« La langue française est mon seul pays »

Bals populaires, marché typiquement gaulois et énorme feu d’artifice animent cette célébration de la 14 juilletfête nationale française. À Liège, ce 14/07/16 !

La plus francophile des villes belges met à l’honneur la France ! Cette fête est en importance la 2ème manifestation liégeoise, juste après les fêtes du 15 août en Outremeuse.

Manifestations toute la journée et feu d’artifice à 22h.

C’est ainsi que le 14 juillet est présenté comme un événement liégeois sur le site www.belgique-tourisme.be.

Capitale francophile d’une principauté ecclésiastique dépendant du Saint-Empire, Liège, en 1789, a suivi Paris dans sa révolution. Fin des privilèges et déclaration des droits de l’homme ont tout de suite inspiré la population liégeoise. Avec la fuite du prince-évêque, au milieu du mois d’août, la révolution s’est imposée à Liège sans violence. On a aussitôt parlé d’une révolution heureuse. Il n’est donc pas étonnant que les Liégeois s’associent à la célébration du 14 juillet, mais le choix d’en faire un événement de la vie liégeoise est plus tardif.

 Ce choix remonte à 1937, et non à 1944, date à laquelle les organisateurs de l’événement font systématiquement référence. En oubliant les années d’avant-guerre, on occulte une dimension politique jugée d’autant plus dérangeante aujourd’hui que la Belgique, à laquelle s’accroche une majorité de Liégeois, se désagrège inexorablement. Pour plus de détails, nous renvoyons à notre article écrit en 2012 : Liège fête le 14 juillet depuis 75 ans…

Quoi qu’il en soit, cette année, à Liège, le 14 juillet sera particulier. Tradition respectée mais une ouverture internationale en plus. Après avoir accueilli un Forum mondial de la langue française en juillet 2015, la ville de Liège, géographiquement très proche du monde germanique, avec lequel elle a de nombreux échanges, hisse à nouveau bien haut le drapeau de la francophonie en réunissant, ce 14 juillet, des professeurs de français venus de tous les continents.

Dans un monde de plus en plus connecté, l’appartenance à un espace culturel et linguistique est loin d’être anecdotique. « La langue française est mon seul pays, le seul lieu où j’habite », a écrit Jean-Marie Gustave Le Clézio, faisant écho à Albert Camus, dont la « patrie » était « la langue française ». Avec ces deux prix Nobel de littérature, ouverts sur l’universel, nous proclamons notre attachement à la langue française.

Présentation du Congrès mondial des professeurs de français sur le site du petit journal :

français langue ardenteC’est la ville de Liège, en Belgique, qui accueillera du 14 au 21 juillet 2016 le prochain congrès mondial des professeurs de français. Ce congrès aura pour thème : “Le français, langue ardente”.

Organisé tous les 4 ans par la Fédération Internationale des Professeurs de Français – FIPF – ce congrès réunit les professeurs de français de tous les pays ainsi que les partenaires professionnels et institutionnels qui apportent leur appui à l’enseignement du français dans le monde.

Chaque congrès réunit 1000 à 1500 participants qui trouvent là l’occasion de se rencontrer pour échanger leurs expériences, renouveler leurs pratiques pédagogiques, actualiser leur formation pédagogique, et se ressourcer auprès de leurs collègues de tous les pays.

Le congrès de Liège abordera principalement la question cruciale de la place et du rôle du français dans l’environnement culturel, social, intellectuel, économique et professionnel d’aujourd’hui et de demain. Place et rôle appelés à faire l’objet de nouvelles analyses et de nouvelles initiatives, au regard des profondes mutations en cours dans le monde.

Composé de 9 symposiums thématiques – centrés sur le français langue première, seconde ou étrangère – et de plusieurs ateliers « Jeunes chercheurs » et « Formation continuée », le programme du Congrès traduira ces grandes lignes de force.

Liège, “Cité ardente”

Connue au Moyen Âge comme l’”Athènes du Nord”, la plus septentrionale des villes francophones est aussi une des plus latines par le caractère de ses habitants et une des plus françaises par le cœur.

Carrefour interculturel, Liège est aussi un creuset culturel et touristique, riche d’un passé prestigieux, dont elle garde de nombreuses traces patrimoniales, architecturales et artistiques. Liège reste cependant une ville jeune, grâce notamment aux dizaines de milliers d’étudiants qu’elle accueille.

Voir aussi le site consacré à cet événement : http://liege2016.fipf.org/cms/le-congres/.

La Flandre maintient le cap

Le football a occupé l’espace médiatique pendant un mois. Cela nous a distraits de la politique et, plus largement, de la réalité. Revenons maintenant sur les discours officiels prononcés à l’occasion de la fête de la Communauté flamande. Ils révèlent une vision de l’histoire et de l’avenir qui ne devrait pas laisser indifférents les citoyens wallons.

Voici l’information donnée par le site de la RTBF :

Ce lundi 11 juillet, la Fête de la Communauté flamande a démarré avec une cérémonie officielle à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, et le traditionnel discours du président du Parlement flamand Jan Peumans (N-VA), ponctué de l’hymne flamand, « De Vlaamse Leeuw ».

Vlaamse feestdagDans son discours, Jan Peumans a mis l’accent sur la collaboration entre la Flandre et les Pays-Bas, revenant notamment sur leur passé commun et affirmant que « quand la conscience flamande se réveilla après la deuxième guerre mondiale et mena à une émancipation politique dans les années 1960 et 1970, c’est tout naturellement que les regards se tournèrent vers les Pays-Bas ». Il a également évoqué l' »exemple culturel » néerlandais, mais aussi les missions économiques conjointes de la Flandre et des Pays-Bas, et a plaidé pour que la Flandre puisse avoir sa propre diplomatie économique.

« Certains esprits ne sont pas mûrs pour cette collaboration »

« Dans la Belgique fédérale, certains esprits ne se sont toutefois pas mûrs pour cette collaboration et il est à craindre qu’ils ne le soient jamais » a ajouté le président du Parlement flamand. « L’élite belge, mais aussi flamande, s’est malheureusement investie beaucoup dans les bonnes relations avec notre voisine du sud, la France, et beaucoup trop peu avec nos voisins du nord, les Pays-Bas ».

Pire encore, le Fédéral freine cette relation, selon Jan Peumans, qui rappelle l’échec du rapprochement entre bpost et post.nl, dû à une crainte contre-productive « dans certains cercles fédéraux ». Et de répéter que la politique extérieure de la Flandre reste « lourdement contrainte par la diplomatie fédérale ».

Avec Geert Bourgeois, la N-VA appelle à une nouvelle réforme de l’État

Le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA), lui, n’a pas attendu le Jour J pour s’exprimer et créer la polémique. Évoquant les grèves dans le sud du pays, il a déclaré dimanche sur VTM que la frontière linguistique était « devenue aussi une frontière de la grève, et les Flamands crachent sur cela ». Des propos qui ont donné lieu, hier et aujourd’hui, à une pluie de critiques et à une désapprobation du Premier ministre Charles Michel (MR).

Plus tard dans la journée de dimanche, Geert Bourgeois a appelé de ses vœux, dans son discours à Courtrai, une nouvelle révision de la Constitution, confirmant ainsi qu’une nouvelle réforme de l’État serait le message central de sa campagne électorale pour 2019. « Le fossé entre la politique flamande et la politique wallonne se creuse une nouvelle fois », a-t-il déclaré, avant de conclure que « la Belgique reste un pays avec deux démocraties, deux cultures politiques, un pays fait de deux pays ».

Charles Michel: « pas de relance de réforme (institutionnelle) avant 2019 »

Avant la cérémonie officielle de ce lundi, le Premier ministre Charles Michel a assuré qu’il « veillait », en tant que Premier ministre, à ce qu’il n’y ait « pas de relance de réforme (institutionnelle) avant 2019, avant que les citoyens se soient prononcés dans le cadre des élections ». Il a en revanche dit comprendre qu’il existe des réflexions, « dans les partis francophones comme flamands », sur l’avenir institutionnel.

L’ancien sénateur CD&V et actuel recteur de la KULeuven Rik Torfs était l’invité de Matin Première ce lundi matin. Au-delà de la polémique suscitée par les propos de Geert Bourgeois, il souligne « qu’il vaut mieux regarder le fond de la discussion. Et là il y a un nouveau clivage qui lentement semble se former. Car les grèves ont laissé voir un fossé assez important entre les mentalités des deux côtés de la frontière linguistique. »

La Belgique à l’heure du foot

La nouvelle a déjà mis la Belgique en émoi. Zut, fourt, verdomme, Jan Vertonghen est blessé. Forfait. Plusieurs semaines en dehors des terrains. Quant à Eden Hazard, il a repris l’entraînement mais on ne sait pas s’il est à 100 %. On s’inquiète. L’espoir de vivre un grand Eden Hazardmoment de joie collective passe évidemment par une victoire sur le pays de Galles. Inutile de parler d’autre chose. L’actualité se résume à la préparation du match de demain.

Puisque tout ramène à ça, même les élus de la N-VA se présentent comme des supporters ordinaires des Diables rouges (lien). Ils ne vont pas bouder la victoire, bien sûr, mais que ne serait pas leur émotion si, comme ils l’annonçaient en 2014, la Flandre avait dès à présent son équipe de football qui chanterait le Vlaamse Leeuw ? Bart De Wever, qui, en cyclisme, a réussi à déménager le tour de Flandre à Anvers, doit ruminer sa frustration en pensant que le club de sa ville a formé Toby Alderweireld, Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Radja Nainggolan et Moussa Dembelé.  Même les frères Lukaku sont nés à Anvers. Avec Kevin De Bruyne le Gantois, Thibault Courtois le Limbourgeois, Dries Mertens le Louvaniste, l’équipe au lion noir pourrait faire exister la Flandre en Europe et dans le monde.

Evidemment, il y a quelques Diables rouges nés en région bruxelloise : Vincent Kompany, Marouane Fellaini, Yannick Carrasco, Michy Batshuayi… Peut-être un peu court pour former une équipe nationale de Bruxelles-Capitale. Quant aux  trois Wallons qui figurent aujourd’hui dans le onze de base de Marc Wilmots, ils ne seraient pas malheureux d’enfiler la vareuse de l’équipe de France, si les circonstances leur en donnaient l’occasion. Axel Witsel, le Liégeois dont le père est martiniquais, n’a jamais caché que son idole était Thierry Henry. Thomas Meunier, l’Ardennais qui jouera l’année prochaine au PSG, s’est lui fait connaître à l’Excelsior Virton, un club frontalier où l’on chante la Marseillaise pour encourager ses joueurs. Eden Hazard, le très Frenchie capitaine des Diables rouges, s’est très tôt lié au club de Lille, où, selon les mots du journal L’Equipe, il a laissé un souvenir impérissable. Rappel de ce parcours par un responsable du club français : « Nous l’avons suivi pendant deux saisons. Il était benjamin. Sa famille souhaitait qu’il accomplisse sa formation en France et y poursuive sa scolarité. Son papa avait évalué que c’était le meilleur endroit pour qu’il s’y épanouisse. » (lien)

Qui sait, on peut faire la fête aux Diables rouges aujourd’hui et se découvrir de nouvelles couleurs dans un avenir proche. En 1976, la Tchécoslovaquie a remporté le trophée, rien de moins, en réalisant l’exploit de vaincre les Pays-Bas de Johan Cruyff et puis les Allemands de Franz Beckenbauer, mais dès que le rideau de fer est tombé, le pays s’est coupé en deux.

Lu sur le site du journal Le Soir :

Diables rouges: « S’ils sont éliminés, les gens passeront vite à autre chose »

Un bel exemple de supportérisme national, c’est le cas des Diables rouges. Quelle est l’explication de cet engouement pour la sélection belge ?

C’est extrêmement récent, et ça s’explique principalement par la réussite sportive. Et ça durera tant qu’on aura des bons résultats.

La vision des Diables rouges est-elle la même au sud et au nord du pays ?

Nous sommes dans un moment où on se sent belge, ce qui est vraiment très rare. Mais je ne pense pas, en effet, qu’on voie les choses de la même façon. D’aucuns, au sud du pays, espère que le foot aura une influence sur la situation politique du pays. Les Diables rouges sont un peu convoqués comme des sauveurs. Il y a une énorme naïveté là-dedans. Ce discours est même dangereux pour les francophones. Si on dit nous-mêmes que le sort de ce pays est dans les pieds d’un gamin de vingt ans, alors on dit que Bart De Wever a raison. Parce qu’implicitement, on reconnaîtrait que la Belgique n’existe plus. C’est un argument boomerang qui peut nous revenir dans la figure.

Il y a quand même aussi de l’engouement en Flandre, non ?

Il faut bien constater qu’il n’y a plus eu autant de drapeaux belges en Flandre depuis la Libération. Des dizaines de milliers de jeunes Flamands chantent la « Brabançonne » et sont habillés aux couleurs nationales. Ce n’est pas neutre de se dire que la marque Belgique vous donne du plaisir. Je ne suis donc pas en train de dire que ça ne change rien en Flandre. Ce sont peut-être des éléments qui joueront dans leurs rapports avec la Belgique, mais c’est à voir dans les cinq ou dix ans qui viennent. Je pense, toutefois, qu’au nord, on voit beaucoup plus une Belgique qui réussit, des jeunes qui réussissent, et même de bons jeunes immigrés qui réussissent parce qu’ils s’enrichissent et qu’ils s’exportent.

Pour beaucoup de supporters, le parcours des Diables semble avant tout être une occasion pour faire la fête…

Cela correspond très fort à notre culture conviviale et au pays de carnaval que nous sommes. Tous ces écrans géants sont également très locaux, dans les villages, les quartiers. La Belgique est un pays de municipalités. On se retrouve ensemble pour boire des bières, et si les Diables rouges sont éliminés, la majorité des gens passera vite à autre chose.

Est-ce que le phénomène « Diables rouges », ce n’est pas surtout un super-coup de marketing ?

Il y a évidemment beaucoup d’argent en jeu. Sans le marketing derrière, le produit «Diables rouges» ne se serait pas vendu comme ça. On peut certainement dire que c’est une compétition parrainée par une marque de bière qui paie des jeunes millionnaires pour faire un spectacle. C’est une partie de la réalité. A côté de ça, ce sont des joueurs talentueux et brillants, qui ont réussi à s’imposer dans un univers très compétitif.

La politique belge à l’heure du Brexit

Lu sur le site de la RTBF :

De WeverBrexit: pour Bart De Wever, un référendum écossais serait un précédent intéressant

Le président de la N-VA, Bart De Wever ne doute pas que l’Ecosse organisera un référendum sur son maintien dans la Grande-Bretagne après le choix britannique de sortir de l’Union européenne. Le nationaliste flamand y voit un « précédent intéressant ».

Vendredi, la première ministre écossaise a annoncé que les conditions qui avaient présidé au referendum de 2014, lors duquel les Ecossais avaient choisi de rester dans le Royaume-Uni, étaient fondamentalement modifiées et que la question d’une nouvelle consultation était sur la table, l’Ecosse ayant majoritairement voté en faveur du maintien dans l’UE.

« Je pense que les Ecossais le feront et qu’ils gagneront, et que le Royaume-Uni n’aura pas seulement dissous l’Union européenne mais se sera aussi dissous lui-même », a expliqué M. De Wever sur le plateau de l’émission « De Zevende Dag » (VRT).

Le président du premier parti de Belgique ne voit pas d’un bon œil l’organisation d’une consultation sur l’UE en Belgique (que seul propose jusqu’à présent le Vlaams Belang). Il n’est d’ailleurs pas un chaud partisan des référendums.

« Cela me paraît être une idée stupide. Je suis d’ailleurs contre les référendums. Soumettre des questions compliquées aux gens sous la forme de oui ou non, je ne pense pas que ce soit intelligent. Car on a des gens qui votent pour des tas de raisons, souvent plus avec le cœur qu’avec la tête. Et ensuite, il faut réparer les dégâts. »

Dès vendredi, les jeunes N-VA ont appelé à l’indépendance de la Flandre sur Twitter. « Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne. Quand la Flandre quitte-t-elle la Belgique ? », ont-ils demandé en comparant les transferts de la Grande-Bretagne vers l’UE et ceux, selon leurs calculs, de la Flandre vers la Wallonie.

« S’ils veulent quitter, qu’ils quittent. Il n’y a pas de problème. Entre Wallons et Bruxellois, on s’en sortira très bien », a répliqué le ministre-président wallon, Paul Magnette (PS) sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche » (RTL-TVi), avant d’insister sur le caractère illusoire d’un Belxit: 8 Flamands sur 10 disent vouloir rester en Belgique.

Ils l’ont fait

Alea jacta est. Les dés sont jetés. The die is cast. Il ne semble pas que l’Angleterre soit moins démocratique aujourd’hui qu’hier. Dès lors, si les Anglais ont choisi de rompre avec leurs partenaires européens, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça les regarde. Et tant pis si cela ne plaît pas à tout le monde.BrexitEvidemment, la presse est en ébullition, it is democracy. Au-delà du devoir d’informer, il y a le droit fondamental d’exprimer sa colère ou son désappointement. 

A la une de l’Obs, le réquisitoire est sans nuance. « Les pères fondateurs de l’Europe avaient raison : les nations triomphantes des années 1815-1914 étaient bien mortes, putréfiées sur les charniers de la première puis de la deuxième guerre mondiale. Après soixante ans de convergence européenne, aussi maladroites furent-elle, ces idéologies foncièrement xénophobes n’ont aucune chance de ressusciter. A l’heure de l’humanité connectée, les individus se rattachent à d’autres communautés. Un londonien partage plus de valeurs et de communauté de destin avec un parisien, un milanais, un berlinois ou un new-yorkais qu’avec un agriculteur du Devonshire. Un étudiant de Glasgow préfère rencontrer ses semblables de Séville, Athènes ou Copenhague… C’est là, le véritable sens de la pensée de Churchill qui préférait le « grand large » au « Continent ».  En optant pour le Brexit, la majorité des électeurs anglais ont détourné leur regard du vaste horizon. Leurs frontières renferment trop de rancœurs et de nostalgies. »

Goodness me ! Voilà un propos bien polémique, avec sa part de vérité mais aussi de mauvaise foi. Cette façon de parler des Etats-nations, chargés de tous les vices et de tous les crimes, est pour le moins discutable. Churchill était un souverainiste, attaché à la grandeur de l’Empire britannique et, s’il a plaidé pour une réconciliation rapide entre la France et l’Allemagne après avoir incarné la résistance à l’Allemagne nazie, c’est parce qu’il lui fallait désormais neutraliser l’Union soviétique. En bon sujet de sa majesté, ce grand aristocrate a pratiqué une politique d’équilibre en Europe, ce qui n’enlève rien à son mérite, puisqu’il a rendu possible une victoire de la démocratie, en Europe et au-delà.

Reste à voir ce qu’il reste aujourd’hui de l’impérialisme anglo-saxon, cet appel du « grand large » auquel on peut associer le processus accéléré de la mondialisation des affaires: la politique au service de l’économie, l’économie au service de la finance, la finance au service des plus riches… On ne voudrait pas caricaturer l’idéologie qui sous-tend l’édito de l’Obs mais peut-être est-il malvenu de rejeter avec mépris la solidarité nationale et la sanction d’un vote populaire, alors que l’Obs se présente volontiers comme un « hebdomadaire français de gauche ».

L’idée d’organiser un référendum était stupide, lit-on un peu partout dans la presse. On veut bien mais soulignons quand même combien le projet européen est lié aux valeurs de la démocratie. Si la démocratie est un pari sur l’intelligence du « peuple », ou des « citoyens », il faut bien constater que ce pari de l’intelligence et de la participation répugne à beaucoup de responsables, et d’abord à ceux qui pilotent l’Union européenne. En soi, c’est déjà interpellant, surtout si cela paraît tellement naturel qu’on n’y prend plus garde. On a beau se prévaloir de la souveraineté populaire ou nationale, on ne craint pas de mépriser les sans-grades. Et tant pis si les attentes du plus grand nombre ont été déçues, voire trompées. Quand on fréquente les allées du pouvoir, il est proprement inconcevable de prendre ses ordres auprès des gens simples et sans ressources.

A ce jeu-là, s’il se trouve un opportuniste ou un véritable ennemi de la démocratie pour récupérer la voix des mécontents, des frustrés, des losers du grand chambardement planétaire, il ne reste plus qu’à le dénoncer car, c’est une évidence, il est dangereux de manipuler tous ces gens qui n’y comprennent rien, ces gens qui, tels des hooligans, nous font voir ce qu’il y a de repoussant chez l’être humain. L’histoire est convoquée pour condamner l’horreur. Cette ligne de défense, qui se veut autant rationnelle que morale, a pourtant ses limites. On n’en finit plus de répéter que la fracture est profonde entre les majorités plus ou moins silencieuses et les élites mondialisées. Force est de constater que la confiance est au plus bas dans l’opinion publique. Cela devrait suffire pour réagir autrement que par des anathèmes. Il y a là, pour la démocratie et, plus largement, pour la cohésion sociale, un défi que certains, apparemment, refusent de prendre en compte.

Ce sont les mêmes qui disent qu’il faut voir les crises comme des opportunités. Alors, puisque le Brexit crée une situation de crise, il y a certainement quelque chose à repenser dans le projet européen. Ce qui est certain, c’est que la Wallonie, aux portes de Bruxelles, est un trait d’union entre la France et l’Allemagne, et que c’est par là que les choses ont commencé. A présent que le centre de gravité de l’UE n’est plus tout à fait le même, il faut espérer que la France contribue à lancer une nouvelle dynamique. Et arrive à faire bouger les lignes.

Dans le Figaro, voici comment Jean-Pierre Chevènement réagit au Brexit : « Cette décision courageuse du peuple britannique est une chance offerte à l’Europe de repartir sur des bases nouvelles: la démocratie, les nations, l’idée européenne ne souffre pas de l’expression démocratique d’un grand peuple. Ce sont les technocrates de Bruxelles qui doivent se remettre en cause. Quand Donald Tusk, le président du Conseil européen, parle de « fin de la civilisation », ce sont des propos ridicules. Il faut garder tout son sang-froid, traiter le peuple britannique avec les égards qui lui sont dus. Le peuple britannique est un grand peuple, ami de la France. L’intérêt de l’Europe est de négocier les accords commerciaux qui permettront le maintien du marché unique. C’est l’intérêt de l’Europe et de la Grande-Bretagne. Cette négociation doit se dérouler sur la base des intérêts communs. Il n’y a pas le feu à la Manche. Les marchés se corrigeront et les banques centrales y aideront ».

L’aventure va-t-elle continuer ?

Nous ne pensons pas ici à la grande épopée des Diables rouges mais au principal enjeu de cette semaine : le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne. On prédit le pire en cas de « Brexit ». Cela produirait une sorte de cataclysme dont l’économie mondiale se relèverait difficilement. La première à sombrer serait l’Angleterre et, au-delà, la Belgique ou, plutôt, la Flandre, avec des effets certains sur la cohésion de la Belgique, d’autant plus que l’Ecosse se pose à nouveau la question de son indépendance.

Plus mesuré, l’économiste Paul De Grauwe, qui fut un parlementaire Open VLD et enseigne à la London School of Economics, résume ainsi les effets d’un éventuel Brexit dans La Libre Belgique de ce week-end : « Cela aura un impact, c’est clair. Si le Royaume-Uni connaît une brexitrécession, ce sera négatif pour les exportations. La livre sterling va aussi diminuer, ce qui sera positif pour les exportations anglaises, mais négatif pour celles de l’UE. Mais donner des chiffres sur cet impact, c’est de la pure fiction et ce n’est pas sérieux. »

L’enjeu n’est pas seulement rationnel et le débat politique est pris dans les tensions qui traversent la société britannique. Paul De Grauwe s’en désole, sans même évoquer l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox : « Des deux côtés, on lance des discours détachés de la réalité et des mensonges. C’est plus extrême du côté des partisans du Brexit. Par exemple, on dit que le fait d’être dans l’union européenne coûte plus de 300 millions de livres sterling par semaine pour la Grande-Bretagne. C’est faux : les transferts nets ne sont que de 130 millions. Pour certains, 80 millions de Turcs vont aussi débarquer sur le sol anglais. Les partisans du maintien jouent aussi la carte de la peur en disant que ce sera la catastrophe pour les Britanniques s’ils sortent de l’UE. »

Selon Paul De Grauwe (qui, répétons-le, enseigne à la London School of Economics), un repli britannique ne serait pas du tout une catastrophe. Se démarquant du discours dominant, il n’hésite pas à lancer « Que les Britanniques s’en aillent, on aura moins d’ennuis », « On n’a aucun intérêt à avoir une union de pays qui sont hostiles à l’UE ». Ce point de vue, il l’a déjà défendu pas mal de fois, notamment sur le site Socialeurope.eu, en février passé : « Ceux qui croient qu’un referendum tranchera définitivement la question se trompent. Supposons que le camp du Brexit soit battu et que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne. Cela ne réduira pas leur ambition de rendre au Royaume-Uni sa pleine souveraineté. Se rendant compte qu’ils ne peuvent pas quitter l’Union européenne, les partisans du Brexit changeront de stratégie pour réaliser leur objectif d’en revenir au pouvoir de Westminster. Ce sera une stratégie du cheval de Troie. Cela impliquera de travailler de l’intérieur pour miner l’Union européenne… L’objectif des ennemis britanniques de l’UE sera une lente déconstruction de l’Union… On peut rétorquer que, ayant perdu le référendum, le camp du Brexit perdra de l’influence. C’est loin d’être certain. »

Connu pour son engagement européen, nommé en 2001 à la tête de la Convention chargée de rédiger un traité constitutionnel pour l’Europe, Valéry Giscard d’Estaing ne semble pas non plus s’émouvoir d’un possible départ des Anglais. Il s’exprime ainsi sur le site d’informations Atlantico.fr :

« Cette affaire du Brexit est très liée à la psychologie britannique. Les Britanniques n’ont jamais été convaincus de l’intérêt de l’Union européenne. Donc, ils peuvent très bien décider d’en sortir. Ils n’ont jamais eu de considérations particulières pour les Européens continentaux. Ils ne nous considèrent pas comme des gens très sérieux, et très performants. A leurs yeux, nous sommes de piètres managers. Ils pensent, en plus, que l’Europe leur apparait très difficile à gérer, que Bruxelles est une énorme bureaucratie, ce qui n’est pas totalement faux.

Mais ce que les Anglais ne disent pas, c’est qu’ils ont eux-mêmes rendu le fonctionnement de l‘Union européenne très difficile. Ils ont sans cesse demandé des exemptions d‘obligations et des régimes d’exception qu’on leur a d’ailleurs accordés. Plus grave, les Britanniques ont été les agents les plus actifs d’un élargissement sans réformes de gouvernance. J’ajoute que ce sont eux qui ressortent en permanence le projet d’admission de la Turquie.

Ils ont donc une perception très critique de l’Europe qu’ils ont contribué à alourdir dans son fonctionnement et cette perception très critique les pousse aujourd’hui à souhaiter partir. 

(…) Pour beaucoup, le Brexit ouvre la porte sur l’inconnu, d’où l’inquiétude des marchés, mais en réalité, on entrera dans une période un peu compliquée de négociations bilatérales entre la Grande-Bretagne et les partenaires…

(…) Il faut absolument qu’au lendemain du référendum britannique, quel que soit le résultat, des Européens prennent l’initiative de renégocier les traités qui organisent la gouvernance de cette Europe. A 28 ou 29, c’est impossible. Il faut commencer par réorganiser la zone euro… Je pense que l’initiative doit venir d’une démarche commune entre la France et l’Allemagne.

J’ai toujours pensé que le président Hollande aurait dû, dès le lendemain de son élection, proposer à Mme Merkel une renégociation de l’organisation de l’Union européenne. Elle aurait accepté. La présidence française a fait une erreur stratégique que l’on paie très cher aujourd’hui.

Il faudrait donc, au lendemain du referendum, reprendre cette idée pour reconstruire autour du noyau dur que constituent la France et l’Allemagne, une zone euro beaucoup plus intégrée.»

Au pays de la frontière linguistique

UNE DES PLUS IMPORTANTES MINORITÉS LINGUISTIQUES D’EUROPE BAFOUÉE PAR L’ÉTAT (BELGO)FLAMAND

LouisNisseLOUIS NISSE

Après réception de l’avis de la Commission européenne pour le droit (dite Commission de Venise), l’Assemblée avait formulé la conclusion suivante : « Au niveau régional […] la Commission considère que les francophones de la région de langue néerlandaise […] peuvent être considérés comme une minorité au sens de la Convention-cadre. […] Les autorités belges devraient considérer comme une priorité la signature et la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, ainsi que la ratification du Protocole n° 12 de la Convention européenne des droits de l’homme. » Or, les gouvernements successifs, dominés par les Flamands, refusent toute ratification.

Les Flamands francophones natifs, ces Lys de Flandre, forment la minorité linguistique de loin la plus nombreuse de Belgique et une des plus importantes d’Europe. Cette minorité séculaire – elle remonte au moyen âge –, sa simple évocation fait frémir de peur et écumer de rage les Flamands les plus complexés.

Ces quelque 310 000 francophones ne sont pourtant plus ni rétifs ni hostiles au néerlandais, qu’ils parlent couramment pour la plupart et qu’ils utilisent pour s’adresser à leurs concitoyens néerlandophones, comme de juste. Ils forment 5% de la population flamande, soit autant, en nombres relatif et absolu, que la population finlandaise de langue suédoise, qui, elle est protégée, comme le sont les 5% de Flamands de Bruxelles. Et malgré tout, les francophones de Flandre ne sont pas en régression, comme le montre CÉLINE PRÉAUX1. Pourtant leur existence même est niée ; ils sont bafoués dans leurs droits, menacés, persécutés.

Tout subside leur est interdit, l’accès aux centres culturels leur est fermé, ils ne peuvent s’exprimer dans leur langue dans les circonstances officielles, leurs bibliothèques sont clandestines. Bien sûr, ils n’ont pas droit à un enseignement en français. (La Flandre refuse même d’ouvrir des classes d’immersion.) Lorsque, naguère, à Gand, Bruges, Ostende, Ypres, Courtrai, Roulers, Louvain, Anvers, ils organisaient une simple conférence d’Exploration du Monde, les abords de la salle devaient être protégés par des chevaux de frise et la gendarmerie. En 1994, il y eut des blessés. Par crainte de représailles, ils ont dû renoncer à toute manifestation publique, ces Francophones des catacombes.

Ils doivent taire leur appartenance sous peine de coups, d’insultes, de discrimination à l’embauche ou d’échec à certains concours et examens. Des prêtres leur refusent l’enterrement en français… On a été jusqu’à poser des bombes dans les journaux francophones de Flandre. Certains ont peur, au point de refuser de témoigner pour une recherche scientifique. Cela explique pourquoi il n’y a pas de véritables études sur les francophones de Flandre, à part celle, récente, de CÉLINE PRÉAUX1.

Au nom de cette minorité francophone bafouée et persécutée, dans le silence assourdissant des médias, EDGAR FONCK m’adresse ce communiqué de presse. Ayez à cœur de le répercuter.

1Céline Préaux, qui a fait ses études secondaires en néerlandais pour bien apprendre la langue, est licenciée en histoire de l’Université Libre de Bruxelles. Sa thèse de doctorat, qui compare le sort des francophones de Flandre à celui des anglophones du Québec, a nourri son essai, La fin de la Flandre belge (édition Avant-propos, Bruxelles, 2011). La fin de la Flandre belge, c’est-à-dire de la Flandre ouverte à la langue française. Napoléon donna un coup de pouce involontaire à la prise de conscience nationale des Russes et des Allemands. Leurs élites qui parlaient français depuis plus d’un siècle rentrèrent dans le rang. Les nationalistes flamands mirent cent ans de plus. « Le mythe fondateur de la Flandre s’est mis en place avec l’identification d’un ennemi commun qui est le francophone. Désormais, c’est la Flandre avant tout. La vision de la Flandre est avant tout ethnique et c’est assez négatif », confie Céline Préaux à La Libre du 17/04/2012.

COMMUNIQUE DE PRESSE

ONU: La Belgique se discrédite sur la question des minorités nationales

Bruxelles, De Haan, Dilbeek, Fourons, Leeuw-Saint-Pierre et Zaventem, le 22 juin 2016 – Lors de son deuxième Examen périodique universel (EPU), organisé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en janvier dernier, la Belgique avait laissé en suspens 35 recommandations, dont les recommandations de la Suisse et de la Hongrie de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales.

« La Flandre qui ne veut à aucun prix entendre parler de minorité francophone sur son territoire, conduit la Belgique à se discréditer sur la scène internationale! «  Telle est la conclusion de la Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) (1) regroupant six associations représentatives des 310.000 francophones de Flandre, en ce compris la périphérie de Bruxelles et l’entité des Fourons, après avoir pris connaissance de l’addendum que la Belgique a fait parvenir à l’ONU en vue de l’adoption du rapport de l’EPU de notre pays ce 23 juin à Genève.

En effet, dans sa réponse, la Belgique dit entre autres ne pas pouvoir s’engager à mettre en œuvre les recommandations de la Suisse et de la Hongrie de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Assez étonnamment, la Belgique s’appuie dans son argumentation sur la double déclaration (2) formulée en 2001, à la demande de la Flandre, lors de la  signature de la convention-cadre. Ce n’est que récemment que la Belgique a qualifié explicitement cette double déclaration de « réserves » lesquelles, in casu, sont contraires au droit international.

Ces deux réserves concernent d’une part la primauté des dispositions internes sur la convention-cadre et d’autre part la nécessité préalable d’une définition de la notion de minorité nationale par la Conférence interministérielle de politique étrangère (CIPE). Elles n’ont, aujourd’hui, plus aucune raison d’être, compte tenu de l’adoption, en 2002, du rapport Nabholz et de la résolution 1301 par le Conseil de l’Europe.

Comme l’explique le président de l’ADHUM Eric Libert: « la première réserve a été contrée par la résolution 1301 du Conseil de l’Europe qui a expressément regretté que les autorités belges aient jugé nécessaire d’accompagner cette signature d’une réserve à ce point large qu’elle risquait de priver d’effet la plupart des dispositions de la convention, ce qui constituerait une violation de la convention de Vienne sur le droit des traités qui interdit aux Etats d’accompagner la ratification d’une convention de réserves la vidant de son sens ».

Quant à la seconde réserve, « les travaux de la CIPE, qui n’ont jamais abouti, sont rendus inutiles par la même résolution 1301 qui, s’appuyant sur la Commission de Venise, a non seulement défini la notion de minorité nationale mais également désigné les minorités nationales à protéger en Belgique. A savoir, notamment, la population francophone établie en Région flamande et la population néerlandophone établie en Région de langue française ».

Sur ce point, la position de l’ONU (3) est également très claire: « La reconnaissance du statut de minorité ne relève pas de la seule décision de l’État. Conformément à l’interprétation authentique faite par le Comité des droits de l’homme de l’ONU, l’existence de minorités doit être établie selon des critères objectifs. Tout doit être fait pour garantir le respect du principe d’auto-identification ». Et de préciser: « Les États doivent recueillir des données ventilées (…), y compris dans le cadre des recensements nationaux. (…) Ces données permettent de mieux appréhender l’importance numérique et la situation des minorités. (…) Ces données doivent se fonder principalement sur l’auto-identification, et la société civile et les groupes minoritaires doivent être associés à l’ensemble du processus ».

La Belgique n’aurait-elle pas été mieux inspirée en répondant tout simplement à l’ONU que la Flandre avait écrit noir sur blanc dans son accord de Gouvernement qu’elle ne ratifiera pas la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales? Et que, ce faisant, la Flandre tente de bloquer tout processus de ratification…

(1) La Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) regroupe l’Action Fouronnaise, l’Association culturelle de Dilbeek (ACD), l’Association de Promotion des Droits Humains et des Minorités (ADHUM), l’Association francophone de Leeuw-Saint-Pierre, l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre (APFF) et Citoyens de Zaventem.

(2) « Le Royaume de Belgique déclare que la Convention-cadre s’applique sans préjudice des dispositions, garanties ou principes constitutionnels et sans préjudice des normes législatives qui régissent actuellement l’emploi des langues. Le Royaume de Belgique déclare que la notion de minorité nationale sera définie par la conférence interministérielle de politique étrangère. »

(3) Recommandations formulées par le Forum sur les questions relatives aux minorités du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, vingt-huitième session, A/HRC/28/77 §10 et 24.

Contact presse: Edgar FONCK Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) Spreeuwenlaan 12, B-8420 De Haan, Belgique tél.:  +32(0)59.23.77.01, portable:  +32(0)479.35.50.54, courriel: edgar.fonck@francophonie.be site: http://www.francophonie.be/caff.

Retour à la Paix de Fexhe

Le changement s’appuie volontiers sur le passé que le présent revisite à sa guise. En 1789, c’est en brandissant la Paix de Fexhe que les Liégeois, allumés par la révolution française, ont bousculé le pouvoir de leur prince-évêque. Ce texte de 1316 était resté dans la mémoire collective comme une charte constitutionnelle légitimant les revendications populaires. En réalité, les enjeux n’étaient plus tout à fait les mêmes en 1789; la bourgeoisie liégeoise allait Fextivitésbientôt mettre fin aux corporations de métier qui avaient bénéficié de la Paix de Fexhe et, après l’intervention de l’armée autrichienne et le retour du prince-évêque, c’est de la France révolutionnaire que le peuple attendit la réalisation de ses aspirations démocratiques.

En 2016, le 700e anniversaire de la Paix de Fexhe est une invitation à mettre à l’honneur nos libertés. La citoyenneté figure au cœur des festivités organisées à cette occasion par la Province de Liège. Pour en savoir plus, consulter le site www.paix-de-fexhe.com.

Le spectre de la crise financière

« Il manque 343 millions pour financer l’enseignement supérieur à l’horizon 2024, met en garde Jean-Paul Lambert, ancien recteur de l’Université Saint-Louis mercredi dans les colonnes du Soir. »

Est-il besoin de rappeler que l’argent conduit le monde et qu’un pouvoir désargenté est un pouvoir fragilisé ?

Gouverner c’est prévoir. Certes, le temps de la politique est souvent raccourci par les échéances électorales. Il se peut que les élus, même en s’élevant vers les sommets du pouvoir, manquent cruellement de hauteur. Reconnaissons toutefois que certains d’entre eux, plus visionnaires, ont su faire à temps des choix qui se sont révélés décisifs, parce qu’ils ont ouvert des perspectives de développement là où l’inertie aurait précipité le déclin. Gageons que nos dirigeants sont toujours mieux informés que nous-mêmes, qu’ils sont abreuvés de chiffres et que l’idée d’inscrire la Wallonie dans l’espace français fait son chemin dans leur esprit.

Quoi qu’il en soit, une démocratie ne fonctionne pas seulement avec des élus. Les responsabilités sont collectives. Il faut donc répéter ce qu’en principe, on n’a plus le droit d’ignorer en Wallonie : on peut remodeler la Belgique autant qu’on veut, l’équilibre est impossible à atteindre. L’évolution de la Wallonie vers une plus grande autonomie financière est une fuite en avant dangereuse, elle augmente en réalité le risque d’une plus grande dépendance économique et politique à l’égard d’une nation flamande qui nous est de plus en plus étrangère et poursuit ses propres objectifs.

Gagner du temps, c’est parfois le réflexe ou le calcul de ceux qui poussent et repoussent les problèmes hors de leur champ de vision. Mais le temps lui-même a un prix. Sinon celui de l’aggravation des problèmes, du moins celui du compromis, tant qu’il restera possible, en fonction du rapport de force et des priorités des uns et des autres, plus ou moins symboliques ou financières. Il ne faut plus compter sur la Flandre pour équilibrer les comptes publics. Quant à la sécurité sociale, dont on se plaît à répéter qu’elle est le dernier véritable ciment de l’Etat belge, on peut déjà voir qu’elle s’effrite, et ce ne sont pas les mouvements sociaux actuels qui vont consolider l’édifice. On imagine ce que cette agitation sociale pourrait donner dans une Wallonie plus autonome et asséchée financièrement.

La Flandre occupe l’essentiel du pouvoir en Belgique. Elle décide et elle observe. Dans le Vif/L’express de ce vendredi, un chroniqueur de Knack  fait le constat suivant : « Les actions dans le sud du pays nuisent surtout à la société wallonne. Entre-temps, on travaille en Flandre. Le nord et le sud s’éloignent encore plus. Sur le plan socio-économico-financier, nous sommes déjà une confédération. » Dans son texte, il fait référence aux chiffres de notre ami Jules Gazon. Ceux-ci deviennent un élément de la réflexion politique. Il ne suffira pas d’une orgie de football, ni même d’une fête prolongée aux Diables rouges, pour gommer la réalité des chiffres. On en revient à la seule vérité qui soit vraiment déterminante : celle de l’argent. Le risque de l’étranglement existe, même dans un contexte économiquement stable, ce qui n’est déjà pas garanti.

Bref, revenons à l’information de départ, concernant le financement de nos universités. La voici, telle que résumée sur le site du Vif/L’Express :

« M. Lambert parle d’un définancement structurel du supérieur qui pourra nuire à terme à la bonne performance et réputation du système francophone. « Je tire le signal d’alarme : si on ne veut pas voir les courbes s’inverser, il faut refinancer massivement le secteur. Jean-Claude Marcourt vient de faire un premier effort de 10 millions en 2016 et promet 41 millions dans trois ans, il fait ce qu’il peut avec les moyens actuels, mais ça ne suffira pas », déclare-t-il dans le quotidien.

Selon ses estimations, les universités n’auront pas assez avec 41 millions d’euros d’ici 2019 pour garder la tête hors de l’eau face à la croissance ininterrompue d’étudiants, mais nécessitent 100 millions. Pour corriger le définancement structurel en quatre législatures, 142 millions sont nécessaires en 2019 et 343 millions en 2024, estime encore M. Lambert dans le journal Le Soir. » (G.R.)

L’analyse de Jules Gazon dans le Trends

Jules Gazon nous livre ci-dessous une analyse d’économiste. Cela veut-il dire que la Wallonie manque d’atouts ? Certainement pas ! J’en relèverai quelques-uns parmi d’autres :

  • la Wallonie gagne en thérapie cellulaire, en composites pour l’avion propre, en logistique;
  • la Wallonie est reconnue pour son excellence, nous sommes un district européen créatif;make wallonia 2
  • la Wallonie occupe une position géopolitique incomparable qui pourrait induire de grands travaux d’infrastructure comme la liaison fluviale Dunkerque-Bassin parisien-Bassin du Rhin avec ouverture vers le bassin du Danube et toute l’Europe de l’est;
  • la Wallonie est riche d’une main-d’œuvre qualifiée au talent reconnu et il en va de même dans le domaine culturel : nos artistes sont appréciés dans le monde de la francophonie et en France particulièrement;
  • la Wallonie permettrait à la France de réduire le différentiel qui la sépare de l’Allemagne et d’atteindre ainsi 70 millions de citoyens, ce qui ne serait pas sans effet sur un rééquilibrage de son influence en Europe;
  • la Wallonie jouit d’un patrimoine non négligeable qui s’intégrerait parfaitement dans celui de la France : l’accord signé entre le nouveau musée de Liège et le musée du Louvre en est une merveilleuse illustration;
  • la Wallonie peut être fière de ses infrastructures sociales, médicales (maisons médicales), de sa faculté vétérinaire et de ses hautes écoles ( infirmières, logopèdes, kinésithérapeutes …);
  • la Wallonie peut être fière de ses acquis en matière éthique et apporter là son expérience pour aider à pacifier des débats récurrents qui agitent la France…

trajectoires prospectivesRappelons aussi l’éditorial du quotidien « Le Soir » du 23 novembre 2013 intitulé « La Flandre veut-elle encore de la Belgique? ». Point d’ambiguïté dans la compréhension de la question sur la sécurité sociale  posée aux citoyens flamands (« Etes-vous pour ou contre sa scission? ») : POUR, répondent froidement 55 % des Flamands. Ces chiffres avaient le mérite de la clarté. Il serait suicidaire pour les Wallons de balayer ce résultat d’un revers de la main.

Paul D.

« Une Wallonie autonome, c’est la Grèce de 2009 »

02/06/16 à 12:16 – Mise à jour à 12:29

Source: Trends-Tendances 

Le jour où la Wallonie ne pourra plus compter sur la solidarité de la Flandre, ses dépenses publiques devront diminuer d’un quart, estime l’économiste de l’ULg Jules Gazon. Une Wallonie autonome ferait face à un déficit budgétaire aussi grand que celui de la Grèce en 2009.

Jules Gazon, professeur émérite en économie à l’Université de Liège, estime que les dépenses publiques wallonnes devront diminuer d’un quart si la Région ne peut plus compter sur la solidarité de la Flandre. Il a fait connaître ses chiffres la semaine dernière, lors d’un colloque à l’occasion du cinquantième anniversaire du Centre de coordination des organisations flamandes (Overlegcentrum van Vlaamse Verenigingen – OVV). Gazon était l’un des intervenants, aux côtés notamment du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

Outre le déficit public wallon, Gazon a ventilé le solde primaire fédéral – les recettes moins les dépenses sans les charges d’intérêt – régionalement. Cela revient à une sorte de régionalisation des comptes nationaux. Ensuite, il a divisé les intérêts de la dette publique entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles sur base du poids des Régions dans le PIB.

Sur base de cette clé de répartition, la Wallonie ferait face à un déficit budgétaire de 11,121 milliards d’euros, soit 12,37% du PIB. Gazon: « Une situation explosive. Le hasard veut que le déficit budgétaire d’une Wallonie indépendante serait comparable à celui de la Grèce au début de la crise de l’euro en 2009. Nous savons à quoi mène une telle chose: une hausse des intérêts sur la dette publique. Pour pouvoir rester dans la zone euro, la Wallonie devrait réaliser de vastes assainissements. »

« Du fait de la pression fiscale élevée déjà existante, des augmentations d’impôt seraient en réalité exclues », dit Gazon. « La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile. »

Immobilisme communautaire

Mais cela ne relève-t-il pas de l’utopie politique ? Le gouvernement fédéral opte pour un immobilisme communautaire. Il n’est plus question de scénario de scission. Si une nouvelle réforme de l’Etat arrivait, ce serait pour faire des pas dans la direction du confédéralisme. Cela conférerait une vaste autonomie aux Régions, mais il serait encore question d’une solidarité confédérale. Gazon n’est pas convaincu: « Une Belgique confédérale mettrait fin à la solidarité financière entre la Flandre et la Wallonie. Le Belgique deviendrait alors une enveloppe vide. »

Gazon voit l’éclatement du pays comme inévitable à terme. Dans l’intervalle, la Wallonie ne peut qu’essayer de réduire l’écart de richesse avec la Flandre. Selon Gazon, cet écart est beaucoup trop grand. Et il est une conséquence d’une politique économique wallonne néfaste.

L’économiste wallon a calculé que le PIB par habitant en Flandre est plus élevé de 37% par rapport à la Wallonie. La productivité flamande est 18% plus élevée et le taux d’activité de 16%.

Post-Belgique

Au cours de son exposé au colloque de l’OVV, Gazon a approfondi les scénarios possibles dans une perspective post-Belgique. Une Wallonie indépendante n’est selon lui pas viable économiquement parlant. Un scénario ‘wallo-bruxellois’, il le voit encore moins. Gazon: « Ils ne veulent rien savoir à Bruxelles. Et l’effort bruxellois pour aider à réduire le déficit budgétaire wallon serait insoutenable. »

Dans un scénario post-Belgique, Gazon ne voit qu’un seul avenir pour la Wallonie: le rattachement à la France. La seconde économie de la zone euro pourrait amortir le choc du rattachement de la Wallonie: « Le PIB français est après tout 4 fois plus grand que le wallon. Le déficit budgétaire wallon et la dette publique wallonne seraient proportionnellement divisés en quatre. »

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde