Bientôt Walloween et la chasse aux sorcières

La Wallonie dit non au Ceta. La Wallonie, l’impudente, cette « région pauvre où on parle français », pourrait bien faire capoter le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Et mettre au frigo le fameux TTIP avec les Etats-Unis. Plus cette éventualité se confirme et plus la pression monte, avec la colère et les menaces. Mais pour tous ceux qui dénoncent le caractère antidémocratique, antisocial, anti-environnemental de ce traité, la Wallonie apparaît comme une dernière chance.

Cela pourrait bien être un fait majeur dans la construction d’une identité wallonne. Car il ne suffit pas d’ânonner des leçons sur l’esprit de résistance et l’engagement démocratique. Il faut les mettre en pratique. Il semblerait que les autorités wallonnes aient choisi de faire entendre une voix discordante et citoyenne. On ne les a pas toujours connues aussi résistantes et engagées, mais elles ont tout à coup pris de l’épaisseur et les voilà projetées dans la lumière de l’histoire.  Une majorité de Wallons s’associent à cette volonté de ne plus accepter tout et n’importe quoi au nom de l’Europe et de l’ouverture au monde.

Bientôt Walloween et la chasse aux sorcières… Mais « La gauche ne meurt jamais » : c’est la profession de foi de Paul Magnette.

La Wallonie altermondialiste

Lu ce vendredi sur le site du journal Le Monde :

André Antoine, président du Parlement wallon : « le débat sur le traité avec le Canada commence »

Le Parlement de la Wallonie a approuvé à une très large majorité, vendredi 14 octobre, une motion déposée par les deux partis de la majorité régionale (socialiste et centriste) prônant le rejet, par la Belgique, du projet d’accord commercial Union européenne-Canada (Ceta). Le texte adopté demande toutefois au gouvernement fédéral belge de renégocier cet accord – ou du moins sa « déclaration interprétative » – avant la signature définitive, prévue initialement pour le 27 octobre.

André Antoine, le président centriste de l’assemblée, détaille pour Le Monde, la position de la Wallonie, susceptible de mettre à mal tout le projet, dès l’instant où l’un des 28 États membres dirait ne pouvoir y souscrire.

Comment faut-il interpréter le vote ?

D’abord comme une victoire de la démocratie. Les traités sont généralement des enjeux pour les technocrates, les multinationales et les lobbies qui mènent des négociations dans la discrétion la plus totale. Puis, c’est aux parlementaires, privés de la capacité de négocier et de fixer des conditions, de voter le texte tel quel. Dans ce cas-ci, nous avons ouvert le capot du CETA, contrairement à d’autres – dont certains députés canadiens, j’ai pu m’en rendre compte.

Nous avons envoyé, dès le mois d’avril, un signal clair à nos amis Canadiens, Français et à la Commission européenne, en priant cette dernière de l’entendre. Nous avons ensuite étudié et réétudié les textes et, jeudi soir, nous avons découvert que la déclaration interprétative qui nous a été soumise par morceaux pouvait être contraignante, à condition toutefois d’être rédigée avec précision. Nous avons aussi découvert que nous pouvions encore ajouter des éléments de fond. Donc, à mes yeux, le débat sur le Ceta commence aujourd’hui.

Vous pensez réellement pouvoir infléchir ce traité ?

Oui. Nous sommes en quelque sorte des lanceurs d’alerte et j’espère vraiment que l’on nous entendra désormais. Des valeurs démocratiques sont en cause, et pas simplement des intérêts privés. Le Ceta est un traité d’une nouvelle génération, qui peut conditionner tous les traités futurs. Nous devons donc nous montrer inflexibles quant à certains principes. Nous ne pouvons, par exemple, accepter que des juges privés conditionnent le droit européen ou le droit national. Nous ne pouvons pas tolérer que, demain, nous puissions édicter des normes mais, pour cela, devoir procéder à des indemnisations. C’est heurtant pour la démocratie et pour les citoyens, qui élisent leurs représentants.

L’enjeu véritable est de savoir si la démocratie peut encore jouer son rôle face aux exigences de multinationales qui ont eu l’oreille de technocrates européens. On ne peut plus déterminer la destinée de nos sociétés sans entendre les représentants des citoyens, élus démocratiquement dans les parlements.

Vos amis du Parti populaire européen, comme les socialistes, admettent l’idée que ce traité est bon, peut-être même le meilleur jamais négocié…

Dès l’instant où il est d’un nouveau type, heureusement qu’il est meilleur que les précédents. Je le reconnais, nous avons parfois voté ceux-ci à l’aveugle, et je le regrette. Mais, désormais, il faut fixer des balises beaucoup plus nettes. Le principe de précaution, par exemple, qui est au cœur des traités européens, n’est pas suffisamment affirmé. Nous voulons, par ailleurs, que l’un continue à faire confiance aux juges nationaux pour trancher les litiges, sans donner l’impression à l’opinion qu’ils sont incompétents. L’exception agricole n’est, elle non plus, pas rencontrée et il est inacceptable que l’on obtienne la reconnaissance de quelques fromages en échange des importations de tonnes de viande produites dans des conditions sanitaires et de recherche de rentabilité incompatibles avec nos normes. Ce qui ne fera qu’aggraver les conditions, déjà difficiles, de nos agriculteurs.

Enfin, le rôle des services publics et des services sociaux doit beaucoup plus affirmé dans le texte.

Une élue de votre opposition libérale a évoqué le risque de voir la Wallonie devenir « la Cuba de l’Europe »…

Jolie formule mais même Cuba s’ouvre aujourd’hui, prouvant que la solitude n’est jamais définitive. Ce n’est pas parce que nous sommes seuls pour l’instant que nous ne pouvons pas partager nos convictions. D’ailleurs, nous avons entendu les réticences du chancelier autrichien ou de parlementaires néerlandais. Nous savons que, jusque dans les dernières heures, Roumains et Bulgares ont négocié ferme pour la question des visas qui leur étaient imposés. Nous avons aussi vu les Grecs batailler. La Wallonie ne doit pas avoir de complexes dès lors qu’elle a la force de justes convictions.

Le ministre-président de votre Région, Paul Magnette, devait discuter avec François Hollande après ce vote. Vous pensez que la France peut encore vous aider ?

Oui. Parce que s’ils manifestent, à juste titre, leur opposition au Traité avec les États-Unis, les Français doivent savoir que, par certains aspects, le CETA ressemble bel et bien au TTIP. Le président Hollande peut faire entendre une autre voix que celles des multinationales et de l’argent. Je me souviens d’ailleurs de sa promesse : « Je ne serai pas le président de l’argent ». Il a donc l’occasion unique d’être à nos côtés pour imposer ses valeurs.

Propos recueillis par Jean-Pierre Stroobants (Namur, envoyé spécial).

P.S. : Si le CETA est soutenu par les autorités françaises, il n’en provoque pas moins, en France, les mêmes réactions qu’en Wallonie. Ainsi, ce 15 octobre, les Economistes Atterrés (« un collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie de gauche ») n’ont pas hésité à signer une tribune intitulée : Gloire aux Wallons!

Lire aussi : Rejet wallon du CETA, nouvel accroc pour le libre-échange sur le site du Monde diplomatique.

Le désastre scolaire

M. Jules Jasselette nous envoie ce qui suit. Rappelons que M. Jasselette (PS) fut un brillant Echevin de l’Instruction Publique à la Ville de Liège.

C’est le « Comité P » qui dénonce

Attentats de Paris: la police belge a raté 13 occasions de démasquer les terroristes

La police belge souffre notamment d’un manque de personnel.

Un rapport confidentiel révèle de graves défaillances au sein de la police belge, qui disposait d’informations susceptibles d’empêcher les attentats du 13 novembre.

Nouvelles du Québec

Lu ce samedi sur le site du journal Ouest-France :

Jean-François Lisée, 58 ans, a été élu vendredi soir chef du parti québécois (PQ) par ses militants en remplacement du milliardaire Pierre-Karl Péladeau qui avait démissionné en mai, moins d’un an après son arrivée à la tête des indépendantistes.

Au deuxième tour, le nouveau leader du PQ a recueilli 50,6% des votes des militants, devant Alexandre Cloutier (31,7%) et Martine Ouellet (17,7%). Organisé sur trois jours, le taux de participation a été de 75,1% des 73 236 militants du parti. À son apogée, le PQ a compté plus de 300 000 membres.

« Les jours du gouvernement Couillard sont comptés », a déclaré Jean-François Lisée en référence au premier ministre libéral Philippe Couillard. « Nous voulons un gouvernement honnête, (…) un gouvernement qui protège notre langue », a ajouté Jean-François Lisée devant les militants après la publication des résultats.

Vers un État laïc

Jean-François Lisée, journaliste de formation et réputé pour son habileté politique, a promis « une marche vers davantage de laïcité » en cas de victoire aux législatives d’octobre 2018 qu’il conduira.

Avant d’envisager de reprendre le pouvoir aux libéraux, le nouveau leader du PQ va devoir recoller les morceaux d’un parti divisé par les courants de pensée, particulièrement sur la question de l’indépendance de la province francophone.

Faire un référendum, ou pas ?

Le principal sujet de discorde porte sur l’essence même du parti, l’indépendance du Québec. La candidate Martine Ouellet promettait aux militants d’organiser, en cas de retour au gouvernement, un référendum entre 2018 et 2022. À l’inverse, M. Lisée ne voit pas d’urgence pour l’émancipation du Québec mais a cependant joué la carte de l’union en tendant la main à Martine Ouellet et à Alexandre Cloutier pour « réussir ensemble l’indépendance du Québec ».

Jean-François Lisée, réputé pour ses qualités lors des débats politiques, est député depuis 2012 après avoir largement influencé l’idéologie du parti. Il a notamment été l’éminence grise de Jacques Parizeau, premier ministre québécois lors du second référendum perdu pour l’indépendance en 1995. M. Lisée succède donc au très charismatique Pierre-Karl Péladeau, indépendantiste convaincu, qui avait démissionné début mai pour raisons familiales.

Au début du printemps 2014, le mouvement indépendantiste avait été exclu du gouvernement. Le PQ avait alors subi une déroute aux législatives avec seulement 25% des voix et 30 élus sur 125 à l’assemblée, son plus mauvais score depuis le scrutin de 1970, deux ans après sa création par René Lévesque.

La Belgique n’aidera pas la Wallonie

Il semblerait que la Wallonie soit poussée à revoir son train de vie. Il y a pourtant des projets qui attendent un financement. Il y a le rôle économique et social de la Région. Il y a la concurrence avec le reste du monde. Il y a le poids des réalités, celui des chiffres et des contraintes. Il y a les premiers effets de la 6e réforme de l’Etat. C’est un appauvrissement collectif qui se dessine. Il faudra s’habituer… ou réagir ensemble.

Lu ce vendredi sur le site du journal L’Echo :

Le ministre du Budget prépare un plan pour améliorer l’état de la dette et éviter un abaissement de la note financière de la Région.

Un léger vent de panique souffle à nouveau sur les finances wallonnes. Après le trou budgétaire qu’il a fallu colmater au mieux pour boucler le budget 2017 sans trop laisser filer le déficit, le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS) s’attaque à un autre gros morceau: la dette wallonne.

Après le big bang de 2014 et la requalification du périmètre de la dette wallonne par l’Institut des comptes nationaux pour voir celle-ci flirter autour des 21 milliards dus à l’intégration des dizaines d’entreprises et organismes publics imposée par l’Europe, la coalition PS-cdH, aux commandes en Wallonie, ne s’était plus trop penchée sur le dossier. Le problème refait aujourd’hui surface au point de voir le cabinet du ministre du Budget travailler sur un plan d’optimisation.

Pourquoi toute cette agitation aujourd’hui? La dernière visite de l’agence de notation Moody’s à Namur est l’élément déclencheur. Dans son dernier rapport transmis au cabinet du ministre du Budget cet été, l’agence américaine a tout bonnement dégradé la perspective de la notation de la Région wallonne de A1 perspective stable à A1 perspective négative.

« Un signal »

Moody’s souligne que, malgré l’autonomie fiscale dont dispose la Région, cette dernière n’a pas planifié de lever des recettes supplémentaires pour atténuer les déficits budgétaires. « C’est un signal à prendre en compte », dit-on dans l’entourage de l’Elysette. Moody’s n’en restera pas là! Ses experts ont programmé une nouvelle visite chez Christophe Lacroix en fin d’année. Et, sans un réel changement, la sanction pourrait être sévère. « Nous craignons que Moody’s abaisse notre note financière si rien ne s’améliore », fait savoir un proche du dossier. D’où ce vent de panique!

Dette directe

Les derniers débats politiques autour de la requalification des outils wallons et l’explosion inévitable de la dette globale de la Wallonie ont occulté un point fondamental de la situation financière de la Région: la dette directe. Elle représente les différences entre les recettes du Service public de Wallonie (SPW) et les dépenses du budget wallon. Moins médiatisée, la dette directe est en constante progression depuis plusieurs années. À 6,6 milliards en 2012 selon les calculs du Conseil supérieur des finances, elle ne cesse d’augmenter pour flirter aujourd’hui autour des 9 milliards d’euros. « Pour 2016 par exemple, la Région devra lever un milliard pour financer son solde primaire (c’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses, NDLR)« , pointe un expert. Bref, la situation est délicate, même si, chez le ministre Lacroix, on relativise la charge de la dette directe. « En 2017, cela représentera 316 millions, soit 2,37% du budget. »

Si la Région a déjà pris quelques mesures pour diminuer son train de vie ces dernières années et limiter les déficits, cela ne suffit pas. « La situation n’est pas à minimiser, il faut agir », admet le cabinet Lacroix. « Des propositions politiques doivent être faites pour alléger et simplifier la dette. »

Parmi les pistes étudiées, on évoque un rapatriement des réserves de trésorerie des unités d’administrations publiques. Les montants ne sont pas négligeables. Des outils publics comme la SRIW, la Sowalfin ou les invests sont assis sur un paquet d’argent qu’on évalue à près de 1,2 milliard. « Cette trésorerie n’est pas prise en compte dans le calcul de la dette de Moody’s. Cette opération permettra d’améliorer la situation de trésorerie de la Région wallonne et impactera donc à la baisse la dette telle que calculée par Moody’s », souligne le cabinet du Budget.

L’autre solution est d’acheter des billets de trésorerie au sein de certaines entités publiques wallonnes. « Cette opération a l’avantage d’optimaliser l’utilisation du cash au sein de notre périmètre. Ceci permettra donc de diminuer le recours externe aux capitaux ». La mise en place de l’agence de la dette wallonne – dont le travail consistera à minimiser les coûts de cette dette – est aussi attendue avec impatience.

Il restera ensuite à attendre le verdict de Moody’s!

L’ « Objectief V » de la N-VA

Vendredi, le quotidien flamand de Morgen a publié une note apparemment rédigée par Bart De Wever après le départ des députés Hendrik Vuye et Veerle Wouters.  Cette note est disponible (en néerlandais) sur le site de la RTBF. Nous reprenons ici un extrait de l’article écrit par le journaliste Pierre Magos.

La stratégie communautaire de la N-VA, imprimée noir sur blanc

« Nous n’avons pas mis le communautaire au frigo, mais bien dans le four, et nous le ressortirons quand la température sera bonne. » Tout ne serait pour l’état-major de la N-VA qu’une question de patience. La stratégie est, noir sur blanc, de mettre les francophones en situation de demandeurs. Et la N-VA ne cache pas que son action au sein du gouvernement fédéral est destinée, aussi, à y parvenir. Elle sert, dit la note, à la flamandisation de l’État. Mais, manifestement, rendre les autorités fédérales plus flamandes, a comme principal objectif d’attirer celui qui pourrait être son interlocuteur incontournable en 2019, le Parti Socialiste, autour d’une table de négociation… « pour éveiller l’appétit du PS » à franchir une nouvelle étape dans la réforme de l’Etat.

C’est cette déclaration qui avait, à l’origine suscité l’agacement d’Hendrik Vuye et Veerle Wouters, ainsi que du Mouvement flamand qui estimaient que si cette stratégie ne fonctionnait pas, cela signifierait automatiquement la reconduction de l’actuelle coalition fédérale, avec le seul MR du côté francophone, et un nouveau renoncement de 5 ans à une réforme de l’État, donc le renvoi aux oubliettes du confédéralisme.

Que nenni! affirme dans le document la direction de la N-VA : le prix à faire payer aux francophones dont les électeurs permettraient un retour du PS, c’est la mise en œuvre du confédéralisme. Mais avec ou sans PS, la N-VA mettra de toute manière son ambition confédéraliste sur la table.

L’Europe existe-t-elle vraiment?

« Voter Oui au Traité de Maastricht permettra de faire le poids face aux Etats-Unis. » C’était une affiche du Parti socialiste français.

Vingt-quatre ans après, le désenchantement est profond, et ce n’est pas sans raison. Pour s’en convaincre, il suffit de lire ici la carte blanche que Pierre Defraigne a publiée dans La Libre.

L’industrie européenne prise dans l’étau américain

L’Europe n’est-elle pas simplement en train de construire un jardin à la française où ses concurrents américains et chinois déambuleront à loisir pendant que les entreprises et les régulateurs européens ratisseront les allées ?

UNE OPINION DE PIERRE DEFRAIGNE, DIRECTEUR EXECUTIF DU CENTRE MADARIAGA-COLLEGE D’EUROPE ET DIRECTEUR GENERAL HONORAIRE A LA COMMISSION EUROPEENNE.

Au moment même où ils négocient durement le TTIP, les Américains qui viennent d’obtenir de l’OMC une sanction de 12 milliards contre Airbus au titre d’aides illégales, soumettent l’Europe à la double pression de l’extraterritorialité et du pouvoir de marché de leurs « superstars » (1). Voici l’Europe placée entre le marteau et l’enclume.

Des dizaines de milliards de dollars

Le marteau est constitué par la juridiction extraterritoriale exercée par les départements de la Justice et du Trésor américains ou du procureur de New York dans des affaires de mauvaise pratique financière (Deutsche Bank), de non-respect des embargos de l’Iran ou de Cuba (BNP), de corruption dans des marchés publics de pays tiers (Alsthom) et de fiscalité. L’extraterritorialité n’est certes pas neuve. Ses proportions vont toutefois grandissant. Les confiscations imposées à des banques ou des groupes industriels européens s’élèvent à des dizaines de milliards de dollars et sont décidées dans des deals négociés hors cours par les avocats d’affaires pour éviter des jugements susceptibles de ruiner l’entreprise européenne.

Le dernier cas en date est constitué par la faramineuse amende de 14 milliards réclamée à la Deutsche Bank (18 milliards de capitalisation boursière) par le département de la Justice, pour son activité illégale dans l’affaire des subprimes, signe d’une saine rigueur certes, mais de toute évidence hors de proportion avec les sanctions imposées à ses concurrentes US. Deux poids, deux mesures ! On est en plein nationalisme économique. On est surtout face à un privilège impérial, insupportable à l’endroit d’un allié stratégique et d’un partenaire économique comme l’Europe. Cette menace d’amende pèse en effet comme une épée de Damoclès sur tout le système bancaire européen. L’intention agressive est évidente.

Autre exemple : dans une lettre à Angela Merkel, 130 CEO de multinationales, appuyés par le Trésor US, s’expriment contre la décision courageuse de la Commissaire danoise Vestagher d’exiger de l’Irlande qu’elle récupère 13 milliards de taxes dont elle avait indûment exempté la firme de Cupertino. Cette offensive américaine contre la souveraineté fiscale en Europe, doit être prise très au sérieux. Que cette lettre soit adressée à la chancelière allemande n’est pas une erreur de destinataire : l’Allemagne est à la fois l’Etat leader en Europe et un partenaire européen très dépendant des Etats-Unis pour sa sécurité; elle est donc la voie d’entrée idéale pour contourner la Commission et diviser le Conseil européen. On n’est plus dans la guérilla traditionnelle entre partenaires transatlantiques. Il s’agit d’autre chose.

Une politique de la puissance totale

L’enclume de son côté est figurée par le phénomène de concentration qui caractérise plusieurs secteurs, de l’agrochimique au numérique et à la finance et qui crée des structures de marché oligopolistiques extrêmement rentables (2). Ces fusions et acquisitions s’inscrivent dans une double logique : tantôt, elles répondent à la décélération de la croissance économique mondiale et à la perspective de ce que Larry Summers appelle une stagnation séculaire à l’Ouest, ainsi qu’à la montée de la Chine en puissance; tantôt, elles sont le produit de l’avance prise par le Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) dans la révolution numérique, initiée et soutenue, il faut le rappeler, par le Pentagone et qui s’étend aujourd’hui, notamment avec l’uberisation, à la numérisation en aval de toute l’économie mondiale.

L’Amérique entend non seulement que l’Europe se plie à cette double stratégie de puissance, mais aussi qu’elle lui serve d’alliée obligée dans son dessein d’un ordre international qui assoit à la fois ses principes et ses intérêts au sommet des institutions et des marchés internationaux. C’est une politique de puissance totale qu’elle poursuit, à la fois économique, financière, technologique et militaire, redoutablement efficace et complètement étrangère aux vues et aux moyens de l’Europe. Elle est poursuivie avec constance par Washington depuis le système multilatéral de Bretton Woods (1945) et à travers le Consensus de Washington jusqu’en 2008. L’Amérique, déjà investie du « privilège exorbitant » du dollar, combine plus que jamais supériorité stratégique et avance technologique pour promouvoir la prééminence de ses firmes et de sa finance sur les marchés mondiaux. Cette synergie de la puissance publique avec ses énormes moyens économiques, stratégiques et culturels, et des grandes firmes oligopolistiques exerce un impact irrésistible sur l’Europe dont le retard technologique va croissant.

Le triple piège

L’Europe est ainsi prise dans un triple piège. Sa dépendance stratégique d’abord : comment parler sur un pied d’égalité avec Washington, sans défense commune ? Ensuite, ses investissements croisés avec les Etats-Unis l’ont jusqu’ici empêchée de définir une préférence communautaire pour les véritables entreprises européennes. Enfin, le retard numérique de l’Europe la place devant un dilemme : faut-il tenter de rattraper les géants du numérique américains ou chinois, ou jouer plutôt la numérisation de tous les secteurs en aval en misant sur des réseaux ouverts, un accès aux big data, la libre circulation des données, une protection de la vie privée minimum ? Mais l’Europe, avec son projet de marché digital unique sans stratégie industrielle, n’est-elle pas simplement en train de construire un jardin à la française où ses concurrents américains et chinois déambuleront à loisir pendant que les entreprises et les régulateurs européens ratisseront les allées ?

Si l’objectif de l’Europe est de revenir à 20 % de valeur ajoutée industrielle dans le PIB en 2020, sera-ce par des segments de haut de gamme de ses propres chaînes globales ou sera-t-elle confinée dans le moyen et le bas de gamme des chaînes de production globales des grandes firmes multinationales US, voire chinoises ? Sans groupes industriels et financiers transnationaux de taille globale, l’UE ne préservera pas son modèle et n’accédera pas à l’autonomie stratégique. Et le TTIP compliquerait irrémédiablement leur émergence.

(1) C’est ainsi que « The Economist » du 16 septembre qualifie les nouvelles firmes globales oligopolistiques américaines.

(2) Aux USA, la rentabilité des firmes oligopolistiques américaines serait de 40 % supérieure à ce qu’elle est dans le reste du monde.

Le bonheur d’être en Belgique

Selon un sondage récent dont il a été récemment question sur le site de La Libre, 9 Wallons sur 10 se sentent d’abord belges, mais le sondage ne dit pas combien de Flamands se sentent d’abord belges.

Voici ce qu’on pouvait lire ce mercredi 28 septembre sur le site de la RTBF :

Messines, la Flamande, ne veut pas des camions wallons sur son territoire

Messines a fait installer des blocs de béton en travers de la route pour empêcher le passage.

Pour faire simple, les Flamands ne veulent pas des camions wallons sur leur territoire. D’abord, il faut dire qu’on est à la frontière entre la Wallonie et la Flandre. Dans une commune à facilités, l’entité de Comines, en Hainaut.

L’origine du mécontentement, ce sont les travaux chaussée d’Ypres du côté wallon. C’est la Région wallonne qui la répare. Du coup, on n’y circule plus pour l’instant. Seulement, cette route est un axe important entre Ypres et toute cette zone située à la frontière française. Une zone où on trouve aussi l’entreprise Clarebout Potatoes, dans l’entité de Comines (une usine de transformation de la pomme de terre), qui envoie beaucoup de camions sur les routes.

Alors, pour éviter les travaux, les camions, les tracteurs et les voitures ont le choix : faire un détour de 40 kilomètres ou passer par la Flandre. Et traverser Messines, qui est interdit aux plus de 7,5 tonnes.

Guéguerre politique entre Messines et Comines

Messines, la Flamande, ne veut pas des camions wallons qui prennent cette déviation sur son territoire. Comines, la Wallonne, veut elle éviter à tout le monde de faire 40 kilomètres de détour.

Messines a fait installer des blocs de béton en travers de la route pour empêcher le passage. Mais les camions arrivent à se faufiler pour l’instant. Prochaine étape : Messines promet des caméras et des contrôles de police. ET sans dialogue, on risque bien l’escalade.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde