Belgique : chronique d’une implosion annoncée

Jules Gheude s’exprime sur le site du quotidien « Le Figaro ».

Si elle n’ignore pas que la coexistence entre Flamands et Wallons est malaisée, l’opinion française n’a pas conscience de la balkanisation qui se développe à sa frontière nord.

Pour elle, qui a tendance à considérer l’Etat-Nation, comme un phénomène universel, il est impensable que la Belgique puisse disparaitre.

Si elle n’ignore pas que la coexistence entre Flamands et Wallons est malaisée, l’opinion française n’a pas conscience de la balkanisation qui se développe à sa frontière nord.

Elle est un Etat, et donc forcément une Nation. La réalité est toutefois bien différente.

Depuis la démission du gouvernement Leterme en 2010, la Belgique détient le record mondial du pays resté le plus longtemps (541 jours!) sans gouvernement de plein exercice.

Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française ait jugé opportun, en 2011, de charger deux de ses membres de se rendre en Belgique afin de s’informer sur la situation intérieure du pays, est tout à fait significatif. Le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Au traditionnel clivage politique, qui distingue nettement la Flandre (à droite) de la Wallonie (à gauche), s’ajoute le désir majoritairement exprimé en Flandre depuis 1999 d’aller vers un système confédéral, dont les francophones ne veulent pas entendre parler, y voyant l’antichambre du séparatisme.

Constituer, dans ces conditions, un gouvernement relève de la quadrature du cercle.
Le scrutin législatif, qui s’est tenu le 25 mai dernier, a confirmé la poussée du parti nationaliste flamand, la N-VA, devenue le premier parti du pays avec plus de 32% des voix.

Ses statuts sont clairs: l’émergence, à terme, d’un Etat flamand souverain.
Mais Bart De Wever, son leader, agit toutefois en parfait pragmatique. Il ne veut pas brusquer les choses via un processus révolutionnaire qui risquerait d’être mal perçu sur la scène internationale. Il opte donc pour la stratégie prudente du pas à pas, convaincu que le tissu belge finira par tomber en lambeaux.

Des négociations sont actuellement en cours pour former une coalition de centre-droit, associant, du côté flamand, les nationalistes, les démocrates-chrétiens et les libéraux, et, du côté francophone, les seuls libéraux. Il faut savoir qu’en Belgique, les partis sont divisés en ailes linguistiques.

Cette coalition devrait accorder la priorité au redressement économique, tout en mettant en œuvre la 6ème réforme fédérale de l’Etat, adoptée sous le gouvernement précédent mais dont on sait déjà que la Flandre ne se satisfera pas.

Au cours des dernières décennies, la Flandre a tout fait pour assurer son homogénéité territoriale et linguistique. Il y a deux ans, son Parlement a adopté unanimement une Charte dont le préambule reprend expressément le terme «nation».

La scission apparaît de plus en plus inéluctable, mais les responsables francophones se refusent à l’admettre.
Ancien constitutionnaliste de l’Université de Liège et l’une des grandes figures du Mouvement wallon durant la seconde moitié du XXe siècle, François Perin comprit très vite que l’évolution des choses mènerait, à terme, au blocage et à l’implosion du Royaume. Et d’imaginer, vingt-trois ans avant le fameux docu-fiction «Bye-bye Belgium» de la RTBF (2006), la manière dont la Flandre, forte désormais de sa légitimité démocratique, pourrait proclamer unilatéralement son indépendance.

Aujourd’hui, force est de constater que la fiction a largement rejoint la réalité.
La scission apparaît de plus en plus inéluctable, mais les responsables francophones se refusent à l’admettre. Ils s’accrochent avec l’énergie du désespoir à cette Belgique que l’ancien Premier ministre démocrate-flamand Yves Leterme a lui-même qualifiée d’accident de l’histoire et qui, selon l’ancien président des libéraux flamands, Karel De Gucht, est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer.

Ne souhaitant pas que les Wallons se retrouvent, le moment donné, contraints de réagir dans la précipitation et l’urgence, j’ai mis sur pied, en 2009, l’initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Parmi les trois scénarios post-belges qui ont été analysés (un Etat wallon indépendant ; une Belgique résiduelle Wallonie-Bruxelles ; l’union-intégration à la France), seul le dernier s’est avéré réaliste et crédible.
Plusieurs personnalités françaises (de Jean-Pierre Chevènement à Jacques Attali, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Myard, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) se sont d’ailleurs prononcées dans ce sens, rejoignant ainsi le général de Gaulle, qui avait déclaré au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain: «Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité».

Il sera, en tout cas, intéressant de suivre le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui se tiendra en septembre prochain. S’il s’avérait positif, nul doute qu’il pourrait accélérer le tempo flamand.

Jules Gheude
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Jules Gheude est essayiste politique. Dernier ouvrage paru: «Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique», préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.
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Liège, ville de la Légion d’ Honneur dès le 07 août 1914

La Légion d’honneur pour le courage des défenseurs de Liège

En reconnaissance de sa résistance héroïque, la France attribuait dès le 7 août 1914 la Légion d’honneur à la Ville de Liège, première ville étrangère ainsi décorée.

Décernée par la France dès le 7 août 1914

Dès le 7 août 1914, le Président de la République française, Raymond Poincaré, sur proposition de son ministre des Affaires étrangères, Gaston Domergue, décidait de décerner la Légion d’honneur à la Cité ardente en reconnaissance de la résistance héroïque des défenseurs de la Place de Liège (les douze forts et la 3ème Division d’Armée commandée par le Lieutenant-Général Leman).
Le décret présidentiel était publié au Journal Officiel et Liège devenait la première ville étrangère à recevoir cette décoration.

Liège en liesse le 24 juillet 1919 pour la remise officielle

C’est le 24 juillet 1919 que la cérémonie officielle de remise de cette distinction eut lieu à Liège, en présence du Roi Albert Ier et de la Reine Elisabeth, du Président Poincaré, du Maréchal Foch et du Conseil municipal de Paris au grand complet.

Plus de 120.000 personnes sont présentes place Saint-Lambert lorsque le Bourgmestre de la Ville de Liège, Gustave Kleyer, tend vers la foule le coussin sur lequel est épinglé la Croix de la Légion d’honneur.
Les cris de joie de la foule viennent se mêler à la Brabançonne, à la Marseillaise et aux Valeureux Liégeois. C’est toute une ville qui est en liesse avec la construction de plusieurs arcs de triomphe, des immeubles décorés de drapeaux et une foule qui vit sa joie d’être libre et honorée.

Seulement 6 villes étrangères l’ont reçue

A l’Hôtel de Ville de Liège, la célèbre Violette, le grand escalier mène vers la Salle du Conseil. Sur le pallier, une vitrine est l’écrin qui permet l’exposition de cette Légion d’honneur.

Aujourd’hui, 64 villes françaises sont titulaires de la Légion d’honneur : dont Verdun (1916), Reims (1919) et 6 villes étrangères, dont Liège, à savoir Belgrade (Serbie en 1920), Luxembourg (GD Luxembourg en 1957), Stalingrad devenu Volgograd (Russie en 1984), Alger (en 2004) et Brazzaville (République du Congo en 2006).

Extraits du Journal officiel du 8 août 1914
Paris, le 7 août 1914
Monsieur le Président,
Au moment où l’Allemagne, violant délibérément la neutralité de la Belgique, reconnue par les traités, n’a pas hésité à envahir le territoire belge, la ville de Liège, appelée, la première, à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir, dans une lutte aussi inégale qu’héroïque, à tenir en échec l’armée de l’envahisseur.
Ce splendide fait d’armes constitue, pour la Belgique et pour la ville de Liège en particulier, un titre impérissable de gloire dont il convient que le gouvernement de la République perpétue le souvenir mémorable en conférant à la ville de Liège la croix de la Légion d’honneur.
J’ai, en conséquence, l’honneur de vous prier de vouloir bien revêtir de votre signature le projet de décret ci-joint, approuvé par le Conseil de l’Ordre de la Légion d’honneur et décidant que la croix de la Légion d’honneur est conférée à la ville de Liège.

Le ministre des Affaires étrangères, Gaston Doumergue.

Le Président de la République Française
Sur la Proposition du Ministre des Affaires étrangères
DECRETE:
Article Premier. — La croix de chevalier de la Légion d’honneur est conférée à la ville de Liège.
ART. 2. — Le ministre des Affaires étrangères et le grand chancelier de l’Ordre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 7 août 1914.
Par le président de la République.
R. Poincaré

Le ministre des Affaires étrangères
Gaston Doumergue

Invitation à participer demain 04 août au centenaire de Liège 14 – 18

Demain 04 août sera le jour phare à Liège des commémorations du début de la guerre 14-18. Pas moins de 33 chefs d’Etat ou de gouvernement participeront à l’événement. Les forces de l’ordre sont sur les dents. Le public sera interdit d’accès au monument interallié de Cointe où, à 11.00, chefs d’Etat et de gouvernement se recueilleront. Sur le parcours emprunté par le cortège officiel, il sera interdit aux habitants d’ouvrir leur fenêtre. Il est vivement conseillé à la population qui voudrait se déplacer pour participer de se concentrer Place Saint-Lambert où des écrans géants retransmettront les images de la manifestation. La télévision retransmettra l’événement en direct.

Nous avons puisé sur le site de la Province de Liège d’autres activités qui pourraient intéresser les citoyens :

* Théâtre urbain
de 11h à 15h Parcours entre les places du Marché, Saint-Lambert et Saint-Etienne
par la Compagnie Sandra Proes

* Bivouac 14-18 de 11h à 16h Espace Tivoli Reconstitution de l’atmosphère de l’époque
avec décors et figurants, groupe de militaires avec tenues et équipement d’époque. Chevaux et chiens. Musiques militaires.

* Place de l’Opéra et place Saint-Lambert. Prestations de différentes musiques militaires.Patrouille de France et Force aérienne belge.Vers 15.00, survol de la Place Saint-Lambert

* Trivial Pursuit géant Place Saint-Lambert « La Grande Guerre, Liège 1914-1918 », 20×20 mètres, 330 questions. Démonstration d’anciens métiers.

* de 11h à 15h Cloitre du Musée de la Vie wallonne Place du Marché
Liège Expo 14-18.

* Ouverture samedi 2 août au Musée de la Vie wallonne et à la Gare de Liège-Guillemins de l’exposition « Comme en 14 ».

* Du 1er août au 30 septembre Dans les restaurants, brasseries et cafés participants, mise en valeur des plats typiques et familiaux de cette époque.
Danses traditionnelles.

* à 11h Place Saint-Lambert, danses par les Djoyeûs Potcheûs.

Les tenants de l’ Alliance de la Wallonie avec la France seront attentifs à la commémoration de la remise de la Légion d’Honneur à la ville de Liège pour son héroïque résistance face à l’invasion allemande. A 15.00, le Président de la République française gravira les marches de La Violette, ainsi se nomme l’Hôtel de Ville de Liège, pour fêter dignement cet anniversaire. Peu avant 15.00, la Patrouille de France survolera la Place Saint-Lambert.
Nous invitons tous les membres et sympathisants de l’ A.W.F. à se retrouver dès 14.00 Place Saint-Lambert pour participer à un anniversaire qui nous tient particulièrement à cœur.

A Liège le 4 août

La Wallonie jumelée avec la France, c’est déjà une réalité pour un grand nombre de communes wallonnes. Active sur ce terrain des relations privilégiées avec la France, la Province de Liège, elle-même jumelée avec les départements du Rhône et des Côtes jumelagesd’Armor, organise assez régulièrement des « retrouvailles des jumelages franco-liégeois ». De son côté, la Ville de Liège, avant de se donner un profil plus international, s’est jumelée avec Nancy (1954) puis avec Lille (1957), de manière à former un triangle englobant la Wallonie.

Indépendamment de ces jumelages, il faut rappeler combien Liège a regardé vers Paris plutôt que vers Bruxelles (au temps de la Principauté de Liège, la fête nationale des Liégeois célébrait une victoire remportée en 1213 sur le duc de Brabant, et la révolution liégeoise, en 1789, suivit de près la révolution française : « Voyez Paris et tremblez », lançait alors Bassenge au très impopulaire Hoensbroeck). Bien sûr, la Grande Guerre, dont on commémore le centenaire, a donné un relief particulier à ce lien qui plaçait déjà Liège dans l’orbite de Paris, car, en 1914, c’est Paris qui a voulu ostensiblement rendre hommage à la ville de Liège.

Nous avons déjà évoqué ici l’atmosphère qui régnait à Liège quand, une fois la guerre finie, le président Poincaré est venu remettre la Légion d’honneur à la ville qui, la première, avait fait obstacle à l’attaque allemande. François Hollande, l’actuel président de la République française, sera présent à Liège le 4 août prochain et, en marge des cérémonies officielles, il se rendra à l’hôtel de ville pour rappeler cet hommage de la France à la Cité ardente.

ambiance 1914Le même jour sera dévoilée au centre de la ville de Liège une très grande fresque (360 m2) représentant la station de métro « Liège » à Paris (lire ici l’article du journal L’Avenir). Ce sera une journée très festive, ambiance « belle époque ». Consultez le programme édité par la Province de Liège. (G.R.)

La Belgique de Bart De Wever (Belgie Bart)

Silence, on négocie.

gouvernement la flamandeIl faudra cesser d’opposer la Belgique à Bart De Wever car, désormais, ces deux-là vont se confondre. (Pour illustrer cet article, nous avons choisi une caricature de Clou, publiée dans La Libre.)

65 à 20 députés : voilà, sans doute, le nouveau rapport de force au parlement fédéral, là où la Belgique existe encore. Avec le soutien d’une écrasante majorité d’élus flamands, auxquels devraient s’associer les 20 députés du MR francophone, la Belgique aura sa coalition gouvernementale : il y aura, d’un côté, trois partis qui veilleront aux intérêts de la Flandre, en bonne entente avec le gouvernement flamand, puisqu’ils y seront aussi partenaires, et, de l’autre, un parti laissé dans l’opposition en Wallonie et à Bruxelles, un parti qui, en revanche, occupera la moitié des ministères fédéraux, un parti dont la visibilité sera inversement proportionnelle au poids réel, ce qui en fera une cible facile.

On aura certes évité la crise de régime et reculé la perspective d’une séparation de velours, jusqu’aux prochaines élections fédérales. A condition d’enlever le rouge de son drapeau, la Belgique, en noir et jaune, peut encore un peu fonctionner, avec la bénédiction d’un Bart De Wever tout heureux de montrer aux électeurs flamands qu’avec lui les choses bougent dans le bon sens. La main sur le cœur, on promet qu’il n’y aura pas de guéguerre communautaire au gouvernement flamand/belge (biffer la mention inutile), mais seulement une coalition des droites autour de la N-VA, dont le projet s’inscrit dans la dynamique du mouvement flamand vers la plus grande affirmation de la Flandre : Alles voor Vlaanderen…

A Bruxelles et en Wallonie, il faut s’attendre à des rapports difficiles entre le gouvernement fédéral et le pouvoir régional. En principe, on ne se moquera plus du coq wallon dans les médias francophones. Le PS et le CDH devraient logiquement cesser d’agiter des drapeaux belges à la moindre occasion. Quant au MR, il défendra l’action de ses partenaires du gouvernement flamand/belge (biffer la mention inutile) et sera, par la force des choses, poussé à donner la Flandre en exemple et à plaider, plus ou moins explicitement, pour une « flamandisation » des deux régions francophones, au nom de la prospérité de la Flandre et de l’attachement des Belges à la Belgique (au tour du MR de profiter de l’effet « diables rouges » : après tout, Wilmots avait choisi le MR quand il s’était lancé en politique).

La partie est loin d’être jouée. On ne sait pas combien de temps cette Belgique nouvelle va tenir, ni comment Kris Peeters et Bart De Wever vont y faire leur nid. Ce qui est sûr, c’est que les grandes manœuvres ont commencé.

G.R.

Les analyses de Jacques Lenain

« La nation belge est morte, et l’Etat belge est condamné, car la nation flamande en pleine affirmation d’elle-même aboutira à la création de son propre Etat. »

Citoyen français, haut fonctionnaire de la République (il a été Directeur du Fonds de solidarité vieillesse de septembre 2001 à septembre 2010) aujourd’hui retraité, Jacques Lenain a découvert la réalité belge il y a une douzaine d’années, après la lecture du « Choix de la France » de Paul-Henry Gendebien.

Jacques Lenain portrait« Cette question belge concerne très directement la France, avec une portée toute importante. Et particulièrement favorable : un patriote français ne peut que se réjouir devant la perspective de voir son pays s’enrichir de trois millions et demi ou quatre millions et demi de nouveaux concitoyens, culturellement déjà pleinement assimilés et dont l’intégration politique et institutionnelle ne pourra être que facile et rapide. Aussi, je m’y suis intéressé de manière croissante. »

Jacques Lenain publie ses analyses sur le blog qu’il a créé en 2010. Ce blog, intitulé « Belgique française » (http://www.belgique-francaise.fr/introduction/home), est un manifeste en faveur d’une Belgique francophone intégrée dans la République française avec ses structures et son identité propres. Il y développe le concept d’union-intégration.

Il s’en explique :

« Force m’a été de constater que cette réunion de la Wallonie à la France, avec Bruxelles, cette « grande idée », n’allait pas se concrétiser aisément. Parce que l’Etat belge a su construire, depuis deux siècles, un système d’allégeance au Royaume particulièrement efficace et une image de la France « affreusement jacobine » et « terriblement laïque » particulièrement repoussante. Si bien que cette idée est encore peu défendue en Belgique, et très mal défendue, car la plupart des rattachistes franco-belges, et P.-H. Gendebien précisément, par ignorance de l’évolution du cadre politique et institutionnel français, et par hostilité très excessive à l’héritage institutionnel belge, ont défendu jusqu’à présent un mode d’absorption de la Wallonie voire de Bruxelles par la France qui passerait par la disparition totale dudit héritage, en faisant ainsi fi de deux siècles de construction juridique belge et de trente ans d’autonomie régionale de la Wallonie et de Bruxelles. Et parce qu’ils n’ont pas su se créer un appui actif en France, où la question belge restait presque totalement ignorée il y a trois ans encore. Ils ne sont donc pas entendus. Milieux dirigeants et élites actives de Belgique « francophone » préfèrent la tutelle flamande, très pesante mais bien connue, à une assimilation française, trop crainte parce que mal comprise.

« Il n’empêche que la crise belge s’est accélérée et approfondie, depuis 2007 précisément, après trente ans d’une illusion sur la permanence du Royaume entretenue par la transformation de l’Etat belge en Etat fédéral. La prolongation artificielle de cette continuité par une nouvelle réduction de l’Etat central pour satisfaire l’appétit national flamand dans l’attente du règlement du sort de Bruxelles, dernière et unique obstacle à la dissolution du Royaume, ne peut plus continuer à faire illusion. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de préparer sa dénaturation et/ou sa fin. Il me parait que les « francophones » de Belgique doivent désormais choisir entre l’acceptation d’une tutelle colonisatrice flamande, de plus en plus envahissante, ou une forme de libération, celle en apparence illimitée mais très incertaine et dangereuse d’un Etat propre sans la Flandre, ou celle, suffisante et solide bien que limitée, que peut apporter une appartenance à la France, sous la condition que la République sache faire une offre séduisante, et convaincante une fois négociée.

« Pour ma part, j’essaie donc de contribuer, tant côté français que côté belge, à promouvoir, au-delà du constat à faire partager que l’Etat belge est frappé d’un mal mortel qui peut l’emporter à tout moment, un modèle de réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France qui soit respectueux de leur identité et de leur autonomie, et qui garantissent aux populations wallonne et bruxelloise le maintien des services publics et des protections sociales dont ils bénéficient dans le présent cadre belge. Un modèle qui peut donc prendre appui sur le fait que la République française, République décentralisée comme l’affirme désormais sa Constitution, peut offrir à la Belgique française un statut particulier d’autonomie apte à permettre son intégration progressive et harmonieuse dans l’ensemble français. »

Nous reprenons ici des analyses que Jacques Lenain a publiées sur le site de l’AWF :

1. En 1860, Nice et la Savoie sont rattachées à la France. A bien des égards, il s’agit d’un cas de figure identique à celui de la Wallonie (et de Bruxelles) : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2012/01/15/un-precedent-nice-et-la-savoie/

2. Le regard de Jacques Lenain sur la « Fédération Wallonie-Bruxelles » : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2012/01/06/la-fwb-sous-la-loupe-de-jacques-lenain/

3. Sur le tracé des frontières : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/11/27/saint-nicolas-est-wallon/

4. Sur l’avenir de Bruxelles : https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/21/comment-jacques-lenain-voit-lavenir-de-bruxelles/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/27/bruxelles-ville-internationale/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/05/et-si-bruxelles-faisait-le-choix-de-la-flandre/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/18/le-plan-b-francophone-une-chimere/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/05/29/la-chimere-wallo-brux-ii/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/06/16/pour-en-finir-avec-le-plan-b/

5. Le débat est ouvert :                    https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/04/09/la-france-et-pas-le-wallo-brux/

https://alliancewalloniefrance.wordpress.com/2013/07/06/debat-letat-wallonie-bruxelles-une-etape-necessaire-ou-le-dernier-songe-belgicain/

Vacances, la France en tête

Cela sent les vacances. Le soleil s’impose enfin dans le ciel et dans les esprits. Il semblerait qu’à Namur, le PS et le CDH soient près d’un accord pour gouverner la Wallonie, où l’on Wallonie chaleur de vivrene pense déjà plus qu’à la chaleur de vivre. En Flandre, il y a les incertitudes autour de l’avenir de Kris Peeters mais, à part ça, la plaine est fumante et tremble sous juillet. La formation d’un gouvernement fédéral reste au frigo, le temps que l’été passe.

apéroAh le petit vin blanc qu´on boit sous les tonnelles… A l’heure de l’apéro, beaucoup de Wallons sont heureux de vivre en France. Il est vrai que le soleil brille ailleurs qu’au pays du guide Michelin, l’offre touristique a fortement augmenté dans le monde et la démocratisation du transport aérien profite davantage aux destinations plus lointaines. Mais en France, un Wallon se sent quand même un peu chez lui.

Le succès du Tour de France est en partie celui des paysages qu’il donne à voir. Avec ses montagnes et ses bords de mer, ses villes patrimoniales et ses petits villages tranquilles, la France nous est familière, et son pouvoir de séduction reste intact. La France est la première destination touristique du monde et le tourisme constitue un secteur clé de son économie. Il représente plus de 7% du PIB et deux millions d’emplois directs et indirects. Pour autant, la filière doit s’adapter pour faire face à la concurrence des autres pays et capter l’augmentation du flux touristique mondial. Celui-ci doit doubler d’ici à vingt ans, passant de 980 millions à 1,8 milliard de visiteurs internationaux annuels.

Cette information, reprise sur un site gouvernemental français (lien), rappelle que les vacances, au pays des 35 h/semaine, c’est aussi bon pour l’économie. Il s’agit même d’un secteur d’avenir, dont la croissance apportera de la richesse et des emplois, à condition de ne pas s’endormir sur ses lauriers car, première destination mondiale avec 83 millions de touristes étrangers, la France est seulement troisième pour ce qui est des recettes. Un enjeu majeur consiste donc à renforcer l’offre touristique pour améliorer l’attractivité de la France, et ainsi devenir la première destination touristique mondiale en termes de touristes et de revenus.

Dans un marché global où, de plus en plus, les pays sont comparables à des marques, voire à des produits de consommation, la France occupe encore une place de choix. La Wallonie gagnerait sans doute à s’y associer. Selon un rapport élaboré en 2010 par le Département du tourisme de Wallonie (lien), le secteur touristique wallon génère près de 60.000 emplois (équivalents temps plein) et représente 5 % du P.I.B. Il dispose d’un important potentiel de création d’emplois directs et indirects difficilement délocalisables et constitue un axe de développement économique certain.

G.R.

Pour en finir avec le foot

Thierry LuthersC’est toujours une fête de l’entendre commenter un match à la radio : Thierry Luthers, qui jongle avec les mots comme d’autres avec un ballon, sera de la partie ce soir pour allumer le feu du 14 juillet liégeois. Pas de football au programme mais un récital Johnny Hallyday, dont Thierry Luthers interprétera les tubes avec l’ardeur bien liégeoise qu’on lui connaît. (Tiens, qui se souvient que Johnny a chanté « On est tous ensemble… Allez les bleus on est tous avec vous » ?)

Moins festive, et pour en finir avec la coupe du monde de football, loin du sport-spectacle et des émotions qu’il peut générer, voici la réflexion critique de Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’éducation nationale en France. Publié dans le Figaro du 19 juin passé, ce billet d’humeur n’est pas vraiment une invitation à chanter dans la rue, à lâcher prise, à délirer tous ensemble. Il suggère qu’il n’y a pas que le foot dans la vie. On avait presqu’oublié…

Le nouvel opium du peuple

Luc FerryTout va bien puisque, l’autre soir, 16 millions de Français ont trouvé divertissant de regarder sur TF1 une poignée de gamins milliardaires courir après leur ballon. C’est à dessein que j’emploie le mot « divertissant », car de bonnes âmes m’expliquent que le foot, fort heureusement, est là. Là pour que les « vrais gens », pas les intellos à la noix, puissent enfin penser à autre chose, se changer les idées, – comme si l’activité de pensée leur prenait tant d’énergie d’ordinaire qu’il fallait bien, les pauvres, les distraire un peu. Si j’ai le malheur de faire, fût-ce légèrement, la moue, la réprimande tombe aussitôt, réglée comme du papier à musique : ne pas participer à l’enthousiasme général est le signe d’un mauvais fond, une forme détestable de « distinction », au sens que Bourdieu donnait à ce terme : un mépris des élites à l’égard du peuple, une manière arrogante de se mettre au-dessus du lot, de faire valoir son « capital symbolique » en opposant la « haute culture » à la « culture de masse ». Bien plus, souhaiter que la France perde pour être enfin débarrassé du flot médiatique proprement délirant qui entoure chaque match sur toutes les chaînes et à toute heure… est une honte, un manque de patriotisme abominable. Comme si une équipe de sport était d’un seul coup, non pas même un représentant de la France, mais la France elle-même, la nation à l’état essentiel, chimiquement pur.

Qu’on me comprenne bien. Je le dis et le redis : je n’ai rien contre le foot en tant que tel. (…) Simplement, on en fait trop, mille fois trop, et ça devient insupportable. Les médias d’abord, qui vont à la soupe comme des veaux à la mangeoire. Les politiques, qui par peur de manquer le train, montrent leur bouille à qui mieux mieux dans le poste pour se livrer à des commentaires pseudo-éclairés où leur démagogie s’expose davantage que leur intelligence. Les supporteurs enfin, qui ne brillent ni par le goût ni par l’esprit, mais témoignent en revanche d’un chauvinisme aussi impressionnant que leur capacité à avaler de la bière.

Laissons passer l’orage, donc, puisqu’il n’y a rien à y faire. Gageons toutefois que, comme avec toute drogue, le réveil n’en sera que plus rude et qu’il est temps, grand temps, que les hommes de bonne volonté, de droite comme de gauche, se réveillent eux aussi… pour proposer une solution à ce pays que le nouvel opium n’abêtira pas indéfiniment.

C’est vrai, quoi. Il n’y a pas que le foot dans la vie. Il faut en relativiser l’importance. Après tout, le basket-ball et le handball sont aussi des sports d’équipe et, dans ces deux disciplines, la France est championne d’Europe en titre. Et cela ne change pas la vie des Français.

France championne d'Europe

L’autre Allemagne-France

C’est dit, l’Allemagne est une machine à gagner, dont la puissance et l’organisation écrasent la concurrence. A quelques heures de la finale de la coupe du monde de football, petit retour sur un autre match. Avant de créer la sensation en atomisant le Brésil, la France-AllemagneMannschaft a éliminé l’équipe de France, une fois de plus, mais c’est sur un autre terrain que les performances comparées des deux pays interpellent. Alors que l’Allemagne affiche une santé presque insolente, au vu des difficultés qui accablent de nombreuses économies européennes, il semblerait que tout va mal en France, au point que le couple franco-allemand, sur lequel on a bâti l’Europe du XXIe siècle, tendrait à disparaître au profit de la seule Allemagne.

Il ne s’agit pas ici de nier les problèmes auxquels la France est confrontée mais, les impressions étant souvent trompeuses, il faut mesurer l’écart qu’il peut y avoir entre la perception des choses et la réalité. C’est à cela que nous invite le numéro 1 mondial de l’assurance-crédit, la société Euler Hermes, elle-même très franco-allemande, puisqu’elle est détenue en majorité par le groupe Allianz et cotée à la Bourse de Paris.

L’article suivant a été publié sur le site du Figaro le 3 juillet passé.

France-Allemagne : sur le terrain de l’économie, qui gagne ?

euros… Alors que la Mannschaft part favorite dans le match contre les Bleus, certains ont eu l’idée originale d’opposer les deux pays sur le plan économique. Ces pronostics sont signés Euler-Hermès, l’assureur-crédit qui propose une étude en 11 points… comme les 11 joueurs d’une équipe de foot. Et à en croire l’étude, il n’est pas toujours judicieux de parier sur celui à l’apparence la plus robuste.

Produit Intérieur Brut: l’Allemagne prend la tête

L’Allemagne affiche l’une de ses meilleures performances en moyenne depuis 10 ans en tablant sur 1,7% de croissance en 2014. La France, elle, se retrouve bien loin derrière avec, pour la troisième année consécutive une croissance en dessous des 1% et elle table sur 0,7% pour 2014. Avec de telles chiffres, elle peut déclarer forfait face à l’équipe d’Angela Merkel.

Nombre d’achats de robots industriels: l’Allemagne remporte le match haut la main

Avec 17.500 robots industriels achetés en 2012, l’Allemagne écrase la France qui n’en compte que 2956. Si la Mannschaft suit la même tendance que le plan de transformation industrielle allemand «Industry 4» elle devrait remporter aisément les quarts de finale contre la France qui n’a choisi de cibler que 34 secteurs stratégiques.

Taux d’emploi: avantage Allemagne

Les choix tactiques d’Angela Merkel sont bien plus prolifiques que ceux de François Hollande. Avec 72,8% d’emploi contre 64% pour la France, l’Allemagne a su faire revenir sur le terrain de l’emploi les jeunes et les séniors.

Pression fiscale: l’Allemagne loin devant avec 49% des profits contre 65% en France

L’Allemagne mène une politique pour offrir plus d’agilité à ses entreprises et cela se retrouve dans les chiffres. La France, quant à elle, peine à mettre en place des réformes pour alléger la fiscalité et se retrouve donc loin derrière ses voisins européens.

Nombre d’entreprises exportatrices: l’Allemagne prend le large

On compte en Allemagne plus du double d’entreprises exportatrices qu’en France (environ 300.000 contre 120.000 dans l’Hexagone). Ce chiffre est le fruit d’un esprit d’équipe tourné vers l’export nettement plus encouragé chez nos voisins que dans notre pays.

Taux de fécondité: la France se ressaisit

Si les Bleus jouent un match contre l’Allemagne proportionnellement aux taux de fécondité des deux pays, la Mannschaft risque bien de se retrouver à la traine. Avec 2 enfants en France contre 1,38 en Allemagne en 2011, la natalité est bien plus dynamique dans l’hexagone… de quoi renouveler notre équipe nationale.

Coût unitaire du travail: la France reprend l’avantage

+2,5% en France contre 3,7% en Allemagne en 2008, la modération salariale porte ses fruits en France et permet de restaurer une compétitivité relative des entreprises françaises qui dégagent ainsi plus de marges.

Proportion de diplômés de l’enseignement supérieur: la France a plus de joueurs de talents

Avec 43,6% en France contre 31,9% en Allemagne on peut se laisser aller à un peu de chauvinisme. La France peut incontestablement compter sur des joueurs de talents alliant vitesse, technicité et innovation qui se démarquent de nos voisins sur des segments de pointe à forte valeur ajoutée.

Coût de l’Énergie: la France domine très largement

Sur le terrain de l’Énergie, l’Allemagne s’écrase devant la France avec un coût deux fois plus élevé (0,2 kWh en Allemagne contre 0,1 en France), et, cette défaite pèse sur la rentabilité de ses entreprises.

Ratio d’intensité de pauvreté: la France en tête

Même si le salaire minimum vient tout juste d’être voté en Allemagne, sa longue absence couplée à la pression sur les salaires non qualifiés font pencher la balance en faveur de la France qui elle, a un ratio inférieur à celui de l’Allemagne (19% pour la France contre 21,1% pour l’Allemagne).

Coût des défaillances: Match nul

À la fin de l’année 2013, le coût des défaillances françaises s’élevait à 5,1 milliards d’euros pour la France contre 28 milliards pour l’Allemagne. Mais ce nombre doit être considéré au vu du nombre d’entreprises du pays. Et, pour un nombre d’entreprises à peu près similaire, l’Allemagne affiche un nombre de défaillances deux fois moins importants que la France (25.995 défaillances contre 62.716 en 2013). Au contraire, si on se place sur le terrain du coût total des défaillances sur l’économie, l’Allemagne perd sa place de leader.

Le pronostic Euler-Hermes: victoire par tirs au but… de la France

Sur le plan économique, l’assureur-crédit prédit un match très serré vendredi. Si les joueurs de la Mannschaft se comportent comme les entreprises allemandes, ils devraient très bien résister au ralentissement… économique. Mais les Bleus, au regard de l’économie française, pourraient être pleins de surprises avec une reprise progressive de l’investissement. Même si les deux équipes ont des moyennes d’âge comparables, l’Allemagne vieillissante sera-t-elle en mesure de résister à la natalité dynamique de la France? Reste à déterminer le rôle qu’auront les deux gardiens…

Ceci n’est pas du chauvinisme

Voilà, c’est fini l’ivresse. Une fois que les dieux du stade ont chuté, le ciel est vide et bonjour la gueule de bois. Adieu les rêves de grandeur, mais… non, en Belgique, on veut Kroll, diables rougesprolonger les bons moments. Les Diables rouges cristallisent tout ce qu’il reste de la nation belge. Alors, même si l’équipe a parfois déçu les observateurs neutres, on la porte aux nues, avec la conviction qu’elle sera bientôt la meilleure du monde. On se l’arrache, on la vampirise, on savoure à l’avance un moment de grâce, on reste en apesanteur aussi longtemps qu’on peut, dans le déni vertigineux d’une Belgique en phase d’implosion.

Cela vaut peut-être mieux que d’imploser en plein match, comme le Brésil, dont l’effondrement laisse un pays KO, confirmant, si besoin en était, que la coupe du monde de football est bien plus qu’un jeu, bien plus qu’une fête, et que les joueurs portent une responsabilité qui, parfois, les écrase.

Les Diables rouges ont du talent et leur popularité est réelle en France (où plusieurs d’entre eux ont pris leur envol), mais les supporters belges s’y attachent avec une jalousie féroce. On ne rigole pas avec la fierté d’un pays qui peut disparaître. Aux yeux des Belges, illuminés par ces étoiles, tout est déjà en place pour qu’une équipe de légende écrive un diables rouges le retournouveau roman national, une épopée, l’histoire d’une conquête, et malheur à celui qui oserait douter des idoles autour desquelles la Belgique entière est appelée à communier : Wilmots, Kompany, Hazard, Courtois… Ces héros magnifiques eux-mêmes appartiennent au peuple belge et, ce 7 juillet, on les a poussés, bon gré mal gré, à entrer dans une joyeuse farandole à leur retour du Brésil. La politique s’en est mêlée et la presse a dénoncé le peu d’empressement des joueurs à plonger dans la foule après une élimination qu’ils ressentent comme un échec. Faut maintenir le public belge à bonne température…

Cet engouement qui traverse la société belge, c’est aussi le résultat du battage médiatique et de l’exploitation commerciale du phénomène « Diables rouges », cela n’a fait que rendre les Belges un peu plus dingues de leur équipe. A partir de maintenant, plus question de lâcher les Witsel, De Bruyne, Fellaini… c’est la fête en permanence. Où commence la manipulation des masses ?

Ce pays, dont l’avenir politique est très incertain, bascule volontiers dans les émotions collectives. Il y a comme une exaltation qui surcompense un doute existentiel. On se retiendra de généraliser, bien sûr, il faut nuancer. La confusion entre le football et la politique est surtout francophone. En Flandre, on peut supporter les Diables rouges et voter pour la N-VA dont les représentants s’exciteraient davantage avec une équipe nationale flamande. Il va de soi, par ailleurs, qu’il y a des supporters plus enivrés que d’autres, avec un niveau d’abrutissement très variable aussi, dans ce cocktail de passion guerrière et de grand carnaval. La fête n’a pas le même sens pour tout le monde. Compensation narcissique, défoulement populaire et dérapages en tout genre : la victoire, ici comme ailleurs, n’a pas que des effets glorieux.

Il ne faut pas bouder sa joie d’avoir une équipe de football compétitive, elle donne à la Belgique un sentiment d’exister que seul le football peut lui donner. Par les temps qui courent, cela tient déjà du miracle et il est normal que les Belges, en bons supporters, cèdent à la passion d’une identité collective où se bousculent toutes les formes de l’affirmation de soi. Cela ne vole pas toujours très haut. Les Belges ont bien sûr le droit d’avoir des réactions très ordinaires, mais cela ne leur ferait pas de mal de s’en rendre compte. Ou peut-être que si.

« La si douce Belgique, dont le sentiment national est habituellement inversement proportionnel aux scores de la N-VA, donne, à l’occasion de cette Coupe du Monde au Brésil, le spectacle de cette ivresse du « nous » dans laquelle même les esprits les plus avertis sombrent avec délice, du déchainement sans retenue d’un chauvinisme que l’on disait réservé aux autres et en particulier à ces si arrogants voisins français. C’est même cela qui est étonnant : la Belgique est un pays comme un autre, contrairement à ce qu’il [le Belge] aime à croire. Dès que l’occasion fait le larron, il est chauvin, nationaliste, arrogant, sans aucun sens de cette fameuse « autodérision » dont on a fait de ce côté-ci du Quiévrain un trait de caractère national qui n’est réservé qu’aux Belges 100 % d’origine…» Nous allons le voir, pour avoir osé de tels propos dans la Libre, Jean Quatremer, le correspondant du Libé à Bruxelles, a été repris de volée par le rédacteur en chef du journal bruxellois.

Jean Quatremer est l’homme par qui le scandale arrive. Il en avait déjà consterné plus d’un l’année passée en brossant un portrait peu complaisant de la ville où il travaille : « Pour les fortunes françaises désireuses de fuir l’impôt hexagonal, Bruxelles a deux atouts : son climat fiscal et sa proximité… Cette proximité est même une nécessité si l’on veut préserver son moral, car… le choc de l’arrivée à destination risque d’en laisser plus d’un sur le carreau tant la capitale belge est laide et sale… Pour décrire ce n’importe quoi qu’est devenue, depuis la fin des années 50, la capitale belge, les urbanistes ont inventé un terme…» Pas sûr que son avis sur Bruxelles ait changé mais, ici, dans le contexte inhabituel de la coupe du monde de football, ce qui a surpris Jean Quatremer, c’est un inconfort de nature bien différente : « Il est pénible d’être français en Belgique en ce moment ».

Ce qui frappe, en effet, chez le supporter belge francophone, c’est son besoin d’exister par rapport à la France. Rien, dans le déroulement de la coupe du monde, ne l’incitait à faire une fixation sur la France et les Français, si ce n’est qu’il en partage la culture à tous les étages, qu’il regarde la télévision française en n’étant pas de France, avec ce que cela suppose de vague sentiment d’exclusion compensé par la joyeuse affirmation de sa différence, souvent crispée, tendue, parfois agressive et croquignolesque, pour ne pas dire imbécile. Il y a bien sûr une rivalité naturelle entre des collectivités géographiquement et culturellement si proches, mais on touche ici à un réflexe, encouragé par les médias, qui pourrait nuire à la réflexion politique en Wallonie. La libération d’une parole francophobe, dans un contexte où le sentiment d’appartenance est exacerbé, révèle un des problèmes de l’identité belge. Alors que la Flandre, presque étrangère, a de la Belgique une conception très différente de la sienne, le Belge francophone s’arc-boute sur ce pays déliquescent pour maintenir la France à distance.

A part Jean Quatremer, il semblerait que les Français de Belgique aient fait le choix de ne pas relever ce goût pour l’invective anti-française. Mieux : au journal Le Soir, François Tron, l’ancien dirigeant de France Télévisions (devenu en 2008 le directeur des programmes télé à la RTBF) a conforté la (relative) francophobie ambiante en déclarant que « les Français sont chauvins mais, dans le cas des Belges, je préfère parler de fierté car le chauvinisme induit de la mauvaise foi, des excès et un certain manque d’élégance ». On ne saurait mieux définir ce que chacun a pu lire sur les forums des médias belges : « de la mauvaise foi, des excès et un certain manque d’élégance », en particulier quand il s’agissait de la France. Insignifiant, peut-être. En tout cas, pour le Français Benjamin Nicaise, ancien joueur de Mons et du Standard, devenu consultant de la RTBF, il ne faut pas confondre un Belge et un Français : « Le Français est un chauvin provocateur et hautain, plus arrogant parce que cela fait partie de son héritage. Dans le cas du Belge, j’ai l’impression que le chauvinisme est d’abord et avant tout un prétexte pour faire la fête. »

Pas d’accord, insiste Jean Quatremer : « Il n’y a pas de différence. La grande différence, c’est qu’en France ou ailleurs, on ne passe pas son temps à dire qu’on n’est pas chauvins et qu’on est très différents des autres. Le problème de la Belgique, c’est que les gens passent leur temps à dire qu’ils ne sont pas chauvins, pas nationalistes, etc. En réalité, c’est complètement faux. Et c’est pour cela que je m’en moque…»

Evidemment, un Français qui se moque des Belges, c’est un vrai casus belli, faut pas jouer avec ça. Le reste du monde, y compris la Flandre, on ne comprend pas vraiment ce qui s’y dit, mais la France et les Français, ces éternels donneurs de leçons, ce sont nos voisins de palier, on leur en ferait bien voir, de temps en temps. Pas étonnant que Francis Van de Woestyne, le rédacteur en chef de la Libre, réponde à Jean Quatremer par ces mots : «Votre dernière chronique m’a laissé des coliques».

Quatremer, La LibreCeci n’est pas du chauvinisme, comme l’aurait sans doute écrit Magritte : le Belge est un francophone décomplexé, sympathique, ouvert sur la diversité, jamais bouffi de sa propre importance, et c’est pour ça que les Français l’adorent, et c’est pour cela qu’ils l’envient, et c’est pour cela, oui-oui-oui, voilà-voilà. Pauvre B…, comme écrivait Baudelaire qui, sur ce coup-là, aurait mieux fait d’économiser son encre. Au fond, cela ressemble à un combat… de coqs. Dans la nouvelle configuration du monde, avec une France qui se cherche et une Wallonie peuplée de Belges en état d’hypnose, il serait temps de dépasser ces querelles de voisinage aux accents finalement très… franco-français.

Georges R.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde