Vers une identité commune de service public francophone

Lu sur le site de La Libre Belgique le 01/11/2015 :

Une plateforme vidéo francophone de service public pourrait voir le jour

télévisions francophonesLes dirigeants de France Télévisions, de Radio France, de la Radio-Télévision suisse (RTS), de la RTBF, de CBS (Canada) TV5 Monde et TV5 Québec-Canada créent une nouvelle communauté professionnelle : les Médias francophones publics (MFP). France Médias Monde (FR24 et RFI) pourrait bientôt les rejoindre. Cette nouvelle institution naîtra officiellement le 1er janvier 2016, de la fusion des Radios francophones publiques (RFP) et de la Communauté des Télévisions Francophones (CTF).

« Il y a eu une volonté conjointe, dans un souci de convergence des médias, de fusionner toutes les activités dans une seule et même organisation qui traiterait aussi bien de télé que de radio, que de web, indique le futur secrétaire général, le Belge Eric Poivre. Dans un contexte de concurrence accrue, de mondialisation des contenus, de diffusion des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) – et de Netflix – nous avons voulu renforcer les collaborations en termes de coproduction et affirmer une identité commune de service public francophone dans un monde de plus en plus anglophone. »

Indicateurs de richesse : le diagnostic français

Lu sur le site de Libération le 27/10/2015, une information donnée par l’AFP :

Indicateurs de richesse

Moins d’inégalités ou de décrochage scolaire, mais plus de dette publique: la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur six critères de richesse sur dix, selon un rapport sur les indicateurs alternatifs au produit intérieur brut (PIB) rendu public mardi par le gouvernement.

Ces dix indicateurs, qui concernent aussi bien l’économie que l’environnement, la santé ou l’éducation, ont été retenus par les services de Matignon et de Bercy en vertu de la loi sur les nouveaux indicateurs de richesse, adoptée au printemps 2015.

Ils serviront à mesurer chaque année l’état de santé de la France au-delà des variations du PIB, accusé de ne refléter que grossièrement le progrès et le bien-être des habitants, a précisé Bercy à l’AFP.

D’après le rapport publié mardi, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur le plan de la lutte contre la «pauvreté en conditions de vie», mesurant les situations de difficulté économique durable. Cette dernière touchait en 2014 12% des Français, contre 19,6% en moyenne dans l’UE.

Pour «l’écart de revenus», mesurant la différence entre la rémunération des 20% des ménages les plus aisés et celles des 20% les plus modestes, la France fait également mieux que ses partenaires, avec un écart de 4,3 contre 5 dans le reste de l’UE.

Le pays, enfin, obtient de bons résultats pour les «sorties précoces du système scolaire» (8,5% des 18-25 ans contre 11,1% dans l’UE) et de «l’espérance de vie en bonne santé», qui évalue le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre en bonne santé (64,4 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes).

Le pays obtient en revanche de moins bons résultats sur l’endettement, tant au niveau de la dette publique (96% du PIB contre 87% dans l’UE) que de la dette des entreprises (81%, contre 48% en Allemagne), et sur la préservation des sols, avec 5,8% de sols «artificialisés» (bitumés ou construits) contre 4,6% dans l’UE.

Sur le plan de «l’effort de recherche», qui mesure la part de dépense intérieure consacrée à la recherche et au développement, le pays se situe au-dessus de la moyenne européenne (2,3% contre 1,9%), mais il est à la traîne par rapport à l’Allemagne et l’Autriche (2,9%), ou aux pays nordiques qui dépassent les 3%.

«Le rapport montre (…) que des défis sont devant nous», a réagi auprès de l’AFP le ministre des Finances Michel Sapin, jugeant toutefois «encourageant» le fait que la France soit «au-dessus de la moyenne européenne pour six indicateurs sur dix».

«Nous voyons les progrès réalisés, notamment en matière de réduction des inégalités où nous avons pu effacer en 2013 l’augmentation vécue depuis la crise de 2008», a-t-il ajouté.

Les dix indicateurs choisis par le gouvernement s’inspirent des travaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et de France Stratégie, qui avaient proposé en juin dix barèmes pour mieux «prendre en compte toutes les dimensions du développement».

Au-delà de la comparaison avec les autres pays européens, ces différents indices doivent permettre d’analyser l’impact des politiques publiques sur l’environnement, l’emploi, ou encore la santé.

«Désormais, l’évaluation de quelques-unes des mesures phares en cours de mise en œuvre se fera au regard de ces nouveaux indicateurs», promet le Premier ministre Manuel Valls dans l’introduction du rapport. (AFP)

Imbroglio bien belge

Le fédéral veut renégocier le partage des efforts climatiques

Un article du Vif/L’Express (Source : Belga)

Le Premier ministre Charles Michel a rejeté toute difficulté au sein de sa majorité après la remise en cause par la N-VA de l’accord de principe annoncé samedi au sujet de la répartition Marghem, Le Vifde l’effort entre entités du pays en vue de lutter contre le réchauffement climatique.

« Il y a une différence entre une proposition d’accord et un accord », a souligné M. Michel, précisant que le projet ficelé samedi « nécessitait des vérifications techniques et politiques ». Il s’agissait notamment d’encore obtenir l’aval de l’ensemble des gouvernements, a-t-il rappelé alors que les exécutifs wallon et bruxellois ont entre-temps donné leur feu vert.

Sur le plan technique, le gouvernement fédéral entendait notamment vérifier auprès de la Commission européenne s’il était possible de prendre en considération les mécanismes de turbines (Coo) et les interconnexions pour faire monter la part de l’effort fédéral renouvelable (de 2 à 2,75%). La Commission a fait savoir ce week-end que ces éléments ne pouvaient pas être comptabilisés.

« Sur base de cela, j’ai demandé à la ministre de poursuivre les négociations », a indiqué le Premier ministre, soulignant la nécessité de conclure « un accord réalisable et réaliste », faute de quoi la Belgique risque une amende infligée par la Commission européenne.

Mais pour l’opposition, la défense du Premier ministre ne tient pas la route alors que les entités du pays tentent depuis six ans au moins d’accorder leurs violons et que la ministre fédérale de l’Energie Marie Christine Marghem (MR) avait assuré elle-même mardi en commission de la conclusion d’un accord aussitôt démenti par le vice-premier ministre N-VA Jan Jambon. Ce dernier avait notamment fait valoir les charges trop élevées consenties par la Flandre dans cet accord.

Vers un « BHV climatique » ?

Cela risque de devenir votre « BHV climatique, et vous en serez responsable », a lancé la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx, selon qui le problème n’est nullement technique mais inhérent au diktat de la N-VA. « Les gouvernements Michel I et Bourgeois Ier vont à Paris tels des négationnistes climatiques », a fustigé la présidente de Groen Meyrem Almaci à un mois du début de la conférence COP 21.

Michel de Lamotte (cdH) s’est dit « stupéfait » de l’annonce d’une renégociation alors qu' »embrassades à l’appui », les quatre ministres de l’Environnement avaient annoncé avoir scellé un accord.

« J’entends que l’accord sera renégocié, la N-VA parvient donc à remettre en cause toutes les décisions de votre gouvernement », a constaté la députée sp.a Marleen Temmerman.

Mais pour Damien Thiéry (MR), le jeu de l’opposition ne vise qu’à faire passer le réchauffement climatique pour une question « communautaire ». Il a appelé à un « dialogue constructif » au parlement en vue de la conférence de Paris.

Solidarité des maires francophones

Le carnet de Colette Braeckman, journaliste au quotidien « Le Soir »

Les maires francophones adressent, par leur présence, un message de solidarité à la Tunisie

Tunis,

maires francophonesUn défi, un signe de solidarité avec un pays blessé qui tente de se relever après les agressions terroristes et qui veut diversifier son économie pour ne plus être trop dépendant du tourisme… Plus de 400 maires et responsables locaux, venus des cinq continents, se sont réunis à Tunis à l’initiative de l’AIMF (Association internationale des maires francophones) pour partager leurs expériences et voir comment faire de leurs cités, des mégapoles parfois, des lieux d’innovation et de paix.

La confiance placée en la Tunisie a été confirmée par le Prix Nobel de la paix décerné au « quartet tunisien ». Cette décision a été saluée avec émotion par la maire de Paris et présidente de l’AIMF Anne Hidalgo : « ce peuple qui refuse de céder, qui relève la tête peut servir d’exemple à nous tous ».

Le premier des constats établis par les maires durant les deux jours de travaux qui ont précédé l’assemble générale a été celui d’une croissance sans précédent : si en 1950 l’Afrique ne comptait aucune ville de plus d’un million d’habitants, aujourd’hui elles sont plus de 40 à dépasser cette taille. Kinshasa est passée de 160.000 habitants en 1960 à 10 millions aujourd’hui, Lagos a été multipliée par 40…

A l’image de leurs concitoyens la plupart des maires rassemblés à Tunis sont jeunes et les défis ne les effraient pas. Lorsque les organisateurs de la rencontre leur proposent de grands concepts, « villes innovantes », villes « intelligentes » (c’est-à-dire connectées), ils répondent, terre à terre, en expliquant comment ils gèrent leurs déchets, avec des charrettes tirées par des ânes comme en Mauritanie, comment, à Tahoua, comme dans les autres villes du Niger, « on a pris exemple sur le Rwanda et prévenu la population que, d’ici moins d’un an, les sacs en plastique seraient totalement bannis, car ils polluent, empoisonnent les animaux qui les broutent, défigurent le paysage… »

Venus de France, du grand Nord américain (Acadie, Nouveau Brunswick) les maires des pays développés décrivent leurs innovations, qu’il s’agisse de la gestion de l’eau, de la production et de la consommation d’énergie, des circuits de distribution. Les maires du Sud, eux, expliquent comment ils ont réussi à mobiliser les associations de femmes et de jeunes, comment , en Centrafrique par exemple, une vaste consultation populaire menée dans tout le pays a permis à la population d’exprimer ses aspirations concrètes, ce qui a, parfois et de manière très fragile, désamorcé les clivages identitaires et religieux. Avec fierté, de nombreux maires évoquent les succès engrangés : « à Maurice, voici 45 ans, nous n’avions d’autre ressource que la canne à sucre. Aujourd’hui nous avons diversifié notre économie, misé sur l’hétérogénéité de la population et c’est le respect absolu de la démocratie qui a permis d’atteindre la cohésion sociale… » Le maire de Kigali, pour sa part, invite ses collègues à venir découvrir les changements intervenus dans sa ville : « cité moderne, elle est propre, sécurisée, la planification est établie pour les décennies à venir, tous les progrès à réaliser sont consignés dans des « contrats de performance » conclus avec le chef de l’Etat et que nous sommes priés de respecter… » Mais pour la prochaine réunion de l’AIMF, ce n’est pas la candidature de Kigali mais celle de Beyrouth qui a finalement été retenue.

Que ce soit lors des débats en séance plénière ou lors d’innombrables apartés, une rencontre de ce type est l’occasion d’un grand brassage d’idées, d’une confrontation des expériences et des solidarités. Car très nombreux sont les maires du Nord qui retrouvent ici leurs partenaires du Sud, en faveur desquels ils ont mobilisé leurs concitoyens. « C’est grâce à l’AIMF que nous sommes avons été dotés d’une gare routière qui a triplé nos revenus », explique le maire de Tahoua, « nous aidons Lubumbashi et plusieurs communes de Kinshasa à établir ou à refaire leurs états civils », soulignent des municipalistes belges… Quant aux maires français qui ont fait le voyage, ils sont nombreux à souligner que la coopération décentralisée, qui mobilise aussi la bonne volonté des simples citoyens et se traduit par de multiples initiatives locales, engrange désormais des résultats plus concrets et plus durables que interventions plus ambitieuses des coopérations nationales ou internationales.

Qu’ils soient originaires du Nord ou du Sud, tous les maires convergent cependant sur un point : partout, la décentralisation s’avère difficile, les Etats se montrent jacobins et rechignent à libérer les ressources nécessaires aux autorités locales… « Lorsque les ministres débarquent dans nos quartiers, ils circulent dans des voitures 4X4 climatisées », s’exclame un maire sénégalais; « nous, qui vivons aux côtés de la population, au milieu des chèvres et des dépôts d’immondices et c’est à nous que la population présente ses doléances, mais nous n’avons aucun moyen… » Maire de Dakar et futur candidat à la Présidence de la république, Khalifa Sall, secrétaire général de l’AIMF, s’engage à plaider en faveur d’une véritable décentralisation et suggère que les villes deviennent aussi des « banques de cerveaux » d’où partira l’innovation.

Anne Hidalgo, accompagnée par Bertrand Delanoë, ovationné, suscite l’assentiment général lorsqu’elle rappelle l’importance des prochaines élections municipales en Tunisie, qui doivent se tenir en 2016 : « ce processus doit être accompagné et, la réunion d’aujourd’hui, -ce moment de bonheur-, représente aussi un engagement : nous serons là… »

Ce que Jacques Lenain répond à Philippe Destatte

Pour débattre, il faut au moins être deux. Merci à Philippe Destatte et à Jacques Lenain de nourrir la réflexion de tous et de permettre à chacun de se faire une opinion dans un débat qui, pour la Wallonie, est vital.

parlement wallonMonsieur Destatte,

Grand merci pour votre réponse, du 19 octobre, précise et inattendue, à mon texte du 13 octobre dernier, qui, en commentant, brièvement, la teneur de votre intervention devant l’assemblée générale de l’AWF du 11 octobre, s’adressait moins à vous qu’aux lecteurs du site de l’AWF. Un lectorat engagé qui justifie un langage engagé, et qui me convient. En effet, n’épousant pas une démarche de type universitaire, mais étant sur une orientation militante, mes propos sont volontairement « brutaux ».

J’en viens au fond de votre argumentaire.

  1. La Wallonie, entre Flandre et France. Vous esquivez. Vous me répondez « relations de bon voisinage ». Elles sont parfaitement nécessaires et légitimes, en effet (au demeurant, je note que, institutionnellement parlant, il y a plus de relations de ce type entre la Flandre et la France, et ses régions limitrophes, qu’entre la Wallonie et la France, et ses régions limitrophes ; et il y a aussi à dire sur l’indigence des relations institutionnelles entre la Région wallonne et la Région flamande…). Mais ce n’est en rien de cela dont il s’agit ! Il s’agit du choix wallon (et bruxellois) dominant, qui est le vôtre, et celui des élites franco-belges, cette préférence, quasi viscérale, pour une subordination réelle et ancienne, mentale, politique, institutionnelle, légale et financière, de la Wallonie à la Flandre (qui, pourtant, la méprise, et lui est de plus en plus étrangère), et la détestation, avouée ou non, d’une possible appartenance à la France (pourtant de même culture, et dont le pouvoir central soutient et traite toutes ses collectivités de manière égale, ce qui ne veut pas dire identique). Vous (vous, M. Destatte, et vos semblables des milieux influents et dirigeants wallons et franco-bruxellois) préférez partager, pour un temps encore long, une même citoyenneté d’Etat avec les Flamands (dont le choix historique et constant est de tourner le dos à la culture française, donc à la vôtre) qu’avec les Français (dont vous partagez la culture et sans laquelle vous ne seriez rien de distinctif, même pas un Wallon, car vous seriez devenu un Flamand) ! Ce que je dis là est un constat, quasi-matériel, nullement un jugement moral, sur les qualités respectives des Wallons, Flamands et Français, et sur leurs sentiments réciproques ! Mais ne croyez pas que ce constat sévère me surprend et me désespère. Je connais un peu mon histoire de France, et donc je sais que, avant de rejoindre la France, il n’y avait pas plus anti-français que le Lyonnais, le Marseillais, le Lorrain, le Picard, le Franc-comtois, le Savoyard, etc. ! Car on déteste volontiers ce vers quoi on tend… ce vers quoi on « risque » de tomber ! (A Bruxelles, un bâtiment rasé lors de la sa « bruxellisation », portait le nom des Granvelle, célèbre et puissante famille franc-comtoise, donc totalement de langue et de culture française, qui a fourni les collaborateurs les plus directs de Charles Quint et de Philippe II; ils ont donc consacré leur vie et leur énergie à combattre la France de François Ier et ses intérêts; mais la Franche-Comté est d’appartenance française, depuis Louis XIV; le « bilan » final de l’action de ces fameux « régionalistes » pour leur « petite patrie » est d’avoir contribué à sa ruine, momentanée, en encourageant un esprit stérile et nocif de résistance à la France; il y a nombre de « Granvelle » en Wallonie et à Bruxelles, depuis bien longtemps, et toujours aujourd’hui…)
  2. L’échéance indéfinie du redressement wallon. Ce que vous dites là-dessus précise un peu, mais ne change rien, bien au contraire. Je vous résume à ma manière : « nous avons la recette du redressement , mais elle n’est pas appliquée »… Ça fait trente ans qu’il en est ainsi…! « Ce redressement est donc pour demain, un jour, mais le temps qui nous sépare de l’échéance reste inconnue. » Certes, vous appelez, avec quelques-uns, à un « budget vérité » pour une Wallonie qui sera demain dépourvue des transferts financiers Nord/Sud. Mais comment, à quelle hauteur, dans quels délais, à quel prix politique et social ? Car, en attendant cette double échéance (fin des transferts financiers et un redressement économique abouti), comment survivra l’entité wallonne ? Je vous renvoie aux chiffres de J. Gazon (qui sont pires que les miens…), et qui sont valables tant pour une Wallonie restée belge, « en relations de bon voisinage avec la Flandre » (dans une Belgique « confédéralisée »), que pour une Wallonie devenue solitaire, « souveraine », car, dans les deux cas, elle serait « laissée à elle-même ». Ainsi, ce que vous ne dites pas est bien plus important, et est tellement dérangeant ! Il faut « lire entre les lignes » les propos actuels et vides des politiciens wallons pour voir leur extrême inquiétude, conséquence de leur quasi-impuissance. C’est l’omerta collective des élites wallonnes. Le silence du monde universitaire wallon (et franco-bruxellois), bien que censé être « libre » (plus « libre » que les mondes politiques, syndicaux, médiatiques franco-belges), est particulièrement assourdissant (il est vrai que les universitaires belges prêtent serment de loyauté au Roi, acte de subordination étonnant, de non « liberté », de non « souveraineté », acte inconnu en France, pour tout fonctionnaire)…
  3. Pétainisme. Lepénisme. Esprit français. Il y a une part de malentendu. Sur votre texte, quand vous associez « hier » et « aujourd’hui », soit dans un raccourci audacieux, la France de Pétain et la France de Le Pen, comme si il n’y avait que cette double France-là qui comptait et qui compte (c’est cela qui me paraît « audacieux », pas d’associer Pétain et Le Pen…), j’ai voulu dire qu’un FN wallon est tout aussi possible maintenant, qui ferait aussi bien que dans certaines régions de France, pour peu qu’il se trouve un « lideur ». Je parlais donc de maintenant, pas d’hier. J’ajoute ici que le populisme xénophobe et raciste est un phénomène européen, pas proprement français. Et qu’une Wallonie à la dérive, ce à quoi une certaine forme de régionalisme « souverainiste », entêté et aveugle, va encourager, pourrait y succomber. Et si cela arrivait, que feriez-vous, avec cette Wallonie devenue « non libre » ? Vous êtes donc largement hors sujet quand, face à l’hypothèse d’une « solution française » pour la Wallonie, vous mettez spontanément en avant, afin de la déconsidérer, comme premier argument, votre aversion pour une France « non libre ». Au demeurant, votre usage de ce terme « France libre » est douteux, car, historiquement, ce terme désigne une France libérée d’une occupation étrangère, pas libérée d’un régime politique domestique, même liberticide (la France libre et résistante de De Gaule allait de l’extrême gauche à l’extrême droite, car l’urgence nationale partagée permet de subvertir tous les clivages partisans…). Je vais être carré : votre propos sur cette France « libre » ou « non libre » sent le réflexe belgicain anti-français incontrôlable. Cela fait plus de dix ans que je lis et entends le langage belgicain sur la France, aussi sévère sur elle voire plus que sur la Flandre, j’ai maintenant le nez fin (auparavant, j’étais ignorant, ce fut donc une surprise…). Maintenant, je concède sans retenue que l’état actuel, politique et économique, de la France ne facilite pas la réalisation d’un rapprochement France-Wallonie. Mais aucune force politique ne pourra décider du moment de sa nécessité; et quand cela arrivera, il se pourra que la Wallonie soit alors plus délabrée et plus « non libre » que la France. Et il faudra alors que la classe dirigeante wallonne « fasse avec » la France telle qu’elle sera, et que la France « fasse avec » la Wallonie telle qu’elle sera…
  4. Mode et stratégie d’action pour rapprocher la Wallonie de la France. Je suis bien d’accord sur votre constat sur la stérilité de l’action réunioniste traditionnelle des décennies et années passées, tant sur le plan de la méthode (ignorer et mépriser les élites wallonnes, tenter de passer « par dessus », les menacer d’être condamnés à l’effacement par l’effet de la « réunion ») que sur le fond (prôner une « réunion-annexion-assimilation », pour détruire tout l’héritage institutionnel belgo-wallon afin d’y substituer, sauf rares exceptions, l’entièreté des lois et institutions françaises, le tout incarné par le fameux préfet français, parisien selon les uns, corse ou breton selon d’autres…, qui viendrait diriger la Wallonie en lieu et place des dirigeants wallons…). C’est justement ces deux axes du « discours Gendebien » que je dénonce publiquement depuis 2009. Je suis donc très à l’aise là dessus, puisque c’est, en quelque sorte, mon « fonds de commerce ». Ce que je défends, est, justement, qu’il ne peut y avoir de politique de réunion Wallonie-France efficace que si elle se fonde, se construit sur la mise au point d’un vaste compromis accepté, consenti, par les milieux dirigeants et influents de Wallonie. Que cette réunion ne pourra du coup se faire que si l’intégration de la Wallonie à la France repose sur un statut de grande autonomie, garanti par la Constitution française (c’est beaucoup, beaucoup mieux, que le « projet » de 2008 de Ducarme-père). Un statut qui ne peut donc qu’être négocié, et négocié avant d’être adopté, tant côté wallon que côté français.

Mais, attention, cruellement réaliste, je relève que cette stratégie différente, complètement différente du « réunionisme » classique, celle que je préconise, ne peut être présentement envisagée, mise à l’étude, examinée, affinée, car cette « solution française » là est mentalement refusée par les gens qui pensent comme vous. Elle n’est pas « prise en compte », pas encore, car elle est justement trop pertinente, et donc bien trop dérangeante, car la prendre en considération ferait vaciller toute cette idéologie régionalo-belgicaine, et donc, « objectivement », pro-flamande et anti-française.

L’histoire des peuples, c’est d’abord celle des aveuglements collectifs, des élites comme des peuples eux-mêmes. Pour la Wallonie, c’est ainsi depuis bien longtemps, et au moins depuis 1945. Moi, je ne suis pas un laudateur du Congrès de 1945 ! Certes, j’ai bien compris la nécessité du second vote (la France vaincue et soumise au pouvoir anglo-américain ne pouvait rien proposer et faire). Mais ce que je retiens surtout, c’est l’oubli, l’abandon « définitif » du premier vote ! Et que vous et vos semblables sont les continuateurs de cet abandon et l’entretiennent. Et nous en retrouvons la conséquence dans cette fidélité constante des ultra-régionalistes wallons à la Flandre et leur rejet de la France… Ce ne sera donc qu’en désespoir de cause, par défaut, que les ultra-régionalistes wallons accepteront un jour, très prudemment, d’envisager une « solution française » sur le modèle que je préconise.  

  1. Souveraineté, fédéralisme, respect, Europe. Je copie-colle certaines de vos phrases : « Il ne s’agit évidemment pas d’une conception nationale ou régionale. Que celle-ci soit wallonne, belge ou française a finalement peu d’importance pour autant qu’elle soit démocratique… un vrai atout pour le fonctionnement d’un État, c’est le fédéralisme en tant que principe de gouvernement, c’est-à-dire un système politique qui recherche l’équilibre entre le maximum d’autonomie des composantes (self-government), la plus grande participation de celles-ci au projet commun, la coopération entre elles, ainsi que la subsidiarité des compétences. Le mot-clef de ce système est celui du respect… sur ce plan, il faut reconnaître que nous-mêmes Wallons, et surtout francophones de Belgique, nous avons souvent manqué à nos devoirs élémentaires à l’égard de la Flandre, ce que vous-même semblez oublier. » Je n’aborderai que brièvement ces conceptions, que je crois farfelues, sur les liens entre le « fédéralisme » et la « démocratie », l’une et l’autre étrangères, selon vous, aux « nations », évidemment dépassées. J’y vois ces grandes illusions européistes typiques de notre temps et de notre continent, avec ce mythe du « salut par l’Europe », du salut par ce « grand tout » de l’Europe post-nationale des régions (l’avenir nous dira, prochainement peut-être, si le prophète Habermas est ses disciples auront une postérité, en « petite » Europe car, ailleurs, ils sont inconnus).

Donc, à vous comprendre, tout Etat de type fédéral serait « supérieur » à tout État de type autre… Ainsi, par exemple, le Mexique « fédéral » serait supérieur au Japon « centralisé » ? La Suisse au Danemark ? La Belgique à la Hollande, du coup ? Et, bien sûr, l’Allemagne à la France (cela me rappelle un certain Magnette…) ? Je dois donc vous contredire encore : l’organisation fédéraliste d’un Etat et la qualité de son fonctionnement démocratique, ça n’a rien à voir… Ainsi, la « construction » européenne est de plus en plus « fédérale » et de moins en moins « démocratique » (autrement dit, elle était plus démocratique avant Maastricht qu’après…). Et le fédéralisme belge serait un fédéralisme valable, un fédéralisme de coopération, un fédéralisme du respect ? Quid alors de l’inexistence de partis politiques belges, remplacés par des partis politiques exclusivement flamands et franco-belges, situation inconnue dans le reste du monde, y compris au « Parlement européen » ? Et quid de la « bataille pour Bruxelles », capitale si peu « commune » et si mal « respectée » ? Et quid des projets respectueux, concrets et communs à la Flandre et à la Wallonie, à la Wallonie et à Bruxelles, présentement ? et dans dix ans ? Petit détail, je persiste à croire que ce sont les fransquillons flamands qui ont manqué de respect aux Flamands flamingants, et pas les Wallons, comme vous semblez le penser.  

Par ailleurs, vous avez une conception de la « souveraineté » que je récuse. Vous osez écrire, par exemple : « le Parlement de Wallonie qui est le vrai lieu de décision car, précisément, le porteur de la souveraineté wallonne ». Désormais son « représentant » légitime, oui, incontestablement, mais l’expression de sa « souveraineté », certainement non. Pour que cela soit entièrement vrai, il faudrait d’abord que la Wallonie ne relève plus de la Constitution belge, du Parlement belge (sous majorité flamande, alors que le Sénat des entités fédérées est inconsistant…), qu’elle soit placée en situation de réelle auto-détermination, et qu’elle manifeste une réelle volonté d’émancipation, politique, constitutionnelle, financière, pas seulement vis-à-vis de Bruxelles, surtout vis-à-vis de la Flandre. Nous en sommes loin, très loin, de la part d’un pouvoir parlementaire wallon, qui, avant fin 2011, n’était « demandeur de rien », et puis acceptait tant, ensuite, pour sauver la Belgique, et ce qui va avec, les transferts financiers Nord/Sud (sauvetage tout provisoire, tout temporaire). Et ce n’est donc que contrainte et forcée que la Wallonie (avec son Parlement), a accepté de nouvelles compétences, avec de moindres ressources pour l’avenir, certainement pas spontanément pour rendre la Wallonie plus « souveraine », précisément vis-à-vis de la Flandre ! La Wallonie est « autonome », M. Destatte, bien plus que toute région de France continentale, mais elle n’est pas « souveraine », d’aucune manière.

Au final, je ne sais quoi comprendre précisément de vos propos… Evidemment, si le langage « belge » donne à chaque méga-concept un sens différent que celui reconnu par la terre entière, c’est difficile de s’expliquer. Ainsi, « confédération » et « fédération », « autonomie » et « souveraineté », ce sont là des concepts classiques, anciens, précis et distincts. Par contre, chacun peut « inventer », dans son coin de Belgique, ou d’Europe, un sens nouveau à ces mots (sens inconnu une fois passée la frontière belge, et en dehors des milieux européistes), et s’en satisfaire, ainsi il ne sera pas contesté, pour un temps du moins. Aussi, quand vous dites : « vous me comprenez mal si vous imaginez que, pour moi, souveraineté signifierait indépendance », je vous réponds, « bien au contraire, je vous comprends fort bien, trop bien, et je pense que c’est absurde », voilà tout ! C’est vouloir le beurre et l’argent du beurre, les joies de la souveraineté sans les tourments de l’indépendance ! D’où cette acceptation de la subordination de la Wallonie à la Flandre (puisque c’est mieux, à vos yeux, et c’est bien votre droit puisque vous êtes belge, tant que ce n’est pas encore trop douloureux, que l’intégration à la France), associée au rêve, qu’un beau jour, le super-Etat européen se substituera à la Belgique flamande (et à la France, bien sûr…). Malheureusement pour vous, viendra le moment où ce rêve prendra fin, soit par la fin nécessaire du fédéralisme belge vieilli et déjà agonisant, soit par la mort prématurée (presque au sens médical du terme) du fédéralisme européen naissant et en piteux état. Alors, au désespoir, vous regardez peut-être et enfin vers Paris…

  1. L’échec du « fédéralisme » à la belge. C’est un échec total, et vous vous entêtez à prétendre le contraire. Pourquoi s’y accrocher et, pour justifier cela, le peindre en rose ? Si vous voulez l’exemple d’un fédéralisme réussi, voyez la Suisse. Quatre langues aux territoires bien définis, mais 26 cantons, soit 27 parlements-gouvernements pour 8 millions h. Des frontières cantonales qui ignorent, de plus, les limites linguistiques (donc, nombre de cantons sont bi-langues, sans être pour autant juridiquement bilingues). Un fonctionnement fédéral qui ignore les conflits communautaires (il y a deux lignes, dans la Constitution fédérale suisse, sur la question linguistique, pour dire que ce n’est pas un sujet constitutionnel suisse…), des partis nationaux suisses, aucun parti communautaire/régional. La Belgique, c’est l’anti-Suisse. Si donc la Belgique avait choisi une fédéralisation à neuf provinces (dans leur découpage ancien), par exemple, vos propos auraient du sens. Ce n’est pas le cas, et c’est trop tard pour tenter autre chose. Quant à la « subsidiarité », sujet bien connu en Suisse, elle n’a rien a voir dans la « construction fédérale belge ». La Flandre s’est construite son rang fédéral pour se protéger de tout ce qui est français; la Wallonie, toute jeune, pour se protéger de tout ce qui est flamand et bruxellois. Et la Belgique, unitaire puis fédéralisée, vit depuis deux siècles dans la hantise de la France, trop proche pour le Nord comme pour le Sud ! Au demeurant, tant en Flandre qu’en Wallonie, on veut détruire les Provinces, et les Communes sont sous la tutelle très étroite du pouvoir régional (tutelle inconnue en France, les Préfets ayant perdu ce pouvoir depuis 1982, ce qui fait de la France un pays qui pratique mieux la « subsidiarité » que la Belgique).

Alors, quand vous écrivez : « dans le système fédéral belge, c’est l’État – et donc la souveraineté nationale – qui a été partiellement sinon largement transféré au niveau des entités fédérées », vous tentez de transmuter cet échec belge en un succès, en une construction si originale qu’elle en est incomprise, surtout vue de France (ici, on peut placer les poncifs belgicains habituels), alors que c’est seulement un processus de destruction qui est en cours, que tout le monde peut observer aisément s’il s’en donne la peine. Et quand ce processus de « transfert de souveraineté » aura atteint un stade encore plus avancé, nous entrerons dans la phase terminale, la fin de vie de l’Etat belge. La grande question sera, à ce moment, pour la Wallonie, de se choisir un nouvel État, puisque l’État belge franco-flamand sera sur le point de disparaître. Un État nouveau qui délivrera une identité/citoyenneté, reconnue en interne et en externe, qui apportera une sécurité, et qui assurera « le vivre et le couvert ». Il ne sera donc plus alors temps de gloser sur le « fédéralisme démocratique », le « modèle belge » unique au monde, et la « souveraineté » enfin presque accomplie, selon vos vues, de la Wallonie. Il faudra alors décider, peut-être dans l’urgence, si une Wallonie appauvrie, aux finances déglinguées, située dans le prolongement absolu de la France par la géographie et la culture, pourra se passer d’elle… Nous passerons alors à une vraie et juste différenciation entre « autonomie » et « souveraineté », puisque la question essentielle et existentielle sera « autonomie » wallonne sous « souveraineté » française, ou non ? Et si c’était non, quoi d’autre ?

  1. « Souveraineté » internationale de la Wallonie. C’est une sujet qui illustre bien votre conception « originale » de la « souveraineté », un sujet très sensible chez les ultra-régionalistes, ça ne m’a pas échappé. Mais il n’a que l’importance symbolique que ceux-ci lui donnent, dans une relation assez distante avec le monde réel. Je note d’abord que la prolongation internationale des compétences des régions belges, donc de la région wallonne, est constitutionnellement établi… par la Constitution belge. Pas par une constitution wallonne, inexistante. Ce n’est donc pas une vraie « souveraineté », encore une fois. Car on n’est « souverain » que de ce qui est de son « entière compétence ». Ce « détail » mis à part, pouvez-vous dire comment, depuis trente ans, s’exerce et se concrétise cette souveraineté « internationale » de la Wallonie ? Quels traités internationaux ratifiés par la Wallonie et tout Etat souverain signataire, sans co-signature de l’Etat belge, méritent d’être cités ? Quels traités avec la France, par exemple ? Ou l’Allemagne ? Ou la Hollande ? Je dis bien des « traités » et non des « accords », car les premiers ont pour effet de modifier l’ordre juridique interne des co-signataires, pas les seconds (ainsi les « régions » françaises, mais aussi les « départements », les « communes », signent des « accords » avec l’étranger, sans intervention de l’État français, mais pas des « traités »). Ces « traités », signés et ratifiés par la Wallonie, avec des États souverains, sans co-signature de l’Etat fédéral belge, je doute que vous en trouverez quelques-uns… Soyons encore plus concret : la politique agricole est une compétence régionale; comment fait alors la Wallonie pour négocier sa place dans la politique agricole commune européenne, avec les institutions européennes, qui, elles aussi, ne concluent qu’avec les Etats membres, dans ce domaine comme dans les autres ? La région wallonne est obligée de se concerter avec la région flamande pour définir une position commune, qui est ensuite défendue par le ministre belge en charge des affaires européennes, et c’est lui qui signe… pour la Belgique, et donc pour la Wallonie et la Flandre. La « souveraineté », la souveraineté étatique, ce n’est pas un concept philosophique, manipulable à l’infini, ce qui permet d’affirmer une chose et son contraire. C’est du réel, c’est du dur…

Donc, une Wallonie passée de la Belgique à la France, tout en continuant à disposer symboliquement de la prolongation internationale de ses compétences, devra accepter une co-signature centrale française pour de vrais « traités », mais sera-ce si différent de la réalité actuelle ? Et la France offrira bien mieux. A commencer par le transfert des compétences « communautaires » à la région wallonne devenue française (sans aucun obstacle venant du « centralisme parisien », j’en suis sûr). C’est bien du concret (et pas le débat, insoluble, qui vient de renaître, sur la régionalisation des compétences communautaires « françaises », faux débat destiné à combler un peu le vide abyssal devant lequel se trouve les ultra-régionalistes). Ensuite, alors que les transferts financiers Nord/Sud sont mis en extinction progressive par les lois para-constitutionnelles belges, avec une Wallonie devenue d’appartenance française, demain, les transferts financiers Paris/Namur (venant en sus des prélèvements obligatoires réalisés en Wallonie, pour permettre le maintien à niveau des services publics et de la protection sociale) seront votés par le Parlement français. C’est là-dessus que la négociation Paris/ Namur sur le cadre d’intégration dans l’autonomie de la Wallonie à la France sera dure, pas sur la pseudo-compétence internationale de la Wallonie ! Et les décideurs wallons, politiciens et autres (syndicalistes, mutualistes,…) ne se tromperont pas de priorité, car l’autonomie (comme les dirigeants wallons le savent trop), comme la souveraineté (comme les Grecs viennent de l’apprendre à leurs dépens !), c’est d’abord une question financière. Enfin, et ce n’est pas rien, la France apportera le soutien de son État central à la Wallonie, soit exactement le contraire de l’abandon de l’État central belge, qui sert depuis si longtemps si bien la Flandre plutôt que la Wallonie, terrible effet en injustice de la dualité inégale de la Belgique, autant dans sa période fédérale présente que dans sa période unitaire passée.

Ainsi, comme nombre d’ultra-régionalistes wallons, vous idolâtrez ce type de sujet symbolique, la « souveraineté internationale de la Wallonie », car il faut bien se contenter de l’apparence quand la substance fait défaut. Ainsi, j’ai entendu avec un grand amusement les discours assez récents sur le choix de la dénomination « la Wallonie » en place de « la Région wallonne », les cris de victoire de vos amis… Absolument surréaliste. En France, ce sujet est inconnu; même un nationaliste corse ne s’avise pas d’exiger, toutes affaires cessantes, que l’État honni français accepte de nommer la Corse « la Corse », plutôt que « la collectivité de Corse », comme c’est officiellement le cas.

  1. Le régionalisme « à la française ». Vous soulignez que la récente « réforme » de réunion autoritaire de certaines régions de France « n’est pas de nature à nous rassurer, nous Wallons, sur les pratiques de gouvernance de la République, au cas où une éventuelle intégration-autonomie devait être envisagée et négociée ». Vous avez à la fois raison et tort. Vous n’êtes pas rassuré, à raison, parce que vous ne comprenez pas l’organisation territoriale de la France (vous refusez de la comprendre, puisque vous lui êtes hostile, a priori). Ce qui a été fusionné, ce sont des « régions » métropolitaines de « droit commun », à la faible autonomie, aux faibles pouvoirs, pas des « régions » déjà dotées d’un « statut spécial ». Ainsi, la Corse, qui n’a que 300 000 habitants, qui est dotée d’un statut particulier, n’est pas touchée (sinon, selon la logique « il faut être plus gros », elle aurait été fusionnée avec la Provence). Et l’outre-mer français, constitué, pour trois millions h., de onze collectivités de plein exercice (donc de niveau « régional »), ne l’est pas non plus (onze entités « régionales » pour moins de population que la Wallonie…). Cette fusion « autoritaire » est donc une réformette, d’inspiration « européiste », improvisée, pour plaire à Bruxelles, Berlin, Francfort. Donc, une Wallonie « autonome », devenue d’appartenance française, dotée d’un « statut propre », de son propre corpus législatif, de sa propre structure institutionnelle, ne pourra être concernée par ce genre de pseudo-réforme. Ce que vous n’acceptez pas non plus de la France (vous refusez de l’accepter, puisque vous êtes hostile à sa « nature »), c’est que la France est une « nation », une vraie (le « fait national » vous dérange, comme tout « Belge » et tout « européiste »), ce qui explique qu’un Auvergnat, un Lorrain, un Champenois, un Limousin, un Poitevin, un Franc-Comtois, etc., se « laisse faire », laisse sa « région » disparaître administrativement, car il est français avant tout, et même un Alsacien est plus français qu’alsacien (je signale ici que, contrairement à ce qu’on croit en Belgique, la région Alsace relève du droit commun, son « droit local » n’étant pas attaché à son statut territorial). Et vous ne voyez pas non plus que cette « réforme » territoriale donne de l’eau à mon moulin (vous refusez de le voir, puisque vous êtes hostile, a priori, à toute « solution française ») ! Car cette réforme disqualifie le discours réunioniste traditionnel (« Wallonie, région – ordinaire – de la France »), que je conteste, et, ici, vous avez raison (nombre de réunionistes « fusionnistes » doivent être en ce moment bien embêtés…). Mais elle conforte mon projet d’intégration-autonomie (celui d’une « région » unique, de statut spécial garanti par la Constitution), et, là, vous avez tort (et c’est bien pour cela que ce projet vous dérange…).

Conclusion. Vous invoquez la nécessité d’un « travail de compréhension mutuelle et collective ». Entre régionalistes et rattachistes wallons, si j’ai bien compris. Certes. Mais, entre régionalistes restés « ultra » et rattachistes restés « ultra », c’est sans espoir. Entre régionalistes « raisonnables » et rattachistes « modérés », ce serait fructueux. Mais le courant rattachiste « raisonnable » reste à construire, car, victime de son sentimentalisme pro-français et anti-belge, il peine à concevoir autre chose qu’un réunion-« assimilation », qui serait mutilante pour la Wallonie. Et un courant régionaliste « modéré » est aussi entièrement à bâtir, car, dans les milieux « savants » wallons et régionalistes, je ne vois pas encore la moindre prémisse d’une réflexion nouvelle sur un mode opérationnel de réunion à la France (on se contente d’évoquer, à l’occasion, une coopération, une « association » de la Wallonie et de la France, on vend du vent). Pour que cela advienne, il faudrait oser. Oser mettre de côté ses préjugés belgicains anti-français. Oser rompre avec les consentements lâches du milieu ambiant wallon. Oser admettre que la bouée flamande crèvera un jour, qui se rapproche. Oser voir que la Wallonie seule ne pourra s’en sortir seule. Alors, et alors seulement, vous et vos « amis » commenceront à réfléchir utilement à l’avenir de la Wallonie, donc au moins à l’hypothèse d’un avenir français. Et alors ce travail pourra exister.

Avec mes très sincères salutations. Jacques LENAIN

« D’abord, ils vous ignorent, ensuite, ils vous raillent, puis ils vous combattent, et enfin vous gagnez. » (Gandhi)

Philippe Destatte et Jacques Lenain lancent le débat dont la Wallonie a besoin

La Wallonie peine à s’affirmer politiquement. A mobiliser autour d’un projet commun. A exister. Même éphémère et trompeuse, la stabilité institutionnelle donne l’impression que cela peut Mons, Arne Quinzetenir. Cela tiendra. Tant que cela tient, inutile d’alerter l’opinion publique. Il est plus facile de partager des émotions que de réfléchir ensemble à ce qui relève pourtant d’une responsabilité collective.

N’y a-t-il pas, dans la société wallonne, un nombre appréciable de gens qui, à des degrés divers, touchent à la politique ? A eux de montrer l’exemple et de nourrir le débat. Ce qu’il faut agiter, ce n’est pas tant les poings que des idées, en ne cachant rien des réalités. Dégager des perspectives. Apprendre à tourner la page, anticiper le changement. Ne plus voir l’appartenance à l’état belge comme une évidence, ouvrir le débat.

Le débat : qui a quelque chose à dire sur l’avenir de la Wallonie ?

Philippe Destatte, assurément, ne fuit pas le débat. L’avenir de la Wallonie est un enjeu dont il a fait son métier. Président de l’Institut Jules Destrée, historien, prospectiviste, il apporte évidemment son expertise aux autorités wallonnes, sans pour autant rester cloisonné à Namur, puisqu’il enseigne à Paris et à Reims. Quand il a évoqué, pour nous, le Congrès national wallon réuni à Liège il y a septante ans, il a fait le choix de s’exprimer en tant qu’historien, en tant que Wallon et en tant que citoyen, déclinant son exposé en trois parties où il était forcément question de la réunion de la Wallonie à la France.

Son texte a été publié sur ce site (lien) et chacun a pu y réagir. Le plus critique était Jacques Lenain, dont le commentaire était sans détour :

Jacques Lenain portraitJe reviens brièvement sur les trois arguments de Destatte pour affirmer que le temps de réclamer la réunion n’est pas venu… et ne viendra pas, sauf catastrophe (on ne sait jamais…).

  1. La dignité : la Wallonie n’est pas (encore) assez « bonne » pour se donner à la France… il faudrait donc attendre encore au moins vingt ans, dixit Destatte lui-même…, pour que cela soit… Autrement dit, la Wallonie surnage à peine, elle peut se noyer, mais « il faut refuser la main secourable de la France, puisque nous, Wallons, sommes à poil, et que, tirée hors de l’eau, cela va se voir »… Mais, de la dignité de la Wallonie dans sa relation avec la Flandre, et notamment de sa dépendance politique et financière extrême vis-à-vis d’elle, il ne dit mot.
  2. La dignité encore : la France n’est pas assez « bonne » pour la Wallonie, elle ne l’a jamais été, hier au nom du régime pétainiste, maintenant au nom de son futur lépéniste… Entre les deux, rien ou presque, semble-t-il, et une fois ce futur censé être arrivé, toujours rien, la France étant quasiment condamnée au régime « brun ». Argument d’autant plus curieux puisque c’est de la part de Destatte oublier que l’idéologie pétainiste ferait autant de ravage en Wallonie qu’en Picardie si elle y avait un véritable « lideur », et qu’une idéologie ô combien similaire prospère aisément en Flandre, donc en Belgique…
  3. Les gains de la Wallonie belge : elle a déjà acquis, dans le cadre belge, l’essentiel de ce que son appartenance à la France lui enlèverait, à savoir une certaine « souveraineté » (terme impropre, car il ne s’agit que d’une autonomie). Mauvais argument de Destatte pour le cadre belge (dont il faudrait donc souhaiter le maintien selon lui), car la dépendance de la Wallonie à la Flandre saute aux yeux, une dépendance dont la contrepartie devient difficile à discerner. Bon argument dans l’hypothèse d’un cadre français, auquel je réponds par « le projet d’intégration-autonomie », qui peut préserver demain, en France, ce qu’est devenue la Wallonie présentement en Belgique.

Philippe Destatte aurait pu se formaliser de la critique ou, du moins, s’en tenir là. Mais, tout au contraire, il a choisi de publier le commentaire de Jacques Lenain sur son blog personnel pour se donner l’occasion d’y répondre. Voici ce qu’ensuite il a écrit :

AGO Philippe Destatte 2Cher Monsieur Lenain,

C’est très honoré par votre commentaire de mon texte La Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945, que je vous réponds. Pour faire suite à celui-ci, je voudrais apporter quelques éclairages sur ma position. Il s’agit certainement d’un exercice difficile, car je me sens très éloigné des formes de certitudes que vous me prêtez dans mes engagements et affiliations. Pour tout dire, c’est d’ailleurs une surprise pour moi – et certainement pour mes amis – de me retrouver si loyal envers la Belgique, l’État belge, le royaume (que je persiste pourtant à écrire avec une minuscule, mais je sais que beaucoup de Français restent fascinés par la monarchie et la noblesse…). Néanmoins, ainsi que vous le sous-entendez concernant l’option réunioniste, la confusion est toujours bonne à prendre (« on ne sait jamais… »). Permettez-moi toutefois d’assumer l’idée que vous me prêtez d’ »alliance » avec la Flandre et les Flamands, à l’égard de laquelle, effectivement, je n’ai aucune animosité de principe. D’une part, la Flandre est aujourd’hui une des régions (et peut-être demain un Etat indépendant) les plus dynamiques d’Europe, avec laquelle nous entretenons des relations certes difficiles mais souvent constructives. Il s’agit, ne l’oublions pas, de notre premier client. D’autre part, le principe même de l’Europe et le projet européen lui-même – aujourd’hui si décrié – sont fondés sur l’alliance de toutes ses composantes. D’ailleurs, ni la Flandre ni la France ne sont tentées de quitter l’Europe. Du reste, tant le Quai d’Orsay que l’Ambassade de Belgique entretiennent les meilleures relations avec le Gouvernement flamand.

En suivant votre propre raisonnement, je reviendrai moi-aussi sur les trois arguments pour lesquels je pense que le moment n’est pas venu de réunir la Wallonie à la France (ou la France à la Wallonie : l’ancien Ministre-Président Jean-Maurice Dehousse a souvent soutenu que, compte tenu de leur égo, c’était plutôt la propension des Liégeois sinon des Wallons).

  1. Sur la question de la temporalité, il me semble que vous mêlez deux idées différentes. Il est vrai que j’indique que la Wallonie doit d’abord se redresser pour ne pas être en position de faiblesse pour négocier, s’il y a lieu, une réunion à la France. D’abord parce que je ne pense pas qu’il s’agisse pour les Wallons (et encore moins les Wallonnes) « de se donner » ou de se laisser prendre. Il s’agit de co-construire, de contractualiser, donc de négocier. Et je dirai pourquoi dans un instant. Il est vrai également que j’écris que les économistes les plus avertis nous disent qu’au rythme actuel du redéploiement et des réformes, c’est-à-dire avec un Plan prioritaire wallon (dit Plan Marshall) à 4,7 % du budget régional, ramené aujourd’hui à environ 3% compte tenu de l’accroissement considérable de ce budget, il faudra au moins vingt ans non pour rattraper le Flandre mais pour nous reconnecter à la moyenne belge que nous tirons vers le bas. Or, comme je l’indiquais le 11 octobre dernier à Liège, je trouve cette trajectoire insupportable pour nos enfants et nos petits-enfants et nous ne pouvons pas nous en satisfaire. Comme je l’ai souligné, il s’agit de construire l’avenir autrement. Ainsi, ma conviction est que, si nous pratiquons des réformes profondes, systémiques, en mobilisant les acteurs et les moyens financiers autour d’un objectif collectif de redressement, nous pouvons remettre la Wallonie à flot en une ou deux législatures. Cela signifie que nous refusons de sacrifier une nouvelle génération. Cela signifie également que nous construisons une autre trajectoire à partir du présent. Tant le Collège régional de Prospective que moi-même, à titre personnel, avons esquissé depuis 2011 des pistes en ce sens qui, malheureusement, n’ont pas – jusqu’ici – été suivies.
  2. Je ne saurais évidemment vous suivre sur la question du pétainisme et sur le fait que ce serait l’absence de leader fasciste en Wallonie qui, à l’époque, nous aurait empêchés de nous engager sur ce chemin. Outre le fait qu’une minorité a bien basculé, le très maurrassien Léon Degrelle avait davantage de charisme que la plupart des hommes politiques européens de l’époque. Ce qui ne l’a pas empêché de fait d’être marginalisé après son feu de paille de 1936 à 1939. La comparaison avec la Picardie et avec le Nord – Pas-de-Calais ne tient pas sur ce plan, ni d’ailleurs avec la Flandre. Néanmoins, rien ne permet de soutenir que la Wallonie serait vaccinée contre le fascisme. Le Front national a déjà été présent au Parlement de Wallonie et on ne saurait prétendre qu’il n’y reviendra jamais. Les effets d’une politique ou d’une non politique évoquée ici au point 1 n’est pas sans lien, du reste, avec la composition future du Parlement wallon.
  3. Le troisième argument portait sur le véhicule d’un dialogue avec la France et sur ceux qui prendront demain la décision de suivre une trajectoire plutôt qu’une autre. J’ai bien connu, dans les années 1980 et 1990, les pseudo-échanges d’agents jouant les intermédiaires entre Paris et Bruxelles pour, affirmaient-ils, préparer la réunion de la Wallonie à la France. Mon constat est que, finalement, toutes ces initiatives n’avaient pas grand chose de sérieux et que, si cette trajectoire devait être préparée et entretenue par un mouvement en Wallonie, sa vocation serait aujourd’hui de cibler le Parlement de Wallonie qui est le vrai lieu de décision car, précisément, le porteur de la souveraineté wallonne. Les Flamands, inscrits dans leur propre dynamique, n’auront plus qu’une influence marginale sur ce processus. Sauf, évidemment, si la Wallonie ne s’émancipe pas budgétairement en amont. C’est ce que le Collège régional de Prospective de Wallonie a suggéré dès 2011, avant-même la fin des négociations gouvernementales : l’élaboration d’un budget vérité pour la Wallonie, qui montre (et démontre) sa capacité de renoncement à tout transfert Nord-Sud, sa volonté de s’en sortir par elle-même, ainsi que sa capacité et son courage à réaliser les arbitrages nécessaires.

Faut-il écrire que je ne vous suis pas du tout dans la suite de votre travail d’exégèse et encore moins dans la conclusion que vous en tirez ? Pour deux raisons essentielles.

La première, c’est qu’il me semble que vous n’avez pas identifié ce qui est le ressort de ma pensée. Il ne s’agit évidemment pas d’une conception nationale ou régionale. Que celle-ci soit wallonne, belge ou française a finalement peu d’importance pour autant qu’elle soit démocratique et qu’on y retrouve les valeurs des Lumières (qui ne sont d’ailleurs pas que françaises…), ce qui est déjà beaucoup. De même, hormis le fascisme – que je fustige –, je pense que le libéralisme, le socialisme, la démocratie chrétienne et l’écologie politique sont porteurs de stratégies intéressantes qui peuvent répondre, spécifiquement ou collectivement, aux enjeux de nos sociétés.

En fait, ce que je considère comme un vrai atout pour le fonctionnement d’un État, c’est le fédéralisme en tant que principe de gouvernement, c’est-à-dire un système politique qui recherche l’équilibre entre le maximum d’autonomie des composantes (self-government), la plus grande participation de celles-ci au projet commun, la coopération entre elles, ainsi que la subsidiarité des compétences. Le mot-clef de ce système est celui du respect : respect de la différence, respect du dialogue, respect de l’autonomie de chacun. On peut trouver beaucoup d’accommodement dans les relations entre les territoires, les régions, les nations. On ne peut pas transiger sur un manque de respect de l’autre. Et sur ce plan, il faut reconnaître que, nous-mêmes Wallons, et surtout francophones de Belgique, nous avons souvent manqué à nos devoirs élémentaires à l’égard de la Flandre, ce que vous-mêmes semblez oublier.

