? L’expression d’une éternelle rivalité historique ?

Valeur de repoussoir

« Non, bien sûr, la raison est d’abord idéologique », explique la philosophe Cynthia Fleury, auteur de la Fin du courage. « Nous sommes en situation de guerre économique. Et comme chacun sait, le modèle ultralibéral anglo-saxon est en totale opposition avec le modèle français, où l’Etat reste encore puissant, avec un fort niveau de protection sociale et un marché du travail régulé. Dans la mesure où la situation économique est mauvaise en France, cela permet aux Anglo-Saxons de se persuader que leur modèle est le meilleur. La France sert de repoussoir. » Pour les libéraux du monde entier (cela fait du monde), la France est l’homme à abattre. Du moins symboliquement. L’empire ne peut imposer sa parfaite hégémonie idéologique tant qu’il y aura des pays pour croire qu’un Smic est possible. Comme le petit village d’Astérix -un petit village certes très mal en point-, la France tient encore tête. Confirmation de Jon Henley, grand reporter au Guardian et correspondant à Paris pendant dix ans : « Autrefois, les articles qui se moquaient des Français étaient bon enfant, sur un mode taquin, affectueux. Depuis quelques années, on a vu apparaître des articles beaucoup plus durs où l’enjeu est idéologique. La France représente, malgré ses problèmes, la dernière alternative à la solution libérale. Il faut coûte que coûte lui taper dessus. »

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Conseils, analyses et perspectives, le French bashing ne s’explique pas seulement par des raisons économiques mais aussi par des raisons quasi psychologiques. « L’imaginaire des Anglais est très différent de celui des Français. Les Anglais sont des insulaires qui, historiquement, sont habitués à ne compter que sur eux-mêmes dans les moments difficiles. C’est le célèbre « Never complain, never explain ». Dès lors, ils ne comprennent pas que les Français se plaignent de la mondialisation. Alors que les Français, pour pouvoir agir, ont toujours eu besoin de se projeter vers l’extérieur, de s’appuyer sur une utopie commune, un projet collectif, que ce soit l’Etat-nation, l’Europe, ou au travers de valeurs universelles à promouvoir. » Et quand ce projet collectif fait cruellement défaut, les Français auraient tendance à se lamenter, à chercher un responsable extérieur. En somme, là où un Anglais, face à la précarité néolibérale, sera porté à se retrousser les manches, un Français va être enclin à critiquer le manque d’utopie qui induit un si attristant état de fait.

A ce titre, le fameux « pessimisme français », dont s’affligent sans répit les médias hexagonaux, ne vient pas d’un quelconque manque de combativité : il résulte de la disparition de toute possibilité d’une utopie mobilisatrice. De tous les pays du monde, la France est sans doute celui dont les valeurs se diluent le moins bien dans le capitalisme financier. Il est donc logique que notre pays souffre. Et que ses petits camarades se moquent de lui…

Hypocrisie

Reste une question. Si le modèle anglo-saxon est tellement plus performant que le modèle français, pourquoi s’acharner dans le French bashing ? A quoi bon continuer de taper sur un adversaire qui est déjà à terre ? N’y aurait-il pas sous ces moqueries une jalousie déguisée ? Rappelons en effet que les médias anglais et américains ne parlent des Français que comme d’un peuple toujours en vacances, prompts à prendre ses RTT ?… « Cela me paraît évident, souligne Cynthia Fleury. Derrière ces critiques condescendantes, on sent poindre un certain ressentiment envieux : puisque je n’ai pas accès à cette paresse, à cette manière de vivre si légère, il n’y a aucune raison que quelqu’un d’autre y ait droit. » Ah, hypocrites Anglo-Saxons, moralistes tartufes, qui sous couvert de nous faire la leçon jalousent notre way of life si hédoniste (du moins la vision quelque peu idéalisée qu’ils s’en font…). Stéphane Rozès ne peut qu’acquiescer. « On ne sait pas, en France, à quel point le démantèlement du welfare state, à l’époque de Thatcher, a été vécu de façon violente et traumatique par les Anglais. Aujourd’hui, ils voient les immenses efforts qu’ils ont consentis et constatent qu’ils ne s’en sortent pourtant pas tellement mieux que la France, et que même, sur certains points, ils sont moins bien lotis : la santé, l’éducation, la très grande pauvreté, les inégalités… Pour eux, la France, avec son système à l’ancienne, son Etat fort et dépensier, devrait être à terre, au même niveau que la Grèce. Pourtant, ce n’est pas le cas, même si nos problèmes sont nombreux et réels. Cela crée chez certains une sorte d’amertume, l’impression de s’être sacrifiés sans en récolter les fruits, alors que la France, cette mauvaise élève, continue de se comporter en enfant gâté et ne reçoit pas la sévère punition qu’elle devrait… »

Cette envie déguisée, cette fascination pour un art de vivre « à la française », la journaliste et écrivain Rebecca Leffler, qui a longtemps vécu à Paris, ne peut que les constater. « Les Américains, et particulièrement les New-Yorkais, travaillent comme des dingues. Aussi sont-ils toujours un peu soulagés de voir un article de French bashing qui leur explique que les Français sont punis pour leur paresse. Cela les détend… Mais cela leur fait aussi envie. Nombre d’entre eux aimeraient travailler 35 heures, prendre l’apéro dans des cafés et partir souvent en vacances… »

Derrière le French bashing, il y a bien souvent l’attrait pour un mode de vie plus décontracté, plus léger, fût-il un fantasme. Ce dont témoignent les succès de best-sellers récents aux Etats-Unis, comme French women don’t get fat, de Mireille Guiliano, ou Bringing up bébé, de Pamela Druckerman, où les femmes françaises sont célébrées comme des superwomen qui parviendraient à rester toujours minces, élégantes, professionnelles, tout en étant dotées d’enfants parfaitement éduqués… Autre exemple de cette admiration américaine : le triomphe récent fait au livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIe siècle, venu annoncer aux Américains, en nouveau Marx, que leur modèle sentait le roussi… (…)

Pour l’intégralité de l’article du magazine Marianne, cliquer ici.

Pourquoi je souhaite que Bart De Wever réussisse

Voici l’avis que l’essayiste politique Jules Gheude défend dans « L’Echo » du 11 juin 2014. Il nous donne là une version quelque peu différente de l’article paru sur le site de l’hebdomadaire « Knack » le 10 juin 2014.

Jules Gheude bisEn Wallonie, les partis de l’Olivier ont perdu des plumes. Plus de la moitié pour Ecolo, 14.450 pour le CDH et 13.450 pour le PS. Le MR en a récolté 76.000 de plus.

En choisissant de laisser le parti réformateur sur la touche et de poursuivre avec le partenaire social-chrétien, Elio Di Rupo a beau dire ce qu’il veut : il n’a pas servi la démocratie. Et « les milliers d’heures qu’il a consacrées pour garder ce pays uni » risquent bien de s’avérer vaines.

Le fossé reste immense entre une Flandre qui, grâce à une politique de centre-droit, affiche l’équilibre budgétaire et de bonnes performances économiques, et une Wallonie marquée à gauche qui, après plusieurs plans de redressement, connaît un taux de chômage de 16% et un endettement de 11,2 milliards d’euros.

C’est ce fossé qui a contribué à alimenter le discours flamand selon lequel il convenait de mettre un terme aux transferts financiers et de prôner le modèle confédéral. Bart De Wever n’a fait que s’inscrire dans cette évolution que le Parlement flamand a recommandée, dès 1999, en  adoptant les fameuses résolutions.

Rien d’étonnant dès lors à ce que la N-VA, grand vainqueur du scrutin du 25 mai avec 32% des voix, décide aujourd’hui de s’allier avec le CD&V pour constituer le prochain gouvernement flamand. « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand », comme a tenu à le rappeler l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck.

Il est intéressant de rependre ici les propos tenus par l’ancien président du PS, Guy Spitaels, à propos de Bart De Wever, dans la dernière interview qu’il confia au « Soir », le 10 septembre 2011 : « Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos. Il n’est pas toursiveux. Il dit clairement et brutalement ce qu’il veut. (…) Ce De Wever ne me déplaît pas du tout. »

Autre constat utile, celui de Carl Devos, le politologue de l’Université de Gand : « La N-VA est un parti de centre-droit qui se déclare par ailleurs ouvertement conservateur, mais l’on ne souligne peut-être pas assez que sur certains points, il est aussi très libéral et partage un certain nombre de visions sociétales avec l’Open VLD » (« La Libre Belgique », 22 juin 2011).

Le président du FDF, Olivier Maingain, fait donc un bien mauvais procès à la N-VA lorsqu’il va jusqu’à mettre en doute son caractère démocratique.

Européen convaincu, Bart De Wever s’inspire du modèle de gestion qui a si bien réussi à l’Allemagne. Pragmatique, il sait qu’il n’y a qu’une voie pour assurer le redressement économique. C’est celle que le gouvernement français socialiste de Manuel Valls est d’ailleurs contraint d’emprunter aujourd’hui : réduction drastique des dépenses publiques, baisse des impôts, reconnaissance absolue du rôle joué par les PME pour relancer l’emploi et, par voie de conséquence, la croissance.

Au nom de quoi la Belgique, dont la dette va dépasser les 400 milliards d’euros (soit plus de 100% du PIB), devrait-elle être le seul pays au monde à octroyer des allocations de chômage illimitées dans le temps ?

Voilà pourquoi, je rejoins le politologue Carl Devos lorsqu’il déclare qu’ « il faut donner ses chances à la N-VA ».

En politique, il ne faut jamais dire jamais. Les déclarations sont une chose. La real-politik en est une autre.

Rien ne dure éternellement. Tout change.

Dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Fayard, 2009), José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, écrivait : « Si les civilisations sont mortelles, pourquoi un pays de 10 millions d’habitants ne le serait-il pas ? » Et d’ajouter, à l’adresse du Roi : « Que pouvez-vous faire aujourd’hui ? Pas grand-chose, vos pouvoirs étant si limités. Et puis, comment lutter contre un nationalisme flamand qui gagne imperceptiblement du terrain, comme le sable qui pénètre dans une maison en dépit des fenêtres et des portes fermées. »

Qu’on le veuille ou non, le processus de la scission de l’Etat est irréversible. Mais que les francophones ne s’alarment pas. Ce ne sera pas l’apocalypse. Le tout étant de pouvoir compter sur des responsables politiques dignes de ce nom. L’après-Belgique est inscrit dans les astres. Il suffit de bien s’y préparer. « Sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée », comme avait déclaré le Roi Baudouin, en 1959, à propos de l’indépendance du Congo.

Bref,  comme l’a encore écrit José-Alain Fralon, se préparer à une issue qui pourrait s’avérer salutaire pour tout le monde, car elle nous délivrerait enfin de ces interminables chicaneries communautaires.

Rien n’est plus dramatique que de ne pas anticiper les choses et de se retrouver, à un moment donné, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

C’est pourquoi, nous estimons avoir fait œuvre utile en mettant sur pied, le 9 mai 2009, cette initiative citoyenne des « Etats généraux de Wallonie », pour réfléchir, de manière approfondie et objective, aux diverses options d’avenir post-belge possibles. Des travaux sérieux ont été entrepris, que l’on peut toujours consulter sur le site www.etatsgenarauxdewallonie.org (2).

(1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

(2) Ils ont également été repris dans le livre  « Quand les Wallons s’éveilleront… », Mols, 2009.

 Jules Gheude

Des mariages et un enterrement

mariageOn sait que Marc Wilmots, l’entraîneur wallon des Diables rouges, est devenu bilingue en allant jouer au Sint-Truidense VV et surtout en se liant pour la vie à la fille du président du club limbourgeois, Katrien, qui elle-même étudiait le droit aux facultés de Namur. L’amour se moque des frontières, il n’y a pas loin de Jodoigne à Sint-Truiden, ces mariages ont toujours existé, bien avant la création de la Belgique, et dans ce pays où l’on brasse les langues avec le même bonheur que la bière, on se dit que ces unions spontanées ont dû se multiplier…

Eh bien non. Pas du tout. Monsieur et Madame Wilmots sont des exceptions. Pour emblématique qu’elle soit, leur parade amoureuse au-dessus du « rideau de betteraves » est tout sauf tendance. Evidemment, la société belge évolue vers un plus grand métissage et les Belges de Wallonie et de Flandre ne sont pas les derniers à papillonner dans le monde entier. Mais la frontière linguistique, celle qui va de Comines aux Fourons, s’imprime de plus en plus dans les têtes et dans les cœurs. Les Wallons et les Flamands ne vivent déjà plus dans le même pays.

C’est à peu près ce que Pierre Kroll a écrit dans son dernier billet pour le journal De Standaard. Nous en reprenons ici deux extraits :

Pierre KrollChristophe Deborsu m’a fait lire son dernier livre « Dag, bonjour ! ». Il est publié en néerlandais, je n’ai donc pas tout compris mais au chapitre 2, une chose m’a renversé. Ce sont des chiffres et ça je les comprends dans toutes les langues ! En 2012, il y a eu en Belgique 152 mariages sur 42.198 qui unissaient un ou une flamand(e) à un ou une francophone soit… 0,36 % ! Ils étaient 2 % en 1970 quand la Belgique n’était pas encore un état fédéral, six fois plus.

Ils sont bien plus rares que les mariages de Belges avec des Français (presque 10 fois moins !) ou de Belges avec des Néerlandais. Et surtout, ils ne cessent de diminuer. Ils étaient 4 fois plus en 1980 (1,29 % des mariages). Et presque deux fois plus en 2000 (0,65 %).

Bien sûr, la langue semble tout expliquer. Il faut s’être déjà dit beaucoup de choses avant de s’unir, théoriquement, pour la vie. Mais pourquoi cette diminution constante ?

Traditionnellement, on épouse la fille ou le fils du voisin. Nous ne sommes donc, Flamands, Wallons, même plus des voisins. (…)

Déjà, moi, je m’en fiche un peu que ce pays se sépare un jour mais, à voir combien de jeunes fondent des foyers bilingues, il n’y en a plus beaucoup qui pleureront. (…)

Pour l’intégralité du texte de Pierre Kroll, cliquer ici.

G.R.

La Belgique à la croisée des chemins

Nous reprenons ici, dans son intégralité, un article écrit par Christophe Giltay pour le magazine Paris Match et repris sur son blog. Le journaliste de Bel RTL, au profil très franco-wallon, donne ici son point de vue sur l’état de la Belgique au lendemain des récentes élections.

Christophe GiltayQuel avenir pour la Belgique ? On me pose souvent la question, et ma réponse est le plus souvent : quelle Belgique ? Parlez-vous de la Belgique de mon enfance, celle du Roi Baudouin, du Congo, et de la fierté de l’expo 58 ?

Vous vous souvenez ? Le pays de cocagne, fier de son dynamisme économique et de ses avancées technologiques. Quelle différence à l’époque entre le téléphone automatique en Belgique et les 22 à Asnières de Fernand Raynaud ! Cette Belgique qui installait le câble dans les appartements ouvrant les téléviseurs au monde, quand l’hexagone se gobergeait de créer une deuxième chaîne couleur ; cette Belgique qui épatait le monde avec Brel, Adamo, Merckx, Ickx… Bref de cette Belgique que Gaston Eyskens appelait, à l’imitation du général de Gaulle au sujet de l’Algérie française, la « Belgique de papa ».

Désolé mais cette Belgique est morte, elle est morte depuis longtemps.

La Belgique est morte !

Elle a commencé à succomber au temps des premières lois communautaires en 1970, et elle a trépassé avec la réforme de l’Etat de 1993. Je me souviens à l’époque d’avoir titré dans le journal de 7 h de Bel RTL, le lendemain des fameux accords de la saint Michel, « le Royaume de Belgique est mort, vive le RFB ! » RFB comme Royaume Fédéral de Belgique. Je pensais que compte tenu de la profondeur du changement constitutionnel, il aurait fallu changer également le nom du pays, comme un électrochoc afin que les gens « se rendent compte ».

On ne l’a pas fait et les Belges francophones ont cru qu’ils continuaient à vivre dans le même pays. Et ça a duré un certain temps, je me souviens du Roi Baudoin dans son ultime discours du 21 juillet 1993, il appelait ça la « loyauté fédérale ». D’ailleurs, Herman de Croo et Mark Eyskens n’offraient-ils pas à la télévision le visage rassurant de ces Flamands francophiles, maitrisant la langue de Molière comme Jean d’Ormesson ? Nous laissant croire que tout continuait comme avant, ou qu’au pire, comme dans le Guépard « qu’il fallait que tout change pour que rien ne change ».

Mais la Belgique n’est pas la Sicile du prince Fabrizio Courbera de Salina, immortalisé par Burt Lancaster dans le film de Visconti. Tout a changé, la seule chose c’est que les francophones ne l’ont pas su, ne l’ont pas cru, ou n’ont pas voulu le croire. D’ailleurs y croient-ils ?

Espérer le meilleur, mais préparer le pire ?

J’ai la faiblesse de penser que les hommes politiques francophones de ce pays sont lucides, qu’ils ont compris, qu’ils se préparent au pire. Mais qu’ils n’osent pas le dire, l’expliquer, le révéler. Par délicatesse, par charité chrétienne, par peur, par intérêt peut être ? « Nous sommes le dernier rempart de la Belgique », thème connu, partagé par bien des partis francophones… Mais que défend encore ce rempart ? Et ce rempart n’est-il pas une ruine comme celles qu’on admire, mélancolique, dans les jardins de Rome ?

On aurait dû changer le nom du pays, et peut être son mode de scrutin, ou son organisation électorale. Tant que les hommes au pouvoir étaient issus de générations grandies dans la Belgique « d’avant », qui avaient connu les partis unitaires, ça a plus ou moins bien fonctionné. Mais souvenez-vous de Jean-Luc Dehaene pendant la crise des 500 jours, abandonnant la partie, parce qu’il ne comprenait plus ni les règles, ni les gens.

Il y a effectivement de nouvelles règles. Et le fait notamment d’avoir créé deux opinions publiques, deux corps électoraux et désormais des partis influents n’existant que dans une seule communauté, sans pour autant changer la façon dont se forme le gouvernement, n’a pu que conduire à des crises de plus en plus longues.

Dans n’importe quelle démocratie, quand le gouvernement sortant remporte les élections, il est reconduit. La logique voudrait donc que la coalition actuelle reste au pouvoir et Elio di Rupo premier ministre.

Je m’imagine essayant d’expliquer le contraire à mes copains français. Nanti d’un bon bilan et vainqueur des élections, Elio di Rupo ne sera probablement plus premier ministre dans quelques temps. Incompréhensible pour qui n’est pas belge.

La Belgique byzantine

Maintenant, si on renonce à l’architecture classique, à la logique cartésienne trop française pour se baigner avec délectation dans le style baroque et les règles byzantines… On peut disserter sans fin sur la légitimité de tel ou tel, et le célèbre « message de l’électeur » qui dans le système proportionnel belge n’est jamais clair. C’était un grand bonheur de voir les présidents de parti se réclamer chacun de la victoire dimanche soir, à part Olivier Deleuze, qui a reconnu qu’il était un peu déçu. Mais tout juste !

Et voilà que commence la sarabande des consultations, à la recherche de la quadrature du cercle. Ce serait bien de reconduire la coalition sortante, c’est arithmétiquement possible, mais voilà, peut-on écarter le premier parti du pays, et le premier parti de Flandre ?

Honnêtement, ça fait bizarre. Et que se passe-t-il ailleurs quand un parti qui fait de très bons scores, n’arrive jamais à atteindre le pouvoir ? Soit il disparaît peu à peu, à force d’avoir lassé l’électeur. Soit il dispose d’un véritable ancrage populaire, et il continue à monter, monter, monter, et finalement il obtient la majorité absolue ou il prend le pouvoir de manière disons moins démocratique…

On me répète à qui mieux mieux qu’il est impossible que le PS et la NVA cohabitent dans le même gouvernement. Oui et alors ? La NVA sera le pivot du gouvernement flamand, elle disposera de pouvoirs considérables grâce à la 6eme réforme de l’Etat. Elle pourra bloquer ou du moins gêner le fonctionnement du gouvernement fédéral. Car comme le rappelait régulièrement Kris Peeters, président flamand sortant, la Flandre c’est 60% de la population, 70% du PIB, 80% des exportations.

La Belgique c’est la Flandre

Je vais vous faire une révélation, la Belgique c’est la Flandre ! Je le répète :  La Belgique c’est la Flandre ! C’est pourquoi certains hommes politiques flamingants disent aux francophones « mais vous n’aimez pas la Belgique ! ». Et le francophone répond « mais non c‘est vous ! » Et pourtant c’est le Flamand qui a raison, sauf que le francophone évoque la Belgique de papa, et le flamingant celle d’aujourd’hui.

Revenons un instant à la phrase du général de Gaulle qu’avait évoquée Gaston Eyskens dans sa célèbre formule « la Belgique de Papa ». Le général s’adressait aux partisans de l’Algérie française, pour leur faire comprendre que l’Algérie serait bientôt indépendante : « On peut regretter la douceur des lampes à huiles, la splendeur de la marine à voile et l’Algérie de papa mais Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ! »

La réalité c’est que la Belgique c’est d’abord la Flandre et qu’en Flandre le premier parti s’appelle la NVA. Si le scrutin majoritaire était en vigueur en Belgique, comme en France (à deux tours) ou plus encore comme en Grande Bretagne (à un seul tour), la NVA aurait la majorité absolue au parlement flamand et peut-être même à la chambre des députés !

Ça aurait au moins le mérite de la clarté. Je me dis que parfois Bart De Wever doit en rêver.

Un séparatisme possible

Je ne sais pas ce qui va se passer dans ces prochains jours. Je crois qu’il y aura un gouvernement sans la NVA . Et que ce sera donc reculer pour mieux sauter. Car il y aura une prochaine fois, et la prochaine fois la NVA imposera une réforme de l’Etat hyper confédérale, laissant au gouvernement central un soupçon de pouvoirs symboliques : affaires étrangères, défense, justice peut être. Mais comme c’est la Flandre qui tiendra les cordons de la bourse… Quant à sa composition, ce sera systématiquement le premier parti flamand et le premier parti francophone qui géreront au minimum, un peu comme des curateurs, ce qui restera de la Belgique. Puis chacun dans sa communauté, sa région, gouvernera au maximum ce qui ne regardera plus les autres…

Avant peut-être le grand saut, le grand coup de ciseaux définitif.

On m’a dit un jour qu’il était impossible de découper Bruxelles avec une partie flamande et une autre francophone. C’est vrai, où passerait cette frontière ? Au niveau du canal ? Au milieu de la grand place, entre le bas et le haut de la ville ? Je réponds alors qu’il existe d’autres solutions pour partager la capitale. J’en connais une en vigueur à Rome. Depuis les accords du Latran en 1929, Rome abrite deux Etats : l’Italie et le Vatican. On pourrait ainsi imaginer un Vatican flamand au cœur de Bruxelles, avec comme à Rome des dizaines de bâtiments flamands bénéficiant de l’extraterritorialité, autant d’îlots flamands dans une Bruxelles francophone… Et cette Bruxelles serait elle-même reliée à la Wallonie par une route « neutre ». Inconcevable ? C’est oublier par exemple le statut de Berlin Ouest enclavée en RDA et reliée à l’Ouest par une autoroute, véritable « cordon ombilical ».

En matière d’institution, l’homme moderne est très créatif, et le Belge plus encore que les autres. (Cela dit les îles Cook c’est pas mal non plus…)

Au final, je vois une Belgique qui va continuer peu à peu à se déliter, jusqu’à une sorte de « confédération des Flamands et des Wallons » qui se terminera peut être par une scission. Le Roi Philippe et sa famille prendraient alors le chemin de l’exil comme son ancêtre Louis-Philippe en 1848.

Mais ce processus prendra probablement des dizaines d’années.

Et c’est là que le bât blesse !

Rester dans l’histoire

L’ignominieux attentat du samedi 23 mai au musée juif de Bruxelles nous a rappelé brutalement que nous étions toujours plongés dans l’histoire, comme en août 14. Non, nous ne sommes pas à l’abri ! Non, nous n’avons plus le temps de nous refermer sur notre nombrilisme communautaire, à polémiquer sans fin sur le bruit des avions et la largeur du Ring !

Je ne sais pas si la Belgique va survivre et je ne sais pas pour combien de temps. Mais une chose est sûre, si elle existe encore elle a besoin d‘un gouvernement responsable, avec des hommes (et des femmes) d’Etat, et pas les défenseurs de tels ou tels intérêts particuliers.

Et c’est d’ailleurs à cette aune que l’histoire juge les peuples. Ont-ils la capacité dans les moments difficiles de faire surgir une génération qui prend la barre et affronte la tempête ? Par le passé, la Belgique a su le faire, en 1830, en 1914, en 1940… Personne alors ne doutait de son existence.

On verra si cette fois encore le « peuple belge » relève le défi.

Sinon…

Christophe Giltay

Quand les Américains voulaient gouverner la France

Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le sacrifice des milliers de jeunes soldats venus mourir en France pour vaincre le nazisme. Après les Hollande-Obamabelles commémorations que nous venons de vivre en Normandie, nous pensons pourtant que plusieurs éléments méritent d’être mis en lumière :

1. Sans la victoire des Soviétiques sur le front de l’est (la boucherie de la bataille de Stalingrad a fait plus de victimes que le débarquement de Normandie), qu’en serait-il advenu si les Allemands avaient pu quitter le front de l’Est pour venir renforcer le front de l’Ouest ?

2. Le débarquement de Normandie a fait plus de victimes parmi la population française que parmi les militaires.

3. Selon plusieurs historiens américains et l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’intention de Roosevelt était de faire de la France, mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon, des protectorats américains. Il fallut toute la force de caractère, la stratégie et l’ingéniosité du Général de Gaulle pour que la France puisse retrouver pleinement la liberté.

Nous pensons que toutes les vérités historiques ont leur droit.

Paul D.

Cet article du Monde diplomatique est daté du mois de mai 2003 mais il contribue à mettre l’actualité en perspective :

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée.

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux.

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’ »ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Pour lire la suite de l’article du Monde diplomatique : cliquer ici.

Le dernier souffle

Di Rupo-WilmotsLa Belgique retient son souffle. Coupe du monde oblige, les Diables rouges vont maintenant occuper le devant de la scène et ils peuvent compter sur la présence d’un Elio Di Rupo pas vraiment pressé de quitter la pelouse alors que certains réclament son remplacement dans l’équipe belge. Imaginons que la bande à Wilmots réussisse à égaler la performance de 1986 à Mexico, le Premier ministre accessoirement démissionnaire serait le premier à les accueillir à Zaventem, au milieu d’une forêt de drapeaux noir-jaune-rouge, et la fête de la Communauté flamande, le 11 juillet, passerait presque inaperçue.

En attendant, c’est le même Elio Di Rupo qui, sur le terrain politique, a dribblé tout le monde et semble avoir écrit la bande-annonce d’un match dont l’affiche et l’enjeu pourraient bien éclipser les Diables rouges à très court terme. Après son demi-coup de théâtre, on est peut-être entré dans le feuilleton de l’été, avec des rebondissements qui tiendront la Belgique en haleine – à moins que, déjà, ce ne soit le blocage et la fin de partie annoncée pour ce pays qui s’accroche à son équipe de football.

Le goal du PS et le renforcement de sa ligne de défense ont modifié la configuration du match. La tension est montée d’un cran, le suspense aussi, comme en témoigne la réaction des commentateurs, un peu surpris par cette entrée en matière. Et maintenant, on fait quoi ?, se demande un journaliste de la RTBF.  N-VA et CD&V en Flandre : mais que se passera-t-il au fédéral?, renchérit son collègue. Quelqu’un arrivera-t-il à former un gouvernement pour déboulonner Di Rupo ? Bart De Wever ? Wouter Beke ? Didier Reynders ? Marc Wilmots ? Avec quel projet pour la Belgique ? Le journal Le Soir a ce titre : Le CD&V et la N-VA contre-attaquent : Bart De Wever réalise son vœu en Flandre et puis, résigné, il fait ce constat : La Belgique devient confédérale. Et alors ?

Mis hors-jeu dans les régions, les libéraux ont le sentiment d’avoir été méchamment taclés. Comme ils sont incontournables au fédéral, ils vont eux aussi se servir de leur corps pour contrer l’adversaire. Ainsi que l’écrivent les journalistes de La libre, Le MR pousse l’Open VLD à bloquer Bruxelles et L’Open VLD jette PS et N-VA dans les bras au fédéral. Très fort dans l’art d’exploiter les moindres espaces, le PS a une certaine emprise sur le jeu mais il ne contrôle évidemment pas tout. Dans un match avec huit partis, où chacun joue gros, il y a forcément de l’incertitude. La balle est dans le camp du MR, qui se relève avec des bleus partout. Trois possibilités pour le MR, trois cauchemars, résume le journaliste de L’Avenir.

L’avenir de la Belgique ne se joue pas au Brésil.

En politique, le danger peut venir de partout, tant il y a de maillots différents sur le terrain. Chacun veut peser de tout son poids. Le rapport de force est obsessionnel parce qu’il définit tous les paramètres, à tous les niveaux. Dans la réaction des uns et des autres, il faut compter avec l’envie de se mettre en évidence, avec les intérêts de l’équipe, les attentes des supporters, de l’électorat, sachant que celui-ci n’est pas le même en Flandre et en Belgique francophone. A côté de la stratégie mise en œuvre au service de sa cause, il y a la part de l’émotionnel, qui parfois échappe à la logique. On ne sait pas où on va. Pas sûr qu’on ne change pas les règles en cours de partie.

Il suffit d’une élection pour que ce pays se mette en danger. Structurellement, la démocratie belge est de moins en moins capable de gérer ses contradictions. L’union sacrée autour d’une équipe de football aux couleurs nationales, est trompeuse. Il y a des forces centrifuges énormes. Les supporters les plus endiablés ne sont pas forcément ceux qui, par leur choix d’électeurs, ont contribué le moins à rendre la Belgique ingouvernable. Il y a des contradictions dans l’esprit des Belges eux-mêmes. En dépit de la popularité des Diables rouges, à laquelle le monde politique essaie tant bien que mal de s’associer, il se peut que la Belgique suive l’exemple de la Tchécoslovaquie.

Il se peut que la Belgique retienne son dernier souffle.

Georges R.

A lire aussi : Trois infos, de nombreuses questions.

 » Désalbertisons  » la mémoire wallonne !

Par Jacques Rogissart

roi chevalierPendant un demi-siècle après la première guerre mondiale, le Système belge porta Albert Ier sur ses autels, avec un succès certain dans le décervelage des Wallons. Lorsque j’essayai de faire droit à la vérité dans le journal de « Wallonie libre » des années 1980, je dus essuyer des protestations dans les rangs mêmes du Mouvement wallon et des marques d’étonnement venues de France. Les pièces du dossier n’étaient pourtant pas secrètes et, comme l’aurait dit Napoléon, les faits brillent comme le soleil.

Je ne jurerais pas que l’hallucination soit entièrement dissipée ( cf les films-documentaires diffusés tout récemment par la RTBF sur la grande guerre), mais elle n’est plus un phénomène de masse. Le « Vif-l’Express » des 14-20 février remet en lumière les beaux travaux de Marie-Rose Thielemans. Ce professeur d’histoire contemporaine à l’ULB a établi, dès 1991, en analysant la correspondance du roi de 1914 à 1918, qu’il détestait la France, patrie de la Révolution, qu’il imputait à l’Angleterre la responsabilité du conflit et qu’il crut presque jusqu’au bout du conflit à la victoire de l’Allemagne. De là, une diplomatie secrète et tortueuse qu’il monta avec quelques complices (dont le socialiste flamand Camille Huysmans) pour s’entendre avec cette dernière. De là aussi, comme le confirme l’historien liégeois Francis Balace, le maintien par lui de l’armée belge sur la défensive jusqu’en cette année 1918, lorsque la fortune des armes se fut clairement prononcée. Jamais, pendant les années de feu, il ne condamna les atrocités allemandes dans les pays envahis. Plus tard, il inculqua sa vision géopolitique, toujours germanophile, au futur Léopold III, avec les conséquences que l’on sait en 1940.

D’où ce mot de Hitler à son visiteur de Berchtengaden : « J’ai du respect pour vous et votre dynastie parce que votre père a été juste envers l’ Allemagne ». On savait mieux que chez nous, Outre-Rhin, ce qui avait inspiré le « roi-soldat » pendant la grande mêlée.

Dans un autre registre, mentionnons la réédition, cette année, du livre de Jacques Noterman, « Le roi tué » (publié initialement en 2004) par les éditions de Clerq. C’est la démonstration technique et serrée d’un fait que nie encore l’historiographie (ou l’hagiographie !) officielle : Albert Ier n’est pas mort accidentellement à Marche-les-Dames en 1934, il a été assassiné. La recherche, forcément conjecturale, des responsables et exécutants du crime mène l’auteur à remuer des secrets pas très suaves de la famille royale, dont la nymphomanie de la reine Elisabeth, pudiquement tue par des générations d’adorateurs. Feu Noterman était pourtant belgicain et monarchiste, plein de mépris pour « ces républicains fumeux, à défaut d’être fameux ». Qu’il n’en repose pas moins en paix ! A son insu, mais avec toute sa sagacité, il a bien mérité de la cause républicaine.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

On se souvient que le Général de Gaulle n’était pas partisan de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Aujourd’hui, Michel Rocard lui donne raison.

Lire ici l’information donnée par Francetv :

Michel RocardUne demande courtoise, mais ferme. L’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard demande au Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, dans une tribune publiée mercredi 4 juin par Le Monde. Européen convaincu, il accuse les Britanniques de ne pas aimer l’Europe, de n’y être entrés que pour « faire du commerce », de paralyser son évolution politique et de commettre un déni de démocratie en s’opposant à la nomination à la présidence de la Commission européenne du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat du parti vainqueur des élections de mai.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

« Il y a entre vous et nous, les Européens continentaux, un malentendu qui est en train de tourner mal, écrit Michel Rocard, 83 ans. De cela, l’Europe meurt. » Michel Rocard accuse également le Premier ministre britannique de faire « semblant » de vouloir quitter l’Union européenne. Selon le magazine allemand Der Spiegel, le Premier ministre britannique a averti ses partenaires qu’il ne pourrait garantir le maintien du Royaume-Uni dans l’UE si Jean-Claude Juncker devenait président de la Commission. Par ailleurs, il a promis un référendum sur la sortie de son pays de l’UE d’ici 2017.

« Vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous créez », accuse-t-il. « Partez donc avant d’avoir tout cassé », conclut l’ancien Premier ministre français. « Il fut un temps où élégance était synonyme de britannique. Laissez-nous reconstruire l’Europe. Retrouvez l’élégance et vous retrouverez notre estime. »

Lire aussi, sur le site de l’AWF : Karel De Gucht et Charles de Gaulle

La Wallonie ne deviendra pas la 23e région de France…

…puisque le redécoupage décidé par les autorités de la République ramènerait finalement le nombre des régions françaises à 14 (en France métropolitaine).

régions de FranceVoici tous les chiffres qui permettront d’y voir plus clair : ici et ici sur le site du journal Le Monde.

Pour avoir un point de comparaison, la Wallonie (avec la Communauté germanophone) occupe une superficie de 16 844,3 km2 (il resterait trois régions plus petites en France), la Wallonie comptait 3 563 060 habitants au 1er janvier 2013 (six régions françaises seraient moins peuplées) et le PIB de la Wallonie s’élevait à 88 milliards d’euros en 2011 (ce qui situe le PIB/hab à un peu moins de 24 700 €… il n’y a pas de région française qui produise aussi peu de richesse par habitant). Ces chiffres sont ceux de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique).

La Flandre n’a pas dit son dernier mot

Jules Gheude sort de sa réserve et nous livre ses réflexions post-électorales sur le site du « Vif ». Comme j’ai eu l’occasion de le dire, repenser une stratégie réunioniste nécessite que l’on se mette autour d’une table sans condescendance, sur un pied d’égalité, en laissant l’égocentrisme de chacun au vestiaire. Ce n’est pas en prenant des initiatives en solitaire que nous arriverons à un résultat tangible, mais bien en travaillant en toute collégialité.

Paul D.

Jules-Gheude-en-2009-Je me suis abstenu, au cours de la récente campagne électorale, de m’exprimer. J’en retiens une chose : la volonté affichée par les responsables politiques francophones de ne pas s’embarquer dans une coalition fédérale avec les nationalistes flamands.

Le succès électoral de ces derniers a dépassé les prévisions les plus optimistes, amenant aujourd’hui Bart De Wever à se voir confier par le roi une mission d’informateur.

En politique, il ne faut jamais dire jamais. On a vu ce qu’il a en été de ces francophones « demandeurs de rien » et qui s’étaient engagés à ne pas scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans élargissement de la Région bruxelloise. On ne toucherait jamais aux allocations familiales, avait affirmé haut et clair Joëlle Milquet – « Madame non »…

Nul ne peut dire, à ce stade, comment évolueront les négociations pour la formation du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux. On sait seulement que l’intention de Bart De Wever est de doter au plus vite la Flandre d’un gouvernement de centre-droit. Avec son ancien partenaire de cartel, le CD&V, il disposerait d’une majorité, que pourrait venir renforcer l’Open VLD.

Toute la question est de savoir comment réagiront les démocrates-chrétiens flamands. Leur président, Wouter Beke, a confessé dernièrement : « Oui, je suis flamingant. Mon biotope naturel, c’est la Flandre ». En 2007, il avait aussi déclaré : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. » Qu’on se rappelle aussi les propos tenus par l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Une chose est sûre : la 6ème réforme de l’Etat, qui doit encore être appliquée, n’apporte pas cette véritable confédération qu’appelle Wouter Beke de ses vœux. L’encre de l’accord n’était pas encore sèche qu’il s’empressait d’ailleurs de souligner que d’autres réformes devraient voir le jour.

Certes, au cours de la prochaine législature, la Constitution ne pourra être modifiée que dans des limites très strictes. Le fameux article 195, qui définit la procédure de révision de la Constitution et auquel la N-VA souhaitait toucher, ne figure pas dans la liste des articles révisables. Mais tout constitutionnaliste nous dira aussi que bien des choses peuvent être réalisées au départ des lois spéciales et que le pays n’est nullement à l’abri de gros chambardements, notamment au niveau de la sécurité sociale.

La Flandre est loin d’avoir dit son dernier mot. Souvenons-nous de cette déclaration de Karel De Gucht, en 2002, alors qu’il présidait les libéraux flamands : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. »

Il suffit d’avoir suivi le « duel » télévisé Magnette – De Wever du 13 mai pour réaliser le fossé infranchissable entre le Nord et le Sud. Ce sont bien deux mondes différents qui s’affrontent.

On ne peut, comme l’a fait récemment le président du FDF, Olivier Maingain, mettre en doute la légitimité démocratique de la N-VA. La façon dont un Flamand sur trois s’est exprimé ne peut être rejetée d’un revers de la main. Elle ne fait que rejoindre le préambule de la Charte que le Parlement flamand a adoptée à l’unanimité il y a deux ans et qui précise que la Flandre est bel et bien une nation.

On connaît la réflexion post-belge que je poursuis depuis 2008 et qui m’a amené à prôner, en cas de scission du pays, la formule de l’union-intégration à la France, via un statut de large autonomie pour la Wallonie (www.gewif.net).

Il ne s’agit nullement d’une réflexion fantaisiste. Comme l’a écrit feu Xavier Mabille, président du Crisp, dans l’introduction à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Ed. Mols, 2007) : « Au cas où s’accomplirait l’hypothèse de la scission de l’Etat (hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure) »…

Il ne fait aucun doute que celles et ceux qui doutent de la pérennité de la Belgique et qui sont convaincus du bien-fondé de l’intégration à la France dépassent largement le faible score enregistré par le RWF depuis sa création en 1999. C’est la raison pour laquelle j’ai dit, il y a quelques mois, que le moment me semblait venu de « repenser la stratégie réunioniste ».

Jules Gheude

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde