La Belgique des plats pays

« La Flandre envahie par les Wallons », peut-on lire aujourd’hui sur nos écrans. Que voilà un titre accrocheur et troublant. Celui-ci renvoie à une information donnée par l’agence Belga : « Pour la 1ère fois, plus de Wallons se sont installés en Flandre que l’inverse ». On espère que l’armée ne sera pas réquisitionnée pour refouler les indésirables.

Plus sérieusement, il faudrait peut-être oublier les journées de septembre 1830 et se demander si Philippe de Belgique, Willem-Alexander des Pays-Bas et Henri de Luxembourg ne devraient pas se Paris-Matchfondre en une seule personne. Il semble en effet que la Belgique penche de plus en plus vers la Flandre et les Pays-Bas. Retour au Congrès de Vienne, en somme, ou aux dix-sept provinces de Charles Quint, avec l’ancienne principauté de Liège en cadeau. Rien de vraiment neuf mais la confirmation d’une tendance lourde. Pour l’édition belge du Paris-Match, le journaliste Frédéric Loore a mené l’enquête sur la façon dont la Flandre, à travers ses élus, ses dirigeants, renforce sa mainmise sur l’Etat belge qu’elle entend réduire à ses intérêts. En douze pages, le constat est accablant.

Morceau choisi :

« L’armée des plats pays est en marche »

La maîtrise insuffisante du néerlandais est invoquée de façon récurrente pour justifier le fait que certaines fonctions nécessairement bilingues demeurent inaccessibles aux francophones. Le problème existe, mais il semble de moins en moins persistant, à l’armée comme ailleurs. Notamment à la police fédérale, où « l’évolution est significative, de plus en plus de francophones sont volontaires pour apprendre le néerlandais. Beaucoup passent les tests de sélection et les réussissent. En revanche, de moins en moins de néerlandophones se présentent à ces mêmes tests, ou bien ils ne font tout simplement plus l’effort de parler le français », certifie un flic de premier rang. A la Défense, le bilinguisme approximatif des francophones serait même franchement surestimé, voire utilisé pour les écarter arbitrairement. « Au moment où je suis sorti, nous étions cinq candidats au grade supérieur (commandant, major, lieutenant-colonel, général) à être soulignés (connaissance la plus élevée de la deuxième langue, NDLR). Au final, aucun d’entre nous n’a été promu, alors que des Flamands non soulignés l’ont été », témoigne l’ex-colonel Gennart. Comment l’expliquer ? Il est pratiquement impossible de savoir ce qui se trame à l’intérieur des comités de sélection à l’heure du choix. En tout état de cause, les néerlandophones obtiennent régulièrement les meilleurs résultats. « Je peux vous dire qu’en matière d’exigence linguistique, les examinateurs francophones sont toujours plus conciliants vis-à-vis des candidats flamands. Par contre, l’inverse n’est pas vrai », concède un militaire qui fait passer ces tests. « D’autres critères que la langue sont pris en compte », précise Luc Gennart, « mais ces comités, c’est de toute manière le fait du prince : les délibérations sont secrètes et les examinateurs n’ont pas à justifier leurs nominations. Les candidats non retenus peuvent introduire un recours, mais alors ils sont grillés pour la suite de leur carrière. »

La « flamandisation » de la grande muette s’observe également au travers du glissement vers le Nord des centres de décision, des infrastructures et des investissements. Un rapide décompte fixe d’ailleurs à dix le nombre de quartiers militaires importants installés en Flandre, contre seulement trois à Bruxelles et quatre en Wallonie. Un officier résume : « Les états-majors de bon nombre d’unités sont désormais basés en Flandre ; la disparité des investissements entre la brigade médiane de Bourg-Léopold et la légère de Marche-en-Famenne est criante ; pareillement entre la base aérienne de Florennes et celle de Kleine –Brogel, où je vous fiche mon billet qu’on mettra le successeur du F-16. » Luc Gennart approuve, chiffres à l’appui : « Le plan d’investissement en infrastructures prévoyait, pour la période 2011-2015, un engagement de quatre millions d’euros à Florennes contre vingt-deux à Kleine-Brogel, sans réelle justification. »

L’autre tendance lourde, c’est le rapprochement avec les Pays-Bas. La marine est logiquement la plus impactée par cette orientation. Les synergies entre les composantes Mer des deux pays ne cessent de s’intensifier et convergent pour l’essentiel vers Den Helder, la plus grande base navale hollandaise, où les frégates belges sont désormais entretenues et où les officiers de marine (y compris francophones) se forment, en néerlandais bien sûr. Mais le phénomène gagne aussi les autres composantes : des accords belgo-néerlandais portent sur diverses formations, telles qu’artilleur de campagne ou contrôleur aérien avancé. Quant aux futurs cadres de l’état-major supérieur, ils font maintenant certaines de leurs classes à l’Instituut Defensie Leergangen de Breda. « On parle de flamandisation, mais moi je parlerais de hollandisation de l’armée. Certains rêvent d’une armée des plats pays et ils s’emploient à la faire exister. Elle est même déjà en marche », constate un gradé d’un bataillon d’infanterie.

Le « modèle hollandais »

L’influence du « modèle hollandais » se ressent également très fort à la police fédérale, comme l’explique un de ses dirigeants, commissaire divisionnaire : « Le réflexe, chez nous, c’est toujours de regarder ce qui se fait aux Pays-Bas, jamais en direction de la France ou d’autres pays qui ont une approche différente de l’organisation des services de police. » Pour ce dernier, la prééminence de la vision flamande (et de sa représentation) au niveau fédéral, tient pour partie à l’absence d’une véritable culture sécuritaire en Wallonie : « Même si ça évolue, du côté francophone, pour des raisons historiques et sociologiques, on s’est toujours soucié davantage du bien-être des gens que de leur sécurité. D’où, notamment, le désintérêt du monde politique francophone pour ces questions. »

(…) Mais sur quoi repose le « modèle hollandais » ? « Sur des théories de management, l’économie des coûts, le recours à la sécurité privée, l’externalisation des compétences, etc. Bref, la logique du moindre Etat à laquelle adhèrent les Flamands, singulièrement les nationalistes de la N-VA », insiste le commissaire divisionnaire. A contrario, la conception francophone est davantage attachée à la préservation de la puissance publique : « Nous considérons que les pouvoirs régaliens doivent rester l’apanage de fonctionnaires formés spécifiquement pour les exercer, qui ont prêté serment et sont soumis à des autorités publiques de contrôle. Ces deux visions de la sécurité s’affrontent, mais les Flamands parviennent à imposer la leur. Les francophones ont peu voix au chapitre et le centre de gravité décisionnel est au Nord. »

Voir aussi la page suivante :La flamandisation au quotidien

5 réflexions sur « La Belgique des plats pays »

  1. Sincères condoléances aux divers postulants qui se voient floués dans leur avancement mais les révoltes débutent toujours par les brimades de ceux qui se pensaient à l’abri du système.
    Qui viendra encore dire ou écrire, Le Soir sans doute, que les Hollandais n’aiment pas les Flamands ? Qu’ils relisent l’Histoire des Provinces-Unies et la cruelle séparation au 16é siècle.

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  2. Qu’on en finisse et vite alors!!!!!! Ca devient aberrant! Nous n’avons pratiquement plus rien en commun. Quand on veut bosser pour la SNCB, faut absolument être bilingue pour entrer (même si vous viendrez qu’à circuler sur le territoire wallon). Tout cela ne serait pas si on dépendait de la SNCF. Les flamands se dotent de belles autoroutes et infrastructures routières pendant que nous, on roule sur des routes et autoroutes de misères. On doit payer pour la télévision, alors que les flamands ne payent plus cette redevance depuis belle lurette, et ce dans un soi-disant même pays pour des soi-disant même citoyens!
    Si les flamands ne sont pas sûrs pour voler de leurs propres ailes (une Flandre indépendante formant une république), alors qu’ils rejoignent les Pays-Bas pour une nouvelle région, qui je suis sûr, les accueilleront bras ouverts.
    Et nous Wallons, allons vers la France, notre seule véritable patrie!!! Qui elle, nous accueillera aussi, j’en suis certain!

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    1. Doit-on rappeler à certains que nos routes en mauvais état sont le fait de la Wallonie et de ses finances ? Je ne vois pas trop ce qu’une alliance avec la France viendrait y changer. Economiquement, nos voisins du Sud représentent une catastrophe dans le pragmatisme économique et une incurie de la classe politique qui vaut bien la nôtre.
      C’est bien vers les Pays-Bas que nous devrions nous tourner pour y chercher nos modèles de fonctionnement et l’efficacité qui nous manque. Même les Allemands parlent du « modèle hollandais », c’est dire ! Si la France était un exemple d’efficacité, ça se saurait.

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      1. « Le modèle économique hollandais » semble plaire parce qu’il introduit en Europe une conception anglo-saxonne des « petits boulots » mal payés qui plaisent énormément aux patrons allemands. L’ Allemagne a perdu son bon sens social issu de l’après-guerre; elle a rejoint hypocritement le monde des exploiteurs. En France ( troisième puissance économique européenne) , la population active tente de sauvegarder un équilibre entre un patronat rêvant d’imposer brutalement les méthodes anglo-saxonnes et un monde politique qui, comme en Belgium, trahit le peuple par étapes au nom des « valeurs européennes ». Non seulement, Melrose , vivre comme citoyens de seconde zone aux sein des Pays- Bas ne vous apporterait ni bonheur économique ni bonheur de vivre. Relisez donc les causes, concernant les Wallons, de la révolte en 1830. Si les Flamands se réservent actuellement une majorité de « bonnes places », les Hollandais ne vous en laisseront aucune !
        Avant de choisir, pensez plutôt à l’avenir infernal que votre choix réserverait à vos enfants et descendants.

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      2. @Melrose

        Vous ne devez pas circuler beaucoup sur les routes et surtout autoroutes françaises pour réagir ainsi. Alors ok, ils sont pas éclairés (mais ça, à la limite, on s’en fout!!!) mais alors, point du vue revêtement, aires de repos, et infrastructures (restos, hôtels, station service), entre le réseau routier français et le wallon, c’est le jour et la nuit. Y a qu’à voir ce qu’on est en train de réaliser pour se rendre de Charleroi vers les Ardennes françaises (par Couvin, Rocroi) pour rejoindre Reims (A34) pour une autre alternative au trajet Bruxelles-Namur-Arlon-Metz-Nancy-Dijon etc… En Belgique: toujours rien, néant, nada (à part le contournement de Couvin qui avance péniblement), côté français: la construction de l’A304 (qui devrait être opérationnel courant 2017). La voilà la différence!!!
        Sinon, nous rattacher aux Pays-Bas (pour continuer avec le flamand, devrais-je dire le néerlandais), j’y vois pas l’intérêt. Alors dans ce cas, autant rester comme actuellement.
        La France, c’est le choix du retour au bercail. Culturellement et linguistiquement parlant, c’est le choix qu’il faudrait faire. La France, malgré la crise depuis 2008, ne s’en sort pas si mal que cela. Comparez le taux de chômage en Wallonie et en France (sans s’y rajouter le taux flamand) et vous verrez…
        Et personnellement, devenir français, si c’est pas avec la Wallonie (rattachisme-réunionisme), je le ferai, un jour ou l’autre, tout seul (par mon mariage avec une française depuis 2012 et puis en allant vivre en France dans sa région, plus tard…).

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