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Publifin : le début d’une révolution ?

Par Paul Mélot

Suite à mes billets d’humeur, un de mes amis a récemment publié des commentaires tentant à démontrer qu’existe un grand complot contre PUBLIFIN… et que, tout en reconnaissant du bout de la langue les exagérations relatives aux jetons de présence-absence, il trouvait mes termes  excessifs. J’ai, et je maintiens mes propos, qualifié certains mandataires de concussionnaires corrompus !

Un nouveau démissionnaire, après EMONTS, MANZATO…, Claude PARMENTIER, qui n’est en rien un second couteau comme les autres, vient de faire un « aveu » qui sent la bombe à fragmentation à retardement à plein nez… MANZATO était le président de la Fédération PS Huy-Waremme. D’autres présidents de fédérations devraient commencer à s’inquiéter…

Explications : pour rappel, revenons à l’existence du décret wallon anti-cumuls que PS, CDH, MR entendaient revoir il y a vraiment peu de temps mais qui a subi depuis un rétropédalage extraordinaire de la part des mêmes qui se rendaient compte des dégâts qu’ils allaient faire dans l’opinion publique, pas seulement wallonne (ouille DE WEVER …). Cette existence, donc, dérangeait au plus haut point un certain nombre de mandataires de tous niveaux. Pourquoi ?

L’instauration d’incompatibilité de mandats de directeur d’intercommunale avec celui de bourgmestre ou d’échevin pour éviter tout conflit d’intérêt (les mêmes s’auto-contrôlant) mettait en grande difficulté le bourgmestre d’Ans et directeur chez TECTEO, pour faire bref.

Un grand écart fut trouvé par les stratèges et approuvé par les responsables liégeois du CDH, du PS et du MR, il faut bien le rappeler. L’ex ALE-ALG, TECTEO, VOO, etc…, intercommunale pure, fut divisée en plusieurs morceaux : 1) création de PUBLIFIN, restant intercommunale pure; 2) création de FINANPART, structure intermédiaire à laquelle 3) NETHYS, société PRIVEE, devait rendre des comptes.

Tout cela en faisant main basse sur des fonds de pensions publics… Opération dénoncée à juste titre, en son temps, par les syndicats.

Donc, au départ d’une intercommunale PURE, on créait des entités nouvelles, dont l’une, purement privée (Nethys), permettait à une personne de contourner le décret, puisque devenant  chef d’entreprise privée… Ceci allait permettre, entre autres, par après, de racheter consécutivement les Editions de l’Avenir – qui furent précédemment propriété de l’Evêché de Namur – et de racheter également le journal NICE MATIN. On voit tout de suite l’exceptionnel rapport entre l’économie wallonne et un journal méridional ! Et la plus-value que pouvait bien rapporter cette gazette éloignée de plus de mille kilomètres ! Je peux blaguer, tout de même !

Il faut bien encore une fois rappeler l’exceptionnelle récolte que faisaient les partis liégeois PS, MR, CDH : chacun y trouvait son compte, voyons ! Je te tiens tu me tiens par la barbichette, air connu. Donc, chacun y plaçait ses mandataires. Avec la bénédiction, si l’on peut dire, des présidents de partis, tant fédéraux (DEMEYER, BACQUELAINE, PIRMOLIN) que « nationaux » (DI RUPO, LUTGEN…).

Ainsi a-t-on créé et multiplié des comités aussi inutiles que non-décisionnels pour lesquels les heureux participants récoltaient des  royalties … sans être présents… Ceci est la très récente actualité. 

Mais avec la démission dudit PARMENTIER, un nouvel étage à la fusée intersidérale vient de voir le jour.

Explication : la Loi belge ( celle du parlement, pas celle des baronies locales) limite à tout mandataire local, régional, fédéral et aux grands commis de l’Etat, le plafond de gains publics à une fois et demie l’indemnité parlementaire.  PARMENTIER vient de faire une démonstration extraordinaire de l’ingénierie politique. Sa justification : sa participation dans NETHYS est PRIVEE. Donc n’entre pas dans le compte de la Loi… (exactement comme un bourgmestre,vétérinaire ou un échevin, avocat, ou un président de CPAS, enseignant, à titre privé ne relèvent  pas, à juste titre, de ce cas).

Comprend-on la chose:

1) je suis membre d’une intercommunale, mandaté par ma commune, mon CPAS ou ma province.

2) cette intercommunale me balance dans « sa » société privée.

3) jackpot ! 

4) banco: avec l’argent public, je joue privé.

H O R R I B L E  !

Donc, PARMENTIER,  par ailleurs chef de cabinet-adjoint démissionnaire du ministre FURLAN est le fusible qui saute. Y aura de la joie, demain mercredi, au parlement wallon, où le MR va réclamer la démission du ministre socialiste, alors que son propre parti a admis et profité de la combine.  FURLAN  sera évidemment soutenu, majorité wallonne oblige, par le CDH qui lui-même a admis et profité de la même combine. Pas  un peu hypocrite, l’affaire ?????

Que faut-il déduire de tout cela? D’abord que les partis qui dénoncent le populisme sont évidemment ceux qui le construisent. Dégâts (irréversibles?) dans l’opinion publique…

Que les grands chefs (DI RUPO,…), sous peine de se discréditer complètement, doivent mettre les mains dans le cambouis : comment? Faire démissionner tous les corrompus, à tous niveaux et rembourser les sommes de la corruption à l’intercommunale. Ne pas leur permettre de se représenter aux prochaines élections. Obliger les présidents des fédérations concernées (DEMEYER, BACQUELAINE, PIRMOLIN) à faire modifier les statuts pour empêcher toute récidive  et faire en sorte que NETHYS, extirpant les scories (Avenir, NICE MATIN, etc…) retrouve un statut PUBLIC, sans quoi ils s’exposent eux-mêmes directement à la démission (rappel : ils ont « couvert » toutes les opérations, rien ne s’est fait sans leur accord).

Si les grands chefs (DI RUPO…) ne procèdent pas de la sorte, ils seront inévitablement assimilés aux autres concussionnaires corrompus! C’est le prix à payer pour que l’opinion publique maintienne sa confiance dans les pouvoirs publics.

Que faut-il faire en sus ? Réexpliquer le rôle essentiel des intercommunales dans lesquelles il faut investir pour les services que le citoyen a le droit d’obtenir. C’est tout le contraire d’une attaque du système que les poujadistes vont faire sans aucun doute. Heureusement que le front national n’existe pas ici ! On voit d’ici tout le parti qu’il en tirerait…

Encore une chose: j’agis en homme LIBRE, en conscience, dénonçant la gabegie et l’hypertrophie d’une CERTAINE administration, au sens large. La Wallonie vaut mieux que tout cela! J’y crois! Je ne roule pour personne, je ne roule contre personne. Simplement, pour le respect de la démocratie.

L’école, un centre de triage ?

Lettre envoyée à Pierre Bouillon, journaliste

Pourquoi tant de simplisme pour expliquer le désolant classement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles après cette énième enquête Pisa ? Car il s’agit bien de simplisme intellectuel quand on prétend expliquer un phénomène aussi complexe par une cause unique comme le triage des forts et des faibles conçu et organisé par notre système scolaire.

Tout au long de ma formation, en histoire et en sciences politiques, j’ai appris que tout phénomène social ne pouvait s’expliquer qu’en termes d’analyse multi–variée et j’ai la conviction que les causes de la déglingue scolaire sont multiples, à la fois internes (la « boîte noire » de la motivation et de l’autonomie des acteurs, les démarches méthodologiques (quels apprentissages de la lecture et avec quelle efficacité, quelles manipulations mathématiques et pendant combien de temps… ?) et externes (les ressources allouées, la valorisation du travail intellectuel, et donc de l’effort, dans une société où prime le rendement immédiat, l’engagement parental en faveur de la culture…).

Comment expliquer pareille posture intellectuelle, sinon par une idéologie : celle de l’infrastructure marxisante qui privilégie la notion de classe sociale pour expliquer la société.

Le monde est plus complexe, M. Bouillon ! Et l’école aussi quand on la connaît de l’intérieur, quand on évite de la reconstruire en fonction de son histoire personnelle.

Ni l’intellectuel, ni le journaliste ne devraient se satisfaire d’une posture aussi réductrice.

Bien à vous,

Jean-Luc Lefèvre

Directeur d’écoles normale et secondaire en retraite

« Marianne » et Pisa

Ci-dessous, un article de Marianne que nos « responsables » devraient lire avant de décider,  j’en retire notamment

1) « la recherche de corrélations n’est qu’un premier pas, très insuffisant, vers l’imputation causale » : enfin, quelqu’un qui se rappelle de ses cours de statistiques et qui n’est donc ni incompétent, ni malhonnête;

 2) mise en garde contre la tendance à  aller piocher l’une ou l’autre mesure dans un pays « plus efficace », en dehors de tout contexte global (« il est vain de vouloir emprunter des éléments isolés, qui perdent de leur sens hors de leur contexte ») : que celles et ceux qui veulent emprunter au système finlandais l’idée du non-redoublement imposé et généralisé lisent cet article;

3) mise en évidence de biais dans la méthode : dès les premiers résultats PISA, j’avais écrit un article mettant en évidence le « caractère anglo-saxon » des démarches qui sous-tendent le questionnement des élèves.

Jules Jasselette, Echevin de l’Instruction honoraire à la Ville de Liège

Tribune dans l’hebdomadaire « Marianne »

Ecole : sachons faire bon usage du classement PISA

Par Charles Hadji, Professeur émérite (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

Quels qu’ils soient, bons ou mauvais, il n’est pas possible d’ignorer superbement les résultats d’une enquête telle que PISA…

Sur The Conversation, Marie Duru-Bellat a consacré une analyse très pertinente aux problèmes de « lecture » des résultats des enquêtes PISA. Un lecteur a cru y déceler une « hâte » suspecte à « désamorcer » les résultats annoncés ce mardi 6 décembre 2016.

Cette hâte manifesterait la crainte de la vérité, et le désir de cacher le fait « qu’en France on ne sait plus enseigner ». Marie Duru-Bellat dénonçait un risque de « dérapage » dans une interprétation précipitée. Monsieur Jeanneret dénonce un risque d’affadissement, voire de déni, des résultats eux-mêmes. Ces deux risques sont-ils réels ? Qu’y a-t-il le plus à craindre ?

Des données pleines d’enseignement

Il est clair que la politique de l’autruche est condamnable. Quels qu’ils soient, bons ou mauvais, il n’est pas possible d’ignorer superbement les résultats d’une enquête telle que PISA. Certes, celle-ci souffre de quelques imperfections, que Marie-Duru-Bellat rappelle à juste titre, et qui avaient déjà été pointées, entre autres, par Julien Grenet dans Le Monde en 2013.

On peut retenir l’existence de biais culturels (familiarité avec le type d’exercices et de questions) ; l’importance des marges d’erreur inhérentes à une enquête portant sur des échantillons ; et enfin le fait que tous les jeunes de 15 ans ne sont pas concernés, alors que les situations scolaires des jeunes touchés varient selon les pays.

Cela fragilise le palmarès, mais n’enlève rien à la richesse des données recueillies, ni à l’intérêt de la périodicité régulière du recueil d’informations, qui rend possible le constat d’évolutions.

À cet égard, il faut bien reconnaître que, de 2000 à 2012, la courbe (descendante) des résultats des jeunes Français ne s’est pas inversée, bien au contraire ! Tous les 3 ans, on peut faire le même, et très préoccupant, constat : la France décroche, et s’enfonce, tandis que les inégalités scolaires s’accroissent. Refuser de voir cette réalité constituerait bien un inadmissible déni, pouvant faire suspecter que l’on veut cacher quelque chose. Par exemple, sa part de responsabilité dans les mauvais résultats…

Comparaison n’est pas raison

Que peuvent faire d’utile ceux qui voudraient dépasser le stade des lamentations ?

Deux voies, complémentaires, se présentent :

1. essayer de comprendre comment on en est arrivé là (repérage et analyse des erreurs commises) ; identifier d’éventuels facteurs d’amélioration. La première voie conduit à approfondir l’analyse de la situation française, pour voir ce qui « cloche » ; la seconde, à rechercher ce qui marche ailleurs, dans les pays les mieux classés. Dans les deux cas, il faudrait pouvoir établir des relations de causalité.

2.  Dans le second cas, par exemple, comme Marie Duru-Bellat l’a souligné, il est vain de vouloir emprunter des éléments isolés, qui perdent de leur sens hors de leur contexte. Car il faudrait tenir compte de la globalité et de la complexité des situations.

De plus, les pays obtenant les meilleurs résultats (exemples, la Corée du Sud et la Finlande en 2009), peuvent avoir des « politiques éducatives » très différentes, voire opposées (pression et sélection d’un côté, patience et accompagnement de tous de l’autre). Que choisir : régime sévère et rythme d’enfer, ou bien vision positive et responsabilisation de l’élève ? Et quand Shanghaï prend la tête en 2012, faut-il vouloir transformer les écoliers français en bourreaux de travail, et les soumettre à une « ubuesque docilité » de type chinois ?

Comment fonctionne l’enquête PISA ? (OCDE, 2016).

La tentation du patchwork

Ce qui est à craindre est donc bien, ici, la précipitation naïve qui conduirait à faire son marché en piochant dans le magasin universel de ce qui semble avoir réussi, comme si toutes les pratiques étaient interchangeables. Une mise en garde contre le risque d’une recherche superficielle et précipitée de pratiques efficaces était salutaire.

Emprunter la première voie place devant le même problème. Il faudrait pouvoir repérer, sinon, dans l’idéal, des réseaux, du moins quelques lignes indiscutables, de causalité. Une première étape sera la mise en évidence de corrélations entre deux variables. Par exemple, les résultats des élèves, et : leur origine socio-économique ; l’implication des parents ; le type de logement occupé par la famille ; la durée de la journée d’école ; le niveau des dépenses consacrées à l’éducation ; la qualité des enseignants ; la durée et le niveau de leur formation.

Mais, pour que la corrélation prenne du sens, il faudrait la situer dans un contexte politique et social concret. En observant, par exemple, que le salaire des enseignants est en recul, en France, depuis 1995. Ou que leur formation a été supprimée sous le quinquennat Sarkozy !

Mais, pour intéressante qu’elle soit, la recherche de corrélations n’est qu’un premier pas, très insuffisant, vers l’imputation causale. Car d’une part elle ne relie le plus souvent que deux variables seulement. Et, d’autre part, elle n’est nullement gage de causalité.

Une troisième variable, ou (plus vraisemblablement) un réseau de variables, peuvent être à l’œuvre derrière la corrélation mise en évidence. Ce qui est à craindre à ce stade est donc la croyance selon laquelle une variable reliée par corrélation à une autre est ipso facto cause de cette autre. Et de conclure trop vite (autre précipitation coupable) que l’on a trouvé la cause de ce qui cloche.

Relier le transversal et le longitudinal

La recherche des causes exigerait une identification des dynamiques éducatives à l’œuvre dans la durée. Il faudrait pour cela, comme l’écrit Duru-Bellat, pouvoir relier le transversal – les résultats d’une enquête – et le longitudinal – des séquences temporelles entre les variables. Ce qui est d’autant plus grave que cette recherche s’effectue le plus souvent en tenant pour causes possibles des réalités aussi larges que floues, comme l’école, les « politiques éducatives », le « savoir enseigner » (« on ne sait plus enseigner… »), voire l’action (à coup sûr néfaste) des « pédagogistes ».

Ce que l’on peut redouter le plus est donc bien finalement que l’on tombe dans une lecture partisane des résultats de l’enquête. Ce risque devient majeur quand l’on veut interpréter les données produites en recherchant des causes dans l’axe d’un questionnement sur les responsabilités. C’est alors la porte ouverte à tous les raccourcis, et à toutes les interprétations sauvages, dans des grilles de lecture imprégnées d’idéologie.

Personne n’est à l’abri. Ni, certes, ceux qui voudraient gommer leur part de responsabilité. Ni, plus encore, ceux qui verraient là une occasion de terrasser leurs ennemis intimes. Comme, par exemple, ceux qui entonneront à pleins poumons le petit air que fredonnent déjà les pourfendeurs des « assassins » de l’école (qui, soyons-en sûrs, se sentiront revigorés par les résultats de l’enquête PISA) :

« Si ça ne va pas mieux

C’est la faute à Meirieu

Si l’on tend vers zéro

C’t’à cause des pédagos ! »

Charles Hadji, Professeur émérite (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

Note de l’AWF : le raisonnement de Charles Hadji ne s’applique-t-il pas aussi à la Wallonie ? 

FRANCE INTER TRAHIT !

France Inter a donc décidé de cesser d’émettre en longues ondes. Au-delà de toutes considérations techniques et financières au sujet desquelles il y aurait sans doute bien des choses à dire, elle a ainsi pris le parti de se défaire d’une part de ses auditeurs, (très) fidèles pour certains d’entre eux, français souvent mais pas seulement, vivant à l’étranger.

Je ressens cela comme de la trahison.  Et les solutions palliatives exposées sur le site de la chaîne ne corrigent en rien cette impression : je ne balade pas mon ordinateur de pièces en pièces pour écouter la radio, le smartphone s’écoute avec une oreillette et l’achat d’une radio connectée (!) n’est financièrement pas négligeable, à fortiori quand il peut être question d’équiper son chez soi déjà pourvu en radios « ordinaires ». Il nous est proposé du bricolage technocratique et puéril en lieu et place d’un système simple et qui a fait ses preuves !

Un juriste spécialisé aurait peut-être un avis à émettre : sacrifier de la sorte une part se ses auditeurs est-il parfaitement légal au vu des obligations que doit assumer un service public ? Pour ma part, je ne peux réagir que comme l’un de ces auditeurs fidèles qui se voient, littéralement, trompés, trahis. Comme Français, je m’interroge sur une stratégie qui fera en sorte que la France perde une voix à l’étranger. Et comme citoyen conscient, je ne peux que m’interroger sur la portée d’une décision qui fera en sorte que le privé, une nouvelle fois, retirera les marrons du feu. France Inter se retirant, de fait et en dépit des bricolages au-dessus évoqués, permettra à Europe 1, RTL et consorts de s’épanouir sans plus de concurrent sérieux…

France Inter doit rester fidèle autant que nous le sommes…

Jean-Christophe Yu

Auditeur français (de père en fils !) vivant en Belgique (Liège)

Ave Trump !

Un billet de Jean-Luc Lefèvre,  Emptinne

La victoire de Trump, c’est l’échec des prétendues consciences morales et du mimétisme largement partagé à se boucher le nez : personne, une fois de plus, n’a imaginé l’inimaginable, ni les instituts de sondages, ni les salles de rédaction, ni les grandes voix politiques, ni les stars du spectacle appelées à la rescousse en vols last minute! La victoire de l’Auguste clown made in U.S.A., c’est l’échec d’une démocratie confinée en ses cénacles, de préférence dorés, et toujours insonorisés, tellement appréciés des « élus du peuple » et de leurs sherpas, tous experts, bien entendu ! C’est la revanche de la plèbe et de ses sans grade de l’arrière–pays abandonné à son sort contre le peuple bien éduqué, citadin le plus souvent, qui aime aussi donner des leçons aux non- initiés.

Et si les Etats-Unis, comme c’est souvent le cas, ne constituaient pas l’avant-garde d’une colère qui est prête à tout ? Quand on croit ne plus rien avoir à perdre, on joue tous les Duterte, tous les Maduro de la planète…et on perd tout. Mieux vaudrait qu’on s’en souvienne aussi dans les salons de nos pouvoirs à nous !

Ceta : le débat est lancé

Vous le savez, mais il est bon de le rappeler, l’AWF est un mouvement citoyen pluraliste. Aussi est-ce avec plaisir que nous publions ci-dessous un article d’opinion que nous envoie Pierre Hazette. Cet article se trouve sur le site du journal Le Soir. Que le débat continue sans tomber dans la précipitation… (Paul D.)

Puisqu’ils sont désormais mieux éclairés sur le contenu d’un traité dont ils demandaient par une résolution du 25 avril 2016 qu’il devienne « mixte » – ce qu’il est devenu –, les parlementaires wallons pourraient vouloir tenir compte des quelques éléments suivants en toute dernière minute :

1. Nous en sommes à la signature du traité, c’est-à-dire à la fin des négociations, pas à son approbation sur le fond ni à son entrée en vigueur définitive. Tous les parlements seront encore appelés à approuver le Ceta. On verra alors si les peuples d’Europe, à travers leurs élus, le soutiennent ou pas.

2. Certes, parce qu’il est devenu « mixte », ce traité est appelé à entrer en vigueur provisoirement. C’est une pratique constante de l’Union européenne et cela n’a rien de définitif ; ainsi que la Cour constitutionnelle allemande l’a rappelé récemment, chaque Etat pourra mettre fin à cette application provisoire s’il ne le ratifie pas. La Wallonie ne doit pas physiquement signer le traité elle-même : elle pourrait seulement, à ce stade, ne pas refuser que la Belgique le fasse.

3. Toutes les annexes, déclarations et notes de bas de page au Ceta en font partie intégrante (art. 30.1) et ont donc la même force juridique en droit international que le traité lui-même. Une déclaration interprétative n’a pas la valeur d’un prospectus de vacances, contrairement à ce que l’on a très sottement soutenu.

4. Les niveaux de protection de nos législations dans toutes les matières sensibles telles que la santé, la sécurité alimentaire, l’environnement ne sont pas mis en danger par le Ceta. Notre droit de conserver un niveau élevé de protection, de réguler, est assuré et ne changera pas aussi longtemps que nous ne voulons pas le changer. La crainte du bœuf aux hormones, des poulets chlorés et des OGM ne tient pas.

5. Le Ceta est un traité de commerce et d’investissement. Si les règles protectrices des investissements (qui sont précises et resserrées par rapport aux abus actuels) sont interprétées différemment de part et d’autre de l’Atlantique par les juges nationaux, les multinationales en profiteront et les flux financiers changeront au gré des interprétations divergentes. Seule une juridiction internationale peut assurer qu’il n’y a pas de concurrence dans la protection des investissements. Par ailleurs, les règles du Ceta ne peuvent pas être appliquées par les juges nationaux (art. 30.6), ce qui préserve l’autonomie législative des Etats et de l’Union : devant les juridictions nationales, un exportateur ou un investisseur ne peut pas attaquer en nullité une loi en se prévalant du Ceta. Veut-on changer cela ?

6. Le Ceta change profondément le système actuel des tribunaux « privés » d’investissement. On a comparé des pommes et des poires. Ce n’est pas sérieux. Le Ceta prévoit un tribunal des investissements à la compétence limitée, ne pouvant connaître que de certains litiges selon des règles bien plus précises qu’aujourd’hui. Il y aura un mécanisme d’appel et tous les juges seront sélectionnés, nommés et payés par les Etats. Ils ne pourront pas, pendant qu’ils sont juges, s’occuper de différends d’investissement. De la même manière qu’il vaut mieux que les juges nationaux aient une certaine expérience du contentieux avant de devenir juges, il est préférable de nommer des juges internationaux expérimentés : expérience et indépendance ne sont pas incompatibles.

7. Devant le tribunal international des investissements Ceta, les PME wallonnes ayant investi au Canada pourront être défendues par leurs avocats. Si elles gagnent, leurs frais et débours sont mis à charge du Canada. Devant les juridictions canadiennes, elles devraient être représentées par des conseils canadiens et soumises à la procédure canadienne.

8. Comment demander aux autres Etats du monde qu’ils acceptent un tribunal des investissements parce que l’on se méfie de leurs juridictions nationales si nous n’en avons pas avec un Etat aussi proche que le Canada ? On nous répondra : deux poids deux mesures et nos investisseurs devront se défendre devant des juridictions nationales dont l’indépendance peut vraiment être mise en doute. Le Ceta est un modèle à cet égard et le tribunal des investissements pourra devenir multilatéral au fur et à mesure des traités conclus.

9. Le « non » wallon renforce tous les eurosceptiques et réjouit certainement les Brexiters  : le Royaume-Uni va sortir de l’Union, il obtiendra sans doute un accès pas trop défavorable au marché intérieur et conclura ensuite des traités de libre-échange avec ses si proches alliés que sont le Canada et les Etats-Unis. En conséquence, les investisseurs nord-américains s’installeront au Royaume-Uni plutôt que sur le continent et les biens produits en Angleterre grâce à des capitaux américains et canadiens envahiront le marché de l’Union, à notre détriment. Il en sera d’autant plus ainsi qu’après quelques années difficiles post-Brexit, la livre sterling sera faible et concurrentielle face à l’euro. Le chômage diminuera au Royaume-Uni, il augmentera sur le continent. Bonne chance ensuite pour résister aux torpilles que lanceront Mme Le Pen et consorts. L’Union sera encore plus décrédibilisée dans l’opinion publique. Il n’est pas certain que ce scénario se produira, mais le refus wallon le rend possible. C’est une énorme responsabilité.

10. Pendant des années, on s’est plaint que l’Union européenne n’avançait pas parce que les gouvernements britanniques successifs rejetaient systématiquement la faute sur les institutions européennes. On fait désormais exactement la même chose : on dit ainsi que la Commission s’est comportée comme un « délinquant politique ». Peut-on arrêter de nourrir la théorie du complot ?

11. Le monde est complexe. On ne le change pas tout seul dans son coin et un traité international ne se conclut pas tout seul. Il est toujours le résultat d’un compromis et, s’il faut bien entendu être extrêmement vigilant, il faut le juger dans son ensemble pour ce qu’il est. Ce pays a une longue tradition de compromis et d’ouverture internationale par le droit. Le dommage fait à la réputation de la Wallonie comme terre d’accueil aux investissements étrangers (et pas seulement canadiens) est énorme. Belle publicité gratuite pour la Flandre. On espère voir autant d’énergie mise à reconstruire notre réputation qu’à la détruire.

12. La démocratie et la complexité ne sont pas antinomiques, même s’il est parfois difficile pour l’opinion publique de ressentir une allégeance pour des institutions perçues comme complexes et lointaines. Une grande partie de l’opinion publique soutient, en Wallonie et au-delà, le gouvernement wallon. Les groupes de pression altermondialistes et anticapitalistes, qui ont poussé à demander la mixité du traité afin de le bloquer, ont extrêmement bien préparé les esprits. Pourtant, on n’améliore pas le monde et la démocratie en répandant des rumeurs sur le contenu de textes et en adoptant un discours qui oppose le peuple aux soi-disant élites. Quand un politicien fait cela, il est applaudi par le peuple, il augmente son propre pouvoir, il règne par la suspicion et non la raison. On a osé dire sur un plateau télé qu’il « ne fallait pas avoir lu le Ceta pour le comprendre » : n’est-on pas tombé bien bas et ne mérite-t-on pas un débat public d’une autre tenue ?

L’automne d’un pays…

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Avec le retour de l’automne, on ne peut que s’émerveiller des couleurs d’un attelage toujours belge en droit, mais toujours plus déplumé comme son premier ministre en titre.

Jour après jour en effet, comme nos forêts wallonnes, la bell(g)e se dénude toujours un peu plus.

La mortelle incursion des F16 pour les civils syriens dénoncée par la Russie ? Un vulgaire montage en 3D dénoncé par la RTB toujours Francophone, mais exclusivement  dans la langue de Vondel par trois hauts responsables des forces armées : le patron de la composante aérienne, le responsable du contrôle aérien (basé à Glons en région liégeoise) et le ministre fédéral ! La Belgique, un état fédéral confisqué !

Ministre de la Défense, mais aussi de la Fonction Publique, et toujours nationaliste flamand (le cumul simplifie toujours les choses !), il annonce dans le même temps la prochaine évaluation linguistique des hauts fonctionnaires de l’état dit « fédéral ». Mais en excluant des légitimes compétences exigées, la langue allemande reconnue par la Constitution ! Comment ne pas être plus clair quant aux réels enjeux de l’affrontement français – néerlandais ?

Les vrais enjeux ne sont pas linguistiques. Ils résident aussi dans le respect de la loi et de l’état de droit.

Le chef de l’état est en visite au Japon à la tête d’une mission économique, et donc une visite officielle ? Son irresponsabilité politique exige qu’il soit accompagné d’un ministre pour apporter son contre-seing. Ni Reynders (retenu à Bruxelles), ni le Secrétaire d’état au Commerce extérieur (en formation aux States) ne sont présents, Philippe sera donc seul, comme un grand, tout nu politiquement…

Quand la Région wallonne renâcle légitimement (un traité mixte, une compétence dévolue aux régions à la demande de la Flandre lors de la dernière réforme de l’État) au traité commercial avec le Canada, un partie de Septentrion (l’Open VLD, pas la N-VA, plus diplomate) crie au scandale et exige de passer outre en instrumentalisant un Sénat rendu croupion…

En Belgique, décidément, les feuilles tombent. Les masques aussi.

Les choses sont de plus en plus claires dans cet espace d’entre-deux façonné par les grandes puissances au lendemain de Waterloo : si l’état belge survit, ce sera un état flamand. S’il devait disparaître, et les ministres N-VA chargés des compétences régaliennes sont performants à cette « fin », ce sera à charge des francophones lésés par une injuste clé de répartition des moyens (60 – 40%) préjudiciable aujourd’hui aux étudiants en médecine et aux investissements dans le rail, demain à la ventilation d’une dette excessive. Marche ou crève, tel est le message !

Le désastre scolaire

M. Jules Jasselette nous envoie ce qui suit. Rappelons que M. Jasselette (PS) fut un brillant Echevin de l’Instruction Publique à la Ville de Liège.

Politique et indignation

Un billet d’humeur signé Adrien Lhomme

Haro sur la France !

Incapables de réfuter les arguments avancés en faveur d’une intégration-autonomie de la Wallonie à la République française, nos cénacles politiques recourent à une stratégie vieille de deux siècles : le dénigrement systématique et obsessionnel de la France.

Elections_Regionales_2015C’est encore ce qui se passe après le premier tour des élections régionales françaises. Placés devant l’éventualité d’une victoire du Front national dans les deux régions limitrophes de la Belgique, J.C. Marcourt et R. Demotte ont de nouveau sauté sur l’occasion pour noircir la France. Hier, sur les antennes de la RTBF, c’est tout juste si les fascistes n’étaient pas massés sur notre frontière Sud. Ils ressortent leur thème des valeurs sur lesquelles on ne peut pas transiger. Ces deux régions deviennent infréquentables. Comment peut-on imaginer devenir Français ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont la mémoire courte et des valeurs à géométrie variable. Avant nos élections de 2014, tous nos partis politiques juraient que leurs valeurs leur interdisaient de gouverner avec la NVA. Depuis les élections, la NVA règne en maître sur la Flandre et mène le gouvernement fédéral par le bout du nez. J. Jambon, Ministre de l’Intérieur, a même été considéré comme persona non grata à Charleroi. Aujourd’hui, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il paraît même que les Ministres Présidents des Régions flamande et wallonne se téléphonent régulièrement. Il n’y a plus de danger fasciste sur notre frontière Nord et, tout compte fait, nos compatriotes flamands sont bien plus sympathiques que nos frères français.

Ce manque d’objectivité vis-à-vis de la France est indigne et profondément injuste. Faut-il qu’ils soient affolés à l’idée de la fin de la Belgique pour en arriver là ? La France ne se réduit pas au général Boulanger, à Pétain et à Marine Le Pen. La Belgique ne se réduit pas à Léon Degrelle et à Henri Deman. De 1936 à 1946, 26 députés rexistes ont sévi sur les bancs du Parlement. Et malgré cela, la Belgique n’est pas devenue infréquentable.

Enfin, menacer de boycotter ces deux régions françaises est puéril. Où sont les initiatives wallonnes dans les relations transfrontalières ? Que sont devenues les initiatives des Collignon, Hazette et Van Cauwenberghe ? Ce serait intéressant d’en faire l’inventaire et l’évaluation. Osons le dire, il n’y a pas de volonté politique pour promouvoir des réalisations communes avec la France.

Au Nord, nous ne sommes demandeurs de rien.

Au Sud, nous ne sommes promoteurs de rien.

Et multiplier les projets transfrontaliers, ce serait risquer de redonner aux Wallons le goût de la France.

1815 – 2015, les palais s’amusent toujours !

Laeken n’est pas Bruxelles

Quand, à Bruxelles , au lendemain du 13 novembre, la vie s’arrête, que ferment écoles, transports en commun et grandes surfaces, quand à Paris, la vie prend le dessus, quand le bon peuple donne son sang, quand des jeunes gens veulent s’engager au service de la défense, quand triomphe la résilience chère à CYRULNIK… à Laeken, la vie continue, comme avant : rien ne s’y passe, rien n’y trépasse, pas même la thalassothérapie en Bretagne prévue de longue date !!!

Hier, vers 1996, quand éclatait la grande Affaire Julie et Mélissa, le pays grondait : DEHAENE n’avait pas suspendu ses vacances à l’étranger, elles aussi prévues de longue date !

Mais DEHAENE n’appartenait pas aux salons, il était allergique aux valses de Vienne ! Autre temps, autres mœurs ! Seules les dynasties peuvent encore s’amuser de nos jours quand les peuples sont foudroyés.

Jean-Luc Lefèvre, Emptinne