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Quand même !

On doit savoir qu’un Accord de coopération entre la Région wallonne et le Gouvernement de la République française, daté du 10 mai 2004, porte sur l’ensemble des compétences (présentes et à venir) exercées par la Wallonie.

Ainsi, la France est devenue, au moins virtuellement, la partenaire privilégié de la Wallonie.

Mais les autorités wallonnes sont très frileuses à l’idée de concrétiser cet accord par des mesures de collaboration réelle avec le pays dont la Wallonie est naturellement si proche.

Vu sur le site de la RTBF ce 15 septembre :

Nouvelle coopération Wallonie/Hauts-de-France

L’invité politique des fêtes de Wallonie, cette année, c’est la région voisine des Hauts-de-France. Ce samedi après-midi, Willy Borsus, le Ministre-Président wallon a accueilli à l’Elysette son homologue français, Xavier Bertrand. Les deux hommes ont signé une convention de partenariats.

Mobilité-Emploi-Environnement

Plusieurs domaines sont visés. Ils touchent en priorité au développement économique. La collaboration s’articule notamment sur l’aménagement du territoire et la mobilité : ce sont les dossiers de la liaison fluviale entre la Seine et l’Escaut et le désenvasement du canal Condé-Pommeroeul.

L’accord doit aussi permettre de coordonner des coopérations en matière d’emploi et de formation professionnelle.

Les deux régions se sont engagées à échanger des informations dans les domaines de l’énergie en regard de la lutte contre le réchauffement. Elles sont également censées se concerter pour la mise en œuvre de la Politique Agricole Commune.

Un bilan technique et politique de cette coopération sera dressé en septembre 2019.

Carl Defoy

La Wallonie doit retrouver de la fierté

L’éditorial du journal L’Echo de ce 7 septembre 2018, par Joan Condijts, Rédacteur en chef.

La Région wallonne est en train de renaître des cendres de ses bassins industriels, trop longtemps restés en friche. Mais pour tirer profit de leurs atouts, les Wallons doivent retrouver la fierté qui caractérisait leur âge d’or.

Le temps presse. En 2019 débutera la dernière législature pleine durant laquelle la solidarité interne au Royaume jouera. La décennie qui suivra cette échéance verra les transferts entre le Nord et le Sud du pays progressivement diminuer pour n’être plus, dans les années 30, qu’un vague souvenir… La Wallonie dispose donc de cinq bonnes années pour accélérer le mouvement. Non que rien n’ait été fait.

Depuis l’effondrement des grands bassins industriels qui faisaient et la fierté (on y reviendra) et la richesse de la région, après une période d’abattement et d’atermoiements compréhensibles, et à la faveur (sinon à cause) de la fédéralisation de l’État, la Wallonie s’est reprise. Les gouvernements régionaux ont successivement élaboré des plans de relance économique qui permettent de regarder le futur avec davantage d’optimisme que ne le permettaient les dernières années du siècle échu. Le taux de croissance de l’emploi au sein des PME, soit l’essentiel du tissu économique wallon, est supérieur à la moyenne nationale. Le taux de survie des entreprises est en croissance…

Le redressement est amorcé. Mais l’ampleur de la tâche est encore grande. Même s’il s’améliore, le taux de chômage demeure élevé et surtout préoccupant chez les jeunes (largement supérieur à 20%). Le nombre de PME par habitant se révèle également trop faible. Et parallèlement, le taux d’emplois publics reste à un niveau supérieur à la Flandre (environ 20% contre 15%).

La Wallonie dispose néanmoins d’atouts importants. L’espace notamment : plus de 2.000 friches industrielles représentant près de 4.000 hectares sont par exemple « mobilisables ». Des moyens aussi : les capitaux existent pour les projets prometteurs – même si les deniers publics sont surreprésentés.

Une chose essentielle manque cependant afin de transformer ce redémarrage en succès assuré. Un état d’esprit. Cette fierté évoquée plus haut, celle de créer, de briller, de grandir. Celle d’oser. Trop de timidité, trop de pusillanimité. Souvent. L’ambition d’innover, de réussir un projet n’imprègne pas suffisamment cette région qui présente pourtant des atouts certains.

Dans ce contexte, L’Echo veut apporter sa contribution à l’émergence d’une conscience entrepreneuriale plus forte, d’une ambiance plus propice à la créativité. C’est pourquoi, dès ce week-end, nous lançons une vague faite de rencontres avec ces entrepreneurs qui font bouger la Wallonie avant de partir à la découverte de pépites méconnues qui font rayonner la Région dans le monde. Surtout, nous avons demandé à un artiste de peindre sur la façade d’une usine carolorégienne désaffectée trois portraits de ces entrepreneurs (à voir sur http://www.lawallonieentreprend.be). Trois ambassadeurs de cette Wallonie en devenir qui émergent d’un symbole de cette Wallonie du passé. Un état d’esprit.

Quand MR et PS sont sur la même ligne

Personne n’ignore que je ne suis pas un sympathisant du MR. Toutefois, je suis totalement d’accord avec  le ministre wallon Crucke dans l’interview qu’il accorde à « La Libre » ce 10.06.18

1/ Il faut régionaliser l’enseignement : la communauté française est en « faillite », virtuelle aujourd’hui, réelle en 2025.

2/ Le  pacte d’excellence ne va rien résoudre, au contraire; il va diminuer la maîtrise des savoirs et creuser les inégalités.

3/ Il faut faire davantage confiance aux enseignants  et donc les consulter avant de mettre en œuvre cette réforme catastrophique.

Jules Jasselette,  Echevin  de l’instruction honoraire à la ville de Liège.

Interview du ministre wallon Jean-Luc Crucke

Une majorité avec le PS pourrait servir vos desseins régionalistes ?

Il y a des régionalistes dans tous les partis. Moi, je ne suis contre personne, mais à un moment donné, il faut dire les choses. Les provinces sont superflues, il faut le dire. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne permet pas de travailler de manière cohérente avec la Wallonie. Nous devons avoir tous les leviers de l’enseignement et de la formation. Et je ne crois pas que le pacte d’excellence va résoudre quoi que ce soit.

S’ils arrivent à le faire aboutir ?

Je ne suis pas certain. Ce dont nous avons besoin, c’est de faire confiance aux enseignants. Je vis avec une enseignante et ils en ont leur claque de cette manière de faire réforme sur réforme. Il faut faire confiance au corps enseignant.

Elever l’Institut Jules Destrée à un rang politique ?

Mais Bon Dieu, pourquoi les Wallons la joue-t-il toujours en mode mineur alors que les Flamands se mettent en valeur ? 

Rubens, Bruegel, van Eyck… Ces nouveaux ambassadeurs flamands, la fine fleur de la peinture flamande enrôlée pour trois ans sous la bannière d’une Flandre avide de se faire connaître au monde entier.

« Pas le temps de souffler. Le centenaire de la Grande Guerre achève de se commémorer que déjà la Flandre remonte au front. Après ses champs de bataille de 14-18, pleins feux sur les génies de sa peinture d’antan, à leur tour mobilisés sous les couleurs jaune et noire.

« L’affiche en jette. Pierre Paul Rubens superstar en 2018; Pieter Bruegel l’Ancien à l’honneur en 2019; Jan van Eyck célébré en 2020. La crème de l’art flamand du XVe  au XVIIe siècle, l’orgueil de toute une région, est de sortie à dater de fin mai. Une triple occasion était à saisir : la réouverture, à Anvers, d’un Musée royal des beaux-arts remis à neuf et voué à être le phare de la politique muséale flamande; le 450e anniversaire du décès de Bruegel l’Ancien en 1569; enfin le retour en grande pompe dans la cathédrale Saint-Bavon à Gand du célébrissime Agneau mystique restauré. » (Pierre Havaux Journaliste, 21/05/18, Vif)

Et quid du voisin wallon ? Au balcon (aujourd’hui c’est le Doudou…) !

D’accord, pour 1918, Charleroi et Liège se préparent mais qu’en est-il d’un battage médiatique wallon comparé à celui de la Flandre et, comme de bien entendu, du Belgium récupérateur ?

Oui ! Mais magnifier le sacrifice des troupes de forteresses de Liège et de Namur qui permirent à la France de mener les contre-attaques en Wallonie comme à Charleroi et à Dinant éclairerait la turpitude du Régime belge qui décida d’ouvrir les « écluses pour permettre la marée allemande vers la France » sacrifiant d’autant plus la Wallonie au profit d’Antwerpen et des ports de la « Vlaamse kust » . On sait ce qui advint !

Sinon, comme toujours « inconsciente » de ses trésors admirés à l’étranger sous une autre identité, la Wallonie ne revendique pas ses artistes « ambassadeurs » comme la Flandre ose les glorifier à son avantage touristique, économique et politique.

Or, depuis la Lettre au roi de Jules Destrée (août 1912) qui ose encore ignorer que les Flamands, par l’entremise du Belgium, « (…) nous ont pris nos artistes. Le maître pathétique de Tournai, Roger de le Pasture, l’un des plus grands artistes du XVe siècle, est incorporé parmi les Flamands sous le nom de Vander Weyden. L’art flamand brille d’un éclat radieux. L’art wallon est ignoré. »

Où cache-t-on Robert Campin (Tournai) qui eut comme élève Roger de la Pasture (Tournai), toujours connu sous le nom de Van der Weyden lors de son installation à Brussel ou Joachim Patenier (Dinant) qui fit carrière à Antwerpen ou Henri Blès (Bouvignes) ayant également fait carrière à Antwerpen sous le patronyme de « Herri met de Bles » ?

A l’étranger et même en France (triste !), les artistes wallons sont catalogués flamands (ethniquement) par une confusion de langage due aux Italiens et aux Espagnols de l’époque alors qu’ils se classent seulement dans une école que l’on peut certes appeler flamande (pourquoi pas ?). Il ne s’agit pas, en matière d’art, de nier l’existence d’une Ecole flamande mais de clairement signaler les Wallons qui en firent partie à l’instar du mouvement artistique Cobra (graphie CoBrA) ou l’Internationale des artistes expérimentaux (IAE).

Qui au gouvernement wallon va s’atteler à rectifier l’imposture belgo-flamande et à « rapatrier » nos artistes ? Il ne s’agit pas, bien entendu, de rapatrier des œuvres, sauf celles détenues par les musées « fédéraux » belges, mais de rendre aux Wallons la paternité de leur patrimoine artistique, de leur patrimoine intellectuel.

Surtout, inutile de s’adresser à la Communauté française dont l’adjectif trompeur ne sert qu’à ignorer la Wallonie au profit du Belgium !

Ne deviendrait-il pas temps d’élever l’Institut Jules Destrée à un rang politique qui lui permettrait d’intervenir efficacement en Belgique comme à l’étranger, en tant qu’agence gouvernementale indépendante, à la reconnaissance de la Wallonie dans tous les domaines et à effacer les scories belges (certainement dans l’enseignement de la Communauté française …) issues d’un passé plus que révolu ?
Rien n’interdit à nos gouvernants wallons de voter un décret en ce sens puisque la matière appartient à leurs compétences.

Valmy

Merci, Madame Van Camp !

« Le Vif »,  Belga,  20 mai 2018

Une députée de la N-VA, Yoleen Van Camp, a proposé dimanche de scinder la sécurité sociale. La revendication des nationalistes flamands n’est pas neuve mais la parlementaire fédérale prend cette fois-ci argument du taux d’obésité en Wallonie pour la justifier.

Mme Van Camp a pointé du doigt l’augmentation considérable des remboursements d’opérations chirurgicales de l’estomac, dont le coût pour la sécurité sociale est passé de 52,5 millions en 2012 à 64 millions en 2016. Selon elle, une partie de ces frais pourrait être évitée car ce genre d’intervention ne s’impose pas dans bon nombre de cas. Des problèmes de poids pourraient être facilement résolus grâce à la consultation d’un diététicien ou d’un psychologue, juge-t-elle.

Le nombre d’opérations visant à faire maigrir le patient est presque deux fois supérieur en Wallonie qu’en Flandre si l’on tient compte des chiffres de population (6.265 pour 3,6 millions d’habitants contre 6.462 pour 6,5 millions d’habitants).

« La Wallonie compte plus de personnes en surpoids et obèses. Le taux de Wallons obèses s’élève par exemple à 16% contre 12,5% en Flandre. La différence est la plus forte chez les jeunes: 25% contre 16% en Flandre. Par conséquent, il serait plus indiqué de scinder la sécurité sociale. Les entités fédérées disposeraient de budgets complets pour investir dans la prévention et en retireraient les fruits. Pour être concret, la Wallonie pourrait par exemple mener plus d’actions auprès des jeunes », a expliqué Mme Van Camp.

La Belgique bientôt privatisée?

Par Saumane

Toute personne sérieuse ne peut considérer la Belgique actuelle comme étant une nation. Au mieux, c’est un Etat fédéral dont l’appellation est contestée par des personnalités flamandes de plus en plus nombreuses. Pour eux, c’est un Etat confédéral. Si nous considérons que tous les transferts de compétences des différentes réformes de l’état sont toutes allées dans le même sens (transferts du fédéral vers les régions ou communautés), nous ne pouvons que leur donner raison. De ce point de vue, Yves Leterme (CD&V) était un précurseur lorsqu’il déclarait : « le fédéralisme belge est un échec, il faut passer au confédéralisme ».

Et voici que même cette nouvelle appellation d’origine  contrôlée par la Flandre serait sur le point d’être dépassée. Une Belgique complètement privatisée serait une S.P.R.L., une S.A., voire une A.S.B.L. 🙂 , où l’Etat ne jouerait plus qu’un rôle purement régulateur, régulé bien sûr par Mère Flandre qui s’y connaît quand il s’agit de travailler à son développement économique.

Lisez plutôt ce qui suit !

La Belgique bientôt privatisée ?

Débats Première – Publié le mercredi 16 mai 2018 sur le site de la RTBF

Depuis les années 80, la Belgique vit au rythme des privatisations. C’est un mouvement de fond, l’Etat délègue de plus en plus de missions au privé. La RTT, la SABENA, la CGER, le Crédit Communal et puis une série innombrable de bâtiments, de missions de l’Etat ont été confiées au privé. Et le pouvoir régalien commence aussi à être touché. Récemment, le gouvernement fédéral a ainsi confié la surveillance de certaines bases militaires au groupe G4S. Le mouvement ne semble pas s’arrêter. A droite et au centre droit, on en appelle en Flandre à l’efficacité, au pragmatisme. A gauche, mais aussi chez nombre de libéraux sociaux, on dénonce une idéologie néolibérale.

Qu’est-ce qui explique et justifie au fond ces privatisations ? Jusqu’où peuvent-elles aller ? L’Etat actionnaire est-il voué à disparaître pour devenir un Etat purement régulateur ?

ET si c’était une solution subtile pour régionaliser totalement le Belgium en douceur sans passer par la « case parlement » ? La politique du fait accompli donne souvent de bons résultats en ce pays « surréaliste » qui, rappelons-le, fut créé de cette façon !

Un an de macronisme : à vous de juger !

En guise de préambule : actualité de l’assemblée nationale (577 élus).

Macron, on l’aime, on l’adore ou on ne l’aime pas, on le déteste… Il ne laisse pas indifférent. Il a révolutionné la politique française et installé un pouvoir vertical rarement atteint en s’appuyant durant cette première année de pouvoir sur une majorité LREM solide.

Toutefois, un nombre appréciable de ces députés commencent à faire entendre leur voix discordante sur plusieurs sujets au point d’envisager la constitution d’un groupe parlementaire distinct. (Pour rappel, il faut 15 députés pour former un groupe parlementaire.)

Plusieurs fidèles parmi les fidèles avaient été choisis pour recadrer les « perturbateurs ». Nous pouvons affirmer que leur action a limité pour l’instant la casse, mais n’a pas réussi totalement dans son œuvre. Toutefois, le Président de la République qui avait 309 députés à sa disposition garde une majorité confortable.

De l’aveu même de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron a gagné le 1er round.

« La France insoumise » de Mélenchon (17 élus) est la force d’opposition qui a une cohérence, un programme, une dynamique, mais là aussi un Ruffin commence à faire entendre sa différence.

La Droite de Wauquiez (98 élus) n’en finit pas de chercher sa voie, de donner de la consistance, du contenu et un positionnement au parti « Les Républicains ».

Le P.S. se retrouve dans « la Nouvelle Gauche » (27 élus) qui comme la Droite est aussi à la recherche de sa voie, de son positionnement et de sa construction (ou reconstruction).

Le groupe U.D.I., Agir et indépendants, « Les Constructifs » (centre et droite qui ne se reconnaît pas dans la droite « décomplexée » de Wauquiez (47 élus), le mouvement démocrate et apparentés (35 élus) votent les projets de loi à la carte selon qu’ils y adhèrent ou non.

La gauche démocrate et républicaine (16 élus) a réussi grâce à ses 16 élus à fonder un groupe parlementaire.

Le F.N. (ou ex-F.N. ?) avec ses 8 élus passe le plus clair de son temps à essayer de construire un groupe parlementaire avec certains des 20 élus non-inscrits.

Notons que pouvoir constituer un groupe est important (droit à avoir des présidences de commission ainsi que l’accès à des dotations publiques).

L’A.W.F., mouvement citoyen pluraliste a parmi ses membres des sensibilités qui recouvrent l’ensemble de l’échiquier politique français (à l’exception notable du F.N. qui ne répond pas à l’article 1er de nos statuts). Nous sommes un espace de discussions riche.

Il appartiendra quand on demandera au Wallon de voter pour les présidentielles et les législatives de choisir son parti, son candidat ou de s’abstenir.

 Nous n’avons pas voulu escamoter le débat concernant un an de macronisme, mais nous donner le temps de la réflexion et du débat interne. L’article paru dans le « Le Vif- L’Express » nous a paru bien structuré. Aussi nous proposons-vous de lire ce qui suit :

Article publié dans le magazine Le Vif/L’Express du 03/05/18

Par Corinne Lhaïk

Faire. J’assume. Transformation. Cordée. Ces mots du Président français incarnent le style et l’action de sa première année à l’Elysée.

FAIRE

L’ambition

Le président français adore ce verbe, au point de l’avoir prononcé 3 068 fois en un peu plus d’un an. C’est « faire » qu’il préfère, après « France » (3 215 fois), selon le site « Le poids des mots du président », de Paris Match. Porte-parole de l’Elysée et ancien journaliste, Bruno Roger-Petit raconte : « Quand je suis arrivé à l’Elysée, le président m’a dit : « Tes confrères se trompent, je n’aime pas la politique, je n’aime que l’action politique. » » Les macronistes sont unanimes : le président « fait » pour rattraper les renoncements du passé. En mai 2017, le nouvel élu confie au syndicaliste Jean-Claude Mailly, alors secrétaire général de Force ouvrière, qu’il veut « tout faire en deux ans ». Richard Ferrand, le président du groupe REM à l’Assemblée nationale, en est convaincu : « Quand l’ensemble sera mis en oeuvre, les Français auront plus d’emploi, de santé, d’école. » D’ici là, Emmanuel Macron compte sur l’action pour lui servir de paravent. « Macron est un doer ( traduction: un homme qui agit), c’est son principal airbag par rapport aux critiques : « il fait, avec détermination », souligne Philippe Grangeon, membre du bureau exécutif de la République en marche et proche du chef de l’Etat. Si le président ne reste pas inerte, où va-t-il ? C’est une autre question. Moralisation de la vie publique, réforme du marché du travail, de l’assurance-chômage, de la formation professionnelle, de l’apprentissage, de la fiscalité du capital, des institutions, de l’école, du bac, de l’orientation des lycéens, des prisons, des hôpitaux, des règles de l’asile et de l’immigration, de la fonction publique, de la SNCF, la France est devenue un vaste chantier.

Le risque

C’est celui du tournis et, in fine, de l’incompréhension. Si la politique a lassé les Français faute de résultats, la seule recherche de l’efficacité ne suffit pas. Que manque-t-il ? « La pédagogie, oui bien sûr, affirme ce député REM, et, comme tout le monde, je fais ma génuflexion en disant qu’elle est nécessaire, mais donner des explications, c’est solliciter la rationalité alors que les Français ont besoin d’empathie. » Pour l’heure, le président n’a pas trouvé la réponse à ces électeurs qui le jugent lointain et arrogant. Le risque, c’est aussi l’essoufflement. Si Macron fait tout en deux ans, à quoi emploiera-t-il le reste de son quinquennat ? Pourtant, quatre sujets importants sont à l’agenda : la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale pour financer la dépendance, aux côtés de la maladie, la vieillesse, la famille et les accidents du travail ; la refonte du système de retraites pour qu’il soit égalitaire et lisible ; la réforme de la fiscalité locale ; et, surtout, celle de la dépense publique, condition essentielle de la transformation.

J’ASSUME

L’ambition

Par ce mot, le chef de l’Etat français se défend face aux contestations. « J’assume totalement les gestes fiscaux faits sur l’Impôt de solidarité sur la fortune. » « J’assume la hausse de la Contribution sociale généralisée pour les retraités. »  » J’assume ces choix », dit le président à propos de la gestion des hôpitaux. Ce terme s’accorde bien avec le verbe faire et avec la rupture que Macron entend incarner. « La plupart des gouvernants trouvent toutes sortes de justifications pour se disculper : c’est l’Europe, c’est la crise, ce n’est jamais de leur responsabilité », affirme Bruno Roger-Petit. Mathieu Laine, directeur du cabinet du conseil Altermind, poursuit : « Son « j’assume » est conforme au contrat démocratique « j’ai été élu donc je fais ». Il n’y a pas d’arrogance, le président signifie que c’est lui qui sera jugé par l’histoire. »

Les inquiétudes et les mécontentements sont entendus, vous promet-on, mais n’entament pas les convictions présidentielles. Le « j’assume » est aussi un choix politique. Bien sûr, Emmanuel Macron songe à un second mandat et il lui arrive de l’évoquer en privé. « Mais il accepte le risque de conflictualité, automatique quand on transforme. Il n’agit pas avec l’horloge de la prochaine présidentielle et a la lucidité de savoir que, même s’il obtient des résultats, il peut ne pas être réélu. Regardez Schröder en Allemagne », affirme Philippe Grangeon.

Le risque

Le mot peut claquer comme un déni d’écoute, de compréhension, comme une forme de mépris technocratique, ceux qui savent écrasant les « ignorants ». A l’Elysée, Ismaël Emelien comprend le danger : le conseiller spécial du président passe ses journées le nez dans les sondages à analyser l’opinion. Il lui arrive de réfléchir out of the box, comme disent les macronistes, par exemple, de proposer au président d’aller présenter ses vœux le 1er janvier à midi, en descendant dans la rue. Si cette idée n’a pas été retenue, son offensive contre un gouvernement des « sachants » a été prise au sérieux. Le chef de l’Etat ne renonce pas au « j’assume », mais ne parle plus de « réparer ». C’est le garagiste qui répare, il soulève le capot, plonge dans le moteur, et vous, vous n’y comprenez rien, vous explique-t-on à l’Elysée. Désormais, on « réconcilie ». De même que l’on ne se contente plus de « libérer et protéger ». On « unit », également.

« J’assume » souligne aussi une contradiction entre la verticalité du pouvoir selon Macron et ses promesses d’horizontalité durant la campagne. Macron juge les syndicats trop faibles et trop divisés pour mener les réformes qu’il souhaite. Mais la distance entretenue avec les corps intermédiaires est-elle une condition de l’efficacité ? Ou l’amorce d’une rupture avec cette société civile dont le président a besoin pour réussir ?

TRANSFORMATION

L’ambition

Oubliez les réformes, un vocable qui écorche les oreilles, rappelle de mauvais souvenirs et un cortège d’adjectifs fâcheux : « inachevées », « amputées », ou pire, « libérales ». La transformation, c’est bien autre chose que de repeindre la carrosserie. Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, revendique cette radicalité : « Jusqu’à présent, chaque nouveau problème donnait naissance à une nouvelle dépense et, l’année d’après, à un nouvel impôt pour combler les déficits. » Désormais, l’inspiration des politiques publiques tient en un mot, très ambitieux : l’émancipation. « La principale inégalité, c’est la prédestination des gens en raison de leur origine sociale et de leur parcours, estime Philippe Grangeon. Nous aurons réussi si, dans cinq ans, nous avons permis une mise en mouvement collective pour que les destins individuels puissent se réaliser. « 

Voilà pour l’objectif. La méthode, c’est un autre proche, Jean-Marc Borello, président du Groupe SOS, qui la décrit : « La règle est simple et respectée, on réfléchit, on ouvre un dossier, on fait le travail à fond, on le ferme et on passe à autre chose. Rien ni personne n’empêcheront le président d’aller jusqu’au bout. » La détermination affichée est la nourriture de la transformation. Sur ce chapitre, les macronistes sont imbattables.

Le risque

Le premier, c’est celui de la transition. « Nous l’avions anticipé : l’élection s’éloigne et les résultats concrets ne viendront que plus tard, analyse Gilles Le Gendre, vice-président du groupe REM à l’Assemblée. Notre politique ne consiste pas à redistribuer de l’argent à tout-va, mais à nous attaquer aux défauts de fond du modèle français. C’est plus difficile, mais plus efficace. Il nous faut aller vite pour que les bénéfices adviennent sans tarder. Et être très clairs sur les responsabilités : les fonctionnaires, les cheminots, les infirmières, etc., ne sont pas coupables de la situation actuelle ; mieux, ils ont tout à gagner à sa transformation. »

Le second et principal risque, c’est celui de la déception, un écart trop important entre les prétentions du début et la réalisation finale. Il est déjà arrivé à Emmanuel Macron de rogner les promesses de départ. Comme avec l’assurance- chômage, certes étendue aux démissionnaires, mais avec des restrictions. Ou avec les ordonnances sur le droit du travail qui donnent plus de pouvoir de négociation aux branches professionnelles que prévu durant la campagne. Toutefois, l’essentiel est ailleurs : dans cette refondation de la dépense collective, donc des politiques publiques. Elle doit dégager des économies et respecter la promesse de transformation. Un Comité action publique (CAP 22) va remettre son rapport dans quelques semaines. Il suscite beaucoup d’attentes et de doutes : combien d’exercices de ce genre l’ont précédé sans résultats ? Si la méthode dure devait aboutir à des réformes molles, le chef de l’Etat aura perdu sur les deux tableaux : il aura fait peur aux Français, sans changer vraiment leur vie.

CORDEE

L’ambition

Interrogé par TF1 et LCI, le 15 octobre 2017, le chef de l’Etat affirme : « Je veux qu’on célèbre (les) réussites. Si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui s’effondre. » En quelques mots sont exposées sa conception de l’économie et celle de la société : tout le monde est lié, les riches ne peuvent pas s’exonérer de leurs responsabilités, les pauvres ne doivent pas rêver d’affaiblir les riches.

Cordée, c’était juste la trouvaille d’une soirée, mais le mot devient l’auberge espagnole du macronisme. A chacun sa définition. Pour Mathieu Laine, « Emmanuel Macron exprime la conviction que si l’on ne libère pas la pression fiscale, on ne va pas libérer l’embauche et l’investissement. C’est une pédagogie libérale bienvenue ». Benjamin Griveaux insiste sur ces premiers de cordée qui ne sont pas forcément des riches et des patrons. « Ce sont aussi des personnes qui n’acceptent pas l’assignation à résidence pour eux et les autres. »

Le risque

C’est d’établir une hiérarchie implicite entre ceux « qui réussissent » et ceux « qui ne sont rien », selon une autre expression très controversée du président (le 2 juillet 2017, lors de l’inauguration de la Station F campus de start-up à Paris). « On peut donner l’impression que l’on fait exclusivement une politique pour les premiers », reconnaît un ministre. Pour le moment, l’arithmétique est implacable : les plus riches profitent davantage des baisses d’impôts que les plus modestes. Et le président a du mal à faire comprendre ce qu’il propose : que les plus aisés, financièrement ou culturellement, s’investissent pour la collectivité ; que la transformation en route va bénéficier aux plus faibles. Un député de la majorité affirme : « Ce mot de cordée, je le trouve pauvre, je préfère le « libérer et protéger », qui incarne le dépassement absolu du dilemme entre plus d’Etat ou plus de marché. Il faut plus des deux. » C’est le challenge.

« Les francophones ne décident rien »

Alors qu’il dirigeait encore la base aérienne de Florennes, le colonel Luc Gennart avait osé dénoncer la politique flamingante de son ministre de tutelle, Pieter De Crem (CD&V). Puis il est entré en politique, au MR, et le MR s’est associé aux nationalistes flamands de la N-VA pour diriger une Belgique de plus en plus flamande. On n’a plus entendu Luc Gennart. Pour obliger un responsable à se mettre au garde-à-vous, la politique serait-elle plus efficace que l’armée elle-même ? On s’est posé la question, mais Luc Gennart vient nous rassurer : il n’a pas tout à fait perdu sa liberté de parole.

L’information suivante est donnée par l’agence Belga :

Luc Gennart, ancien pilote et colonel de la force aérienne, estime que le dossier de la dissimulation d’informations par des hauts gradés de l’armée vis-à-vis du ministre Steven Vandeput, notamment au sujet des F-16 de la Défense, « n’est que flamand ». Il a indiqué cela dans un entretien au Soir, publié dans les pages du journal jeudi.

« Il est indispensable de remettre des francophones à la tête de la force aérienne. Ça ne peut être qu’enrichissant », affirme l’actuel échevin MR à Namur, qui avait déjà alerté sur une « flamandisation » de l’armée il y a plusieurs années. « Les francophones ne sont de facto nommés qu’à des postes où il n’y a aucune décision à prendre ».

Concernant la découverte que des « anciens collègues » aient pu cacher des informations au ministre, Luc Gennart juge cela « surprenant ». « Mais n’oublions pas que l’on se trouve dans la Grande Muette. Certains au sein de l’armée n’ont pas toujours un grand sens politique ». « Il faudra un nouveau bureau pour analyser les offres pour le remplacement des F-16 », ajoute-t-il, tout en continuant de défendre la nécessité d’investir dans ce nouveau matériel.

En matière de force aérienne, « la Belgique remplit ses missions avec brio (…) Il n’y a pas beaucoup de pays en Europe qui sont aussi performants que nous ».

L’obligation scolaire dès 3 ans : un projet français

Par l’AFP, le 26 mars 2018

Cyrulnik: « Un enfant qui s’épanouit en maternelle est bien parti dans l’existence. »

Paris – Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a été chargé par le ministre de l’Education de préparer les « assises de la maternelle », qui s’ouvrent mardi à Paris en présence d’Emmanuel Macron. Pour ce spécialiste de la petite enfance, l’école doit apporter plus de sécurité affective.

Q: Pourquoi de telles assises ?

R: La maternelle française est très bonne, elle sert d’ailleurs encore de modèle à beaucoup de pays mais deux facteurs nouveaux sont apparus depuis 15-20 ans qu’il faut maintenant prendre en compte. En une génération, le développement neurologique, psychologique, affectif des enfants est devenu beaucoup plus rapide qu’avant. Les filles, notamment, ont une maturité plus précoce. Les enfants qui entrent à l’école ne sont plus les mêmes qu’avant.

Par ailleurs, « la niche sensorielle » des enfants a changé, c’est-à-dire leur environnement: aujourd’hui, les enfants ne sont plus entourés de la même façon qu’avant, notamment par leurs parents, qui pour la plupart travaillent. Ce sont donc aussi aux crèches et à l’école de créer l’attachement qui va permettre aux enfants de se sentir « sécurisés » et de pouvoir entrer pleinement dans les apprentissages.

Q: Ces assises mettent l’accent sur le langage et le bien-être des enfants qui étaient justement au cœur de la révision des programmes en 2015. Veut-on revenir sur ces priorités ?

R: Non, au contraire. Grâce à la neuro-imagerie, on a découvert que le théâtre, le jeu, la musique stimulaient le cerveau, amélioraient l’accès au langage. Le fait de renforcer de telles pratiques pourraient aider les enfants à progresser dans leur maîtrise de la parole, entraîner leurs habilités relationnelles, ou encore renforcer leur socialisation.  

Et même si des progrès ont été faits, il faut en France insister sur l’importance de l’affect: quand on parle, quand on joue, quand on se familiarise avec des enfants, on développe une relation affective qui permet ensuite de stimuler tous les autres apprentissages. 

Si un professeur des écoles est rigide, il inhibe le développement de l’enfant. Or on ne peut rien transmettre, ou difficilement, à un enfant inhibé ou malheureux. 

Si à l’inverse, le professeur est plus souple, par son comportement ou sa formation, cela permet à l’enfant de renforcer les apprentissages. Et un enfant qui s’épanouit à la maternelle est bien parti dans l’existence. 

Q: Faut-il donc revoir les formations des professeurs des écoles ? 

R: C’est un point central. Les professeurs des écoles ont un bon niveau universitaire mais qui n’est pas toujours adapté à la fonction sécurisante qu’ils doivent offrir aux enfants. Certains ont même un doctorat. Cela ne leur permet pas pour autant d’apprendre à un enfant qui arrive en maternelle à s’adapter à l’école. 

Il faut aussi revoir sans doute la formation des Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, qui aident les instits dans les classes, ndlr). Elles – car il s’agit quasiment toujours de femmes – servent de médiation entre l’enfant, la famille et les professeurs. Quand quelque chose ne va pas, elles sont souvent les premières à s’en apercevoir car ce sont vers elles que se tournent les enfants. Elles jouent un rôle crucial. Il faut donc leur donner une formation adaptée, pouvoir leur enseigner à elles-aussi les théories de l’attachement. 

Il faudrait aussi inviter les familles dans l’école, pour expliquer aux parents comment ils peuvent donner confiance à leurs enfants. 

Propos recueillis par Isabelle TOURNÉ 

Un héros

Nous ne pouvons résister au plaisir de vous faire partager « La lettre politique » de Laurent Joffrin, journaliste et directeur de rédaction du quotidien français « Libération ».

Un héros

Une partie de la droite – ou de l’extrême droite – est décidément incorrigible. Plutôt que de se joindre à l’hommage unanime rendu au colonel Beltrame, elle veut à toute force le récupérer au nom de préjugés partisans qui n’ont d’autre objet que de diviser – en vain – l’opinion. Avec insistance, ces récupérateurs soulignent la foi catholique qui animait le ­héros de Trèbes, qui s’est livré au terroriste pour sauver les otages. Factuellement,  la chose est parfaitement vraie. Le colonel Beltrame était retourné à la foi de ses pères il y a une dizaine d’années. Il avait effectué un pèlerinage à Sainte-Anne-d’Auray, haut lieu du catholicisme breton. Uni civilement à son épouse, il se préparait à un mariage religieux sous l’autorité d’un prêtre directeur de conscience, celui-là même qui l’a assisté dans ses derniers instants. Mais on sent bien qu’à isoler cet élément de sa biographie, on cherche à faire passer un message. Après tout, Arnaud Beltrame adhérait aussi, et peut-être surtout, aux valeurs de courage et de devoir de la gendarmerie, qui sont celles d’une force républicaine, quelles que soient les opinions des officiers ou des hommes du rang qui la composent, et qui ne sont pas toujours progressistes. Il a été décoré pour acte de bravoure une première fois en Irak, en 2005, alors même que sa piété religieuse ne s’était pas encore manifestée. Parler uniquement de son christianisme, c’est sous-entendre que son acte d’héroïsme en est la conséquence directe, ce que personne ne peut soutenir absolument. Et derrière ce sous-entendu, il y en a un autre : seule l’identité catholique donne un sens à l’existence de citoyens pour le reste déboussolés par une époque sans idéal et sans valeurs communes, minée par l’individualisme et le consumérisme marchand. Catholique et français toujours ! Sous-entendu idéologique marqué et partisan qui désigne la République française comme une terre de décadence, un pays sans Dieu et donc sans aveu. On n’est pas loin de la rhétorique islamiste…

Ceux-là oublient au passage un détail qui a son importance dans cette affaire très symbolique : le colonel Beltrame n’était pas seulement catholique. Il était aussi franc-maçon et donc membre de cet « Etat confédéré » dont parlait Charles Maurras – un auteur d’actualité – avec exécration. La Croix écrit qu’il avait pris ses distances avec « les frères ». Thèse contestée par Philippe Charuel, Grand-maître de la Grande Loge de France, qui précise : « De mémoire, Arnaud Beltrame a été initié en 2008 dans la Respectable Loge Jérôme-Bonaparte à Rueil-Nanterre. Il y était très assidu et remontait régulièrement du sud de la France aux « tenues » (les réunions franc-maçonnes, ndlr). » Et d’ajouter : « Notre frère Arnaud Beltrame participait encore à une tenue maçonnique un mois seulement avant sa mort. Et il était actif au sein de la Fraternelle de la gendarmerie. » Notre frère… Un catholique aurait pu le dire. Aucune raison, donc, d’opposer dans cette célébration chrétienté et république. Pas plus, d’ailleurs, qu’islam et république  : de nombreux musulmans ont assisté à la messe dite en mémoire du colonel dans l’église de Trèbes. On ne dira pas que Beltrame était un héros « multiculturel », mais enfin…

La gauche est-elle mal à l’aise avec cette héroïsation ? Rien ne le montre en dehors de la réaction lamentable d’un ancien candidat France insoumise aussitôt désavoué et exclu par son mouvement, puis condamné à un an de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme ».

A l’Assemblée mardi, les hommages émanant des partis de gauche étaient peut-être les plus vibrants et Jean-Luc Mélenchon, avec gravité et éloquence, s’est associé, comme les autres leaders, au deuil national décidé en faveur du gendarme égorgé par un fanatique. Là aussi, peut-être plus qu’ailleurs, la tradition républicaine fait loi. Certes l’éloge de l’armée et de la police a longtemps gêné certains militants. Rappelons ces vers de l’Internationale : « Appliquons la grève aux armées/ Crosse en l’air et rompons les rangs !/ S’ils s’obstinent, ces cannibales/ A faire de nous des héros/ Ils sauront bientôt que nos balles/ Sont pour nos propres généraux. »

Voltaire, sans doute le premier, avait ironisé, au début de son Candide, sur le mot « héros » qu’il appliquait par antiphrase à quelques soudards massacreurs et violeurs. L’esprit soixante-huitard avait réveillé cet antimilitarisme ancien, né aux temps où l’armée massacrait les communards ou bien réprimait les viticulteurs et les mineurs en grève.

Ces temps sont bien lointains. La gauche au pouvoir, communistes compris, a cohabité sans heurts avec les militaires et les gendarmes. Elle aussi a dû rendre les honneurs aux soldats tombés en Afghanistan, au Mali ou en France, et prononcer des hommages sans mélange à leur courage. La gauche, aussi bien, célèbre aussi ses héros. Par exemple Hoche et Marceau, généraux de l’an II, le colonel Rossel, officier de l’armée versaillaise qui a rejoint les communards et fut fusillé en 1871. Ou, pour partie d’entre elle, Che Guevara, qui n’est pas seulement le héros romantique des posters des chambres d’étudiant, mais aussi un chef militaire abrupt et quelque peu fusilleur.

L’adulation n’est pas toujours de droite. Et la fabrication des héros rassemble tous les partis, qui ont chacun les leurs. On peut être agacé par les flonflons, les drapeaux, les hymnes et tout le cérémonial patriotique. On peut, comme Brassens, le jour du 14 Juillet, rester dans son lit douillet. On peut surtout voir dans le héros l’arbre qui cache la forêt de l’héroïsme quotidien, celui du peuple.

Dans le célébrissime finale du Spartacus de Kubrick, Dalton Trumbo, le scénariste mis sur liste noire à Hollywood pour sympathies supposées avec le communisme, fait dire aux esclaves révoltés « je suis Spartacus », signifiant que le vrai héros du film n’est pas le gladiateur, mais la foule rebelle. Pourtant la mémoire populaire se souvient surtout de Spartacus, premier héros de la liberté.

Dans le cas de Beltrame, au demeurant, il ne s’agit pas seulement de célébrer les vertus militaires. Rien dans le règlement de l’armée n’obligeait cet authentique héros à se sacrifier de la sorte. Il l’a fait pour venir en aide à d’autres citoyens, par solidarité humaine.

On oublie toujours le troisième terme de la devise gravée au fronton des bâtiments public  : la fraternité. Elle a pour but de réunir tous les Français et, au-delà, toute la pauvre humanité. Elle a une connotation spirituelle, ce qui lui permet d’emporter l’adhésion de tous, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. L’itinéraire du cortège qui suivra le cercueil d’Arnaud Beltrame traduit cet esprit d’unanimité fraternelle  : il arrivera aux Invalides, saint des saints de l’esprit militaire. Mais il part du Panthéon, temple du républicanisme.

 

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde