Magritte aurait apprécié!

Par Jules Gheude

Les premiers exemplaires de l’avion de chasse seront livrés à l’armée belge en 2025, soit… l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus ! Surréaliste…

Nul doute que René Magritte aurait apprécié l’affaire.

A l’automne 2018, le gouvernement belge prend la décision de remplacer ses avions de chasse et opte pour le F-35 américain.

Premier côté comique : le ministère de la Défense est géré par Steven Vandeput, dont le parti, la N-VA, voue la Belgique aux gémonies et entend faire émerger une République flamande.

Sa coreligionnaire Liesbeth Homans, qui s’occupe de l’Intérieur au sein du gouvernement flamand, a d’ailleurs annoncé, en 2016, qu’elle espérait voir le Royaume disparaître en 2025. Et elle a expliqué comment elle voyait le scénario : « Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025. »

Des directions diamétralement opposées

Depuis lors, Bart De Wever, le président de la N-VA, a fait savoir qu’il entendait mettre le dossier du confédéralisme sur la table des négociations, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019.

Pour les nationalistes flamands, le constat est clair et il vient d’être confirmé par les récentes élections communales et provinciales : Flandre et Wallonie se dirigent politiquement dans des directions diamétralement opposées, l’une à droite, l’autre à gauche, avec, dans les deux cas, des chemins extrêmes.

Les premiers signes du confédéralisme

Plus question, en tout cas, pour la Flandre de continuer à se montrer solidaire d’une région dont la mouvance socialo-communiste ne peut que freiner le redressement. La fin des transferts financiers – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans. Le président du MR, Olivier Chastel, l’a d’ailleurs rappelé dernièrement : « On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur dix ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en toute autonomie. »

Il y a bien longtemps que la Flandre rêve du confédéralisme. Bien avant que la N-VA n’existe ! L’idée en avait été lancée, au début des années 90 par le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, qui, le 13 janvier 1993, précisait : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme ». Et, six ans plus tard, le Parlement flamand approuvait le projet. Victimes de leur aveuglement, les responsables francophones n’ont pas saisi la mesure de cette décision.

Une série de renoncements

De réforme en réforme, ceux-ci n’ont cessé de se présenter en « demandeurs de rien » pour finalement céder : en 1988, le PS a laissé tomber José Happart et la cause fouronnaise ; en 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on a accepté la surreprésentation de la minorité flamande au Parlement bruxellois et la régionalisation de la loi communale permettant à la Flandre de mettre au pas les francophones de la périphérie ; en 2011, les allocations familiales ont été scindées, alors que « Madame Non » avait toujours clamé qu’elle s’y opposerait, et le sort de Bruxelles-Hal-Vilvorde a été réglé sans extension territoriale de Bruxelles…

De Wever sur du velours

Tout cela pour soi-disant « sauver la Belgique ». Mais, en réalité, les responsables francophones ne sont préoccupés que par le pouvoir et la sauvegarde de leurs propres intérêts. Elio Di Rupo, il l’a dit, entend reprendre les rênes de la Wallonie dans sept mois. De son côté, le président de la FGTB, Robert Verteneuil, appelle de ses vœux la mise sur pied d’une coalition progressiste, composée du PS, du PTB et d’Ecolo.

Au vu de ce qui précède, Bart De Wever peut se frotter les mains. Il sait qu’il joue sur du velours !

Mais revenons à nos avions de combat. Dès le départ, la N-VA avait porté son choix sur le F-35. Faute de le respecter, on courait droit à la chute du gouvernement, chose que le Premier ministre Charles Michel ne pouvait envisager.

Mais le F-35 était-il vraiment le meilleur candidat ? C’est ce qu’affirme l’ancien colonel Luc Gennart, qui voit là une excellente nouvelle pour la défense européenne. Mais Jean Quatremer, le correspondant du journal Libération à Bruxelles, est d’un tout autre avis : « Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F-35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F-16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. » 

Avec son regard malicieux, le dessinateur Philippe Geluck se pose, quant à lui, cette double question : La N-VA n’a-t-elle pas écarté le Rafale tout simplement parce qu’il venait de France… où l’on parle le français ? Et, d’une façon plus générale, était-il nécessaire de dépenser tant d’argent pour ces avions ?

La réponse à cette dernière question se trouve dans le livre de François Perin Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, publié en 1981 chez Rossel : « L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. » 

On nous informe aujourd’hui que les premiers F-35 ne seront livrés qu’en 2025, l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus. Surréaliste, n’est-il pas ?

Nous avons déjà expliqué pourquoi, devenus bêtement belges tout seuls, pour reprendre l’expression de François Perin, les Wallons n’auraient d’autre choix que de se tourner vers la France… où ils seraient protégés par les Rafale.

5 réflexions sur « Magritte aurait apprécié! »

  1. On nous informe aujourd’hui que les premiers F-35 ne seront livrés qu’en 2025, l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus. Surréaliste, n’est-il pas ? (lire Jules Gheude ci-avant)

    Pas de problème, la facture s’ajoutera à la dette « belge » qui se discutera
    lors du divorce espéré entre Flandre et Wallonie. Les thèses concernant le problème de la succession d’États, sujet déjà relaté antérieurement, sont tellement alambiquées, diverses et contraires que cela se terminera en  » querelle de marchands de tapis « . A ce moment, prions que les « faiblards  » qui dirigent la Wallonie en appellent ENFIN à la France pour nous sauver du DESASTRE.

    Lire notamment : 1) La codification de la succession d’Etats aux traités, Éditions Presses Universitaires de France (PUF), Paris 1984, (ISBN 2130389120) de Zidane Mériboute;
    2) La continuité, l’identité et la succession d’États —
    Évaluation de cas récents par Wladyslaw CZAPLINSKI
    A c a d é mie d e s Sciences de Pologne (REVUE BELGE DE DROIT INTERNATIONAL 1993/2 — Éditions BRUYLANT, Bruxelles).

    Ce sera, certes, pénible, laborieux et rude mais nous pouvons nous en sortir si et seulement si un politique « illuminé » ne veuille désigner la Wallonie héritière de la Belgique défunte. Raison de plus pour LAISSER BRUXELLES/BRUSSEL à la Flandre comme les Mouvements Flamands et Wallons en convinrent et s’accordèrent sur l’idée d’une séparation administrative du pays en deux régions distinctes, qui auraient chacune leurs règles propres en terme d’emploi des langues.

    Cet accord débouchera sur la promulgation de la Loi du 31 juillet 1921, qui trace une frontière linguistique administrative qui découpe le pays en trois régions : les communes du nord doivent désormais utiliser exclusivement le néerlandais ; celles du sud le français ; la région bilingue de Bruxelles est redéfinie de façon restrictive.

    Aujourd’hui, l’agglomération bruxelloise devenue ( restons poli ) une « macédoine multiculturelle » ne présente plus aucune caractéristique, même mémorielle, pouvant la relier à la Wallonie. D’ailleurs, la direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique Eurostat, classe la capitale au deuxième rang des villes les plus cosmopolites d’Europe. Plus clair que cela, IMPOSSIBLE !

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  2. LA TARTUFFERIE DES AMIS BELGES
    Il ne faut pas s’étonner que le Royaume de Belgique de 1830 à nos
    jours ne déroge pas à sa caractéristique d’Etat tampon germanique francophobe, créé de toutes pièces par la Grande-Bretagne.
    La francophobie belge aussi appelée gallophobie, est une hostilité à l’encontre de la France, que ce soit son gouvernement, sa culture, son histoire, son peuple ou sa langue.
    Le malheur veut que depuis 1945 de nombreux wallons, en politique, sous le fallacieux prétexte de conforter la « petite patrie belge » collaborent allègrement à cette vilénie niant de ce fait non seulement leur propre origine mais encore celle de toute la population wallonne.
    En ce centenaire de l’armistice de 1918 seul le sol de Flandre et les cimetières britanniques eurent les honneurs de Phillipe de Saxe-Cobourg et de Charles Michel, Premier ministre.
    La presse en fait foi :
    a) Le roi Philippe, la reine Mathilde et le Premier ministre Charles Michel ont clôturé une longue journée de commémorations ce dimanche 11/11/2018 soir à Ypres. Sous la porte de Menin, ils ont assisté, à 20h00, au traditionnel Last Post, suivi par des milliers de personnes, dont de nombreux Britanniques.
    b) Dans le cadre des commémorations du centenaire de l’Armistice, la première ministre britannique Theresa May et le Premier ministre belge Charles Michel ont rendu hommage aux soldats britanniques tombés pendant la Première Guerre mondiale.
    Par contre, concernant la Wallonie, de la province de Liège (Liège) à la province de Hainaut ( Charleroi) , en passant par celles de Namur (Namur, Dinant) et de Luxembourg (Rossignol) , il faut se rendre à l’évidence que si à l’occasion du centenaire de l’Armistice, signé le 11 novembre 1918, de nombreuse commémorations furent organisées aux quatre coins de notre Région wallonne, il s’agit de traditionnelles cérémonies de recueillement aux monuments aux morts et cimetières (relais aux flambeaux sacré, spectacles, expositions, etc.) n’attirant aucune présence royale ou ministérielle fédérale et encore moins la présence de représentants français de haut niveau.
    Pour s’en convaincre, il suffit de se brancher sur le site du Consulat Général de France à Bruxelles, La France en Belgique, et de cliquer sur l’icône de Présence française, Notre mémoire, afin de constater qu’excepté le consul de France ou un de ses représentants aucun ministre français n’a semble-t-il été convié à commémorer l’événement sur le sol « belge ».
    Or si les batailles de Dinant, de Charleroi méritaient bien la présence d’un ministre français ou d’un général français, celle de Rossignol, du 22 août 1914, en Gaume (Lorraine wallonne), connue sous le nom de « surprise de Neufchâteau », méritait assurément la présence du Président Macron. D’autant plus qu’au cours du parcours mémoriel du Président de France à Verdun, à peine quatre-vingts kilomètres le séparaient de Rossignol, mais un président français en Wallonie quelle horreur, quelle épouvante !
    Pourtant l’actuel président de France ne s’appelle pas Charles De Gaulle et ne lui ressemble en rien.

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  3. Madame Liesbeth Homans va certainement apprécier la portée du discours du Ministre-Président bruxellois Rudi Vervoort devant plusieurs centaines d’étudiants de la faculté de sciences politique de l’université catholique de Louvain (U C Louvain).

     » Plutôt que d’envisager une septième réforme de l’État, il faut oeuvrer à la mise en place d’un espace de dialogue où les différentes entités du pays peuvent traiter d’égale à égale.

    « La capacité à trouver un espace de dialogue indispensable est sans doute la faille dans la sixième réforme de l’État. On n’est pas arrivé à trouver une capacité à dégager un intérêt qui soit commun entre les différents niveaux de pouvoir. Dans ce contexte, Bruxelles est à la fois un caillou dans la chaussure et un atout car elle impose aux différentes composantes de dialoguer », a notamment dit Rudi Vervoort, dans le contexte du débat sur le pacte national d’investissements..

    Rudi Vervoort s’est étendu sur la difficulté de faire vivre la zone centrale du pays dans sa dimension de  » métropole » (sic), dans le contexte institutionnel belge. Enfermée institutionnellement dans ses 162 km2, Bruxelles n’a pas été pensée dans cette dimension, à l’image des autres grandes villes du monde telles que Londres, Lisbonne ou Berlin, qui sont confrontées aux mêmes défis de croissance démographique, de concentration urbaine, de qualité de l’air et de l’environnement, de gestion des flux de déchets, de mobilité, d’exclusion sociale, etc., a expliqué le ministre-président bruxellois.

    Ndlr : le rêve passe …

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  4. Une énième histoire belge, effectivement!!! Un pays qui n’en est plus un depuis des lustres! Comment voulez-vous qu’il en soit autrement? Vivement qu’on (qu’ils) en finisse(nt)!!! Encore faut-il avoir le courage de part et d’autre pour divorcer « à l’amiable » et repartir chacun de son côté vers d’autres horizons… (eux en noir-jaune ou orange et nous en bleu-blanc-rouge, et à la limite les germanophones pourraient encore conserver les mêmes couleurs…).

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    1. Un petit moment d’humour.
      Ces samedi 1er et dimanche 2 décembre, le Cercle Gaulois (Bruxelles) accueillait des écrivains et des conférenciers amoureux de l’Histoire et du Patrimoine historique.
      Stéphane Bern et Patrick Weber étaient les personnes les plus attendues par le public, tout naturellement de langue française ou francophone.
      Stéphane Bern, défendant le patrimoine historique, se plaignit du peu d’intérêt porté à celui du 19e siècle; généralement jugé inintéressant car pas assez ancien.
      Or, le parc immobilier datant du 19e, en France comme en Wallonie, recèle de nombreux témoins de qualité de cette période de l’ère industrielle ( maisons, châteaux, usines, etc.).
      Le public ne réagissant pas à cet avertissement, Stéphane Bern insista, face à tous ces « bons belges », en leur rappelant que LA BELGIQUE C’EST BIEN LE DIX NEUVIEME SIECLE !
      Et d’insister:  » 1830, c’est quand même bien l’origine de la Belgique  » !
      Hésitation puis applaudissement et, surprise, aucune remarque par Weber, pourtant très proche des thèses des iguanodons de Pirenne.
      Evidemment, le Belge ne  » descend pas en flamme  » Stéphane Bern quand il lui « plaque « la réalité sur le nez.
      Heureusement qu’il existe, à l’occasion, des intouchables !

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