Quand la Wallonie existe, la Belgique disparaît

Sur le même sujet, lire notre article Charles de Gaulle et Karel De Gucht.

Nous revenons sur un fait politique dont les médias belges francophones n’ont pas suffisamment parlé, nous semble-t-il : le « non » du Parlement wallon au traité de libre-échange avec le Canada (et, à fortiori, avec les Etats-Unis). Ce fait de résistance au pouvoir économique est de nature à contrarier l’Union européenne, du moins celle dont le projet se résume à lever tous les obstacles à la mondialisation des échanges. Puisque ces traités controversés n’entreront en application qu’après un vote favorable des différents parlements européens, la Wallonie pourrait exercer un droit de veto qui fait déjà bondir la Flandre et donne encore une fois l’occasion de s’interroger sur cette union de la Wallonie et de la Flandre à laquelle on a donné le nom de Belgique.

Voici comment ont réagi Veerle Wouters et Hendrik Vuye, députés N-VA. Leur texte a été publié dans le « Knack » du 2 mai 2016. La traduction est de Jules Gheude.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre »

veerle-wouters-en-hendrik-vuye-maat-van-de-monarchieLe commerce extérieur est une compétence flamande, mais la Flandre est loin de disposer de tous les leviers pour pouvoir exercer pleinement cette compétence. La résistance wallonne contre le CETA et le TTIP paralyse et appauvrit la Flandre, estiment les députés Veerle Wouters et Hendrik Vuye (N-VA), coprésidents de Objectief V, Studiecentrum confederalisme.

La Flandre se projette économiquement sur la carte avec des missions à Cuba et en Inde. Ce n’est pas un hasard. Dans une double interview accordée au « Standaard », le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) et Claire Tillekaerts de Flanders Investement & Trade (FIT) soulignent l’intérêt de l’export pour la Flandre. Et la politique porte ses fruits.

Tillekaerts explique que l’enquête de satisfaction réalisée auprès des entrepreneurs révèle que 80% des contacts menés par le FIT sont positifs pour les entreprises. Un record en Europe.

L’export belge n’existe pas

Et les résultats flamands sont bons. Selon les chiffres de FIT, la Flandre a exporté en 2015 pour 288,8 milliards d’euros. La part de la Flandre dans l’export belge s’élève à 83,1%. Les exportations wallonnes représentent 14,6% et celles de Bruxelles, 2,3%. La Flandre est ainsi le sixième plus gros exportateur au sein de l’UE, après l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume- Uni et l’Italie.

En fait, l’export belge n’existe pas. C’est de l’export flamand, une réalité que les rêveurs de la refédéralisation ne veulent pas voir.

La Wallonie, nouvelle Madame Non

Les accords de libre-échange sont d’un intérêt capital pour la Flandre. Une économie ouverte ne peut s’en passer. La discussion politique porte depuis quelque temps sur deux traités, le traité commercial entre l’Europe et le Canada (CETA) et le traité commercial entre l’Europe et les Etats-Unis (TTIP).

En 2015, la Flandre a vu ses exportations croître de 11% en Amérique du Nord. La quasi-suppression des droits de douane et l’élimination des tarifs pour l’agriculture et l’industrie chimique et pharmaceutique peuvent avoir ici un effet bénéfique.

C’est précisément dans ces dossiers que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) et le Parlement wallon se manifestent négativement. Il y a quelques jours, le PS, le CDH, Ecolo et le PTB ont voté une résolution contre le CETA.

En Région bruxelloise aussi, il y a une opposition aux traités commerciaux. Dans son édition du week-end, « Le Soir » titrait même : « La Wallonie, nouvelle Madame non ». Le président du CDH, Benoit Lutgen, appuie encore un peu plus sur l’accélérateur lorsqu’il précise que le CDH entre en résistance pour sauver le pays.

A la Chambre et au Parlement flamand, il y a pourtant une majorité en faveur du TTIP et du CETA. Comment les choses vont-elles se passer ? La Flandre va-t-elle plier sous un non wallon ?

Commerce extérieur et traités mixtes

A court terme, l’opposition francophone n’a guère de conséquence, si ce n’est de rendre la Belgique une fois de plus ridicule, en étant le seul Etat-membre de l’UE à s’abstenir par manque de consensus interne.

Mais qu’est-ce qui nous attend ? Depuis 2001, le commerce extérieur est une compétence flamande. Seuls le Ducroire – assureur-crédit public- et Finexpo – soutien financier aux exportations – sont encore fédéraux. Ces compétences sont tellement liées au commerce extérieur qu’il vaudrait mieux les transférer aux régions.

Le commerce extérieur est aussi étroitement lié aux relations extérieures. La règle veut que celui qui est compétent en interne l’est également sur le plan international C’est ici que commence la vraie misère. Sur le plan intérieur, les compétences sont morcelées avec pour conséquence que les relations extérieures le sont aussi. De nombreux traités sont mixtes : ils concernent aussi bien les compétences fédérales que celles des entités fédérées.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre. »

Les traités mixtes doivent être approuvés par le Parlement fédéral et les parlements régionaux concernés. Selon l’accord de coopération relatif aux traités mixtes, le traité ne peut avoir force de loi que s’il a été approuvé par tous les parlements concernés.

On ne sait toujours pas si le TTIP et le CETA sont des traités mixtes, mais il y a de fortes chances qu’ils le soient. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström est en tout cas de cet avis. Un non wallon paralysera la Flandre. Incroyable, lorsqu’on sait que la Wallonie ne réalise que 14,6% de l’export belge. Où est donc la fameuse « loyauté fédérale » ? L’opposition wallonne appauvrira également la Flandre, qui produit 83,1% des exportations belges. Où est donc la fameuse « solidarité » ?

A la place de la « solidarité » et de la « loyauté fédérale », le CDH diffuse même le tweet suivant : « Nous sommes entrés en résistance pour sauver notre pays ».

Paul Magnette utilise les mêmes propos dans « Le Soir ». Il décrit la Région wallonne comme une « terre de résistance de tout temps ». En résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre.

C’est le droit des Wallons de rejeter le TTIP et le CETA. Nous ne le contestons pas. Ce que nous ne pouvons en revanche accepter, c’est que l’opposition wallonne paralyse et appauvrisse la Flandre. Chaque entité fédérée doit faire ses propres choix. Il ne reste dès lors plus qu’une solution : transférer aux régions tous les leviers économiques et fiscaux pour permettre à la Flandre de remplir pleinement son rôle de pays exportateur.

La Flandre restera ainsi un pays exportateur prospère et la Wallonie pourra jouer pleinement son rôle de « terre de résistance ».

Pourquoi paralyser les autres, quand on peut faire autrement ? Les bonnes âmes qui rêvent de refédéralisation se heurtent une fois de plus ici à la dure réalité qu’ils ne veulent pas voir : le fédéralisme de coopération n’existe pas, c’est un fédéralisme d’opposition stérile.

Sur le même sujet, voir aussi l’interview de Paul Magnette dans l’émission « Grand Angle » de TV5 Monde :

Un Etat défaillant

Par Georges Régibeau

La Belgique est-elle autre chose qu’une équipe de football ?

Au moment de sortir les drapeaux pour rêver de gloire nationale, il n’est sans doute pas inutile de se poser la question. L’engouement populaire autour des diables rouges est un fait, mais la réalité de la Belgique et de l’Etat belge en est, bien sûr, un autre.

En 2011, pour avoir un gouvernement fédéral après 541 jours de crise politique, il a fallu que le PS accepte la scission de BHV et la 6e réforme de l’Etat. En 2014, pour éviter que cela ne recommence, il a fallu que le MR accepte de gouverner avec la N-VA dans un gouvernement dominé à 80 % par la Flandre. En 2019… il est trop tôt pour écrire le détail de ce qui se passera mais, dans les grandes lignes, on sait déjà que la Wallonie paiera toujours plus cher pour une Belgique de plus en plus illusoire.

Alors, supporter, oui, mais pas dupe.

Le « compromis à la belge » est tout sauf un modèle d’équilibre. Il ne s’agit pas non plus d’une invitation permanente au dialogue et au respect. C’est le plus petit commun dénominateur entre ceux qui veulent le démantèlement de la Belgique et ceux qui font le maximum pour l’empêcher, ou du moins le retarder, transformant l’état belge en un champ de mines, un sac de nœuds dont l’effet paralysant n’échappe à personne aujourd’hui. On n’a jamais autant parlé de la déliquescence de l’Etat belge. Il y a deux semaines, Jean Quatremer écrivait que « la Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population ». Le blogueur Marcel Sel l’a rejoint sur ce constat sans appel et, agacé par la réaction de certains journalistes, il l’a même amplifié, fustigeant le déni d’une partie de la presse belge francophone. Ensemble, ils s’en prennent aux nationalistes flamands, dont le travail de sape est facilité par leur présence massive au cœur du pouvoir.

Invité ce samedi du grand Oral RTBF-Le Soir, Olivier Maingain n’a pas dit autre chose. Il a lancé un appel pour que les forces politiques, et d’abord celles qui gouvernent au fédéral, s’engagent solennellement à « garantir le fonctionnement et la crédibilité de l’Etat dans ses missions essentielles, qui ne sont plus assurées aujourd’hui ». Il a précisé sa pensée : « C’est un bon test sur la viabilité de notre Etat. Le pays dans lequel nous vivons a-t-il encore un sens ? Il faut admettre que nous en sommes là. (…) Selon que cet appel trouvera ou non un écho, cela témoignera de notre capacité à nous relever. Oui, c’est un test de sincérité pour vérifier qui veut réellement empêcher le démantèlement de l’Etat, un test aussi pour vérifier qui veut empêcher sa privatisation graduelle et par étages. » Il ne croit pas un instant que son appel sera entendu. La preuve : au terme de son interview, on lui a demandé quel était son choix musical et, sans avoir l’air d’y toucher, il a répondu… « Douce France ».

A côté du processus de désagrégation que connaît la Belgique, au profit d’une nation flamande émergente, il y a la remise en question du rôle de l’Etat, en tant que tel. Olivier Maingain est partisan d’un Etat laïc, régulateur, œuvrant dans l’intérêt général. Un Etat capable de répondre à des enjeux de société, d’assurer au mieux ses missions de service public, de veiller à la protection de tous. Un Etat citoyen, social, démocratique. Il y a certainement beaucoup de Wallons qui partagent ce point de vue, mais ce n’est pas la vision dominante en Flandre, où le modèle anglo-saxon pousse à l’externalisation des compétences, à la privatisation des services, à la sanctuarisation des affaires. Business is business.

Impossible, évidemment, de penser la Belgique en dehors de l’Europe et du monde. La libéralisation des échanges est, depuis le XVIIIe siècle, une exigence autour de laquelle on peut broder considérations morales et discours politiques. Il est devenu naturel de céder au pouvoir des marchés. Même si, en Angleterre, certains n’hésitent pas à présenter l’Europe comme le projet d’un super-Etat totalitaire, il est plus juste de relever que, dans l’espace européen, la concurrence a force de loi, tandis que les missions de service public sont regardées avec méfiance. A cela s’ajoute que la révolution numérique a ouvert le champ des possibles : elle force à repenser la question des limites et celle des frontières, elle fluidifie les échanges en court-circuitant l’autorité publique. Avec le temps, « l’intervention du pouvoir d’Etat dans les relations sociales devient superflue dans un domaine après l’autre » : ainsi prophétisait Friedrich Engels, qui n’était pas le maître à penser de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Concept marxiste, le dépérissement de l’Etat ne se confondait pas avec la toute-puissance du marché, cela va de soi, mais il s’inscrivait aussi dans la vision idéale du communisme.

Friedrich Engels nous ramène au XIXe et au XXe siècles. « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », aurait, de son côté, prophétisé André Malraux. Il est vrai que si ce n’est pas à l’Etat de créer du lien social, et que l’économie capitaliste a d’autres impératifs, on n’a plus qu’à laisser aux religions le soin d’intégrer les individus dans une communauté humaine où ils trouveront leur place. Tant qu’à faire, on peut aussi leur abandonner l’éducation, les écoles et la définition du vrai et du faux. Il est facile de contester la légitimité de l’Etat. Au nom de la liberté. Voire au nom de l’égalité, de la fraternité, quand l’Etat républicain lui-même est vu comme le gardien des intérêts de la classe dominante. Et si la classe dominante est la première à saper l’autorité publique…

Curieuse époque, tout de même, où s’entremêlent la volonté, plus ou moins consciente, d’en finir une fois pour toutes avec l’Etat, ce monstre impersonnel dont les interventions seraient forcément inopportunes et malveillantes, et la consternation devant son apparente incapacité à gérer les bouleversements liés à la mondialisation.

Bien sûr, on ne dira pas que l’Etat s’évapore partout, ni partout au même rythme ; il continue à gérer des compétences et des budgets considérables. Il faut néanmoins répéter que la Belgique est au bord de la rupture. Avec ses faiblesses actuelles et ce grand chambardement qui la guette, la Wallonie a besoin de considérer sérieusement les opportunités qui, dans un proche avenir, seront les siennes. Elle a toujours regardé la France, dont elle partage la langue et la culture, mais elle a peur de disparaître. Il faut que les Wallons sachent que la Constitution française est très souple et permet d’imaginer un statut sur mesure pour une Wallonie à la fois autonome et intégrée dans la République française. Un maximum d’autonomie pour un maximum de solidarité, ce serait le meilleur moyen de continuer à exister.

La Belgique des plats pays

« La Flandre envahie par les Wallons », peut-on lire aujourd’hui sur nos écrans. Que voilà un titre accrocheur et troublant. Celui-ci renvoie à une information donnée par l’agence Belga : « Pour la 1ère fois, plus de Wallons se sont installés en Flandre que l’inverse ». On espère que l’armée ne sera pas réquisitionnée pour refouler les indésirables.

Plus sérieusement, il faudrait peut-être oublier les journées de septembre 1830 et se demander si Philippe de Belgique, Willem-Alexander des Pays-Bas et Henri de Luxembourg ne devraient pas se Paris-Matchfondre en une seule personne. Il semble en effet que la Belgique penche de plus en plus vers la Flandre et les Pays-Bas. Retour au Congrès de Vienne, en somme, ou aux dix-sept provinces de Charles Quint, avec l’ancienne principauté de Liège en cadeau. Rien de vraiment neuf mais la confirmation d’une tendance lourde. Pour l’édition belge du Paris-Match, le journaliste Frédéric Loore a mené l’enquête sur la façon dont la Flandre, à travers ses élus, ses dirigeants, renforce sa mainmise sur l’Etat belge qu’elle entend réduire à ses intérêts. En douze pages, le constat est accablant.

Morceau choisi :

« L’armée des plats pays est en marche »

La maîtrise insuffisante du néerlandais est invoquée de façon récurrente pour justifier le fait que certaines fonctions nécessairement bilingues demeurent inaccessibles aux francophones. Le problème existe, mais il semble de moins en moins persistant, à l’armée comme ailleurs. Notamment à la police fédérale, où « l’évolution est significative, de plus en plus de francophones sont volontaires pour apprendre le néerlandais. Beaucoup passent les tests de sélection et les réussissent. En revanche, de moins en moins de néerlandophones se présentent à ces mêmes tests, ou bien ils ne font tout simplement plus l’effort de parler le français », certifie un flic de premier rang. A la Défense, le bilinguisme approximatif des francophones serait même franchement surestimé, voire utilisé pour les écarter arbitrairement. « Au moment où je suis sorti, nous étions cinq candidats au grade supérieur (commandant, major, lieutenant-colonel, général) à être soulignés (connaissance la plus élevée de la deuxième langue, NDLR). Au final, aucun d’entre nous n’a été promu, alors que des Flamands non soulignés l’ont été », témoigne l’ex-colonel Gennart. Comment l’expliquer ? Il est pratiquement impossible de savoir ce qui se trame à l’intérieur des comités de sélection à l’heure du choix. En tout état de cause, les néerlandophones obtiennent régulièrement les meilleurs résultats. « Je peux vous dire qu’en matière d’exigence linguistique, les examinateurs francophones sont toujours plus conciliants vis-à-vis des candidats flamands. Par contre, l’inverse n’est pas vrai », concède un militaire qui fait passer ces tests. « D’autres critères que la langue sont pris en compte », précise Luc Gennart, « mais ces comités, c’est de toute manière le fait du prince : les délibérations sont secrètes et les examinateurs n’ont pas à justifier leurs nominations. Les candidats non retenus peuvent introduire un recours, mais alors ils sont grillés pour la suite de leur carrière. »

La « flamandisation » de la grande muette s’observe également au travers du glissement vers le Nord des centres de décision, des infrastructures et des investissements. Un rapide décompte fixe d’ailleurs à dix le nombre de quartiers militaires importants installés en Flandre, contre seulement trois à Bruxelles et quatre en Wallonie. Un officier résume : « Les états-majors de bon nombre d’unités sont désormais basés en Flandre ; la disparité des investissements entre la brigade médiane de Bourg-Léopold et la légère de Marche-en-Famenne est criante ; pareillement entre la base aérienne de Florennes et celle de Kleine –Brogel, où je vous fiche mon billet qu’on mettra le successeur du F-16. » Luc Gennart approuve, chiffres à l’appui : « Le plan d’investissement en infrastructures prévoyait, pour la période 2011-2015, un engagement de quatre millions d’euros à Florennes contre vingt-deux à Kleine-Brogel, sans réelle justification. »

L’autre tendance lourde, c’est le rapprochement avec les Pays-Bas. La marine est logiquement la plus impactée par cette orientation. Les synergies entre les composantes Mer des deux pays ne cessent de s’intensifier et convergent pour l’essentiel vers Den Helder, la plus grande base navale hollandaise, où les frégates belges sont désormais entretenues et où les officiers de marine (y compris francophones) se forment, en néerlandais bien sûr. Mais le phénomène gagne aussi les autres composantes : des accords belgo-néerlandais portent sur diverses formations, telles qu’artilleur de campagne ou contrôleur aérien avancé. Quant aux futurs cadres de l’état-major supérieur, ils font maintenant certaines de leurs classes à l’Instituut Defensie Leergangen de Breda. « On parle de flamandisation, mais moi je parlerais de hollandisation de l’armée. Certains rêvent d’une armée des plats pays et ils s’emploient à la faire exister. Elle est même déjà en marche », constate un gradé d’un bataillon d’infanterie.

Le « modèle hollandais »

L’influence du « modèle hollandais » se ressent également très fort à la police fédérale, comme l’explique un de ses dirigeants, commissaire divisionnaire : « Le réflexe, chez nous, c’est toujours de regarder ce qui se fait aux Pays-Bas, jamais en direction de la France ou d’autres pays qui ont une approche différente de l’organisation des services de police. » Pour ce dernier, la prééminence de la vision flamande (et de sa représentation) au niveau fédéral, tient pour partie à l’absence d’une véritable culture sécuritaire en Wallonie : « Même si ça évolue, du côté francophone, pour des raisons historiques et sociologiques, on s’est toujours soucié davantage du bien-être des gens que de leur sécurité. D’où, notamment, le désintérêt du monde politique francophone pour ces questions. »

(…) Mais sur quoi repose le « modèle hollandais » ? « Sur des théories de management, l’économie des coûts, le recours à la sécurité privée, l’externalisation des compétences, etc. Bref, la logique du moindre Etat à laquelle adhèrent les Flamands, singulièrement les nationalistes de la N-VA », insiste le commissaire divisionnaire. A contrario, la conception francophone est davantage attachée à la préservation de la puissance publique : « Nous considérons que les pouvoirs régaliens doivent rester l’apanage de fonctionnaires formés spécifiquement pour les exercer, qui ont prêté serment et sont soumis à des autorités publiques de contrôle. Ces deux visions de la sécurité s’affrontent, mais les Flamands parviennent à imposer la leur. Les francophones ont peu voix au chapitre et le centre de gravité décisionnel est au Nord. »

Voir aussi la page suivante :La flamandisation au quotidien

Les archives de « France Wallonie Bruxelles »

Numérisation, par Cédric Chopin, de la revue « France Wallonie Bruxelles », supplément bimestriel encarté dans le périodique « 4 millions 7 » de la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles. 

éditorial 4 Millions 7 sur FWB n° 1 / FWB n° 1 / FWB n° 2 / FWB n° 3 / FWB n° 4 / FWB n° 5 / FWB n° 6 / FWB n° 7 / FWB n° 8 / FWB n° 9 / FWB n° 10 / FWB n° 11 / FWB n° 12 / FWB n° 13 / FWB n° 14 / FWB n° 15 / FWB n° 16 / FWB n° 17 / FWB n° 18 / FWB n° 19 

En région PACA, la presse est aussi liégeoise

Nice-Matin« Après avoir racheté L’Avenir il y a deux ans et demi, et avoir acquis 11 % des parts de La Provence et de Corse Matin, la société Nethys va faire son entrée au capital de Nice-Matin, à hauteur de 20 %. Une opération dont le coût s’élève à 5 millions d’euros. Nethys, c’est le bras opérationnel de l’intercommunale Publifin (ex-Tecteo), et c’est Stéphane Moreau, le bourgmestre d’Ans, qui en est le CEO. »

C’est ce qu’on pouvait lire aujourd’hui dans le journal La Meuse. A la fois homme politique et businessman, Stéphane Moreau se sent pousser des ailes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le groupe Nethys ne compte en effet pas en rester là. L’information suivante est donnée par le quotidien économique français Les Echos :

« Nethys, dont l’ambition est de constituer un groupe de presse des quotidiens du grand sud-est, s’est engagé à apporter 10 millions d’euros en compte courant dans l’immédiat et à injecter 5 millions dans les 30 mois à venir sous la forme d’une prise de participation au capital de la SCIC en trois étapes, à 20 % dans un premier temps pour atteindre 51 % en 2018. Outre les synergies à trouver avec La Provence, cette offre présente l’avantage de préserver le patrimoine immobilier de Nice-Matin. »

Permettez un instant de nostalgie…

A l’exemple de ce qui se passe en France, M. Freddy Joris n’est jamais le dernier quand il est question de mettre en lumière le riche patrimoine wallon. Je transmets l’invitation qui suit avec émotion car mes grands-parents maternels étaient de nobles ouvriers qui ont travaillé à la renommée hélas passée de la merveilleuse industrie lainière verviétoise.

Paul D.

SAMEDI 14 MAI DE 10 A 16 H, OUVERTURE EXCEPTIONNELLE DE LA RESERVE DE MACHINES TEXTILES ET DE MACHINES A VAPEUR DU SOLVENT BELGE (145 rue de Limbourg). Pour la première fois depuis cinq ans, les anciennes machines textiles remontées patiemment par des passionnés depuis 2003 seront visibles de tous à l’occasion de la 4e journée « portes ouvertes » organisée par le Comité scientifique d’histoire de Verviers dans la réserve visitable où sont entreposées ces machines. Un véritable trésor d’archéologie industrielle à découvrir ou redécouvrir, ainsi que l’ensemble complet de machines à vapeur de 1899 présentes également au Solvent à l’endroit même où elles furent installées voici plus d’un siècle. Innovation cette fois avec la .présence de produits de la firme « DBD Wool » (couettes 100 % laine vierge), et la vente du livre de Thierry d’Huart sur Victor Besmes et les agrandissements de Verviers au XIXe siècle (paru en mars dernier). Bien entendu, entrée gratuite ! Merci de faire circuler l’information.

Photo de Freddy Joris.

Les prisons belges en 2016 : démission !

Que ferais-je si j’étais le ministre de la Justice Koen Geens face à la crise des prisons ?

Je démissionnerais illico !

La crise est trop grave et trop ancienne pour pouvoir être résorbée par un Ministre tombé presque fortuitement dans ce département ingérable, à la tête d’une Administration Pénitentiaire qu’il ne connaissait pas et qui est complètement dépassée.

Ses prédécesseurs ont fait l’expérience de leur impuissance à rénover le monde des prisons, aussi bien Laurette Onckelinckx, M.Verwilgen, S.Declercq, ou encore Annemie Turtelboom… 

Le problème n’est plus maitrisable :

Il est quantitatif : on est passé de 6.000 à plus de 12.000 détenus !

Il est qualitatif : certains détenus sont  traités de manière indigne !

Il est lié aux infrastructures, qu’il s’agisse de la vétusté des bâtiments existants, ou de l’aberration de certaines nouvelles constructions présentes ou à venir.

Le personnel pénitentiaire est à bout de souffle en raison de son insuffisance numérique et de conditions de travail éprouvantes, notamment au niveau des cadences et de la formation.

Les polices appelées à suppléer les carences du système pénitentiaire n’en sortent plus.

L’Etat belge, fréquemment condamné par les juridictions internationales, l’est et même désormais par les tribunaux nationaux qui lui imposent  des astreintes financières…

Financièrement, au niveau des finances publiques, le monde des prisons est un gouffre sans fin, avec un coût journalier de l’ordre de 200€ par détenu.

Les tribunaux d’exécution des peines, tant attendus, et qui ne connaissent que des condamnations à plus de trois ans, n’ont pas accéléré le cours des libérations conditionnelles, au contraire !

Le législateur tend à limiter encore les conditions de libération anticipée !

Durant la détention, les aides au reclassement sont insignifiantes, les services sociaux internes et externes étant complètement insuffisants, même en fin de peine, et il y a très peu d’aides réelles à la réinsertion !

Le placement de plus en plus systématique de bracelets électroniques, mesure très inégalitaire et difficilement supportée, est souvent irréfléchi et n’a d’autre but que d’éviter une incarcération faute de place en prison.

La politique de formation en prison est lamentable, aussi bien en matière d’alphabétisation que de formation professionnelle.

La réforme du statut des détenus qui relèvent de la défense sociale est reportée depuis des années, de nombreux malades mentaux continuant d’encombrer les établissements pénitentiaires.

Le sort réservé aux familles et aux proches des personnes détenues est souvent très pénible, surtout pour les enfants de détenus.

D’un point de vue sécuritaire, le taux de récidive des détenus libérés est extrêmement élevé.

L’émergence des peines alternatives à l’incarcération n’a pas permis de diminuer le volume annuel des incarcérations et a contribué à « étendre le filet » comme le présidaient les criminologues, sans « mordre » sur le nombre d’incarcérations…

La construction de nouveaux établissements n’est pas non plus une solution : plus y a des places, plus on incarcère. 

Le monde judiciaire – avocats et magistrats – n’est pas non plus sans responsabilités : malgré d’innombrables colloques plus savants  les uns que les autres, une sorte d’habitude de la prison s’est installée doucement.

Heureusement, des cris de révolte continuent de s’élever avec courage et obstination. Seront-ils enfin entendus ? Le silence des politiques reste assourdissant…

QUE FAIRE ?

Après la démission du Ministre de la Justice, il y a lieu de proclamer l’état d’urgence pénitentiaire.

Vu l’expérience particulièrement négative des années antérieures, il faut créer de nouvelles structures.

L’impasse complète dans laquelle se trouve le pouvoir fédéral  conduit à mettre à l’étude d’urgence la nécessaire régionalisation de la justice.

Il est normal que dans un état de plus en plus régionalisé la politique pénale, et notamment la politique des prisons, soit définie par le pouvoir le plus proche des gens, à savoir le pouvoir régional.

Deux pans importants de la politique pénale sont déjà transférés : la politique de l’aide à la jeunesse, volet très important, ainsi que  les Maisons de Justice et l’Aide sociale aux détenus, secteurs tout aussi considérables.

Il serait utile de créer à bref délai un conseil supérieur régional de la justice pénale, organe composé de matière interdisciplinaire réunissant les meilleurs spécialistes ; ils sont nombreux, mais ne sont plus consultés depuis longtemps ! Le temps n’est plus où les criminologues belges étaient connus, et reconnus, dans le monde entier ! Il faut réinventer les choses. Et il faut le faire de manière internationale, et spécialement avec les européens confrontés aux mêmes problèmes que les nôtres : une réflexion avec la France serait plus que jamais nécessaire, en s’inspirant de deux « modèles » :

– le contre-exemple américain, qui apparait comme absolument détestable…

– l’exemple scandinave, qui montre le bon chemin : un politique nouvelle, basée sur une réinsertion sociale véritable, avec soutien actif de la population, et des résultats très positifs en matière de lutte contre la récidive. En outre, les coûts de ce système sont nettement inférieurs aux nôtres.

Vu l’urgence de la situation, un commissaire spécial à la réforme pénitentiaire devrait être désigné dans chaque région, avec une petite équipe, dont la mission serait très clairement de réduire de moitié la population pénitentiaire actuelle en s’inspirant des critères suivants :

– la dangerosité sociale et la sécurité publique ;

la diminution de la durée de la détention de condamnés à de longues peines présentant plus  de danger social ;

– la transmutation de peines d’emprisonnement en des peines alternatives pour des détenus non-dangereux : travaux d’intérêt général, obligation de thérapies, obligation de formation professionnelle ;

            Il va de soi que cette politique de remise en liberté accompagnée ne  s’adresserait pas aux détenus dangereux : usage d’armes, enlèvements, trafiquants, pervers sexuels avérés, violents récidivistes…

D’autres mesures sont à envisager :

– la politique des parquets en matière de mises à l’instruction : une prolongation du délai de garde à vue à 48 heures, comme en France, pourrait paradoxalement réduire le nombre de détentions préventives s’il y a moins de mises à l’instruction en urgence et souvent sans analyse approfondie;

la délivrance des billets d’écrou devrait se faire sous le contrôle des magistrats, et en concertation avec les services sociaux en vue d’établir, s’il y a lieu, un plan de détention réaliste, ou une alternative à la détention;

– la détention purement cellulaire devrait laisser la place, en prison, à des activités de type communautaire et de formation.

Ainsi, la définition traditionnelle de la peine de prison pourra être redéfinie : elle ne sera plus seulement ce  « mal infligé par la justice répressive en guise de punition d’un acte que la loi défend »  mais un moyen complémentaire d’insertion sociale, la prison étant à considérer comme  remède ultime à défaut d’autre possibilité de remédiation psycho-sociale.

C’est d’un véritable choix de société qu’il s’agit.

Le temps des colloques sur l’avenir de la prison est révolu !

A défaut de l’annonce rapide  par le gouvernement actuel d’une réforme  en profondeur de la politique pénitentiaire et de la situation des prisons, il ne nous resterait  qu’à souffler sur les braises de la révolte en cours…

Et à prendre acte, en ce secteur crucial, comme dans tant  d’autres,  de la faillite de l’Etat Belge.

Georges-Henry SIMONIS

Magistrat honoraire,

Administrateur de l’AWF (Charleroi)

Liège se métamorphose avec la France

Ilotopie.jpegMétamorphoses. A Liège, c’est le mot du jour. « Liège est une ville qui se défait et se refait sans jamais se lasser », écrivait l’historien Jules Michelet. « Le caractère le plus fixe de Liège, à coup sûr, c’était le mouvement. » Cette vitalité, reconnaissons-le, ne l’a pas toujours servie mais, en dépit de ses errements, de ses oublis, de ses découragements, la voilà qui se relève et se découvre à nouveau belle et prête à croire en ses promesses. A nouveau, dans la lumière du printemps revenu, c’est naturellement vers la France qu’elle se tourne pour se remettre à exister, car il y a des liens dont la permanence est le fil de notre histoire, comme autant de racines indispensables à la vie. Avec son inspiration toute romantique, Michelet rendait cet hommage à la ville de Liège: « L’historien de la France doit au peuple qui la servit tant, de sa vie et de sa mort, de dire une fois ce que fut ce peuple, de lui restituer (s’il pouvait !) sa vie historique. Ce peuple au reste, c’était la France encore, c’était nous-mêmes. Le sang versé, ce fut notre sang… Liège et Dinant, notre brave petite France de Meuse, aventurée si loin de nous dans ces rudes Marches d’Allemagne, serrée et étouffée dans un cercle ennemi de princes d’Empire, regardait toujours vers la France. »

Bien entendu, Liège, si française, est une main tendue vers le monde germanique. La géographie, autant que l’histoire, en fait un trait d’union naturel entre l’Allemagne et la France. Pour revenir à aujourd’hui, le programme des Métamorphoses est disponible sur le site de l’organisateur. Voici comment il est présenté par le journal La Meuse :

Métamorphoses

Francophonie, où t’es, où t’es…?

L’AWF, partenaire de l’opération « Communes wallonnes pour la langue française » initiées par l’Ambassadeur Albert Salon, souscrit totalement au désappointement du secrétaire d’Etat à la francophonie André Vallini.

Nous faisons néanmoins une différence entre une chanson dont le refrain est en anglais parce qu’il faut séduire un public qui n’est pas français, et une reprise en anglais d’une chanson bien connue du groupe Kiss pour des supporters français de l’équipe de France de football (sachant que la compétition aura lieu en France).

Lu sur le site de Paris Match :

Le représentant de la France à l’Eurovision doit-il chanter en français ? L’un des éternels débats entourant le concours de chants européens a été relancé lundi par André Vallini dans un communiqué. Le secrétaire d’Etat à la francophonie ne semble pas du tout apprécier que des paroles dans la langue de Shakespeare se soient glissées dans la chanson qui sera défendue par le porte-drapeau de la France Amir « J’ai cherché ». Il ne goûte pas plus chanson des bleusle choix de « I was made for lovin’ you, my team », reprise du groupe Kiss interprétée par Skip The Use, comme choix d’hymne officiel de l’équipe de France pour l’Euro de football qui se déroulera dans quelques semaines en France. Un choix « consternant et inacceptable », a-t-il écrit sur Twitter.

« Au moment où nous défendons la place du français dans les institutions internationales et notamment européennes, au moment où nous mobilisons tous nos moyens pour son rayonnement dans le monde, au moment où nous nous efforçons de répondre à l’appétence pour le français dans nos instituts sur les cinq continents, il est incompréhensible que lors de deux grands événements populaires, la langue française baisse pavillon ! De grâce, ne marquons pas contre notre camp! », s’est insurgé le secrétaire d’Etat.

“J’ai cherché” favorite des fans de l’Eurovision

Eurovision-La-chanson-d-Amir-ne-plait-pas-a-tout-le-mondeConcernant la chanson de l’ancien candidat de « The Voice », seul le refrain est en anglais. Et ses paroles bilingues semblent séduire les fans de l’Eurovision qui, selon un sondage a été placée à la première place, largement devant la Russie et l’Australie. Reste à savoir si le public aura le même engouement pour le morceau le 14 mai à Stockholm.

La Belgique près de défaillir ?

L’état de la Belgique inquiète ses voisins. Correspondant du journal Libération à Bruxelles, Jean Quatremer n’est pas le moins alarmiste. Nous reproduisons ici son texte qui n’a pas échappé à la presse francophone.

Métro, aéroport, réseau téléphonique… De la remise en route des infrastructures à leur Jean Quatremerentretien au quotidien, les attentats ont révélé une déliquescence de l’Etat central, déchiré par plus de cinquante ans de luttes entre Flamands et Wallons.   

 La Belgique près de défaillir ? 

La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population. Les attentats du 22 mars ont fait éclater la bulle de déni dans laquelle le pays se complaisait depuis longtemps. La déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone, est apparue au grand jour lorsque les Belges et le monde entier ont découvert, à la suite des tueries du 13 Novembre à Paris, qu’il avait laissé se développer, au cœur de sa capitale, mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques.

Le couvre-feu imposé à Bruxelles durant presque une semaine, fin novembre, par des autorités publiques totalement paniquées, a mis en évidence la déraison d’Etat belge, aucune explication rationnelle n’ayant été fournie à ce jour à ce lockdown sans précédent qui a coûté 0,1 % de son PIB au royaume. Mais ce sont surtout les attentats de Bruxelles et leurs suites qui ont achevé la relative indifférence des habitants pour la chose publique. Les Belges ont découvert coup sur coup que la planque de Salah Abdeslam (arrêté vivant à 500 mètres de son domicile familial après 4 mois de traque) était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines (Flandre), qui n’a pas jugé utile de transmettre l’information, et que le terroriste n’a été interrogé que deux petites heures après son arrestation, le 18 mars, chacun s’employant à faire savoir qu’il balançait ses complices, qui se sont empressés de se faire exploser quatre jours plus tard… Pis : il est apparu que le gouvernement fédéral avait délibérément ignoré des rapports de la Commission européenne pointant les graves insuffisances en matière de sécurité de l’aéroport, ce qui a conduit la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant, à démissionner.

Depuis, la gabegie non seulement n’a pas cessé, mais s’est amplifiée : aucune reprise en main, aucun sursaut d’unité nationale à l’image de la «marche blanche» qui avait suivi l’arrestation de Dutroux en 1996. La sidération semble avoir emporté ce qui restait de l’Etat, celui-ci multipliant les décisions sans queue ni tête au point de mettre en péril l’économie de la capitale et du pays. Ainsi, un mois plus tard, sans que l’on sache exactement pourquoi, l’aéroport de Bruxelles, poumon du pays, n’est que partiellement opérationnel, alors que seul le hall d’accueil a été touché, les autorités conseillant même de venir la veille de son vol pour s’enregistrer. Bruxelles-National n’est à nouveau desservi par train que depuis lundi, bien que la gare n’ait pas été touchée, sans que personne n’en fournisse la raison. De même, le métro est resté très perturbé jusqu’à lundi (fermeture de la moitié des stations, interruption du trafic à 19 heures, puis à 22 heures, accès aux stations limités à une ou deux bouches) par «mesure de sécurité», ce qui a poussé les gens à s’agglutiner pour entrer ou à s’entasser dans les tramways et les bus, qui sont pourtant autant de cibles potentielles. Dans cette ambiance délétère, les policiers de l’aéroport ont réussi à se mettre en grève une semaine après les attentats, suivis par les transporteurs routiers, qui ont pendant plusieurs jours bloqué les routes belges pour protester contre la vignette routière, et, pour faire bonne mesure, par les contrôleurs aériens… Et que dire de l’impossibilité d’utiliser un téléphone portable le jour des attentats (y compris pour les services de secours), le réseau étant tombé en rade sans que, encore une fois, on ne sache pourquoi.

Il aurait été dommage de s’arrêter en si bon chemin. Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, du parti indépendantiste flamand N-VA, première formation du pays, a rappelé au monde entier qu’il avait des racines d’extrême droite mal digérées. Après avoir comparé ingénument les terroristes islamistes aux Juifs qui «sont parvenus à rester quatre ans dans la clandestinité et ce, malgré le fait qu’un régime effrayant les recherchait de manière continue» pour justifier l’impotence de sa police, il a affirmé sans lombre d’une preuve qu’une «partie significative de la communauté musulmane avait dansé à l’occasion des attentats», mettant à mal les tentatives de renouer les liens entre les communautés. Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de «souche» et ceux issus de l’immigration.

L’impotence de l’Etat et de ses nombreuses subdivisions est aussi apparue au grand jour, sur un mode moins dramatique mais aussi douloureux sur le plan économique, lorsqu’une partie des tunnels et viaducs, legs du tout-voiture des années 50-80 qui a défiguré Bruxelles et menace de s’effondrer, a dû être fermée à partir de la fin du mois de janvier faute d’argent pour les entretenir. L’état de délabrement avancé d’une capitale détestée tant par la Flandre, qui lui reproche de ne pas parler le flamand, que par la Wallonie, centrée sur ses provinces, est alors apparu comme un symbole des maux belges. Une capitale qui est aussi celle de l’Union, à son grand désespoir. Et que dire des centrales nucléaires du pays qui coalisent les voisins, de plus en plus inquiets des conséquences d’un «Tchernobyl-sur-Meuse». Pour l’instant, la seule réponse de l’«Etat» belge est d’envisager de distribuer des pilules d’iode à ses citoyens…

Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’Etat, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales ? Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. De là à le qualifier de failed state («Etat en déliquescence»), il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi, y compris en Belgique, ce qui est totalement nouveau.

Mais le personnel politique refuse d’en tirer la moindre leçon : la N-VA, principal membre de la majorité au pouvoir, qui a perdu des points dans les sondages au profit de l’extrême droite du Vlaams Belang, vient ainsi de durcir le ton. Contre toute évidence, ses responsables affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde