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La Flandre n’a pas dit son dernier mot

Jules Gheude sort de sa réserve et nous livre ses réflexions post-électorales sur le site du « Vif ». Comme j’ai eu l’occasion de le dire, repenser une stratégie réunioniste nécessite que l’on se mette autour d’une table sans condescendance, sur un pied d’égalité, en laissant l’égocentrisme de chacun au vestiaire. Ce n’est pas en prenant des initiatives en solitaire que nous arriverons à un résultat tangible, mais bien en travaillant en toute collégialité.

Paul D.

Jules-Gheude-en-2009-Je me suis abstenu, au cours de la récente campagne électorale, de m’exprimer. J’en retiens une chose : la volonté affichée par les responsables politiques francophones de ne pas s’embarquer dans une coalition fédérale avec les nationalistes flamands.

Le succès électoral de ces derniers a dépassé les prévisions les plus optimistes, amenant aujourd’hui Bart De Wever à se voir confier par le roi une mission d’informateur.

En politique, il ne faut jamais dire jamais. On a vu ce qu’il a en été de ces francophones « demandeurs de rien » et qui s’étaient engagés à ne pas scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans élargissement de la Région bruxelloise. On ne toucherait jamais aux allocations familiales, avait affirmé haut et clair Joëlle Milquet – « Madame non »…

Nul ne peut dire, à ce stade, comment évolueront les négociations pour la formation du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux. On sait seulement que l’intention de Bart De Wever est de doter au plus vite la Flandre d’un gouvernement de centre-droit. Avec son ancien partenaire de cartel, le CD&V, il disposerait d’une majorité, que pourrait venir renforcer l’Open VLD.

Toute la question est de savoir comment réagiront les démocrates-chrétiens flamands. Leur président, Wouter Beke, a confessé dernièrement : « Oui, je suis flamingant. Mon biotope naturel, c’est la Flandre ». En 2007, il avait aussi déclaré : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. » Qu’on se rappelle aussi les propos tenus par l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Une chose est sûre : la 6ème réforme de l’Etat, qui doit encore être appliquée, n’apporte pas cette véritable confédération qu’appelle Wouter Beke de ses vœux. L’encre de l’accord n’était pas encore sèche qu’il s’empressait d’ailleurs de souligner que d’autres réformes devraient voir le jour.

Certes, au cours de la prochaine législature, la Constitution ne pourra être modifiée que dans des limites très strictes. Le fameux article 195, qui définit la procédure de révision de la Constitution et auquel la N-VA souhaitait toucher, ne figure pas dans la liste des articles révisables. Mais tout constitutionnaliste nous dira aussi que bien des choses peuvent être réalisées au départ des lois spéciales et que le pays n’est nullement à l’abri de gros chambardements, notamment au niveau de la sécurité sociale.

La Flandre est loin d’avoir dit son dernier mot. Souvenons-nous de cette déclaration de Karel De Gucht, en 2002, alors qu’il présidait les libéraux flamands : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. »

Il suffit d’avoir suivi le « duel » télévisé Magnette – De Wever du 13 mai pour réaliser le fossé infranchissable entre le Nord et le Sud. Ce sont bien deux mondes différents qui s’affrontent.

On ne peut, comme l’a fait récemment le président du FDF, Olivier Maingain, mettre en doute la légitimité démocratique de la N-VA. La façon dont un Flamand sur trois s’est exprimé ne peut être rejetée d’un revers de la main. Elle ne fait que rejoindre le préambule de la Charte que le Parlement flamand a adoptée à l’unanimité il y a deux ans et qui précise que la Flandre est bel et bien une nation.

On connaît la réflexion post-belge que je poursuis depuis 2008 et qui m’a amené à prôner, en cas de scission du pays, la formule de l’union-intégration à la France, via un statut de large autonomie pour la Wallonie (www.gewif.net).

Il ne s’agit nullement d’une réflexion fantaisiste. Comme l’a écrit feu Xavier Mabille, président du Crisp, dans l’introduction à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Ed. Mols, 2007) : « Au cas où s’accomplirait l’hypothèse de la scission de l’Etat (hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure) »…

Il ne fait aucun doute que celles et ceux qui doutent de la pérennité de la Belgique et qui sont convaincus du bien-fondé de l’intégration à la France dépassent largement le faible score enregistré par le RWF depuis sa création en 1999. C’est la raison pour laquelle j’ai dit, il y a quelques mois, que le moment me semblait venu de « repenser la stratégie réunioniste ».

Jules Gheude

La Wallonie sous pression

La N-VA et le PS avaient tous deux intérêt à polariser la campagne électorale autour de leur affrontement. Néanmoins, leur situation n’était pas la même. Alors que les nationalistes flamands devaient suggérer que la Wallonie et le PS ne faisaient qu’un (voire que le gouvernement fédéral et le PS ne faisaient qu’un), les socialistes wallons prenaient bien soin de ne pas confondre la Flandre et la N-VA. Dans les deux cas, le propos manquait de nuance, évidemment. Nul besoin de Bart De Wever et de la N-VA pour qualifier la Wallonie de « sac de pierres sur le dos de la Flandre ». Il faut penser que ce tract de la N-VA illustre assez bien l’opinion majoritaire en Flandre.

n-va tractA l’évidence, le CD&V et l’Open VLD n’ont pas le même électorat que le PS. Même si de nouvelles réformes institutionnelles ne sont pas à l’agenda du prochain gouvernement, les dossiers prendront forcément une dimension communautaire. Quels que soient le jeu des coalitions, les calculs des uns et des autres, et sans rien présumer de ce que la Flandre exigera pour consolider son économie, il faut rappeler que la Wallonie est d’ores et déjà confrontée à un défi budgétaire colossal. On n’a pas une vision claire des difficultés à venir mais on a déjà une certitude : à partir du 1er janvier 2015, la 6e réforme de l’Etat va produire ses effets. Des experts de Namur et de l’ULB ont mesuré l’impact de cette réforme sur les finances régionales. Evidemment, les prévisions à long terme ont une pertinence toute relative. Pour 2015, en revanche, on sait à quoi s’en tenir.

impact 6e réformePour en savoir plus : le CERPE (Université de Namur) a publié en novembre 2013 une étude intitulée Les perspectives budgétaires de la Wallonie de 2013 à 2023 tenant compte de la 6ème réforme de l’État (lien).

La France et l’Europe

Par Georges Régibeau

Voir aussi notre article Karel De Gucht et Charles de Gaulle.

« Un jour viendra où vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ». Si l’inspiration d’un Victor Hugo peut inspirer la France au XXIe siècle, elle se trouvera des raisons de croire en elle et en l’Europe. On est loin du compte, évidemment.

La France doit se réconcilier avec elle-même, sachant qu’elle apparaît une fois de plus comme une « société bloquée », peu en phase avec l’évolution du monde, alors que de nombreux Français sont des acteurs de premier plan de la mondialisation, aussi bien dans l’économie globale que dans les organisations internationales ou à la tête de la FIFA, cette multinationale du spectacle qui dicte ses conditions à des états de moins en moins souverains.

Pour ceux qui ont pris de la hauteur et gèrent leurs affaires à l’échelle du monde, la référence à l’Etat-nation n’a plus lieu d’être et le vote du citoyen est neutralisé par l’économie de marché. Pour la France d’en bas, la perspective est différente, on l’aura compris. La confiance est rompue avec des élites internationalisées. Inutile de s’appesantir sur les contradictions de la société française. Querelles idéologiques et conflits d’intérêts font de la France un pays difficile à gouverner. Pour incarner la France au-delà de ses divisions, il ne suffit pas d’être élu président de la République.

En dépit de l’universalisme des lumières qui nourrit sa culture politique, la France n’est pas forcément prête à se diluer dans le monde, ni même dans l’Europe. Si l’Union européenne était plus à l’écoute des citoyens, si elle voulait bien garantir le progrès social plutôt que d’apparaître à certains comme une escroquerie ultralibérale, il serait plus facile de dépasser ses attaches nationales et de se construire une véritable identité européenne. Mais rien n’indique un changement de cap dans la façon dont l’Europe est réalisée. Certains responsables ont néanmoins compris le danger qui menaçait la construction européenne. Hier, Herman Van Rompuy a jugé « essentiel que l’Union européenne soit aussi protectrice ». « Il est impératif, a-t-il ajouté, que l’UE ne soit pas vue seulement comme bénéficiant aux entreprises, mais aussi aux employés; pas seulement à ceux qui bougent mais aussi à ceux qui restent; pas seulement à ceux qui ont des diplômes et des compétences linguistiques, mais à tous les citoyens. »

L’Europe est devenue un véritable enjeu, ce n’est plus seulement une idée, une utopie, un rêve à protéger mais une réalité : une réalité imparfaite qui ne peut échapper à la critique. Sans réflexion critique, sans échanges contradictoires, il n’y a pas de démocratie réelle, il n’y a que des symboles trompeurs, des jeux de pouvoir, des intérêts à défendre. Alors, même les plus inconditionnels des europhiles ne se détourneront pas de la remise en question faite ici par l’historien François Kersaudy. Cette chronique a été publiée mercredi sur le site du magazine Le Point. Nous en reprenons deux extraits. Pour l’intégralité du texte, cliquer ici .

« De nos jours, l’Union européenne à vingt-huit n’a plus que des tarifs extérieurs communs dérisoires, la politique commerciale commune est éclipsée par une concurrence acharnée entre pays membres, et l’Union traque impitoyablement les subventions accordées à leurs industries. Pendant ce temps, les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et le Brésil protègent férocement leurs marchés et subventionnent massivement leurs industries. Réciprocité ? Connais pas ! Que font le Conseil et la Commission au sujet de l’effondrement de nos exportations et de nos industries, des délocalisations massives et du chômage qui en résultent ? Nothing ! Qu’en dit le Parlement européen ? Nichts !

« L’élargissement démesuré de l’Union et des compétences de la Commission, résultant principalement de la démission des gouvernements, s’est fait au nom de « la paix ». Il faut en déduire qu’en l’absence d’une Commission omnipotente, de réglementations aberrantes et de sentences juridiques délirantes, la France serait en guerre contre le Danemark, tandis que la Finlande aurait depuis longtemps attaqué l’Allemagne. C’est oublier que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, mais la paix qui a fait l’Europe…, et surtout que, de mémoire d’homme, les démocraties ne se sont jamais fait la guerre – même en l’absence de tout meccano institutionnel supranational. Mais que peut faire ledit meccano pour assurer la paix aux frontières de l’Est ou du Sud ? Niente ! Il s’est pourtant doté d’une « haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », madame Ashton, non élue, résolument unilingue, sans expérience des affaires étrangères, mais ayant rang de ministre, 1 600 fonctionnaires à disposition et un budget faramineux. Que fait-elle pour promouvoir le début du commencement d’une politique extérieure européenne ? Niets !

« (…) On pourrait poursuive ainsi ad infinitum, en parlant du trafic d’influence institutionnalisé des lobbies qui campent à Bruxelles, des fraudes monumentales aux aides communautaires, de la farce surréaliste des processus d’adhésion, des députés fantômes et des bureaucraties étouffantes, des décisions brusquées et des inactions prolongées, mais à quoi bon ? Mieux vaudrait évoquer cette autre Europe à taille humaine qui aurait dû voir le jour, celle où l’approfondissement aurait précédé l’élargissement, où les rapprochements progressifs des peuples et des institutions auraient remplacé les symboles creux et les marches forcées, où, en somme, les bœufs auraient été mis avant la charrue, plutôt que l’inverse. Au lieu de quoi, nous voici livrés volens nolens aux « aréopages technocratiques, apatrides et irresponsables » qu’avait entrevus en son temps le général de Gaulle. Souvenons-nous qu’il en prédisait aussi l’échec : « Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée. […] L’arbitraire centralisation provoquera toujours, par chocs en retour, la virulence des nationalités. » Tout était dit… »

Au mois d’avril, nous avons publié sur ce site un article intitulé De la démocratie en Europe. Il y était surtout question des négociations en vue de créer un marché commun avec les Etats-Unis. L’opposition à ce partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, au nom des « droits démocratiques en danger », commence à s’organiser. En Belgique francophone, il existe une plateforme contre le transatlantisme à laquelle on peut adhérer pour faire pression sur la Commission européenne. Voici le lien : http://www.no-transat.be/adhere/texte-plateforme

Trois infos, de nombreuses questions

A Eupen, la coalition sortante est reconduite. Première force politique en Communauté germanophone, le CSP (CDH) est maintenu dans l’opposition, au grand dépit de Benoît Lutgen qui dénonce un projet ultra-régionaliste autour du parti autonomiste ProDG dont le leader, Oliver Paasch, remplacera Karl-Heinz Lambertz à la ministre-présidence. Une réforme en vue pour sortir la Communauté germanophone de la Wallonie ?

fédéralisme belgeCe que veulent les germanophones, officiellement, c’est une Belgique fédérale à quatre régions, un modèle impliquant la disparition des communautés et, par ricochet, le départ des autorités flamandes de Bruxelles. Envisageable ? Un bon moyen de stabiliser la Belgique ? La dernière étape avant l’éclatement ?

Autre info du jour, le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, dans la Libre, rejette l’idée de former des majorités symétriques à tous les niveaux de pouvoir :

« L’existence d’entités fédérées vise précisément à permettre l’existence de majorités différenciées qui se constituent non pas en fonction d’intérêts transversaux des partis politiques, mais en fonction uniquement de l’intérêt de l’entité concernée.

« La tentation symétrique est donc perverse. D’une part, il ne servait à rien de réaliser six réformes de l’Etat et de fédéraliser le pays pour permettre aux mêmes partis – qui sont de surcroît fortement hiérarchisés – d’exercer à tous les niveaux des responsabilités gouvernementales. (…)

« Cette volonté de symétrie apparaît comme la manifestation d’une peur du monde politique par rapport à un fédéralisme enfin accompli. Cette peur, il est essentiel de la juguler et de libérer chaque niveau de pouvoir de l’influence des autres. »

Ce point de vue est-il aussi celui de Laurette Uyttendaele-Onkelinx et du Parti socialiste ? Celui-ci envisagerait-il de former des gouvernements progressistes aux niveaux régional et communautaire en se détournant du fédéral où il lui faudrait accepter des mesures antisociales ? Avec l’émergence du PTB, le PS peut-il se contenter de répéter que « sans nous ce serait pire » ? Un gouvernement fédéral dominé par la N-VA, cela changerait-il la perception de la Belgique en Wallonie ?

Dernière info du jour : « Le FDF a plus de points de convergence avec le PS qu’avec le MR. » Peut-on imaginer que le PS, conforté par ces propos de Didier Gosuin, renonce à la ministre-présidence de la Région bruxelloise ? Incontournable au fédéral, le MR sera-t-il invité à monter dans les gouvernements régionaux ? Le PS aux régions, le MR au fédéral : pas d’alliance entre eux ? Retour à un vrai clivage gauche-droite ? Prolongation du match Paul Magnette/Bart De Wever ?

G.R.

Bilan électoral

Une fois n’est pas commune, j’ai donné la préférence aux écrans belges de RTL-TVI et de la RTBF pour suivre les résultats des élections du 25 mai. A 20.00 pourtant, je passais sur France 2 pour voir le résultat des européennes en France. J’eus vite compris. Les sondages avaient vu juste… L’abstention était, et de loin, le premier parti de France.

Je revins vers les chaînes belges et suivis discours et résultats qui voulaient bien tomber. Comme d’habitude, tout le monde avait gagné. Seuls Ecolo et le Vlaams Belang devaient bien avouer un échec cuisant. A minuit, je restais encore sur ma faim. En cause, un bug informatique qui touchait une grande partie des cantons bruxellois et d’autres en Province de Liège, en Hainaut et ailleurs en Wallonie. De plus, en début de nuit, François de Brigode était bien en peine de nous donner le moindre résultat qui concernait les élections européennes… Un comble pour le pays qui accueille la capitale de l’Europe !

Le bug informatique remettait sur le tapis le problème démocratique que pose le vote électronique. En Wallonie et à Bruxelles, un matériel du siècle dernier ne permet pas au citoyen de vérifier par un reçu que la carte que vous déposez dans l’urne est le reflet exact du vote que vous avez exprimé et les communes, avec des budgets de plus en plus corsetés, sont bien en peine d’acquérir un matériel fiable. En Flandre, 50 % des votes sont électroniques avec un matériel récent qui permet au citoyen de recevoir un papier qui atteste son choix. Dès la fin de la soirée, les présidents de partis de langue française s’accordaient sur un point : lors du prochain scrutin, il faudra en revenir en Wallonie et à Bruxelles au vote papier.

Venons-en aux résultats :

1. La N-VA est la grande gagnante des élections. En Flandre, 1 Flamand sur 3 a choisi le parti de Bart de Wever. La N-VA progresse de 18,8 % à la région flamande et y récolte 43 sièges sur un total de 124. Au fédéral, la N-VA est le 1er parti belge et remporte 33 des 150 sièges de députés fédéraux. Il est à remarquer que Kris Peeters (CD&V), particulièrement souriant, félicitait chaleureusement la N-VA pour son résultat remarquable.

2. Les 3 partis flamands  (CD&V, Open-VLD, SPa) qui ont participé au gouvernement Di Rupo s’en sortent de façon honorable au fédéral avec de légers gains pour le CD&V et l’Open-VLD et un léger recul pour le SPa. L’instrumentalisation du décès de J-L Dehaene a bien servi le CD&V. A la région flamande par contre, ces trois mêmes partis sont sanctionnés par l’électeur (-2,4 %, -0,8 %, -1,3 %).

3. Bien que victorieuse, la N-VA n’est pas incontournable, ni à la région flamande, ni au fédéral. Le double phénomène de vases communicants révélés de sondage en sondage a très bien fonctionné entre N-VA et Vlaams Belang qui essuie un gros échec (- 9,4 %), mais moins bien entre N-VA et CD&V / Open-VLD (- 3,2 %). La surprise vient du CD&V qui résiste bien tant à la région (20,5 %) qu’au fédéral (11,7 %). Cela permet à celui-ci de conserver 27 sièges (- 4) sur 124 au parlement flamand et à l’Open-VLD d’en conserver 19 (-2).

4. Cette situation convient particulièrement au CD&V, héritier du CVP, qui s’y connait dans les compromis à la belge. Elle ne pourra qu’être préjudiciable aux Wallons et aux Bruxellois. Le CD&V a l’art de montrer un profil lisse (le confédéralisme positif) tout en étant sur la même ligne que la N-VA (déclaration du président du CD&V Wouter  Beke exprimant que son flamingantisme faisait partie de son A.D.N.).

5 Côté Wallon, le parti de Di Rupo essuie une défaite tant à la région (-1,8 %) qu’au fédéral (- 2,1 %), mais il limite les dégâts en restant le 1er parti wallon à 31%. Le PS a profité à la région, mais aussi au fédéral, du vote de la frange des électeurs les plus belgicains d’Ecolo. Ce dernier parti est le grand perdant tant à la région wallonne où il passe de 18,5 % à 8,5 % qu’au fédéral où il ne conserve que 6 députés.

6. Le MR est un autre vainqueur (+3,3 % à la région et +0,3% au fédéral) malgré un discours parfois peu clair ou même divergent de ses figures de proue (rejet de gouverner avec la N-VA pendant que d’autres prenaient langue avec cette dernière). Le CDh est en léger repli ce qui lui permettra certainement de sauter dans le(s) wagon(s) des prochains gouvernements.

7. A Bruxelles, PS et MR sont au coude à coude et le FDF crée la surprise en devenant le 3ème parti bruxellois avec 12 élus sur les 72 sièges francophones. Ce résultat du parti amarante démontre une fois de plus le développement d’une forte identité bruxelloise.

Les tractations peuvent commencer. Si elles s’avèrent assez simples pour les parlements régionaux, elles seront corsées pour la chambre.

Coalitions qui sont mathématiquement possibles :

a) Sans la N-VA : CD&V+OpenVLD+SPa+Groen+PS+MR+CDh+Ecolo

109 députés sur 150. C’est le gouvernement anti-N-VA qui nie le parti vainqueur et qui repose sur une majorité d’élus de langue française (58 pour 51 Flamands).

les vieilles familles traditionnelles : CD&V+OpenVLD+SPa+PS+MR+CDh

97 députés sur 150 : mêmes remarques que précédemment avec une majorité d’élus de langue française (52 pour 45 Flamands)

b) Les quatre grands partis : NV-A+CD&V+PS+MR

94 députés sur 150 : il regroupe les partis les plus importants de chaque région et repose sur une majorité d’élus flamands (51 Flamands pour 43 élus de langue française)

c) La coalition de « centre droit » : N-VA+CD&V+OpenVLD+MR+CDh

93 députés sur 150 : elle rejette les socialistes dans l’opposition et repose sur une forte majorité d’élus flamands (65 Flamands pour 28 élus de langue française). Elle est minoritaire en Wallonie et à Bruxelles.

Ces projections ne prennent pas en compte qu’un parti évite habituellement de participer à une majorité sans son pendant de l’autre région. Elles ne tiennent pas compte non plus que les présidents de partis désirent des coalitions symétriques dans leur région propre et au parlement.

La complexité du puzzle belge reste toujours aussi forte. Battra-t-on le record des 541 jours sans gouvernement fédéral laissant aux Régions dont les pouvoirs sont étendus par la sixième réforme de l’Etat le soin de gérer le court terme ?

Paul D.

Jour J + 2

élections 2014Un minimum de recul était nécessaire pour réagir aux faits marquants d’un week-end électoral crucial, dont la tension dramatique a été renforcée par un attentat dont nous ne savons pas s’il est le symptôme d’un mal qui ronge nos sociétés démocratiques.

Autre symptôme inquiétant, la poussée en Europe des listes eurosceptiques, nationalistes, extrémistes… ne peut laisser personne indifférent. Les raisons de ce vote de rejet ne sont pas toutes identiques mais il ne suffira pas d’une condamnation morale pour en venir à bout. Force est de constater que, de plus en plus, l’idéal européen fait place au désenchantement, voire à la colère, au ressentiment. Ce terreau-là convient trop bien à la culture de la violence.

Il ne faut toutefois pas tout mélanger : un démocrate a le droit de critiquer le projet européen, surtout dans sa forme actuelle. Ainsi, quand la Confédération européenne des syndicats se donne pour objectif de « promouvoir le modèle social européen… combinant une croissance économique soutenable accompagnée de niveaux de vie et de travail en hausse constante y compris le plein emploi, la protection sociale, l’égalité des chances, des emplois de bonne qualité, l’inclusion sociale et un processus de prise de décisions politiques qui implique pleinement la participation des citoyens », on se demande pourquoi ce discours reste à ce point sans effet. (Voir ici un film d’animation de la CES dénonçant la politique européenne.)

Bien sûr, pour nous qui voyons la Wallonie associée à la France dans l’Europe et le monde de demain, la progression du FN est un sujet particulier d’inquiétude. Parce que nous préférons l’analyse aux slogans, nous dirigeons nos lecteurs vers un article du Monde (les décodeurs) et un autre, avec une approche différente, du site d’information Atlantico (décryptage). Pour le reste, on ne nous en voudra pas de nous concentrer sur la situation politique de la Wallonie… en Belgique.

Belgique, stop ou encore ?

Alea jacta est, comme aurait dit César au moment de s’avancer vers Rome avec son armée. C’était le début d’une guerre civile. Alea jacta est, a répété Bart De Wever, dimanche, en sortant du bureau de vote où il avait convoqué l’histoire. Après le décompte des voix, il apparaît qu’un Flamand sur trois le presse d’accélérer le démantèlement de la Belgique Bart De Wever 25 maimais le leader nationaliste a le triomphe modeste car, même porté par cette vague, il n’est pas incontournable. Sa volonté de rupture se heurte au positionnement de ses concurrents sur la scène politique flamande.

Kris Peeters et le CD&V entendent bien garder les mains libres et se replacer au centre du jeu politique : pas question de se lier à la N-VA en Flandre avant de voir comment on pourrait former (ou pas) un gouvernement fédéral avec les francophones. Non à de nouvelles avancées institutionnelles immédiates, priorité absolue au socio-économique, c’est-à-dire à des réformes structurelles améliorant la compétitivité de l’économie en Flandre. A chacun sa partition. Jo Libeer, administrateur-délégué du Voka, au nom des entreprises flamandes, monte au front pour réclamer des mesures fortes : entre autres une baisse significative des charges salariales et un gel des dépenses publiques. On peut supposer que cette exigence ne sera pas vraiment négociable. Ce sera le prix à payer pour garder la Flandre aux côtés de la Wallonie.

La partie d’échecs a commencé. Nommé informateur par le roi, Bart De Wever peut difficilement engager la N-VA dans une alliance avec le PS, et réciproquement. Ce sera lui ou Di Rupo. Les libéraux et les sociaux-chrétiens sont en position de choisir leur partenaire au gouvernement fédéral. Une coalition N-VA/MR/CD&V/Open VLD/CDH serait soutenue par 65 députés flamands mais seulement 29 parlementaires francophones. En revanche, le MR et le CDH se partageraient la moitié des postes ministériels (et pourquoi pas celui de premier ministre si Bart De Wever veut se montrer « magnanime » ?).

La reconduction de la majorité sortante, avec un Di Rupo II, est une autre option, plus facile à défendre en Flandre qu’il y a quatre ans puisqu’ensemble, le CD&V, l’Open VLD et le SP.A, obtiennent 45 sièges sur 87 dans leur groupe linguistique. Mais ce gouvernement continuerait à pencher vers la Wallonie et le PS : pour le faire accepter en Flandre, il faudrait plus qu’une victoire finale des Diables rouges à la coupe du monde au Brésil (mais il n’est pas dit que le football n’influencera pas l’opinion publique et donc le climat des négociations politiques à venir).

Tous les regards sont dirigés vers Kris Peeters. Lui-même issu des milieux patronaux flamands, il s’est toujours profilé comme un vrai confédéraliste et, s’il doit se démarquer de Bart de Wever pour faire exister le CD&V, cela ne fait pas de lui un allié naturel des socialistes francophones. Il devra, le cas échéant, prouver que l’intérêt de la Flandre est de s’entendre avec le PS, dont beaucoup de Flamands veulent se débarrasser pour aller de l’avant. Revenir sur ce que les socialistes ont dû concéder pour permettre à Elio Di Rupo de former un gouvernement en 2011, il n’en sera évidemment pas question. Si Di Rupo veut rester au 16, il devra assumer de nouvelles réformes qui affecteront surtout son électorat.

Le PS, désormais attaqué sur sa gauche par le PTB, n’en reste pas moins la première force politique en Wallonie et à Bruxelles et, sans trop se soucier du message envoyé par la Flandre, envisage de former des majorités « progressistes » là où il a la main. A ce stade, on ne sait pas comment va évoluer la position du Parti socialiste mais il est bon de se rappeler ces propos de Nico Cué, secrétaire général de la FGTB Métal, dans le Vif du 21 février passé : « On a sacrifié notre modèle social pour un pays qui risque de ne pas tenir la route. » Plus proche du PS et des lieux de pouvoir, Thierry Bodson, secrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB, ne dit pas autre chose quand il s’adresse à des militants socialistes (lien) : pour ce leader syndicaliste wallon attaché à la figure d’André Renard, pas question d’accepter des réformes antisociales (visant particulièrement la Wallonie) sous prétexte de conserver la Belgique encore un peu.

Rappelons aussi que les Tchèques et les Slovaques, en 1992, se sont séparés quand leurs représentants politiques ont fait le constat qu’ils ne pouvaient pas s’accorder sur l’essentiel.

Signalons enfin que, du côté de la Communauté germanophone, le parti autonomiste Pro-DG progresse de 17 à 22 % et devient le parti le plus important de la coalition sortante.

La Wallonie est à la croisée des chemins.

G.R.

A lire : les réactions de la presse flamande au tout début des négociations (sur le site du Vif/L’Express).

J’ai choisi la France

 Discours introductif d’Adrien Lhomme, administrateur de l’AWF pour la Province du Brabant wallon, lors de la conférence-débat du 20 mai 2014

Bonjour et bienvenue à toutes et à tous.

Ce soir, nous sommes doublement heureux.

France heureuseTout d’abord, nous avons le plaisir de recevoir Claude Javeau et Marc Ronvaux. Le premier va nous présenter son livre sur la France et la Wallonie. Le second va nous présenter son livre sur les Français et les Wallons. Que demander de plus quand on est soi-même obsédé par l’avenir de la Wallonie et l’amour de la France ?

Mais ce soir, nous célébrons aussi une naissance. L’Alliance Wallonie-France est déjà implantée dans les provinces de Liège, de Namur, du Luxembourg et du Hainaut. Ce soir, elle essaime dans le Brabant wallon.

Alors, quoi de plus naturel que de commencer nos travaux par la profession de foi d’un Wallon désireux de retourner dans sa mère patrie ?

J’ai choisi la France, parce que la Flandre s’est érigée en nation contre la Wallonie. Se donner un ennemi est un redoutable moyen de cohésion. C’est un procédé politique bien connu. Bismark a forgé la nation allemande en déclenchant la guerre de 1870 contre la France.

J’ai choisi la France, parce que la Flandre ne sera jamais satisfaite. Elle a besoin de conquêtes pour maintenir sa cohésion.  Ce qui est à moi est à moi, et ce qui est à toi est à nous. Si on la laisse faire, elle ne s’arrêtera qu’après avoir englobé Bruxelles et colonisé la Wallonie.

J’ai choisi la France, parce que la Flandre veut m’entraîner dans un modèle économique, social et culturel anglo-saxon et parce que je préfère le modèle de société solidaire à la française.

J’ai choisi la France, parce que la Flandre nous larguera tôt ou tard et parce que Bruxelles prend de plus en plus conscience de sa spécificité et de son destin international.

J’ai choisi la France, parce qu’une fois orphelins de la Belgique, nous ne pourrons jamais rembourser notre dette et parce que notre isolement sera tel que nous ne réunirons même plus les critères pour adhérer à l’Union européenne.

J’ai choisi la France, parce que j’ai été nourri par Descartes, Pascal, Molière, Racine, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Hugo… Et parce que Guido Gezelle et son poème « Gij bad op enen berg » me laisse complètement indifférent.

J’ai choisi la France, parce qu’on veut me rendre bilingue français-flamand pour me permettre d’occuper un job subalterne dans une région de 13000km2, peuplée seulement de 6 millions d’habitants.

J’ai choisi la France, parce que sur notre frontière Sud se trouve un pays de 65 millions d’habitants, dans lequel je peux travailler, penser, me cultiver et m’épanouir dans ma langue.

J’ai choisi la France, parce qu’au-delà de la France vivent 200 millions de francophones dispersés dans 25 pays, membres d’une francophonie négligée par notre Premier Ministre.

J’ai choisi la France, parce qu’à la fin du siècle, la démographie galopante de l’Afrique aidant, nous serons  600 millions de francophones dans le monde et mes arrière-petits-enfants y trouveront un job plus facilement qu’en Flandre.

J’ai choisi la France, parce que sa Constitution lui permet de nous accueillir avec un statut particulier sans chambarder nos lois et nos coutumes : l’Alsace-Lorraine, la Corse et 18 territoires d’Outre-mer témoignent de cette souplesse constitutionnelle.

Que ceux qui refusent la réalité continuent leur voyage dans ce train fou qui nous conduit droit à la ruine et à la perte de notre identité ! Nous, à l’Alliance Wallonie-France, nous allons tout faire pour décrocher notre wagon et reprendre le chemin de Paris.

Adrien Lhomme, le 20 mai 2014

Les funérailles du démineur

funérailles dehaeneL’instrumentalisation du décès puis des funérailles de Jean-Luc Dehaene a quelque chose d’indécent. En fait, il s’agissait de créer un élan émotionnel en Flandre qui soit relayé par le monde médiatique et politique wallon et bruxellois en vue de renforcer le CD&V aux dépens de la N-VA.

Nous avions lu il y a quelques mois : « Les Diables Rouges, arme anti-NV-A ». Les sondages  nous ont montré, comme nous le soulignions à l’époque, que « Le Vif » se mettait le doigt dans l’œil.

L’effet Dehaene aura-t-il une incidence sur les résultats du 25 mai ? Plus que deux jours à dormir avant de le savoir !

Paul D.

Que penser du voyage de Kris Peeters en Wallonie ?

La naïveté du journal bruxellois Le Soir et de certains de ses journalistes m’esbaudira toujours.

Peeters SirrisDans le numéro de ce mercredi 21 mai 2014, nous avons droit à un compte-rendu tout rempli du miel de ce que Monsieur Peeters* a dit lors d’un déplacement en Wallonie.

A moins que l’article en question ne soit qu’un copié-collé du texte remis à la presse.

Prenons le contrepied de cet article, de manière réaliste… et disons haut et fort que ce miel est en réalité de la vaseline.

Les dirigeants politiques flamands et nombre de ses dirigeants d’entreprises ont en effet une motivation permanente : transférer compétences et activités de production de la Wallonie vers la Flandre.

Monsieur Peeters n’a pas visité d’entreprises lors de cette journée. Non, il a visité des centres de recherche.

Ne prenons comme exemple que le cas de Sirris : Sirris est le centre de recherches privé d’Agoria (ancien Fabrimétal) dont les membres sont, aujourd’hui, à plus de 80% flamands. Ses dirigeants « nationaux » sont donc flamands.

Le site de Liège, le seul en Wallonie, est dynamique, a bonne réputation.

Il finance ses recherches essentiellement par des budgets venant de la Région Wallonne et de l’Europe.

Si Monsieur Peeters a visité ce centre, ce n’est certes pas pour vanter la Wallonie… mais parce qu’il espère/veut que l’expertise de « l’impression 3D », dans laquelle Sirris est actif depuis au moins 20 ans, soit transférée en Flandre avec les emplois industriels espérés.

Il est venu voir ce qui sera un jour la base d’une production flamande par des membres d’Agoria Vlaanderen.

Ce souci de récupérer ce qui se fait de performant en Wallonie n’est pas incompatible avec la peur qui pourrait l’animer, lui et son parti, de voir cette (future) colonie interne qu’est la Wallonie leur échapper.

Peut-être a-t-il pris conscience que la prochaine réforme de l’Etat sera l’union/la réunion/ le rattachement/ la réunification/ le retour (que le lecteur choisisse le terme qu’il préfère) de la Wallonie à la France ?

Michel Pieret

NDLR : Kris Peeters est le premier ministre de la Région flamande.