La même question revient chez les militants :
Qu’est-ce que les Wallons ont encore à faire dans les hémicycles fédéraux ?
En 1982, lors d’une discussion au Sénat sur la réforme de l’État, François Perin, cette grande figure du mouvement wallon et du réunionisme présenta soudain sa démission. Prenons-en de la graine, entend-on.
Voici les mots prononcés alors par François Perin :
Après avoir entendu toutes les déclarations qui ont été faites ces derniers temps et particulièrement au cours du présent débat, après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus en conscience, à croire à l’avenir de notre pays.
Il est difficile de rester parlementaire d’un État auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Je remets ce jour ma démission de sénateur au président de cette assemblée.
Mon motif est simple et triple. La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles.
Le premier mal, je l’ai dit antérieurement, est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non.
Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse à la parole donnée et à sa signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’État en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public.
Le troisième mal irréversible et incurable, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures – des médecins aux syndicats traditionnels – intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeur finalement de toute capacité de l’État de réformer quoi que ce soit en profondeur. Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’État au nom d’un intérêt collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays il n’existe plus de nation.
Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables…
Cette référence à François Perin ne doit pas nous faire oublier une autre vérité, aussi insupportable soit-elle. C’est ce que rappelle ici Jacques Lenain :
Des trois maux dénoncés par François Perin, un seul est propre à la Belgique, le premier, le nationalisme séparatiste belge, les deux autres étant bien répandus, y compris en France…
Présentement, la question à résoudre est de faire adhérer les « forces partisanes et syndicales » franco-belges à une « solution française », ce à quoi ces « forces », qui ont le monopole du pouvoir et donc de la décision, ne consentiront que si elles ont la certitude que leurs intérêts « partisans » et « syndicaux » seront respectés… en France même… quand ils ne pourront plus l’être en Belgique…
Pour ces « forces », une « solution française » ne peut donc devenir acceptable que si elle se présente comme étant supérieure ou au moins égale, pour la protection de leurs « intérêts », au maintien de la « solution flamande »… Laquelle se dégrade, ce qui est la chance du « rattachisme »… Faut-il encore, pour bien jouer cette chance, définir et soutenir un mode de rattachement qui soit justement protecteur des « intérêts » en cause… C’est ainsi… bien que ce ne soit pas plaisant…