La deuxième raison pour laquelle je ne vous suis pas dans votre raisonnement, c’est que vous plaisantez précisément sur la question de la souveraineté. Vous m’avez mal lu si vous pensez qu’il ne s’agit, dans mon esprit, que de la seule planche de salut et vous me comprenez mal si vous imaginez que, pour moi, souveraineté signifierait indépendance. Vous auriez toutefois raison en comprenant que ma conviction est que les Wallonnes et les Wallons ne sortiront de leurs difficultés que d’abord par eux-mêmes. Tout mon texte indique que la réunion à la France est une des trajectoires possibles pour l’avenir de la Wallonie. Il n’est pas raisonnable de dire qu’elle est la seule. Elle pourrait être souhaitable ; ce n’est pas certain qu’elle soit réalisable. Dans son histoire, d’ailleurs, la Belgique dans sa totalité a souhaité se réunir à la France ou même s’en rapprocher sans que les puissances européennes l’admettent. En 1945 même – et c’est ce qu’avaient compris beaucoup de congressistes –, au-delà du vote sentimental, un suffrage de raison le dimanche du congrès n’aurait pas remis en cause les accords de Yalta et de Potsdam. De Gaulle lui-même en a fait l’expérience au Val d’Aoste. Ainsi, sauf à s’inscrire dans une logique déterministe et révolue, la politique de décline en alternatives. La réunion à la France constitue assurément une alternative pour la Wallonie. Pour autant qu’une bifurcation se présente ou soit créée, ce qui confirme l’importance des temporalités.

Du reste, si cette hypothèse l’emportait, et même si ni vous ni moi ne serions à la manœuvre ni à la table des négociations éventuelles, je vois mal que la question de la souveraineté ne soit pas centrale pour les Français et les Wallons qui s’y retrouveront. Or, je ne suis pas certain que, jusqu’ici, la mesure de cette question ait été prise de chaque côté de la frontière, car mon expérience me laisse penser que les responsables politiques, administratifs et même la plupart des chercheurs français, ne peuvent actuellement concevoir, c’est-à-dire comprendre et saisir que, dans le système fédéral belge, c’est l’État – et donc la souveraineté nationale – qui a été partiellement sinon largement transféré au niveau des entités fédérées. Il s’agit d’un long processus qui a débuté en Belgique dès les années 1873 pour s’accélérer un siècle plus tard et aboutir aujourd’hui à une situation très particulière que même la connaissance des régimes politiques états-unien, canadien, allemand ou suisse ne peut que très partiellement éclairer.

Ainsi, la loyauté que vous me prêtez à la Belgique n’est-elle plus une loyauté nationale mais une loyauté de nature fédérale, ce qui est profondément différent. Dès lors, lorsque dans votre projet d’intégration-autonomie, vous considérez – si j’ai bien entendu ce qui en était dit au congrès de l’Alliance Wallonie-France – que les relations internationales relèveraient demain de la République française, la Wallonie ne pourrait que très difficilement s’y résoudre puisqu’aujourd’hui elle dispose de la capacité internationale dans l’exercice de ses propres compétences, jusqu’à la faculté de signer des traités, sans la moindre intervention fédérale. Ainsi, la souveraineté sur ces compétences est déjà une réalité. Je ne suis pas en train d’écrire que cette difficulté est insurmontable mais je veux indiquer qu’elle ne pourra être surmontée que s’il existe une reconnaissance préalable par la France de cette réalité.

Faut-il dire – et la question est de même nature – que la manière avec laquelle l’Élysée et Matignon viennent de redessiner, sans suivre leur avis et de manière régalienne, les régions de France, n’est pas de nature à nous rassurer, nous Wallons, sur les pratiques de gouvernance de la République, au cas où une éventuelle intégration-autonomie devait être envisagée et négociée ?

Ma conviction, et c’est pour cela que je voulais vous écrire cette trop longue réponse, c’est qu’il n’est pas trop tôt pour se parler, pour se comprendre et pour réfléchir à des avenirs communs. Je n’ignore pas que cela soit difficile dans des cadres officiels. Mais quelles que soient les voies d’avenir qui seront choisies, ce travail de compréhension mutuelle et collective ne pourra être que bénéfique. C’est surtout cela que j’ai voulu indiquer à l’Alliance Wallonie-France à l’occasion de ce soixante-dixième anniversaire du coup de semonce de 1945.

Veuillez croire, cher Monsieur Lenain, à l’assurance de mes sentiments dévoués,

Philippe Destatte

Discours de clôture à notre AGO du 11 octobre

Pour une raison de dépassement horaire, le discours de clôture n’a pu être prononcé que partiellement lors de notre Assemblée Générale Ouverte du dimanche 11 octobre. J’ai en effet choisi de privilégier la fidélité à ce que nous avions annoncé dans nos invitations et imprimé sur nos affiches : faire circuler la parole parmi les participants.

Au long des jours qui ont suivi le 11 octobre, vous aurez eu tout loisir de voir ou de lire ce qui suit :

– le reportage photographique de notre événement, fruit du travail de M. François Nisse;

– le texte d’accueil de M. Georges-Henry Simonis : « brève homélie pour un dimanche pas comme les autres »;

– l’allocution de M. Philippe Destatte : « la Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945 »;

– l’analyse de M. Jules Gazon : « quels seraient à ce jour les besoins de financement d’une Wallonie autonome »;

– le discours de M. Georges Régibeau : « déboussolée, la Wallonie ? »;

– le texte de M. Jacques Lenain : « le projet d’intégration – autonomie de la Wallonie dans la République française ».

Discours de clôture dans son intégralité

AGO Paul DurieuxMonsieur le Ministre-Président wallon,

Messieurs les Bourgmestres, Echevins et Conseillers Communaux,

Monsieur le Secrétaire général du Mouvement populaire flamand,

Mesdames, Messieurs,

Chères Amies et chers Amis,

Je commencerai par des remerciements :

Merci de nous avoir rejoints ce matin en ces lieux chargés d’histoire puisque c’est à deux pas d’ici, dans la salle des fêtes du Jardin d’Acclimatation qu’eut lieu le Congrès national wallon de 1945.

Merci aux orateurs pour la qualité de leur exposé.

Merci aux administrateurs et membres de l’ AWF qui, par leur travail, ont permis à cette journée d’exister,

Merci enfin à tous les membres de notre mouvement qui, par leur vote, ont permis le renouvellement de notre Conseil Général, ont ratifié les statuts de notre Alliance et m’ont fait l’honneur de me renouveler leur confiance comme président de l’AWF, ce qui me touche profondément.

Loin de nous l’outrecuidance d’avoir voulu reproduire ce moment de l’histoire de tous les Wallons qu’a été le Congrès de 1945. Selon l’Encyclopédie du Mouvement Wallon, ils étaient 1048 qui représentaient tous les courants politiques et toutes les provinces de la société wallonne. Nous sommes une centaine dans cette salle, réunionistes, mais aussi citoyens soucieux de s’informer sur l’état et l’avenir de la Wallonie. Je veux insister sur un point : l’AWF regroupe des membres de tous les partis politiques wallons, mais aussi un grand nombre de citoyens non encartés qui se reconnaissent dans les Valeurs qu’illustrent nos statuts dans ses Principes Directeurs.

Nous avons voulu tout simplement faire évoluer notre Assemblée générale en une Assemblée générale ouverte à tous. Mais nous avons voulu aussi commémorer le 70è anniversaire du Congrès wallon des 20 et 21 octobre 1945 qui a vu le premier des deux votes, celui du 20 octobre, appelé vote sentimental, donner une majorité relative à l’option réunioniste. Permettez que nous nous sentions, nous réunionistes, les héritiers des 486 Wallons qui, par bulletin secret, votèrent en faveur de la réunion de la Wallonie à la France.

En 70 ans, le monde qui nous entoure a évolué à une vitesse vertigineuse. Nous ne sommes pas des passéistes. Nous vivons bien ancré dans le présent et notre rôle est de placer l’avenir de la Wallonie au centre de nos préoccupations.

Qui sommes-nous ?

Quelques mots sur les élections qui viennent de se dérouler. Vous devez savoir que le Conseil général de l’ AWF est un véritable club de réflexion où bouillonnent les idées. Il est un organe qui se veut ouvert et est amené à accueillir des collaborateurs ou des invités qui participent à ses travaux de façon ponctuelle ou permanente C’est lui qui définit les axes d’action de notre mouvement. Il élit  en son sein le vice-président, la secrétaire générale, la trésorière et les administrateurs provinciaux du Bureau Exécutif. Celui-ci est chargé de la gestion quotidienne et de l’exécution des décisions du C.G. .

Notre mouvement s’articule aussi sur un groupe de parrainages de plus de 40 personnalités et citoyens.

Je vous concède bien volontiers que notre mouvement est encore peu connu et nous souffrons de ce manque de visibilité. Les médias ont une responsabilité fondamentale dans cette situation, mais il nous appartient aussi de trouver les moyens d’améliorer notre communication.

Quels sont ces moyens de communication ?

1. Notre site internet est reconnu par sa qualité et récemment notre maître-toile, Georges Régibeau, lui a donné un petit coup de jeune, même si nous sommes conscients qu’une présentation de lecture plus agréable est encore à trouver. Nous nous y exprimons par des articles qui concernent bien sûr le réunionisme, mais aussi par des sujets qui concernent des mouvements autonomistes, voire indépendantistes (Ecosse, Catalogne …). Les sujets sociétaux, économiques et environnementaux ne nous sont pas étrangers parce que nous sommes très sensibles au bien-être des citoyens wallons et français en particulier et de l’Humain en général.

2. Nous avons aussi notre page « facebook » qui reprend tous les articles publiés sur notre site.

3. Nous organisons des conférences ou participons à celles qui sont mises sur pied par des associations qui ont la bonne idée d’inviter un des nôtres à s’exprimer. Ainsi, le professeur Jules Gazon, invité par le CAL comme conférencier, sera à Barvaux le dimanche 25 octobre (voir article sur ce site).

4. Nous participons aussi à des manifestations. Nous étions à Dinant pour l’inauguration du monument dédié au Lieutenant de Gaulle, blessé à cet endroit lors de la guerre 14-18. A cette occasion, nous avons noué des contacts intéressants avec M. Bernard Valéro, Ambassadeur de France en Belgique.

5. Nous établissons également des contacts avec d’autres mouvements. C’est ainsi que nous sommes les partenaires wallons de l’opération  » Communes pour la langue française » conduite par l’ambassadeur français Albert Salon. Son but est de lutter contre le « tout à l’anglais » qui va de pair avec une sujétion de l’Europe et des Etats qui la composent au monde anglo-saxon et particulièrement aux Etats-Unis d’Amérique. Nos administrateurs namurois ont entamé l’opération « Communes wallonnes pour la langue française » qui vient de donner ses premiers fruits avec des retours positifs des communes de Rochefort, Dinant et Profondeville.

6. Cette année a été riche pour notre mouvement avec la rédaction d’un mémorandum intitulé « AWF 2015 » envoyé à plus de 5000 adresses électroniques. A côté de réponses polies, nous avons entamé avec M. Paul Magnette, Ministre-Président Wallon, un échange de courriels constructif.

Dans ce mémorandum, nous rappelons notre analyse :

1. LA FIN DE LA BELGIQUE EST INELUCTABLE A COURT OU MOYEN TERME

 a) La Flandre considère que le modèle fédéral belge est un échec et qu’il faut passer au confédéralisme (cf les déclarations d’Yves Leterme et des leaders du CD&V, Open-VLD, N-VA, mais aussi de certains SPa, Groen sans parler du VB).

 b) Pour la Flandre, la 6e réforme de l’Etat n’est qu’une étape avant la 7e qui touchera le cœur de la sécurité sociale et éliminera petit à petit les transferts Nord-Sud évalués à 6, 8, 10 ou même 14 milliards, selon les matières  prises en considération, mettant ainsi un terme à toute solidarité interrégionale (cf le récent conclave organisé par le VVB).

c) La Wallonie se trouvera dans l’obligation de faire face à une autonomie totale.

2. L’ANALYSE ECONOMIQUE DU PROFESSEUR GAZON

Corroborée par d’éminents professeurs en économie, elle démontre, chiffres à l’appui, qu’une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques. Certes, la Wallonie progresse grâce aux différents plans Marshall, mais le différentiel avec la Flandre ne cesse malgré tout de se creuser.

La fédération Wallonie-Bruxelles, ce machin aurait dit de Gaulle, sorte de Belgique résiduelle, ne l’est pas plus pour des raisons politiques (90 % des Bruxellois ne voient pas leur sort lié à celui de la Wallonie). Par ailleurs, nous assistons à un développement important de l’identité régionale bruxelloise (70 % de ceux-ci se disent aujourd’hui bruxellois avant tout).

3. Dès lors, la Communauté de destin avec la France s’impose. C’est le choix de la raison. C’est le choix de la solidarité interrégionale et du refus de sacrifier au minimum deux générations de Wallons sur l’autel d’une Belgique confédérale devenue mortifère pour la Wallonie. Pour certains d’entre nous s’ajoute bien sûr aussi le choix du cœur.

Nous pensons que le projet d’Intégration-autonomie, lu par Madame Havelange et fruit du travail de M. Lenain, haut fonctionnaire français, est le meilleur qui soit parce qu’il permet d’utiliser au mieux les articles de la Constitution française qui organisent les Collectivités territoriales. En ce moment, M. Jacques Lenain travaille avec un éminent constitutionaliste à un article qui viendrait s’ajouter à la constitution française et qui concernerait spécialement l’autonomie dont jouirait la Wallonie dans le cadre de la République. Au début de l’année 2016, notre Conseil Général doit avoir une réunion de travail avec M. Lenain à ce sujet.

Pourquoi la France ?

Nous savons que beaucoup parmi vous regardent les journaux télévisés français et lisent la presse hexagonale. Nous serions bien naïfs et bien stupides d’essayer de vous faire croire que tout va bien en France. Méfions-nous pourtant du french bashing, sport apprécié du monde anglo-saxon quand ce n’est pas des Français eux-mêmes (Rappel de la déclaration de François Fillon, alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, qui annonçait la France au bord de la faillite, comparant sa situation à celle du Portugal ou de l’ Espagne) ou de certains journalistes de nos médias belges. Les clichés ont la vie dure (le jacobinisme français outrancier, le préfet parisien qui viendrait faire la pluie et le beau temps dans nos Provinces) et une méconnaissance réciproque de nos Etats et Régions est encore bien présente. Pour un Français, un Belge est nécessairement un ami. Nous savons qu’il n’en est rien et que si nous avons la langue française en commun, certains Wallons sont francophobes (cf  le concours eurovision de la chanson : il est toujours pathétique d’entendre les commentateurs français attendre des points de leurs « amis » belges… ! )

La réunion de la Wallonie à la France trouve son argument principal dans la communauté linguistique et culturelle, mais les économies d’échelle que permettraient dès maintenant des accords bilatéraux dans bien des domaines sont d’une importance capitale.

Pensons par exemple au plus qu’apporterait à notre tourisme de faire partie de la première destination touristique au monde.

Pensons à la politique de la ville et comparons le comparable : Liège, Metz, Nancy… Nos responsables wallons de la politique de la ville reconnaissent que nos cités ont de 10 à 20 ans de retard par rapport aux villes françaises de même taille.

Pensons à la politique de défense. Devenu Français, nul besoin de dépenses militaires wallonnes. Et pour nos jeunes attirés par la profession militaire, plus besoin d’apprendre le néerlandais pour gravir de façon très aléatoire les échelons d’une armée belge flamandisée à outrance et en voie de former avec les Pays-Bas une armée intégrée.

Il serait trop long d’énoncer ici tout ce que la France pourrait nous apporter, mais aussi pour décrire tout ce que la Wallonie apporterait à la France. Ce seul sujet devrait faire l’objet d’une conférence. Dans notre projet, il appartiendra d’utiliser les talents, les potentialités et les complémentarités de la Wallonie et de la France pour que sortent renforcés ET la France ET la Wallonie.

Lors des interminables discussions pour former les deux gouvernements fédéraux précédant celui de Charles Michel, le discours des négociateurs wallons et Bruxellois de langue française était : « Nous ne sommes demandeurs de rien (rappel de Mevrouw « neen »).

Madame Milquet n’était pas la seule à défendre ce point de vue : « Nous voulons maintenir le statu quo, c’est-à-dire le fédéralisme d’union » était la voix de tous les négociateurs  francophones. Nous avons même vu le président du 1e parti de Wallonie baser sa campagne électorale sur le slogan : « mon parti, c’est mon pays ». Entendez par pays, la Belgique.

Vous savez ce qu’il en est advenu : une capitulation sur toute la ligne.

A l’AWF, nous ne sommes pas « des demandeurs de rien » :

– Nous exigeons dès aujourd’hui que soient activés les accords bilatéraux signés en 2004 par le président wallon Jean-Claude Vancauwenbergh. Ceux-ci portent sur pas moins de 10 matières (*) économiques, sociales et environnementales fondamentales. Le gouvernement fédéral de Charles Michel n’a pas attendu un an pour se rendre en grandes pompes aux Pays-Bas et activer le même type d’accords bilatéraux signés auparavant par le gouvernement flamand avec les Pays-Bas.

N’attendons pas le bon vouloir du fédéral et pressons le gouvernement wallon d’activer les accords signés par la Wallonie avec la République française. Qu’il aille à Paris activer avec la France les accords de coopération linguistique, culturelle et scientifique signé en 1999 lorsque Pierre Hazette était ministre de l’enseignement obligatoire, ainsi que ceux signés en 2004 comme je viens de vous le signaler.

– Exigeons que les médias accordent la place que mérite dans le débat politique le projet d’intégration-autonomie dans la République française.

– Exigeons une radio publique wallonne qui nous parle des problèmes qui se posent aux Wallons. La récente opération « I Like Belgium » de RTL-TVI a été un monument du surréalisme belge. Je serais curieux d’obtenir les résultats de cette opération politique. Le fait que la station n’en parle pas pose question.

Comme nous le suggérait Robert Collignon que nous avions invité à l’une de nos conférences, affirmons notre volonté d’un avenir français en

                        – oubliant notre adhésion à un pays moribond qui sera de plus en plus dominé par la Flandre;

                        – proclamant notre appartenance à la grande culture française, celle des Droits de l’ Homme;

                        – nous débarrassant de tout complexe d’infériorité;

                        – négociant avec la France le projet d’intégration-autonomie.

Je terminerai par l’emploi d’un des plus beaux mots de notre langue française : FRATERNITE. Celle-ci ne pourra qu’être plus vivace avec nos futurs compatriotes français qu’elle ne l’est aujourd’hui dans le cadre belge avec nos compatriotes flamands.

Fraternellement,

Paul Durieux,

Président de l’ AWF

(*) Les accords bilatéraux signés en 2004, mais jamais activés, reposent sur les matières suivantes :

  •  échange permanent d’information;
  • échange d’expériences et de personnes;
  • conclusions d’ententes sectorielles;
  • collaboration directe entre institutions diverses ( chambres de commerce, universités, entreprises, associations etc…);
  • élaboration et réalisation de projets conjoints;
  • transfert réciproque de technologies et de savoir-faire;
  • organisation de rencontres professionnelles, séminaires, ateliers au bénéfice d’experts et de porteurs de projets;
  • réalisation d’études et d’expertises;
  • promotion réciproque de produits et de services;
  • promotion de partenariats inter-entreprises et création de sociétés mixtes

Solidarité dans la douleur

C’est une véritable catastrophe qui s’est déroulée ce vendredi matin à Puisseguin, en Gironde. Un accident très grave impliquant un camion et un car a fait au moins 43 morts, dont un enfant. Le conducteur du camion est également mort. L’accident a eu lieu sur la route départementale 123, à Puisseguin, près de Libourne (Gironde). La France n’avait pas connu pareil accident depuis 1982.

Les membres de l’ Alliance Wallonie France expriment la douleur que leur inspire ce drame et assurent le peuple français de leur plus profonde solidarité.

Brève homélie pour un dimanche pas comme les autres…

Nous poursuivons la publication des discours prononcés lors de notre Assemblée générale ouverte du 11 octobre à Liège, en signalant que le texte de Jacques Lenain présentant, de façon synthétique, son projet d’intégration-autonomie de la Wallonie au sein de la République française, figure en bonne place et ce, de façon permanente, au-dessus de l’en-tête de ce site.

Le texte ci-après était celui de Georges-Henry Simonis, chargé d’accueillir les participants à notre Assemblée générale ouverte.

AGO Georges-Henry SimonisL’Alliance Wallonie France souhaite la bienvenue à celles et ceux qui sont venus participer à son Assemblée Générale Ouverte, et célébrer en même temps le 70ème anniversaire du « Congrès National Wallon » qui s’était tenu à Liège en 1945.

Depuis lors, de nombreux courants réunionistes ont existé en Wallonie, soit dans le cadre de partis politiques, soit au sein de lieux de réflexion divers.

L’AWF n’a pas choisi la voie électorale pour faire progresser ses idées : les petits scores électoraux des partis réunionistes ont fini par desservir la cause qu’ils entendaient servir.

L’AWF a fait le choix de devenir un mouvement citoyen réunissant de manière pluraliste des gens de tous horizons politiques inquiets des perspectives d’avenir de leur région.

Les citoyens wallons sont inquiets :

–  des conditions de vie très précaires pour bon nombre de personnes              

–  du panier de la ménagère, de l’électricité qui augmente de 15%, de l’emploi…              

– des budgets de l’Etat qui se réduisent : armée, polices, coopération,  justice…     

 – des budgets régionaux et communautaires, incertains, notamment à la suite des transferts de compétences de l’Etat Fédéral vers les entités fédérées…                

– la croissance, dont on nous dit qu’elle n’est pas au rendez-vous, si du moins elle existe encore… Une situation à la grecque n’est pas à exclure…

Il y a aussi, de manière de plus en plus perceptible, la crise larvée d’un Etat belge souvent réformé mais devenu un « mille feuilles » institutionnel confus, dont on sent tous les jours qu’il est au bord de l’éclatement. On pourrait penser que tout le monde a pris conscience de la volonté d’indépendance de la Flandre, dont on nous dit qu’elle est inscrite dans ses gênes…, et dont nous avons des exemples tous les jours (Linkebeek, le stade de foot, l’accueil des réfugiés,  l’achat d’avions ou de navires militaires…)  

Cette prise de conscience de la volonté flamande n’est pas encore partagée par tous, et certains tenteront encore une fois de rabibocher les points de vue comme s’il s’agissait d’un vaste légo institutionnel, selon la formule du professeur HASQUIN.

L’AWF s’attelle à faire de la prospective pour l’avenir de la Wallonie, et suit avec intérêt l’actualité économique et sociale.  Nous pensons qu’un support institutionnel neuf et cohérent est nécessaire pour contribuer à  une relance économique et sociale de la Wallonie.

L’actualité est brûlante et quotidienne, et les projets fusent dans tous les sens. Chacun y va de son couplet. Ainsi, récemment :

– deux parlementaires MR ( MM. CRUCKE et JEHOLET ) proposent une réorganisation du pays en quatre régions autonomes ;

– le bourgmestre de Liège, Willy DEMEYER, propose dans le Vif-l’Express la scission de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la  suppression des provinces, la fusion des CPAS avec les Communes ;

– le Président de la Wallonie, Paul MAGNETTE, évoque dans la presse la régionalisation de l’enseignement, et peut-être aussi de la culture ;

– à Bruxelles, de manière énigmatique, Olivier MAINGAIN, envisage une implantation du FDF  bruxellois à travers la Wallonie ;

– Gilles MAHIEU et Hervé JAMAR, nouveaux gouverneurs de provinces, font bien entendu l’éloge des provinces, selon eux indispensables en cas de catastrophe ;

– la Ministre Laurette ONCKELINX propose la transformation du Sénat, du moins de ce qu’il en reste, tandis que la Présidente dudit Sénat, Christine DEFRAIGNE, tente encore de  défendre  son institution, dont la majorité des gens ne perçoivent pas la spécificité ni les compétences…

– Ecolo et le PTB ignorent le problème et restent apparemment partisans d’une Belgique unitaire, même si leurs créneaux respectifs (l’environnement pour les uns, la justice sociale pour les autres ) n’ont guère de frontière !

Bon nombre de responsables gardent encore un silence prudent. Dans le genre « Nous ne sommes demandeurs de rien », comme  disaient les partis politiques francophones avant l’adoption de la 6ème et dernière réforme de l’Etat !

Par contre, nous,  nous sommes demandeurs, et nous invitons les hésitants à sortir du bois !

  1. L’AWF a pris acte de la volonté d’autonomie de la Région flamande.
  2. L’AWF respecte les intérêts spécifiques de la Région de langue allemande, déjà rencontrés dans le cadre des étroites collaborations nouées avec la région wallonne.
  3. En ce qui concerne la Région de Bruxelles, nous disons que c’est avant tout l’affaire des Bruxellois, qui auront à choisir entre un hypothétique retour à la France et un statut d’autonomie internationale à définir. Des passerelles avec la région wallonne seront de toute évidence à mettre au point. Comme l’a dit sagement Claude Thayse, « la Wallonie seule aura beaucoup plus de chance de retrouver ou de choisir son destin français, ce qui pourrait, une fois la chose réalisée, avoir une influence sur les choix d’avenir de Bruxelles, autre histoire qui relève encore de la futurologie politique. »
  4. L’AWF s’attache donc essentiellement à l’avenir de la Région wallonne :

Selon nous, les perspectives positives de réunion de la Région wallonne à la République se précisent peu à peu.

Notre choix est devenu un choix nécessaire au vu des chiffres ( Jules GAZON en parlera), et raisonnable au vu des possibilités d’ouverture  de la Constitution française.

Certes, la France a aussi ses problèmes. Elle redéfinit sa carte et ses territoires, avec un plus petit nombre de régions, dotées de pouvoirs et de moyens substantiels, autour de 14  grandes métropoles.      

Le Professeur DUMONT, de la Sorbonne, parle joliment du « temps long des territoires » et de la nécessité d’une oxygénation de l’Etat central par les Régions. Dans le même sens, le professeur Stéphane ROZES, de Sciences Po, souligne l’importance des infrastructures territoriales au niveau de la proximité, de la clarté et de l’efficacité, soulignant ainsi le rôle des Régions et des Départements qui conservent ou se voient attribuer d’importants pouvoirs de gestion. La Région wallonne, qui a plus que de beaux restes, fera bonne figure au sein des futures régions françaises, plus importante que les régions bien aimées de Normandie, de Bretagne ou de Bourgogne.

Quant aux Wallons, ils retrouveront un territoire qui leur est naturel depuis des siècles :

– lors de la crise économique de la fin du 19ème siècle, un million de belges ont déjà rejoint la   France pour des raisons économiques ; 

– ensemble, nous avons triomphé des tragédies guerrières de 1914-1918 et de 1940-1945 ; 

– il y a déjà des centaines de milliers de Wallons et de Bruxellois qui habitent la France…    

Comme l’ont dit  Jean-Pierre CHEVENEMENT, ou Jacques ATTALI, la place de la Wallonie est en France.  Avant eux, avec son sens de l’Histoire, le général de Gaulle avait bien indiqué le chemin. Nos militants wallons de 1945, qui sortaient de la Résistance, et dont certains nous font l’honneur d’être présents à Liège aujourd’hui, avaient eux aussi été prémonitoires.

Ce que nous ne supporterons plus, c’est l’absence de tout débat, en Wallonie, comme en France, sur l’hypothèse réunioniste que nous défendons.

Contrairement aux Catalans ou aux Ecossais, qui font un choix d’indépendance et de rupture, nous faisons un choix de suppression d’une frontière devenue inutile et obsolète.  C’est un choix de retour à la maison !

                        « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage  

                         ou comme cestuy- là qui conquit la toison et s’en est retourné,    

                         plein d’usage et de raison,                                             

                        vivre entre ses parents le reste de son âge… »

                        Vive la France et la Wallonie réunies ! 

Enfin, ça bouge en Wallonie…!

Après les déclarations des députés MR Jeholet et Crucke, une poussée régionaliste des députés P.S. Collignon, Martin et Dermagne voit le jour. Ils sortent du bois pour aller dans le même sens que leurs collègues du MR, celui de la régionalisation de l’enseignement et de la culture et faire de la fédération Wallonie-Bruxelles une coquille vide.

Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord. Comme nous le lisons sur le site de la RTBF, Picqué, Luperto, Demotte  et, plus étonnamment, Magnette montrent peu d’empressement à l’idée de l’avènement d’une Belgique à 4 régions. Le ministre-président wallon ressort même le vieux serpent belgicain d’une circonscription fédérale unique dont il sait très bien qu’une large majorité de la Flandre ne veut pas.

Martin-Dermagne-Collignon« La Wallonie est une évidence ! », proclament Martin, Dermagne et Collignon sur le site de la RTBF.

La tendance régionaliste est loin d’être neuve au P.S.. Mais ces derniers temps, sous Di Rupo Premier ministre et Elio président du parti, la ligne wallonne devait se taire.

Les trois parlementaires sortent du bois parce que la dernière réforme de l’Etat a consacré les régions, et un petit peu aussi pour ne pas laisser le MR seul sur ce terrain. Leur credo: « La Wallonie est une évidence ! » Il faut donc la renforcer dans ses pouvoirs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles déshabillée

« Notre régionalisme n’est pas romantique, on ne se réveille pas en fredonnant Li Bia Bouquet ou le Chant des Wallons, explique Pierre-Yves Dermagne. Notre régionalisme est réaliste et pragmatique: la Wallonie n’a plus d’or noir, de charbon, elle doit donc miser sur la matière grise »…

…Concrètement, les trois socialistes estiment que la région ne pourra activer pleinement les leviers économiques dont elle dispose déjà que s’ils sont complétés par des moyens d’actions en matière d’éducation et de culture. Ils veulent régionaliser l’enseignement pour qu’il réponde mieux aux spécificités wallonnes et régionaliser la culture…

Coquille vide

…Alors, sans la culture et surtout sans l’enseignement, que resterait-il de la Fédération demain ? « Ça fait partie de la réflexion. Nous devons discuter entre nous, entre Francophones, et d’abord au sein du PS, de ce qui doit continuer à être géré conjointement par les Bruxellois et les Wallons« , précise Pierre-Yves Dermagne…

…Christophe Collignon: « Pour moi, le plus important, c’est de déterminer les compétences nécessaires au développement économique de la Wallonie« . Comment dire plus clairement que la survie de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe après l’intérêt suprême de la région…

Paul Magnette pour une circonscription fédérale unique

…Paul Magnette ne juge pas idéale une réduction du modèle belge à quatre Régions, vu l’existence d’une minorité linguistique dans chaque Région. Il défendait plutôt des mécanismes de prévention des conflits, comme l’instauration d’une circonscription fédérale unique…

…Le gouvernement wallon ne mène pas de travaux préparatoires d’une septième reforme de l’État, ce qui n’entrave pas la liberté des partis de mener une réflexion saine et démocratiquement nécessaire sur ces questions qui feront toujours partie du débat politique de ce pays, précisait-il…

Rudy Demotte veut conserver une « cohésion » entre Bruxelles et Wallonie

Particulièrement concerné par ce débat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s’est prononcé contre toute régionalisation de l’enseignement ou de la culture telle que réclamée par les trois membres de son parti…

…M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d’une adaptation de l’action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, « mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération« . Selon lui, « il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie« .

Le MR va plus loin

Voilà donc la fraction régionaliste du PS qui ressort de l’ombre. Il est toutefois étonnant de constater que les socialistes  vont moins loin que les MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke.

En septembre dernier, les deux leaders réformateurs expliquaient que, dans leur scénario  « les Régions deviendraient les dépositaires de toutes les compétences fédérées » et qu’on se dirigeait même vers une Belgique articulée autour de 4 entités régionales (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone).

…Pas de ça dans la sortie cosignée par Nicolas Martin: « on se limite pour l’instant à un débat entre francophones« …

Le début d’un large débat au P.S., mais aussi au M.R. ?

Après tout, ce n’est peut-être que le début d’un commencement, car les trois députés reprennent aussi l’idée lancée récemment par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer : la convocation en 2016 d’un Congrès des socialistes wallons…

…Il faut imaginer l’importance que revêt ce débat pour le Parti socialiste : le dernier congrès du genre s’est réuni à Ans en 1991. Il y a près d’un quart de siècle…

Notre mouvement citoyen serait très heureux de participer à ce débat sur l’avenir de la Wallonie.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde