L’heure solidaire

Hervé Gourdel, guide de haute montagne, était un homme particulièrement apprécié pour ses qualités humaines.

Hervé gourdel

L’assassinat de Hervé Gourdel est un choc. Rien ne justifie un tel meurtre. Ceux qui l’ont commis, en s’attaquant à un homme sans défense, ne se sont pas comportés en guerriers mais en lâches.

L’Alliance Wallonie France se joint à la République française pour observer le deuil de trois jours décrété.

L’heure est à la solidarité nationale avec nos amis français…

L’unif en question

Lu sur le site du « Vif-l’Express », cet article de Pascal de Sutter qui incite à la réflexion et au débat. Nous avons mis en caractère gras des réflexions qui ont particulièrement retenu notre attention.

pascal de sutterIl est politiquement correct de vouloir que l’université soit un système pratiquement gratuit et accessible au plus grand nombre. En poursuivant cette logique bien-pensante, le gouvernement francophone semble vouloir augmenter sa mainmise sur l’enseignement supérieur et universitaire. Il a échafaudé pour cela un nouveau décret dit « paysage ».

Mais sur le fond, on observe le maintien d’une politique générant le nivellement par le bas des diplômes (notamment en modifiant la moyenne de passage à 10/20 au lieu de 12/20) et la poursuite du libre accès pour un maximum de jeunes à des études universitaires bon marché (1). Or, ces dernières années, le financement des universités a diminué de 7 % alors que la population estudiantine augmentait de 65 %. Bilan : le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pousse les universités à former des masses d’étudiants au rabais.

L’université pour tous est un mythe. Ce sont principalement les enfants des classes sociales les plus aisées qui y réussissent . En voulant rendre les études universitaires plus « faciles », le gouvernement communautaire va surtout faciliter la réussite des plus « riches ». Et qui paiera la facture de cette injustice ? Tous les contribuables, y compris les ouvriers qui ont rarement la chance d’accéder à ce système mal conçu pour eux. Sans oublier tous ces jeunes qui ont étudié dur pour se retrouver en surnombre avec des diplômes peu « utilisables » sur le marché du travail.

Combien de temps allons-nous poursuivre cet incroyable gâchis financier et humain ? Alors que l’Etat, les Communautés et les universités sont pratiquement en faillite. A quand une réforme vraiment utile ? Il existe pourtant des solutions. D’abord, on pourrait faire payer le coût réel des études universitaires à ceux qui les suivent. Tout en offrant un accès facilité et plus large aux bourses en fonction des talents et moyens financiers de chacun. Ensuite, nous pourrions instaurer une année préparatoire généralisée avant l’entrée à l’université. Elle serait constituée d’une sorte de service civil où les candidats devraient bénévolement travailler pour la collectivité en côtoyant toutes les couches de la société. De préférence en apprenant aussi une autre langue.

En échange, ils auraient accès à des tests d’évaluation approfondis de leur potentiel et à une orientation de carrière poussée. Les enfants issus des milieux les plus démunis, mais possédant un bon potentiel académique, seraient soutenus et encouragés à poursuivre des hautes études. Durant cette année de réflexion, si leur choix allait vers l’université, ils bénéficieraient de sérieux cours de préparation aux méthodes universitaires. L’ensemble des jeunes seraient évalués en fin d’année et seulement alors, pourraient postuler aux différentes filières universitaires. Et pour finir, laissons un peu d’autonomie aux universités. Certes, elles ont encore des progrès à faire, mais il n’est pas démontré que les ingérences et les lubies du politique améliorent la situation.

Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

(1) Former un étudiant à l’université en Belgique (lisez en Communauté française)ndlr, coûte en réalité 4 à 10 fois plus cher que ses frais d’inscriptions.

Par Pascal de Sutter

Et si on voyait les choses autrement ?

Il est toujours plus facile de hurler avec les loups. Pas besoin d’argument. Rendre hommage à un président dont l’impopularité bat tous les records, cela peut surprendreFrançois Hollande 2. On attend ça d’un ami, quand il en reste, ou d’un humoriste. Apparemment, le chroniqueur Xavier Zeegers n’est ni l’un ni l’autre, il n’est même pas français, mais il prend la défense de François Hollande et de la France que « Flanby » incarne aujourd’hui. Ce qui ne gâte rien, sa chronique a été publiée sur le site de la Libre.

Et si on voyait les choses autrement ?

Hollande bashing: « La France a voté, qu’elle assume son choix! »

Mensonge, ingratitude, cynisme, surestime de soi, absence de scrupules, autoritarisme : et si la faiblesse du président français était de ne pas avoir ces défauts-là, si utiles en politique ?

A bientôt mi-mandat, la présidence de François Hollande ressemble aux premiers vers d’Alfred de Musset, dans « Nuit de mai » : les plus désespérés sont les chants les plus beaux, et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. Elu en mai, son avion fut foudroyé dès le premier jour par un orage et dut redescendre en catastrophe, comme si les augures grecs s’en étaient mêlés. Depuis, ses électeurs devenus déserteurs sanglotent de remords et le vouent aux gémonies. A force de descendre si bas dans les sondages, il finira par trouver du pétrole disait-on à propos de Raymond Barre à qui l’Histoire a rendu justice. Hollande se trouve plutôt dans la fosse des Marianne, lieu le plus profond du monde (- 10 994 m) où la pression est de 1 100 atmosphères. Il semble y résister, en compagnie des organismes dits piézophiles. Il reste de marbre. Et il a bien raison !

Les sondages ? Il n’y en a qu’un, celui de l’élection elle-même. La légitimité sort des urnes, pas des instituts, pas de la rue, pas des micro-trottoirs. L’obsession de la popularité relève du narcissisme, propre aux tyrans, et diriger c’est voir au-delà de la prochaine élection, donc vers l’intérêt commun plus que son propre destin. Le chemin politique ne se résume pas à faire campagne, c’est plutôt un chemin de campagne ou pullulent des Pitbulls prêts à mordre sur l’homme qui marche au lieu de l’aider; parfois un vrai calvaire. Hollande s’est fixé une barre très haute : si j’échoue sur le chômage, dit-il, je ne me représenterai pas. Voilà un panache qui tranche admirablement avec ces pays où, malgré leur bilan calamiteux, des satrapes prédateurs s’accrochent aux ors et aux vanités, foulant aux pieds une Constitution servant de carpette avant d’enfoncer la porte. La France a voté : qu’elle assume son choix ! Une bronca ne fait pas le poids, et que les citoyens se souviennent qu’en juin 40, à Londres, de Gaulle ralliait 1 % de la population, tandis que Pétain était au sommet d’une gloire nauséabonde.

Son manque de leadership ? Mais il faudrait demander aux Maliens qui ne craignent plus d’avoir les mains coupées, aux Centrafricains au bord de la guerre civile, et aux chrétiens d’Orient soutenus par les cardinaux français, s’ils sont déçus par la France et son chef ! L’intervention en Libye ? Si c’était une erreur, ce fut celle de son prédécesseur.

La gestion de ses amours ? Maladroite, certes. Il se peut qu’il soit un goujat, un cœur d’artichaut voire même un beau salaud si l’on en croit sa toute dernière ex, qui découvre tardivement le mot cruel de Guitry : au soir de leur mariage, combien de femmes ne sont-elles pas déjà veuves du mari qu’elles avaient imaginé ? Mais au fait, il ne s’est jamais marié, et puis ouvrir les placards d’un vulgaire vaudeville pour que des voyeurs matent les draps chiffonnés d’un lit devenu champ de bataille, quelle bassesse ! Honte à elle et ses lecteurs. Mais revenons aux choses sérieuses.

Son impuissance, finalement ? Sur ce point, Alix de Saint-André a tout dit : « J’assistai à une conférence sur le thème de la politique soumise à l’intelligence. Les orateurs évoquèrent leur formidable rêve de jeunesse d’une gauche non communiste à laquelle ils avaient consenti tant d’efforts et d’enthousiasme, de temps, de prises de risques, et qui n’avait débouché que sur une nouvelle branche du vieux parti radical-socialiste. Ils se saluaient sans amertume, comme dans une réunion de famille. Ces Mendès, Delors et Rocard ne manquaient pas d’intelligence, que du contraire, mais ils n’avaient pas les névroses et nombreux défauts nécessaires pour réussir en politique : mensonge, ingratitude, cynisme, surestime de soi, absence totale de scrupules, autoritarisme… » (1)

Et si la faiblesse de Hollande, dont nul ne nie l’intelligence et l’humour (signe de santé) était de ne pas avoir ces défauts-là, justement ? Voilà qui mériterait une solide réflexion plutôt que le bâton.

(1) Dans : « Garde tes larmes pour plus tard », Gallimard 2013.

Recherche premier ministre wallon

Petite annonce : « l’AWF recherche un premier ministre wallon, mais un vrai, pas de ceux qui ont le regard rivé sur ce que dit ou pense la Flandre. Un premier ministre wallon qui ait un véritable projet pour la Wallonie. Faire offre sur ce site. Réponse assurée ! »

Autre annonce, de plus grande importance : Karel De Gucht n’imagine pas la Belgique sans un premier ministre flamand.

De Gught« Cela fait dix ans que je le répète: dans un pays comme la Belgique où il y a une majorité flamande, il faut un Premier ministre flamand. Ne pas avoir un Premier ministre flamand serait mauvais pour la démocratie belge dans son ensemble. »

L’interview de Karel De Gucht est sur le site du Vif/L’Express.

“Il faut dire aux Français que leur pays est un paradis”

Souvent, nous disons sur notre site que nous savons pertinemment bien que la France n’est pas le paradis sur terre pour tous les Français. Autre chose est de dire la vérité aux Français, notamment par rapport au « french bashing » pratiqué par une certaine presse anglo-saxonne, mais aussi par les médias hexagonaux dont certains ajoutent un véritable « Hollande bashing » relevé samedi soir par Laurent Ruquier, pourtant peu habitué à passer la brosse à reluire quand il s’agit des Présidents de la République française, dans son émission « On n’est pas couché ».

Beaucoup d’entre nous savent que la France reste un pays bien agréable à vivre, soit parce qu’ils sont allés grossir le bataillon de Wallons et de Bruxellois de langue française qui ont décidé d’y installer leur résidence principale ou secondaire, soit parce qu’ils aiment y passer leurs vacances et y retrouver leurs amis, soit encore parce qu’ils vont y voir leurs enfants qui travaillent en France ou ont épousé un conjoint d’Outre-Quiévrain.

Cette fois, c’est une journaliste portugaise qui nous donne son sentiment sur la France, ce pays qui laisse rarement indifférent et que d’aucuns se complaisent à dénigrer.

Paul D.

Paris est ma ville passion mais j’ai une préférence pour trois régions en particulier selon les saisons : en été, j’aime la Bretagne avec à son extrémité le Finistère, fin de la terre et début de l’inconnu, pour des lieux tels que Roscoff et la pointe du Raz, qui me rappellent, par les couleurs sombres de leurs roches, la côte nord du Portugal.

CorseEn automne et au printemps, mon cœur balance entre la Corse – l’île de beauté a un “je-ne-sais-quoi” spécial –, et le Périgord, pour la chaleur de ses habitants, ses longues tablées, sa gastronomie généreuse, ses châteaux, son histoire anglo-française à chaque coin de route et ses feux de cheminée.

A l’arrivée en France, dès que vous montez dans un taxi à Roissy ou à Orly, vous reconnaissez tout de suite quelque chose. Quel que soit l’accent, vous retrouvez cette réserve à la française, parfois teintée d’humour. Il ne s’agit pas ici de flatter vainement, mais bien de ce que j’éprouve face à un pays riche d’une merveilleuse mixité culturelle. Attention cependant à ne pas minimiser les énormes difficultés auxquelles ses habitants font face.

J’en parlais il y a peu avec un ami brésilien, la France est un paradis. Il faut le dire plus souvent aux Français, qui semblent parfois l’oublier. Quant aux vacances portugaises, que l’on prend d’un seul tenant, elles sont souvent littorales et familiales. On lézarde sur la plage plus qu’on ne cherche à découvrir l’arrière-pays.

La météo a sans aucun doute une part de responsabilité. Les vacances “bleu-blanc-rouge” sont quant à elles plus morcelées, sans doute de par la flexibilité des congés accordés. Grâce à elles, les Français sont plus libres et indépendants. Elles sont indéniablement plus culturelles et dynamiques.

Ana Navarro Pedro – Correspondante à Paris du magazine Visão (Portugal)

Cet article est repris sur le site du Courrier international.

De gauche et flamingant : c’est quoi le problème ?

Très souvent, nous nous sommes exprimés pour regretter que l’on attribue le nationalisme flamand à la seule N-VA. CD&V, Open-VLD portent avant tout la Flandre en eux. Ils se servent de la Belgique quand celle-ci peut servir les intérêts de leur nation en devenir.

Ludo Abicht nous rappelle très opportunément que cet ADN flamand est également porté par une bonne partie de la gauche flamande. Un homme politique comme Bert Anciaux, SPa, digne fils de Vic Anciaux, est un des fers de lance de ce mouvement flamand en perpétuel développement.

Quand donc les responsables politiques et sociétaux wallons et bruxellois de langue française auront-ils le courage de reconnaître cette évidence et d’en tirer les conséquences pour l’avenir de leur région respective ?

Paul D.

Ludo AbichtDe gauche et flamingant : c’est quoi le problème ?, demande Ludo Abicht, philosophe flamand et membre de Gravensteengroep. Son opinion a été publiée dans Knack.    

(…) Celui qui ne regarde pas l’histoire de Flandre par la lorgnette de l’idéologie peut… difficilement nier qu’il s’agit ici d’une véritable lutte d’émancipation des petites gens et qu’on a là un héritage qui ne peut être relégué au placard, du moins lorsqu’on cherche à comprendre la société dans laquelle on vit. Que cette émancipation s’est faite pratiquement sans violence, ce qui sous-entend par pression politique, à l’aide de loi et au moyen de l’enseignement, rend peut-être l’histoire moins héroïque, mais pas moins intéressante dans le contexte international d’aujourd’hui. Lorsqu’on regarde en Europe la floraison de nombreux mouvements indépendantistes, et ce, que ce soit en Écosse, en Catalogne au Québec, ce sont des mouvements progressistes et dans certains cas bien à gauche.

C’est donc mal connaître le monde que de dire que tous les mouvements régionaux et nationaux sont par nature régressifs et conservateurs. Ne trouvant leur place sur l’échiquier politique qu’entre la droite respectable et l’extrême droite. (…) Si le mouvement flamand veut jouer un rôle de libérateur, il doit se placer comme figure de proue pour une solidarité internationale et bien entendu se faire la voix de tous ceux qui souffrent de discrimination, de mépris et de racisme.

Pour une lecture plus complète du texte de Ludo Abicht, aller sur le site du Vif/L’Express.

La Bel’giya vue de Russie

Radio Moscou, c’était la voix de l’Union soviétique à l’étranger. Cette radio internationale est devenue La Voix de la Russie après l’effondrement du communisme. Ce n’est plus tout à fait un organe de propagande, comme au temps de la guerre froide, mais l’information qu’elle donne peut subir d’autres influences qu’en Belgique francophone. Info ou intox ? Il paraît que le glorieux pays des diables rouges est sur le point d’éclater. C’est écrit sur le site de La voix de la Russie.

La Flandre ne veut plus avoir la Wallonie à sa charge

voix-russieLa Belgique est sur le point d’éclater. Les Flamands sont fatigués de vivre côte à côte avec les Wallons. Pendant de longues années, la Flandre, où la population parle flamand et la Wallonie francophone étaient unies par la monarchie belge. Cependant, la situation économique des deux régions leur a fait oublier leurs contradictions ethniques et culturelles.

Du point de vue géopolitique, la Belgique représente un ensemble plutôt artificiel, composé de deux parties complètement différentes qui n’ont rien en commun : ni la langue, ni la culture, ni l’économie. Pendant plus d’un siècle, les néerlandophones et les francophones ont essayé de cohabiter ensemble. Mais ils avaient du mal à y parvenir. La Flandre, qui jouait pendant longtemps le rôle du parent pauvre, était une région agricole en retard économique. Elle survivait en grande partie grâce aux subventions wallonnes. La région flamande était une sorte de jardin potager, d’appendice agricole de la Wallonie pendant cette période. Au 19e siècle, la Wallonie a connu la révolution industrielle. Le charbon y était extrait, des aciéries ont ouvert et la construction des chemins de fer a commencé. La région francophone ressentait aussi sa suprématie dans la vie culturelle et politique.

Cette situation a perduré jusqu’aux années 1960, lorsque la Flandre, a fait un grand bond en avant sur le plan économique. Désormais la Wallonie est en retard par rapport à la Flandre, souligne Iouri Roubinski, directeur du Centre des recherches sur la France à l’Institut de l’Europe sous l’égide de l’Académie des sciences de Russie.

«Après la Seconde Guerre mondiale, le développement de la Flandre a abouti à l’enrichissement de cette région, et elle a dépassé par son niveau de développement la Wallonie. Désormais, ce ne sont plus les Wallons qui considèrent les Flamands d’assistés. La situation s’est inversée. Les Flamands disent que leur région est le coeur économique et l’avenir de la Belgique. Résultat, la scission entre les Flamands et les Wallons est telle que des partis flamands et wallons ont été créés. De ce point de vue Bruxelles, reste un problème complexe, car dans la région bruxelloise certaines régions appartiennent à la Flandre, et d’autres – à la Wallonie. Il est donc difficile de gérer cette ville.»

En attendant, un seul monarque dirige les deux régions. Il n’est pas exclu que la couronne est le seul élément qui retient le pays de l’éclatement. Un rôle remarquable dans ce domaine a été joué par le roi Albert II, qui pendant de nombreuses années, et ce jusqu’à son abdication, jouait un rôle d’arbitre. Mais lorsque la situation économique a changé, réaliser l’arbitrage fut de plus en plus difficile. La Wallonie continue à être le leader sur le plan politique et culturel, alors qu’elle n’en a plus les droits de l’être, selon les Flamands. Cette situation a fait remonter à la surface des vielles controverses. Des mouvements nationalistes radicaux de droite sont devenus extrêmement populaires en Flandre, notamment grâce au programme politique séparatiste et orienté contre l’émigration que ces partis proposent.

Cependant, si la Flandre attend son indépendance et le début d’une vie nouvelle du point de vue politique et économique, il est peu probable que la Wallonie puisse survivre en tant qu’un Etat distinct, estime le professeur du département de l’intégration européenne à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO) Alexandre Tevdoï-Bourmouli.

« Si la Flandre devient indépendante, elle voudra le rester. On ne sait ce qui va arriver alors à la Wallonie, qui n’a jamais été une entité autonome. Si les mouvements nationalistes sont très actifs en Flandre, ce genre de mouvement est presque inexistant en Wallonie. Donc en cas de l’éclatement de la Belgique, on peut supposer que la Wallonie pourrait être rattachée à un autre pays. Par exemple à la France.»

L’indépendance d’une seule région de la Belgique pourrait entraîner une véritable reconfiguration de l’espace européen. Mais il est peu probable qu’en Europe, quelqu’un voudrait de tels changements, à l’exception de la Flandre. C’est pourquoi il est fort probable que tous les acteurs, qui en sont capables, puissent user de toute leur influence pour éviter l’éclatement de la Belgique. En abdiquant, Albert II a appelé les citoyens à s’unir. Son fils Philippe, le nouveau roi des Belges, a promis de poursuivre la tâche qui a été commencée par son père. Va-t-il y arriver? On le verra avec le temps.

