Elever l’Institut Jules Destrée à un rang politique ?

Mais Bon Dieu, pourquoi les Wallons la joue-t-il toujours en mode mineur alors que les Flamands se mettent en valeur ? 

Rubens, Bruegel, van Eyck… Ces nouveaux ambassadeurs flamands, la fine fleur de la peinture flamande enrôlée pour trois ans sous la bannière d’une Flandre avide de se faire connaître au monde entier.

« Pas le temps de souffler. Le centenaire de la Grande Guerre achève de se commémorer que déjà la Flandre remonte au front. Après ses champs de bataille de 14-18, pleins feux sur les génies de sa peinture d’antan, à leur tour mobilisés sous les couleurs jaune et noire.

« L’affiche en jette. Pierre Paul Rubens superstar en 2018; Pieter Bruegel l’Ancien à l’honneur en 2019; Jan van Eyck célébré en 2020. La crème de l’art flamand du XVe  au XVIIe siècle, l’orgueil de toute une région, est de sortie à dater de fin mai. Une triple occasion était à saisir : la réouverture, à Anvers, d’un Musée royal des beaux-arts remis à neuf et voué à être le phare de la politique muséale flamande; le 450e anniversaire du décès de Bruegel l’Ancien en 1569; enfin le retour en grande pompe dans la cathédrale Saint-Bavon à Gand du célébrissime Agneau mystique restauré. » (Pierre Havaux Journaliste, 21/05/18, Vif)

Et quid du voisin wallon ? Au balcon (aujourd’hui c’est le Doudou…) !

D’accord, pour 1918, Charleroi et Liège se préparent mais qu’en est-il d’un battage médiatique wallon comparé à celui de la Flandre et, comme de bien entendu, du Belgium récupérateur ?

Oui ! Mais magnifier le sacrifice des troupes de forteresses de Liège et de Namur qui permirent à la France de mener les contre-attaques en Wallonie comme à Charleroi et à Dinant éclairerait la turpitude du Régime belge qui décida d’ouvrir les « écluses pour permettre la marée allemande vers la France » sacrifiant d’autant plus la Wallonie au profit d’Antwerpen et des ports de la « Vlaamse kust » . On sait ce qui advint !

Sinon, comme toujours « inconsciente » de ses trésors admirés à l’étranger sous une autre identité, la Wallonie ne revendique pas ses artistes « ambassadeurs » comme la Flandre ose les glorifier à son avantage touristique, économique et politique.

Or, depuis la Lettre au roi de Jules Destrée (août 1912) qui ose encore ignorer que les Flamands, par l’entremise du Belgium, « (…) nous ont pris nos artistes. Le maître pathétique de Tournai, Roger de le Pasture, l’un des plus grands artistes du XVe siècle, est incorporé parmi les Flamands sous le nom de Vander Weyden. L’art flamand brille d’un éclat radieux. L’art wallon est ignoré. »

Où cache-t-on Robert Campin (Tournai) qui eut comme élève Roger de la Pasture (Tournai), toujours connu sous le nom de Van der Weyden lors de son installation à Brussel ou Joachim Patenier (Dinant) qui fit carrière à Antwerpen ou Henri Blès (Bouvignes) ayant également fait carrière à Antwerpen sous le patronyme de « Herri met de Bles » ?

A l’étranger et même en France (triste !), les artistes wallons sont catalogués flamands (ethniquement) par une confusion de langage due aux Italiens et aux Espagnols de l’époque alors qu’ils se classent seulement dans une école que l’on peut certes appeler flamande (pourquoi pas ?). Il ne s’agit pas, en matière d’art, de nier l’existence d’une Ecole flamande mais de clairement signaler les Wallons qui en firent partie à l’instar du mouvement artistique Cobra (graphie CoBrA) ou l’Internationale des artistes expérimentaux (IAE).

Qui au gouvernement wallon va s’atteler à rectifier l’imposture belgo-flamande et à « rapatrier » nos artistes ? Il ne s’agit pas, bien entendu, de rapatrier des œuvres, sauf celles détenues par les musées « fédéraux » belges, mais de rendre aux Wallons la paternité de leur patrimoine artistique, de leur patrimoine intellectuel.

Surtout, inutile de s’adresser à la Communauté française dont l’adjectif trompeur ne sert qu’à ignorer la Wallonie au profit du Belgium !

Ne deviendrait-il pas temps d’élever l’Institut Jules Destrée à un rang politique qui lui permettrait d’intervenir efficacement en Belgique comme à l’étranger, en tant qu’agence gouvernementale indépendante, à la reconnaissance de la Wallonie dans tous les domaines et à effacer les scories belges (certainement dans l’enseignement de la Communauté française …) issues d’un passé plus que révolu ?
Rien n’interdit à nos gouvernants wallons de voter un décret en ce sens puisque la matière appartient à leurs compétences.

Valmy

4 réflexions sur « Elever l’Institut Jules Destrée à un rang politique ? »

  1. D’accord avec Valmy, quant à l’objectif – la mise en valeur du patrimoine wallon -, mais pas de chauvinisme conjugué à une forme d’amnésie quant aux instruments, institutionnels ou non, à mettre en avant. Je crois en effet me souvenir que mon ancien professeur, Léopold Genicot, peu suspect de belgolâtrie dans son engagement politique, est le seul, à ce jour, à avoir résolument, très tôt également, entrepris la synthèse fondatrice des richesses culturelles de la Wallonie…dont peu se souviennent encore!

    C’étaient ses « Racines d’espérance. Vingt siècles par les textes, les images et les cartes », parues chez Didier Hatier en 1986. En 1973, déjà, il coordonnait les travaux de professeurs de l’ULB, de l’U.Liège et de Namur pour construire la première « Histoire de la Wallonie », parue à Toulouse. C’est lui, en tant que « promoteur de la première « Histoire de la Wallonie » et des « Racines d’espérance » que l’Institut Jules Destrée himself « se devait en 1986 de saluer par cette édition » (« La Wallonie: un passé pour un avenir », préface de Lucien Outers).

    Si le combat, son combat politique, garde tout sens, n’excluons personne au profit illusoire de faire triompher une quelconque idéologie!
    Après tout, ce ne serait que marque de tolérance et d’honnêteté intellectuelle. Après tout, ce serait aussi, une fois encore, une fois de plus, diviser pour mieux régner…au plus grand intérêt de la déesse Flandre!

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    1. Tout a fait exact, Monsieur Lefèvre. Sans vantardise, j’ai lu tous ces ouvrages. Je ne pensais pas à l’Institut Destrée sous un angle idéologique. Tout simplement ses publications constituèrent, voilà bien longtemps, la matérialisation de la mémoire wallonne à transmettre à ceux et celles qui me suivront. Il s’agissait d’une reconnaissance sans oublier, certes, tous les autres auteurs, fiers de leur Wallonie, dont le professeur Génicot. Mais, comme le remarque, M. LDW, si  » L’institut Destrée, cercle intellectuel quasi confidentiel, n’a jamais fait le poids face à un tel rouleau compresseur et ne le fera jamais. », il n’en demeure pas moins vrai que son nom signifie LA WALLONIE et que le hisser à un statut d’agence officielle de l’Histoire de Wallonie lui donnerait la prédominance nécessaire et suffisante afin d’imposer sa voix et de contrer la propagande belge. Quant au problème des migrants, je suppose qu’il se pose de la même manière dans tous les territoires où ils débarquent.

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  2. Merci pour Roger de la Pasture. Même pas appris à l’école. Seulement sous le nom de Vander Weyden. 🙂
    Les peintres cités ci-dessus au début de votre article, ne faisait à ce moment là pas partie de la Belgique actuelle, mais dans les Pays-Bas Espagnols en passant par l’Espagne et la France. Notre histoire est très compliquée et entremêlée par bien des envahisseurs de tous horizons.

    A propos, j’attends toujours votre e-mail. Bonne fin de journée.

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  3. Je répète mon commentaire et j’espère au moins une réponse.

    Vous déplorez l’incapacité de la Wallonie à mettre en avant sa propre culture, sa propre histoire

    C’est pour le moins paradoxal : 1) comme le rappelait P-Y Jeholet : « le régionalisme est désormais un fait acté. 2) le secteur socioculturel subventionné est ***omniprésent*** en Wallonie.

    Tout le paradoxe est là : au lieu d’encourager l’identité wallonne, ce même secteur socioculturel grassement subventionné diffuse toutes les scories belges dont vous parlez… et ce belgicanisme provient parfois même de gens qui se disent régionalistes !

    L’institut Destrée, cercle intellectuel quasi confidentiel, n’a jamais fait le poids face à un tel rouleau compresseur et ne le fera jamais. Songez que SudPresse diffuse des dossiers pédagogiques dans les écoles…

    Ensuite, en ce qui concerne l’identité wallonne, le pire est à venir avec la crise migratoire : la Wallonie accueille bien plus de migrants que la Flandre, sans avoir les moyens de les intégrer… et de les intégrer à quoi? Au Belgium de la frite ? D’ici dix ans, qui parlera encore le français en Wallonie ?

    Ce sont des faits, certes gênants, mais les faits sont têtus. Et vous pouvez supprimer mon commentaire : vous savez que j’ai raison !

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