Un printemps wallon…

Ce lundi 21 mars, premier jour du printemps, ce sont trois régionalistes convaincus qui échangeront leurs points de vue sur l’avenir de la Wallonie. L’exposé introductif sera présenté par Jules Gazon, Professeur émérite HEC. Pour transformer cet échange en un vrai débat citoyen, n’hésitez pas à venir questionner Christophe Collignon, Thierry Bodson, Jean-Luc Crucke et Jules Gazon. Le lieu de la rencontre : auditoire Montesquieu 04 à Louvain-la-Neuve (UCL). C’est à 19 h30 que s’engagera la discussion.

Collignon Bodson Crucke

Au départ, la question posée aux conférenciers est la suivante : « Suppression de la Communauté française : un pas vers la France ? » Autrement dit, une plus grande émancipation de la Wallonie la conduirait-elle à se rapprocher de la République française ? Il va de soi que la Wallonie est plurielle, et nous ne préjugeons pas de la réponse qui sera donnée par nos invités, mais nous pensons qu’une Wallonie… libre a besoin de se donner des alternatives et de croire en des opportunités nouvelles. En guise de préambule, il n’est pas inutile de ressortir deux textes importants.

Le premier est le Manifeste pour la culture wallonne, dont pourraient se réclamer nos conférenciers, même s’ils n’ont pas signé ce texte en 2003 : 

« (…) La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour que l’école francophone fasse abstraction d’elle. Cela, elle ne le veut plus. (…) On le sait, à Bruxelles, la RTBF éprouve la plus grande gêne à prononcer les mots ‘Wallon’ et ‘Wallonie’. La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour que les médias francophones l’ignorent. Cela, elle ne le veut plus. (…) La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour être absente de ces grands forums internationaux que sont les sommets francophones. Cela, elle ne le veut plus. En maints domaines, on a pu observer un développement réel de la culture wallonne, notamment en ce qui concerne le cinéma. (…) La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour que les œuvres de l’esprit qu’elle produit ne lui soient ni attribuées ni reconnues. Et cela, elle ne le veut plus. Parce que des nostalgiques de la Belgique unitaire, sous le couvert de la Communauté française, continuent à vouloir ‘faire du belge’ sans la Flandre… »

En 2003, la démarche n’était pas neuve. Un précédent Manifeste avait déjà circulé en 1983 mais n’avait pas réussi à sensibiliser l’opinion publique et/ou les décideurs politiques. « Depuis vingt ans, nous avons eu le temps de mesurer tout ce que cette Communauté française de Belgique a fait perdre à la Wallonie en matière de simple reconnaissance humaine. » En 2016, ce ne sont plus vingt mais trente-trois ans qui conduisent au même constat chargé d’amertume. Qu’en sera-t-il en 2023 ?

Le second texte important, c’est l’Accord de coopération entre la Région wallonne et le Gouvernement de la République française  signé le 10 mai 2004 et entré en vigueur le 1er février 2006. Justifié par le fait que « la Région wallonne entretient avec la France des relations privilégiées qui reposent à la fois sur une histoire et une langue communes, et sur la participation aux grands débats qui traversent l’Union européenne et la francophonie, notamment », cet accord porte sur l’ensemble des compétences actuelles et à venir de la Wallonie. Il s’ensuit que plus la Wallonie aura des compétences et plus elle sera en mesure de resserrer ses liens avec la France, pour autant, bien sûr, qu’elle en ait la volonté politique. Voici, notamment, ce qu’on peut lire dans cet Accord :

« Compte tenu de la nouvelle situation constitutionnelle belge accordant aux Régions la compétence de signer des traités internationaux dans les matières de leurs compétences exclusives, ont décidé de conclure le présent accord de coopération et sont convenues de ce qui suit :

« Les Parties décident de conférer à leurs relations bilatérales une qualité nouvelle d’entente et de partenariat. (…)

« Sur la base de leurs dispositions institutionnelles respectives et de leurs obligations internationales, les Parties développent entre elles une coopération globale, porteuse de retombées concrètes, orientée notamment vers (…) le partenariat entre administrations, institutions, associations et opérateurs économiques. (…)

« La coopération entre les Parties au présent accord prend les formes suivantes : Echange permanent d’informations ; (…) Collaboration directe entre institutions diverses (…) Elaboration et réalisation de projets conjoints ; Transfert réciproque de technologies et de savoir-faire ; (…) Promotion réciproque de produits et de services ; (…)

« Les Parties intensifient les rencontres bilatérales à un niveau approprié, tant politique que technique, outre les contacts réguliers dans le cadre multilatéral et en liaison avec l’Union européenne. Ces rencontres portent sur toutes les questions d’intérêt commun. Les Parties favorisent des consultations régulières sur les thèmes d’actualité entre services chargés des relations internationales. 

« En vue de l’application et de l’évaluation du présent accord, les Parties créent une Commission mixte permanente. Cette Commission se réunit au moins une fois tous les trois ans, alternativement en Wallonie et en France. (…) »

La Flandre francophone lutte pour ses droits

1/ LA FLANDRE FRANCOPHONE ! QU’ÈSAQUO ?!

            Avec plus de trois cent mille âmes, la minorité de langue française de Flandre représente 5% de la population flamande, des nombres absolu et relatif comparables à ceux de la minorité de langue suédoise de Finlande qui, elle, n’est pas persécutée dans sa langue, a droit à ses écoles, à ses manifestations culturelles. Ces francophones de Flandre veillent à transmettre leur langue à leurs enfants (qu’ils envoient souvent finir leurs études à Bruxelles ou en Wallonie), mais quand ils se promènent en rue, ils prennent garde à leur adresser la parole en flamand pour leur éviter des brimades.

            Les Français, et même beaucoup de Wallons qui persistent à afficher leur belgitude, imaginent mal la haine qu’inspirent aux plus névrosés des nationalistes flamands la culture et la langue françaises. C’est en vain qu’en 2002 puis en 2007, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe1 a tiré l’oreille à la Belgique, qui rechigne à ratifier sa signature de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, les élus flamands ne voulant pas en entendre parler. Pourtant, selon le premier institut de sondage de Belgique, en 2009, 5% des Flamands interrogés sont de langue maternelle française, 11,9% utilisent occasionnellement le français à la maison, 9% ont au moins un parent francophone. Les francophones natifs ou bilingues natifs seraient donc près de 18%. À en croire les nationalistes flamands, ces satanés fransquillons sont des vieux qui vont bientôt s’éteindre. Faux ! L’étude comparée des âges respectifs indique 30,8% des francophones contre 19% des néerlandophones dans la tranche des 35-44 ans. Et si ces chiffres sont contestés, qu’on organise enfin un recensement linguistique pour les infirmer ! 

           Ce sondage effectué en 2009 par Dedicated Research, institut de sondage indépendant, nous apprend que 73% des Flamands déclarent pouvoir au moins se débrouiller en français, contre 41% en allemand. Que 27% déclarent le parler bien, très bien, voire parfaitement2. Même dans les pays africains où notre langue est la mieux implantée – les pays du Maghreb –, on n’atteint pas de tels pourcentages. La Flandre serait donc digne d’intégrer l’Organisation internationale de la Francophonie.

             Les Flamands francophones natifs, ces Lys de Flandre qu’évoque Luc Beyer, forment donc la minorité linguistique de loin la plus nombreuse de Belgique et une des plus importantes d’Europe. Cette minorité séculaire, sa simple évocation fait frémir de peur et écumer de rage les Flamands les plus complexés. Ces francophones ne sont pourtant ni rétifs ni hostiles au néerlandais, qu’ils parlent couramment pour la plupart et qu’ils utilisent pour s’adresser à leurs concitoyens néerlandophones, comme de juste. Pourtant leur existence même est niée ; ils sont bafoués dans leurs droits, menacés, persécutés. Tout subside leur est interdit, l’accès aux centres culturels leur est fermé, ils ne peuvent s’exprimer dans leur langue dans les circonstances officielles, leurs bibliothèques sont quasi clandestines. Lorsque, naguère, à Gand, Bruges, Courtrai, Roulers, Louvain, Anvers, ils organisaient une simple conférence d’Exploration du Monde, les abords de la salle devaient être protégés par des chevaux de frise et la gendarmerie. En 1994, il y eut des blessés. Par crainte de représailles, ils ont dû renoncer à toute manifestation publique, ces Francophones des catacombes. Ils doivent taire leur appartenance sous peine de coups, d’insultes, de discrimination à l’embauche ou d’échec à certains concours et examens. Des prêtres leur refusent l’enterrement en français… On a été jusqu’à poser des bombes dans les journaux francophones de Flandre. « Certains ont peur, au point de refuser de témoigner pour une recherche scientifique. Cela explique pourquoi il n’y a pas de véritables études sur les francophones de Flandre », écrit Céline Préaux3. Au secours, l’Europe, au secours, France !

            Nous vivons sous le régime de deux poids deux mesures, où la protection des minorités est un principe à géométrie variable. Alors que les 310.000 francophones de Flandre (5% de la population flamande) n’ont aucun droit culturel, les quelque 55.000 Flamands de Bruxelles (5,3% de la population bruxelloise) sont représentés par 19% des parlementaires régionaux ; c’est que, pour être élu au Parlement régional bruxellois, il faut trois fois plus de voix à un francophone qu’il n’en faut à un néerlandophone ! En outre, la représentation flamande est garantie à Bruxelles : une majorité au sein de chaque groupe linguistique est requise pour former le gouvernement régional. Que la moitié des électeurs flamands de Bruxelles, soit 2,7% des électeurs bruxellois, aient ce pouvoir de blocage est considéré par les Flamands comme une mesure salutaire de protection de leur minorité.

1 Après réception de l’avis de la Commission européenne pour le droit (dite Commission de Venise), l’Assemblée avait formulé la conclusion suivante : « Au niveau régional […] la Commission considère que les francophones de la région de langue néerlandaise […] peuvent être considérés comme une minorité au sens de la Convention-cadre. […] Les autorités belges devraient considérer comme une priorité la signature et la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, ainsi que la ratification du Protocole n° 12 de la Convention européenne des droits de l’homme. »                                                       

2 Dedicated Reseach, www.dedicated.be. Consultez aussi le site de l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre.         

3 Céline Préaux, qui a fait ses études secondaire en néerlandais pour bien apprendre la langue, est licenciée en histoire de l’Université Libre de Bruxelles. Sa thèse de doctorat, qui compare le sort des francophones de Flandre à celui des anglophones du Québec, a nourri son essai, La fin de la Flandre belge (édition Avant-propos, Bruxelles, 2011). La fin de la Flandre belge, c’est-à-dire de la Flandre ouverte à la langue française. Napoléon donna un coup de pouce involontaire à la prise de conscience nationale des Russes et des Allemands. Leurs élites qui parlaient français depuis plus d’un siècle rentrèrent dans le rang. Les nationalistes flamands mirent cent ans de plus. « Le mythe fondateur de la Flandre s’est mis en place avec l’identification d’un ennemi commun qui est le francophone. Désormais, c’est la Flandre avant tout. La vision de la Flandre est avant tout ethnique et c’est assez négatif », confie Céline Préaux à La Libre du 17/04/2012.

Louis Nisse, administrateur à l’ AWF

2/ LE COMBAT ACTUEL DES FRANCOPHONES DE FLANDRE        

                                                                         EDGAR FONCK, porte-parole de la Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) / edgar.fonck@francophonie.be / site: http://www.francophonie.be/caff

            Force est de constater que la Belgique n’a toujours pas ratifié la Convention-cadre du Conseil de l’Europe, près de 15 ans après l’avoir signée. En effet, la Flandre ne veut pas entendre parler de minorité francophone sur son territoire. Elle a d’ailleurs rappelé dans son accord de gouvernement qu’elle ne ratifiera pas la convention sur les minorités. 

            La Belgique n’a pas non plus ratifié le protocole n°12 à la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui interdit toute forme de discrimination en ce compris celle basée sur la langue. Soulignons que le protocole n°12 a été approuvé par tous les parlements compétents (fédéral et fédérés) à l’exception du parlement flamand.

            En s’opposant à la ratification de ces deux instruments de droit international, la Belgique et plus particulièrement la Flandre échappe aux contrôles sur des sujets qu’elle considère comme délicats voire tabou, ce qui lui permet de poursuivre en toute impunité le processus d’assimilation forcée de la minorité francophone en Flandre.

            Face à cette situation, les francophones de Flandre ont décidé d’envoyer un rapport à l’ONU, dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU) auquel est soumis chaque pays membre des Nations Unies, tous les quatre ans et demi.

            Pendant cet examen, l’ensemble des droits de l’homme sont passés en revue et les pays examinateurs formulent des recommandations. Le deuxième EPU de la Belgique a eu lieu 20 janvier dernier.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre  apff@francophonie.be – http://www.francophonie.be/ndf

Suivi de l’Examen périodique universel (EPU) de la Belgique: Les francophones de Flandre mettent les points sur les i.       

La Belgique qui a passé son deuxième Examen périodique universel (EPU) au début de cette année, devrait communiquer « en toute clarté », au plus tard en juin, sa position à l’ONU, suite aux recommandations de la Suisse et de la Hongrie de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. C’est en tous cas, ce qu’il ressort des nouvelles modalités de l’EPU pour le second cycle (1), constate la Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) (2), regroupant six associations représentatives des 310.000 francophones de Flandre, en ce compris la périphérie de Bruxelles et l’entité des Fourons.

Si la Belgique n’apporte pas de réponse circonstanciée à ces deux recommandations, elles seront consignées comme « notées » par le Conseil des droits de l’homme. C’est-à-dire considérées comme refusées par notre pays. Ce refus de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales serait perçu comme un très mauvais signal sur la scène internationale, compte tenu du fait que la Belgique vient d’être élue au sein de ce même Conseil pour un mandat qui court jusqu’en 2018. Et qu’elle brigue même un siège au Conseil de sécurité. Rappelons que notre pays s’est engagé, à la tribune de l’ONU, il y a quinze jours à peine, « à veiller à la cohérence entre son action internationale et le respect des droits de l’homme à l’intérieur de ses frontières (3)« 

Désormais, la Belgique ne pourra plus se retrancher derrière le fait qu’il n’y a pas, dans notre pays, d’accord sur le concept de minorité.

En effet, la position de l’ONU (4) est très claire: « La reconnaissance du statut de minorité ne relève pas de la seule décision de l’État. Conformément à l’interprétation authentique faite par le Comité des droits de l’homme de l’ONU, l’existence de minorités doit être établie selon des critères objectifs. Tout doit être fait pour garantir le respect du principe d’auto-identification ». Et de préciser: « Les États doivent recueillir des données ventilées (…), y compris dans le cadre des recensements nationaux. (…) Ces données permettent de mieux appréhender l’importance numérique et la situation des minorités. (…) Ces données doivent se fonder principalement sur l’auto-identification, et la société civile et les groupes minoritaires doivent être associés à l’ensemble du processus. »

S’appuyant sur les prescriptions de l’ONU, les francophones de Flandre veulent prendre une part active au processus d’identification des minorités à protéger en Belgique en se référant notamment à la présence d’élus et/ou d’associations culturelles francophones en Flandre et au sondage de Dedicated Research de 2009. En aucun cas, la CAFF ne peut accepter que ce processus se limite à une simple réunion de la société civile, au cours de laquelle l’ensemble des 232 recommandations adressées à la Belgique seraient passées en revue, au pas de charge.

D’autre part, parmi les 135 recommandations acceptées par la Belgique au lendemain de son deuxième EPU, près d’un tiers concerne directement les revendications de la CAFF. En tête, la création d’un Institut national des droits de l’homme (INDH), appuyée par une quarantaine de pays. Viennent ensuite la lutte contre les discriminations et la collaboration avec la société civile. Ayant été acceptées par la Belgique, ces recommandations doivent être mises en œuvre avant le prochain EPU de notre pays en 2020. Soulignons que notre pays s’est engagé à se doter d’un INDH d’ici la fin de la législature. Comme le prévoit l’ONU, à propos du suivi de l’EPU, les États sont « encouragés à procéder à de vastes consultations avec toutes les parties prenantes concernées (5)« . Ce qui signifie, ici aussi, que la CAFF doit être largement impliquée.

(1) Réexamen des activités et du fonctionnement du Conseil des droits de l’homme, A/HRC/RES/16/21 § 16.

(2) La Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) regroupe l’Action Fouronnaise, l’Association culturelle de Dilbeek (ACD), l’Association de Promotion des Droits Humains et des Minorités (ADHUM), l’Association francophone de Leeuw-Saint-Pierre, l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre (APFF) et Citoyens de Zaventem.

(3) Discours de Didier Reynders lors de la 31e session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève, 29 février 2016.

(4) Recommandations formulées par le Forum sur les questions relatives aux minorités du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, vingt-huitième session, A/HRC/28/77 § 10 et 24.

(5) Réexamen des activités et du fonctionnement du Conseil des droits de l’Homme, A/HRC/RES/16/21 § 17.

Hommage

Jean DefraigneJean Defraigne est de ces personnalités qui, par leur engagement, nous ont transmis l’amour de la Wallonie et de la France. Son parcours politique, au sein du parti libéral, l’a élevé jusqu’aux plus hautes fonctions de l’Etat belge mais, pour ce Liégeois, c’est ailleurs qu’il fallait trouver « une patrie à aimer ». Dans la biographie qui lui est consacrée sur le site officiel de la Wallonie, son engagement pour la Wallonie est ainsi résumé :  

Membre du Congrès national wallon (1970-1971), favorable depuis les années soixante à une profonde réforme de l’État, membre du Groupe Liège 2000 (1990), vice-président de l’Institut Destrée (1992-1998), membre du directoire de Wallonie libre (1995), sympathisant de « Wallonie, Région d’Europe » et du Mouvement wallon pour le Retour à la France, Jean Defraigne enregistre avec satisfaction la réforme qui organise l’élection directe des parlementaires wallons. Défenseur du maintien des communes fouronnaises en Wallonie, il s’était opposé, dans les années septante, au choix de Bruxelles comme capitale de la Communauté française. Une fois la Région bruxelloise reconnue, il n’hésite d’ailleurs pas à s’interroger sur la nécessité de conserver la Communauté française, recommandant au sein de son parti la formule d’un fédéralisme reposant sur trois régions. En 2000, il observe que l’État belge est dépassé. Le Ministre d’État aspire à voir la Wallonie devenir la 23e région de France.

En toute clarté : tout est dans la volonté politique

Claude Thayse répond à Jules Gheude qui juge que le débat sur la suppression de la Communauté française est inopportun. Pour rappel, le prochain débat organisé par l’AWF (avec Thierry Bodson, Christophe Collignon, Jean-Luc Crucke et Jules Gazon) portera sur ce sujet.

Décidément, Jules Gheude reste obstinément bloqué sur ses convictions (croyances?). Il persiste et signe quand il écrit : « le débat sur la suppression de la Communauté française nécessite l’implication de la Flandre. »

C’est parfaitement vrai si on veut supprimer les termes « Communauté française » de la Constitution.
Mais, cette même constitution prévoit bien en ses articles suivant la possibilité d’en faire une coquille vide sans quémander l’aval des Flamands qui sont comme Jules Gheude essentiellement communautaristes :

wallon rase campagneArt. 123  
§ 1er. La loi règle la composition et le fonctionnement des Gouvernements de communauté et de région. Sauf pour ce qui concerne le Gouvernement de la Communauté germanophone, cette loi est adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa.
§ 2. Une loi, adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa, désigne les matières relatives à la composition et au fonctionnement du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, du Gouvernement de la Communauté française, du Gouvernement de la Région wallonne et du Gouvernement de la Communauté flamande, qui sont réglées par leurs Parlements, chacun en ce qui le concerne, par décret ou par une règle visée à l’article 134, selon le cas. Ce décret et cette règle visée à l’article 134 sont adoptés à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, à condition que la majorité des membres du Parlement concerné soit présente.
Art. 138
Le Parlement de la Communauté française, d’une part, et le Parlement de la Région wallonne et le groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, d’autre part, peuvent décider d’un commun accord et chacun par décret que le Parlement et le Gouvernement de la Région wallonne dans la région de langue française et le groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale et son Collège dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale exercent, en tout ou en partie, des compétences de la Communauté française.

Ces décrets sont adoptés à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés au sein du Parlement de la Communauté française et à la majorité absolue des suffrages exprimés au sein du Parlement de la Région wallonne et du groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, à condition que la majorité des membres du Parlement ou du groupe linguistique concerné soit présente. Ils peuvent régler le financement des compétences qu’ils désignent, ainsi que le transfert du personnel, des biens, droits et obligations qui les concernent.
Ces compétences sont exercées, selon le cas, par voie de décrets, d’arrêtés ou de règlements.

Rien n’interdit donc – très clairement si la volonté politique existe – de vider la Communauté française de toutes ses compétences et de les reprendre par les Régions (la Wallonie en ce qui nous concerne et l’institution ayant les compétences voulues en Région de Bruxelles pour leurs habitants francophones d’expression française ou non).

Claude Thayse

A son tour, Jules Gheude réagit : sa réponse est à lire ICI.

Ouvrir la Communauté française… à la France

1024px-KaartnlvlPour le nationalisme flamand, les choses sont claires : « de taal is gansch het volk ». C’est à partir de la Communauté culturelle néerlandaise, créée en 1970 et rebaptisée Communauté flamande en 1980, qu’un état flamand prend forme en dépeçant peu à peu l’état belge. Un rapprochement avec les Pays-Bas semble en bonne voie, même si les cultures flamande et hollandaise ne sont pas identiques.

drapeau réunionisteTout est plus nébuleux pour ceux que, par défaut, on appelle les « francophones de Belgique ». Il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils disent, avec J.M.G. Le Clézio, que « la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j’habite ». Certes, ils appartiennent au même espace culturel que les Français mais ils sont belges avant tout, c’est écrit sur leur carte d’identité. Leur vision de l’avenir s’arrête aux prochaines élections. Leur cadre institutionnel est du genre alambiqué, provisoire, inefficace. Ils s’en plaignent mais c’est généralement pour répéter qu’ils sont belges.

On l’aura compris, la Communauté française de Belgique est loin de changer la boussole des « Belges francophones ». Il serait peut-être salutaire que la Wallonie exerce elle-même les compétences liées à la culture. En préambule au débat organisé par l’AWF sur la suppression de la Communauté française, avec trois invités qui ont plus d’une fois exprimé leurs convictions régionalistes, voici un point de vue un peu différent, celui de Jules Gheude.

Jules GheudeDes voix wallonnes s’élèvent à nouveau – le phénomène est récurrent depuis plus de 35 ans ! – pour réclamer la suppression de la Communauté française. Pour les intéressés, la Région wallonne ne parviendra à se redresser et à déployer pleinement son identité que lorsqu’elle disposera du maximum de compétences, notamment celles relatives à l’enseignement et à la culture.

Un débat sur ce thème aura lieu à l’UCL, le 21 mars prochain, avec la participation notamment de Thierry Bodson, patron de la FGTB wallonne, et des députés wallons Christophe Collignon (PS) et Jean-Luc Crucke (MR).

Il convient de rappeler ici un certain nombre de choses.

La première est que l’on est censé vivre dans un Etat de droit, ce qui suppose le respect scrupuleux de la Loi fondamentale qu’est la Constitution. Celle-ci stipule, en son article 2, que la Belgique comprend trois communautés : la communauté française, la communauté flamande et la communauté germanophone.

Vous avez bien lu : communauté française et non Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous reviendrons sur ce point.

Pour que la suppression de la Communauté française intervienne, il faudrait que les Chambres actuelles adoptent un projet de révision de la Constitution incluant l’article 2. Les Chambres seraient alors dissoutes de plein droit et les suivantes, résultant de nouvelles élections, ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune d’elles ne sont présents. En outre, les changements ne seront adoptés que si l’ensemble des modifications réunit au moins les deux tiers des suffrages exprimés.

En d’autres termes, le débat sur la suppression de la Communauté française nécessite l’implication de la Flandre.

A moins d’une crise gouvernementale, toujours possible (comment va évoluer l’affaire Damien à Linkebeek ?), la coalition « suédoise » devrait se maintenir jusqu’en 2019, sans ouvrir d’ici là de nouveaux chantiers institutionnels.

D’ores et déjà, la N-VA s’active à mettre au point un schéma confédéraliste, dont on imagine mal le CD&V ne pas le soutenir. Il faut se rappeler, en effet, que l’idée du confédéralisme a été lancée, au début des années 90, par le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand.  Il s’agit, ni plus ni moins, de la fameuse « révolution copernicienne », chère à Kris Peeters. Quant à l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, n’a-t-il pas déclaré en 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend ?

Les responsables politiques francophones doivent donc s’attendre à de nouvelles négociations communautaires ardues. L’objectif de la N-VA, on le sait, est de poursuivre le processus d’évaporation de la Belgique, dont le libéral flamand Karel De Gucht a lui-même reconnu, en 2002, qu’il était irréversible. Quant à la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans (N-VA), elle a émis le souhait de voir le processus s’achever en 2025…

Disons-le tout net : il n’y a aucune chance que l’article 2 soit modifié d’ici là.

La Flandre tient au concept de communauté, qui lui permet d’encadrer sa minorité bruxelloise. Mais elle a eu l’intelligence de fusionner, dès 1980, sa Communauté et sa Région. Aujourd’hui, pour gérer l’ensemble de ses compétences, elle ne dispose que d’un seul parlement et d’un seul gouvernement.

Le PRL (ancêtre du MR) était partisan d’une stratégie identique, mais il s’est heurté au refus du partenaire socialiste. Lors du décès brutal de Jean Gol en 1995, François Perin a livré l’information suivante : Gol était un esprit cultivé, convaincu que nous ne sommes rien sans la culture française. Une idéologie culturelle régionale wallonne, c’était pour lui le comble de la médiocrité. Dès 1979, le PRL a préconisé la fusion Communauté-Région pour ne pas abandonner Bruxelles. Je me souviens de sa terrible colère au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l’implantation de la capitale wallonne à Namur : « Il n’y a que deux capitales possibles, déclara-t-il. Si ce n’est pas Bruxelles, j’en connais une autre autrement prestigieuse. » Il n’a pas prononcé le nom de Paris mais…

Je voudrais revenir à présent sur cette décision – anticonstitutionnelle –  qui a poussé les responsables politiques francophones à débaptiser la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Chaque fois que je suis amené à prendre la parole en Flandre, on me pose la question : Est-il vrai que derrière cette décision se cache un Plan B, qui consisterait à engendrer, au départ de ce « WalloBrux » une Belgique résiduaire sans la Flandre ?

Si tel était le cas, le projet serait mort-né. Lorsqu’on interroge les Bruxellois sur leurs intentions en cas de disparition de la Belgique, il ressort qu’une infime minorité d’entre eux (4,6%) seraient disposés à unir leur sort à celui de la Wallonie (sondage VUB de 2013). Ce résultat peut se comprendre lorsqu’on sait que si elle devait reprendre 35% de la dette publique belge, la Wallonie devrait affronter un ratio dette/PIB de plus de 150%.

Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, s’est livré, depuis 2008, à une analyse approfondie de la situation belge. Selon lui, seule une union-intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier de large autonomie, pourrait constituer une solution réaliste. Le projet ne devrait rencontrer aucune objection d’ordre constitutionnel.

Sans doute est-ce là le cadre qui devrait permettre aux ultra-régionalistes wallons de voir leurs aspirations rencontrées. Car avec la disparition de la Belgique disparaîtrait de facto la Communauté française. Par le biais du statut particulier, la Wallonie pourrait conserver, au sein de la République, ses organes d’auto-administration et ses compétences, lesquelles se verraient élargies à celles exercées aujourd’hui par la Communauté française.

Jules Gheude

Hendrik Bogaert veut maintenir le CD&V sur le chemin communautaire

Dans le magazine flamand « Doorbraak », une interview de Hendrik Bogaert, l’ex-secrétaire d’Etat CD&V à la Fonction publique.

La traduction de cet article est de Jules Gheude.

hendrik_bogaertDoorbraak : Vous êtes, au sein du CD&V, l’un des rares à dire encore quelque chose sur le communautaire.

Bogaert : Je ne me qualifierais pas personnellement de flamingant. Je suis plutôt un Flamand convaincu et un partisan d’une autonomie la plus large possible, surtout au niveau socio-économique. Mais je me distingue des nationalistes flamands et du Vlaamse Volksbeweging sur la manière d’y parvenir. On a émis et on émet encore beaucoup de critiques sur les réformes de l’Etat successives, avec tous leurs compromis complexes et épouvantables. Mais elles constituaient chaque fois un pas en avant. Les Flamands ont leur propre Parlement. Et la Flandre peut maintenant décider elle-même de son enseignement, des travaux publics, de secteurs de prospérité, etc. La sixième réforme de l’Etat ne sera jamais la dernière. Je le dis clairement, comme le dit aussi Wouter Beke. Avec le CD&V, je veux encore progresser sur la voie communautaire.

Doorbraaak : Qu’est-ce que cela peut encore rapporter à la Flandre ?

Bogaert : Davantage de compétences en matière de santé, d’emploi et de réformes-autonomie fiscales.

Doorbraak : Vos coreligionnaires sont-ils toujours aussi motivés ?

Bogaert : Je reste dans le cadre des cinq résolutions flamandes de 1999, qu’une grande partie de la Flandre politique a approuvées. Ceux qui, après la sixième réforme de l’Etat, disent « Stop, c’est fini », ont à s’expliquer. On ne peut tout de même pas dire, en tant que CD&V : nous étions pour les soins de santé, mais nous ne les avons pas obtenus avec la sixième réforme de l’Etat, donc… maintenant nous sommes contre ! Cela vaut aussi pour l’autonomie fiscale. Nous en étions partisans, d’un point de vue démocratique : le niveau politique qui est responsable, doit aussi pouvoir prélever les impôts. Nous devons continuer à nous engager à cet égard.

Doorbraak : Pour vous, le bilan de la sixième réforme de l’Etat est trop maigre ?

Bogaert : Non, certainement pas. Ce fut une avancée importante. Les entités fédérées ont obtenu 20 milliards d’euros supplémentaires. Elles ont aujourd’hui plus de compétences que le niveau fédéral. Quand mon bon collègue Hendrik Vuye (N-VA) twitte aujourd’hui que cette réforme de l’Etat a augmenté les transferts, il se trompe. Sans ces « épouvantables » réformes de l’Etat, les transferts auraient été bien plus élevés.

Doorbraak : Vous vouliez aborder ces transferts via un Fonds de redressement pour la Wallonie. On n’en a guère entendu parler au CD&V…

Bogaert : Quand la Banque nationale parle elle-même de 6 milliards d’euros de transferts, on le sait quand même, non ? Je me souviens encore comment Joëlle Milquet fut dans tous ses états quand la BN a dévoilé ce chiffre. Il s’agit en gros de mille euros par Flamand. C’est donc beaucoup. Trop. Dans ma petite commune de Jabbeke, c’est l’équivalent de notre budget total. C’est pourquoi j’ai lancé, en 2008, l’idée d’un « Fonds de redressement pour la Wallonie ». Donnons à la Wallonie, en une fois, le montant de sept années de transferts et quatre milliards en plus. Comme cela, on est quitte et nous pouvons obtenir une autonomie socio-économique. Tel était mon raisonnement. Si l’on m’avait alors suivi, tout cela serait maintenant réglé…

Doorbraak : Nous sommes aujourd’hui en 2016…

Bogaert : En effet, et ces transferts se poursuivent et ils ne diminuent pas. Vous savez, cela reste un problème pour la Flandre, mais également pour la Wallonie. Ce grand fossé que l’on observe au niveau de l’emploi, ils ne peuvent tout de même pas l’attribuer éternellement à la fermeture des mines de charbon, il y a plus d’un demi-siècle ?…  L’Europe nous impose un taux d’activité de 75%. Et la Wallonie se trouve à 55%.  C’est cette faiblesse que nous finançons donc de manière continue…

Doorbraak : Le problème est bien cerné, mais comment peut-on le résoudre ?

Bogaert : Il y en a qui croient que cela peut se régler par une politique socio-économique forte au niveau fédéral. Les transferts disparaîtraient ainsi d’eux-mêmes. Hélas, ça ne marchera jamais. C’est pourquoi je continue à plaider pour une réforme de ce pays, pour une « union personnelle » d’entités fédérées (de préférence deux). Je continuerai à porter le débat à l’intérieur et à l’extérieur du parti.

Doorbraak : Le Flamands devront avoir beaucoup de patience.

Bogaert : Notre autonomie est comparable à celle de la Catalogne, y compris en ce qui concerne le flux d’argent. Dans le contexte espagnol, les Catalans paient encore plus de transferts. Eux aussi sont en quête d’autonomie, avec des hauts et des bas. Et quant au tempo sur lequel nous progressons, nous pouvons discuter. Les Catalans peuvent faire descendre deux millions de personnes dans la rue. Et les Flamands ? Dix mille peut-être. Voilà la situation. De Wever tient le même langage.

Doorbraak : Avancer pas à pas plutôt que de rêver à un grand saut ?

Bogaert : Regardez, la scission de BHV fut aussi un travail de longue haleine. Je sais, nous avons payé beaucoup, peut-être trop. Et cela n’a pu stopper la francisation. Ce ne fut pas un projet parfait, mais je l’ai défendu, car cela représentait une délimitation importante de notre territoire. Et Wouter Beke s’est battu très fort pour cela. Je sais qu’à un certain moment, divers présidents de parti francophones se trouvaient autour de lui et disaient : « Tu vas plier. » Beke a répondu : « Je ne plie pas… » BHV est aujourd’hui scindé.

Doorbraak : Quelle est la force de la tendance flamingante au sein du CD&V ?

Bogaert : Le courant sous-jacent reste flamingant, même s’il faut pour cela se bagarrer. Au SP.A et à l’Open VLD, le parti qui redevient plutôt le PVV, il n’en est pas question. Au sein du CD&V, il y a des tendances, comme au sein du Vlaamse Beweging (il rit).

Doorbraak : Votre préférence va-t-elle, dans un proche avenir, à une coopération avec la N-VA ?

Bogaert : Pas nécessairement. J’ai été l’un des derniers partisans du cartel CD&V / N-VA. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La N-VA n’est pas toujours le parti le plus empathique. Le cartel appartient à l’histoire, il ne se reproduira pas. Pour moi, le tournant a été le « virage de Bracke » (Ndlr. : même le confédéralisme était relégué à l’arrière-plan et pour la N-VA, un programme socio-économique de droite devenait la priorité). Se distancier aussi explicitement du noyau du programme, cela m’a effrayé. Et l’explication – le PS sera lui-même demandeur d’une nouvelle réforme de l’Etat – n’était pas crédible. Que voyons-nous aujourd’hui ? Le PS n’est absolument demandeur de rien.

Doorbraak : Le débat communautaire reviendra certainement lors des prochaines élections. Où se situe la différence en la matière entre le CD&V et la N-VA ?

Bogaert : Il  y a une grande différence : on me dit – venant de la N-VA – que le but véritable de l’initiative de Hendrik Vuye et de Veerle Wouters est de faire voter par le Parlement flamand une motion pour proclamer l’indépendance de la Flandre. De Wever en aurait assez. Tout cela est bien beau. Mais que se passera-t-il ensuite ? Quelles seront les conséquences nationales et internationales ? Plus de questions que de réponses, je pense… Nous croyons qu’on ne peut progresser qu’en poursuivant la réforme de ce pays. Si nous réussissons encore une ou deux fois à obtenir une réforme de l’Etat raisonnablement substantielle, alors nous serons très proches de l’autonomie socio-économique pour les entités fédérées. Et pour moi, c’est ce qu’il faut faire.

Doorbraak : Hugo Schiltz (Volksunie) avait pourtant également dit que le Parlement flamand pouvait décider en définitive.

Bogaert : C’est tout de même un fameux saut à faire du bateau au quai : très risqué, car vous pouvez tomber à l’eau. Je ne conseillerais pas à la N-VA de tenter cela.

Doorbraak : Voulez-vous que votre parti aille aussi loin que vous ?

Bogaert : Ce que je dis, c’est le courant principal au sein du parti et il faut que cela le devienne encore davantage. Le CD&V a toujours compté beaucoup de Flamands convaincus dans ses rangs… En outre, je ferais attention au rôle du « ah oui, il y a encore Hendrik Bogaert »… Je m’investis pour faire passer mes idées. Une chose est sûre : la Wallonie n’ira pas mieux en maintenant mordicus la structure belge. Le problème n’est pas écarté. Donc, le débat reviendra. C’est ce qui s’est passé lors de la dernière réforme de l’Etat : sous la pression de la N-VA et d’une grande part du CD&V, Di Rupo n’a pu y échapper. Cela se reproduira encore.

Taubiramania

Christiane TaubiraAprès New York, c’est à Liège que des étudiants ont réservé une « standing ovation » à Christiane Taubira. Répondant à l’invitation des ministres Isabelle Simonis et Jean-Claude Marcourt, « l’ancienne ministre française a suscité l’engouement de la jeunesse liégeoise, venue en nombre l’écouter », selon les mots du journal La Meuse qui consacre une pleine page à cet événement.

Pour lire le compte-rendu du journal La Meuse, cliquer sur Christiane Taubira.

Entretien avec Didier Maus

 

SUR L’AVENIR DE LA BELGIQUE ET DE LA WALLONIE

Entretien avec DIDIER MAUS

Ancien conseiller d’État

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Président émérite de l’Association internationale de droit constitutionnel

Février 2016

Jacques Lenain :

 M. MAUS, devant la menace constante de dislocation du Royaume de Belgique, sous la poussée du mouvement nationaliste et séparatiste flamand, qui ambitionne d’avoir son propre État national, les élites et populations wallonnes et bruxelloises sont présentement incapables d’envisager une quelconque alternative à cet État belge partagé avec la Flandre, qui se défait pourtant continument. Alors que la Flandre construit, pas à pas, son déjà quasi-État, apte demain à muter en un État pleinement souverain, la Wallonie et Bruxelles se montrent inaptes à concevoir un projet similaire, parce qu’elles ne croient pas en sa faisabilité (absence d’identité « nationale », enclavement territorial et donc subordination économique de Bruxelles, faiblesse économique et donc dépendance financière de la Wallonie). Et, cependant, toute hypothèse d’une « solution française », légitime au regard de la continuité géographique, linguistique et culturelle entre la Wallonie et la France, entre la majorité des Bruxellois et la France, se heurte à la méfiance de ces élites et populations wallonnes et bruxelloises, méfiance profonde qui peut être résumée par la formule suivante : « nous ne voulons pas être gouvernés par des préfets français ». Face à ce rejet de l’État français, qui exprime une profonde méconnaissance de l’organisation politique et territoriale de la France contemporaine, à ce refus de toute évocation appuyée d’une « réunion » de la Wallonie voire de Bruxelles à la France, compte tenu de la volonté forte des Wallons et des Bruxellois de conserver l’essentiel de leur héritage belge, donc des lois et institutions belges et des autonomies wallonne et bruxelloise, que dit la Constitution française, plus précisément pour ce qui se rapporte au régime des collectivités territoriales françaises et de leur degré de dépendance à l’État central ? Et que peut donc permettre cette Constitution, au moins potentiellement, pour donner et garantir à la Wallonie et à Bruxelles, si les Wallons et les Bruxellois sollicitent un jour la France, un cadre d’intégration à la France qui serait respectueux de leur héritage belge et de leur autonomie régionale ?

Didier MAUS. En préalable, il convient de bien préciser le cadre de cet entretien et les paramètres de la réflexion. Il importe d’abord de partir d’une situation où la décision de mettre fin à une Belgique fédérale aurait été prise en conformité avec la Constitution belge. Ensuite, il serait nécessaire que les populations concernées de Wallonie et, éventuellement de Bruxelles, aient manifesté de manière indiscutable leur souhait de devenir une composante de la République française. Enfin, il faudrait que les autorités françaises, Président de la République, Gouvernement et Parlement, acceptent cette perspective et concluent, pour y parvenir, des accords avec les autorités compétentes issues de la Belgique.

J’ajoute qu’il existe différents exemples de pays ayant connu des mutations de souveraineté, soit par dissociation (la Tchécoslovaquie devenue en 1992 la République tchèque et la Slovaquie), par désagrégation (l’ancienne Yougoslavie), par « restitution » (Hong-Kong vers la Chine en 1997) ou par regroupement (l’exemple le plus célèbre étant la réunification allemande de 1990). De multiples autres exemples peuvent être recensés, avec à chaque fois une situation politique et juridique originale, qu’il s’agisse du droit international ou du droit interne.

En ce qui concerne la France, les derniers rattachements sont ceux des villages de Tende et La Bigue, à la frontière italienne, en 1947. Il y a eu des référendums locaux pour le rattachement. Par contre, plusieurs territoires ont accédé à la souveraineté internationale, selon des procédures diverses, mais toujours avec une consultation locale (Algérie en 1962, Djibouti en 1977, Comores en 1978…). Par contre l’île de Mayotte, à la suite d’un référendum de 1976, est demeurée française.

L’article 53, dernier alinéa, de la Constitution dispose : « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans le consentement des populations intéressées ». Il y a une jurisprudence et une pratique qui ont été utilisées pour les « départs », mais la perspective d’une « arrivée » est incluse dans la notion d’adjonction.

Contrairement à une idée très ancrée dans les esprits, la France n’est plus aussi uniforme qu’elle l’était du temps de Napoléon Ier ou même de la IIIe République. Indépendamment du fait que l’article 1er de la Constitution fait désormais mention d’une organisation décentralisée et que les collectivités territoriales sont des acteurs politiques majeurs, il existe plusieurs régimes territoriaux et juridiques différents. Certes ils sont majoritairement situés outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Antilles…), mais en métropole l’Alsace-Moselle conserve, avec l’accord du Conseil constitutionnel, certaines lois de la période 1871-1918, la Corse bénéficie d’un régime territorial sur mesure, et Paris et la région Ile-de-France constituent une région (de douze millions d’habitants) avec des régimes assez spécifiques (notamment en matière d’urbanisme et de transport). La tendance est nettement à la création de régimes administratifs moins uniformes (Métropole lyonnaise).

D’un strict point de vue juridique, rien ne limite l’imagination des auteurs d’une révision de la Constitution.

J. L. Que peut donc permettre cette Constitution française, sous la condition d’être révisée, pour donner et garantir à la Wallonie et à Bruxelles, si les Wallons et les Bruxellois sollicitaient un jour la France, un cadre d’intégration à la France qui serait respectueux de leur héritage belge et de leur autonomie régionale ? Autrement dit, un tel cadre d’intégration, qui serait donc, en quelque sorte, « sur mesure », serait-il possible ? Et ce cadre pourrait-il alors être assez large pour permettre de satisfaire l’essentiel des exigences belgo-wallonnes comme belgo-bruxelloises, domaine par domaine ? Car ces exigences pourraient être nombreuses : institutions territoriales, compétences régionales étendues, sécurité sociale, droit du travail, droit des entreprises, droit fiscal, système éducatif et universitaire, système de santé, etc. Il y a peu de domaines dont les acteurs franco-belges ne souhaiteraient pas la conservation du régime juridique, au moins pour l’essentiel puisque des adaptations seraient quand même nécessaires.

Didier MAUS. Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie,…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre-mer).

La principale difficulté serait d’identifier le noyau dur des principes constitutionnels auxquels il ne serait pas possible de déroger, par exemple l’égalité des hommes et des femmes, les libertés fondamentales, l’accès à la justice et le rôle central du Conseil constitutionnel, de la Cour de cassation et du Conseil d’État, certains aspects de la fiscalité et de la protection sociale. La laïcité, souvent considérée comme un des éléments les plus significatifs de l’identité constitutionnelle française, est susceptible de plusieurs aménagements possibles, dans le respect d’une part de la liberté religieuse, d’autre part de l’égalité entre les religions. L’Alsace-Moselle vit toujours sous le régime du concordat de 1801 et la loi de séparation des églises et de l’État de 1905 ne s’applique pas en Guyane.

Il est évidemment difficile, à ce stade, d’être plus précis, mais – sous les réserves politiques évoquées – des approfondissements peuvent être examinés.

J. L. M. MAUS, vous dites « un titre spécial », lequel titre constitutionnel spécial pourrait contenir « une mini-constitution sur mesure »… La possibilité d’un « titre » constitutionnel spécialement dédié à la Wallonie (voire, si on se cantonne strictement au terrain juridique, qui pourrait l’être également à Bruxelles…) ne choque pas qui connaît, au moins un peu, la Constitution française, et qui sait donc que, déjà, une petite collectivité française fait l’objet d’un tel titre spécial, la Nouvelle-Calédonie. Mais, votre affirmation que le contenu de ce titre « De la Wallonie… » pourrait avoir la portée d’une « mini-constitution », tant par l’étendue que par la substance des matières concernées, peut étonner et laisser perplexe, surtout toute personne belge, même juriste, même constitutionnaliste, convaincue que le droit constitutionnel d’une France toujours vue comme « jacobine » ne permettrait pas d’aller aussi loin. Dit autrement, cette « mini-constitution »  dans la Constitution est-elle compatible avec les deux grands principes constitutionnels d’unité et d’invisibilité de la République ? Pour prolonger cette interrogation, absolument majeure pour les décideurs franco-belges, je reviens sur le terme « sur mesure ». Un statut constitutionnel « sur mesure »  pourrait-il donc bien garantir à une Wallonie qui ferait le choix de la France comme nouvel État une autonomie qui serait équivalente à la sienne actuelle dans le cadre de l’État belge ? Et pour préciser cette notion d’autonomie équivalente, prenons une exemple « extrême » : la Wallonie dispose (comme la Flandre), au delà de la longue liste des compétences que la loi constitutionnelle belge lui attribue, de ce que celle-ci nomme « l’autonomie constitutive », soit le pouvoir de fixer ses règles propres d’organisation et de fonctionnement (organes politiques, statut des élus, etc.) ; est-il envisageable que la Wallonie puisse continuer à disposer, une fois en France, de la reconnaissance constitutionnelle de ce pouvoir d’auto-organisation ?

Didier MAUS. Il n’y a pas dans la structure constitutionnelle française d’aujourd’hui d’exemple d’une collectivité aussi « autonome » que l’est la Wallonie dans le cadre de la fédération belge. Les collectivités les plus autonomes (La Nouvelle-Calédonie ou La Polynésie) bénéficient d’une capacité d’auto-législation, dans les domaines définis par la loi organique (article 74 de la Constitution). Elles ne bénéficient pas du pouvoir de définir leurs institutions ou leur organisation. Il faudrait que le titre spécial de la Constitution sur la Wallonie définisse les règles d’adoption et de contrôle des « lois wallonnes »  et les domaines concernés. Le dispositif adopté en Grande-Bretagne pour la dévolution en faveur de l’Écosse, du Pays de Galles ou de l’Irlande du Nord ou l’autonomie asymétrique mise en place en Espagne, par exemple en Catalogne, offrent des pistes de réflexion, même si, à chaque fois, le contexte national, historique et politique, est prédominant.

En théorie pure, il faut toujours partir du fait que la Constitution peut tout faire. Il ne serait donc pas impossible d’inscrire dans la Constitution des compétences plus larges au profit d’une collectivité spécifique. La faisabilité politique est une autre question. Dans la mesure où la situation wallonne entre plus dans le cadre de l’article 53, 3e alinéa, précité, de la Constitution que dans celui du démembrement de territoire d’ores et déjà sous souveraineté française, toutes les possibilités demeurent possibles. L’exemple de la Communauté franco-africaine de 1958-1960 a montré que l’on peut aller très loin et quasiment avoir deux constitutions à l’intérieur d’un même texte constitutionnel. Il faut reconnaître que le contexte historique belge est profondément différent de celui de l’époque.

La question « Jusqu’où la spécificité wallonne peut-elle être garantie ? » ne peut être réglée que par des négociations politiques.

L’unité de la République ne signifie nullement le régime unique. Stricto sensu, « l’unité de la République » ne fait partie du droit positif que dans le domaine des libertés publiques. L’expression elle-même ne figure pas dans la Constitution de 1958. Il est très délicat de dire où se situe le curseur qui remettrait en cause l’unité. Pour la monnaie, la question est réglée avec l’euro ; pour la justice, il faudrait admettre la suprématie de la Cour de cassation et du Conseil d’État ; il n’y aurait qu’une seule diplomatie et une seule armée, avec néanmoins des possibilités d’associer les autorités wallonnes à ce qui les concerne en propre ; on peut imaginer un système éducatif plus décentralisé que l’actuel, mais les diplômes nationaux (à coté de ceux des universités) ont toujours été préservés. On peut néanmoins interpréter le monopole de la collation des grades de manière assez souple. En réalité, il faut examiner point par point et imaginer ce qui serait possible. Il est également possible de prévoir une longue période transitoire avec des possibilités régulières de modification ou d’adaptation.

L’indivisibilité est toujours très délicate à définir. Elle exclut, pour l’instant, la reconnaissance de peuples autres que le peuple français (par exemple pour la Corse). Elle est souvent interprétée comme ne permettant pas le fédéralisme, ce qui reste à démonter. La limite la plus probable est l’impossibilité juridique pour un territoire d’accéder à l’indépendance à la suite de sa seule décision, c’est-à-dire en faisant sécession. L’indivisibilité conduit également la France à se méfier des notions de minorités ou de langues minoritaires. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, impossible pour l’instant à obtenir, est nécessaire en préalable à la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La question linguistique ou le risque de sécession ne devraient guère se poser avec la Wallonie.

Comme toujours, l’aspect politique est primordial. Si les acteurs politiques wallons et français entrent dans un processus de discussions, et ensuite de négociations, il leur appartiendra très rapidement de définir les exigences majeures que la Wallonie souhaite conserver, à court terme ou à moyen terme. Des réflexions « hors sol »  peuvent être menées par des experts compétents, mais l’art du juriste est souvent de mettre en forme un accord politique.

L’histoire européenne, pour n’évoquer celle-ci, a connu suffisamment de mutations territoriales et de souveraineté, consenties ou imposées, pour considérer que la faisabilité de la perspective ici esquissée est positive.

Retrouver des couleurs

Lu ce matin dans le journal La Meuse  :

Fini l’écharpe aux couleurs de la Flandre !

écharpe échevinLes échevins wallons laisseront-ils bientôt la traditionnelle écharpe jaune et noir au placard? Ce mardi, la commission des Pouvoirs locaux du parlement wallon a en tout cas approuvé une proposition de résolution du PS réclamant que cette fameuse écharpe n’arbore plus les traditionnelles couleurs jaune et noir trop « associées à la Flandre ». La solution? Le jaune et le rouge, couleurs de la Wallonie.

QUESTION DE COHÉRENCE

« Les citoyens wallons ne comprennent pas que leurs échevins portent une écharpe aux couleurs d’une autre Région », a affirmé Dimitri Legasse (PS), porteur de cette résolution. « Cette démarche ne s’inscrit pas dans une volonté d’opposition à la Région flamande mais simplement dans la volonté d’une plus grande cohérence des symboles de la Région wallonne », a-t-il assuré, rejoint par le cdH. Le MR s’y est opposé, le député Olivier Maroy rappelant que les couleurs historiques fixées depuis 1837 étaient le fond noir et jaune avec frange rouge, soit les trois couleurs de la Belgique. Un arrêté du gouvernement Di Rupo en 2006 a fixé les couleurs jaune et noir pour l’échevin. Pour Stéphane Hazée (Ecolo), il devrait y avoir bien d’autres priorités plus fondamentales pour renforcer l’identité et la fierté wallonnes. Enfin, le député germanophone Edmund Stoffels (PS) s’est pour sa part abstenu, craignant la « schizophrénie » de devoir imposer telles ou telles couleurs aux échevins de l’est du pays. Un débat parlementaire qui s’est déroulé sous tension et où les noms d’oiseau ont volé. Bref, encore une histoire bien belgo-belge.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde