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La symphonie du nouveau monde

Les relations de voisinage entre la Flandre et la Wallonie obéissent à une logique qui leur est propre, on peut les étudier sans beaucoup de références au monde extérieur, dans leur dynamique centrifuge annonçant l’évaporation de l’état belge. Il faut néanmoins penser la réunion de la Wallonie à la France en considérant les enjeux du XXIe siècle, à l’échelle de l’Europe et du monde.

Certes, l’histoire est chargée de références auxquelles nous devons ce que nous sommes, mais répéter mécaniquement des discours d’hier ou avant-hier, c’est parler aux fantômes qui nous habitent. Il faut bien entendu sortir de son face-à-face avec la Flandre et voir le monde qui s’ouvre à la façon d’un terrain d’aventure ou d’un open space oppressant. Ou comme un appel au partage. Ou l’appel du large.

globalization-globeGlobalization. C’est un peu l’universalisme des lumières à la mode anglo-saxonne. On peut le définir ainsi : le monde global est un monde d’échanges et de mobilité, la terre appartient à tous les hommes ou, du moins, à ceux qui ont les moyens de l’acheter. L’idéal d’un monde libre uniquement régi par les forces économiques, au profit de l’argent et du pouvoir qu’il donne. Un monde uni, l’humanité poursuivant le même rêve au service de la finance. Des électrons libres à l’intérieur d’un système. Une certaine idée du progrès.

C’est un peu la révolution permanente, version Microsoft. Le sens unique de l’histoire, laquelle inclut le temps des grandes découvertes et celui de la colonisation. De plus en plus, la technologie abolit les distances et nous encourage à nous sentir citoyens du monde, en mixant les cultures et les mémoires collectives. Un impératif : connecter le monde et bousculer les inerties. Après tant d’autres, il y a là un ébranlement de la conscience de soi qui peut conduire au meilleur comme au pire, à des résistances, à des angoisses, à des opportunités nouvelles, à des générosités nouvelles, car nous avons reçu la terre en partage et que nous aimons croire en la fraternité universelle.

Ainsi va l’histoire. Il ne suffit pas d’être hyperconnecté, de maîtriser la technologie, il faut mettre à jour son logiciel personnel. Pas simple quand on ne se satisfait pas de quelques idées simples, entre fantasmes de nature psychologique et catéchismes idéologiques. En vérité, l’ouverture au monde se conjugue avec l’atomisation de la société, le repli sur l’individu, que l’on dit libéré, délivré, I am one with the wind and sky (c’est un refrain que les enfants connaissent par cœur). Même si, à l’origine de cette nouvelle configuration du monde, il y a pas mal d’idées françaises et d’acteurs de premier plan de nationalité française, on n’est pas forcément très à l’aise avec la globalisation, dont la réalité est parfois brutale.

Il faut apprendre. Apprendre à se méfier des mots, de leur utilisation. De l’hypocrisie. Du cynisme. Apprendre à se dire que, peut-être, on s’est trompé un peu, beaucoup, passionnément. Exercer ce qu’on a d’esprit critique. Exiger de vrais débats. Comprendre ainsi les résistances et les oppositions (de l’altermondialisme aux différentes crispations identitaires, sans oublier la haine envers l’impérialisme occidental qui, entre autres, nourrit le djihadisme).

Pour un débat de qualité, qui soit utile au citoyen ordinaire, il faut que s’expriment des personnalités hautement informées, chez qui la force de conviction se conjugue avec la vigueur intellectuelle et, bien entendu, la liberté de parole.

Voici une interview que Jean-Pierre Chevènement a livrée aux journalistes du magazine Marianne en juillet dernier.

G.R.

Chevènement : « Nous sommes passés dans l’allégeance au suzerain américain »

Article paru dans Marianne daté du 10 juillet 2015

(…) 

Qu’est-ce qui explique, selon vous, que nous ayons plié le genou face aux Etats-Unis ? L’arme économique est-elle devenue un moyen pour Washington d’asseoir son hégémonie politique ?
La tétanisation exercée sur nos entreprises commence à l’échelle des banques. Dès lors qu’un financement paraît un tant soit peu risqué vis-à-vis de potentielles sanctions américaines, les banques le refusent. L’effet dissuasif, par exemple, est manifeste en ce qui concerne les sanctions visant la Russie. Qui sait que les exportations de la France vers ce pays sont passées de 9 milliards en 2012 à 6,7 milliards en 2014 ? Et qu’au premier trimestre 2015 elles ont encore fléchi de 33 % par rapport au premier trimestre 2014 ? Au travers de leur économie – qui représente environ un cinquième de l’économie mondiale -, mais surtout grâce au fait que le dollar reste la monnaie mondiale, les Etats-Unis se sont arrogé la possibilité de contrôler, à travers leur département de la Justice, les activités de toutes les entreprises de la planète.

Vous dressez un constat d’intériorisation de la contrainte par nos entreprises et par nos dirigeants. Comment remédier à cet état de fait ?
Il importe d’abord de savoir si l’Europe n’est plus qu’une machine à relayer les sanctions décrétées par les Etats-Unis en fonction de leurs propres critères qui ne sont pas forcément les nôtres. Dans la crise ukrainienne, qu’on aurait pu éviter si on n’avait pas placé l’Ukraine devant le dilemme absurde d’avoir à choisir entre l’Europe et la Russie, la France a essayé de réagir en mettant sur pied le format dit « de Normandie ». Cela a abouti aux deux accords de cessez-le-feu de Minsk. Or, les accords de Minsk II ne sont pas appliqués du fait de l’Ukraine, refusant le volet politique qui prévoit des élections dans les régions russophones de l’Est et une réforme constitutionnelle permettant une large décentralisation. Et voilà qu’on sanctionne la Russie ! C’est du Guignol ! Les sanctions ont été reconduites sans vrai débat le 29 juin par le Conseil européen. Ce système d’inféodation doit être contesté. L’ordre international n’est plus l’ordre formellement égalitaire de 1945. Au sein de l’ONU, toutes les nations sont en principe à égalité sauf, naturellement, au Conseil de sécurité où il y a cinq membres permanents sur 15. Ce schéma légal s’est décomposé. L’« occidentalisme » qui prévaut désormais est un système d’allégeance au suzerain américain.

D’ailleurs, n’a-t-elle pas aussi pris la place de l’ONU ?
En effet, l’Otan aimerait bien remplacer l’ONU, car, au sein des Nations unies, il y a le P2 (Etats-Unis/Grande-Bretagne), le P3 (avec la France) et le P5 (avec la Russie et la Chine). Le bon sens voudrait qu’on continue à travailler dans ce cadre, car nous ne sommes plus à l’époque de la guerre froide et nous pouvons discuter raisonnablement avec les Chinois et avec les Russes, comme cela a été fait avec succès pour le désarmement chimique de la Syrie. Mais les Américains, avec l’affaire ukrainienne, ont allumé un brandon de discorde entre l’Europe et la Russie ; ils cherchent à empêcher l’Europe d’exister politiquement et accessoirement de trouver une alternative à sa dépendance énergétique envers les pays du Golfe, qu’ils protègent. Pourtant, face à Daech, une menace dirigée conjointement contre l’Europe, l’Amérique et la Russie, sans parler des populations musulmanes prises au piège, nous aurions bien besoin d’une coopération !

Justement, quelle analyse géopolitique faites-vous de l’émergence de l’Etat islamique ? Rejoignez-vous celle du Premier ministre, ?
Manuel Valls utilise la terminologie du politologue américain Samuel Huntington – dont on oublie trop souvent qu’il ne préconisait pas le clash des civilisations, et qu’il voulait plutôt le prévenir… Manuel Valls n’a sûrement pas voulu alimenter cette confrontation que cherche à provoquer le terrorisme djihadiste : l’Islam contre l’Occident. Nous ne sommes pas affrontés à une civilisation, mais au terrorisme. Les premières victimes du terrorisme, ce sont les musulmans. Les fractures et les divisions au sein des sociétés du monde arabo-musulman viennent de loin. Historiquement, deux réponses à l’Occident se sont fait jour au lendemain de l’effondrement de l’Empire ottoman : d’une part, la réponse moderniste, libérale ou socialiste, avec Nasser et le parti Baas ; d’autre part, la réponse identitaire, dont la création des Frères musulmans en 1928, par Hassan al-Banna, a été la première formulation, avant l’émergence du salafisme révolutionnaire avec Al-Qaida puis Daech. Si les Etats-Unis ont largement soutenu le wahhabisme, qui est le terreau du salafisme, la France, elle, jusqu’à la guerre du Golfe, en 1990, a toujours cherché à privilégier la voie moderniste au sein du monde arabe. Les deux guerres du Golfe ont abouti à la destruction de l’Etat irakien et ont installé au pouvoir à Bagdad une majorité chiite. Le gouvernement Al-Maliki a mené une politique sectaire vis-à-vis des sunnites de l’ouest du pays. Abandonnés, ceux-ci, qui avaient joué un rôle dirigeant depuis l’installation de la dynastie hachémite en Irak en 1921, ont été jetés, par aveuglement, dans les bras d’Al-Qaida et de Daech.

Que faire face à ce que l’islamologue Mohammed Arkoun appelait « l’extension de la pandémie djihadiste », qui arrive aux portes de l’Europe ?
L’action de la France avait, jusqu’ici, largement contribué à soustraire le Maghreb à ce que le général de Gaulle avait appelé « les malheurs grandissants » qui sont apparus au Proche- et Moyen-Orient après 1967. Il faut reconnaître, ensuite, que la guerre de Nicolas Sarkozy contre la Libye de Kadhafi a été une imbécillité – mais j’ai été bien seul à le dire alors. J’ai été le seul sénateur de gauche, avec les communistes, à ne pas voter la prolongation de l’opération française en 2011… Aujourd’hui, les troubles s’étendent au Maghreb. La malheureuse Tunisie a été frappée par deux fois en trois mois par le terrorisme djihadiste. Et je songe avec inquiétude à l’Algérie, où, en dépit des efforts des autorités, l’on observe dans le Mzab des tensions intercommunautaires entre les Mozabites et les Arabes chaâmbi. Pour toutes ces raisons, il y a urgence à réinventer vis-à-vis du monde arabo-musulman une politique qui soit la nôtre au Moyen-Orient, faite de prudence et de raison. Nous en sommes loin. La France a un rôle de médiation à jouer.

La deuxième actualité qui donne à réfléchir aux questions de souveraineté est la crise européenne liée à la dette grecque. Que traduisent, selon vous, les rebondissements de ces derniers jours, après le non grec au plan de redressement proposé par l’Europe?
Le problème n’est pas la Grèce, mais la monnaie unique. Malheureusement, les esprit ne sont pas mûrs pour substituer à la monnaie unique la monnaie commune. Pour que les choses soient claires, j’ai toujours considéré que la monnaie unique comportait un vice originel dont elle ne peut pas plus se défaire que l’homme du péché originel, selon les Ecritures…

C’est-à-dire ?
Le vice tient à ce que l’euro juxtapose des pays très hétérogènes, du point de vue économique, mais aussi au regard de leur culture et de leurs repères historiques. L’Europe est faite de nations. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis d’Amérique, où il y avait 13 colonies britanniques, mais dans un continent où il existe une bonne trentaine de peuples. L’erreur initiale, il faut donc la chercher très en amont… Bien avant la création de l’euro…

C’est ce que vous avez nommé, dans un de vos livres, « la faute de M. Monnet » ?
En effet, la méthode choisie par Jean Monnet a consisté à créer une suite de petits faits accomplis censés conduire à ce que Robert Schuman nommait une « solidarité croissante des peuples européens ». Qui peut être contre une « solidarité croissante des peuples européens » ? Moi-même je suis pour ! Mais, dans l’optique de Jean Monnet, il fallait créer progressivement l’irréversible en agissant par-dessus la tête des Etats nationaux, en confiant à la Commission le monopole de la proposition législative ou réglementaire : on a ainsi fait une Europe technocratique se substituant aux nations. Avec la monnaie unique, les économies étaient censées converger, de facto. Or, c’est le contraire qui est arrivé : les économies ont divergé. Pas seulement entre l’Allemagne et la Grèce, mais aussi avec la France.

Qu’aurait-on dû faire, selon vous ?
Plutôt qu’une monnaie unique, c’est une monnaie commune que nous aurions dû mettre en place. Les peuples auraient ainsi pu garder leurs monnaies sur les territoires nationaux et faire devise commune à l’extérieur. Vous savez comment une option a été choisie et l’autre, écartée ? Tout s’est passé lors d’une conversation entre François Mitterrand et Pierre Bérégovoy au début de 1989. Le second a expliqué au premier qu’il y avait le choix entre deux solutions (monnaie commune ou monnaie unique).
« Qui est pour la monnaie commune ? demande le président.
– Les Anglais, répond son ministre de l’Economie.
– Et qui est pour la monnaie unique ?
– Les Allemands et tous les autres.

– Eh bien, prenez la formule qui a le soutien d’une majorité. »
Le résultat ? Depuis 2007, le PNB de la France est stagnant. Celui de l’Italie a baissé de 9 %, celui du Portugal et de l’Espagne de 15 %, celui de la Grèce de 25 %… Le propre de la monnaie unique, en l’absence de mécanismes correctifs que les Allemands rejettent, est d’aggraver les divergences entre les régions productives et riches qui prospèrent, et les régions sous-productives et pauvres qui s’appauvrissent encore. Donc de promouvoir la « mezzogiornisation » de l’Europe.

Est-ce à dire que la perspective de rester dans l’euro nuirait à la Grèce et à son économie?
Je pense qu’il y a deux solutions. Si l’on veut absolument garder la Grèce dans la monnaie unique, il serait raisonnable d’abattre sa dette d’environ un tiers. Car il est impossible pour ce pays de rembourser une dette qui représente aujourd’hui 177 % de son PIB. Mais les créanciers l’accepteront-ils ? Je précise que ces créanciers sont aujourd’hui des créanciers publics, car ils se sont substitués aux créanciers privés, les banques, principalement françaises et allemandes, qui ont pu retirer leurs billes en mai 2010 ! Mais les institutions européennes ont refusé toute discussion sur la dette.

Pourquoi, d’après vous ? Par idéologie ?
Il est sans doute très difficile de se mettre d’accord à 18 ou à 19. Mais il y avait surtout des attitudes fermées, caractéristiques de certains pays du Nord qui veulent par avance donner une leçon aux pays dits du « Club Med ». Par conséquent, aucun assouplissement n’a été introduit, bien que la France ait plaidé pour que l’on discute du sujet « plus tard ».
La deuxième solution serait la « sortie amicale » de la Grèce hors de la monnaie unique, assortie du maintien d’un lien avec l’euro, soit une dévaluation de 30 % qui restaurerait la compétitivité perdue du pays, sans impliquer une politique d’austérité insupportable et sans perspective. Parallèlement, la part de leur dette que les Grecs ne sont pas en mesure de rembourser, serait écrêtée à due proportion, et le pays se verrait doté d’une eurodrachme qui pourrait lui rendre sa compétitivité, surtout si l’Europe l’aidait via des fonds structurels à passer le premier choc du renchérissement des importations et notamment de la facture énergétique.

Pour l’intégralité de l’interview, cliquer sur le lien .

Daniel Bacquelaine, régionaliste francophile

Daniel Bacquelaine, le médecin de province

François Brabant Publié le dimanche 05 juillet 2015 à 09h23 – Mis à jour le dimanche 05 juillet 2015 à 09h24

Voici douze mois encore, la rue de la Loi s’en moquait. « Bacquelaine ? Pas un foudre de guerre » , riait-on sous cape. En octobre 2014, quand il a été promu ministre des Pensions, à presque 62 ans, les ricanements ont fusé : « En voilà un qui a la tête de l’emploi. »

Depuis, chargé de défendre la retraite à 67 ans, l’une des réformes les plus contestées du gouvernement Michel, Daniel Bacquelaine mène sa barque tout en pondération. Son tempérament pépère, voire indolent, était jusqu’il y a peu son talon d’Achille ? C’est à présent son maître atout.

Là où d’autres ministres libéraux (Hervé Jamar, Marie-Christine Marghem, Jacqueline Galant) ont paru vulnérables, déstabilisés par les critiques, il fait front avec flegme. « Dans le dossier des pensions, la star, ce n’est pas le ministre, c’est le sujet « , note un élu libéral. Avec son style non agressif, Bacquelaine ne cristallise pas les haines. L’opposition cherche les incidents, il n’en donne pas. »

Dans l’entretien qu’il accorde à « La Libre », un paragraphe a particulièrement retenu notre attention, celui intitulé  » Régionaliste francophile ». Dans celui-ci, Daniel Bacquelaine rappelle que pas moins de trois Bacquelaine figurent dans l’encyclopédie du Mouvement wallon, Maurice, son père, Jean, son oncle et Marie-Louise, sa tante.

(Notes puisées dans l’encyclopédie du mouvement wallon) : proches du mouvement wallon, Jean, Maurice et Marie-Louise écrivirent dans « Le pays Libre », un hebdomadaire libéral fondé en 1936 ouvert à la problématique wallonne…

En 1940, Maurice se retrouve prisonnier en Allemagne tandis que Jean et Marie-Louise adhèrent à un groupe de résistance mis sur pied par Fernand Schreurs à Liège. Ce groupe fusionne avec le groupe W, constituant ainsi la section liégeoise de « Wallonie Libre clandestine »…

Jean, rédacteur de celle-ci,  écrivit notamment des articles consacrés aux relations économiques franco-belge.

Tous les trois étaient au Congrès national wallon de 1945.

Daniel Bacquelaine n’a pas rompu avec cet héritage. Ses sentiments pour la Belgique sont mitigés et ceux touchant le nationalisme flamand farouches. Aux questions que lui posent les médias sur une intégration de la Wallonie dans la République française, sa réponse reflète sa douce pondération : « ce problème n’est pas d’actualité ». Il tait ainsi sa conviction profonde : si l’évaporation de l’ Etat belge s’accélère, le scénario d’une Wallonie française emportera ses faveurs. Et il est loin d’être le seul partageant cet avis dans les quatre grands partis wallons.

Les galets de ma rivière

Autrefois, quand il n’y avait pas les écrans, ni les autos, la mémoire de la famille était transmise au coin du feu pendant les longues soirées d’hiver. Les anciens racontaient leur vie qui, à cette époque, était un peu la même que celle de leurs petits-enfants. Le retour des saisons rythmait cette existence attachée à la terre.

Tout a bien changé. Pour jouer ce rôle aujourd’hui, on laisse habituellement des photos. Plus rarement, on écrit un livre, afin de rendre un peu de profondeur au temps, un peu de présence aux disparus, pour reconstruire une famille, pour que la génération nouvelle se sente accompagnée sur le chemin de la vie.

Les galets de ma rivièrePlus simplement, on écrit pour laisser un témoignage. De soi. De ses racines. De son univers. De son expérience de la vie.

Notre ami Georges-Henry Simonis s’inscrit dans cette veine en publiant Les galets de ma rivière, Naître à Charleroi. Ses souvenirs sont comme des photos jaunies par le temps et la nostalgie. Une enfance heureuse, plutôt bourgeoise, une vie déjà bien remplie, une ville de Charleroi qui garde avec elle la mémoire du passé. (G.R.)

Georges-Henry Simonis nous envoie le courrier suivant :

Suite au compte rendu fait sur son site, je remercie l’AWF d’avoir fait écho à mon livre  «  Les galets de ma rivière » en le présentant comme une sorte d’histoire de ma vie,  ce que j’ai précisément tenté d’éviter.

Certes, j’y fais écho : quand on s’exprime  ou qu’on s’expose, il est difficile de faire abstraction de ses origines ou des événements qui ont contribué à façonner ce que nous sommes devenus. Par contre, j’ai essayé d’exprimer où j’en étais, dans mes modestes  réflexions, par rapport à des problèmes contemporains plus essentiels, et certainement plus importants que ma modeste personne. Ainsi, la nouvelle conception du couple et de la famille, la difficulté de nos amours, le monde de l’enseignement, l’abomination des prisons, la disparition du  sens du sacré, l’absence de rites et de repères sociaux, les raisons de mon  choix de la France…

C’est  sur ces questions que je voulais faire le point, plutôt que sur moi-même. En suscitant  débats et controverses, ce qui est plus utile encore.

Des lecteurs me disent que c’est plutôt bien écrit et pas ennuyeux !

Ce qui me conduit à vous inviter à lire « mes galets » et à vous dire  que le livre est en vente au prix de 18€ à Charleroi (Librairie  Molière), à Namur (Point Virgule et Papyrus), à  Liège (Pax et Livre au Trésor), et à Bruxelles (Filigranes et Tropismes).

Après Jean-Emile Humblet, une autre grande figure wallonne disparaît

2015 n’épargne pas la Wallonie. Après la disparition de Jean-Emile Humblet, une autre grande figure du mouvement wallon nous quitte.

Notre ami Adrien Lhomme nous livre le texte suivant qui, au travers de Jean Louvet, se veut être un message d’espoir en un sursaut wallon.

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A Jean Louvet,

Un chantre de l’identité wallonne contestée dans un pays qui n’a jamais existé.

Une œuvre littéraire gigantesque imbibée de cette âme wallonne que, depuis 1830, l’on s’efforce d’éradiquer.

Une bouteille d’espoir jetée dans la Sambre et recueillie sur les bords de la Meuse.

Et dans cette bouteille, un message que nous promettons de conserver et de diffuser pieusement.

La Wallonie ne survivra pas si un projet culturel ne se développe pas en même temps qu’un projet économique.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne se réapproprie pas son histoire : ses combats sociaux, ses sculpteurs, ses peintres, son cinéma, ses chanteurs, ses écrivains, ses inventeurs, ses scientifiques…

La Wallonie ne survivra pas si l’on continue à qualifier de « belges » ses succès et de « wallons » ses échecs.

La Wallonie ne survivra pas si les medias francophones l’ignorent systématiquement alors même qu’elle contribue à leurs subsides.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne se sépare pas d’une Communauté française qui la bride et la saigne, alors même que son Ministre Président la fait connaître dans la Francophonie en s’y exprimant en néerlandais.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne s’ouvre pas activement au Monde en général et à la Francophonie en particulier.

Bref, redécouvrir la fierté de soi ou disparaître.

Adrien Lhomme, 1er septembre 2015  

L’Arlésienne namuroise

Lu sur le blog de Debout la Wallonie française

ligne 154C’est passé un peu inaperçu dans la torpeur de l’été : fin juillet, le ministre wallon Prevôt annonçait le déblocage par la Région d’un budget qui servira à financer le RAVeL entre Anseremme (Dinant) et Waulsort (Hastière). Et qui dit RAVeL dit désaffection totale et définitive de la ligne ferroviaire Dinant-Givet ! Il n’y a guère que la fédération provinciale des FDF à s’en être émue sur son site internet. Cependant, on aura quand même noté la réaction dans le quotidien Vers l’Avenir (29/7/15) du maire dinantais Richard Fournaux qui, tout en comprenant la démarche sur un plan purement touristique, prévenait : « Attention à l’erreur stratégique au niveau économique. La réouverture de la ligne, c’était la création d’un axe Namur-Dinant-Givet-Charleville-Paris. Vu les enjeux, ne serait-il pas utile de réunir les forces vives de la province ? ». Et l’édile MR d’ajouter que lorsque la ligne sera démantelée, il sera trop tard…

Longtemps  le projet de réouverture de la fameuse ligne 154, fermée en 1989, est pourtant resté dans les projets de la Région wallonne, il figurait même dans le SDER. En termes de tourisme, il aurait pu pourtant être envisagé en première étape une réouverture du tronçon Dinant–Hastière, conjointement avec le RAVeL et avec une électrification du tronçon entre Dinant et Hastière afin de pouvoir offrir des trains directs vers Bruxelles.

On rappellera  que les Français étaient prêts, bien au-delà de leur territoire, à largement financer la réouverture de la ligne. Leur argumentaire s’appuyait d’abord sur le fait que la ligne 154 est le seul lien ferroviaire entre la Belgique et la France sur une distance de plus de 200 km, elle est donc stratégique d’un point de vue géographique. Ils soulignaient également que la remise en état de la ligne Dinant-Givet permettrait l’ouverture du département des Ardennes vers le Nord (Namur, Bruxelles, aéroports…) en rappelant par ailleurs que Givet serait alors orientée vers Dinant et Namur, distantes de 20 et 50km, alors que Charleville est à plus de 60km. Enfin, à prendre en compte également l’impact touristique : située le long de la rive gauche de la Meuse, la ligne 154 est l’une des plus pittoresques du réseau belge, notamment en raison de la présence de nombreux ouvrages d’art (viaducs, ponts, tunnels).

Il ne peut cependant y avoir succès de pareille entreprise sans réelle volonté politique, qu’elle soit fédérale ou régionale. En l’espèce, le Gouvernement wallon en place va ainsi collaborer avec le fédéral  pour  définitivement clore le chapitre « ligne 154 »…

Philou

Pire que le séparatisme, le colonialisme !

Nous tenons à reprendre en article le commentaire de M. Roland Claude, tant nous trouvons que sa courte analyse est pertinente

Pire que le séparatisme se profile le colonialisme. Si la Flandre devient de plus en plus indépendante, ce n’est pas le cas de la Wallonie. Nous sommes englués dans le wallo-brux et déjà les Flamands veulent étendre leurs avantages bruxellois (super-droits et sur- représentation) sur la Wallonie. Plus fort, la Flandre qui construit son union avec la Hollande veut y inclure Bxl et la Wallonie. Car Flamands et Néerlandais ont besoin des territoires wallons pour leur agriculture, leurs entreprises et leurs loisirs. Déjà nos Ardennes deviennent néerlandaises et ce sans réaction. Ce qui me fait peur, c’est que nos politiques misent sur cette néerlandisation pour sauver Bxl et une pseudo-Belgique dans un bloc des grands Pays-Bas.

Daech – Le ‘coup de gueule’ de Tahar Ben Jelloun

Paris : L’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun s’insurge contre ‘l’inaction du monde’, contre l’inefficacité de l’ONU : ‘‘ce ‘machin’ qui pèse des tonnes et qui coûte des milliards’’.

Au risque de nous faire passer pour d’affreux islamophobes (c’est  à la mode chez les bien-pensants), nous faisons suivre l’article que nous envoie notre ami Marcel Cools.

D’autres me diront : « mais que vient faire cet article sur un site qui prône l’intégration de la Wallonie dans la République française ? »

Je réponds à ces derniers : « que deviendrait notre projet si l’islamisme politique et terroriste se développait en France ? » De plus, tous les « infidèles » de tous les pays ne sont-ils pas touchés par ce virus et nous particulièrement, la Belgique étant une plaque tournante du phénomène ?

L’islamisme de Daech et des autres organisations islamistes qui pratiquent les mêmes méthodes est un fascisme qu’il nous appartient de combattre.

Félicitations à Tahar Ben Jelloun  pour son courage et pour sa lucidité.


TAHAR-BEN-JELLOUN2En effet, Tahar Ben Jelloun a déploré que face à daech, ses meurtres, ses horreurs, ses catastrophes… l’humanité certes « meurtrie », demeure « absente » et indifférente.

Dans une tribune qu’il a signé au magazine français Le Point, l’écrivain marocain a dit ne pas comprendre comment les grandes puissances mondiales, (USA – Europe) se permettent leur silence et l’inefficacité de leur actions, face à un groupe terroriste qui :

‘‘Progresse, avance, occupe des villes, pille des banques, …. détruit des musées, tue femmes et enfants et ne rencontre presque pas de résistance efficace face à ses ambitions’’.

Pour Tahar Ben Jelloun, le monde entier paie aujourd’hui, la politique excessivement prudente jusqu’à la paralysie, de Barack Obama et de ses suiveurs Européens.

Les occidentaux, déplore Ben Jelloun, se sont contenus à des politiques de petits intérêts, dépourvus de vision, des politiques ‘‘sans envergure, sans ambition noble’’. Résultat, daech se renforce, occupe les vides, prolifère dans les têtes d’une jeunesse en rupture et qui est facilement apte à se déshumaniser.

Ben Jelloun en a dit :

‘‘Des jeunes abandonnent leurs études, leurs familles, acceptent d’échanger l’instinct de vie avec celui de la mort facilement accueillie, voire désirée, une mort qu’ils donnent et qu’ils ne craignent aucunement.’’

L’auteur poursuit :

‘‘Des jeunes convertis, des musulmans ensorcelés, des enfants bien éduqués, cultivés, ayant … de quoi vivre bien, s’engagent, les yeux fermés, l’esprit changé, lavé, vidé puis rempli de formules toutes faites.’’

Tahar Ben Jelloun a regretté que face à un tel fléau, le monde soit en manque d’outils de réponse.

L’ONU, selon lui, qui aurait pu enquêter pour découvrir les financeurs nourriciers de daesh, ceux qui l’arment et l’aident dans ses avancées en Syrie, en Irak ou en Libye, cette organisation n’est qu’un ‘‘ machin « , qui pèse des tonnes et qui coûte des milliards … qui ne doit fâcher personne’’ et qui , ajoute-il, ‘‘à force de faire des calculs … de la diplomatie au lieu d’agir…. s’avère sans efficacité.’’

Ben Jelloun s’est demandé en fin, s’il n’existait plus dans le monde de grandes puissances responsables ? Il s’est interrogé que face à ce chaos :

‘’Allons-nous proclamer officiellement … que la barbarie a gagné et que nous devons nous soumettre à ses horreurs?’’

Commentaire : Ben Jelloun attribue le terme de « machin » à l’ ONU.  Charles de Gaulle ne disait pas autre chose en qualifiant l’organisation internationale de « grand machin ».

Le curieux discours de Mark Eyskens

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Dans l’interview qu’il vient d’accorder à l’hebdomadaire flamand « Knack », le ministre d’Etat Mark Eyskens prédit à la N-VA un destin semblable à celui de la Volksunie, à savoir la désagrégation du parti.

Selon lui, en effet, Bart De Wever et ses amis sont devenus des post-nationalistes néo-belges.

Le fait est qu’en contrepartie de sa participation au gouvernement fédéral, la N-VA a accepté de placer le dossier communautaire au frigo. Durant cinq ans. Force est aussi de constater que les ministres N-VA jouent loyalement le jeu et se comportent, chacun à son niveau, en gestionnaires avisés et responsables. Il faut dire que les défis à relever sont nombreux et de taille : une dette représentant plus de 106% du PIB, la menace terroriste et la politique migratoire, l’emploi, la survie de notre modèle social.

Tout cela n’empêche cependant pas les dirigeants de la N-VA de rappeler qu’ils n’ont en rien tourné le dos au premier point du programme de leur parti : faire de la Nation Flandre un Etat souverain au sein de l’Europe.

Mais Bart De Wever, en bon pragmatique, entend concrétiser l’objectif final dans les meilleures conditions possibles. Cela suppose, notamment, une réduction drastique de la dette publique belge. Car celle-ci, le moment venu, devra être partagée.

Dans un article paru tout récemment dans l’organe de la N-VA, Bart De Wever a d’ailleurs annoncé la couleur : dès la fin de la législature, il conviendra d’opérer une révolution institutionnelle afin d’inverser la logique : les entités fédérées doivent déterminer leur propre politique, avec leurs propres moyens et sous leur propre responsabilité. Elles doivent donc percevoir les impôts et verser une dotation à l’Etat fédéral pour son fonctionnement.

Mark Eyskens semble perdre de vue que cette évolution s’inscrit logiquement dans le scénario confédéraliste proposé dès le début des années 90 par son coreligionnaire Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand, et adoptée en 1999 par le Parlement flamand. A l’époque, la N-VA n’existait pas !

Mark Eyskens a également oublié que c’est son autre coreligionnaire, Yves Leterme, qui a contribué à faire de la N-VA la force politique qu’elle représente aujourd’hui. L’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck a d’ailleurs eu l’honnêteté de le reconnaître : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Mark Eyskens ne voit pas l’utilité de recourir à une septième réforme de l’Etat, celle-là même dont le président, Wouter Beke, a dit, le 23 juin 2012 (« La Libre Belgique ») qu’elle viendra un jour, car l’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible.

Et nous invitons Mark Eyskens à relire les propos tenus par le même Wouter Beke, le 22 septembre 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons un véritable confédéralisme où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Le problème, c’est qu’il y a une forte identité flamande mais pas vraiment d’identité wallonne. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Et nous ne voulons pas oublier Kris Peeters, qui, en tant que ministre-président CD&V flamand, se comportait à l’étranger en véritable chef d’Etat, revendiquant lui aussi une révolution copernicienne que la sixième réforme de l’Etat est loin d’avoir engendrée.

Entre la N-VA et le CD&V, on le voit, il y a l’épaisseur d’un papier à cigarette. Comme les deux formations sont aujourd’hui liées par le même sort sur le vaisseau fédéral, Mark Eyskens se leurre en voulant faire passer la N-VA pour le parti qui a transigé sur ses revendications.

Il n’y a qu’une vérité dans son discours : N’oubliez pas que la Belgique est de plus en plus dominée par les Flamands.

Le général de Gaulle avait donc vu clair, lorsque, le 29juillet 1967, il avait confié à son ministre Alain Peyrefitte : J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidés à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira. (…) (Les Wallons) retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands (…).

Dernièrement, Rémi Vermeiren, l’ex-présidenty de la KBC qui, il y a dix ans, fut l’un des instigateurs du Manifeste séparatiste « in de Warande », déclarait au « Vif » : Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en. Et au plus vite ! Un constat qui avait été également dressé par François Perin dans son ultime interview au « Soir » en 2011.

La fin d’un Etat n’est certes pas simple, mais elle ne signifie pas l’apocalypse. Une nouvelle harmonie peut naître d’une Flandre indépendante, d’une Wallonie intégrée à la France via un statut particulier et d’une Ville-Etat Bruxelles.

Que peut-on trouver de valorisant à poursuivre la route actuelle, avec son contexte permanent de chamaille, de méfiance et de comparaison dénigrante ?

(1) Dernier livre paru : « François Perin – Une Plume / L’Oeuvre écrite », Les Editions de la Province de Liège, 2015.

Parce que ma voix compte

Notre ami Marcel Cools attire notre attention sur une déclaration du Président islandais au forum de Davos. Ce qui est vrai pour l’attitude à adopter face aux banques doit aussi l’être pour tous les sujets abordés dans une vraie démocratie (NOTRE VOIX COMPTE).
 
Ne sommes-nous pas loin du compte ? Quel poids a encore notre voix dans nos démocraties ?
N’assistons-nous pas entre un écart insupportable entre ce que veut le citoyen et les décisions prises par des décideurs qui pratiquent de véritables copier-coller que leur suggèrent ou imposent les lobbyings ?
 
Paul D.
Photo de Parce que ma voix compte.