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La démocratie en danger

Par Jules Gheude

Le philosophe français Frédéric Lenoir soulignait récemment, en le déplorant, le fait que les élites politiques accordent plus d’importance à leur plan de carrière qu’à la défense de l’intérêt général.

Dans son livre « Toute vérité est bonne à dire », Robert Fabre, qui fut président du Mouvement des Radicaux de gauche en France, dressait, quant à lui, ce constat bien amer de son expérience politique : Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

 Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites ! Et l’on pourrait ajouter : que d’hypocrisie !

Elio Di Rupo, le président du PS, se veut être le chantre de la justice sociale. En 2005, alors que son parti était frappé par le scandale de la Carolorégienne, il avait clamé son ras-le-bol de ceux qui se servaient ou lieu de servir : J’en ai marre des parvenus !

Mais le site Cumuleo nous apprend que, cette année-là, il avait déclaré 7 mandats rémunérés : député, ministre-président, bourgmestre, président du PS, administrateur de Dexia Banque, de Dexia Groupe et d’Ethias. 

L’objectivité nous oblige à reconnaître que ce type de situation se rencontrait également au sein d’autres formations politiques.

Comment, dans un tel contexte, ne pas être déconnecté de la réalité ?

Douze ans plus tard, de nouvelles affaires sont venues entacher la sphère politique : Publifin, Samusocial, Kubla-Duferco, Kazakhgate), apportant ainsi la preuve que la frontière entre la politique et l’argent était aisément franchie.

L’avertissement lancé en 1887 par Lord Acton reste éminemment actuel : Power tends to corrupt and absolute power corrupts absolutely.

Finalement, rien de bien nouveau sous le soleil. Souvenons-nous du film « Le Président », quand le président du Conseil, alias Jean Gabin, passe en revue les turpitudes de la plupart de ses collègues de l’Assemblée nationale. Une séquence culte !

Aujourd’hui, en dépit des mesures de bonne gouvernance enfin adoptées, on apprend que certains députés quitteront le Parlement wallon avec une prime pouvant atteindre 100.000 euros. Mais que le citoyen lambda ne se lamente pas : il n’aura plus à s’acquitter de la redevance télévision et verra ainsi son pouvoir d’achat augmenter de 100 euros. Justice sociale au rabais…

La politique ne devrait pas être un métier à vie. François Perin avait bien compris que notre système était vicié par les partis à l’influence excessive et paralysante. Aussi défendait-il le concept d’associations qui auraient sur les partis l’avantage d’être circonstancielles et d’être débarrassées de la prétention sclérosante d’être le véhicule d’idéologies permanentes. Et d’imaginer des inspecteurs de l’Etat issus du scrutin proportionnel pour prendre en charge la mission d’exprimer les divers courants de l’opinion. Peu nombreux, puisque le scrutin d’arrondissement disparaîtrait, ils pourraient chacun nommer des adjoints et former une sorte de Cabinet semblable au Cabinet ministériel, recrutant ainsi les collaborateurs de valeur qu’ils feraient à leur tour connaître au public. Le corps électoral serait ainsi constamment renouvelé par le haut, les nouvelles étoiles brillant par leur savoir-faire plutôt que par une publicité électorale, tapageuse et démagogique.

Le système s’apparente à une pieuvre qui infiltre ses tentacules partout et qui récompense largement ceux qui la caressent.

Les petits arrangements entre amis, le népotisme, les abus sont responsables de la méfiance de plus en plus grande affichée par l’opinion à l’égard des élites politiques. En favorisant l’éclosion de thèses extrêmes, ils sapent les fondements mêmes de la démocratie.

Vanitas vanitatum

Par VALMY

Pourquoi la N-VA s’acharne-t-elle sur Charles Michel ? (Bertrand Henne – RTBF- 16/11/2018). Un Premier Ministre sous influence. (Philippe Walkowiak – RTBF – le 16/11/2018).

Que de questions angoissées concernant Charles Michel, dénommé Premier ministre du Royaume de Belgique !

Monsieur Gheude, en date du 13 octobre, signa un article intitulé OUI, MONSIEUR MICHEL, ANTICIPONS !

Ce faisant, il prenait au mot le Premier ministre qui avait souligné dans sa déclaration de politique générale, l’importance d’anticiper.

Mais anticiper quoi ? L’avenir bien sombre de la Wallonie, pardi !

Pour Monsieur Gheude, il s’agit d’anticiper face à une évolution qui fait de la Flandre une nation désireuse d’être maîtresse de son destin.

Hélas, les politiques wallons demeurent fondamentalement des Belges portant œillères et Monsieur Michel, Premier ministre par le hasard électoral, se veut le parangon belgissime. Il le clame d’ailleurs partout où il peut apparaître aux côtés des grands de ce monde !

Or, « il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne ».

Espère-t-il convaincre la Nation flamande du bien-fondé de prôner et chanter les louanges du Royaume de Belgique par monts et par vaux ?

Le « pôvre », il faut craindre qu’il déchante aussi vite que maître corbeau à la perte de son fromage. Oui, le patronat flamand apprécie la marque « Made in Belgium » mais sans plus et jusqu’à quand ?

Dans le cas du présent commentaire, il s’agit du « pacte de Marrakech sur les migrations » négocié sous l’égide de l’ONU qui doit être signé le 10 décembre prochain.

De manière enthousiaste et irréfléchie, le Premier ministre s’engage à le signer au nom de la « Belgique » mais le Vlaams Belang qui condamne ce processus onusien vient récemment de rafler des électeurs à NVA au point de doubler sa représentation (14 % au lieu de 7%).

La réaction logique à ce déboire électoral ne se fait pas attendre. La N-VA décide donc de faire volte-face brutalement et de ne plus rien concéder à sa droite et tant pis pour le Premier Ministre qu’elle n’hésite pas à « déshabiller » en public et à lui faire ouvertement savoir que ce pacte est onbespreekbaar.

Charles Michel, à l’ego meurtri, refuse de constater qu’il n’est en rien le Premier ministre du Royaume de Belgique mais seulement un simple faire valoir prisonnier de son principal « allié » flamand.

Si en Belgique, tous les chefs de gouvernement doivent composer, certains comme Jean-Luc Dehaene ou Guy Verhofstadt pouvaient imposer leur point de vue, parce qu’ils venaient de FLANDRE.  Aujourd’hui, différence notoire, le fauteuil de Charles Michel ne représente que la résultante de forces qui composent sa coalition et il oublie, en bon belgicain, qu’il appartient à la minorité WALLONNE ! NUANCE CAPITALE !

Charles Michel devra faire « avec » car la N-VA ne fonctionne qu’à travers ses seuls intérêts et ceux de Mère Flandre. Tant pis pour le Premier Ministre qu’elle a contribué à mettre en place et qui, comme tout bon Wallon, ne veut pas comprendre qu’il n’est qu’un otage appartenant à la minorité détestée et détestable.

Espérons qu’aux élections prochaines, fédérale, régionale et européenne, la Flandre pousse enfin les Wallons dans leurs derniers retranchements et les provoque jusqu’au divorce. Alors, peut-être Charles Michel comprendra la vanité de ses rêves de « Premier belge ».

Magritte aurait apprécié!

Par Jules Gheude

Les premiers exemplaires de l’avion de chasse seront livrés à l’armée belge en 2025, soit… l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus ! Surréaliste…

Nul doute que René Magritte aurait apprécié l’affaire.

A l’automne 2018, le gouvernement belge prend la décision de remplacer ses avions de chasse et opte pour le F-35 américain.

Premier côté comique : le ministère de la Défense est géré par Steven Vandeput, dont le parti, la N-VA, voue la Belgique aux gémonies et entend faire émerger une République flamande.

Sa coreligionnaire Liesbeth Homans, qui s’occupe de l’Intérieur au sein du gouvernement flamand, a d’ailleurs annoncé, en 2016, qu’elle espérait voir le Royaume disparaître en 2025. Et elle a expliqué comment elle voyait le scénario : « Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025. »

Des directions diamétralement opposées

Depuis lors, Bart De Wever, le président de la N-VA, a fait savoir qu’il entendait mettre le dossier du confédéralisme sur la table des négociations, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019.

Pour les nationalistes flamands, le constat est clair et il vient d’être confirmé par les récentes élections communales et provinciales : Flandre et Wallonie se dirigent politiquement dans des directions diamétralement opposées, l’une à droite, l’autre à gauche, avec, dans les deux cas, des chemins extrêmes.

Les premiers signes du confédéralisme

Plus question, en tout cas, pour la Flandre de continuer à se montrer solidaire d’une région dont la mouvance socialo-communiste ne peut que freiner le redressement. La fin des transferts financiers – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans. Le président du MR, Olivier Chastel, l’a d’ailleurs rappelé dernièrement : « On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur dix ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en toute autonomie. »

Il y a bien longtemps que la Flandre rêve du confédéralisme. Bien avant que la N-VA n’existe ! L’idée en avait été lancée, au début des années 90 par le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, qui, le 13 janvier 1993, précisait : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme ». Et, six ans plus tard, le Parlement flamand approuvait le projet. Victimes de leur aveuglement, les responsables francophones n’ont pas saisi la mesure de cette décision.

Une série de renoncements

De réforme en réforme, ceux-ci n’ont cessé de se présenter en « demandeurs de rien » pour finalement céder : en 1988, le PS a laissé tomber José Happart et la cause fouronnaise ; en 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on a accepté la surreprésentation de la minorité flamande au Parlement bruxellois et la régionalisation de la loi communale permettant à la Flandre de mettre au pas les francophones de la périphérie ; en 2011, les allocations familiales ont été scindées, alors que « Madame Non » avait toujours clamé qu’elle s’y opposerait, et le sort de Bruxelles-Hal-Vilvorde a été réglé sans extension territoriale de Bruxelles…

De Wever sur du velours

Tout cela pour soi-disant « sauver la Belgique ». Mais, en réalité, les responsables francophones ne sont préoccupés que par le pouvoir et la sauvegarde de leurs propres intérêts. Elio Di Rupo, il l’a dit, entend reprendre les rênes de la Wallonie dans sept mois. De son côté, le président de la FGTB, Robert Verteneuil, appelle de ses vœux la mise sur pied d’une coalition progressiste, composée du PS, du PTB et d’Ecolo.

Au vu de ce qui précède, Bart De Wever peut se frotter les mains. Il sait qu’il joue sur du velours !

Mais revenons à nos avions de combat. Dès le départ, la N-VA avait porté son choix sur le F-35. Faute de le respecter, on courait droit à la chute du gouvernement, chose que le Premier ministre Charles Michel ne pouvait envisager.

Mais le F-35 était-il vraiment le meilleur candidat ? C’est ce qu’affirme l’ancien colonel Luc Gennart, qui voit là une excellente nouvelle pour la défense européenne. Mais Jean Quatremer, le correspondant du journal Libération à Bruxelles, est d’un tout autre avis : « Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F-35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F-16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. » 

Avec son regard malicieux, le dessinateur Philippe Geluck se pose, quant à lui, cette double question : La N-VA n’a-t-elle pas écarté le Rafale tout simplement parce qu’il venait de France… où l’on parle le français ? Et, d’une façon plus générale, était-il nécessaire de dépenser tant d’argent pour ces avions ?

La réponse à cette dernière question se trouve dans le livre de François Perin Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, publié en 1981 chez Rossel : « L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. » 

On nous informe aujourd’hui que les premiers F-35 ne seront livrés qu’en 2025, l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus. Surréaliste, n’est-il pas ?

Nous avons déjà expliqué pourquoi, devenus bêtement belges tout seuls, pour reprendre l’expression de François Perin, les Wallons n’auraient d’autre choix que de se tourner vers la France… où ils seraient protégés par les Rafale.

Diplomatie belge : Ollé !

Par Jules Gheude

Ce qui se passe entre la Flandre et l’Espagne constitue une nouvelle illustration du caractère surréaliste de notre Royaume.

Lorsque les Commissariats aux Relations internationales des Communautés française et flamande se sont créés en 1983, certains ambassadeurs étrangers ont exprimé une certaine incompréhension, voire de la réticence, à l’égard de cette évolution institutionnelle qui permettait aux Communautés d’exercer également leurs compétences au niveau international. On leur expliqua que tout cela était constitutionnel et que ces Commissariats étaient, en quelques sorte, les ministères des Affaires étrangères desdites Communautés.

Les accords culturels, qui n’impliquaient jusqu’ici que l’Etat belge, allaient ainsi être désormais gérés par les Communautés, chacune de leur côté. Et, par sa signature, un représentant de l’Etat belge avaliserait le résultat des négociations à l’issue des Commissions mixtes, chargées de mettre régulièrement au point les échanges culturels.

Les Régions sont ensuite entrées dans la danse, au niveau de leurs propres compétences, et les entités fédérées ont fini par ouvrir des délégations dans un certain nombre de pays, les délégués désignés jouissant du statut diplomatique et de conditions identiques à celles des ambassadeurs belges.

C’est ainsi que la Flandre dispose aujourd’hui d’un représentant à Madrid. Mais celui-ci vient de se voir lever, par les autorités espagnoles, son statut diplomatique.

Madrid n’a, en effet, pas apprécié les déclarations de Jan Peumans, le président du Parlement flamand, à propos de la situation catalane.

Lors d’une visite à l’ex-présidente du Parlement catalan actuellement en détention, M. Peumans lui a remis une lettre dans laquelle il qualifie les violences policières perpétrées lors du référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017 d’action scandaleusement anti-démocratique. Et d’ajouter : Maintenir les politiques en détention pendant des mois l’est encore davantage et constitue une preuve que le gouvernement central en Espagne est incapable de remplir les conditions d’une Union européenne démocratique et moderne.

Propos qui n’ont rien de surprenant, lorsque l’on connaît les liens étroits qui unissent les indépendantistes catalans aux nationalistes flamands.

Il convient de rappeler ici que le Premier ministre Charles Michel fut le premier chef de gouvernement de l’Union européenne à avoir condamné la violence qui avait marqué le déroulement du référendum catalan : Nous condamnons toutes les formes de violence et réaffirmons notre appel au dialogue politique.

Ne faisons pas les hypocrites : la violence ayant été essentiellement le fait de la Guardia civil, la réprobation de Charles Michel ne pouvait viser que Madrid.

Interrogé aujourd’hui quant au différend qui oppose l’Espagne à la Flandre, Charles Michel déclare : Il n’y a pas de conflit diplomatique entre le gouvernement fédéral belge et l’Espagne. Chose curieuse, lorsque l’on sait que la N-VA, dont Jan Peumans est membre, fait partie du gouvernement fédéral.

Mais, pour le Premier ministre, c’est d’abord une responsabilité de l’Espagne et du gouvernement flamand de régler leur différend. Et de rappeler ici l’existence d’une certaine autonomie des entités fédérées en Belgique, et donc des autorités flamandes, sur le plan des relations internationales.

On sait à quel point la Flandre tient à cette autonomie. Lorsqu’il était ministre-président flamand, Kris Peeters se comportait d’ailleurs en véritable chef d’Etat, n’hésitant pas, lors d’une mission économique au Vietnam, emmenée par le prince Philippe en 2012, à se rendre au Myanmar pour y rencontrer Aung San Suu Kyi.

Aussi est-il assez paradoxal de voir aujourd’hui le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), demander au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, de convoquer l’Ambassadeur d’Espagne pour le rappeler à l’ordre. Car, explique M. Bourgeois, la Flandre est une partie de la Belgique interfédérale et nous menons ensemble la politique étrangère.

Certes, on l’aura compris, l’intention de Geert Bourgeois est d’amener le gouvernement belge à s’immiscer directement dans le dossier catalan. D’autant que le Parlement flamand a unanimement exprimé son soutien à Jan Peumans.

Didier Reynders n’entend pas tomber dans le piège. Il ne lèvera donc pas le petit doigt. Tout au plus accepte-t-il que son ministère serve de boîte aux lettres entre l’Espagne et la Flandre.

Mais il n’en reste pas moins que l’affaire vient handicaper sérieusement les relations diplomatiques entre la Belgique et l’Espagne.

Pour ce qui est du dossier catalan, on ne peut toutefois que donner raison à Jan Peumans. La réaction de Madrid lors du référendum de 2017 constitue, comme l’a fort bien expliqué Alfred-Maurice de Zayas, professeur de Droit international et expert indépendant auprès des Nations unies, une violation flagrante de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’article 1 stipule : Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

Cette disposition est capitale, car elle implique la notion du « standstill », qui permet aux juges de mieux protéger les droits fondamentaux en limitant les possibilités de recul. En d’autres termes, Madrid ne pouvait revenir en arrière après avoir octroyé l’autonomie à la Catalogne.

Sur ce point, Alfred-Maurice de Sayaz est formel : Dénier à un peuple le droit de s’exprimer lui-même sur le processus d’auto-détermination, dénier la légalité d’un référendum, recourir à la force pour empêcher la tenue d’un référendum, et annuler l’autonomie limitée d’un peuple en guise de punition, constitue une violation de l’article 1er du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Pour le reste, l’incarcération de responsables politiques démocratiquement élus et qui n’ont fait que respecter leurs engagements, ne peut que susciter l’indignation.

Oui, Monsieur Michel, anticipons !

Par Jules Gheude, essayiste politique

Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a souligné l’importance d’anticiper.

C’est ce qu’avait fait François Perin en 1983, en publiant un long article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ». En conclusion, il écrivait : Utopie ? Au train où vont les choses, le pire est de rester (…) sans voix, sans réplique, livrés au chaos, si l’événement se produit… sans demander notre permission. Un peuple sans imagination, sans capacité d’adaptation, sans solution de rechange est un peuple perdu !

35 ans après cet avertissement, force est de constater qu’il n’a pas eu le moindre effet sur la classe politique francophone, aveugle face à une évolution qui a fait de la Flandre une nation désireuse d’être maîtresse de son destin.

Les responsables francophones restent scotchés au fédéralisme, alors que le Parlement flamand a clairement annoncé, en 1999, son intention de passer au confédéralisme.

Ce confédéralisme, Bart De Wever est bien décidé à le mettre sur la table des négociations au lendemain des élections de mai 2019. Adepte du processus « évolutif », il entend ainsi poser le dernier jalon avant d’atteindre l’objectif final : l’émergence d’une République flamande, telle qu’annoncée par l’article 1er des statuts de la N-VA.

Les responsables francophones se présenteront, une fois de plus, en « demandeurs de rien » et, une fois de plus, ils finiront par céder. Il ne faudra alors plus longtemps avant que la Belgique, vidée de toute substance, soit  jugée superflue et disparaisse de la carte.

Car si les leaders francophones se disent soucieux du « bien-être de nos concitoyens », la vérité est qu’ils ne sont guidés que par leurs propres ambitions.

Ivre de pouvoir, Elio Di Rupo veut le récupérer. Mais qu’en a fait le PS au cours de près de 35 ans de gestion ininterrompue de la Wallonie ? La Flandre connaît la réponse. Aussi ne souhaite-t-elle plus être solidaire d’un tel système. Que chacun assume financièrement ses choix politiques! La fin des transferts est d’ores et déjà programmée sur dix ans.

La Flandre n’a jamais avalé non plus le concept de « Bruxelles, région à part entière ». Afin que Bruxelles, dont elle a  déjà fait sa capitale, tombe définitivement dans son escarcelle, elle propose que chaque Bruxellois choisisse entre la Flandre et la Wallonie  pour ce qui est des compétences « personnalisables » : impôt des personnes, sécurité sociale,… Nous achèterons Bruxelles !, avait un jour lâché l’ancien ministre-président flamand, Gaston Geens.

Elio Di Rupo raille aujourd’hui Charles Michel pour avoir accepté de s’allier avec la N-VA. On verra ce que vaudront ses propres engagements au lendemain des élections de 2019. N’avait-il pas, lui aussi, promis de ne jamais scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension territoriale de Bruxelles ?

Et si, pour reprendre le propos de Charles Michel, on anticipait ? Livrée à elle-même, la Wallonie ne sera pas en mesure de garantir la prospérité de sa population. Elle ne pourra compenser la perte des 7 milliards de transferts que par une réduction drastique de ses dépenses publiques. Et cette situation sera pire encore le jour où elle devra assumer sa part de la dette belge. Car, du confédéralisme au séparatisme, il n’y a qu’un pas à franchir !

Ayant lu le papier de François Perin évoqué plus haut, Jean Gol, alors Vice-Premier ministre, lui avait adressé le mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long : je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.

Jean Gol nous a malheureusement quittés trop tôt, au grand dam de François Perin qui savait que le cœur de son ancien compagnon de route battait pour la France : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Aujourd’hui que l’échéance est à notre porte, la « réponse de survie », pour la Wallonie, se situe clairement en France, comme l’avait d’ailleurs pressenti le général de Gaulle : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois ou quatre millions de Wallons.

Lorsqu’on les interroge, la grande majorité des Bruxellois disent opter pour un statut autonome en cas de disparition du pays. Voilà qui met à mal ce « WalloBrux » souhaité par 61% des Wallons.

Lors de l’élection à la présidence du MR en 2011, Charles Michel avait titillé son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant réunioniste : Je ne souhaite pas subir la tutelle d’un préfet corse ou breton ! Pourtant n’est-ce pas son père Louis qui, en 1996, alors qu’il était président du PRL, déclara au « Figaro » : Je n’oserais plus dire que le rattachisme soit une idée folle. (…)  Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

L’argument de Charles Michel ne tient d’ailleurs pas la route. Car, comme l’a confirmé le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie » dans la Constitution française. La Wallonie pourrait ainsi conserver ses acquis. Quant à l’ex-droit fédéral belge, il serait maintenu, sauf exceptions, et placé sous la responsabilité du législateur français.

Cette intégration-autonomie offrirait, en outre, un double avantage : la Wallonie resterait dans l’Union européenne et c’est la France qui négocierait, pour elle, les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Le coq wallon chantera-t-il pour la 5e fois ?

Par Jules Gheude

Cet article d’opinion a été publié le 30 septembre 2018 sur le site du magazine Le Vif/L’Express.

De 1988 à nos jours, aucun engagement francophone n’a été tenu, constate l’essayiste politique Jules Gheude. Et de poser la question : « Qu’en sera-t-il lors des élections de l’an prochain ? »

Les francophones ne laisseront jamais tomber les Fourons. José Happart en est le bourgmestre légitime. Les élections du 13 décembre 1983 permirent au PS de s’envoler, tandis que le CVP s’affaissait. Comme le constata un quotidien francophone, l’effet Happart a dominé l’effet Martens.

Les tractations pour la formation du gouvernement furent laborieuses. Martens VIII – socialistes et sociaux-chrétiens – entra finalement en piste. Et José Happart dut faire l’amer constat : Pour la deuxième fois, on a foulé les Fouronnais aux pieds.

Les dispositions prises pour Fourons et les communes à facilités s’inscrivaient dans la cadre d’une avancée significative du fédéralisme, par le biais d’un accroissement des compétences régionales et communautaires et l’instauration tant attendue de la Région bruxelloise.

Et le coq chanta pour la première fois

Lors d’une entrevue privée, José Happart nous raconta comment Guy Spitaels, le président du PS, l’avait sacrifié : Je lui avais fait savoir que je ne pouvais marquer mon accord sur un projet qui maintenait les Fourons en Flandre et qui prévoyait que, pour les bourgmestres et présidents de CPAS, la présomption de la connaissance de la langue pourrait être renversée à la requête respective d’un membre du conseil communal ou d’un membre du CPAS. Exception faite toutefois pour ceux qui avaient exercé ces fonctions entre le 1er janvier 1983 et le 1er janvier 1989, pendant au moins trois ans consécutifs, ce qui n’était pas mon cas… La réponse de Guy Spitaels fut cinglante : « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non ! ».

En 1992, le Premier ministre CVP Jean-Luc Dehaene parvint, de nouveau au prix de discussions pénibles, à un accord institutionnel qui faisait définitivement de la Belgique un Etat fédéral. Ce fut l’accord de la Saint-Michel. Mais François Perin avait bien flairé le piège : Je ne suis pas sûr que la Flandre ne poursuive pas le but d’asphyxier les écoles francophones.

Et le coq chanta pour la seconde fois

« Demandeurs de rien », les responsables francophones n’entendaient plus poursuivre la réforme de l’Etat. Ils furent toutefois contraints, devant les difficultés budgétaires de la Communauté française, notamment en matière d’enseignement – Perin avait vu juste ! -, de faire de nouvelles concessions en 2001, avec la signature des accords du Lambermont, du Lombard et de la Saint-Polycarpe.

Paul-Henry Gendebien, président du « Rassemblement Wallonie-France », raconte : Les négociateurs francophones avaient marchandé des principes contre de l’argent. On n’entendit plus les matamores se proclamant « non demandeurs ». (…) Furent ainsi concédés en finale des avantages profitables que l’on refusait d’envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les collèges communaux ; régionalisation de la loi communale en vue d’offrir à la Flandre des moyens plus vigoureux pour mettre au pas les Francophones de la périphérie.

Et le coq chanta pour la troisième fois

En 2010, la Belgique connut sa plus longue crise politique. Et le cirque recommença. Pour sortir de l’impasse, les Francophones cédèrent une fois de plus. « Madame Non » dut avaler la scission des allocations familiales et Bruxelles-Hal-Vilvorde fut scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

Et le coq chanta pour la quatrième fois

Lors de la campagne pour les élections de 2014, tous les présidents de parti francophones avaient juré de ne jamais s’allier à la N-VA. Mais pour devenir Premier ministre, Charles Michel changea d’avis.

Invité récemment sur le plateau d’une chaîne française, le philosophe Frédéric Lenoir a regretté que les responsables politiques soient davantage animés par leur carrière que par le bien commun.

Bart De Wever le sait déjà. Lorsqu’il mettra le confédéralisme sur la table des négociations après les élections de mai 2019, il finira par trouver un soutien francophone. Soit du MR pour rester au pouvoir, soit du PS pour revenir aux affaires. Le coq wallon chantera pour la cinquième fois.

Avec le confédéralisme, la Wallonie sera contrainte de prendre son destin en mains. Comme vient de le rappeler le président du MR, Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

L’attrait du pouvoir va donc plonger la Wallonie dans une situation extrêmement difficile. Privés des transferts flamands – quelque 7 milliards d’euros ! -, les Wallons n’auront d’autre choix que de se serrer douloureusement la ceinture.

Une solution : la France

Nous avons eu avec feu Jean Gol, dont le Centre d’études du MR porte le nom, de nombreuses discussions. Nous pouvons attester ici qu’il voyait l’avenir de la Wallonie en France. Paul-Henry Gendebien a également rapporté ce que Jean Gol lui avait confié lors d’une rencontre à Paris : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge, ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il m’avoua (…) qu’il pensait que notre avenir (…) serait français. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

Et si, plutôt que d’imposer un bain de sang social à la Wallonie, le ministre-président MR, Willy Borsus, appliquait le testament de Jean Gol en prenant dès maintenant l’initiative d’un think tank transfrontalier pour baliser une route qui, de toute façon, comme l’avait dit le général de Gaulle, s’avèrera incontournable ?

L’avenir de la Wallonie

Par Jules Gheude

Cette article d’opinion a été publié sur le site du magazine flamand Knack le 18 septembre 2018

L’avenir de la Wallonie n’est ni dans l’indépendance ni dans un confédéralisme belge

En 2011, Elio Di Rupo exprimait sa satisfaction. Il avait dénoué la plus longue crise belge et ainsi, pensait-il, sauvé le pays.

Pour parvenir à ce résultat, il avait dû renier sa promesse – qui était aussi celle des autres présidents de parti francophones : BHV était scindé… sans extension territoriale de Bruxelles.

La sixième réforme de l’Etat n’a fait que complexifier le processus de décision belge. Pour Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal français « Libération », le constat est sans appel : Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons (…) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. Récemment, le chef de la diplomatie, Stef Blok, a également reconnu que la Belgique était invivable.

Certaines personnalités de l’Open VLD, du MR et du CDH plaident aujourd’hui en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences. Mais les partis flamingants – du Vlaams Belang à la N-VA en passant par le CD&V – se sont empressés de fermer la porte : pas question de faire marche arrière.

Tout indique que la gauche retrouvera le pouvoir en Wallonie au lendemain des élections du 26 mai 2019. C’est ce qu’attend Bart De Wever, le président de la N-VA, pour mettre son projet confédéral sur la table.

Si les francophones le rejettent, la formation d’un nouveau gouvernement belge sera impossible. Or, qu’est-ce qu’un pays sans gouvernement, si ce n’est un pays qui n’existe pas…

François Perin avait annoncé ce scénario dès 1981 : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’interminables négociations, le malheureux chef de l’Etat se mettre à courir après un gouvernement introuvable. Le pays peut imploser. Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons seront alors contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée.

Dans une structure confédérale, la Wallonie devra aussi tirer son plan toute seule. Comme vient de la rappeler Olivier Chastel : On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur 10 ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en totale autonomie.

Si la Wallonie se voit retirer les quelque 7 milliards que la Flandre lui verse chaque année, elle se trouvera dans une situation budgétaire intenable qui l’obligera à se serrer douloureusement la ceinture. Cela pourra engendrer un climat quasi révolutionnaire, prévient Jules Gazon, professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège.

Mais le confédéralisme ne sauverait la Belgique que pour peu de temps, car la coquille belge vide apparaîtrait très vite comme superflue.

En fait, Elio Di Rupo n’a que faire de la survie du royaume. Seul le pouvoir importe pour lui. Mais cette fois, il est confronté à un défi crucial, car ses ambitions politiques pourraient conduire à un bain de sang social.

Feu Lucien Outers, qui a joué un grand rôle dans l’histoire du FDF et qui a fortement influencé Olivier Maingain, a écrit, dans les années quatre-vingts, une « Lettre ouverte au Roi ». Il y plaide en faveur d’une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue ; la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vue d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain doit relire ce passage, lui qui s’accroche désespérément à un fédéralisme que la Flandre a jugé dépassé depuis longtemps (voir les résolutions confédérales adoptées par le Parlement flamand en 1999).

La prospérité de la population wallonne ne viendra ni d’un confédéralisme belge ni d’un statut indépendant. Le président de Gaulle en était intimement convaincu : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation. La fierté de leur langue et de leur culture. Le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humanitaires.

Ce scénario présente encore deux avantages non négligeables. Une Wallonie intégrée en France resterait de facto dans l’Union européenne. Et c’est à la France qu’il reviendrait de négocier avec la Flandre et Bruxelles les modalités pratiques de la scission belge, notamment le partage de la dette.

Certes, cela aurait un impact financier pour la France. Mais pas de quoi inquiéter Bercy. La reprise des transferts flamands coûterait moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. A cet égard, Jaques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait écrit sur son blog, le 9 septembre 2009 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait.

Le jour où la classe politique wallonne ôtera ses œillères, un avenir prometteur s’offrira à la Wallonie.

Des testaments oubliés

Par Jules Gheude

Jean Gol et Lucien Outers ont tous deux joué un rôle essentiel au sein de leurs formations respectives, le MR et le FDF.  Le Centre d’études du MR porte d’ailleurs le nom de Jean Gol.

Mais que reste-t-il vraiment de l’héritage des deux hommes ?

Lors du débat pour la présidence du MR en 2011, Charles Michel titilla son challenger Daniel Bacquelaine à propos de son penchant rattachiste, un penchant que partageait pourtant Jean Gol.

Celui-ci connaissait les liens étroits que j’avais avec François Perin et, à de multiples reprises, il me posa la question : « Que pense en ce moment le maître ? ».

Je possède le petit mot manuscrit qu’il adressa à François Perin en 1983, suite à l’article que ce dernier avait écrit pour « Pourquoi Pas ? » et dans lequel, 23 ans avant le « Bye bye Belgium » de la RTBF, il décrivait par le menu la manière dont la Flandre finirait par proclamer son indépendance : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement – il était alors Vice-Premier ministre – en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance (…).

François Perin savait que Jean Gol avait le cœur tourné vers la France. C’est la raison pour laquelle il craqua littéralement en prononçant son éloge funèbre au cimetière de Robermont. Il expliqua plus tard : Il était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de la dislocation de la Belgique. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !

Il savait aussi que le parti réformateur ne poursuivrait pas dans cette voie : Jean Gol est mort, hélas ! Et le testament des morts, vous savez, on s’assied dessus…

Intéressant également est le témoignage apporté par Paul-Henry Gendebien à propos de l’entrevue qu’il eut avec Jean Gol à Paris, alors qu’il était Délégué général de la Communauté française de Belgique : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) C’est alors qu’il ajouta, et ceci compta, ce que j’avais déjà deviné sans difficulté : à savoir que notre avenir (…) serait français. (…) En manipulant (…) un certain nombre d’hypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas rien dans la politique française.

Lucien Outers laissa, lui aussi, un testament politique sous la forme d’une « Lettre ouverte au Roi », dans laquelle il prônait une discussion pour établir entre les composantes une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun. A défaut de cette volonté de dialogue la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vers la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution à son avenir.

Olivier Maingain a été profondément marqué par Lucien Outers, dont il partage l’élocution élégante, voire un peu précieuse. Mais incarne-t-il bien aujourd’hui l’héritage de son mentor ?

Dans son discours des Fêtes de Wallonie, le ministre-président Willy Borsus a évoqué une Wallonie nouvelle.

Ce n’est ni dans une structure confédérale ni avec un scénario indépendant, que cette Wallonie nouvelle verra le jour, mais bien au sein de la France, via un statut propre, tel que le décrit le constitutionnaliste français Didier Maus : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

Les organes d’auto-administration de la Wallonie pourraient ainsi subsister,  de même que ses compétences, qui seraient même élargies, puisque la Communauté française aurait cessé d’exister. Quant à l’ex-droit fédéral belge, il continuerait, sauf exceptions, à être d’application sous la responsabilité du législateur français.

Le délai, écrivait Jean Gol en 1983, est sans doute un peu plus long. Au lendemain des élections de mai 2019, l’échéance risque d’être au-rendez-vous !

Il est donc temps que les responsables politiques wallon ôtent leurs œillères. Car il y va, non pas de leurs ambitions personnelles, mais bien de la prospérité des Wallons. Des Wallons qui, comme l’a déclaré Charles de Gaulle en 1967, retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Qui vivra, pleurera !

Par Valmy

La Wallonie manque depuis « L’affaire royale en 1950 et la grande grève en 1960 » de perspectives. Minoritaire depuis 1830 au parlement « belge », elle abandonne depuis toujours à la Flandre les initiatives à caractère libératoire. A chaque avancée de la Flandre, devenue clairement une NATION, elle retient son souffle, courbe l’échine et… attend la suite des événements.

Il apparaît clairement que l’avenir de la Wallonie reste incertain parce que la Wallonie politique ne parvient pas à se projeter dans l’avenir, trop occupée à se chamailler telle une illustration du « village gaulois d’Uderzo et Goscinny ». Le cours politique wallon s’écoule au rythme de ce que la Flandre impose depuis les premières révisions institutionnelles et de ce qu’elle imposera au fédéral après les élections de mai 2019. Il ne faut pas perdre de vue qu’en ce domaine, la NVA n’est pas toute seule. Pas d’illusions, svp.

Les deux principaux protagonistes, MR et PS, risquent de devoir constater qu’ils n’auront d’autre choix que de lier leur sort et que les « combinaisons arithmétiques du genre communales ou provinciales » n’ont plus lieu d’être parce qu’il s’agit maintenant non de présider un Office du tourisme wallon mais de saisir fermement le « gouvernail de l’Etat wallon ».

L’Etat, qu’ils le veuillent ou non, c’est EUX, par le simple respect des choix des électeurs depuis des générations !

Il semble d’ailleurs que certains politiciens s’éveillent. Le président socialiste Elio Di Rupo a récemment, dans une interview (RTL le 16/09/2018), fait part de sa volonté de se consacrer à « Bruxelles et la Wallonie d’abord » (ndlr : La Wallonie d’abord, Bruxelles après et même jamais !).

« Le modèle institutionnel en Belgique, aujourd’hui, s’appuie principalement sur les régions. Le fait régional est quelque chose d’acquis. Si l’on parle aujourd’hui de refédéraliser certaines compétences, c’est du fait de la Flandre : dans toute une série de dossiers, c’est la Flandre qui bloque : saga des permis de conduire, le survol de Bruxelles, la tentative d’une bande de covoiturage sur l’autoroute pour rejoindre Bruxelles. C’est aujourd’hui la Flandre qui bloque ces dossiers qui pourraient bénéficier aux Wallons et aux Bruxellois. » (Pierre-Yves Dermagne, RTBF info du 17/09/2018).

Arriverait-elle enfin, l’heure du dessillement des yeux des politiques wallons ?

Depuis 1830, les Flamands travaillent pour eux, uniquement pour eux, avec la collaboration des Bruxellois (que les sceptiques relisent les comptes rendus parlementaires depuis Léopold Ier). La Belgique n’exista jamais pour eux sauf pour tromper ces Wallons, voisins obligés, qui refusent obstinément de voir plus loin que le bout de leur nez et qui se laissent toujours berner par le folklore monarchique, le Roi, la Loi, la Liberté…

Bref, TOUT sauf la France ! Qui vivra, pleurera !

Quand on est c…

Par Claude Roland

La Flandre a mis en place un processus de réduction progressive des transferts vers la Wallonie.

Nous sommes déjà dans le confédéralisme, quoi qu’en disent les partis et les médias francophones, médias dont la majorité sont bruxellois et n’ont que peu d’égards envers la Wallonie.

Pour s’en sortir, à l’instar de la Flandre, la Wallonie doit développer un esprit wallon, avec des organisations ayant la même dynamique que les organisations flamandes comme le Boerenbond, le Voka, Unizo, etc.

Quand on sait comment le Boerenbond et le Voka ont œuvré (et réussi) pour que la Flandre gagne à tous les coups, en détournant les ressources belges à son profit exclusif, il faut en prendre exemple.

Le Boerenbond domine tout l’agro-alimentaire belge, y compris en Wallonie.

Il ne faut donc pas s’étonner si la politique agricole belge favorise l’agriculture flamande et tue les agriculteurs wallons.

Il faut arrêter de jouer les naïfs et oser contrer les manœuvres flamandes pour sauver l’agriculture wallonne qui se meurt et se fait racheter ses terres par la Flandre.

Sait-on que la KBC (CBC en Wallonie), banque issue du Boerenbond, a dans ses statuts les objectifs ultra-flamingants de donner à la Flandre tous les moyens d’un état indépendant ?

Un état d’esprit bien présent lors des discours ultra-flamingants de son président.

Quand on sait que la Wallonie a, au niveau fédéral, participé au sauvetage du Boerenbond et aussi de la KBC, il y a de quoi se poser des questions.

Mais il faut dire que nos médias se gardent bien de nous informer sur les objectifs du Boerenbond, de la KBC, du Voka ou d’Unizo.

De même que, lorsque le général en chef de l’armée néerlandaise passe devant les couloirs de la RTBF pour expliquer, dans un débat de la VRT, l’intégration (absorption) de l’armée belge dans l’armée néerlandaise (une absorption qui affectera les bases wallonnes dont celle de Florennes et tous les emplois wallons dans l’armée), ni la RTBF ni les autres médias ne nous en parlent.

Car pour notre malheur, même s’ils sont financés par les Wallons, nos médias sont bruxellois.

Des médias qui nous chantent Bruxelles centre de tout, son esprit multiculturel supérieure aux autres et son aéroport flamand de Zaventem en Flandre.

Ils promeuvent le régionalisme bruxellois qui doit débarrasser Bruxelles de l’«ingérence» wallonne, son parti régionaliste bruxellois Defi qui va enfin bruxelliser cette pauvre Wallonie qui en a «bien besoin».

Ces médias nous donnent une image condescendante de la Wallonie. L’image où la Wallonie, contrairement à la Flandre et même à Bruxelles, va mal, est corrompue et trop souvent en grève.

Et quand ils doivent parler d’une réussite wallonne, ils parlent d’une réussite belgo-belge et certainement pas wallonne.

Franchement, je me demande pourquoi les politiques Wallons se sentent obligés de renforcer la solidarité avec Bruxelles au travers du brol Wallo/Brux/communauté française qui pèse lourd sur les finances wallonnes. Et à quand une régionalisation de la RTBF ?

En ce qui concerne l’infrastructure des routes, elle est bien régionalisée, c’est-à-dire que les routes wallonnes sont à charge des Wallons.

Pourtant, le lobbying flamand des transports camions se permet de faire pression et obtient des nouvelles routes qui l’arrangent, une meilleure fluidité de et vers les ports de Flandre et de Hollande (Vlaams en Hollanders samen), mais qui n’apportent pas grand-chose à la Wallonie.

La Wallonie a toutefois tenté de taxer ces camions. Mais elle a fait installer (par une société flamande) des portiques payants. Résultat : les camions des sociétés flamandes (bien informés par leur consœur flamande) font des détours bien ciblés pour payer un minimum, détruisant au passage nos routes secondaires, nos petites routes de campagne et même les rues des villes.

Faut dire que les autorités wallonnes n’osent pas interdire aux camions à fort tonnage l’accès à nos routes secondaires et petites routes.

Alors, pas facile de s’en sortir.

Pourtant la Wallonie détient l’or bleu, l’eau de source. Un trésor qui va devenir de plus en plus rare. Mais là encore, les politiques imbéciles wallons offrent ce trésor gratuitement à la Flandre et Bruxelles.

Pire, pour répondre aux exigences flamandes de qualité, la Wallonie nous taxe, nous Wallons, pour améliorer la qualité de l’eau.

Quand on est con…