Maria Baliabina

Un sursaut, peut-être

Au royaume de l’éphémère, on aspire à l’éternité. Aussi vrai que Wight is Wight Dylan is Dylan, la Belgique sera toujours la Belgique. Enfin, il y en a qui le pensent (si on peut dire). Alors que le sort de l’état belge est plus que jamais entre les mains des nationalistes flamands, la Belgique est, paraît-il, dans tous les esprits francophones. On ne voit pas de limite à ce que la population wallonne serait prête à accepter pour rester belge. En tout cas, nombreux sont les Wallons qui rejettent l’idée même d’un conflit d’intérêt avec une Flandre au caractère affirmé, fort, dominant, car, dans leur faiblesse, ils veulent croire en l’indéfectible unité de la Belgique.

Il est surprenant, dès lors, que, de la société civile wallonne, des milieux universitaires wallons, habituellement si discrets, monte la voix d’un expert qui, tout à coup, dénonce une injustice dont la population wallonne pourrait souffrir.

Damien ErnstQuand Damien Ernst, professeur en électromécanique à l’ULg, a découvert le plan de délestage annoncé par l’actuel ministre de l’Intérieur en cas de pénurie d’électricité cet hiver, il a ressenti comme un choc électrique. Selon lui, « 72% des postes wallons pourraient être coupés, contre 38% en Flandre », ce qui n’est pas juste (on insiste). On lui a répondu que le déséquilibre entre la Flandre et la Wallonie s’expliquait par des raisons techniques et, parce qu’il a dit que c’était des couillonnades, on a fini par lui donner raison. La secrétaire d’Etat à l’Energie a imposé une correction sévère au plan communiqué par le ministre de l’Intérieur. Tout simple. Il suffisait d’avoir la lumière et l’énergie. Catherine Fonck a sans doute reçu l’aval de son parti pour désavouer Melchior Wathelet, dont la faiblesse apparaît de plus en plus criante. Le cdH n’a plus aucune raison de faire des cadeaux à la Flandre.

Avant cette correction ministérielle, Dubus avait caricaturé la Belgique à sa façon… plus vraie que nature (voir ici sa caricature).

Et Luc Gennart ?

Luc GennartOn se souvient qu’en 2010, le commandant de la base aérienne de Florennes, le colonel Luc Gennart, fut relevé de ses fonctions pour avoir dénoncé publiquement la flamandisation de l’armée belge. Il fut embrigadé par le MR et, tandis que la Belgique se cherchait toujours un gouvernement fédéral, il fit savoir qu’il était candidat pour devenir le ministre de la Défense après les élections législatives de 2014. Pourquoi pas ? Dans l’hypothèse de la coalition « suédoise », le MR disposerait de tellement de postes ministériels que Luc Gennart pourrait sans doute y faire valoir ses qualités d’expert, d’autant plus qu’il est question de remplacer les avions de combat de l’armée belge.

Il serait intéressant de voir comment Luc Gennart infléchirait les choix de l’actuel ministre de la Défense. Pour rappel, le très flamand Pieter de Crem, aussi partisan d’une armée belgo-hollandaise… souhaite toujours autant équiper l’armée de l’air belge avec l’avion de combat américain, le F-35 de Lockheed Martin, en dépit de l’inflation du prix de cet appareil qui cumule également les déboires techniques et technologiques. Mais pourquoi ce choix alors qu’il existe pourtant trois avions de combat européens – Eurofighter (BAE Systems, Airbus Group et Finmeccanica), Gripen (Saab) et Rafale (Dassault Aviation) ? (lien)

On n’est pas sûr, toutefois, que le MR pense à Luc Gennart pour occuper le poste de ministre de la Défense car, entre-temps, l’ancien commandant de la base aérienne de Florennes est devenu… échevin de la ville de Namur.

G.R.

La N-VA ne peut pas être plus claire

« Le confédéralisme s’imposera durant cette législature »

Source : Le Vif, 12 septembre 2014

La situation n’a jamais été aussi favorable à un saut en avant rapide vers une Belgique confédérale :  » Le PS et le CDH nous ont fait un cadeau merveilleux en se hâtant dans les Régions « , explique Eric Defoort, père fondateur de la N-VA. Le regard tourné vers le référendum pour l’indépendance de l’Ecosse.

Eric DefoortCofondateur de la N-VA, ancien président de l’Alliance libre européenne (ALE, qui regroupe les partis régionalistes au Parlement européen), Eric Defoort continue, du haut de ses 71 ans, à suivre de près tous les mouvements nationalistes sur le continent, tout en restant une source d’inspiration pour le sommet de son parti. Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, ce 18 septembre, n’est pas transposable dans l’immédiat en Flandre, reconnaît-il. Mais l’objectif de la N-VA reste clair: le confédéralisme, à court terme. Voilà le MR prévenu !

Le Vif/L’Express : Les Ecossais se prononcent sur leur indépendance ce 18 septembre. Est-ce un modèle à suivre pour la Flandre?

Erik Defoort : Les Ecossais défendent un principe qui est cher à mon parti, celui du droit des peuples à l’autodétermination. Et ils le font sans révolution, par la voie démocratique d’un référendum. En Flandre non plus, la N-VA ne veut aucune révolution, contrairement au Vlaams Belang qui défend des voies plus radicales. On se rend bien compte qu’il n’y a pas, pour l’instant, de majorité pour une indépendance pure et simple de la Flandre. Il faut respecter l’opinion de la population. Je connais très bien le sommet de la N-VA et je peux vous le certifier : en dehors de la démocratie parlementaire, il considère qu’il n’y a aucune issue et ne veut même pas en entendre parler, Nous devons mener un travail de conviction. Si l’on veut atteindre l’autre côté de la rivière, il faut construire un pont pour la traverser. On ne peut demander aux gens de se jeter à l’eau sans savoir nager.

Votre parti négocie la formation d’un gouvernement fédéral au programme duquel il n’est pas question de confédéralisme. N’est-ce pas contradictoire ?

Cette évolution s’imposera d’elle-même dans le courant de la prochaine législature. Notre ministre-président, Geert Bourgeois, a donné une interview importante au Tijd à la fin du mois d’août dans laquelle il rappelait : « Nous voulons le confédéralisme. » C’est la seule option viable pour qu’on arrête de se freiner mutuellement ! Les Flamands, comme les Wallons, n’ont-ils pas le droit de choisir leur modèle de société ?

Mais l’absence de thématiques institutionnelles au menu de la suédoise n’irrite-t-elle pas l’aile radicale de la N-VA ?

Ce que les francophones ont l’habitude d’appeler le « communautaire » se retrouve dans toutes les matières. Nous voulons profiter des circonstances pour engranger avec la suédoise un maximum de réformes socio-économiques et pour le reste, nous poursuivons notre stratégie politique. La situation s’y prête d’ailleurs à merveille. Ce n’est pas nous qui venons de faire un pas dans le sens du confédéralisme, mais bien le PS et le CDH. En se hâtant dans les Régions, ils ont offert un cadeau magnifique à la N-VA ; nous n’aurions jamais espéré cela ! Quand ils ont posé ce choix, nous nous sommes dit: « Merci Magnette, Merci Elio! » Dans son interview de fin août, Geert Bourgeois exprimait un autre élément important : nous ne voulons pas que le PS détricote dans cinq ans tout le travail qui aura été engrangé.

Le commentaire de l’AWF

Je tiens à rappeler ici la tenue du Colloque organisé le 02 avril 2011 sur le thème général de « L’APRES BELGIQUE » en la salle académique de l’ U.L.G. par le Cercle Condorcet de Liège. Sous la présidence du Recteur de l’U.L.G., M. Bernard Rentier, le Professeur Jules Gazon en avait été le brillant concepteur et coordinateur.

Ce dernier avait eu la lumineuse idée d’y inviter, outre de grosses pointures du monde académique, Eric Defoort, Professeur Emérite de la KU-Brussel, qui avait développé le thème « séparatisme vu de Flandre ». Tous les participants à cette journée d’étude s’accordèrent pour reconnaître le brio avec lequel M. Defoort parla. Excellent orateur s’exprimant dans un français remarquable, maniant l’humour avec intelligence, M. Defoort avait défini avec précision le schéma que la N-VA allait suivre pour atteindre ses objectifs. A l’exception de ce qui relève de l’actualité, les réponses à l’interview reprises ci-dessus sont en tous points fidèles au discours de M. Defoort en avril…2011.

C’est à la suite de cette journée que se créa un groupe informel de Wallons bien décidés à se pencher sur le devenir de la Wallonie. Après deux années de réunions fertiles en réflexion, ils décidèrent de créer le mouvement de citoyens « Alliance Wallonie France » qui ne cesse de se développer.

Paul D.

Le péché originel

L’impopularité est une malédiction pour un homme politique. Elle finit par se nourrir d’elle-même. Il y a une alchimie de sentiments, d’humeurs, de représentations qui, parfois, ne rendent pas justice à l’action politique. On n’est pas forcément responsable des sentiments qu’on inspire. Evidemment, la politique ne se réduit pas à un échange d’arguments rationnels. Mais si les Français ne sont pas satisfaits de leur président de la République, il y a quand même aussi des raisons objectives… A chacun de s’en faire une idée. Une telle crise de confiance ne fragilise pas seulement l’homme qui dirige la France, impopularitémais la France elle-même. Celle-ci a beau s’engager sur les terrains les plus minés d’Afrique et du Moyen-Orient, son influence en Europe est au plus bas.

Selon Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble, c’est précisément dans ses rapports avec ses partenaires européens que François Hollande aurait manqué de force et de conviction quand, fraîchement élu, il avait les cartes en main pour gagner la partie. Ce qui était en jeu, ce n’était pas seulement l’avenir de son quinquennat mais aussi celui de la France et de l’Union européenne. (G.R.)

Voici un extrait de son interview sur le site d’information Atlantico.

Quelles sont les grandes étapes de la perte d’influence française au sein de l’Union européenne depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République ?

Christophe Bouillaud : L’étape fondamentale et fondatrice, c’est le premier sommet européen auquel F. Hollande a participé en 2012. Il incarnait alors la légitimité du suffrage universel français – ce qui n’est pas rien dans l’Europe des 28 où nous sommes le seul pays ayant un régime semi-présidentiel -, il avait soulevé beaucoup d’espoir dans son électorat, et ailleurs en Europe, de revenir sur l’austérité.

Selon les propos de Cécile Duflot dans son livre, les Verts allemands eux-mêmes auraient espéré quelque chose de la part de F. Hollande. Et là, il plie, il accepte un compromis, il signe sans y changer une virgule un traité dénoncé auparavant dans son propre camp politique comme le « Merkozy ». Il n’ose pas entrer en conflit ouvert avec l’Allemagne, et de lui poser le dilemme suivant : ou l’Union européenne change de politique économique, ou l’Euro n’est plus. Mon pari, c’est qu’il aurait sans doute gagné à ce moment-là, parce que tout montre que les élites politiques et économiques allemandes ne voulaient pas perdre l’Euro, que personne parmi les grands groupes économiques européens ne veut perdre l’Euro. Cela aurait supposé une bonne engueulade avec l’Allemagne « conservatrice » d’A. Merkel, mais il aurait sans doute gagné. Il a aussi complètement sous-estimé que ce conflit entre A. Merkel et ses soutiens et lui-même et ses soutiens aurait été un vrai conflit droite /gauche transeuropéen sur la politique économique à mener pour sortir de la crise économique, et pas un conflit entre nations ! Il n’a pas compris qu’il pouvait jouer la politisation de la politique européenne sans risquer d’apparaître comme un nationaliste français borné – puisqu’il est un socialiste, donc par définition même internationaliste.

Depuis, la position de F. Hollande s’est bien sûr affaiblie dans la mesure même où la politique d’austérité qu’il suit ne donne aucun résultat économique positif aux yeux des Français, et que sa popularité s’est écroulé en conséquence. Il ne peut du coup plus jouer du tout la carte de la crise dans une telle position de faiblesse intérieure. Tout le reste ne sont ensuite que des détails. Il ne lui reste plus qu’à espérer être sauvé par la politique de la BCE ou par une reprise européenne spontanée.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde