En passant

Quand notre santé est en jeu

Quand la santé est en jeu, en Wallonie et pour les Bruxellois de langue française, on impose un numerus clausus aussi rigide que le corset des dames du temps jadis, on impose sept examens par jour aux carabins de demain, on ergote quant aux finances des centres de garde… Tant pis pour les ruraux : ils apprendront à courir demain (dans tous les sens du terme) pour être soignés !

Quand la santé est en jeu, en France, Marisol TOURAINE, ministre française de la Santé, décide de moduler le numerus clausus en fonction des pénuries et de débloquer des moyens en faveur des maisons médicales.

Cela se passe « près de chez nous » où l’on pense autrement. Le retour des frontières, mentales dans ce coup – là !!

J. L. Lefèvre, Emptinne

Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire

Un article du Vif/L’Express

Fragile à la naissance, la Belgique de 1830 se persuade d’avoir toujours été inscrite dans les astres. Avec la Flandre médiévale pour foyer et le passé wallon relégué dans l’ombre. Plier les faits historiques à la volonté patriotique exige de maquiller et de manipuler le passé. Retour sur une histoire bien belge

Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire

On pouvait rêver mieux comme démarrage dans la vie. A peine engendrée par une révolution en 1830, la Belgique doit convaincre que sa place dans le concert des nations n’est pas usurpée. Comment être prise au sérieux et faire taire les sceptiques, si ce n’est en se donnant une raison d’être, ancrée dans la nuit des temps ? Etoffer le CV s’impose pour réfuter l’odieux soupçon qui plane dans nombre de capitales d’Europe : la Belgique ne serait qu’un Etat artificiel, sans racines.

Calomnie ! « Non, la Belgique n’est pas un accident de l’Histoire. Voilà la mission que les élites dirigeantes et académiques du jeune Etat qui accède à l’indépendance assignent aux historiens pendant près d’un siècle », relève Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique. Le pouvoir bat le rappel des spécialistes du passé, souvent autodidactes. On les charge de démontrer coûte que coûte que cette Belgique de 1830 n’est pas surgie de nulle part, qu’il y a bien « une permanence belge » à travers les siècles. Et que les Belges, sous tous les régimes, n’ont jamais cessé de l’être.

Ce travail acharné de persuasion se prolongera jusque dans les années 1950, à travers une éloquente collection de chromos voués à « nos Gloires », qui sort aujourd’hui de l’oubli. Les historiens en service commandé s’appliquent avec zèle et avec la bénédiction d’une Eglise catholique prête à soutenir corps et âme toute entreprise de (contre-)vérité historique, pourvu qu’elle préserve la Belgique naissante d’une France républicaine et laïque autant que du protestantisme batave. La croisade ne s’annonce pas très orthodoxe. Il va falloir plier les faits historiques à la volonté patriotique, manipuler ou maquiller certains pans du passé. Nécessité fait loi.

De quel bois l’ancien Belge était-il donc fait ? C’est l’air du temps qui en décide. Au XIXe siècle, l’humeur ambiante est franchement gallophobe et hostile à la France. Puisqu’il veut prouver qu’il ne doit rien à cet encombrant voisin, le Belge sera décrété d’origine… germanique. On exhibe des documents prétendument irrécusables pour soutenir que Wallons et Flamands sont bien frères par le sang. Un érudit peut ainsi affirmer sans rire, en 1878, que « la Belgique, sortie toute entière de la Germanie depuis dix siècles, peut dire avec orgueil qu’un sang pur coule dans les veines de ses enfants ». Paré de telles racines, le Belge se retrouve immunisé contre toute assimilation forcée qu’entreprendrait une France menaçante.

Mais la ficelle est un peu grosse et la piste finit pas se dégonfler. La question linguistique, qui pointe le bout du nez, met à mal le dogme de l’unité foncière de la « race » belge. Le cap du XXe siècle est délicat à aborder pour l’Etat belge. Contestation sociale et tensions internationales croissantes : le fond de l’air est frais. Désemparées par la tournure des événements, les élites politiques francophones appellent à nouveau l’Histoire et ses érudits à la rescousse de la patrie jugée en danger.

Changement de registre. Place à la théorie de deux peuples distincts : les Wallons, raccrochés à un rameau celtique, voisinent désormais avec les Flamands, maintenus au rameau germanique. Pas de panique : ce mélange harmonieux de germanité et de romanité tient admirablement la route. Un vrai miracle, qu’un brillant juriste nommé Edmond Picard croit pouvoir attribuer, à l’extrême fin du XIXe siècle, à une « âme » authentiquement belge, imperméable à l’usure du temps.

Picard, qui est aussi parlementaire libéral puis socialiste, est ainsi en mesure d’attester que cette âme indestructible a au moins fait merveille sur deux champs de bataille. A Worringen en 1288, où les Brabançons l’emportent sur une coalition de princes d’Entre-Meuse-et-Rhin et refusent ainsi de se laisser assimiler par l’Allemagne. Puis en 1302 à Courtrai, où les communiers flamands prennent le dessus sur la chevalerie française de Philippe le Bel et empêchent la Flandre d’être livrée à la France. Français et Germains sont ainsi renvoyés dos à dos : CQFD.

L’essentiel est sauf, commente Hervé Hasquin : « Il faut démontrer, à toutes les époques de leur histoire, l’indifférence des habitants qui ont occupé le territoire belge à l’égard des considérations linguistiques. » Que Flamands et Wallons s’expriment dans des idiomes différents ne change rien à cette certitude : l’âme belge existe, à nulle autre pareille, elle est reconnaissable entre toutes par le goût de la mesure et du travail, l’individualisme, l’esprit d’association et l’amour de la vie confortable…

Un passé aussi glorieux a besoin de visages, de héros en qui s’incarner. On en exhume à profusion, leur lieu de naissance fait office de passeport. Ambiorix, Clovis, Godefroid de Bouillon, Pierre l’Ermite, une foule d’autres régionaux de l’étape, sont « naturalisés » belges, enrôlés sans discussion sous la bannière noir-jaune-rouge. Sans doute, avec le recul, tant d’audace paraît manquer de sérieux. Mais c’est l’époque qui veut ça, tempère Hervé Hasquin : « Beaucoup considèrent encore l’Histoire comme un genre littéraire. » Il autorise quelques divagations, pour peu qu’elles soient joliment formulées.

Il ne manque aux thèses de Picard qu’un habillage scientifique. Henri Pirenne sera ce chaînon manquant décisif, l’historien brillant qui va donner ses lettres de noblesse à cette « âme belge ». Ce Verviétois qui professe à l’Université de Gand frappe un grand coup : sa monumentale Histoire de Belgique, en sept volumes publiés entre 1900 et 1932, le transforme en un phénomène durable de librairie. Elle en fait « le père fondateur du sentiment national belge », attendu comme le Messie par les ardents défenseurs de la patrie.

L’œuvre de Pirenne, d’une érudition sans faille, révolutionne les codes de la recherche historique. Elle coule dans le marbre cette vérité historique : « La Belgique est une nécessité de l’Histoire, non un accident. » Oui, affirme l’historien, il existe bel et bien « une civilisation belge », « des territoires belges », « un peuple belge ».

Et ce « miracle » belge a eu pour épicentre la Flandre médiévale, identifiée comme le moteur de l’unification de la Belgique. Cette Flandre urbanisée qui brillait au Moyen Age par son commerce, sa prospérité, la vitalité et l’indépendance de ses villes, partage bien des traits communs avec la Belgique industrielle du XIXe siècle qui joue dans la cour des plus grands. Il s’en est fallu de peu pour que cette magnifique réussite ne se brise en 1302, à la bataille des Eperons d’Or : en cas de victoire française à Courtrai, pas de Belgique possible dans l’avenir. Les prolétaires flamands ont bien mérité de la patrie…

Tout s’emboîte, tout s’enchaîne, tout s’éclaire, sous la plume brillante de Pirenne. La part de hasard et d’accidentel dans le déroulement des faits s’efface. « Ce devait être ainsi », et pas autrement, résume Hervé Hasquin : « Voilà l’histoire « officielle », politiquement correcte, celle qui cadenasse le discours historique dans les manuels d’histoire, imprègne l’enseignement universitaire francophone et la formation des enseignants (voir page 52).«  Mais elle a l’immense mérite de rassurer : « Belges, ayez confiance, ne craignez rien, vous n’êtes pas surgis de nulle part. »

Pirenne superstar, intouchable, domine de la tête et des épaules la science historique des quinze années qui précèdent la Première Guerre mondiale. Son Histoire de Belgique se doit de trôner dans la bibliothèque de toute famille bourgeoise qui se respecte, elle devient la Bible des unitaristes et des milieux gouvernementaux francophones de plus en plus aux abois. La Cour, sous le règne d’Albert Ier, tombe immanquablement sous le charme de ce qui devient la dynastie Pirenne. Car Jacques marche sur les traces de son illustre père, il devient le précepteur du futur Léopold III et en sera l’influent secrétaire particulier.

La Grande Guerre n’interrompt nullement le fil de cette belle histoire. L’historien gantois exulte même, au sortir de l’épreuve de 14-18 : l’héroïque sursaut de la pauvre petite Belgique, qui a fait front face à l’agresseur allemand, ne lui donne-t-il pas raison ? Seule une nationalité belge forgée au cours des siècles a pu nourrir un tel sens du sacrifice et soutenir une résistance aussi extraordinaire.

C’est en toute bonne foi que Pirenne met au service de la patrie sa « construction historique », expression qu’il revendique sans fard. Et c’est avec véhémence qu’il écrase toute concurrence qui s’aviserait de soutenir l’hérésie d’un Etat belge artificiel ou de s’appesantir sur les tensions et rivalités linguistiques ou régionales. Remettre en cause les théories du maître est historiquement incorrect, car suspecté de porter atteinte à l’unité du pays.

Or, la révolte gronde. Les militants wallons se sentent les grands floués dans toute cette histoire qui réserve le beau rôle à la Flandre et relègue dans l’ombre le riche passé des principautés wallonnes, ils s’insurgent contre ce récit qui leur impose l’assimilation du « génie belge » au « génie flamand » jusque dans les arts. On préfère honorer le peintre tournaisien du XVe siècle Rogier de La Pasture sous son nom néerlandais de Rogier van der Weyden ? Trop is te veel. « Nous ignorons tout de notre passé wallon », se désole le député socialiste Jules Destrée dans sa célèbre Lettre qu’il adresse au roi Albert Ier en 1912.

Les Liégeois sont les plus remontés. Le retour en grâce des ducs de Bourgogne sous la plume de Pirenne les offusque : comment oser porter aux nues la politique unificatrice de ces princes bourguignons qui se sont rendus coupables, sous Charles le Téméraire, des terribles sacs de Liège et de Dinant en 1468 ?

C’est pourtant la Flandre qui, la première, largue Pirenne. Ingrat foyer de la civilisation belge, qui n’attend pas la disparition du grand historien, le 25 octobre 1935, pour commencer à lui tourner le dos. Pirenne suit ainsi de peu dans la tombe Albert Ier, le Roi-Chevalier, disparu en 1934. « Deux symboles puissants d’une Belgique idéalisée et fantasmée, par les francophones à coup sûr, s’effaçaient du paysage », observe Hervé Hasquin.

Sans états d’âme, la Flandre tire un trait sur ce lourd héritage pour se trouver d’autres racines. La première Geschiedenis van Vlaanderen, limitée au territoire flamand, voit le jour un an après la mort de Pirenne, dont l’Histoire de Belgique, enfin traduite en néerlandais au milieu des années 1950, devient vite invendable. Le « pirennisme » résistera mieux et plus longtemps chez les historiens francophones, dominés par la crainte que l’histoire ne dérape dans une version antibelge. Quatre-vingts ans après sa disparition, si Pirenne revenait sur terre…

Déconstruire la Belgique ? Pour lui assurer un avenir ?, par Hervé Hasquin, Académie royale de Belgique, 2014.

L’heure est aux débats et c’est très bien !

Régionaliste, Thierry Bodson l’est de toute évidence. Il a compris depuis un certain temps que les régions wallonne et bruxelloise avaient besoin de solutions spécifiques adaptées car vivant des situations sociétales et économiques très différentes.

Aujourd’hui, il sort du bois pour asséner avec toute la diplomatie voulue certaines vérités. Un nouvel André Renard, toujours regretté par de nombreux Wallons, vient-il de naître ?

La FGTB Bruxelles s’oppose au projet Bodson, parlant de bricolage institutionnel. Mais n’est-ce pas la situation actuelle qui, avec son mille feuilles, a tout du bricolage institutionnel ?

Puisse Thierry Bodson être entendu par les décideurs wallons et avoir ouvert un débat qui dépasse, et de loin, le seul parti socialiste.

Paul D.

La FGTB wallonne voudrait supprimer la Communauté française

 Aujourd’hui 07h36 – Belga

Thierry Bodson.

Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, plaide pour la suppression de la Communauté française (qui se désigne elle-même aujourd’hui comme la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Thierry Bodson souhaiterait voir les compétences de la Communauté française dévolues aux Régions. « Notre demande est véritablement axée sur un fonctionnement plus efficace, plus cohérent de la matière socio-économique », explique-t-il dans Le Soir.

La réforme radicale avancée par Thierry Bodson et la FGTB wallonne verrait disparaître le gouvernement et le Parlement de la Communauté française. Le responsable du syndicat socialiste wallon estime que cela doit être fait dans un calendrier «raisonnable». Il enjoint le Parti Socialiste à ouvrir le débat à ce sujet.

Thierry Bodson estime que l’on peut très bien conserver un lien entre la Wallonie et Bruxelles via des structures birégionales plus souples. Il ajoute cependant qu’il n’a pas encore eu la possibilité de discuter de cette proposition avec son homologue bruxellois à la FGTB, Philippe Van Muylder.

La FGTB Bruxelles ne partage pas cette revendication

La section bruxelloise de la FGTB se distancie clairement de l’intention exprimée par Thierry Bodson de supprimer la Communauté française. « La FGTB Bruxelles ne partage aucunement cette revendication », indique Philippe Van Muylder, dans un courriel adressé à l’agence Belga. Le secrétaire général de la FGTB Bruxelles y fait part « d’une divergence d’analyse profonde entre les ailes wallonne et bruxelloise de la FGTB ».

La FGTB Bruxelles « ne croit pas que la qualité de l’enseignement s’améliorerait, comme par magie, en attribuant cette compétence à un autre niveau de pouvoir et en organisant des systèmes fondamentalement distincts en Wallonie et à Bruxelles », écrit Philippe Van Muylder.

Selon lui, « si l’enseignement constitue un véritable projet de société, il est impératif de chercher des solutions ailleurs que dans le bricolage institutionnel ».

Le secrétaire général ajoute qu’à Bruxelles « la compétence de l’enseignement francophone n’est gérable ni par la Région (où le pouvoir est légitimement partagé avec des Bruxellois néerlandophones), ni par la Cocof, dont la taille et les embarras budgétaires récurrents posent les difficultés majeures que l’on sait ».

L’idée de confier la compétence de l’enseignement à « une coupole non-politique » n’est également « pas à retenir », estime-t-il.

La Wallonie, saignée à mort par une Belgique confédérale flamande

Ce titre n’est pas de nous mais du journaliste Alain Mouton sur le site du magazine économique Trends (tendances).

Nous en profitons pour rappeler l’analyse de l’AWF publiée en janvier 2015 dans son mémorandum. Celui-ci fut envoyé à plus de 5000 décideurs politiques, sociaux, culturels et autres au mois de janvier 2015. 

1. La fin de la Belgique est inéluctable à court ou moyen terme parce que :

– la Flandre considère que le modèle fédéral belge est un échec et qu’il faut passer au confédéralisme ; 

-­ pour la Flandre, la 6e  réforme de l’État  n’est qu’une étape avant la 7e  réforme qui touchera le cœur de la sécurité sociale, ce qui signifie passer d’un modèle de société qui aujourd’hui est  commun  à  la  France  et  à  la  Belgique  à  un  modèle  anglo-­‐saxon  dont  une  majorité  de Wallons ne veut pas. Après cette 7e réforme, la solidarité interrégionale s’évaporera.

-­  tous  les  observateurs  internationaux  de  la  vie  politique  s’accordent  à  considérer  qu’un État fédéral ou confédéral n’est viable qu’à partir du moment où il réunit un minimum de 6 entités (cf. l’Allemagne, la Suisse, les États-­Unis, le Canada… – précisons qu’aucun de ces états n’est confédéral).

2. L’analyse du professeur Gazon,  corroborée par d’éminents professeurs en économie, démontre, chiffres à l’appui, qu’ une Wallonie indépendante ou autonome n’est pas viable au niveau de ses finances publiques.

Une Fédération Wallonie-­‐Bruxelles ne l’est pas plus pour des raisons politiques (95 % des Bruxellois ne voient pas leur sort lié à celui de la Wallonie). Par ailleurs, nous assistons à un développement  important  de l’identité  bruxelloise  (70  %  se  disent  aujourd’hui bruxellois avant tout).

3. Dès lors, la Communauté de destin avec la France s’impose. C’est le choix de la raison. C’est aussi le choix de la solidarité interrégionale et du refus de sacrifier au minimum deux générations de Wallons sur l’autel d’une Belgique devenue mortifère  pour la Wallonie.

4. Monsieur Jacques Lenain, haut fonctionnaire français, a développé sur notre site le projet « d’intégration-autonomie » de la Wallonie à la République française, qu’il appartiendra d’utiliser au mieux pour que sortent renforcés ET la Wallonie ET la France dans le respect de l’héritage wallon.

5. La Wallonie  a  la  chance  de  partager  la  langue et la culture  avec  la  France,  langue internationale présente sur les 5 continents et forte de centaines de millions de locuteurs au travers de la francophonie. Plus besoin de se farcir le néerlandais pour obtenir un  emploi  même  en Flandre :  voir  le  cas  de  Courtrai  où  les  entreprises  exigent  de  leur personnel wallon la connaissance du néerlandais, ce qu’elles n’exigent pas pour les citoyens français. Des études sérieuses ont démontré que la Wallonie aujourd’hui n’avait besoin que de 10 % de bilingues français-néerlandais pour des emplois situés dans l’administration bruxelloise ou fédérale. 

Nous n’attendons pas de Trends tendances qu’il cite l’analyse de l’AWF. Un mouvement citoyen comme le nôtre a le tort d’avoir la volonté de sortir la tête du Wallon du sable dans lequel il est enlisé à longueur d’année par les médias.

L’AWF a aussi le tort d’être un mouvement qui prend de l’ampleur. De plus en plus de citoyens wallons rejoignent notre analyse.

Réjouissons-nous pourtant que l’analyse de son journaliste rejoigne la nôtre et que le nom du professeur Jules Gazon soit cité.

Paul D.

Je vous invite à lire l’article d’Alain Mouton, journaliste au Trends :

Alain Mouton « La Wallonie est saignée à mort par la réforme de l’État »

Le constat s’impose de plus en plus cruellement : la Wallonie est la grande perdante de la sixième réforme de l’État. Un déficit de 786 millions d’euros sur un revenu régional de 13 milliards d’euros en 2014, voilà qui est beaucoup plus inquiétant que le déficit flamand…

Paul MagnetteLe budget wallon se dirige, à la fin de la législature, vers un déficit de plus de 1 milliard d’euros, conséquence de la sixième réforme de l’État et du tax shift fédéral. Entre-temps, Bruxelles opte, par le biais de réductions des taxes régionales, pour une concurrence fiscale avec la Wallonie. Le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) ne rigole pas. La Wallonie exigera-t-elle une nouvelle loi de financement en 2019 ? Le cas échéant, fera-t-elle de l’œil au confédéralisme ?

915 millions d’euros. Tel est le coût du tax shift fédéral pour les Régions et les communautés à l’horizon de 2020. La Flandre assure 587 millions d’euros de la facture, la Wallonie 263 millions et Bruxelles 65 millions. Une facture de 264 millions d’euros est présentée aux communes. C’est ce qui ressort d’une étude du service public fédéral Finances.

Tout découle de la sixième réforme de l’État et de la nouvelle loi de financement, cette loi qui règle les flux d’argent entre les autorités fédérales et les entités fédérées. Les Régions sont, pour leurs revenus, moins dépendantes des dotations fédérales, mais davantage de leurs propres recettes fiscales. Les Régions peuvent percevoir des centimes additionnels ou accorder des réductions sur l’impôt des personnes.

Avec le tax shift, le gouvernement Michel a décidé, entre autres, de supprimer la tranche d’imposition de 30% dans l’impôt des personnes. Cette diminution d’impôt signifie que le montant sur lequel les Régions peuvent prélever des centimes additionnels ou accorder des réductions diminue. Selon le SPF Finances, ce tax shift fédéral aura, en 2015, un effet réel sur les budgets des entités fédérées : 147 millions d’euros en moins pour la Flandre, 67 millions en moins pour la Wallonie et 20 millions en moins pour Bruxelles. L’effet du tax shift en vitesse de croisière sur les entités fédérées n’a pas encore été inclus dans le calcul des budgets.

Cela cause surtout des soucis à la Wallonie. Le budget wallon se teinte de plus en plus de rouge. Voici un peu plus d’un an, il était question, pour 2014, d’un déficit budgétaire de 496 millions d’euros. Au début de ce mois, il apparaissait que le déficit budgétaire avait atteint 628 millions d’euros. Le 20 octobre, la Banque nationale a publié de nouveaux chiffres : le déficit budgétaire wallon s’est creusé l’an dernier jusqu’à 786 millions d’euros. À la fin de cette année, le montant sera encore de 555 millions d’euros, malgré les économies. À l’horizon de 2018, le déficit risque de dépasser le milliard d’euros, selon les calculs du Conseil économique et social de Wallonie. Il est pourtant prévu que le budget wallon affiche alors un équilibre.

Ce n’est amusant pour aucune des Régions – mais la Wallonie souffre tout particulièrement

Les mauvaises perspectives budgétaires wallonnes s’expliquent par l’impact du tax shift fédéral et la facture de la sixième réforme de l’État, à propos de laquelle un accord a été atteint en 2011. Si les entités fédérées ont obtenu un paquet de compétences supplémentaires, les moyens pour ces compétences ne sont transférés qu’à hauteur de 85%. Par ailleurs, les Régions doivent participer au paiement d’une cotisation de solidarité pour la facture des pensions des fonctionnaires, facture qui ne fait que s’alourdir. S’y ajoute le fait que l’évolution du nombre de dotations à partir de 2017 ne suivra plus complètement la croissance économique.

Ce n’est amusant pour aucune des Régions. Mais la Wallonie souffre tout particulièrement. Un déficit de 786 millions d’euros sur un revenu régional de 13 milliards d’euros en 2014, voilà qui est beaucoup plus inquiétant que le déficit flamand de 649 millions d’euros sur un budget de 36 milliards pour la même année.Et la situation de la Wallonie risque de devenir encore plus dramatique encore. En effet, un certain nombre de mécanismes de solidarité dans la loi de financement, favorables à la Wallonie, disparaîtront au cours des prochaines années – ici aussi, une conséquence de la sixième réforme de l’État. À terme, cela coûtera 600 millions d’euros supplémentaires à la Wallonie.

Dès la conclusion de l’accord sur la nouvelle loi de financement, à l’automne 2011, la FGTB a tiré la sonnette d’alarme. Thierry Bodson, président de l’interrégionale wallonne du syndicat socialiste, a averti des conséquences négatives de la sixième réforme de l’État pour la Wallonie. Un message que l’aile wallonne du syndicat socialiste répète avec la régularité d’une horloge. Les conséquences financières de la réforme de l’État provoquent aussi des migraines dans les rangs politiques wallons, bien que la critique reste pour l’instant cantonnée aux cercles privées.

Impôt des personnes physiques : le tabou wallon sur la scission des taux

À Namur, il n’est pas (encore) question d’une nouvelle marche de revendication vers Bruxelles. Le ministre-président opte pour un discours politique de parti classique, et se limite à la critique sur les effets du tax shift. Plus d’une fois, Paul Magnette a exigé une concertation préalable au sujet de l’impact du tax shift sur les finances publiques des Régions. Elle n’a pas eu lieu.

Paul Magnette a beau crier maintenant au scandale, son propre PS a mis cette sixième réforme de l’État sur les rails, avec la nouvelle loi de financement. Le PS était le plus ardent défenseur du mécanisme incluant les centimes additionnels et soustractionnels.

Les partis flamands ont longtemps aspiré à un système de scission des taux. Traduction : la structure des tarifs de l’impôt fédéral des personnes physiques serait divisée en deux parties, par exemple 50/50. Aussitôt le revenu imposable déterminé, le contribuable paierait la moitié de l’impôt aux autorités fédérales et l’autre moitié à une Région. Cette forme d’autonomie fiscale signifierait que le gouvernement fédéral ne déterminerait plus que la base imposable, et que les Régions pourraient plus tard adapter leur structure tarifaire.

Pour le PS, ceci était tabou. Elio Di Rupo, Paul Magnette & Co craignaient que la Flandre instaure une « flat tax ». Les Wallons disposant des plus hauts revenus risqueraient dans ce cas de déménager massivement vers la Flandre, et la Wallonie perdrait de ce fait des masses de revenu fiscal. Au PS, on considérait le système des centimes additionnels et soustractionnels comme une meilleure barrière contre la concurrence fiscale.

Bruxelles sur la voie de la concurrence fiscale

Or, voici deux semaines, le gouvernement bruxellois a effectivement emprunté la voie de la concurrence fiscale. Le gouvernement bruxellois a pris un certain nombre de mesures pour attirer de nouveau la classe moyenne vers la Région. Bruxelles voit, depuis des années déjà, sa capacité fiscale diminuer. En 2000, les revenus moyens représentaient encore 34% de la population bruxelloise. En 2011, la proportion était descendue à 28,5%.

Bruxelles désire à présent renverser la tendance avec son propre tax shift. La taxe forfaitaire de 89 euros par famille est supprimée, et Bruxelles fait usage des centimes additionnels et soustractionnels pour diminuer les impôts : 1% l’année prochaine et 0,5% l’année suivante. D’autre part, le précompte immobilier est augmenté et sera payé en partie par les propriétaires qui n’habitent pas Bruxelles. Le bonus logement bruxellois est supprimé mais les droits d’enregistrement sont abaissés.

La Wallonie craint que les habitants du Brabant wallon, surtout, soient tentés de retourner vers les communes riches du sud-est de la région bruxelloise. Le gouvernement wallon craint que les recettes fiscales supplémentaires issues du tax shift pour Bruxelles soient engrangées au détriment de la Wallonie et entament lourdement, à terme, les finances publiques wallonnes.

Vers un scénario « à la grecque » pour la Wallonie ?

Le constat s’impose de plus en plus cruellement : la Wallonie est la grande perdante de la sixième réforme de l’État. Le maintien du budget wallon dans une situation précaire rendra la tentation, à Namur, sans cesse plus grande de plaider d’ici  2019 pour une révision de cette loi de financement. Ce qui reviendrait de fait à une nouvelle réforme de l’État.

La Wallonie se trouve cependant dans une position de faiblesse. Les partis flamands pourraient très bien demander une réforme fiscale qui  aille dans le sens du  confédéralisme. Finie, la combinaison du financement des entités fédérées par le gouvernement fédéral via des dotations et une autonomie fiscale partielle. Non, les partis flamands mettront sur la table un transfert de grande envergure des leviers socioéconomiques. Une régionalisation totale de l’impôt des personnes  physiques, par exemple, éventuellement complétée par une scission de l’impôt des sociétés. Et après le récent transfert des allocations familiales, une plus grande régionalisation de la sécurité sociale. La question est de savoir si la Wallonie sera financièrement de taille pour cela. Dans ce cas, il ne restera plus grand-chose de la solidarité interrégionale. Selon l’économiste Jules Gazon, la Wallonie n’est actuellement pas du tout en état de faire face à cela. Sans la solidarité flamande, la Wallonie enregistre un déficit primaire (les recettes moins les dépenses sans les charges d’intérêt) de 7,9 milliards d’euros, soit 8,8% du produit intérieur brut. La Flandre pourrait dans ce cas compter sur un excédent budgétaire de 7,4 milliards, soit 3,45% du PIB. En cas de scission des intérêts sur la dette, le déficit wallon atteindrait 12,7% du PIB. Un scénario à la grecque menacerait alors l’économie wallonne.

La Wallonie et la France : ce que Philippe Destatte répond à Jacques Lenain

Parce qu’il est plus que temps de resserrer nos liens avec la France, il faut saluer toute prise de parole qui contribue à ouvrir, élargir, approfondir un débat depuis trop longtemps ignoré, évacué, refoulé ou marginalisé. Pour relancer un tel débat, sans détour ni langue de bois, voici un échange qui ne manque décidément pas d’intérêt.

Philippe Destatte a longuement répondu à un commentaire critique de Jacques Lenain, ce qui a poussé celui-ci à développer son argumentation, laquelle a fait réagir Philippe Destatte. Il va sans dire qu’au-delà de leurs divergences, il nous plaît de relever la qualité de leurs deux points de vue.

Folon, la pluieNamur, le 3 novembre 2015

Cher Monsieur Lenain,

Je vous remercie de votre longue réponse. Je vais tenter d’être plus synthétique en répondant moi aussi à votre commentaire, tout en gardant, en chercheur, un regard calme sur les choses de ce monde. Ainsi que je vous l’ai indiqué par ailleurs, je n’ai pas pu revenir plus tôt à notre dialogue, étant requis par d’autres engagements. Néanmoins, les quelques jours pendant lesquels je suis sorti de notre conversation m’ont fait mesurer que notre débat comporte un risque : celui de me voir, en répondant à vos arguments, mettre la France à distance alors qu’elle ne l’a jamais été me concernant, ni mentalement, ni physiquement. Certes, lorsque j’entendais mon ami, l’ancien ministre Jacques Hoyaux, répéter comme un leitmotiv que, parce que nous sommes Wallons nous sommes Français, je pouvais difficilement le suivre dans son raisonnement. Je comprenais bien que nous avions été Français sous la Première République, le Consulat et l’Empire, que nous pourrions le redevenir à la faveur d’une crise majeure, mais je pense difficile de pouvoir soutenir que nous le sommes. Par contre, ma surprise fut grande d’apprendre que l’ancien président de l’Institut Destrée, bien qu’ayant été domicilié si longtemps en France, n’y avait pas acquis la nationalité, ce que, personnellement j’aurais probablement fait. Je fais cette référence pour vous indiquer que je n’ai personnellement aucune réticence à l’égard de la nation française. Pour autant bien entendu qu’on lise cette identité nationale comme un processus lié à des valeurs, comme c’est le cas de la République, et non à une conception essentialiste. Certes, et Renan l’a montré, la nation est héritage, mais elle est aussi projet. Et bien qu’historien, et parce qu’historien, l’avenir m’a toujours davantage intéressé que le passé.

J’en viens moi aussi à vos arguments.

1. Le premier m’est incompréhensible. Tout d’abord, parce que les mots que vous utilisez me sont étrangers quant aux types de relations que j’entretiens avec les Flamands ou les Français. Vous parlez de détestation, de subordination, d’appartenance, de mépris, de sentiment anti-français ou anti-flamand, de belgicanisme, etc. Je ne connais rien de tout cela dans ma vie de Wallon. Je pense avoir exprimé une nouvelle fois ma position en mars 2013 lorsque j’écrivais – veuillez m’excusez de me citer – : « mon sang ne se glace pas en portant mon regard sur les coteaux de Champagne ni en remontant la vallée de la Meuse jusqu’à sa source. Au contraire, mon pied se fait plus léger. Je reste néanmoins convaincu de la nécessité pour la Wallonie de se refaire une beauté démocratique et une santé économique avant de négocier avec la France, s’il nous arrivait de considérer notre position dans la Belgique fédérale – ou confédérale – par trop insupportable. Ce serait alors l’affaire du Parlement wallon, seul porteur de la souveraineté wallonne. » (lien)

Ces paroles ne me paraissent pas innocentes ni ressortir de l’enfermement belgo-flamand que vous me prêtez. En d’autres temps, elles auraient probablement valu le poteau d’exécution.

2. Malgré le scepticisme que la capacité de redéploiement économique de la Wallonie peut générer, je reste personnellement convaincu que celle-ci peut se redresser avec ses propres forces. Si je n’avais pas la conviction qu’elle dispose en elle-même des moyens humains et financiers de se relever, je cesserais immédiatement d’appeler au redressement, de mobiliser et d’interpeller les acteurs, comme je le fais depuis plus de trente ans… Ce rôle de mouche du coche n’est, certes, pas le plus agréable mais je m’y tiens avec constance, me répétant souvent que, sur le ring, ce n’est pas le boxeur qui frappe le plus qui l’emporte mais celui qui encaisse le mieux. Je rejoins volontiers Jules Gazon sur ses chiffres révélateurs de l’état de la Wallonie et sur les difficultés intrinsèques qu’ils induisent. Malgré tout, il me faut bien constater que les régions françaises limitrophes qui ont connu les mêmes affres de la désindustrialisation que la Wallonie ne se portent pas vraiment mieux, même si les menaces qui pèsent sur elles paraissent moins aiguës. J’ai fait quelques comparaisons dernièrement qui nous ramènent tous à une certaine modestie : nous ne sommes pas dans des mondes bien différents (lien).

3. Evitons en effet les malentendus. J’ai dit que, si on considérait avec Claude Julien que la France – comme toute nation – n’avait pas naturellement de valeur (l’essentialisme), il fallait la qualifier. Que s’il y avait deux France, celle de Vichy et celle de de Gaulle, je me référais à la deuxième : la France libre. Celle-ci était la grandeur de la France pendant la période vichyste. Et la France que j’aime aujourd’hui est celle qui résiste à Le Pen. Le Pen n’est certes ni Pétain ni Laval, mais les valeurs qu’il ou qu’elle porte s’y rattachent davantage qu’à Nicolas Sarkozy, François Hollande ou François Bayrou, dont je me suis souvent senti proche intellectuellement. Quant au risque de fascisme ou de proto-fascisme en Wallonie, il existe bien sûr. Je ne l’ai jamais sous-estimé et il pourrait, en effet, croître considérablement dans une région à la dérive, qui aurait perdu toute capacité de redressement. Je vous ai déjà écrit ma surprise d’être qualifié de belgicain (tout en souriant de vous voir utiliser le mot « entièreté » considéré ici comme un belgicisme, plutôt que totalité) mais l’essentiel n’est pas là. Il me semble que, même si le gaullisme était marqué par une volonté de rassemblement des forces politiques, des communistes aux maurassiens, il a régulièrement exprimé son profond attachement à la démocratie. On se souvient de la formule restée célèbre du 27 mai 1942 selon laquelle la démocratie se confond exactement avec la souveraineté nationale : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple, et la souveraineté nationale, c’est le peuple exerçant sa souveraineté sans entrave. » J’ai toujours fait le rapprochement de cette formule avec celle – à peine plus ancienne (février 1937) mais écrite dans le même contexte de développement du fascisme – du Wallon Elie Baussart selon lequel « Défendre la démocratie, c’est défendre la Wallonie ». Et inversement.

4. Malgré mes efforts de compréhension, il ne m’est pas possible de vous suivre dans l’analyse que vous faites d’un enfermement qui serait le mien dans un ultra-régionalisme qui m’empêcherait de considérer une option française dans l’avenir de la Wallonie. Il me semble que, tout d’abord, et je l’ai dit et écrit, mon approche est bien sûr celle d’un fédéraliste et d’un régionaliste, mais que le cadre étatique m’importe moins que cette dimension. Du reste, mon régionalisme est réel, sans pouvoir être qualifié d’ultra, c’est-à-dire poussé à l’excès ou à l’exagération. Mon analyse du Congrès wallon de 1945 comme de la situation d’aujourd’hui, sans prendre même en compte mes propres affinités, me poussent à prendre en compte l’alternative réunioniste, sans aucune réticence autre que celle de ne pas nous marier couchés… (lien)

5. C’est dans cette cinquième partie que vous semblez le plus déformer ma pensée pour la modeler dans votre argumentation. Je ne suis pas un inconditionnel de l’Europe et surtout de n’importe quelle Europe même si, comme pour la France, j’ai toujours pensé qu’une certaine idée de l’Europe est porteuse d’avenir. De même, je ne méprise pas les nations et, pour en avoir longuement parlé avec Jacques Toubon, je sais que son action nationale fut plus décisive sur la question de la télévision sans frontière que toutes les initiatives des régions d’Europe ou de la Commission européenne elle-même. L’idée de nation comme Communauté des citoyens (D. Schnapper) m’est d’ailleurs chère. Sur la question des fransquillons, vous semblez me faire dire exactement le contraire de ce que j’enseigne à mes étudiants… Mais vous paraissez confondre – et là, je peux vous trouver des circonstances atténuantes – une souveraineté régionale, que peut incarner le Parlement de Wallonie, et le jeu des partis politiques francophones. Ce qui fondamentalement est différent, même s’il est difficile de collectionner les arguments pour le démontrer. Mais c’est une dérive du rationalisme de penser que les concepts existent une fois pour toute et en tout lieu. En effet, et Tocqueville le montrait déjà, la démocratie en Amérique et la démocratie en France ne couvraient pas, et ne couvrent toujours pas les mêmes réalités même si elles ne sont pas étrangères l’une à l’autre. Mais à nouveau, vous me faites dire le contraire de ce que je pense et affirme lorsque vous indiquez que c’est dans le désespoir que les Wallons devraient choisir Paris alors que j’estime que c’est debout – donc redressée – que la Wallonie devrait faire les choix institutionnels qui seraient alors conformes à ses désirs.

6. La construction du fédéralisme et/ou du confédéralisme belge a réussi son premier objectif d’éviter la guerre des Belges (la vraie, comme en Yougoslavie), comme l’intégration européenne (je n’utiliserais pas le mot de fédéralisme) a permis de maintenir la paix en Europe. Certes, le fédéralisme n’a pas permis le redressement de la Wallonie mais, à nouveau, je pense que c’est surtout parce que les Wallons ne se sont pas suffisamment consacrés à cet objectif et qu’ils se sont laissé distraire par des querelles linguistiques qui leur étaient largement étrangères. Bien entendu, que sur le plan de sa capacité internationale, la Wallonie a, comme d’autres nations ou régions, une souveraineté internationale qui est à la fois dépendante du bon vouloir des partenaires internationaux potentiels à contracter avec elles et de la volonté des interlocuteurs européens et/ou supranationaux à accepter ses propositions ou points de vue. Philippe Suinen me le rappelait dernièrement à bon escient. Pour le reste, je ne peux vous suivre sur cette idée de décadence et d’incapacité des Wallonnes et des Wallons qui n’auraient plus qu’à demander le « vivre et le couvert » après une longue descente aux enfers. C’est cette idée même que j’ai toujours rejetée : que la Wallonie, après avoir vécu aux crochets de la Flandre, puisse vivre aux crochets de la France. Nous méritons mieux, même de votre part. Oui, nous pourrions assurément faire un bout de chemin ensemble. Mais côte à côte. Pas en file indienne, vous devant et nous derrière. Nous n’avons pas rejeté un fédéralisme de la mendicité pour nous complaire dans un réunionisme de l’assistance.

J’avoue encore une fois mon incompréhension devant cette étiquette d’ultrarégionaliste dont vous m’affublez. Où serait donc ce caractère ultra ? Parce que je réclame la régionalisation des compétences d’éducation et de culture qui sont mieux localisées régionalement en France qu’en Belgique? Les tenants des régions françaises seraient-ils eux aussi des ultrarégionalistes? Quant à l’appellation de Wallonie – que je trouve judicieuse –, il me semble, contrairement à ce que vous écrivez, qu’il y a longtemps qu’on appelle la Région Normandie, plutôt que la Région normande, ou la Région Picardie, plutôt que la Région picarde. J’avoue que votre argumentation ici semble dévoiler une véritable hargne à l’égard des Wallons et de ceux que vous appelez « mes amis » mais que je n’identifie pas très bien au travers de vos propos…

7. À nouveau, je ne comprends pas en quoi ni pourquoi je serais a priori hostile à l’organisation territoriale de la France. Vous projetez sur les gens des cadres intellectuels qui leur sont étrangers et selon des logiques qui vous semblent propres. Par contre, la France que vous essayez de me dévoiler m’est effectivement inconnue. La France que je parcours n’est vraiment pas celle que vous me décrivez. Certes, les Français sont Français, mais ne vous en déplaise, ils sont aussi Normands, Poitevins, Champenois et Lorrains. J’ai assez fréquenté les collectivités territoriales, lu Braudel et Le Roy Ladurie, et discuté avec mes amies et amis français pour voir qu’il s’agît de réalités qui prévalent… Celui qui l’ignore en paiera effectivement les dividendes politiques.

Votre conclusion me laisse très dubitatif. En collant des étiquettes de radicalisme et d’ultra aux régionalistes et en considérant que les réunionistes « raisonnables » sont encore à venir, vous entretenez une logique de disqualification qui ne peut que renvoyer le dialogue sur l’avenir de la Wallonie aux calendes grecques. Mais si je vous comprends bien, votre jugement ne porte que sur des Belges, ou plutôt sur tous ceux – parmi lesquels vous me rangez – qui ne sont à vos yeux que des Belgicains. Or, ce que je croyais comprendre initialement de la réunion entre la France et la Wallonie, c’est qu’il s’agissait d’un dialogue à deux. Il me paraît néanmoins que s’il s’agit de nous comprendre pour esquisser un avenir commun, vous avez encore beaucoup de chemin à faire. Finalement, c’est peut-être là qu’on pourra se rejoindre. Les termes de cette équation seraient que, en regardant pourrir la situation économique et sociale de la Wallonie pour qu’elle tombe dans son escarcelle comme un fruit mûr, la France nous laissera le temps nécessaire pour que nous nous redressions. Vous voyez que, quel que soit l’amour que je porte à la France – et celui-ci est grand – je garde ma confiance en les Wallonnes et les Wallons…

Et je doute désormais, que, parmi les Françaises et les Français, vous soyez un de ces interlocuteurs qui puisse dialoguer avec nous, avec l’empathie, la chaleur et le respect que nous serions en droit d’attendre.

Votre dévoué,

Philippe Destatte

Bye bye Belgium

LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS, souhaitant qu’en cas de partition de la Belgique, celle-ci se déroule de manière ordonnée,

DEMANDE AU GOUVERNEMENT:

  1. chambre des représentantsde s’abstenir de toute décision ou de tout exercice de compétence qui, de quelque manière que ce soit, pourrait être contraire à une déclaration de souveraineté étatique de l’entité fédérée flamande ou wallonne au nord ou au sud de la frontière régionale correspondante;
  2. de se tenir, dans ce cas, à la disposition du niveau de concertation créé par la Flandre et, le cas échéant, par la Wallonie, qui prendra des décisions sur le partage des actifs et des passifs de l’État fédéral et sur le fonctionnement de l’administration transitoire.

Cette information n’a pas fait le buzz, et pour cause : que le parlement fédéral demande au gouvernement fédéral de se saborder pour accompagner le processus de liquidation de l’état fédéral, dans l’hypothèse où les événements se précipiteraient, cela n’est pas (encore) à l’ordre du jour. Dès lors, nul besoin de s’attarder longtemps sur cette énième sortie du Vlaams Belang, un parti d’extrême droite (actuellement crédité de 10 % d’intentions de vote en Flandre) dont la proposition de résolution « visant à préparer une partition ordonnée de la Belgique » a été recalée jeudi à la Chambre. Assez logiquement, les partis francophones ont fait barrage en se présentant comme les gardiens de la démocratie. On notera néanmoins que ce texte de 61 pages s’inscrit davantage dans une logique parlementaire que le slogan « Belgie barst » vociféré par les militants les plus radicaux du Mouvement flamand. On notera aussi que le président de l’assemblée a le pouvoir de bloquer lui-même, et avant tout le monde, une proposition de loi (ou de résolution) quand il la juge non conforme au droit, mais qu’il ne l’a pas fait, que cela ne s’imposait donc pas, qu’il avait d’autant moins de raisons de le faire qu’il appartient lui-même à un parti nationaliste flamand qui, actuellement, est de loin le premier parti de Belgique (et pèse 11 fois plus lourd que le VB à la Chambre). On notera enfin que les groupes flamands de la majorité (65 députés sur les 87 que compte le groupe linguistique néerlandophone) ont tous voté en faveur de l’examen du texte du VB au nom de la liberté d’expression (avec les 3 élus du Belang, cela fait donc 68 députés).

Pour ceux que cela intéresse, l’intégralité de ce texte intitulé « proposition de résolution visant à préparer une partition ordonnée de la Belgique » est accessible ici.

Vers une identité commune de service public francophone

Lu sur le site de La Libre Belgique le 01/11/2015 :

Une plateforme vidéo francophone de service public pourrait voir le jour

télévisions francophonesLes dirigeants de France Télévisions, de Radio France, de la Radio-Télévision suisse (RTS), de la RTBF, de CBS (Canada) TV5 Monde et TV5 Québec-Canada créent une nouvelle communauté professionnelle : les Médias francophones publics (MFP). France Médias Monde (FR24 et RFI) pourrait bientôt les rejoindre. Cette nouvelle institution naîtra officiellement le 1er janvier 2016, de la fusion des Radios francophones publiques (RFP) et de la Communauté des Télévisions Francophones (CTF).

« Il y a eu une volonté conjointe, dans un souci de convergence des médias, de fusionner toutes les activités dans une seule et même organisation qui traiterait aussi bien de télé que de radio, que de web, indique le futur secrétaire général, le Belge Eric Poivre. Dans un contexte de concurrence accrue, de mondialisation des contenus, de diffusion des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) – et de Netflix – nous avons voulu renforcer les collaborations en termes de coproduction et affirmer une identité commune de service public francophone dans un monde de plus en plus anglophone. »

Indicateurs de richesse : le diagnostic français

Lu sur le site de Libération le 27/10/2015, une information donnée par l’AFP :

Indicateurs de richesse

Moins d’inégalités ou de décrochage scolaire, mais plus de dette publique: la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur six critères de richesse sur dix, selon un rapport sur les indicateurs alternatifs au produit intérieur brut (PIB) rendu public mardi par le gouvernement.

Ces dix indicateurs, qui concernent aussi bien l’économie que l’environnement, la santé ou l’éducation, ont été retenus par les services de Matignon et de Bercy en vertu de la loi sur les nouveaux indicateurs de richesse, adoptée au printemps 2015.

Ils serviront à mesurer chaque année l’état de santé de la France au-delà des variations du PIB, accusé de ne refléter que grossièrement le progrès et le bien-être des habitants, a précisé Bercy à l’AFP.

D’après le rapport publié mardi, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur le plan de la lutte contre la «pauvreté en conditions de vie», mesurant les situations de difficulté économique durable. Cette dernière touchait en 2014 12% des Français, contre 19,6% en moyenne dans l’UE.

Pour «l’écart de revenus», mesurant la différence entre la rémunération des 20% des ménages les plus aisés et celles des 20% les plus modestes, la France fait également mieux que ses partenaires, avec un écart de 4,3 contre 5 dans le reste de l’UE.

Le pays, enfin, obtient de bons résultats pour les «sorties précoces du système scolaire» (8,5% des 18-25 ans contre 11,1% dans l’UE) et de «l’espérance de vie en bonne santé», qui évalue le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre en bonne santé (64,4 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes).

Le pays obtient en revanche de moins bons résultats sur l’endettement, tant au niveau de la dette publique (96% du PIB contre 87% dans l’UE) que de la dette des entreprises (81%, contre 48% en Allemagne), et sur la préservation des sols, avec 5,8% de sols «artificialisés» (bitumés ou construits) contre 4,6% dans l’UE.

Sur le plan de «l’effort de recherche», qui mesure la part de dépense intérieure consacrée à la recherche et au développement, le pays se situe au-dessus de la moyenne européenne (2,3% contre 1,9%), mais il est à la traîne par rapport à l’Allemagne et l’Autriche (2,9%), ou aux pays nordiques qui dépassent les 3%.

«Le rapport montre (…) que des défis sont devant nous», a réagi auprès de l’AFP le ministre des Finances Michel Sapin, jugeant toutefois «encourageant» le fait que la France soit «au-dessus de la moyenne européenne pour six indicateurs sur dix».

«Nous voyons les progrès réalisés, notamment en matière de réduction des inégalités où nous avons pu effacer en 2013 l’augmentation vécue depuis la crise de 2008», a-t-il ajouté.

Les dix indicateurs choisis par le gouvernement s’inspirent des travaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et de France Stratégie, qui avaient proposé en juin dix barèmes pour mieux «prendre en compte toutes les dimensions du développement».

Au-delà de la comparaison avec les autres pays européens, ces différents indices doivent permettre d’analyser l’impact des politiques publiques sur l’environnement, l’emploi, ou encore la santé.

«Désormais, l’évaluation de quelques-unes des mesures phares en cours de mise en œuvre se fera au regard de ces nouveaux indicateurs», promet le Premier ministre Manuel Valls dans l’introduction du rapport. (AFP)

Imbroglio bien belge

Le fédéral veut renégocier le partage des efforts climatiques

Un article du Vif/L’Express (Source : Belga)

Le Premier ministre Charles Michel a rejeté toute difficulté au sein de sa majorité après la remise en cause par la N-VA de l’accord de principe annoncé samedi au sujet de la répartition Marghem, Le Vifde l’effort entre entités du pays en vue de lutter contre le réchauffement climatique.

« Il y a une différence entre une proposition d’accord et un accord », a souligné M. Michel, précisant que le projet ficelé samedi « nécessitait des vérifications techniques et politiques ». Il s’agissait notamment d’encore obtenir l’aval de l’ensemble des gouvernements, a-t-il rappelé alors que les exécutifs wallon et bruxellois ont entre-temps donné leur feu vert.

Sur le plan technique, le gouvernement fédéral entendait notamment vérifier auprès de la Commission européenne s’il était possible de prendre en considération les mécanismes de turbines (Coo) et les interconnexions pour faire monter la part de l’effort fédéral renouvelable (de 2 à 2,75%). La Commission a fait savoir ce week-end que ces éléments ne pouvaient pas être comptabilisés.

« Sur base de cela, j’ai demandé à la ministre de poursuivre les négociations », a indiqué le Premier ministre, soulignant la nécessité de conclure « un accord réalisable et réaliste », faute de quoi la Belgique risque une amende infligée par la Commission européenne.

Mais pour l’opposition, la défense du Premier ministre ne tient pas la route alors que les entités du pays tentent depuis six ans au moins d’accorder leurs violons et que la ministre fédérale de l’Energie Marie Christine Marghem (MR) avait assuré elle-même mardi en commission de la conclusion d’un accord aussitôt démenti par le vice-premier ministre N-VA Jan Jambon. Ce dernier avait notamment fait valoir les charges trop élevées consenties par la Flandre dans cet accord.

Vers un « BHV climatique » ?

Cela risque de devenir votre « BHV climatique, et vous en serez responsable », a lancé la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx, selon qui le problème n’est nullement technique mais inhérent au diktat de la N-VA. « Les gouvernements Michel I et Bourgeois Ier vont à Paris tels des négationnistes climatiques », a fustigé la présidente de Groen Meyrem Almaci à un mois du début de la conférence COP 21.

Michel de Lamotte (cdH) s’est dit « stupéfait » de l’annonce d’une renégociation alors qu' »embrassades à l’appui », les quatre ministres de l’Environnement avaient annoncé avoir scellé un accord.

« J’entends que l’accord sera renégocié, la N-VA parvient donc à remettre en cause toutes les décisions de votre gouvernement », a constaté la députée sp.a Marleen Temmerman.

Mais pour Damien Thiéry (MR), le jeu de l’opposition ne vise qu’à faire passer le réchauffement climatique pour une question « communautaire ». Il a appelé à un « dialogue constructif » au parlement en vue de la conférence de Paris.

Solidarité des maires francophones

Le carnet de Colette Braeckman, journaliste au quotidien « Le Soir »

Les maires francophones adressent, par leur présence, un message de solidarité à la Tunisie

Tunis,

maires francophonesUn défi, un signe de solidarité avec un pays blessé qui tente de se relever après les agressions terroristes et qui veut diversifier son économie pour ne plus être trop dépendant du tourisme… Plus de 400 maires et responsables locaux, venus des cinq continents, se sont réunis à Tunis à l’initiative de l’AIMF (Association internationale des maires francophones) pour partager leurs expériences et voir comment faire de leurs cités, des mégapoles parfois, des lieux d’innovation et de paix.

La confiance placée en la Tunisie a été confirmée par le Prix Nobel de la paix décerné au « quartet tunisien ». Cette décision a été saluée avec émotion par la maire de Paris et présidente de l’AIMF Anne Hidalgo : « ce peuple qui refuse de céder, qui relève la tête peut servir d’exemple à nous tous ».

Le premier des constats établis par les maires durant les deux jours de travaux qui ont précédé l’assemble générale a été celui d’une croissance sans précédent : si en 1950 l’Afrique ne comptait aucune ville de plus d’un million d’habitants, aujourd’hui elles sont plus de 40 à dépasser cette taille. Kinshasa est passée de 160.000 habitants en 1960 à 10 millions aujourd’hui, Lagos a été multipliée par 40…

A l’image de leurs concitoyens la plupart des maires rassemblés à Tunis sont jeunes et les défis ne les effraient pas. Lorsque les organisateurs de la rencontre leur proposent de grands concepts, « villes innovantes », villes « intelligentes » (c’est-à-dire connectées), ils répondent, terre à terre, en expliquant comment ils gèrent leurs déchets, avec des charrettes tirées par des ânes comme en Mauritanie, comment, à Tahoua, comme dans les autres villes du Niger, « on a pris exemple sur le Rwanda et prévenu la population que, d’ici moins d’un an, les sacs en plastique seraient totalement bannis, car ils polluent, empoisonnent les animaux qui les broutent, défigurent le paysage… »

Venus de France, du grand Nord américain (Acadie, Nouveau Brunswick) les maires des pays développés décrivent leurs innovations, qu’il s’agisse de la gestion de l’eau, de la production et de la consommation d’énergie, des circuits de distribution. Les maires du Sud, eux, expliquent comment ils ont réussi à mobiliser les associations de femmes et de jeunes, comment , en Centrafrique par exemple, une vaste consultation populaire menée dans tout le pays a permis à la population d’exprimer ses aspirations concrètes, ce qui a, parfois et de manière très fragile, désamorcé les clivages identitaires et religieux. Avec fierté, de nombreux maires évoquent les succès engrangés : « à Maurice, voici 45 ans, nous n’avions d’autre ressource que la canne à sucre. Aujourd’hui nous avons diversifié notre économie, misé sur l’hétérogénéité de la population et c’est le respect absolu de la démocratie qui a permis d’atteindre la cohésion sociale… » Le maire de Kigali, pour sa part, invite ses collègues à venir découvrir les changements intervenus dans sa ville : « cité moderne, elle est propre, sécurisée, la planification est établie pour les décennies à venir, tous les progrès à réaliser sont consignés dans des « contrats de performance » conclus avec le chef de l’Etat et que nous sommes priés de respecter… » Mais pour la prochaine réunion de l’AIMF, ce n’est pas la candidature de Kigali mais celle de Beyrouth qui a finalement été retenue.

Que ce soit lors des débats en séance plénière ou lors d’innombrables apartés, une rencontre de ce type est l’occasion d’un grand brassage d’idées, d’une confrontation des expériences et des solidarités. Car très nombreux sont les maires du Nord qui retrouvent ici leurs partenaires du Sud, en faveur desquels ils ont mobilisé leurs concitoyens. « C’est grâce à l’AIMF que nous sommes avons été dotés d’une gare routière qui a triplé nos revenus », explique le maire de Tahoua, « nous aidons Lubumbashi et plusieurs communes de Kinshasa à établir ou à refaire leurs états civils », soulignent des municipalistes belges… Quant aux maires français qui ont fait le voyage, ils sont nombreux à souligner que la coopération décentralisée, qui mobilise aussi la bonne volonté des simples citoyens et se traduit par de multiples initiatives locales, engrange désormais des résultats plus concrets et plus durables que interventions plus ambitieuses des coopérations nationales ou internationales.

Qu’ils soient originaires du Nord ou du Sud, tous les maires convergent cependant sur un point : partout, la décentralisation s’avère difficile, les Etats se montrent jacobins et rechignent à libérer les ressources nécessaires aux autorités locales… « Lorsque les ministres débarquent dans nos quartiers, ils circulent dans des voitures 4X4 climatisées », s’exclame un maire sénégalais; « nous, qui vivons aux côtés de la population, au milieu des chèvres et des dépôts d’immondices et c’est à nous que la population présente ses doléances, mais nous n’avons aucun moyen… » Maire de Dakar et futur candidat à la Présidence de la république, Khalifa Sall, secrétaire général de l’AIMF, s’engage à plaider en faveur d’une véritable décentralisation et suggère que les villes deviennent aussi des « banques de cerveaux » d’où partira l’innovation.

Anne Hidalgo, accompagnée par Bertrand Delanoë, ovationné, suscite l’assentiment général lorsqu’elle rappelle l’importance des prochaines élections municipales en Tunisie, qui doivent se tenir en 2016 : « ce processus doit être accompagné et, la réunion d’aujourd’hui, -ce moment de bonheur-, représente aussi un engagement : nous serons là… »

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde