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Hommage

Jean DefraigneJean Defraigne est de ces personnalités qui, par leur engagement, nous ont transmis l’amour de la Wallonie et de la France. Son parcours politique, au sein du parti libéral, l’a élevé jusqu’aux plus hautes fonctions de l’Etat belge mais, pour ce Liégeois, c’est ailleurs qu’il fallait trouver « une patrie à aimer ». Dans la biographie qui lui est consacrée sur le site officiel de la Wallonie, son engagement pour la Wallonie est ainsi résumé :  

Membre du Congrès national wallon (1970-1971), favorable depuis les années soixante à une profonde réforme de l’État, membre du Groupe Liège 2000 (1990), vice-président de l’Institut Destrée (1992-1998), membre du directoire de Wallonie libre (1995), sympathisant de « Wallonie, Région d’Europe » et du Mouvement wallon pour le Retour à la France, Jean Defraigne enregistre avec satisfaction la réforme qui organise l’élection directe des parlementaires wallons. Défenseur du maintien des communes fouronnaises en Wallonie, il s’était opposé, dans les années septante, au choix de Bruxelles comme capitale de la Communauté française. Une fois la Région bruxelloise reconnue, il n’hésite d’ailleurs pas à s’interroger sur la nécessité de conserver la Communauté française, recommandant au sein de son parti la formule d’un fédéralisme reposant sur trois régions. En 2000, il observe que l’État belge est dépassé. Le Ministre d’État aspire à voir la Wallonie devenir la 23e région de France.

Ouvrir la Communauté française… à la France

1024px-KaartnlvlPour le nationalisme flamand, les choses sont claires : « de taal is gansch het volk ». C’est à partir de la Communauté culturelle néerlandaise, créée en 1970 et rebaptisée Communauté flamande en 1980, qu’un état flamand prend forme en dépeçant peu à peu l’état belge. Un rapprochement avec les Pays-Bas semble en bonne voie, même si les cultures flamande et hollandaise ne sont pas identiques.

drapeau réunionisteTout est plus nébuleux pour ceux que, par défaut, on appelle les « francophones de Belgique ». Il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils disent, avec J.M.G. Le Clézio, que « la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j’habite ». Certes, ils appartiennent au même espace culturel que les Français mais ils sont belges avant tout, c’est écrit sur leur carte d’identité. Leur vision de l’avenir s’arrête aux prochaines élections. Leur cadre institutionnel est du genre alambiqué, provisoire, inefficace. Ils s’en plaignent mais c’est généralement pour répéter qu’ils sont belges.

On l’aura compris, la Communauté française de Belgique est loin de changer la boussole des « Belges francophones ». Il serait peut-être salutaire que la Wallonie exerce elle-même les compétences liées à la culture. En préambule au débat organisé par l’AWF sur la suppression de la Communauté française, avec trois invités qui ont plus d’une fois exprimé leurs convictions régionalistes, voici un point de vue un peu différent, celui de Jules Gheude.

Jules GheudeDes voix wallonnes s’élèvent à nouveau – le phénomène est récurrent depuis plus de 35 ans ! – pour réclamer la suppression de la Communauté française. Pour les intéressés, la Région wallonne ne parviendra à se redresser et à déployer pleinement son identité que lorsqu’elle disposera du maximum de compétences, notamment celles relatives à l’enseignement et à la culture.

Un débat sur ce thème aura lieu à l’UCL, le 21 mars prochain, avec la participation notamment de Thierry Bodson, patron de la FGTB wallonne, et des députés wallons Christophe Collignon (PS) et Jean-Luc Crucke (MR).

Il convient de rappeler ici un certain nombre de choses.

La première est que l’on est censé vivre dans un Etat de droit, ce qui suppose le respect scrupuleux de la Loi fondamentale qu’est la Constitution. Celle-ci stipule, en son article 2, que la Belgique comprend trois communautés : la communauté française, la communauté flamande et la communauté germanophone.

Vous avez bien lu : communauté française et non Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous reviendrons sur ce point.

Pour que la suppression de la Communauté française intervienne, il faudrait que les Chambres actuelles adoptent un projet de révision de la Constitution incluant l’article 2. Les Chambres seraient alors dissoutes de plein droit et les suivantes, résultant de nouvelles élections, ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune d’elles ne sont présents. En outre, les changements ne seront adoptés que si l’ensemble des modifications réunit au moins les deux tiers des suffrages exprimés.

En d’autres termes, le débat sur la suppression de la Communauté française nécessite l’implication de la Flandre.

A moins d’une crise gouvernementale, toujours possible (comment va évoluer l’affaire Damien à Linkebeek ?), la coalition « suédoise » devrait se maintenir jusqu’en 2019, sans ouvrir d’ici là de nouveaux chantiers institutionnels.

D’ores et déjà, la N-VA s’active à mettre au point un schéma confédéraliste, dont on imagine mal le CD&V ne pas le soutenir. Il faut se rappeler, en effet, que l’idée du confédéralisme a été lancée, au début des années 90, par le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand.  Il s’agit, ni plus ni moins, de la fameuse « révolution copernicienne », chère à Kris Peeters. Quant à l’actuel président du CD&V, Wouter Beke, n’a-t-il pas déclaré en 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend ?

Les responsables politiques francophones doivent donc s’attendre à de nouvelles négociations communautaires ardues. L’objectif de la N-VA, on le sait, est de poursuivre le processus d’évaporation de la Belgique, dont le libéral flamand Karel De Gucht a lui-même reconnu, en 2002, qu’il était irréversible. Quant à la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans (N-VA), elle a émis le souhait de voir le processus s’achever en 2025…

Disons-le tout net : il n’y a aucune chance que l’article 2 soit modifié d’ici là.

La Flandre tient au concept de communauté, qui lui permet d’encadrer sa minorité bruxelloise. Mais elle a eu l’intelligence de fusionner, dès 1980, sa Communauté et sa Région. Aujourd’hui, pour gérer l’ensemble de ses compétences, elle ne dispose que d’un seul parlement et d’un seul gouvernement.

Le PRL (ancêtre du MR) était partisan d’une stratégie identique, mais il s’est heurté au refus du partenaire socialiste. Lors du décès brutal de Jean Gol en 1995, François Perin a livré l’information suivante : Gol était un esprit cultivé, convaincu que nous ne sommes rien sans la culture française. Une idéologie culturelle régionale wallonne, c’était pour lui le comble de la médiocrité. Dès 1979, le PRL a préconisé la fusion Communauté-Région pour ne pas abandonner Bruxelles. Je me souviens de sa terrible colère au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l’implantation de la capitale wallonne à Namur : « Il n’y a que deux capitales possibles, déclara-t-il. Si ce n’est pas Bruxelles, j’en connais une autre autrement prestigieuse. » Il n’a pas prononcé le nom de Paris mais…

Je voudrais revenir à présent sur cette décision – anticonstitutionnelle –  qui a poussé les responsables politiques francophones à débaptiser la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Chaque fois que je suis amené à prendre la parole en Flandre, on me pose la question : Est-il vrai que derrière cette décision se cache un Plan B, qui consisterait à engendrer, au départ de ce « WalloBrux » une Belgique résiduaire sans la Flandre ?

Si tel était le cas, le projet serait mort-né. Lorsqu’on interroge les Bruxellois sur leurs intentions en cas de disparition de la Belgique, il ressort qu’une infime minorité d’entre eux (4,6%) seraient disposés à unir leur sort à celui de la Wallonie (sondage VUB de 2013). Ce résultat peut se comprendre lorsqu’on sait que si elle devait reprendre 35% de la dette publique belge, la Wallonie devrait affronter un ratio dette/PIB de plus de 150%.

Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, s’est livré, depuis 2008, à une analyse approfondie de la situation belge. Selon lui, seule une union-intégration de la Wallonie à la France, avec un statut particulier de large autonomie, pourrait constituer une solution réaliste. Le projet ne devrait rencontrer aucune objection d’ordre constitutionnel.

Sans doute est-ce là le cadre qui devrait permettre aux ultra-régionalistes wallons de voir leurs aspirations rencontrées. Car avec la disparition de la Belgique disparaîtrait de facto la Communauté française. Par le biais du statut particulier, la Wallonie pourrait conserver, au sein de la République, ses organes d’auto-administration et ses compétences, lesquelles se verraient élargies à celles exercées aujourd’hui par la Communauté française.

Jules Gheude

Retrouver des couleurs

Lu ce matin dans le journal La Meuse  :

Fini l’écharpe aux couleurs de la Flandre !

écharpe échevinLes échevins wallons laisseront-ils bientôt la traditionnelle écharpe jaune et noir au placard? Ce mardi, la commission des Pouvoirs locaux du parlement wallon a en tout cas approuvé une proposition de résolution du PS réclamant que cette fameuse écharpe n’arbore plus les traditionnelles couleurs jaune et noir trop « associées à la Flandre ». La solution? Le jaune et le rouge, couleurs de la Wallonie.

QUESTION DE COHÉRENCE

« Les citoyens wallons ne comprennent pas que leurs échevins portent une écharpe aux couleurs d’une autre Région », a affirmé Dimitri Legasse (PS), porteur de cette résolution. « Cette démarche ne s’inscrit pas dans une volonté d’opposition à la Région flamande mais simplement dans la volonté d’une plus grande cohérence des symboles de la Région wallonne », a-t-il assuré, rejoint par le cdH. Le MR s’y est opposé, le député Olivier Maroy rappelant que les couleurs historiques fixées depuis 1837 étaient le fond noir et jaune avec frange rouge, soit les trois couleurs de la Belgique. Un arrêté du gouvernement Di Rupo en 2006 a fixé les couleurs jaune et noir pour l’échevin. Pour Stéphane Hazée (Ecolo), il devrait y avoir bien d’autres priorités plus fondamentales pour renforcer l’identité et la fierté wallonnes. Enfin, le député germanophone Edmund Stoffels (PS) s’est pour sa part abstenu, craignant la « schizophrénie » de devoir imposer telles ou telles couleurs aux échevins de l’est du pays. Un débat parlementaire qui s’est déroulé sous tension et où les noms d’oiseau ont volé. Bref, encore une histoire bien belgo-belge.

Les exclus sont principalement des Wallons

Quand il s’agit de réduire les droits sociaux, les mesures prises par le gouvernement fédéral pénalisent davantage les francophones et cela n’a rien de surprenant, parce qu’ils sont les plus fragiles et parce que le rapport de force, au niveau politique, est nettement favorable à la Flandre. Il ne suffit pas d’avoir un premier ministre wallon et socialiste pour échapper à la réalité d’un pays de moins en moins solidaire.

Lu sur le site du journal Le Soir :

La grande majorité des personnes privées d’allocations depuis le 1er janvier vivent en Wallonie et à Bruxelles. Charleroi, Mons, Liège et Verviers sont les plus touchées.

chômeurs exclusLorsque le gouvernement Di Rupo avait adopté la mesure, la FGTB avait prédit un « tsunami social ». Si la vague d’exclusion du chômage tant redouté est là, elle est essentiellement francophone, et spécifiquement wallonne. Selon les chiffres du ministère de l’Emploi, la Flandre ne compte que 17 % des exclusions, contre 66 % en Wallonie. Au total, 25.040 personnes ont perdu leurs allocations d’insertion sur les premiers mois de l’année 2015.

Ces premières statistiques montrent une réalité sociale qui est aussi très contrastée au sein des Régions. Plus de 51 % des chômeurs sanctionnés viennent des seules provinces de Liège et du Hainaut, et sont essentiellement concentrés dans les plus grandes villes (Mons, Charleroi, Liège, Verviers…). D’un autre côté, Luxembourg, Brabant wallon et Namur apparaissent relativement protégés.

Autre aspect, et ce n’est pas une surprise : les femmes sont les premières touchées par les exclusions (61 %). Une situation qui s’explique par le fait que les femmes sont davantage sous contrat à temps partiel. Elles totalisent donc plus difficilement les périodes de travail minimales pour bénéficier des allocations de chômage.

Le TGV des Wallons

Il est à nouveau question du chemin de fer et des choix stratégiques opérés par la ministre fédérale en charge de ce dossier. Voici une semaine, on pouvait lire sur le site de La Libre Belgique que des contacts ont été pris entre la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant et son homologue français Alain Vidaliès afin d’analyser la réouverture des lignes ferroviaires gare de Quévytransfrontalières Charleroi-Maubeuge et Mons-Aulnoye-Aymeries.

La demande émanerait de Jacqueline Galant dont le journal français La voix du Nord a recueilli les explications : « Les relations ferroviaires à grande vitesse étant actuellement suspendues entre les villes belges de Liège, Namur, Charleroi, Mons et la capitale française, mes collaborateurs examinent la possibilité d’une réactivation du trafic voyageurs entre Mons-Quévy-Aulnoye-Aymeries et Charleroi-Jeumont-Maubeuge ». La remise en service des trains sur ces tronçons permettrait selon la ministre « de renforcer les liens humains, économiques, culturels et touristiques ».

Fort bien, ce remaillage du Hainaut historique avec deux lignes transfrontalières, mais si c’est pour faire oublier la remise en service du Thalys qui, reliant Liège à Paris, dessert les principales villes wallonnes, on ne peut pas vraiment dire que la Wallonie gagne au change. On pourrait même parler d’une rustine qui ressemble à du sparadrap, pour qu’on n’en parle plus, ni avec les Wallons, ni avec les Flamands. Mais voilà justement que les élus wallons donnent de la voix, y compris ceux du parti de Madame la Ministre, comme on peut le lire aujourd’hui sur le site de la RTBF :

ThalysLa ligne à grande vitesse qui relie Liège à Paris en passant par Namur, Charleroi et Mons est à l’arrêt depuis le 1er avril 2015. Une suspension a priori temporaire, justifiée à l’époque par la nécessité de réaliser des mises à jour techniques sur ce qu’on appelle communément « la dorsale wallonne ».

Ces travaux ont été réalisés, mais le Thalys n’est toujours pas de retour sur les rails. Et les députés wallons s’impatientent.

Deux propositions de résolution sont sur la table du parlement régional, qui en débattra ce 16 février. L’une émane d’une réminiscence de l’ex-majorité Olivier, soit l’actuelle paire PS-cdH élargie à Ecolo. Elle réclame la réouverture « dans les plus brefs délais » de cette liaison rapide, « élément éminemment important d’un point de vue économique, touristique et culturel ».

L’autre texte est co-signé par 6 députés MR. Et il va dans le même sens, encourageant le gouvernement régional à « proposer au Gouvernement fédéral, à la SNCB et éventuellement à la société Thalys (NDLR: le MR est aussi favorable à l’ouverture de ce marché à d’autres opérateurs) de réviser son offre de transport de et vers Paris à travers la dorsale wallonne en vue d’y améliorer sa vitesse commerciale ».

« Actuellement, la Wallonie est déficiente en terme d’attractivité, précise Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe des Bleus au parlement régional. C’est donc un débat sur lequel le MR wallon est ferme: nous sommes favorables à ce que le Thalys puisse à nouveau circuler sur la dorsale wallonne ».

C’est aujourd’hui aussi que La Libre Belgique se penche sur la situation du rail wallon. L’édito de Francis Van de Woestyne commence ainsi :

Notre enquête sur la SNCB le confirme, outrageusement : le rail wallon est le parent pauvre du rail belge. La situation est ubuesque : il faut plus de temps pour aller d’Arlon à Bruxelles qu’il y a 40 ans. Pourquoi ? Et que faire ?

Oui, que faire… ?

La Wallonie face à la réalité des chiffres

« Le PIB wallon reste à la traîne« , titre le magazine Le Vif/L’Express de ce vendredi 5 février 2016. C’est à cette conclusion que l’a conduit le tout nouveau Rapport de l’Économie wallonne publié par l’Institut wallon pour l’évaluation, la prospective et la statistique (Iweps). Ce « rapport inédit de 256 pages sur l’économie wallonne… présente une analyse macroéconomique de la Région et une analyse sectorielle de ses entreprises. L’étude met notamment en perspective le plus faible PIB par habitant en Wallonie (un écart stable de -26% par rapport au PIB belge) en identifiant notamment le solde net de revenus que les Wallons retirent de leur activité dans une autre région : 11 milliards d’euros. La balance des exportations et des IWEPSimportations entre la Wallonie et une autre Région du pays s’avère par ailleurs nettement défavorable, le sud du pays accusant à cet égard un déficit interrégional de 16 milliards d’euros. La Wallonie présente un taux de croissance comparable à la Flandre. Mais elle n’est pas près de rattraper le PIB par habitant du nord du pays. Pour y parvenir à l’horizon 2025, il faudrait « dix années successives d’une croissance annuelle réelle de 5% sous l’hypothèse que la Flandre ne connaîtrait qu’une croissance de 1,5% ». Irréaliste, conclut l’Iweps… »

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres choses à tirer de ce rapport. Certains préfèrent insister sur l’importance des échanges économiques entre les trois régions du pays. Rien de surprenant dans tous ces chiffres, ils ne font que confirmer ce que l’on sait déjà. Pour la Wallonie, il est néanmoins urgent de se projeter dans l’avenir. Après le vote de la 6e réforme de l’État, le très régionaliste Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB, a estimé que la Wallonie n’avait pas 10 ans pour se relever. Et c’est sans compter sur une éventuelle 7e réforme de l’État plus défavorable encore à la Wallonie, car l’autonomie est un leurre si la Wallonie, poussée à se débrouiller seule, est dans l’incapacité d’exister par elle-même. Au vu de ce que l’on sait de l’économie wallonne en 2016, il appartient à chacun de se demander comment relever la Wallonie. Il est évident que, pour certains, cela revient à se demander comment sauver la Belgique et c’est là, sans doute, une absurdité dont la Wallonie paiera le prix. 

Pour se plonger dans le volumineux rapport de l’Iweps, il suffit de cliquer sur ce lien.

L’appel du 18 janvier

Le président du CDh n’est pas du genre à se coucher devant la N-VA. Depuis Bastogne, il voudrait que s’organise une contre-offensive. On ne va pas reprocher à Benoît Lutgen de secouer le monde politique « francophone » quand celui-ci se refuse encore à imaginer la fin de la Belgique, mais il faut espérer que cet appel du 18 janvier brasse autre chose que du vent. Peut-être que l’histoire lui rendra justice. On se plaît à imaginer qu’en parlant des francophones « à l’étranger », Benoît Lutgen pense à la France…

Lu aujourd’hui sur le site du journal Le Soir :

Benoît LutgenLe président du CDH appelle ses homologues du sud du pays à se réunir pour réfléchir à l’agenda communautaire.

Le président du CDH Benoît Lutgen a une nouvelle fois écrit à ses homologues du sud du pays afin qu’ils se mettent autour de la table pour définir leur « menu propre », à l’aune de l’annonce par la N-VA d’une nouvelle réflexion interne sur l’agenda communautaire qui passe par un approfondissement de la régionalisation du pays.

Il faut un « projet francophone fort » sur le plan économique, social, éducationnel, environnemental « sans attendre que quelqu’un éternue ou se mouche », a-t-il indiqué, par allusion au vice-Premier ministre MR Didier Reynders qui s’était étonné dimanche que l’opposition francophone de gauche s’emballe dans un « tsunami » chaque fois que le président de la N-VA « Bart De Wever éternue ».

Un projet solidaire pour les francophones

Il faut un projet « solidaire » pour tous les francophones, « de Wallonie et de Bruxelles, de périphérie, à l’étranger », a souligné Benoît Lutgen à l’occasion de ses vœux à la presse.

Plusieurs éminences réformatrices et socialistes ont pour leur part invité les francophones à se réorganiser au sein de l’espace Wallonie-Bruxelles, en privilégiant la régionalisation de certaines compétences.

Une réponse aux « relents populistes et indépendantistes »

Il faut un projet « positif alternatif » qui n’apparaisse pas comme un miroir des velléités séparatistes exprimées mais qui réponde aux « besoins » des francophones dans une « unité indissociable », a répondu lundi M. Lutgen.

Selon lui, il ne s’agit pas de réfléchir aux outils, à l’espace, mais bien de développer un « projet prospectif », avec des solutions sur le plan humain. Il faut une réponse aux « relents populistes et indépendantistes » qui ont cours en Europe et il est temps, à cet égard, que les présidents de partis francophones laissent de côté leurs « rancœurs » nées de la formation des exécutifs il y a deux ans, a estimé M. Lutgen.

Les chemins de fer belges : un train à deux vitesses

« L’administration wallonne flingue le plan de transport de la SNCB. » C’est un article publié sur le site du journal L’Echo.

D’après la Cellule ferroviaire, le plan 2014 de la SNCB pénalise plus la Wallonie. Il y impose un allongement du temps de parcours de 10% contre une moyenne de 3,3%.

SNCB Wallonie 1La Cellule ferroviaire wallonne a rendu la copie de l’analyse du plan de transport 2014 de la SNCB demandée par son ministre de tutelle, Maxime Prévot (cdH). L’objectif de celui-ci était de mesurer l’impact des nouvelles relations dessinées par l’entreprise ferroviaire pour les navetteurs wallons. Le bilan semble négatif pratiquement sur toute la ligne. Allongement des temps de parcours plus important que la moyenne, disparition annoncée de liaisons internationales passant par Namur, inefficacité de la dorsale wallonne, etc. Telles sont les conclusions contenues dans le document que le vice-président wallon a envoyé en octobre à la Commission des travaux publics. SNCB Wallonie

« Alors que la SNCB annonce une augmentation moyenne de la durée de parcours de 3,3% sur les 100 couples origine/destination les plus fréquentés, on constate que les temps de parcours entre les grandes villes wallonnes et la première gare bruxelloise (Nord, Luxembourg, Midi) se sont allongés dans des proportions plus importantes, l’augmentation moyenne étant de 10%, soit environ 5 minutes. »

L’administration indique qu’on « s’éloigne inexorablement des demandes formulées par le gouvernement wallon lors des négociations relatives au Plan pluriannuel d’investissement 2001-2012 du groupe SNCB ». Elle estime aussi qu’on atteint dorénavant sur certains axes des « seuils psychologiques défavorables à l’utilisation du train par rapport à la voiture ».

La Cellule note une réduction totale du nombre de personnes empruntant quotidiennement l’axe 3 (Bruxelles-Luxembourg-Bâle avec arrêt notamment à Namur). Selon les itinéraires, le temps de parcours des liaisons internationales directes entre ces villes est allongé de 10 à 37 minutes. « Il y a fort à craindre que les liaisons directes internationales disparaîtront purement et simplement à partir d’avril 2016, date à laquelle seront mis en service des TGV entre Luxembourg et Strasbourg ».

Trains tôt et tard menacés

La dorsale wallonne, qui relie les pôles économiques majeurs du sud du pays et qui constitue leur porte d’accès vers l’international (Lille, Maastricht, Aix-la-Chapelle), n’a pas été renforcée. Au contraire, on assiste à la suppression en semaine du train direct qui reliait Tournai (Lille) à Liers et à des correspondances jugées médiocres notamment en gare de Namur entre la dorsale wallonne et l’axe 3 (28 minutes d’attente en gare en venant du Luxembourg vers Mons et inversement). Tournai demeure reliée en semaine à Lille, mais Liège n’est plus connectée à Lille ni à Aix-la-Chapelle.

Pour l’avenir, l’administration wallonne trace des pistes de réflexion. Elle suggère que la dorsale wallonne et l’axe 3 soient considérés comme la colonne vertébrale d’un cadencement en réseau en Wallonie. Elle plaide pour que les obligations minimales qui seront imposées à la SNCB en termes de dessertes minimales ne soient pas amoindries, « sinon, l’exploitant ferroviaire aura tôt fait d’ajuster son offre à la baisse. Les trains circulant tôt et tard seront alors les premiers menacés ».

L’heure est aux débats et c’est très bien !

Régionaliste, Thierry Bodson l’est de toute évidence. Il a compris depuis un certain temps que les régions wallonne et bruxelloise avaient besoin de solutions spécifiques adaptées car vivant des situations sociétales et économiques très différentes.

Aujourd’hui, il sort du bois pour asséner avec toute la diplomatie voulue certaines vérités. Un nouvel André Renard, toujours regretté par de nombreux Wallons, vient-il de naître ?

La FGTB Bruxelles s’oppose au projet Bodson, parlant de bricolage institutionnel. Mais n’est-ce pas la situation actuelle qui, avec son mille feuilles, a tout du bricolage institutionnel ?

Puisse Thierry Bodson être entendu par les décideurs wallons et avoir ouvert un débat qui dépasse, et de loin, le seul parti socialiste.

Paul D.

La FGTB wallonne voudrait supprimer la Communauté française

 Aujourd’hui 07h36 – Belga

Thierry Bodson.

Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, plaide pour la suppression de la Communauté française (qui se désigne elle-même aujourd’hui comme la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Thierry Bodson souhaiterait voir les compétences de la Communauté française dévolues aux Régions. « Notre demande est véritablement axée sur un fonctionnement plus efficace, plus cohérent de la matière socio-économique », explique-t-il dans Le Soir.

La réforme radicale avancée par Thierry Bodson et la FGTB wallonne verrait disparaître le gouvernement et le Parlement de la Communauté française. Le responsable du syndicat socialiste wallon estime que cela doit être fait dans un calendrier «raisonnable». Il enjoint le Parti Socialiste à ouvrir le débat à ce sujet.

Thierry Bodson estime que l’on peut très bien conserver un lien entre la Wallonie et Bruxelles via des structures birégionales plus souples. Il ajoute cependant qu’il n’a pas encore eu la possibilité de discuter de cette proposition avec son homologue bruxellois à la FGTB, Philippe Van Muylder.

La FGTB Bruxelles ne partage pas cette revendication

La section bruxelloise de la FGTB se distancie clairement de l’intention exprimée par Thierry Bodson de supprimer la Communauté française. « La FGTB Bruxelles ne partage aucunement cette revendication », indique Philippe Van Muylder, dans un courriel adressé à l’agence Belga. Le secrétaire général de la FGTB Bruxelles y fait part « d’une divergence d’analyse profonde entre les ailes wallonne et bruxelloise de la FGTB ».

La FGTB Bruxelles « ne croit pas que la qualité de l’enseignement s’améliorerait, comme par magie, en attribuant cette compétence à un autre niveau de pouvoir et en organisant des systèmes fondamentalement distincts en Wallonie et à Bruxelles », écrit Philippe Van Muylder.

Selon lui, « si l’enseignement constitue un véritable projet de société, il est impératif de chercher des solutions ailleurs que dans le bricolage institutionnel ».

Le secrétaire général ajoute qu’à Bruxelles « la compétence de l’enseignement francophone n’est gérable ni par la Région (où le pouvoir est légitimement partagé avec des Bruxellois néerlandophones), ni par la Cocof, dont la taille et les embarras budgétaires récurrents posent les difficultés majeures que l’on sait ».

L’idée de confier la compétence de l’enseignement à « une coupole non-politique » n’est également « pas à retenir », estime-t-il.

Enfin, ça bouge en Wallonie…!

Après les déclarations des députés MR Jeholet et Crucke, une poussée régionaliste des députés P.S. Collignon, Martin et Dermagne voit le jour. Ils sortent du bois pour aller dans le même sens que leurs collègues du MR, celui de la régionalisation de l’enseignement et de la culture et faire de la fédération Wallonie-Bruxelles une coquille vide.

Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord. Comme nous le lisons sur le site de la RTBF, Picqué, Luperto, Demotte  et, plus étonnamment, Magnette montrent peu d’empressement à l’idée de l’avènement d’une Belgique à 4 régions. Le ministre-président wallon ressort même le vieux serpent belgicain d’une circonscription fédérale unique dont il sait très bien qu’une large majorité de la Flandre ne veut pas.

Martin-Dermagne-Collignon« La Wallonie est une évidence ! », proclament Martin, Dermagne et Collignon sur le site de la RTBF.

La tendance régionaliste est loin d’être neuve au P.S.. Mais ces derniers temps, sous Di Rupo Premier ministre et Elio président du parti, la ligne wallonne devait se taire.

Les trois parlementaires sortent du bois parce que la dernière réforme de l’Etat a consacré les régions, et un petit peu aussi pour ne pas laisser le MR seul sur ce terrain. Leur credo: « La Wallonie est une évidence ! » Il faut donc la renforcer dans ses pouvoirs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles déshabillée

« Notre régionalisme n’est pas romantique, on ne se réveille pas en fredonnant Li Bia Bouquet ou le Chant des Wallons, explique Pierre-Yves Dermagne. Notre régionalisme est réaliste et pragmatique: la Wallonie n’a plus d’or noir, de charbon, elle doit donc miser sur la matière grise »…

…Concrètement, les trois socialistes estiment que la région ne pourra activer pleinement les leviers économiques dont elle dispose déjà que s’ils sont complétés par des moyens d’actions en matière d’éducation et de culture. Ils veulent régionaliser l’enseignement pour qu’il réponde mieux aux spécificités wallonnes et régionaliser la culture…

Coquille vide

…Alors, sans la culture et surtout sans l’enseignement, que resterait-il de la Fédération demain ? « Ça fait partie de la réflexion. Nous devons discuter entre nous, entre Francophones, et d’abord au sein du PS, de ce qui doit continuer à être géré conjointement par les Bruxellois et les Wallons« , précise Pierre-Yves Dermagne…

…Christophe Collignon: « Pour moi, le plus important, c’est de déterminer les compétences nécessaires au développement économique de la Wallonie« . Comment dire plus clairement que la survie de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe après l’intérêt suprême de la région…

Paul Magnette pour une circonscription fédérale unique

…Paul Magnette ne juge pas idéale une réduction du modèle belge à quatre Régions, vu l’existence d’une minorité linguistique dans chaque Région. Il défendait plutôt des mécanismes de prévention des conflits, comme l’instauration d’une circonscription fédérale unique…

…Le gouvernement wallon ne mène pas de travaux préparatoires d’une septième reforme de l’État, ce qui n’entrave pas la liberté des partis de mener une réflexion saine et démocratiquement nécessaire sur ces questions qui feront toujours partie du débat politique de ce pays, précisait-il…

Rudy Demotte veut conserver une « cohésion » entre Bruxelles et Wallonie

Particulièrement concerné par ce débat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s’est prononcé contre toute régionalisation de l’enseignement ou de la culture telle que réclamée par les trois membres de son parti…

…M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d’une adaptation de l’action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, « mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération« . Selon lui, « il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie« .

Le MR va plus loin

Voilà donc la fraction régionaliste du PS qui ressort de l’ombre. Il est toutefois étonnant de constater que les socialistes  vont moins loin que les MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke.

En septembre dernier, les deux leaders réformateurs expliquaient que, dans leur scénario  « les Régions deviendraient les dépositaires de toutes les compétences fédérées » et qu’on se dirigeait même vers une Belgique articulée autour de 4 entités régionales (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone).

…Pas de ça dans la sortie cosignée par Nicolas Martin: « on se limite pour l’instant à un débat entre francophones« …

Le début d’un large débat au P.S., mais aussi au M.R. ?

Après tout, ce n’est peut-être que le début d’un commencement, car les trois députés reprennent aussi l’idée lancée récemment par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer : la convocation en 2016 d’un Congrès des socialistes wallons…

…Il faut imaginer l’importance que revêt ce débat pour le Parti socialiste : le dernier congrès du genre s’est réuni à Ans en 1991. Il y a près d’un quart de siècle…

Notre mouvement citoyen serait très heureux de participer à ce débat sur l’avenir de la Wallonie.