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Histoire et citoyenneté

Par Georges Régibeau

Il y a deux mois, Vinciane Pirenne-Delforge prononçait sa leçon inaugurale au prestigieux Collège de France, où elle occupe désormais la chaire consacrée à la religion, l’histoire et la société dans le monde grec antique.

C’est par ces mots qu’elle a terminé son brillant exposé :

« Vous me témoignez une confiance dont j’espère être digne.

« J’espère l’être tout autant des institutions qui ont créé les conditions de mon parcours scientifique, à savoir le Fonds de la Recherche Scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles et l’Université de Liège.

« Je souhaite honorer aussi les collaborations que j’ai pu nouer au fil de ces années avec des collègues français car j’ai conscience d’être accueillie dans l’un des établissements les plus prestigieux de la République. Et pour une Wallonne, liégeoise de surcroît, l’appel de la France a une saveur toute particulière. En attendant l’avenir, dont nous aurons collectivement à nous charger, j’arrive au terme de cette leçon inaugurale dont je vous remercie de tout cœur d’avoir été les témoins. »

Voilà qui, au moment de conclure, ressemble à une profession de foi rattachiste, et le nom que porte Vinciane Pirenne est en soi tout un symbole.

En faisant le tour de son sujet, Vinciane Pirenne-Delforge a rappelé que l’histoire se renouvelle sans cesse avec le regard porté sur le passé. À ce niveau de rigueur scientifique, la réflexion se teinte aussi de philosophie. Il s’agit de prendre en compte la façon dont on questionne et appréhende un passé mort, plus ou moins lointain, exotique, dont l’évocation plus ou moins fantasmée est en soi un sujet d’étude. Evidemment, le récit de l’histoire s’inscrit lui-même dans une histoire. Il suffit de voir comment le roman national a pris forme au XIXe siècle, en particulier dans un pays tout neuf qui se cherchait des origines lointaines et prestigieuses.

On a prétendu que le peuple belge était presqu’aussi ancien que le peuple grec, tout en répétant que les tribus belges, situées au nord de la Seine, vaincues par Rome et progressivement romanisées, n’avaient aucun rapport avec les Flamands, venus plus tard dans ce qui s’appelle aujourd’hui la Flandre. Pour trouver du sens à cette histoire, il faut bien sûr inverser la perspective : un gouvernement provisoire a proclamé l’indépendance de la Belgique en 1830 et, après, on a donné une assise historique à ce pays qui était loin de s’imposer comme une évidence. Alors, le récit des faits passés dut s’adapter à ce besoin de légitimer la nouvelle réalité politique.  Une entreprise à laquelle on associe volontiers le nom d’Henri Pirenne, dont la réputation a dépassé nos frontières, en particulier pour ses travaux sur le Moyen Âge.

Venu de Verviers pour enseigner l’histoire à l’Université de Gand, non loin du château des comtes de Flandre, Henri Pirenne était à l’image de cette Belgique francophone qui, en se reconnaissant dans le rayonnement de la Flandre au Moyen Âge et à la Renaissance, jusqu’aux ducs de Bourgogne et Charles Quint, voulait croire en un destin original, ni néerlandais ni français. Ce projet montrait déjà ses limites au XIXe siècle, avec la montée en puissance du mouvement flamand, qui associait la langue française à celle d’une puissance étrangère occupant la Flandre. Et puis, en 1912, ce fut au tour de Jules Destrée d’accuser la Belgique, avec ses oripeaux faussement nationaux, d’avoir détourné les Wallons de leur histoire et de leur identité :

« Confiants dans l’illusion belge, nous avions appris à considérer comme des expressions de l’âme de nos aïeux, la fierté farouche des beffrois et des hôtels de ville, l’élan religieux des églises du beau pays de Flandre. (…) Puisque la Belgique, c’était nous comme eux, qu’importait que son histoire, difficile à écrire, fut surtout celle des jours glorieux de la Flandre ? Aujourd’hui, nous commençons à apercevoir l’étendue du mal. Lorsque nous songeons au passé, ce sont les grands noms de Breydel, de Van Artevelde, de Marnix, de Anneessens qui se lèvent dans notre mémoire. Tous sont Flamands ! (…) Des milliers et des milliers d’écoliers ont subi le même enseignement tendancieux. Je suis confus de mon ignorance quand je m’interroge sur le passé wallon. Des amis mieux informés m’assurent que notre grand Pirenne, malgré tant d’aperçus ingénieux, n’a pas su, sur ce point, se dégager de la traditionnelle glorification flamande et faire à la Wallonie la place qu’elle mérite. »

Henri Pirenne fut lui aussi victime de cette illusion belge : la flamandisation de l’Université de Gand, dont il ne voulait pas, précipita la fin de sa carrière académique. A ce moment-là, sa vision de l’histoire de Belgique a-t-elle été troublée ? Et si le même Henri Pirenne avait pu vivre une seconde vie et voir, progressivement, le mouvement flamand se confondre avec la Flandre et phagocyter ce qu’il reste de la Belgique, dominée aujourd’hui par un autre historien, Bart De Wever, aurait-il encore eu l’envie de nous raconter la même histoire ? Au Moyen Âge, on s’est longtemps arrêté aux écrits des savants de la Grèce antique; en les vénérant comme une source de vérité indépassable, on trahissait leur démarche. En bon historien, sensible aux effets du temps, critique, Henri Pirenne ne dénoncerait-il pas la permanence, en Belgique francophone, de représentations surannées qu’il a pourtant contribué lui-même à faire entrer dans les têtes ?

Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes, s’est demandé Vinciane Pirenne-Delforge, en reprenant le titre d’un essai de Paul Veyne… Et les Wallons, avons-nous envie d’écrire, ont-ils renoncé à leur mythologie belgo-flamande ? On sait combien le mythe est essentiel pour créer du lien, souder une communauté nationale ou religieuse en lui donnant les principaux éléments de son identité, mais les circonstances évoluant sans cesse, il arrive que la fiction dans laquelle on baigne, avec sa charge émotionnelle, devienne non seulement inutile mais collectivement préjudiciable. Il est urgent, dans ce cas, de procéder à des mises à jour. Plus de cent ans après la Lettre au Roi de Jules Destrée, trop de Wallons sont encore aujourd’hui mentalement « programmés » pour une Belgique qui a depuis longtemps cessé d’exister.

C’est dans la confrontation avec le présent que le passé gagne une intelligibilité qui interroge aussi le rôle social de l’historien. La fonction de celui-ci n’est certes plus de fabriquer des mythes en réduisant l’histoire à une lecture patriotique, il aurait plutôt tendance à déconstruire, à mettre à distance, à relativiser, mais on voudrait voir si, en dehors de ce travail critique, il se donne encore une responsabilité politique et citoyenne. Comment se fait-il qu’en dehors de l’Institut Jules Destrée, les historiens de Wallonie bousculent si peu les idées reçues sur la permanence d’une identité belge ?

Heureusement, il y a parfois des raisons d’espérer : « …pour une Wallonne, liégeoise de surcroît, l’appel de la France a une saveur toute particulière. En attendant l’avenir, dont nous aurons collectivement à nous charger… »

Eurovision : le choix des Français

Par Paul D. à partir de deux courriels reçus, l’un de Jean-Luc Lefèvre, l’autre de Bruno.

L’Eurovision, ce concours, considéré par certains comme le grand barnum de la chanson populaire qui rassemble chaque année des  millions de téléspectateurs devant leur écran, on connaît.

La France a innové cette année en laissant choisir la chanson qui défendrait les couleurs du Pays des Lumières par ses citoyens téléspectateurs.  Ceux-ci ont osé, parmi 12 chansons proposées, choisir une chanson qui illustre la France des Droits de l’Homme et du Citoyen…

On ne peut, nous Wallons réunionistes qui désirons rejoindre la France, rester indifférents au choix des Français.

Ecoutez donc  « MERCY » par le groupe « Madame, Monsieur » :

https://youtu.be/c-5UnMdKg70

Ça va chanter dans les cours de récréation de France & de Navarre…

La chanson soulève des controverses, et en ces temps de problèmes migratoires, c’est inévitable ! 

Mais pour la première fois depuis bien longtemps, une Chanson française peut ébranler l’Eurovision… et faire gagner la France !

Pour l’histoire vraie, c’est celle de « Mercy » un bébé né à bord de l’Aquarius, le bateau affrété par MSF, Médecins sans Frontière, qui témoigne :

https://www.lexpress.fr/ culture/musique/mercy-la- bouleversante-histoire- derriere-la-chanson-qui- representera-la-france_ 1980054.html

Les paroles de la chanson :

MERCY

Je suis née ce matin

Je m’appelle Mercy

Au milieu de la mer

Entre deux pays,

Mercy

C’était un long chemin

et Maman l’a pris

Elle m’avait dans la peau,

huit mois et demi

Oh oui

huit mois et demi

On a quitté la maison,

c’était la guerre

Sûr qu’elle avait raison,

y’avait rien à perdre

Oh non,

excepté la vie

Refrain

Je suis née ce matin

Je m’appelle Mercy

On m’a tendu la main

Et je suis en vie

Je suis tous ces enfants

Que la mer a pris

Je vivrai cent mille ans

Je m’appelle Mercy

Et là devant nos yeux y’avait l’ennemie

Une immensité bleue peut-être infinie

Mais oui, on en connaissait le prix

Surgissant d’une vague, un navire ami

A redonné sa chance à notre survie

C’est là, que j’ai poussé mon premier cri

Refrain

Je suis née ce matin

Je m’appelle Mercy

On m’a tendu la main

Et je suis en vie

Je suis tous ces enfants

Que la mer a pris

Je vivrai cent mille ans

Je m’appelle Mercy

Je suis née ce matin

Je m’appelle Mercy

Merci, merci, je vais bien merci

Merci, merci, je vais bien merci

Merci, merci, je vais bien merci

Merci, merci, je vais bien merci

Information : arnaque

De toute évidence, ce qui suit est une grosse arnaque. N’y répondez surtout pas. Merci à Pierre de m’avoir prévenu. 

L’adresse électronique ne correspond en rien à celle de Jacques Lenain et ce dernier n’est bien sûr pas homme à envoyer ce type de message.

Bonjour Paul,

Je reçois ce genre de message qui semble être une grosse arnaque. Je crois que les membres et sympathisants de l’AWF doivent être prévenus.

Bien à toi.

Pierre

——– Message transféré ——–

Sujet : Jacques LENAIN
Date : Mon, 5 Feb 2018 13:01:44 +0100
De : Jacques LENAIN <bskuster@gmail.com>
Bonjour,
Je peux te faire part d’une difficulté par mail ? 
Jacques

Carrefour et le retour de Darwin

L’article qui suit est terriblement réaliste, mais il nous appartient de choisir dans quelle société nous voulons vivre. Personnellement, je veux vivre où l’Humain gardera la primauté et où le numérique aura la place que chacun de nous voudra bien lui réserver et non l’inverse.

Quant aux Etats dont le devoir est de s’occuper de celles et ceux qui perdent leur emploi, qu’ils adoptent des lois pour imposer des sociétés comme Amazone à la mesure des nombreux emplois qu’ils détruisent et du peu d’emplois qu’ils créent. Ici, permettez-moi de penser que le gouvernement français sera bien mieux placé que le gouvernement wallon ou fédéral belge  pour mener cette politique (les élus flamands qui seront toujours majoritaires au fédéral font peu de cas de ce qui arrive à « Carrefour » en Wallonie et à Bruxelles, cette dernière enseigne étant peu implantée en région flamande).

Pour une question de grandeur d’échelle, les mariages comme « la FNAC » et « DARTY » seront également plus aisés à réaliser avec la France.

Paul D.

Chronique d’Amid Faljaoui sur le site du « Trends-tendance »

29/01/18 à 10:25 – Mise à jour à 11:33

Amid Faljaoui nous parle de la triste histoire des licenciements de Carrefour. Il nous explique pourquoi les concurrents de Carrefour, les fameuses enseignes spécialisées, sont elles-mêmes en danger face à Amazon.

Dans la triste histoire des licenciements de Carrefour, Myriam Delmée, la responsable du syndicat Setca pour le secteur de la distribution a tout dit en quelques mots à mes confrères du « Soir ». À la question de savoir s’il y a trop de supermarchés, elle répond avec beaucoup de franchise: « J’en suis persuadée. Le marché est saturé, et on va nécessairement aller vers d’autres restructurations lourdes dans d’autres enseignes. » Voilà, tout est dit. Le reste de la discussion est important, mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est qu’une lutte syndicale pour obtenir les meilleures conditions de départ.

Souvenez-vous d’ING en 2017, et plus globalement dans ce secteur bancaire, les licenciements et autres départs ont été également motivés par la concurrence d’Internet.

Bien sûr, les FinTechs ou Amazon ne sont pas les seuls facteurs expliquant les difficultés du secteur bancaire ou du secteur de la distribution, mais la révolution numérique a accéléré la décision de se séparer de certains collaborateurs. Pouvait-on procéder autrement ? La question est hélas oiseuse, car aujourd’hui, un patron n’a malheureusement plus beaucoup de temps devant lui pour faire face aux changements. Auparavant, lorsqu’une nouveauté technologique arrivait sur le marché, la direction avait le temps de l’ausculter et de l’adopter. Actuellement, les innovations sur le Net vont trop vite pour laisser un patron choisir son temps de réaction. Il doit réagir vite, et fort, exactement comme le patron de Carrefour l’a fait six mois après sa nomination.

Si vous en doutez, Bill Gross, le fondateur d’un incubateur américain a calculé le nombre d’années qu’il fallait pour qu’un produit atteigne 50 millions de consommateurs. Le résultat est édifiant : l’avion a mis par exemple 68 ans avant d’avoir 50 millions de passagers, la voiture 62 ans, le téléphone 50 ans, la télévision 22 ans, et les distributeurs de billets 18 ans ! En revanche, You Tube s’est imposé en 4 ans pour avoir 50 millions d’usagers, Facebook en 3 ans seulement, Twitter en deux ans, et un jeu comme Pokémon Go s’est imposé en à peine 19 jours. Bref, pour atteindre 50 millions de consommateurs, nous sommes passés d’une durée de 68 ans à… 19 jours !

Dans le cas de Carrefour, la concurrence vient évidemment d’Amazon ou d’autres « pure players » comme Zalando, mais elle vient aussi des grandes surfaces spécialisées : les unes dans l’électronique, comme Media Markt, les autres dans le bricolage, le textile pour enfant, le sport comme Décathlon, les jouets ou encore l’ameublement. Mais toutes ces enseignes spécialisées sont elles-mêmes sous pression et sont parfois menacées de mort. Même un géant comme Decathlon doit faire face à la concurrence d’un Amazon. Je dirais même que le danger est encore plus grand pour les distributeurs qui n’ont pas leur propre marque et se contentent de distribuer des produits qu’on trouve à un clic de distance. C’est la raison pour laquelle la FNAC s’est mariée avec DARTY en 2017 par exemple. D’abord pour avoir plus de force pour négocier ses achats face à ses fournisseurs, ensuite pour créer des synergies et donc des économies d’échelle. Et toutes ces économies doivent servir à dégager de l’argent pour investir dans le numérique, sans quoi l’ogre Amazon vous avale tout cru.

Ironie du sort : le jour même du plan de restructuration de Carrefour, Amazon annonçait l’ouverture de son supermarché sans caisse

Voilà pourquoi, dans le secteur du jouet, des meubles, du jardinage ou du bricolage, les années à venir verront de nombreux mariages. Et les enseignes qui voudront rester célibataires auront les pires difficultés pour survivre. Quant à Carrefour et les autres distributeurs, leur avenir est déjà challengé par Amazon et son homologue chinois JD. La raison ? Tous les deux sont déjà en train de tester des supérettes sans caissières ! Grâce à l’intelligence artificielle, grâce à la reconnaissance faciale, et grâce aux données de votre smartphone, vous pourrez vous servir dans les rayons à votre guise et partir sans passer par une caisse. Arrivé chez vous, un email avec la facture de vos achats vous attendra. Utopie ? Nenni,  Amazon le fait déjà dans un supermarché à Seattle.

Ironie du sort, la direction d’Amazon a annoncé ce concept Amazon Go le jour même du plan de restructuration de Carrefour à Paris. C’est plus qu’un symbole, c’est un monde qui se meurt avec fracas pour faire place à un autre. Et sans doute ne faudra-t-il pas attendre 68 ans pour voir des supermarchés sans caissières fleurir partout.

Le banquier d’affaires Michel Cicurel a raison de dire que la course numérique s’accélère : c’est une urgence de fortifier les coureurs et de ne pas les freiner mais à condition également de soigner les blessés. Et ça, c’est le rôle primordial de l’Etat. Pour éviter que la révolution numérique ne soit considérée comme le retour de Darwin et ne provoque des révolutions.

Absurde, n’est-il pas ?

Par Georges Régibeau

La Belgique francophone a connu son janvier 68. Et comme à Paris, quatre mois plus tard, ce fut un électrochoc. Mais, entre ces deux vénérables institutions que sont la Sorbonne et l’Université catholique de Louvain, la distance n’aura jamais paru si grande. En finir avec le vieux monde, aux yeux des étudiants flamands qui battaient le pavé louvaniste, ce n’était pas se gargariser de joyeux slogans censés libérer les corps et les esprits. Pas de fête au quotidien, ni de communion fantasmée avec les innombrables victimes du capitalisme impérialiste et violent. Un slogan suffisait, mais c’était du lourd : « Walen buiten ». Les Wallons dehors. Les Wallons chez eux. Et, avec eux, la langue française.

Ce qui travaillait la Flandre en profondeur sortait comme un cri de révolte, obligeant les autorités religieuses et politiques à ouvrir les yeux. A l’Université de Louvain, le divorce fut aussitôt prononcé. La cassure s’étendit au Parti social-chrétien. Puis, très vite, ce fut le tour des autres formations politiques, incapables de maintenir leur unité « nationale ». Désormais, de part et d’autre de la frontière linguistique, légalement figée en 1962, les discours allaient devoir s’adapter à un électorat plus « communautaire », avec des intérêts divergents. La Belgique allait de plus en plus céder à une logique centrifuge. Après cinquante ans marqués par six réformes de l’Etat, sans compter un tas de mesures allant dans le même sens, et dans l’attente de la grande réforme suivante, on n’a pourtant pas l’impression que les médias « belges francophones » ont vraiment bien saisi la dynamique à l’œuvre en Belgique.

En témoigne l’éditorial publié le 17 janvier dans le Soir, signé Béatrice Delvaux. Comme on le lira ci-dessous, celle-ci a des accents qui feraient penser que la Wallonie ne doit pas avoir peur de se prendre en charge, en se trouvant par exemple un nouveau partenaire privilégié, qui lui conviendrait davantage et lui permettrait d’envisager sereinement l’avenir. Mais non, si elle en arrive à penser à de « nouveaux liens de solidarité », c’est pour revenir vers la Flandre. On n’est pas près d’envisager le vrai, le grand divorce. A chaque fois, les nationalistes flamands font hurler, puis on s’habitue, on leur dirait presque merci de nous avoir bousculés. C’est tout juste si on ne s’excuserait pas d’être aussi c…

La leçon qu’il faut tirer du « Walen buiten », selon Madame Delvaux ? Continuer à célébrer cette union parfois douloureuse et souvent compliquée avec la Flandre, en prévenant les coups par une plus grande souplesse, en sachant qu’il vaut mieux accompagner le changement que le subir, mais en répétant comme une évidence imparable qu’il serait absurde d’aller trop loin dans le processus de démembrement du pays car, bien sûr, tout le monde « sait à quel point le séparatisme est absurde pour certaines compétences ».

Absurde… On se demande où niche l’absurdité. A l’approche du carnaval, l’envie nous prend d’enfiler les habits de ce gaffeur d’Yves Leterme, alors Premier ministre, non pour sa mémorable et jouissive interprétation de la Brabançonne, confondue avec la Marseillaise, mais pour une très vilaine déclaration faite au journal français Libération, à propos des francophones de la périphérie, dont l’état intellectuel ne permettrait pas d’apprendre le néerlandais.

C’est une question que nous posons aux médias « belges francophones » : les Wallons sont-ils intellectuellement incapables de penser la fin de la Belgique ? 

Voici lédito de Béatrice Delvaux dans le Soir du 17 janvier :

Le « Walen buiten », humiliation et opportunité

Notre histoire commune de Flamands et de francophones reste hantée par des événements et des images du passé. Au rang de ce qui a construit les symboliques fortes de nos fractures communautaires, figurent les manifestations de janvier 1968 menées par des groupes d’étudiants dans les rues de Louvain et les saluts nazis de militants flamingants. L’émotion suscitée en Belgique francophone par le docu-fiction « Bye bye Belgium » doit beaucoup au souvenir de ces moments où les francophones ont eu l’impression d’être jetés dehors, expulsés de « leur » Belgique unitaire. « Walen buiten », « Walen go home » : quelle violence, quelle blessure, quel déchirement que cette répudiation publique ! Et quoi de plus fort pour marquer cette volonté de ne plus partager de destin commun, que la scission d’une université catholique vieille de 500 ans, concrétisée par la répartition des livres de la bibliothèque, et donc des savoirs, selon une méthode barbare : les numéros pairs pour l’UCL, les impairs pour la KUL. Le rejet de l’autre était devenu tel, que l’intelligence des élites ne pouvait même plus gérer la séparation : au plus vite au mieux, et bon débarras.

Ce « Walen buiten » et la scission de l’Université de Louvain semblait préfigurer une étape décisive dans la condamnation à mort d’un destin national, pour cause d’humiliations indélébiles. Or que constate-t-on cinquante ans plus tard ? Que les tragédies annoncées ne sont pas nécessairement au rendez-vous et qu’un mal considéré comme intolérable peut, au final, générer un bien. La seule évocation à l’époque de cette possibilité aurait été vue comme une trahison à la cause belge. Et pourtant, on se doit de reconnaître que le monde francophone et la Wallonie ont beaucoup gagné à l’installation en terres brabançonnes d’une université de très haut niveau. Les bénéfices pour le Brabant wallon, mais aussi pour les autres zones où l’UCL s’est implantée, sont considérables, tant en termes de production de diplômes que d’activité économique. L’UCL est aujourd’hui un pivot scientifique et intellectuel majeur, autour duquel se sont développées nombre d’activités économiques, médicales, architecturales, culturelles, sociales… La scission louvaniste a paradoxalement doté le sud du pays d’un moteur de développement autonome dont elle (sic) ne disposait pas et qui contribue aujourd’hui à son avenir. Charleroi tente tout aujourd’hui pour combler l’absence d’un tel outil.

On sait à quel point le « séparatisme » est absurde pour certaines compétences, mais on se doit aussi de reconnaître que dans certains cas, l’autonomisation de certaines entités ou activités profite à des régions forcées de retrouver une dynamique propre. Deux leçons donc, cinquante ans plus tard : il faut négocier ces tournants à temps, dans la lucidité plutôt qu’en y étant forcés dans la violence, mais il faut avoir la sagesse d’enterrer les haches des guerres passées pour reconstruire de nouveaux liens et solidarité, comme l’ont fait récemment et très intelligemment KUL et UCL.

Les tares de la démocratie ne doivent pas conduire aux extrêmes

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Invoquer les dérives de la démocratie, ses tares même, toutes bien réelles, pour en appeler à des extrêmes qui, de toutes façons, les uns comme les autres, ont déjà fait leurs mauvaises preuves, c’est se résigner à la facilité et établir une curieuse hiérarchie entre les uns et les autres.

Brandir la peur, même parfaitement justifiée, du péril rouge, réel ou virtuel comme le P.T.B., ne suffira jamais pour convaincre que le péril brun est préférable, ni à court ni à moyen terme.

Si la démocratie ne fonctionne plus, ou mal, si ses représentants sont devenus méprisables parfois, changeons-la.  Cela n’appartient qu’à nous de nous engager après nous être indignés… Mais l’indignation ne peut être à sens unique, sauf à perdre toute crédibilité !

C’est un beau débat : qu’il commence !

Le site du « Vif-l’Express » a publié hier un article d’opinion de Jules Gheude. Nous le reprenons ici puis nous le commentons.

Belgique : Chronique d’une mort annoncée

Il y a deux ans, lors d’un reportage de la VRT, Liesbeth Homans, ministre (N-VA) du gouvernement flamand, exprimait le souhait de voir la Belgique disparaître en 2025. Aujourd’hui, le groupe financier Bloomberg annonce la fin de la Belgique en 2028. Le Royaume se trouve donc en phase terminale.

Cela n’empêche pas la coalition suédoise de Charles Michel d’envisager des mesures pour le long terme, notamment en ce qui concerne l’énergie. Il est même question de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire en… 2040, même si la ministre Marie-Christine Marghem s’empresse de préciser qu’il s’agit là d’un scénario tout à fait théorique.

Bref, on prépare un avenir dans lequel la Belgique pourrait ne plus avoir sa place.

Si l’espoir, dit-on, fait vivre, il importe aussi de tenir compte de la réalité.

Depuis 1970, le moteur institutionnel de la Belgique a subi six entretiens. Mais aujourd’hui, il semble totalement bloqué. La saga du RER, les nuisances sonores au-dessus de Brussels Airport, la construction d’un stade national, la mise en application du pacte énergétique… Autant d’éléments qui viennent illustrer les propos tenus en 2016 par Jean Quatremer, le correspondant bruxellois du journal « Libération » : le royaume est dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité.

La Belgique est souvent associée au mouvement surréaliste. On connaît ce tableau de René Magritte intitulé « Ceci n’est pas une pipe ». L’artiste aurait pu également dessiner les contours de la Belgique, en y ajoutant « Ceci n’est pas un pays »…

Ce qui est en tout cas surréaliste, c’est de voir la plus grande formation politique du pays, la N-VA, au gouvernement fédéral, alors qu’elle plaide ouvertement pour l’émergence d’une République flamande au sein de l’Europe. Cela s’appelle « entretenir un serpent en son sein ».

Lorsque la « suédoise »é a vu le jour en 2014, il fut décidé de placer le communautaire au frigo pour la durée de la législature. Insensé, lorsqu’on sait qu’en Belgique, le moindre dossier revêt un aspect communautaire. On le voit encore aujourd’hui avec la polémique entretenue autour de Théo Francken, le ministre (N-VA) à l’Asile et à l’Immigration. Les francophones réclament à cor et à cri sa démission, tandis que l’homme ne cesse de doper les adhésions à son parti. Continue comme cela ! a lâché Bart de Wever, lors de la réception de Nouvel An de la N-VA à Malines…

Si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, il ne fait aucun doute que Théo Francken se retrouverait sur la première marche du podium en Flandre. Autrement dit, l’entêtement des francophones à son égard ne fait que précipiter la mort du royaume.

Les francophones souffrent de ce que j’appellerais « le syndrome du catoblépas », cet animal légendaire à long cou grêle dont la lourde tête traîne à terre et l’amène à brouter ses propres pattes.

Les francophones sont, en effet, perpétuellement dans le déni. Ils refusent de voir la réalité en face : depuis 1970, tout a été mis en œuvre pour faire de la Flandre une véritable nation (un peuple, un territoire, une langue, une culture).

Il n’y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : une belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé ?) et une flamande, constatait François Perin en 1981. Et il ajoutait : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Le Centre d’études du MR porte le nom de Jean Gol. Les pontes de ce parti ignorent-ils qu’à la fin de sa vie, Jean Gol ne se faisait plus la moindre illusion quant à la Belgique ? Selon lui, la poussée irrésistible du nationalisme flamand ne pouvait qu’entraîner la disparition du pays et seule la France était de nature à assurer l’avenir de la Wallonie.

Dans son livre « Splendeurs de la liberté », Paul-Henry Gendebien rapporte cet entretien qu’il eut avec l’intéressé : Nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna lorsque nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

La raison pour laquelle la Belgique a été créée en 1830 (volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, de se prémunir contre la France) ne représente plus rien depuis belle lurette. Le temps n’est-il pas venu de réparer ce que l’ancien Premier ministre Yves Leterme a lui-même qualifié d’accident de l’Histoire ?

Jean Rey, l’un des pères de la construction européenne, était connu pour sa sagesse. En 1947, il déclara : Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer.

La Catalogne, l’Ecosse, la Flandre : il est vain de mener des combats d’arrière-garde contre des mouvements irréversibles.

En raison des caprices de l’Histoire, la Wallonie n’a été française que durant une très brève période, de 1794 à 1814. Pourtant, depuis le 13ème siècle, le français y a été accepté comme langue littéraire. L’historien namurois Félix Rousseau voit là le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

La France serait-elle disposée aujourd’hui à accueillir la Wallonie ? A cette question, Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, répond clairement : S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones à la France, 95% des habitants de l’Hexagone répondraient favorablement. Et il ajoute : C’est un beau débat. Qu’il commence !

Jules GHEUDE

Petits commentaireslorsque Jean Gol eut, entre autres responsabilités, celle d’ échevin des finances à la commune de Chaudfontaine, j’eus le plaisir de m’entretenir avec lui. Il me présenta à sa secrétaire en ces termes : « Monsieur Durieux est de ces personnes qui pensent comme moi, que notre capitale naturelle est Paris et qu’un jour nous rejoindrons la France ».

A l’époque, l’exemple du statut de l’Alsace-Lorraine  dans une France encore assez jacobine  pouvait servir d’exemple à la capacité de celle-ci de montrer son pouvoir d’adaptation.

Aujourd’hui, la France a évolué. La meilleure preuve en est l’aval donné par l’éminent constitutionnaliste français  Didier Maus au projet d’Intégration-Autonomie de la Wallonie dans la République française  exposé par Jacques Lenain sur son site http://www.belgique-française.fr ou sur ce site. Dans ce projet, la Wallonie aurait un article qui lui serait consacré sur mesure dans la Constitution française (Lire l’entretien Didier Maus-Jacques Lenain) afin que sortent renforcés ET la Wallonie ET la France.

Dans une de ses caricatures, Pierre Kroll avait pastiché  le tableau à la pipe de René Magritte. Il avait dessiné les contours de la Belgique sous lesquels il avait écrit : « ceci n’est pas un pays ». Dans un prochain article, nous aurons le plaisir de vous parler du très beau livre de Pierre Kroll  paru aux éditions « Les Arènes ».

En   2006, lorsque je rencontrai François Perin pour essayer de le convaincre à se présenter aux élections provinciales dans le canton de Liège afin de « pousser » la liste du R.W.F. (rassemblement Wallonie-France),  il me répondit :  « je vais vous faire plaisir, mais je vous le dis, à mon âge, c’est une connerie, je n’oserai même pas le dire à ma famille. Par ailleurs, je vous avertis, c’est la dernière fois que je me présenterai sur une liste électorale ». Cela ne l’empêcha pas de récolter plus de 500 voix de préférence loin devant ses colistiers.  (A l’époque, j’étais président de l’arrondissement de Liège du R.W.F.)

Paul Durieux

Waterloo, morne et pleine aux as ?

Par Georges-Henry Simonis

« UNE REVOLUTION A WATERLOO POUR SERVIR LA WALLONIE »:

Sous ce titre accrocheur, Le Soir (18 janvier 2018) annonce qu’un opérateur privé devrait assurer l’exploitation commerciale et touristique du site, le célèbre champ de bataille devenant la porte d’entrée de la Wallonie.

50 millions d’euros avaient été consentis à l’occasion du bicentenaire de la défaite de 1815, mais les visites diminuent et l’opérateur actuel se retire… Aussi, le Ministre CDH du tourisme wallon, René Collin, s’est-il empressé de signer une convention avec une Intercommunale locale « Bataille de Waterloo » et de lancer un marché public destiné à désigner un opérateur privé chargé de l’exploitation commerciale et touristique du site, moyennant partage des recettes avec la Région wallonne. Celle-ci investirait 40 millions d’euros complémentaires, pour une concession prévue jusqu’en 2035. Le site pourrait accueillir 450.000 visiteurs par an, la redevance étant de 300.000 € annuels et 10 % sur les bénéfices, 18,5 % revenant à l’Intercommunale.

Joli montage financier sur territoire public. Pourquoi pas ? Question saugrenue : si c’est tellement rentable, pourquoi une intervention financière des pouvoirs publics régionaux ? Que ce soit à Waterloo ou à Braine-l’Alleud, il est à parier que des investisseurs locaux ne manquent pas en ces terres parmi les plus riches du pays. On pense évidemment aux amis de Kubla, et de ses amis Chodiev ou De Decker (toujours membres du MR…)!

Voilà une nouvelle aliénation de patrimoine pour la Région wallonne encore une fois pénalisée par l’Etat qui n’a jamais réussi à récupérer les terres allouées incongrûment en leur temps au duc de Wellington et à ses descendants. « Ne faut-il pas parler de scandale? », écrivait à ce propos le sénateur Jean Humblet. Ce privilège archaïque demeure scandaleux, et il faut enfin y mettre fin. Le gouvernement MR/CDH devrait s’y atteler.

Si d’aventure, dans les mois à venir, la Wallonie redevenait française – ce qui est dans l’ordre des choses – Waterloo ne serait plus la porte de la Wallonie, mais bien la Porte de France !  Il serait particulièrement inconvenant de laisse le lion de la butte tourné vers la France : il y aura lieu de le retourner vers les Anglais et tous les contre-révolutionnaires d’Europe unis contre l’Empereur qui, aux yeux du peuple, était encore, qu’on le veuille ou non,  dépositaire des idéaux révolutionnaires de 1789… Un brexit à l’envers : retournons le lion. Avec respect pour toutes les victimes de ces guerres inutiles, vive la Wallonie, vive la République et vive la France.

Connaître la Wallonie : déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

La statue du Congrès de Polleur

Theux

« Ce que la France a été pour l’Europe, le Pays de Liège l’a été pour la Belgique et le Pays de Franchimont et de Stavelot pour le Pays de Liège ». C’est en ces termes que Merlin de Douai, président de la Convention nationale, saluait le 8 août 1794 les patriotes réfugiés du Franchimont qui s’apprêtaient à quitter Paris pour regagner les rives de l’Amblève, de la Hoëgne et de la Vesdre. Liège venait d’être libérée par l’armée de Sambre-et-Meuse. Cette phrase maintes fois citée situe très bien le caractère plus progressiste encore et plus radical de la révolution de 1789 dans le Franchimont.

Cette tendance se traduisit notamment dans deux faits historiques importants. Ce furent d’abord, du 26 août 1789 au 23 janvier 1791, les vingt-cinq séances du Congrès de Polleur rassemblant au centre géographique de l’ancien marquisat des délégués des cinq bans de celui-ci, qui adoptèrent le 16 septembre 1789 une Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen…

…Ce furent ensuite, le 23 décembre 1792, les voeux émis par les habitants des communes de Theux et de Spa en faveur de la réunion à la France, premiers du genre et imités un mois plus tard par Liège et par près de 380 autres localités de l’ancienne principauté.

En 1964, deux militants wallons, responsables de la section verviétoise de « Wallonie libre » depuis sa création, le Verviétois Jules Nissenne (1907-1991) et le Disonais Joseph Gélis (1923-2006), prennent l’initiative d’organiser des cérémonies à l’occasion du 175e anniversaire du Congrès de Polleur et de sa Déclaration de 1789 pour rappeler à leurs contemporains l’importance de « lutter pour les droits sacrés de liberté des Citoyens et de respect de la Constitution ».

Huit ans plus tard, ce duo est encore à la base du comité créé pour le 180e anniversaire des voeux de rattachement à la France de 1792, qui souligne que « ces voeux procédaient d’un idéal de liberté et concrétisaient un droit essentiel, celui des peuples à disposer d’eux-mêmes …

…En 1989 enfin, pour le bicentenaire du Congrès de Polleur (et des révolutions franchimontoise, liégeoise et française), l’asbl « Congrès de Polleur » est constituée : elle est à l’initiative d’une route des Droits de l’Homme qui parcourt tout le territoire de l’ancien marquisat de Franchimont et est balisée par seize stèles qui égrènent chacun des droits proclamés par le Congrès en invitant le passant à la réflexion. Une statue symbolisant le Congrès fut également installée en retrait de la stèle placée à Polleur.

Elle représente un personnage féminin portant dans ses bras le texte de la Déclaration franchimontoise.

Freddy Joris & Frédéric Marchesani, avril 2009

Education, instruction : le tronc commun n’est pas la solution

Une carte blanche de Pierre Hazette, mise en ligne sur le site du quotidien « Le Soir ».

L’ancien ministre de l’Enseignement secondaire en Communauté française plaide pour une revalorisation des filières et l’exploitation des temps libres et autres journées blanches par des activités linguistiques, artistiques, sportives et philanthropiques.

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. »

Je me suis souvenu de cette saillie d’Albert Einstein en lisant les propos péremptoires et définitifs de la Professeure Dominique Lafontaine de l’Université de Liège. Elle s’inscrit fidèlement dans la suite de ses devanciers liégeois, les maîtres pédagogues Gilbert De Landsheere et Marcel Crahay. L’Ecole de Liège a, en effet, largement inspiré les réformes pédagogiques qui ont bouleversé l’enseignement dans la Communauté française de Belgique.

L’instauration du tronc commun vient du siècle précédent. Il n’a pas fonctionné parce qu’il s’est traduit, dans la perception des adolescents, comme l’assurance de passer automatiquement de la première à la deuxième année de l’enseignement secondaire. Il s’est heurté aux objections que les enseignants soulevaient, non seulement lorsqu’ils étaient confrontés à la démotivation des élèves, mais aussi lorsqu’ils constataient la difficulté de garder la qualité de leur enseignement au niveau qui les rendait fiers de leur travail et motivait les élèves, heureux d’apprendre et de progresser.

Des erreurs « sacralisées »

Le tronc commun jusqu’à quatorze ans a été un échec.

La correction proposée par le pacte d’excellence et soutenue par Madame Lafontaine fixe à quinze ans le terme du parcours commun, en attendant, annonce-t-elle, de le porter à seize ans.

Chez nous, on n’apprend pas vraiment de ses erreurs ; au contraire on les sacralise !

On s’accroche à un système qui prend l’eau pour éviter de présenter un autre modèle de société où chaque enfant trouverait sa place, parce que ses aptitudes propres auraient été reconnues et valorisées. On se gargarise de comparaisons internationales pour affirmer que nos piètres résultats se corrigeront en aggravant les erreurs qui les ont provoquées. Curieusement, le modèle allemand n’est jamais évoqué, alors que le chômage des jeunes y est moindre qu’ailleurs.

Une pluralité d’excellences

Dans un authentique « Pacte d’excellence », il conviendrait d’écrire « excellences ». C’est que l’excellence n’est pas unique. Il y a dans chaque enfant une quête de reconnaissance et plus tôt la parcelle d’excellence qu’il y a en lui se sera révélée, plus l’école aura l’obligation de lui ouvrir le chemin qui monte. Ce sera trop tard à quinze ans.

Se conforter par une étude statistique des systèmes étrangers, c’est refuser de construire l’école avec ses acteurs de terrain, avec les attentes des parents, des Hautes Ecoles et des Universités, des responsables économiques, aussi. Je rejoins Michel Onfray. « Une civilisation n’existe qu’en répondant à ce qui met sa vie en péril. » On peut, à coup sûr, dire la même chose de notre Communauté française de Belgique.

Exploiter les temps libres

Lorsque la Ministre annonce qu’elle accorde la priorité au français et à l’arithmétique à travers tout l’enseignement primaire, on a envie d’applaudir et d’ajouter, après l’ovation, que d’autres priorités sont à l’ordre du jour : meubler les temps libres, les jours de congé, les journées blanches, les mercredis après-midi, les samedis par une offre d’activités manuelles, de stages linguistiques, de découvertes artistiques et d’initiation à l’art, de pratiques sportives accessibles aux filles comme aux garçons, d’actions philanthropiques, de visites aux bibliothèques ou aux académies comme aux centres de technologie avancée. En associant à ces activités d’éveil ou d’initiation, des acteurs extérieurs à l’école, nous créerions enfin une société enfants admis et libérés de l’addiction aux tablettes et smartphones.

Des filières épanouissantes

Ainsi lorsque s’ouvrira l’enseignement secondaire, l’adolescent pourra trouver, non un tronc commun, parce qu’il aura appris à se connaître, parce que ses instituteurs auront recueilli les observations qui, s’ajoutant aux leurs, à celles des CPMS et à celles des parents, permettront de lui conseiller une orientation parmi tant d’autres. En d’autres termes, on en aura fini avec la relégation vers les filières techniques ou professionnelles. Celles-ci s’offriront au contraire comme la voie d’accès à un épanouissement attendu, espéré. De même, les filières de l’enseignement général pourront développer les enseignements adaptés aux attentes dans les domaines littéraire, scientifique, économique, artistique, sportif… Je ne crains pas de défendre les filières, pourvu qu’elles soient conçues pour permettre les passages de l’une à l’autre. La diversité de l’offre éducative, je la réclame, non pas quand l’adolescent aura quinze ans, mais quand accédant à la « grande école », il prendra conscience qu’il franchit une étape de sa vie et que le passage est important.

Dans ce contexte d’éducation élargie aux loisirs actifs, se situera aussi la réponse à apporter aux enfants et adolescents dont le français n’est ni la langue maternelle, ni la langue de communication à la maison. Pour eux, aussi, il faut briser le cadre horaire et offrir, voire imposer, la fréquentation d’activités d’appropriation de notre langue et de notre culture.

« Pour penser en largeur, écrit Michel Debray, il convient d’émouvoir en profondeur, et pour faire palpiter, il faut faire espérer. Quoi ? Que demain sera un autre jour. Que l’on peut s’en sortir. »