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Faire exploser la Wallonie socialiste ?

On connaît les liens entre le PS et la FGTB, leur forte implantation dans la société wallonne. On n’a pas été surpris d’apprendre que le très régionaliste Thierry Bodson, Secrétaire général de l’interrégionale wallonne du syndicat socialiste (et, à ce titre, un homme qui compte en Wallonie), n’envisage pas de remplacer Anne Demelenne à la direction générale de la FGTB-ABVV. Dans un contexte extrêmement difficile, la Wallonie rouge est prête à faire le gros dos. Elle sait que le rapport de force, à l’échelon fédéral, ne lui est pas favorable. Charles Michel UnizoDerrière l’alliance entre le CD&V et la N-VA, il y a, entre autres, les organisations patronales flamandes. Le Voka n’a jamais caché sa sympathie pour Bart De Wever, et Kris Peeters est un ancien patron de l’Unizo.

Kris Peeters, l’homme fort du CD&V, au profil très confédéraliste, pourrait-il accepter qu’Elio Di Rupo rempile au 16 rue de la Loi ? Pourrait-il accepter, à la rigueur, de reconduire la majorité sortante en occupant lui-même la fonction de Premier ministre, à la tête d’une tripartite classique censée « stabiliser le pays » ? Pas sûr. Difficile à imaginer même, quand on lit ce que l’Unizo pense d’une reconduction de la majorité sortante :

Concrètement, 46,3 % des patrons interrogés affirment que, si le gouvernement fédéral était reconduit, ils reporteraient des investissements prévus, ou renonceraient à recruter. Et 11,9 % des sondés envisageraient de délocaliser tout ou partie de leurs activités. C’est le résultat le plus marquant d’une enquête menée auprès de 1.709 indépendants et patrons de PME par l’Unizo (Classes moyennes flamandes) et dont nos confrères du Standaard ont pu prendre connaissance.

Cette information, donnée ici par le journal Le Soir, pourrait encourager Charles Michel à s’engager dans une coalition des droites ultra-dominée par des partis flamands prêts à faire exploser la Wallonie socialiste, au risque d’apparaître au sud comme un dangereux collaborateur travaillant pour les intérêts de la Flandre. On n’y est pas encore. Mais, de leur côté, le PS et le CDH campent sur leur position.

A l’issue de l’entretien avec l’informateur, Paul Magnette a répété que le PS n’entendait pas ouvrir au MR les discussions en cours dans les Régions et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Ce n’est pas une option. Dans un système fédéral, chaque niveau de pouvoir doit avoir sa propre logique », a-t-il expliqué. Les socialistes francophones conservent leurs faveurs pour une coalition tripartite, à l’image de la majorité sortante qui a progressé dans son ensemble lors des élections du 25 mai, rappellent les socialistes. (Le Soir, 1/7/2014)

Ce qu’on aime, chez Charles Michel, c’est son sourire.

G.R.

Noir, jaune, rouge et bleu

jupilerlandDans le pays de la Jupiler, c’est comme au Brésil, le deuxième tour a commencé. Charles Michel a remplacé Bart De Wever sur le terrain, dans un rôle qui l’oblige à parler avec tout le monde et plus encore à écouter diligemment ceux qui n’ont pas voulu de lui dans leur équipe.

Il n’est pas sûr que ce changement poste pour poste sera gagnant mais il faut bien essayer quelque chose pour débloquer le match entre les noirs et jaunes de la N-VA et les rouges du PS. Ces deux partis venant de tacler durement la famille libérale, un succès de Charles Michel dans sa mission d’informateur supposerait que lui-même ait ravalé sa rancœur sous l’œil goguenard de Bart De Wever ou d’Elio Di Rupo.

Surtout pas mordre au su et au vu de tous. Humainement difficile. Mais le président du MR prend soin de montrer sa bonne volonté. Peut-être est-il même satisfait de cette forme de charles michel diable rougecharles michel bleureconnaissance, pour lui-même et pour son parti qui est sorti renforcé des élections. En tout cas, la montée au jeu de Charles Michel est acclamée par le  journaliste de la Libre, qui n’hésite pas à parler d’un coup de maître du roi Philippe, dont le coaching pourrait s’avérer déterminant. On verra. Dans le brouillard actuel, nous ne savons d’ailleurs pas si Charles Michel a enfilé le maillot des diables… rouges ou celui des bleus. (G.R.)

Parlons-en, des bleus (qui sont parfois aussi rouges que leur vin). Pour se faire une idée de la façon dont les journalistes français jugent la situation politique en Belgique, voici un article posté sur le site Causeur.fr par Daoud Boughezala.

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boughezalaOutre-Quiévrain, Bart De Wever a officiellement renoncé à former un gouvernement fédéral. Mais l’homme fort de la Flandre, bourgmestre d’Anvers et président du parti nationaliste N-VA, n’en a cure. C’est sans illusions sur ses intentions réelles que le roi l’avait nommé négociateur en chef, responsable de la formation du gouvernement fédéral, après son excellent score aux dernières législatives. Ses plébiscites répétés ont conforté Bart De Wever dans son objectif suprême : exiger l’indépendance de la Flandre, en actes sinon en paroles. Dispose-t-il seulement d’une majorité régionale pour appuyer sa revendication ? Tout dépend de la forme de la question, le reste est à l’avenant. Une minorité de Flamands souhaite officiellement se détacher de leurs compatriotes wallons, avec lesquels il ne partage plus qu’un engouement footballistique et quelques grands pactes fédéraux. Mais il suffit de demander aux sondés s’ils veulent encore payer pour les Wallons chômeurs ou immigrés, et le résultat s’inversera. Il y a d’ailleurs quelque ironie à voir nos libéraux tricolores s’enticher d’une cause dont ils ne retiennent que la version flamingante du tube de Michel Sardouille, Au boulot les feignasses…

« I want my money back », dit en substance Bart De Wever, en néerlandais dans le texte. Quoi qu’on pense de ses envolées poujado-libérales, le héraut du nationalisme libéral met en évidence un fait palpable : l’autonomie culturelle de la Flandre, appelée un jour à se transformer en indépendance politique. D’ores et déjà, le royaume de Belgique unit deux démocraties distinctes, avec leurs propres partis, leurs lois communautaires, leurs langues et leurs gouvernements et leurs parlements. Le plus fédéraliste des partis belges – extrême gauche exceptée – ne parvient pas à composer avec son aile flamande, comme en témoigne les dissensions entre PS bruxellois et SPA anversois. Il suffit de musarder dans les rues d’Anvers pour acter le divorce culturel qui sépare déjà les Wallons des Flamands. « C’est bien simple, on ne se croise jamais, sauf l’été, sur la plage sur la mer du Nord ou dans les Ardennes » me soufflait une figure gantoise du nationalisme flamand. Il y a quelques années, lorsque l’éphémère Premier ministre fédéral Yves Leterme prenait La Marseillaise pour l’hymne national belge, il se trompait sincèrement. Cet homme intelligent, conservateur flamand, autonomiste sans être indépendantiste, montrait la méconnaissance d’une bonne moitié du pays, qui prend ses cousins francophones pour des Français de province. « Quand il pleut à Paris, il tombe des gouttelettes à Bruxelles », dit le proverbe belge.

Depuis que les indépendantistes flamingants ont le vent en poupe, le simulacre de nation belge créé en 1830 éclate par tous les bouts. Lorsque la famille royale visite la Flandre, il faut déplacer des cars entiers d’écoliers-figurants pour faire la claque, comme au bon vieux temps des démocraties populaires. La monarchie et l’Etat fédéral laissent indifférents la plupart des jeunes Flamands, de plus en plus gagnés par une américanophilie qui leur fait délaisser l’apprentissage du français. Au lendemain de l’abdication du roi Albert II, son fils et successeur Philippe s’est rendu à Anvers pour s’adresser à ce qu’il reste de fédéralistes en Flandre. Echec et mat. Quand le roi visite Anvers, Bart De Wever se montre empereur en son royaume. La dernière fois qu’Albert s’était aventuré en terre anversoise, le bourgmestre séparatiste a refusé de le recevoir à l’hôtel de ville, prétextant des travaux, l’accueillant en portant une cravate à l’effigie du lion flamand. Ces petites provocations immédiatement suivies de reculades – contre les mauvais esprits, De Wever a prétendu qu’il s’agissait du lion de Venise – révèlent une stratégie bien rodée.

Francis Van den Eynde, co-fondateur du Vlaams Belang qu’il a fini par quitter, las des provocations répétées de son président Filip De Winter, dresse un portrait flatteur du machiavélien BDW. Le dirigeant de la N-VA offense la monarchie sans provocation excessive, avec l’air de ne pas y toucher, afin d’appuyer sa politique des petits pas. Ainsi, non content d’organiser une réunion de son parti en plein match de football des Diables rouges, De Wever attend la formation imminente d’un gouvernement wallon de coalition entre socialistes et chrétiens sociaux pour jouer au plus fin. Même si le précédent s’est déjà produit dans l’Histoire, la N-VA aura beau jeu de dénoncer l’empressement des francophones à constituer leur cabinet, au mépris des règles de réciprocité qui régissent les rapports entre ces deux démocraties fédérées. Unitaires dans les discours, séparatistes en actes, pourra-t-il toujours rétorquer à ses contempteurs wallons inquiets de ses velléités confédérales, pour ne pas dire sécessionnistes. Si les plus fervents partisans de la monarchie unitaire se recrutent dans les rangs des deux partis socialistes – PS et SPA-, c’est aussi parce que la gauche a été marginalisée sur les terres flamandes, tandis que la Wallonie reste un bastion progressiste.

Il fut un temps pas si lointain où les Francophones dominaient la Belgique et imposaient une politique de francisation dans les écoles (…). Au milieu des Trente Glorieuses, des politologues américains s’étaient penchés sur l’exception belge, décrivant cette société bicéphale comme une rose des vents organisée autour de trois axes : catholiques/non-catholiques, flamands/wallons, gauche/droite. À les en croire, les tensions contradictoires s’exerçant sur la girouette belge maintenait le pays à l’équilibre. Mais la superposition de tous ces clivages en un seul menacerait l’existence-même du plat pays. Que la prospère Flandre, majoritairement catholique et conservatrice s’oppose comme un seul homme à la Wallonie libre-penseuse, et il en sera fini de la Belgique. Heureusement, contrairement au Liban et aux Balkans, en dehors de Bruxelles, le tracé de la frontière linguistique et territoriale entre les deux Belgiques a le mérite d’être clair, ce qui écarte tout risque de guerre civile en cas de séparation sans consentement mutuel. Certes, nos voisins d’outre-Quiévrain n’en sont pas encore là. Mais l’indépendance gagne du chemin chaque jour, avant que la rupture définitive n’advienne peut-être, une fois…

In memoriam Joseph Boly

Joseph BolyLa cause française en Wallonie vient de perdre un grand défenseur en la personne de Joseph Boly.

Dès 1940, il entra en patriotisme gaullien, puisant dans les orgueils du passé la force de transcender la catastrophe de la défaite. La France, la Francophonie et les valeurs de la Francité ne cessèrent plus d’inspirer son œuvre d’essayiste, de publiciste et de critique littéraire.

Devenu très tôt religieux dans l’ordre des Pères Croisiers, dont il dirigea longtemps le collège de Hannut, il resta inflexiblement fidèle à cet idéal, même en des temps où l’ Eglise de Belgique le combattait farouchement. Sa solide culture théologique lui servit à merveille pour protéger son pré carré politique. Les militants wallons apprirent à le connaître dès les années 1960. Il fut de toutes nos grandes manifestations, tandis qu’il combattait sous nos couleurs par la plume et la parole. Par ses voyages aussi dans les pays francophones d’outre-mer, d’où il ramenait d’espérer et de persévérer (je me souviens qu’il racontait en riant que les Croisiers flamands opérant au Congo avaient l’obligation de parler français même entre eux !)

Ce qui donne un relief particulier à son engagement patriotique, c’est qu’il fut un grand intellectuel. Explorateur de la littérature avec une dilection marquée pour Claudel et de Gaulle (son guide dans le déchiffrage des événements), gardien d’une langue française claire et pure (il pourfendait les anglicismes inutiles), métaphysicien dans le sillage de Teilhard de Chardin, méditant avec sérénité sur sa foi jusque dans ses dernières œuvres, chantre du pays wallon, morceau de la grande France qu’il appelait de ses vœux, toute cette somme d’écrits, si diverse par le contenu, convergeait vers une unité de pensée faite de raison solide et d’ardente espérance.

Un grand Wallon, un grand Français n’est plus. Puisse son esprit cheminer encore longtemps parmi nous et emplir nos cœurs de son courage indomptable.

Jacques Rogissart

En France, la régionalisation est en marche

Bienvenue en République fédérale de France, titre le magazine Marianne. On n’en est pas encore là mais la France en prend le chemin. Du moins certains n’y sont-ils pas opposés, France régionaliséetandis que d’autres craignent que le projet de décentralisation conduise à terme à une Europe des régions.

En réalité, l’Etat français n’est pas près de disparaître. Ses missions sont ainsi rappelées dans le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale : « Agir pour les générations futures en opérant des choix stratégiques pour développer les atouts exceptionnels du pays, définir la règle commune dans le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité qui garantissent la cohésion nationale par-delà nos différences, contrôler l’application des lois, protéger les citoyens en exerçant l’ensemble des missions régaliennes et veiller à la cohésion sociale comme territoriale pour que nul ne reste en marge du destin national : telles sont les principales missions assurées par l’Etat. »

L’objectif déclaré de la réforme entreprise en France est néanmoins de renforcer les régions, tant par leur taille que par l’étendue de leurs compétences, de manière à ce qu’elles soient en mesure de « rivaliser avec les collectivités comparables en Europe » et d’« engager des coopérations interrégionales en Europe ». Quoi qu’il en soit, le jacobinisme français n’est vraiment plus ce qu’il était. Gageons que cela facilitera le glissement de la Wallonie vers un espace français solidaire et aussi peu monolithique que possible. (Et si le mot « glissement » ne rend pas hommage au volontarisme wallon, parlons de « repositionnement stratégique » de la Wallonie, ou de « partenariat stratégique », ou… d’alliance naturelle et de communauté de destin.)

Nous avons déjà évoqué la volonté de l’exécutif français de ramener le nombre des régions métropolitaines à 14, pour 22 actuellement, selon un découpage qu’il ne nous appartient pas de juger. Le changement sera effectif à compter du 1er janvier 2016. Ce qu’il faut aussi voir, c’est comment le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale donne aux régions françaises les moyens d’augmenter leur pouvoir d’action. Cet aspect de la réforme est ainsi résumé sur le site du journal Le Monde :

Le projet… « renforce les compétences et les responsabilités des régions… Les régions disposeront du pouvoir réglementaire dans le cadre des compétences qui leur sont dévolues, c’est-à-dire qu’elles pourront modifier ou adapter des dispositions législatives ou réglementaires concernant leurs compétences.

« La région détient de plein droit la responsabilité du développement économique régional. Dans l’année qui suit le renouvellement du conseil régional, elle établit un schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation qui a valeur prescriptive. Elle détient la compétence exclusive pour les aides aux entreprises.

« La région est désignée en qualité de chef de file chargé d’organiser l’action commune des collectivités territoriales en matière de tourisme. Elle élabore un schéma régional de développement touristique. La possibilité est offerte à plusieurs régions ou plusieurs départements de constituer un comité du tourisme commun.

« La région est chargée de l’aménagement et du développement durable du territoire à travers un schéma régional doté d’effets prescriptifs à l’égard des documents d’urbanisme.

« Son rôle est renforcé en matière de transports. Elle se voit ainsi transférer l’organisation et le fonctionnement des transports scolaires, jusqu’à présent attribués au département. Elle se voit aussi confier la gestion de la voierie relevant des départements. Les collectivités territoriales pourront récupérer la compétence sur des aérodromes historiquement utilisés pour les besoins militaires qui ont perdu ou vont perdre cette activité. Cela concerne notamment les aérodromes de Dijon, Montpellier, Nîmes ou Strasbourg.

« Les collèges sont transférés des départements aux régions. »

G.R.

Ce qui se cache derrière le French bashing

French bashingAucun rapport avec la coupe du monde de football dont on ne sait pas si elle incite à la fête ou à l’hystérie collective. Il ne s’agit pas non plus de revenir sur les rapports complexes entre les Belges francophones et les Français. Tout juste est-il bon de rappeler que, pour légitimer le jeune royaume de Belgique, au XIXe siècle, il a bien fallu opposer l’identité belge à la néerlandaise et à la française. On en est encore un peu là, même avec un pays coupé en deux par la frontière linguistique, même avec deux moitiés de pays poussées vers le confédéralisme avec l’idée que malgré tout la Belgique a un sens.

Aucun rapport, disais-je. Il n’est pas question ici de la perception de la France en Belgique mais dans les pays anglo-saxons. Cela peut toutefois concerner les Wallons dans la mesure où les Flamands sont culturellement, politiquement, économiquement beaucoup plus anglo-saxons que nous. Si la France est jugée négativement par le monde anglo-saxon, dont elle n’est pas la sœur jumelle, quelle est la part de l’idéologie, du réflexe impérialiste, de l’agacement face à une certaine exception française ? Echappons-nous à une certaine forme d’intoxication des esprits ? On se rappellera que, chez nous, le rejet de l’influence française a pris une dimension idéologique au moment où la France est redevenue une république, au XIXe siècle. Evidemment, cela n’a fait que renforcer l’attachement de la Wallonie à la France. En partie au moins.

Bref, voici l’analyse du French bashing par ces franchouillards du magazine Marianne. Nous, on n’a qu’une seule chose à leur dire : la France ne doit pas avoir peur de sa différence, elle est aussi la nôtre. (G.R.)

Marianne du 6 juin 2014

C’est un sport national outre-Manche : se moquer des Français, de leur président et de leurs 35 heures. Un phénomène récurrent mais amplifié depuis quelques années, qui mêle moquerie et jalousie inavouable.

Ces derniers mois, les hostilités ont repris. Les Anglo-Saxons se sont à nouveau livrés à leur sport favori : le French bashing, cette pratique peu fair-play qui consiste à dénigrer tout ce qui vient des Froggies (généralement vus comme paresseux et toujours en vacances). Le Guardian a annoncé qu’une nouvelle loi française interdisait les mails professionnels après 18 heures (une info qui a fait le tour du Web et qui s’est révélée être une grossière exagération). Une publicité américaine pour la marque Cadillac a moqué le proverbial manque d’ardeur au travail des Français. Et, dans un article d’une violence assez ahurissante, un journaliste du Spectator expliquait que, lui vivant, ses enfants n’apprendraient jamais le français. Motif : la France serait en déclin, comme en témoignerait, entre autres, le déplorable état de l’Afrique francophone. Ces critiques faisaient suite à un article du Vanity Fair américain de mars intitulé « Liberté, égalité, fatigué », où l’on apprenait que la France avait perdu son « je-ne-sais-quoi » et son « savoir-faire ». Et au dossier désormais culte de Newsweek sur « la chute de la France », un modèle du genre, rempli d’erreurs factuelles grotesques (le litre de lait coûterait 6 €) et de raisonnements indigents (l’Ecole alsacienne choisie comme modèle du système scolaire français…). Si l’on y ajoute les déclarations agressives de James Cameron, le Premier ministre britannique, vis-à-vis de la France depuis deux ans, ou les couvertures catastrophistes à répétition de l’Economist (en gros, François Hollande va provoquer la chute de la civilisation occidentale), on peut s’interroger : pourquoi tant de haine ? Comment expliquer un tel alarmisme ? Est-ce le signe d’un sincère souci pour le bien-être de la France ? L’expression d’une éternelle rivalité historique ?

Valeur de repoussoir

« Non, bien sûr, la raison est d’abord idéologique », explique la philosophe Cynthia Fleury, auteur de la Fin du courage. « Nous sommes en situation de guerre économique. Et comme chacun sait, le modèle ultralibéral anglo-saxon est en totale opposition avec le modèle français, où l’Etat reste encore puissant, avec un fort niveau de protection sociale et un marché du travail régulé. Dans la mesure où la situation économique est mauvaise en France, cela permet aux Anglo-Saxons de se persuader que leur modèle est le meilleur. La France sert de repoussoir. » Pour les libéraux du monde entier (cela fait du monde), la France est l’homme à abattre. Du moins symboliquement. L’empire ne peut imposer sa parfaite hégémonie idéologique tant qu’il y aura des pays pour croire qu’un Smic est possible. Comme le petit village d’Astérix -un petit village certes très mal en point-, la France tient encore tête. Confirmation de Jon Henley, grand reporter au Guardian et correspondant à Paris pendant dix ans : « Autrefois, les articles qui se moquaient des Français étaient bon enfant, sur un mode taquin, affectueux. Depuis quelques années, on a vu apparaître des articles beaucoup plus durs où l’enjeu est idéologique. La France représente, malgré ses problèmes, la dernière alternative à la solution libérale. Il faut coûte que coûte lui taper dessus. »

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Conseils, analyses et perspectives, le French bashing ne s’explique pas seulement par des raisons économiques mais aussi par des raisons quasi psychologiques. « L’imaginaire des Anglais est très différent de celui des Français. Les Anglais sont des insulaires qui, historiquement, sont habitués à ne compter que sur eux-mêmes dans les moments difficiles. C’est le célèbre « Never complain, never explain ». Dès lors, ils ne comprennent pas que les Français se plaignent de la mondialisation. Alors que les Français, pour pouvoir agir, ont toujours eu besoin de se projeter vers l’extérieur, de s’appuyer sur une utopie commune, un projet collectif, que ce soit l’Etat-nation, l’Europe, ou au travers de valeurs universelles à promouvoir. » Et quand ce projet collectif fait cruellement défaut, les Français auraient tendance à se lamenter, à chercher un responsable extérieur. En somme, là où un Anglais, face à la précarité néolibérale, sera porté à se retrousser les manches, un Français va être enclin à critiquer le manque d’utopie qui induit un si attristant état de fait.

A ce titre, le fameux « pessimisme français », dont s’affligent sans répit les médias hexagonaux, ne vient pas d’un quelconque manque de combativité : il résulte de la disparition de toute possibilité d’une utopie mobilisatrice. De tous les pays du monde, la France est sans doute celui dont les valeurs se diluent le moins bien dans le capitalisme financier. Il est donc logique que notre pays souffre. Et que ses petits camarades se moquent de lui…

Hypocrisie

Reste une question. Si le modèle anglo-saxon est tellement plus performant que le modèle français, pourquoi s’acharner dans le French bashing ? A quoi bon continuer de taper sur un adversaire qui est déjà à terre ? N’y aurait-il pas sous ces moqueries une jalousie déguisée ? Rappelons en effet que les médias anglais et américains ne parlent des Français que comme d’un peuple toujours en vacances, prompts à prendre ses RTT ?… « Cela me paraît évident, souligne Cynthia Fleury. Derrière ces critiques condescendantes, on sent poindre un certain ressentiment envieux : puisque je n’ai pas accès à cette paresse, à cette manière de vivre si légère, il n’y a aucune raison que quelqu’un d’autre y ait droit. » Ah, hypocrites Anglo-Saxons, moralistes tartufes, qui sous couvert de nous faire la leçon jalousent notre way of life si hédoniste (du moins la vision quelque peu idéalisée qu’ils s’en font…). Stéphane Rozès ne peut qu’acquiescer. « On ne sait pas, en France, à quel point le démantèlement du welfare state, à l’époque de Thatcher, a été vécu de façon violente et traumatique par les Anglais. Aujourd’hui, ils voient les immenses efforts qu’ils ont consentis et constatent qu’ils ne s’en sortent pourtant pas tellement mieux que la France, et que même, sur certains points, ils sont moins bien lotis : la santé, l’éducation, la très grande pauvreté, les inégalités… Pour eux, la France, avec son système à l’ancienne, son Etat fort et dépensier, devrait être à terre, au même niveau que la Grèce. Pourtant, ce n’est pas le cas, même si nos problèmes sont nombreux et réels. Cela crée chez certains une sorte d’amertume, l’impression de s’être sacrifiés sans en récolter les fruits, alors que la France, cette mauvaise élève, continue de se comporter en enfant gâté et ne reçoit pas la sévère punition qu’elle devrait… »

Cette envie déguisée, cette fascination pour un art de vivre « à la française », la journaliste et écrivain Rebecca Leffler, qui a longtemps vécu à Paris, ne peut que les constater. « Les Américains, et particulièrement les New-Yorkais, travaillent comme des dingues. Aussi sont-ils toujours un peu soulagés de voir un article de French bashing qui leur explique que les Français sont punis pour leur paresse. Cela les détend… Mais cela leur fait aussi envie. Nombre d’entre eux aimeraient travailler 35 heures, prendre l’apéro dans des cafés et partir souvent en vacances… »

Derrière le French bashing, il y a bien souvent l’attrait pour un mode de vie plus décontracté, plus léger, fût-il un fantasme. Ce dont témoignent les succès de best-sellers récents aux Etats-Unis, comme French women don’t get fat, de Mireille Guiliano, ou Bringing up bébé, de Pamela Druckerman, où les femmes françaises sont célébrées comme des superwomen qui parviendraient à rester toujours minces, élégantes, professionnelles, tout en étant dotées d’enfants parfaitement éduqués… Autre exemple de cette admiration américaine : le triomphe récent fait au livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIe siècle, venu annoncer aux Américains, en nouveau Marx, que leur modèle sentait le roussi… (…)

Pour l’intégralité de l’article du magazine Marianne, cliquer ici.

Des mariages et un enterrement

mariageOn sait que Marc Wilmots, l’entraîneur wallon des Diables rouges, est devenu bilingue en allant jouer au Sint-Truidense VV et surtout en se liant pour la vie à la fille du président du club limbourgeois, Katrien, qui elle-même étudiait le droit aux facultés de Namur. L’amour se moque des frontières, il n’y a pas loin de Jodoigne à Sint-Truiden, ces mariages ont toujours existé, bien avant la création de la Belgique, et dans ce pays où l’on brasse les langues avec le même bonheur que la bière, on se dit que ces unions spontanées ont dû se multiplier…

Eh bien non. Pas du tout. Monsieur et Madame Wilmots sont des exceptions. Pour emblématique qu’elle soit, leur parade amoureuse au-dessus du « rideau de betteraves » est tout sauf tendance. Evidemment, la société belge évolue vers un plus grand métissage et les Belges de Wallonie et de Flandre ne sont pas les derniers à papillonner dans le monde entier. Mais la frontière linguistique, celle qui va de Comines aux Fourons, s’imprime de plus en plus dans les têtes et dans les cœurs. Les Wallons et les Flamands ne vivent déjà plus dans le même pays.

C’est à peu près ce que Pierre Kroll a écrit dans son dernier billet pour le journal De Standaard. Nous en reprenons ici deux extraits :

Pierre KrollChristophe Deborsu m’a fait lire son dernier livre « Dag, bonjour ! ». Il est publié en néerlandais, je n’ai donc pas tout compris mais au chapitre 2, une chose m’a renversé. Ce sont des chiffres et ça je les comprends dans toutes les langues ! En 2012, il y a eu en Belgique 152 mariages sur 42.198 qui unissaient un ou une flamand(e) à un ou une francophone soit… 0,36 % ! Ils étaient 2 % en 1970 quand la Belgique n’était pas encore un état fédéral, six fois plus.

Ils sont bien plus rares que les mariages de Belges avec des Français (presque 10 fois moins !) ou de Belges avec des Néerlandais. Et surtout, ils ne cessent de diminuer. Ils étaient 4 fois plus en 1980 (1,29 % des mariages). Et presque deux fois plus en 2000 (0,65 %).

Bien sûr, la langue semble tout expliquer. Il faut s’être déjà dit beaucoup de choses avant de s’unir, théoriquement, pour la vie. Mais pourquoi cette diminution constante ?

Traditionnellement, on épouse la fille ou le fils du voisin. Nous ne sommes donc, Flamands, Wallons, même plus des voisins. (…)

Déjà, moi, je m’en fiche un peu que ce pays se sépare un jour mais, à voir combien de jeunes fondent des foyers bilingues, il n’y en a plus beaucoup qui pleureront. (…)

Pour l’intégralité du texte de Pierre Kroll, cliquer ici.

G.R.

Quand les Américains voulaient gouverner la France

Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le sacrifice des milliers de jeunes soldats venus mourir en France pour vaincre le nazisme. Après les Hollande-Obamabelles commémorations que nous venons de vivre en Normandie, nous pensons pourtant que plusieurs éléments méritent d’être mis en lumière :

1. Sans la victoire des Soviétiques sur le front de l’est (la boucherie de la bataille de Stalingrad a fait plus de victimes que le débarquement de Normandie), qu’en serait-il advenu si les Allemands avaient pu quitter le front de l’Est pour venir renforcer le front de l’Ouest ?

2. Le débarquement de Normandie a fait plus de victimes parmi la population française que parmi les militaires.

3. Selon plusieurs historiens américains et l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’intention de Roosevelt était de faire de la France, mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon, des protectorats américains. Il fallut toute la force de caractère, la stratégie et l’ingéniosité du Général de Gaulle pour que la France puisse retrouver pleinement la liberté.

Nous pensons que toutes les vérités historiques ont leur droit.

Paul D.

Cet article du Monde diplomatique est daté du mois de mai 2003 mais il contribue à mettre l’actualité en perspective :

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée.

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux.

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’ »ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

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Le dernier souffle

Di Rupo-WilmotsLa Belgique retient son souffle. Coupe du monde oblige, les Diables rouges vont maintenant occuper le devant de la scène et ils peuvent compter sur la présence d’un Elio Di Rupo pas vraiment pressé de quitter la pelouse alors que certains réclament son remplacement dans l’équipe belge. Imaginons que la bande à Wilmots réussisse à égaler la performance de 1986 à Mexico, le Premier ministre accessoirement démissionnaire serait le premier à les accueillir à Zaventem, au milieu d’une forêt de drapeaux noir-jaune-rouge, et la fête de la Communauté flamande, le 11 juillet, passerait presque inaperçue.

En attendant, c’est le même Elio Di Rupo qui, sur le terrain politique, a dribblé tout le monde et semble avoir écrit la bande-annonce d’un match dont l’affiche et l’enjeu pourraient bien éclipser les Diables rouges à très court terme. Après son demi-coup de théâtre, on est peut-être entré dans le feuilleton de l’été, avec des rebondissements qui tiendront la Belgique en haleine – à moins que, déjà, ce ne soit le blocage et la fin de partie annoncée pour ce pays qui s’accroche à son équipe de football.

Le goal du PS et le renforcement de sa ligne de défense ont modifié la configuration du match. La tension est montée d’un cran, le suspense aussi, comme en témoigne la réaction des commentateurs, un peu surpris par cette entrée en matière. Et maintenant, on fait quoi ?, se demande un journaliste de la RTBF.  N-VA et CD&V en Flandre : mais que se passera-t-il au fédéral?, renchérit son collègue. Quelqu’un arrivera-t-il à former un gouvernement pour déboulonner Di Rupo ? Bart De Wever ? Wouter Beke ? Didier Reynders ? Marc Wilmots ? Avec quel projet pour la Belgique ? Le journal Le Soir a ce titre : Le CD&V et la N-VA contre-attaquent : Bart De Wever réalise son vœu en Flandre et puis, résigné, il fait ce constat : La Belgique devient confédérale. Et alors ?

Mis hors-jeu dans les régions, les libéraux ont le sentiment d’avoir été méchamment taclés. Comme ils sont incontournables au fédéral, ils vont eux aussi se servir de leur corps pour contrer l’adversaire. Ainsi que l’écrivent les journalistes de La libre, Le MR pousse l’Open VLD à bloquer Bruxelles et L’Open VLD jette PS et N-VA dans les bras au fédéral. Très fort dans l’art d’exploiter les moindres espaces, le PS a une certaine emprise sur le jeu mais il ne contrôle évidemment pas tout. Dans un match avec huit partis, où chacun joue gros, il y a forcément de l’incertitude. La balle est dans le camp du MR, qui se relève avec des bleus partout. Trois possibilités pour le MR, trois cauchemars, résume le journaliste de L’Avenir.

L’avenir de la Belgique ne se joue pas au Brésil.

En politique, le danger peut venir de partout, tant il y a de maillots différents sur le terrain. Chacun veut peser de tout son poids. Le rapport de force est obsessionnel parce qu’il définit tous les paramètres, à tous les niveaux. Dans la réaction des uns et des autres, il faut compter avec l’envie de se mettre en évidence, avec les intérêts de l’équipe, les attentes des supporters, de l’électorat, sachant que celui-ci n’est pas le même en Flandre et en Belgique francophone. A côté de la stratégie mise en œuvre au service de sa cause, il y a la part de l’émotionnel, qui parfois échappe à la logique. On ne sait pas où on va. Pas sûr qu’on ne change pas les règles en cours de partie.

Il suffit d’une élection pour que ce pays se mette en danger. Structurellement, la démocratie belge est de moins en moins capable de gérer ses contradictions. L’union sacrée autour d’une équipe de football aux couleurs nationales, est trompeuse. Il y a des forces centrifuges énormes. Les supporters les plus endiablés ne sont pas forcément ceux qui, par leur choix d’électeurs, ont contribué le moins à rendre la Belgique ingouvernable. Il y a des contradictions dans l’esprit des Belges eux-mêmes. En dépit de la popularité des Diables rouges, à laquelle le monde politique essaie tant bien que mal de s’associer, il se peut que la Belgique suive l’exemple de la Tchécoslovaquie.

Il se peut que la Belgique retienne son dernier souffle.

Georges R.

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 » Désalbertisons  » la mémoire wallonne !

Par Jacques Rogissart

roi chevalierPendant un demi-siècle après la première guerre mondiale, le Système belge porta Albert Ier sur ses autels, avec un succès certain dans le décervelage des Wallons. Lorsque j’essayai de faire droit à la vérité dans le journal de « Wallonie libre » des années 1980, je dus essuyer des protestations dans les rangs mêmes du Mouvement wallon et des marques d’étonnement venues de France. Les pièces du dossier n’étaient pourtant pas secrètes et, comme l’aurait dit Napoléon, les faits brillent comme le soleil.

Je ne jurerais pas que l’hallucination soit entièrement dissipée ( cf les films-documentaires diffusés tout récemment par la RTBF sur la grande guerre), mais elle n’est plus un phénomène de masse. Le « Vif-l’Express » des 14-20 février remet en lumière les beaux travaux de Marie-Rose Thielemans. Ce professeur d’histoire contemporaine à l’ULB a établi, dès 1991, en analysant la correspondance du roi de 1914 à 1918, qu’il détestait la France, patrie de la Révolution, qu’il imputait à l’Angleterre la responsabilité du conflit et qu’il crut presque jusqu’au bout du conflit à la victoire de l’Allemagne. De là, une diplomatie secrète et tortueuse qu’il monta avec quelques complices (dont le socialiste flamand Camille Huysmans) pour s’entendre avec cette dernière. De là aussi, comme le confirme l’historien liégeois Francis Balace, le maintien par lui de l’armée belge sur la défensive jusqu’en cette année 1918, lorsque la fortune des armes se fut clairement prononcée. Jamais, pendant les années de feu, il ne condamna les atrocités allemandes dans les pays envahis. Plus tard, il inculqua sa vision géopolitique, toujours germanophile, au futur Léopold III, avec les conséquences que l’on sait en 1940.

D’où ce mot de Hitler à son visiteur de Berchtengaden : « J’ai du respect pour vous et votre dynastie parce que votre père a été juste envers l’ Allemagne ». On savait mieux que chez nous, Outre-Rhin, ce qui avait inspiré le « roi-soldat » pendant la grande mêlée.

Dans un autre registre, mentionnons la réédition, cette année, du livre de Jacques Noterman, « Le roi tué » (publié initialement en 2004) par les éditions de Clerq. C’est la démonstration technique et serrée d’un fait que nie encore l’historiographie (ou l’hagiographie !) officielle : Albert Ier n’est pas mort accidentellement à Marche-les-Dames en 1934, il a été assassiné. La recherche, forcément conjecturale, des responsables et exécutants du crime mène l’auteur à remuer des secrets pas très suaves de la famille royale, dont la nymphomanie de la reine Elisabeth, pudiquement tue par des générations d’adorateurs. Feu Noterman était pourtant belgicain et monarchiste, plein de mépris pour « ces républicains fumeux, à défaut d’être fameux ». Qu’il n’en repose pas moins en paix ! A son insu, mais avec toute sa sagacité, il a bien mérité de la cause républicaine.

La Wallonie ne deviendra pas la 23e région de France…

…puisque le redécoupage décidé par les autorités de la République ramènerait finalement le nombre des régions françaises à 14 (en France métropolitaine).

régions de FranceVoici tous les chiffres qui permettront d’y voir plus clair : ici et ici sur le site du journal Le Monde.

Pour avoir un point de comparaison, la Wallonie (avec la Communauté germanophone) occupe une superficie de 16 844,3 km2 (il resterait trois régions plus petites en France), la Wallonie comptait 3 563 060 habitants au 1er janvier 2013 (six régions françaises seraient moins peuplées) et le PIB de la Wallonie s’élevait à 88 milliards d’euros en 2011 (ce qui situe le PIB/hab à un peu moins de 24 700 €… il n’y a pas de région française qui produise aussi peu de richesse par habitant). Ces chiffres sont ceux de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique).