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Discours de clôture à notre AGO du 11 octobre

Pour une raison de dépassement horaire, le discours de clôture n’a pu être prononcé que partiellement lors de notre Assemblée Générale Ouverte du dimanche 11 octobre. J’ai en effet choisi de privilégier la fidélité à ce que nous avions annoncé dans nos invitations et imprimé sur nos affiches : faire circuler la parole parmi les participants.

Au long des jours qui ont suivi le 11 octobre, vous aurez eu tout loisir de voir ou de lire ce qui suit :

– le reportage photographique de notre événement, fruit du travail de M. François Nisse;

– le texte d’accueil de M. Georges-Henry Simonis : « brève homélie pour un dimanche pas comme les autres »;

– l’allocution de M. Philippe Destatte : « la Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945 »;

– l’analyse de M. Jules Gazon : « quels seraient à ce jour les besoins de financement d’une Wallonie autonome »;

– le discours de M. Georges Régibeau : « déboussolée, la Wallonie ? »;

– le texte de M. Jacques Lenain : « le projet d’intégration – autonomie de la Wallonie dans la République française ».

Discours de clôture dans son intégralité

AGO Paul DurieuxMonsieur le Ministre-Président wallon,

Messieurs les Bourgmestres, Echevins et Conseillers Communaux,

Monsieur le Secrétaire général du Mouvement populaire flamand,

Mesdames, Messieurs,

Chères Amies et chers Amis,

Je commencerai par des remerciements :

Merci de nous avoir rejoints ce matin en ces lieux chargés d’histoire puisque c’est à deux pas d’ici, dans la salle des fêtes du Jardin d’Acclimatation qu’eut lieu le Congrès national wallon de 1945.

Merci aux orateurs pour la qualité de leur exposé.

Merci aux administrateurs et membres de l’ AWF qui, par leur travail, ont permis à cette journée d’exister,

Merci enfin à tous les membres de notre mouvement qui, par leur vote, ont permis le renouvellement de notre Conseil Général, ont ratifié les statuts de notre Alliance et m’ont fait l’honneur de me renouveler leur confiance comme président de l’AWF, ce qui me touche profondément.

Loin de nous l’outrecuidance d’avoir voulu reproduire ce moment de l’histoire de tous les Wallons qu’a été le Congrès de 1945. Selon l’Encyclopédie du Mouvement Wallon, ils étaient 1048 qui représentaient tous les courants politiques et toutes les provinces de la société wallonne. Nous sommes une centaine dans cette salle, réunionistes, mais aussi citoyens soucieux de s’informer sur l’état et l’avenir de la Wallonie. Je veux insister sur un point : l’AWF regroupe des membres de tous les partis politiques wallons, mais aussi un grand nombre de citoyens non encartés qui se reconnaissent dans les Valeurs qu’illustrent nos statuts dans ses Principes Directeurs.

Nous avons voulu tout simplement faire évoluer notre Assemblée générale en une Assemblée générale ouverte à tous. Mais nous avons voulu aussi commémorer le 70è anniversaire du Congrès wallon des 20 et 21 octobre 1945 qui a vu le premier des deux votes, celui du 20 octobre, appelé vote sentimental, donner une majorité relative à l’option réunioniste. Permettez que nous nous sentions, nous réunionistes, les héritiers des 486 Wallons qui, par bulletin secret, votèrent en faveur de la réunion de la Wallonie à la France.

En 70 ans, le monde qui nous entoure a évolué à une vitesse vertigineuse. Nous ne sommes pas des passéistes. Nous vivons bien ancré dans le présent et notre rôle est de placer l’avenir de la Wallonie au centre de nos préoccupations.

Qui sommes-nous ?

Quelques mots sur les élections qui viennent de se dérouler. Vous devez savoir que le Conseil général de l’ AWF est un véritable club de réflexion où bouillonnent les idées. Il est un organe qui se veut ouvert et est amené à accueillir des collaborateurs ou des invités qui participent à ses travaux de façon ponctuelle ou permanente C’est lui qui définit les axes d’action de notre mouvement. Il élit  en son sein le vice-président, la secrétaire générale, la trésorière et les administrateurs provinciaux du Bureau Exécutif. Celui-ci est chargé de la gestion quotidienne et de l’exécution des décisions du C.G. .

Notre mouvement s’articule aussi sur un groupe de parrainages de plus de 40 personnalités et citoyens.

Je vous concède bien volontiers que notre mouvement est encore peu connu et nous souffrons de ce manque de visibilité. Les médias ont une responsabilité fondamentale dans cette situation, mais il nous appartient aussi de trouver les moyens d’améliorer notre communication.

Quels sont ces moyens de communication ?

1. Notre site internet est reconnu par sa qualité et récemment notre maître-toile, Georges Régibeau, lui a donné un petit coup de jeune, même si nous sommes conscients qu’une présentation de lecture plus agréable est encore à trouver. Nous nous y exprimons par des articles qui concernent bien sûr le réunionisme, mais aussi par des sujets qui concernent des mouvements autonomistes, voire indépendantistes (Ecosse, Catalogne …). Les sujets sociétaux, économiques et environnementaux ne nous sont pas étrangers parce que nous sommes très sensibles au bien-être des citoyens wallons et français en particulier et de l’Humain en général.

2. Nous avons aussi notre page « facebook » qui reprend tous les articles publiés sur notre site.

3. Nous organisons des conférences ou participons à celles qui sont mises sur pied par des associations qui ont la bonne idée d’inviter un des nôtres à s’exprimer. Ainsi, le professeur Jules Gazon, invité par le CAL comme conférencier, sera à Barvaux le dimanche 25 octobre (voir article sur ce site).

4. Nous participons aussi à des manifestations. Nous étions à Dinant pour l’inauguration du monument dédié au Lieutenant de Gaulle, blessé à cet endroit lors de la guerre 14-18. A cette occasion, nous avons noué des contacts intéressants avec M. Bernard Valéro, Ambassadeur de France en Belgique.

5. Nous établissons également des contacts avec d’autres mouvements. C’est ainsi que nous sommes les partenaires wallons de l’opération  » Communes pour la langue française » conduite par l’ambassadeur français Albert Salon. Son but est de lutter contre le « tout à l’anglais » qui va de pair avec une sujétion de l’Europe et des Etats qui la composent au monde anglo-saxon et particulièrement aux Etats-Unis d’Amérique. Nos administrateurs namurois ont entamé l’opération « Communes wallonnes pour la langue française » qui vient de donner ses premiers fruits avec des retours positifs des communes de Rochefort, Dinant et Profondeville.

6. Cette année a été riche pour notre mouvement avec la rédaction d’un mémorandum intitulé « AWF 2015 » envoyé à plus de 5000 adresses électroniques. A côté de réponses polies, nous avons entamé avec M. Paul Magnette, Ministre-Président Wallon, un échange de courriels constructif.

Dans ce mémorandum, nous rappelons notre analyse :

1. LA FIN DE LA BELGIQUE EST INELUCTABLE A COURT OU MOYEN TERME

 a) La Flandre considère que le modèle fédéral belge est un échec et qu’il faut passer au confédéralisme (cf les déclarations d’Yves Leterme et des leaders du CD&V, Open-VLD, N-VA, mais aussi de certains SPa, Groen sans parler du VB).

 b) Pour la Flandre, la 6e réforme de l’Etat n’est qu’une étape avant la 7e qui touchera le cœur de la sécurité sociale et éliminera petit à petit les transferts Nord-Sud évalués à 6, 8, 10 ou même 14 milliards, selon les matières  prises en considération, mettant ainsi un terme à toute solidarité interrégionale (cf le récent conclave organisé par le VVB).

c) La Wallonie se trouvera dans l’obligation de faire face à une autonomie totale.

2. L’ANALYSE ECONOMIQUE DU PROFESSEUR GAZON

Corroborée par d’éminents professeurs en économie, elle démontre, chiffres à l’appui, qu’une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques. Certes, la Wallonie progresse grâce aux différents plans Marshall, mais le différentiel avec la Flandre ne cesse malgré tout de se creuser.

La fédération Wallonie-Bruxelles, ce machin aurait dit de Gaulle, sorte de Belgique résiduelle, ne l’est pas plus pour des raisons politiques (90 % des Bruxellois ne voient pas leur sort lié à celui de la Wallonie). Par ailleurs, nous assistons à un développement important de l’identité régionale bruxelloise (70 % de ceux-ci se disent aujourd’hui bruxellois avant tout).

3. Dès lors, la Communauté de destin avec la France s’impose. C’est le choix de la raison. C’est le choix de la solidarité interrégionale et du refus de sacrifier au minimum deux générations de Wallons sur l’autel d’une Belgique confédérale devenue mortifère pour la Wallonie. Pour certains d’entre nous s’ajoute bien sûr aussi le choix du cœur.

Nous pensons que le projet d’Intégration-autonomie, lu par Madame Havelange et fruit du travail de M. Lenain, haut fonctionnaire français, est le meilleur qui soit parce qu’il permet d’utiliser au mieux les articles de la Constitution française qui organisent les Collectivités territoriales. En ce moment, M. Jacques Lenain travaille avec un éminent constitutionaliste à un article qui viendrait s’ajouter à la constitution française et qui concernerait spécialement l’autonomie dont jouirait la Wallonie dans le cadre de la République. Au début de l’année 2016, notre Conseil Général doit avoir une réunion de travail avec M. Lenain à ce sujet.

Pourquoi la France ?

Nous savons que beaucoup parmi vous regardent les journaux télévisés français et lisent la presse hexagonale. Nous serions bien naïfs et bien stupides d’essayer de vous faire croire que tout va bien en France. Méfions-nous pourtant du french bashing, sport apprécié du monde anglo-saxon quand ce n’est pas des Français eux-mêmes (Rappel de la déclaration de François Fillon, alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, qui annonçait la France au bord de la faillite, comparant sa situation à celle du Portugal ou de l’ Espagne) ou de certains journalistes de nos médias belges. Les clichés ont la vie dure (le jacobinisme français outrancier, le préfet parisien qui viendrait faire la pluie et le beau temps dans nos Provinces) et une méconnaissance réciproque de nos Etats et Régions est encore bien présente. Pour un Français, un Belge est nécessairement un ami. Nous savons qu’il n’en est rien et que si nous avons la langue française en commun, certains Wallons sont francophobes (cf  le concours eurovision de la chanson : il est toujours pathétique d’entendre les commentateurs français attendre des points de leurs « amis » belges… ! )

La réunion de la Wallonie à la France trouve son argument principal dans la communauté linguistique et culturelle, mais les économies d’échelle que permettraient dès maintenant des accords bilatéraux dans bien des domaines sont d’une importance capitale.

Pensons par exemple au plus qu’apporterait à notre tourisme de faire partie de la première destination touristique au monde.

Pensons à la politique de la ville et comparons le comparable : Liège, Metz, Nancy… Nos responsables wallons de la politique de la ville reconnaissent que nos cités ont de 10 à 20 ans de retard par rapport aux villes françaises de même taille.

Pensons à la politique de défense. Devenu Français, nul besoin de dépenses militaires wallonnes. Et pour nos jeunes attirés par la profession militaire, plus besoin d’apprendre le néerlandais pour gravir de façon très aléatoire les échelons d’une armée belge flamandisée à outrance et en voie de former avec les Pays-Bas une armée intégrée.

Il serait trop long d’énoncer ici tout ce que la France pourrait nous apporter, mais aussi pour décrire tout ce que la Wallonie apporterait à la France. Ce seul sujet devrait faire l’objet d’une conférence. Dans notre projet, il appartiendra d’utiliser les talents, les potentialités et les complémentarités de la Wallonie et de la France pour que sortent renforcés ET la France ET la Wallonie.

Lors des interminables discussions pour former les deux gouvernements fédéraux précédant celui de Charles Michel, le discours des négociateurs wallons et Bruxellois de langue française était : « Nous ne sommes demandeurs de rien (rappel de Mevrouw « neen »).

Madame Milquet n’était pas la seule à défendre ce point de vue : « Nous voulons maintenir le statu quo, c’est-à-dire le fédéralisme d’union » était la voix de tous les négociateurs  francophones. Nous avons même vu le président du 1e parti de Wallonie baser sa campagne électorale sur le slogan : « mon parti, c’est mon pays ». Entendez par pays, la Belgique.

Vous savez ce qu’il en est advenu : une capitulation sur toute la ligne.

A l’AWF, nous ne sommes pas « des demandeurs de rien » :

– Nous exigeons dès aujourd’hui que soient activés les accords bilatéraux signés en 2004 par le président wallon Jean-Claude Vancauwenbergh. Ceux-ci portent sur pas moins de 10 matières (*) économiques, sociales et environnementales fondamentales. Le gouvernement fédéral de Charles Michel n’a pas attendu un an pour se rendre en grandes pompes aux Pays-Bas et activer le même type d’accords bilatéraux signés auparavant par le gouvernement flamand avec les Pays-Bas.

N’attendons pas le bon vouloir du fédéral et pressons le gouvernement wallon d’activer les accords signés par la Wallonie avec la République française. Qu’il aille à Paris activer avec la France les accords de coopération linguistique, culturelle et scientifique signé en 1999 lorsque Pierre Hazette était ministre de l’enseignement obligatoire, ainsi que ceux signés en 2004 comme je viens de vous le signaler.

– Exigeons que les médias accordent la place que mérite dans le débat politique le projet d’intégration-autonomie dans la République française.

– Exigeons une radio publique wallonne qui nous parle des problèmes qui se posent aux Wallons. La récente opération « I Like Belgium » de RTL-TVI a été un monument du surréalisme belge. Je serais curieux d’obtenir les résultats de cette opération politique. Le fait que la station n’en parle pas pose question.

Comme nous le suggérait Robert Collignon que nous avions invité à l’une de nos conférences, affirmons notre volonté d’un avenir français en

                        – oubliant notre adhésion à un pays moribond qui sera de plus en plus dominé par la Flandre;

                        – proclamant notre appartenance à la grande culture française, celle des Droits de l’ Homme;

                        – nous débarrassant de tout complexe d’infériorité;

                        – négociant avec la France le projet d’intégration-autonomie.

Je terminerai par l’emploi d’un des plus beaux mots de notre langue française : FRATERNITE. Celle-ci ne pourra qu’être plus vivace avec nos futurs compatriotes français qu’elle ne l’est aujourd’hui dans le cadre belge avec nos compatriotes flamands.

Fraternellement,

Paul Durieux,

Président de l’ AWF

(*) Les accords bilatéraux signés en 2004, mais jamais activés, reposent sur les matières suivantes :

  •  échange permanent d’information;
  • échange d’expériences et de personnes;
  • conclusions d’ententes sectorielles;
  • collaboration directe entre institutions diverses ( chambres de commerce, universités, entreprises, associations etc…);
  • élaboration et réalisation de projets conjoints;
  • transfert réciproque de technologies et de savoir-faire;
  • organisation de rencontres professionnelles, séminaires, ateliers au bénéfice d’experts et de porteurs de projets;
  • réalisation d’études et d’expertises;
  • promotion réciproque de produits et de services;
  • promotion de partenariats inter-entreprises et création de sociétés mixtes

Solidarité dans la douleur

C’est une véritable catastrophe qui s’est déroulée ce vendredi matin à Puisseguin, en Gironde. Un accident très grave impliquant un camion et un car a fait au moins 43 morts, dont un enfant. Le conducteur du camion est également mort. L’accident a eu lieu sur la route départementale 123, à Puisseguin, près de Libourne (Gironde). La France n’avait pas connu pareil accident depuis 1982.

Les membres de l’ Alliance Wallonie France expriment la douleur que leur inspire ce drame et assurent le peuple français de leur plus profonde solidarité.

Brève homélie pour un dimanche pas comme les autres…

Nous poursuivons la publication des discours prononcés lors de notre Assemblée générale ouverte du 11 octobre à Liège, en signalant que le texte de Jacques Lenain présentant, de façon synthétique, son projet d’intégration-autonomie de la Wallonie au sein de la République française, figure en bonne place et ce, de façon permanente, au-dessus de l’en-tête de ce site.

Le texte ci-après était celui de Georges-Henry Simonis, chargé d’accueillir les participants à notre Assemblée générale ouverte.

AGO Georges-Henry SimonisL’Alliance Wallonie France souhaite la bienvenue à celles et ceux qui sont venus participer à son Assemblée Générale Ouverte, et célébrer en même temps le 70ème anniversaire du « Congrès National Wallon » qui s’était tenu à Liège en 1945.

Depuis lors, de nombreux courants réunionistes ont existé en Wallonie, soit dans le cadre de partis politiques, soit au sein de lieux de réflexion divers.

L’AWF n’a pas choisi la voie électorale pour faire progresser ses idées : les petits scores électoraux des partis réunionistes ont fini par desservir la cause qu’ils entendaient servir.

L’AWF a fait le choix de devenir un mouvement citoyen réunissant de manière pluraliste des gens de tous horizons politiques inquiets des perspectives d’avenir de leur région.

Les citoyens wallons sont inquiets :

–  des conditions de vie très précaires pour bon nombre de personnes              

–  du panier de la ménagère, de l’électricité qui augmente de 15%, de l’emploi…              

– des budgets de l’Etat qui se réduisent : armée, polices, coopération,  justice…     

 – des budgets régionaux et communautaires, incertains, notamment à la suite des transferts de compétences de l’Etat Fédéral vers les entités fédérées…                

– la croissance, dont on nous dit qu’elle n’est pas au rendez-vous, si du moins elle existe encore… Une situation à la grecque n’est pas à exclure…

Il y a aussi, de manière de plus en plus perceptible, la crise larvée d’un Etat belge souvent réformé mais devenu un « mille feuilles » institutionnel confus, dont on sent tous les jours qu’il est au bord de l’éclatement. On pourrait penser que tout le monde a pris conscience de la volonté d’indépendance de la Flandre, dont on nous dit qu’elle est inscrite dans ses gênes…, et dont nous avons des exemples tous les jours (Linkebeek, le stade de foot, l’accueil des réfugiés,  l’achat d’avions ou de navires militaires…)  

Cette prise de conscience de la volonté flamande n’est pas encore partagée par tous, et certains tenteront encore une fois de rabibocher les points de vue comme s’il s’agissait d’un vaste légo institutionnel, selon la formule du professeur HASQUIN.

L’AWF s’attelle à faire de la prospective pour l’avenir de la Wallonie, et suit avec intérêt l’actualité économique et sociale.  Nous pensons qu’un support institutionnel neuf et cohérent est nécessaire pour contribuer à  une relance économique et sociale de la Wallonie.

L’actualité est brûlante et quotidienne, et les projets fusent dans tous les sens. Chacun y va de son couplet. Ainsi, récemment :

– deux parlementaires MR ( MM. CRUCKE et JEHOLET ) proposent une réorganisation du pays en quatre régions autonomes ;

– le bourgmestre de Liège, Willy DEMEYER, propose dans le Vif-l’Express la scission de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la  suppression des provinces, la fusion des CPAS avec les Communes ;

– le Président de la Wallonie, Paul MAGNETTE, évoque dans la presse la régionalisation de l’enseignement, et peut-être aussi de la culture ;

– à Bruxelles, de manière énigmatique, Olivier MAINGAIN, envisage une implantation du FDF  bruxellois à travers la Wallonie ;

– Gilles MAHIEU et Hervé JAMAR, nouveaux gouverneurs de provinces, font bien entendu l’éloge des provinces, selon eux indispensables en cas de catastrophe ;

– la Ministre Laurette ONCKELINX propose la transformation du Sénat, du moins de ce qu’il en reste, tandis que la Présidente dudit Sénat, Christine DEFRAIGNE, tente encore de  défendre  son institution, dont la majorité des gens ne perçoivent pas la spécificité ni les compétences…

– Ecolo et le PTB ignorent le problème et restent apparemment partisans d’une Belgique unitaire, même si leurs créneaux respectifs (l’environnement pour les uns, la justice sociale pour les autres ) n’ont guère de frontière !

Bon nombre de responsables gardent encore un silence prudent. Dans le genre « Nous ne sommes demandeurs de rien », comme  disaient les partis politiques francophones avant l’adoption de la 6ème et dernière réforme de l’Etat !

Par contre, nous,  nous sommes demandeurs, et nous invitons les hésitants à sortir du bois !

  1. L’AWF a pris acte de la volonté d’autonomie de la Région flamande.
  2. L’AWF respecte les intérêts spécifiques de la Région de langue allemande, déjà rencontrés dans le cadre des étroites collaborations nouées avec la région wallonne.
  3. En ce qui concerne la Région de Bruxelles, nous disons que c’est avant tout l’affaire des Bruxellois, qui auront à choisir entre un hypothétique retour à la France et un statut d’autonomie internationale à définir. Des passerelles avec la région wallonne seront de toute évidence à mettre au point. Comme l’a dit sagement Claude Thayse, « la Wallonie seule aura beaucoup plus de chance de retrouver ou de choisir son destin français, ce qui pourrait, une fois la chose réalisée, avoir une influence sur les choix d’avenir de Bruxelles, autre histoire qui relève encore de la futurologie politique. »
  4. L’AWF s’attache donc essentiellement à l’avenir de la Région wallonne :

Selon nous, les perspectives positives de réunion de la Région wallonne à la République se précisent peu à peu.

Notre choix est devenu un choix nécessaire au vu des chiffres ( Jules GAZON en parlera), et raisonnable au vu des possibilités d’ouverture  de la Constitution française.

Certes, la France a aussi ses problèmes. Elle redéfinit sa carte et ses territoires, avec un plus petit nombre de régions, dotées de pouvoirs et de moyens substantiels, autour de 14  grandes métropoles.      

Le Professeur DUMONT, de la Sorbonne, parle joliment du « temps long des territoires » et de la nécessité d’une oxygénation de l’Etat central par les Régions. Dans le même sens, le professeur Stéphane ROZES, de Sciences Po, souligne l’importance des infrastructures territoriales au niveau de la proximité, de la clarté et de l’efficacité, soulignant ainsi le rôle des Régions et des Départements qui conservent ou se voient attribuer d’importants pouvoirs de gestion. La Région wallonne, qui a plus que de beaux restes, fera bonne figure au sein des futures régions françaises, plus importante que les régions bien aimées de Normandie, de Bretagne ou de Bourgogne.

Quant aux Wallons, ils retrouveront un territoire qui leur est naturel depuis des siècles :

– lors de la crise économique de la fin du 19ème siècle, un million de belges ont déjà rejoint la   France pour des raisons économiques ; 

– ensemble, nous avons triomphé des tragédies guerrières de 1914-1918 et de 1940-1945 ; 

– il y a déjà des centaines de milliers de Wallons et de Bruxellois qui habitent la France…    

Comme l’ont dit  Jean-Pierre CHEVENEMENT, ou Jacques ATTALI, la place de la Wallonie est en France.  Avant eux, avec son sens de l’Histoire, le général de Gaulle avait bien indiqué le chemin. Nos militants wallons de 1945, qui sortaient de la Résistance, et dont certains nous font l’honneur d’être présents à Liège aujourd’hui, avaient eux aussi été prémonitoires.

Ce que nous ne supporterons plus, c’est l’absence de tout débat, en Wallonie, comme en France, sur l’hypothèse réunioniste que nous défendons.

Contrairement aux Catalans ou aux Ecossais, qui font un choix d’indépendance et de rupture, nous faisons un choix de suppression d’une frontière devenue inutile et obsolète.  C’est un choix de retour à la maison !

                        « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage  

                         ou comme cestuy- là qui conquit la toison et s’en est retourné,    

                         plein d’usage et de raison,                                             

                        vivre entre ses parents le reste de son âge… »

                        Vive la France et la Wallonie réunies ! 

Enfin, ça bouge en Wallonie…!

Après les déclarations des députés MR Jeholet et Crucke, une poussée régionaliste des députés P.S. Collignon, Martin et Dermagne voit le jour. Ils sortent du bois pour aller dans le même sens que leurs collègues du MR, celui de la régionalisation de l’enseignement et de la culture et faire de la fédération Wallonie-Bruxelles une coquille vide.

Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord. Comme nous le lisons sur le site de la RTBF, Picqué, Luperto, Demotte  et, plus étonnamment, Magnette montrent peu d’empressement à l’idée de l’avènement d’une Belgique à 4 régions. Le ministre-président wallon ressort même le vieux serpent belgicain d’une circonscription fédérale unique dont il sait très bien qu’une large majorité de la Flandre ne veut pas.

Martin-Dermagne-Collignon« La Wallonie est une évidence ! », proclament Martin, Dermagne et Collignon sur le site de la RTBF.

La tendance régionaliste est loin d’être neuve au P.S.. Mais ces derniers temps, sous Di Rupo Premier ministre et Elio président du parti, la ligne wallonne devait se taire.

Les trois parlementaires sortent du bois parce que la dernière réforme de l’Etat a consacré les régions, et un petit peu aussi pour ne pas laisser le MR seul sur ce terrain. Leur credo: « La Wallonie est une évidence ! » Il faut donc la renforcer dans ses pouvoirs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles déshabillée

« Notre régionalisme n’est pas romantique, on ne se réveille pas en fredonnant Li Bia Bouquet ou le Chant des Wallons, explique Pierre-Yves Dermagne. Notre régionalisme est réaliste et pragmatique: la Wallonie n’a plus d’or noir, de charbon, elle doit donc miser sur la matière grise »…

…Concrètement, les trois socialistes estiment que la région ne pourra activer pleinement les leviers économiques dont elle dispose déjà que s’ils sont complétés par des moyens d’actions en matière d’éducation et de culture. Ils veulent régionaliser l’enseignement pour qu’il réponde mieux aux spécificités wallonnes et régionaliser la culture…

Coquille vide

…Alors, sans la culture et surtout sans l’enseignement, que resterait-il de la Fédération demain ? « Ça fait partie de la réflexion. Nous devons discuter entre nous, entre Francophones, et d’abord au sein du PS, de ce qui doit continuer à être géré conjointement par les Bruxellois et les Wallons« , précise Pierre-Yves Dermagne…

…Christophe Collignon: « Pour moi, le plus important, c’est de déterminer les compétences nécessaires au développement économique de la Wallonie« . Comment dire plus clairement que la survie de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe après l’intérêt suprême de la région…

Paul Magnette pour une circonscription fédérale unique

…Paul Magnette ne juge pas idéale une réduction du modèle belge à quatre Régions, vu l’existence d’une minorité linguistique dans chaque Région. Il défendait plutôt des mécanismes de prévention des conflits, comme l’instauration d’une circonscription fédérale unique…

…Le gouvernement wallon ne mène pas de travaux préparatoires d’une septième reforme de l’État, ce qui n’entrave pas la liberté des partis de mener une réflexion saine et démocratiquement nécessaire sur ces questions qui feront toujours partie du débat politique de ce pays, précisait-il…

Rudy Demotte veut conserver une « cohésion » entre Bruxelles et Wallonie

Particulièrement concerné par ce débat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s’est prononcé contre toute régionalisation de l’enseignement ou de la culture telle que réclamée par les trois membres de son parti…

…M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d’une adaptation de l’action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, « mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération« . Selon lui, « il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie« .

Le MR va plus loin

Voilà donc la fraction régionaliste du PS qui ressort de l’ombre. Il est toutefois étonnant de constater que les socialistes  vont moins loin que les MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke.

En septembre dernier, les deux leaders réformateurs expliquaient que, dans leur scénario  « les Régions deviendraient les dépositaires de toutes les compétences fédérées » et qu’on se dirigeait même vers une Belgique articulée autour de 4 entités régionales (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone).

…Pas de ça dans la sortie cosignée par Nicolas Martin: « on se limite pour l’instant à un débat entre francophones« …

Le début d’un large débat au P.S., mais aussi au M.R. ?

Après tout, ce n’est peut-être que le début d’un commencement, car les trois députés reprennent aussi l’idée lancée récemment par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer : la convocation en 2016 d’un Congrès des socialistes wallons…

…Il faut imaginer l’importance que revêt ce débat pour le Parti socialiste : le dernier congrès du genre s’est réuni à Ans en 1991. Il y a près d’un quart de siècle…

Notre mouvement citoyen serait très heureux de participer à ce débat sur l’avenir de la Wallonie.

A vos agendas

A l’initiative de nos amis Pierre André et Paul Mélot, l’AWF vous informe de deux conférences susceptibles de vous intéresser :

– A Verviers, le CTLM (Centre touristique de la Laine et de la Mode – rue de la Chapelle 30) organise une expo « Napoléon : sa vie à travers les femmes ».

C’est un concept original permettant de montrer combien cette période a été une époque charnière entre l’ancien régime et ce qu’il est convenu d’appeler la révolution industrielle.

En complément de cette exposition, le CTLM a invité le jeudi 22 octobre à 19h30 M. Philippe Raxhon qui évoquera Napoléon sur les chemins de notre mémoire. Monsieur Raxhon est l’auteur notamment de La Mémoire de la Révolution française en Belgique. Entre Liège et Wallonie et Histoire du Congrès wallon d’octobre 1945, Un Avenir politique pour la Wallonie ?

– Le dimanche 25 octobre à 10h30  le Centre d’Action Laïque (CAL) organise à Barvaux/Ourthe une Conférence-échange de M. Jules Gazon, Professeur émérite HEC, école de gestion de l’ULg  ayant pour thème   » La Wallonie dans l’après Belgique ».

Elle aura lieu à la Maison de la Laïcité de Barvaux (Ourthe et Aisne), Chainrue , 7, 6940 – Barvaux-s-Ourthe. Rens: 0486 738 039

Hommage

Nul mieux qu’un grand homme ne peut rendre hommage à une grande dame. L’un est bleu, l’autre était rouge. Mais qu’importe la couleur quand il est question de porter haut et fort les couleurs et les Valeurs de l’humanité. J’étais à Paris lorsque j’ai appris le décès de Madame Anne-Marie Lizin. De retour à Chaudfontaine, je choisis de faire nôtre l’hommage que lui rend Monsieur Pierre Hazette, membre du groupe de parrainage de notre mouvement.

Paul D.

LA FLAMME S’EST ETEINTE.
Anne-Marie Lizin ne portera plus en étendard les couleurs de Huy, ni chez nous, ni à travers le monde.
Comment un tel talent a-t-il pu s’abîmer et sombrer?
Car le talent était incontestable. Il se manifestait d’abord dans une culture politique au sens le plus noble du terme, qui s’entretenait au contact des personnalités de premier plan mondial. Elle abordait les sujets les plus brûlants avec une audace qu’autorisait l’étude approfondie des dossiers épineux. Elle en traitait à toutes les tribunes qui s’offraient à elle avec une éloquence remarquable.
Nous lui avions offert l’hospitalité de notre résidence à Dakar pendant qu’elle animait un séminaire à l’Université sur le conflit palestinien. Que d’éloges j’ai recueillis à son sujet! Mais le plus beau fut dans la bouche des bonnes qui nous dirent : « Quelle femme charmante! »
Elle portait haut la fierté de sa ville et mettait à son service son savoir-faire dans les relations publiques.
Malheureusement, elle pratiquait avec un art inouï, la faculté de se créer des ennemis.
Elle a été brillante comme la flamme, mais comme la flamme, elle a brûlé la terre autour d’elle.
Dommage!
On la regrette déjà.
Mes sincères condoléances, Michel. 

Pierre Hazette

Déboussolée, la Wallonie ?

Nous continuons à rendre compte de notre assemblée générale ouverte du 11 octobre. Voici le texte du discours prononcé par Georges Régibeau. Après avoir évoqué le Congrès national wallon de 1945, il dénonce la régression qui affecte aujourd’hui la Wallonie. Une régression qui n’est pas seulement de nature économique.

   congrès 1945Revenons sur le Congrès wallon de 1945. 1945. Au mois d’octobre. A Bruxelles, Charles De Gaulle venait d’être accueilli triomphalement. La foule avait chanté la Marseillaise. A Liège, on l’attendait mais il n’est pas venu. Trop de ferveur, cela pouvait devenir embarrassant. Que cela ne tienne, l’avenir de la Wallonie allait se décider à Liège. Il y avait là, pour ce Congrès national wallon, des personnalités fortes issues de la résistance et du monde politique. Eux aussi chanteraient la France, à la façon des patriotes, au bord de l’exaltation, pour se donner l’impression d’y croire, avant de se résoudre à rester belges. Un vote, une envolée, et puis un autre. Une émotion ravalée. Un coup de semonce : voilà comment l’appellerait Jean Louvet, 50 ans plus tard. Depuis…  un nouveau Palais des congrès a été construit, il regarde passer les eaux de la Meuse qui, le 14 juillet, s’illuminent. La Wallonie a régressé, économiquement mais pas seulement; doutant d’elle-même, avec une identité sans consistance, elle marche à reculons vers le confédéralisme, les yeux désormais fixés sur la Flandre, en se répétant que la Belgique est un pays formidable. En 2015, il semblerait que les Wallons n’aiment pas se dire wallons. Pas français non plus.

   1945. C’était une autre époque. Il y avait de la gravité chez ces hommes qui avaient connu la guerre, mais aussi le sentiment d’une opportunité. La Wallonie une fois libérée, on pouvait se donner l’ambition de choisir son destin collectif, sachant que, depuis 1936, la cohabitation avec la Flandre avait tragiquement confirmé les craintes de Jules Destrée. Un état mais deux peuples et une Wallonie condamnée à subir la loi du nombre. En 1945, la Wallonie avait encore de la vigueur. Du caractère. Mais elle appréhendait le moment où elle n’aurait plus grand-chose à dire en Belgique. Où son économie étoufferait, manquerait de souffle. Où son destin lui échapperait. Où, peut-être, elle aurait perdu l’envie de se battre et d’exister. L’indépendance de la Wallonie, en 1945, c’était une idée à débattre. A ce moment, la Wallonie produisait plus de richesses que la Flandre, elle avait fait de la Belgique une puissance industrielle, elle en avait gardé une certaine estime d’elle-même, une identité plus affirmée qu’aujourd’hui. A ce moment, oui, elle avait les ressources qui lui permettaient d’envisager son indépendance. Or, ces Wallons réunis à Liège il y a 70 ans, qui étaient la conscience et la voix d’une Wallonie plus forte, ces Wallons ne rêvaient pas d’indépendance. Ils rêvaient d’avoir leur pays bien à eux, certes, le pays de la Wallonie libre. Mais, pour la plupart d’entre eux, ils rêvaient de la « mère-patrie ». Ils rêvaient de la France.

   Nous ne sommes plus en 1945. Convenons que ce trémolo patriotique est d’un autre âge. Surtout quand on mêle ainsi la Wallonie et la France. Au royaume de Belgique, ou, pour être exact, en Belgique francophone, on tire à vue sur tout ce qui ressemble à un sentiment national, sauf quand on peut nourrir un chauvinisme bien belge. Et pourtant, la Belgique a cessé d’être unitaire. On peut même douter qu’elle soit vraiment fédérale, on est plus loin dans le processus. Qu’on le veuille ou non, la Flandre et la Wallonie ont pris leurs distances, l’une par rapport à l’autre, et ce n’est pas fini. Pour un observateur neutre, il est clair que la dynamique à l’œuvre en Belgique arrive à son terme, au dépérissement de l’état belge. Certes, on pavoise encore aux couleurs de la Belgique, et même aujourd’hui plus qu’hier, mais cette réalité-là brouille les esprits, étouffe la réflexion politique, on surfe sur la vague noir-jaune-rouge, quand on ne la fait pas gonfler. Paradoxalement, l’autonomie croissante de la Wallonie a produit des Wallons moins soucieux de la faire exister, parfois même honteux, cultivant de plus en plus leur dépendance affective à un pays condamné à se défaire, incapables de se prendre en charge, effrayés par le vide où les plongerait le séparatisme. Un divorce avec la Flandre… angoisse. A peine imaginable. Impossible. On refuse. Il n’y a que les fous pour envisager la fin du monde. Parce que la Belgique est leur monde, on leur dit que le monde a besoin de la Belgique. Il n’est pas excessif de le dire : il y a une vraie crispation identitaire en Belgique francophone, un syndrome belge abusivement présenté comme un signe d’ouverture ou de modernité. Plutôt une impasse et une incapacité réelle à penser l’avenir. Comme la ville de Mons, la Wallonie a son doudou, mais c’est le doudou d’un enfant qui refuse de grandir, traîné partout ; c’est un morceau de tissu qu’elle pétrit de sa main, pour se rassurer, tellement usé qu’il ne ressemble plus à rien, mais elle ne veut pas en changer, c’est son repère unique dans un monde trop grand pour elle ; elle s’accroche à la Belgique, à une certaine idée de la Belgique, en se racontant des histoires. En 2015, la fierté des Wallons couverts de noir-jaune-rouge, c’est de former un petit royaume avec une nation flamande qui s’affirme et ne craint pas de les écraser. C’est le nouveau complexe belge : quand les Wallons seront laissés tout nus par la Flandre, ils se diront toujours belges, et même flamands, partageant comme ils pourront l’assurance de la Flandre (et ses projets de confédération avec les Pays-Bas).

   Nombreux sont les Wallons que de tels propos indisposent. A les entendre, on serait des traitres ou des comiques. Avec la construction européenne et l’immigration, cela n’aurait plus beaucoup de sens de parler de deux peuples en Belgique. Il serait parfaitement ridicule d’opposer l’intérêt du Sud de la Belgique à celui du Nord, plus riche et performant. Pas de rapport de force entre eux, l’un dominant l’autre. On pourrait confier l’avenir de la Wallonie à la Flandre, puisque la seule chose qui vaille, c’est la pérennité de l’état belge, sous quelque forme que ce soit. Car, oui, la Belgique a changé, concéderont-ils, mais le monde également. Si la Belgique est double, fédérale, confédérale, eh bien tant mieux car l’Etat-nation, c’est dépassé. La Belgique post-nationale est devenue un symbole indispensable, il est important qu’un pays divisé reste uni. La disparition de la Belgique serait un symptôme inquiétant d’une maladie qui rappellerait les heures les plus sombres de l’histoire. Nous sommes au XXIe siècle, au temps de la révolution numérique et de l’économie globale, au temps du libre-échange, au temps de l’individu-qui-refait-le-monde-à-son-image : alors que tout nous invite au voyage, au nomadisme, aux rencontres, alors que jamais les relations humaines n’ont été aussi libres, aussi fluides, il serait totalement anachronique d’opposer la Flandre à la Wallonie.

   Cela fait beaucoup de bla-bla pour justifier son conservatisme. En Belgique wallonne, on ne voit que la Flandre, alors regardons la Flandre, à la fois libérale et nationaliste, où le nationalisme romantique, enraciné dans le XIXe siècle, est en partie une réponse au défi de la mondialisation libérale. Il s’agit bien de concentrer ses forces pour être aussi compétitif que possible. Avec une personnalité forte et mobilisatrice, la Flandre se constitue en Etat-nation pour être acteur dans un monde où la violence n’aura pas disparu. Le tout, pour elle, est de trouver l’équilibre entre l’ouverture indispensable et l’affirmation d’une solide identité collective. En Flandre, il est clair que le passé, le présent, le futur s’inscrivent dans un récit national cohérent. Il en va tout autrement du nationalisme belge (il faut bien l’appeler comme ça) qui, malgré ce qu’on en dit, ce qu’on en pense, est foncièrement réactionnaire. Une réaction panique, une incapacité de s’adapter. Cela ressemble à la méthode Coué. Il faudrait célébrer ce pays de cocagne, haut en couleur, brassant les cultures autant que la bière, et buvant la bière dans toutes les langues, où les langues se mélangent comme en un baiser gourmand, un pays capitale de l’Europe et de l’OTAN, un pays de synthèse, un pays visionnaire, un pays rassembleur, mais un pays qui s’arrête à Linkebeek. Il paraît que là il y a une frontière intérieure, ou extérieure, on ne sait plus, dans ce pays tout est compliqué mais c’est le folklore habituel, dira-t-on. Rien d’intéressant. Pour l’immense majorité des Wallons, pas de quoi se poser des questions : comment douter de la Belgique en voyant jouer les Diables rouges ?

   Les tensions communautaires, on n’en saisit pas la dynamique. A chacun ses petits ou ses grands problèmes, il manque une vision collective. Cette incapacité de penser la Wallonie en-dehors de sa relation dommageable (et sans avenir) avec la Flandre, est une réalité qui nous interpelle et nous désole. Au moment où des choix sont possibles, il n’y a pas de Wallonie, il n’y a pas le début d’un vrai débat public, même si nous savons que les autorités wallonnes ont déjà préparé le terrain pour une collaboration renforcée avec la République française. On voudrait de la pédagogie, une prise en considération du choix de la France, mais non, du moins depuis quinze ans, si ce n’est à la marge, de telle façon que l’on passe, encore aujourd’hui, pour des traitres ou des comiques, malgré l’évolution récente et à venir de l’état belge, malgré le raz-de-marée de la N-VA.

   Nous ne prétendons pas représenter la Wallonie, évidemment. Mais c’est au nom de la Wallonie que nous nous exprimons, en nous tournant prioritairement vers les leaders politiques, les élites universitaires, les faiseurs d’opinion, les possibles éveilleurs de conscience, pour leur rappeler que gouverner c’est prévoir, que la démocratie impose au moins d’ouvrir un débat argumenté, équilibré, qui prenne en compte la réalité de la Belgique aujourd’hui, dans sa dynamique. Il ne suffira pas d’encourager l’apprentissage du néerlandais pour effacer la frontière linguistique. Un état flamand se met en place : et pourquoi pas ? Mieux vaut développer des relations de bon voisinage, fondées sur le respect mutuel, plutôt que de rester dans la cave ou le grenier de la maison Belgique, avec des Wallons soulagés de rester belges, quel qu’en soit le prix. La Wallonie, une région de France : et pourquoi pas ? Sur le chemin de l’Europe et du monde, il vaut mieux passer directement par la France, à la fois plus grande, plus forte, plus amicale, plus solidaire. Un partenaire qui compte encore un peu dans le monde. Et en Europe. Un pays où la langue française a encore un avenir. Où la Wallonie trouvera sa place et pourra valoriser son identité particulière et sa position au cœur de l’Europe, en contact avec Bruxelles, avec la Flandre, avec les Pays-Bas, avec l’Allemagne, avec le Grand-Duché du Luxembourg.

   Les Wallons ne sont pas enthousiastes ? Ils ont peur d’y perdre au change ? Ils ne se sentiront jamais français ? Que cela ne tienne, on peut leur proposer un contrat sur mesure. Contrairement à ce qui se dit en Wallonie, la République française est loin d’être monolithique. Cette leçon, nous l’avons reçue de Jacques Lenain, un Français, un haut fonctionnaire, maintenant à la retraite et désormais plus disponible pour défendre son idée d’intégration-autonomie. Intégration dans la République française. Autonomie de la Wallonie. (…)

La Wallonie face à un mur

Dimanche, le Vlaamse Volksbeweging a envoyé un observateur à notre assemblée générale ouverte, en la personne de son secrétaire politique Willy De Waele. Lorsque la parole fut donnée à l’assistance, il sollicita le micro pour dire quelques mots à un public un peu crispé. des sousSon message : la Flandre n’est pas contre la solidarité mais il ne faut pas qu’elle perde de l’argent (!) ; or, la Wallonie, c’est le tonneau des Danaïdes.

Le VVB, qui milite pour l’indépendance de la Flandre, est loin d’être un mouvement marginal en Flandre (c’est à un de ses congrès, en 1962, que Wilfried Martens plaida pour le fédéralisme : on n’en est plus là). Ce que la Wallonie coûte à la Flandre, en termes de transferts financiers, toute autre considération mise à part, cela reste un sujet controversé. Selon Willy De Waele, qui disait tenir ses chiffres d’Eurostat, les transferts s’élèveraient à 9 milliards d’euros par an (ce qui, soit dit en passant, resterait dans la moyenne des transferts régionaux observés en Europe). Le message est clair : c’est de l’argent perdu pour la Flandre, il faut que cela cesse. La 6e réforme de l’Etat conduit déjà à une réduction sensible de la solidarité interrégionale en Belgique, mais ce n’est qu’un début.

En Wallonie, personne ne sera épargné, mais certains seront plus touchés que d’autres. On n’a encore rien vu. La région Wallonie hésite à comprimer ses budgets. Politiquement, c’est risqué d’aller plus loin dans la rigueur, surtout pour des formations de gauche qui dénoncent les mesures antisociales décidées par le gouvernement fédéral (dominé par la droite et par la Flandre). La Wallonie compte sur les investissements publics pour se relancer, mais déjà, l’argent manque : alors, que se passera-t-il dans un avenir plus ou moins proche ?

Sauver la Belgique actuelle est certainement ce que cherchent à faire les décideurs wallons, ils misent sans doute sur l’effet « Diables rouges » pour maintenir le plus longtemps possible un niveau « acceptable » de solidarité dans le cadre belge. Il est certain que l’attachement à la Belgique est cultivé, nourri par les médias, du moins en Belgique francophone. A court terme, cela peut masquer les problèmes, on peut rassurer les gens, le chauvinisme made in Belgium peut les endormir dans une douce euphorie : et après, que fera la Wallonie ?

Le professeur Gazon tire à nouveau la sonnette d’alarme : au vu des données les plus récentes, il apparaît que la Wallonie ne peut en aucun cas envisager une quelconque forme d’autonomie financière, dans le cadre belge (confédéralisme) aussi bien qu’en dehors (indépendance). La Wallonie connaîtrait le sort de la Grèce. En pire, car la Wallonie ne mobilise par les énergies comme peut le faire une nation. Les Belges francophones sont des somnambules, ils ne voudraient pas se réveiller wallons, wallons dans la tourmente financière : c’est alors que la stratégie actuelle, qui vise à conforter le sentiment d’appartenance à la Belgique, pourrait se révéler catastrophique. Incapables de se détacher de la Belgique, et de se sentir responsables de la Wallonie, les « Belges du Sud » rejetteraient massivement les très lourds sacrifices que leur imposerait la situation.

Cela peut arriver dans quelques années, et rien n’est fait, rien n’est dit pour préparer les « Belges du Sud » à une telle éventualité. Le sentiment d’abandon, de trahison, pourrait conduire à des émeutes insurrectionnelles. Après l’éclatement de la Belgique, on pourrait même avoir une implosion de la Wallonie, avec un Brabant qui, pour des raisons économiques et historiques, voudrait s’accrocher à Bruxelles, avec une province du Luxembourg qui, en se séparant des autres provinces wallonnes, arriverait à se faire accepter dans le Grand-Duché. Un tel scénario de crise est possible et, dès lors, doit être envisagé par les autorités régionales. Il manque une conscience wallonne, le sentiment de partager un destin commun, indépendamment de la Belgique. Après 35 ans de régionalisme/fédéralisme, le constat est accablant.

La Wallonie a besoin de temps, de soutien, d’empathie. Il n’y a que la France pour lui donner la stabilité dont elle a besoin. C’est la conclusion du professeur Gazon. (G.R.)

Voici l’analyse du professeur Gazon. A peu de choses près, il s’agit du texte que le journal Le Soir a publié récemment.

Wallonie : Connais-toi toi-même

Le calme institutionnel actuel ne peut dissimuler la volonté flamande d’instaurer un Etat confédéral avec rupture du lien solidaire entre les Régions. Cette option aura pour conséquence de confronter chaque Région à l’autonomie budgétaire y compris pour la sécurité sociale.  Etonnamment, les statistiques officielles, qu’elles soient nationales ou régionales, ignorent cette problématique. Elles ne répondent pas à la question de savoir si l’autonomie budgétaire des Régions inhérente au confédéralisme est soutenable.

La connaissance de la réalité et son anticipation constituent pourtant le point d’appui de toute politique attentive au bien-être des générations futures et singulièrement de l’équilibre des finances publiques. En Wallonie, le discours ambiant se veut optimiste. Le gouvernement souligne les réussites : les plans Marshall en sont et c’est bien de le faire savoir. Mais masquer l’ampleur de l’effort à fournir, le véritable état des lieux, c’est s’inscrire dans le scénario à la grecque. Cette descente des Grecs aux enfers pour avoir falsifié les chiffres, ignorant la devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte : Connais-toi toi-même. Retardant d’autant la prise de conscience et notamment la mise en œuvre du redressement des finances publiques.

La Wallonie n’est pas la Grèce. Quoique ! Si les statistiques publiées ne sont pas trafiquées, elles sont trop souvent insuffisantes, voire ambiguës, pour mobiliser les acteurs dès aujourd’hui autour des véritables défis à relever.

En 2011, sur base des chiffres 2009, j’ai montré que les finances publiques d’une Wallonie autonome n’étaient pas soutenables. Cette analyse fut possible grâce à une publication du CERPE de l’Université de Namur. En avril 2015, le CERPE publie à nouveau un cahier de recherche faisant le point sur les transferts interrégionaux en Belgique suivant la méthode du « juste retour ». Cette méthode postule un Etat soucieux de la solidarité entre ses Régions. Elle n’est pas applicable dès lors que l’on se place dans la perspective d’une autonomie des Régions pour la gestion des finances publiques. La publication du CERPE m’a toutefois permis d’actualiser mon étude de 2011. Sur base des chiffres 2007-2012, la conclusion reste inchangée : une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques.

Il ne s’agit pas d’épiloguer sur la scission possible ou non de la Belgique mais bien de faire ressortir ce que seraient les finances publiques d’une Wallonie autonome, que ce soit au sein d’une Belgique confédérale, dans l’indépendance ou pour toute autre alternative. S’impose alors la connaissance du solde net à financer d’une Wallonie autonome, sécurité sociale comprise. Ce solde net à financer pour les Régions (Communautés incluses) avant prise en compte des intérêts de la dette publique, est constitué de la somme du solde primaire net à financer (différence entre les recettes et les dépenses primaires [i]) de chacune des Régions [ii] et de ce qui ressortit à chaque Région dans les comptes de l’entité fédérale en termes de recettes et de dépenses publiques, ce qui revient à défédéraliser les comptes de l’entité fédérale. On obtient ainsi les soldes primaires de chacune des entités fédérées dans un cadre institutionnel d’autonomie (voir tableau 1).

Le tableau 1, selon l’optique du domicile [iii], montre qu’en cas d’autonomie budgétaire, la Wallonie aurait présenté en 2012 un déficit primaire de 7, 939 mias d’euros, ce qui correspond à 8,83% de son Produit Intérieur Brut (PIB), alors que la Flandre aurait enregistré la même année un surplus primaire de 7,411 mias d’euros (3,45% de son PIB), et Bruxelles un déficit primaire de 741 mios d’euros (1,04% de son PIB).

En se limitant à la Wallonie, soulignons un déficit récurent de l’Entité régionale en légère diminution sur la période 2009-2012 ; la source majeure du déficit primaire pour la Wallonie autonome se loge au niveau des compétences de l’Entité fédérale afférentes à la Wallonie, comme c’est le cas pour la sécurité sociale. C’est à ce niveau que se creuse le déficit de la Wallonie, déficit non directement ressenti par les Wallons en raison de la solidarité flamande.

Tableau 1 : Soldes primaires nets à financer (optique au lieu de domicile)

tableau 1

Source : CERPE, n° 77 – 2015/01, C. Emaesteen, M-E Mulquin, M. Mignolet et M. Romato ;
F : Solde primaire régionalisé de l’Entité fédérale ; f : Solde primaire de l’entité fédérée ;T=F+f : Solde primaire de l’entité fédérée autonome.

Mais pour appréhender la dimension budgétaire d’une Wallonie autonome, il faut encore ajouter au déficit primaire les intérêts de la dette publique qui seraient imputables à la Wallonie. Ceux-ci dépendent du critère retenu pour le partage de la dette. Si on répartit la dette publique au prorata des Produits intérieurs bruts régionaux (hypothèse optimiste pour la Wallonie en cas de scission du pays), sachant que les intérêts de la dette publique belge en 2012 se chiffrent à 13,257 mias d’euros [iv], on obtient les résultats du tableau 2 ci-dessous :

Tableau 2 : Solde net à financer (intérêts de la dette publique compris) : année 2012

tableau 2

Le solde net à financer par la Région wallonne autonome se serait donc élevé en 2012 à 11,121 mias, soit 12,37 % du PIB wallon et environ 24 % des dépenses publique wallonnes [v]. Ne disposant pas des statistiques mesurant les besoins de financement des provinces et communes, je n’ai pas pu les intégrer dans le calcul.

Une telle réalité résultant de la rupture du lien solidaire avec la Flandre, déclencherait un processus infernal du type de celui que connaît la Grèce qui, en 2009, hasard des chiffres, présentait un solde net à financer en proportion de son PIB proche de celui calculé pour une Wallonie autonome. On sait donc ce que serait l’avenir wallon en l’absence d’une mobilisation immédiate, constructive et surtout consciente des vrais défis à relever. Une information objective et récurrente s’impose pour qu’aucun décideur politique, social ou économique ne puisse échapper à la vérité des chiffres. Connais-toi toi-même et sois responsable de tes décisions et comportements, sachant qu’on ne peut partager que ce que l’on crée et qu’on ne peut reporter sur les générations futures le financement par l’emprunt des dépenses hors investissements des Administrations publiques.

Quelles que soient les options institutionnelles futures, la Wallonie ne pourra se soustraire au redressement de ses finances publiques qui nécessite une réduction drastique de son hypertrophie politico-administrative.

La continuité de la Belgique fédérale ne peut subsister que si la Flandre garantit le lien solidaire interrégional, ce qui postule, pour le moins, que les Wallons acceptent la résorption du déficit qui leur est imputable. La septième réforme de l’Etat l’imposera dans le confédéralisme non seulement voulu par la N-VA mais bien par une majorité flamande. Une façon élégante de nommer la fin de la solidarité interrégionale et de créer les conditions de la scission du pays !

L’indépendance d’une Wallonie en cessation virtuelle de paiement n’est pas soutenable. Elle engendrerait un appauvrissement considérable des Wallons, l’insurrection voire l’éclatement de la Wallonie.

Une union de la Wallonie à Bruxelles, plus viable au plan économique que l’indépendance wallonne en raison du PIB/habitant de Bruxelles qui est un des meilleurs des Régions d’Europe, présenterait néanmoins un déficit public important. Et elle se heurterait à l’opposition tant des Bruxellois que des Flamands.

Dès lors, à défaut de pouvoir maintenir la solidarité interrégionale belge, l’union à la France soutenue par certains s’avèrerait crédible grâce à un effet d’échelle rendant le déficit et la dette wallonne supportables par rapport au PIB de la France « augmentée » de la Wallonie. Cette union ne pourrait se limiter à une simple association. Elle postule nécessairement une intégration fusionnant les systèmes sociaux tout en autorisant, si telle est la volonté des parties, une relative autonomie wallonne au sein de la France. Voir Jacques Lenain  (www.belgique-francaise.fr), proposition reprise par l’Alliance Wallonie France (AWF) (https://alliancewalloniefrance.wordpress.com) et son président Paul Durieux et par d’autres comme Jules Gheude.  Paul-Henry Gendebien ayant porté l’idée d’une fusion totale.

[i] Dépenses, recettes et solde primaire à financer sont les dépenses, les recettes et le solde (recettes-dépenses) d’une entité publique avant prise en considération des charges d’intérêt.

[ii] L’information statistique disponible ne permet pas d’évaluer au niveau régional les soldes des Entités communales et provinciales qui ne sont donc pas intégrés dans le calcul.

[iii] L’ordre de grandeur des résultats selon l’optique du lieu de travail n’est pas sensiblement différent sauf pour Bruxelles qui, selon cette optique, est en surplus.

[iv] Rapport 2014 de la BNB.

[v] On applique à la Wallonie le pourcentage des dépenses publiques belges par rapport au PIB belge qui en 2012, était de 51,4 %,

Jules GAZON, Professeur émérite, HEC, Ecole de gestion de l’Université de Liège, août 2015

La Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945

Vous trouverez ci-après l’intégralité du discours prononcé par M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée, à l’Assemblée Générale Ouverte de l’A.W.F. Je vous en souhaite bonne lecture. Sous l’onglet « Vie du mouvement », vous trouverez les résultats du vote des membres de l’AWF pour élire le Conseil Général et le président de notre mouvement, mais aussi pour ratifier nos statuts.

La Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945

Liège, le 11 octobre 2015

Permettez-moi d’abord de remercier et féliciter l’Alliance Wallonie-France d’avoir souhaité commémorer le Congrès national wallon des 20 et 21 octobre 1945, soixante-dix ans après sa tenue et ici-même, à Liège. C’est pour moi un triple honneur de répondre à votre invitation d’évoquer cet événement majeur de l’histoire de la Wallonie. Un honneur en tant qu’historien d’abord, en tant que Wallon, ensuite, en tant que citoyen et démocrate, enfin. Ces trois regards s’articulent naturellement entre passé, présent et avenir.

1. En tant qu’historien : un regard vers le passé

Un honneur d’historien, bien sûr, car c’est mon métier, ma profession, depuis 35 ans, d’écrire et surtout d’enseigner l’histoire. L’existence du Congrès national wallon de 1945 ne me fut toutefois pas apprise sur les bancs de l’Université de Liège et il m’a fallu attendre le double choc de mes deux rencontres avec Hervé Hasquin, en 1980, – et donc l’Institut Destrée –, et avec Jean Louvet, début 1982, pour prendre conscience de l’importance de cet événement dans l’histoire de la Wallonie et donc dans ma propre existence. Certes, on trouve une demi-page sur le sujet dans l’Histoire de la Wallonie publiée sous la direction de Léopold Genicot, en 1973, mais cette partie, ayant été rédigée par le Père André Boland, professeur aux Facultés de Namur et de Saint-Louis [1], n’avait pas reçu toute l’attention requise de la part des chercheurs liégeois.

Cela allait rapidement changer puisque, dès 1986, au moment même où nous lancions à l’Institut Destrée le Centre interuniversitaire d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon, le professeur Paul Gérin organisait, dans le cadre de son cours de critique historique de l’époque contemporaine, une enquête auprès des participants au congrès de 1945 toujours en vie. C’est ce travail qui allait servir de premier matériel à la recherche et à la publication par Philippe Raxhon de son Histoire du Congrès wallon de 1945, judicieusement sous-titrée : Un avenir politique pour la Wallonie ? Cet ouvrage a été édité par l’Institut Destrée en 1995, avec une préface de Paul Gérin. A l’issue d’une recherche précise, mobilisant des sources et des témoignages nouveaux, Philippe Raxhon concluait que, après le coup de théâtre du vote sentimental favorable à la réunion de la Wallonie à la France, (…) la Wallonie cessa d’être mythique aux yeux d’une avant-garde démocratique wallonne, pour devenir un projet politique et institutionnel cohérent dont les étapes de modifications constitutionnelles vers l’instauration de l’État fédéral belge seraient la concrétisation [2]. Mais, me direz-vous, et vous aurez raison, depuis 1995, vingt ans de fédéralisme ont coulé sous le pont de la Belgique. Nous y reviendrons, vous bien sûr lors de vos débats, et moi-même dans quelques instants.

Il me faut dire encore qu’outre cette édition, nous n’étions pas restés inactifs pour commémorer le cinquantième anniversaire du congrès puisque mon collègue Paul Delforge réalisait des interviews et un montage audiovisuel d’anciens témoins et non des moindres puisqu’il s’agit de personnalités comme Aimée Bologne-Lemaire, Léon Halkin, Alfred Califice, André Schreurs, etc. De son côté, avec l’appui du Ministre-Président Robert Collignon, Marie-Anne Delahaut préparait avec Jean Louvet les matériaux pour écrire une pièce de théâtre qui devait faire revivre le congrès dans différentes villes wallonnes en reprenant comme titre la formule d’Olympe Gilbart, le coup de semonce 3. Son acteur principal, Jean-Claude Derudder, devait d’ailleurs recevoir le prix du Wallon de l’année 1996 pour sa magistrale interprétation de plusieurs ténors du congrès.

En ce qui me concerne, et depuis le milieu des années 1980, le Congrès national wallon n’a cessé d’être au cœur de mon enseignement de l’histoire de la Wallonie, que ce soit dans le secondaire, que je n’ai jamais cessé de fréquenter, dans le supérieur ou encore à l’université, où j’enseigne depuis plus de dix ans l’histoire de la Belgique – et donc aussi de la Wallonie –, de ses sociétés et de ses institutions à l’Université de Mons. Il est rare que je ne l’évoque pas également dans mes exposés devant un public plus large, en particulier lorsqu’il s’agit de la réforme de l’État.

En effet, le Congrès national wallon polarise véritablement la demande wallonne en matière d’autonomie dans le contexte fondamentalement dramatique qui est celui de la sortie de la guerre 1940-1945. Et ce moment, on doit le regretter, ne fait pas suffisamment partie, malgré nos efforts, de l’histoire collective de la Wallonie, de sa compréhension de sa propre trajectoire. Je dirais même que cette absence rend incompréhensible dans beaucoup d’esprits, y compris de chercheurs et du monde politique, la demande sociale wallonne en termes de réforme de l’État. Observons d’ailleurs que de nombreuses personnalités politiques wallonnes, et non des moindres, considèrent que le Mouvement wallon démarre réellement avec André Renard en 1960-1961. Non seulement, elles ignorent qu’André Renard était présent en 1950 déjà, tout comme il était actif dans la résistance wallonne, mais surtout que la volonté qui animait le congrès était née des trahisons de la Lys et du Canal Albert, comme le disait François Simon, un dur Ardennais vivant à Bruxelles, co-fondateur de Wallonie libre en 1940 [4]. Celui qui avait peut-être pu rencontrer le Général De Gaulle à Alger, en 1944, rappelait que ceux qui avaient trahi sur le champ de bataille avaient pratiquement déchiré le peu de solidarité qui existait dans la Belgique. Ces trahisons, disait-il, n’ont jamais été le fait des régimes wallons, mais partout où notre jeunesse combattait en avant, en arrière, à gauche, à droite, elle voyait d’autres régiments qui étaient appelés à la soutenir, abandonner la bataille, et certains même accueillir Hitler en libérateur ! (Applaudissements). Il est né aussi poursuivait Simon ce sentiment de l’abandon de nos camarades dans les camps de prisonniers  5. (…) C’est là, notait Simon, que la rupture s’est faite.

C’est cela que l’on veut nous faire oublier depuis. C’est cela qu’on ne cesse de minimiser, de cacher, de pervertir. La presse bien pensante, mais aussi des historiens au service de je ne sais quelle cause, ont empêché que cette compréhension soit faite. Entendez-moi bien, mon souci n’est pas et n’a jamais été de fustiger la Flandre et les Flamands pour l’attitude de ceux qui ont trahi. Ma préoccupation a été de dire que, si on ne saisit pas ce qui s’est passé entre 1940 et 1945 en Belgique, on ne comprend pas la rupture qu’a constituée le vote du congrès de 1945 ni le résultat, qui le prolonge, de la consultation populaire de 1950. Et, à nouveau, je rends ici hommage à Hervé Hasquin, pour avoir non seulement cherché et trouvé des preuves de ces défaillances, mais aussi, d’avoir eu le courage de les rendre publiques 6. Ces témoignages se sont, bien entendu, multipliés et renforcés depuis.

J’ajouterai que, au delà de ces questions que Simon qualifiait de sentimentales, mais qui sont hautement politiques, la présentation, par Fernand Schreurs, secrétaire général du Congrès, des griefs de la Wallonie sont définis dans les domaines économiques, notamment la concentration financière et la désindustrialisation [7]. Ces aspects du rapport seront tellement convaincants qu’ils auront des répercussions sur le futur Premier Ministre Jean Duvieusart, déjà préoccupé avant-guerre par cette question, mais aussi sur Paul Henry Spaak, dont on connaît la volatilité et l’opportunisme, mais qui dégagera les moyens pour faire réaliser le remarquable rapport du Conseil économique wallon sur l’état de la Wallonie, publié en 1947 8.

Le droit que s’octroie la Wallonie en ce 20 octobre 1945, c’est, comme l’écrit Théo Pirard, celui de scruter son destin [9]. En fait, il s’agit, pour le congrès, de définir des solutions pour liquider le problème wallon. Elles sont au nombre de quatre : quatre posi­tions qui seront défendues tour à tour, sur lesquelles le congrès aura à se prononcer :

  1. Le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l’appa­reil constitutionnel ou légal;
  2. L’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique;
  3. L’indépendance complète de la Wallonie;
  4. La réunion de la Wallonie à la France  [10].

Comme le confirmera le député Joseph Merlot à la Chambre, deux votes écrits et secrets ont été prévus dès avant le congrès et organisés durant l’événement 11. Un premier vote, qualifié de sentimental mais au scrutin secret, accorde 486 voix à la réunion à la France, 391 voix au fédéralisme, 154 voix à l’indépendance de la Wallonie et 17 voix à la formule de décentralisation de la Belgique. Pourtant, au terme de la deuxième journée de discours et de débats, c’est à main levée que l’assemblée se prononce, à l’unanimité moins 2 voix, pour l’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique 12. Ainsi que l’explique Fernand Schreurs, cette éti­quette recouvre à la fois l’Etat fédéral selon la formule Truffaut – Dehousse, la confé­dération d’Etats présentée par la Fédération socialiste liégeoise et l’union personnelle ou réelle 13. Dans un souci d’unité et de réalisme politique, les ténors du mouvement ont rallié leurs militants à la solution raisonnable de l’auto­nomie 14. Comme l’a dit Charles Plisnier dans un discours pourtant enflammé, on ne fait pas l’impasse d’une expérience politique 15.

Ainsi que l’indique François Simon en tribune libre du journal Le Gaulois, les partisans de l’indépendance de la Wallonie et du rattachement à la France ont estimé qu’une dernière expérience restait à tenter, une dernière preuve à faire : celle qui consiste à faire éclater la mauvaise foi des diri­geants unitaires et l’impossibilité de doter la Wallonie, dans le cadre belge, d’un système qui lui rende son entière souve­raineté 16.

2. En tant que Wallon : une analyse du présent

En tant que Wallon, le regard que je porte sur le présent ne laisse pas de m’inquiéter. De 1945 au milieu des années 1960, sous les effets conjugués de son absence de dynamisme, d’innovation, d’autonomie, de créativité, de volonté de redéploiement, la Wallonie a poursuivi son déclin. Il faut ajouter à ces causes, le choix des holdings comme la Générale de transférer 20 % de ses participations du Sud vers le Nord. La Wallonie qui représente 33,2 % des activités de la Générale, en 1965, n’en représente plus que 28,6 %, en 1980. La part de la Flandre est passée de 53,5 à 60 % du portefeuille belge du holding 17. Des constats semblables peuvent être faits pour d’autres groupes financiers, comme Brufina, Cofinindus. En 1963, la richesse par habitant est passé sous celle de la Flandre et il a fallu attendre la fin des années soixante pour que la Wallonie puisse vraiment commencer à agir pour changer sa trajectoire. Ainsi, je ne suis pas de ceux qui pensent que les efforts de redéploiement de la Wallonie commencent en 1997 ou en 1999. Si les ministres Fernand Delmotte, Jean-Pierre Grafé, Jean Defraigne, Jean Gol, Alfred Califice, Robert Moreau, Guy Mathot, Jean-Maurice Dehousse, Philippe Busquin, Melchior Wathelet, Bernard Anselme, Guy Spitaels et Robert Collignon – et j’en oublie ! – n’avaient pas fait ce qu’ils ont fait et donné à la Wallonie, elle n’aurait pas enrayé son déclin dans la seconde moitié des années 1980. Néanmoins, et malgré les contrats d’avenir et les plans dits Marshall, nous nous maintenons sur un palier, mais nous stagnons. Nous nous redéployons, mais nous ne décollons pas. Nous gérons au mieux, certes, mais nous ne nous transformons pas véritablement. Nous voulons accélérer – ce sont les mots du Ministre-président Paul Magnette – mais nous n’accélérons pas encore 18. Les dernières analyses entendues ne sont pas là pour nous rassurer 19. La responsabilité de cette situation ne résulte pas de quelques-uns, ni de nos gouvernants, ni des Flamands, ni du fédéral, ni de l’Europe. Cette responsabilité nous est imputable. Elle est collective. Elle résulte de vous, elle résulte de moi.

Certes, le fédéralisme ne nous a pas éblouis par sa capacité de transformation. Il a fallu vingt ans depuis 1945 pour commencer, très timidement à l’obtenir. Il reste partiel, saucissonné entre la Région wallonne et la Communauté française, et l’intérêt, le bien commun wallon restent fondamentalement brouillés par les logiques de partis qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, restent éloignés de la Wallonie. Intérêt régional et bien commun sont également affectés par des logiques syndicales qui ne font plus de la Wallonie leur rêve d’une justice sociale et d’une région d’où serait bannie le chômage, pour citer approximativement André Renard 20. Comment le pourraient-ils, me direz-vous ? Il en est de même du monde associatif qui éprouve des difficultés gigantesques à mobiliser. Les entreprises semblent aujourd’hui les seules à vraiment s’inscrire dans un cadre wallon tout en s’articulant avec la nécessaire mondialisation. Il me suffit d’ailleurs de fréquenter parfois le Cercle de Wallonie, l’Union wallonne des Entreprises ou les sections wallonnes du Forum financier pour retrouver l’allant que l’on rencontrait hier dans d’autres lieux.

Le présent n’est pas sombre, car il est le lieu de nos actions, le moment où nous pouvons construire un avenir meilleur. Je crois néanmoins qu’aujourd’hui il est difficile de dire à nos enfants et à nos petits-enfants ce qu’on m’a dit dans les années 1970, 1980 et 1990. Encore dix ans, encore vingt ans, et la Wallonie se portera mieux. Or aujourd’hui, les meilleurs économistes nous disent que la Wallonie ne pourra rattraper ni la moyenne belge ni la moyenne européenne avant vingt ans, toutes choses restant constantes par ailleurs.

Ma conviction est donc qu’il faut changer de trajectoire et construire l’avenir autrement.

3. En tant que citoyen et démocrate : l’avenir est à construire maintenant

Je vous entends me répondre, Monsieur le Président de l’Alliance Wallonie-France : « l’avenir de la Wallonie sera français ».

Philosophiquement, cette idée ne me perturbe pas. D’ailleurs, personne n’a jamais relevé l’exergue que j’avais placé, en toute conscience, dans mon essai de 1997 sur l’identité wallonne, dû à la plume de Fernand Braudel : quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourne et m’interroge ? 21

De même, comme prospectiviste, lorsque je regarde les trajectoires possibles de la Wallonie dans le contexte d’une disparition éventuelle de la Belgique, ainsi que je l’ai fait au Sénat français en 2004 [22] ou à l’ARAU à Bruxelles en 2005 23, l’idée de réunion de la Wallonie à la France me paraît une alternative crédible. Davantage crédible en tout cas que l’idée – saugrenue, aurait dit François Perin – d’une Belgique résiduelle, sans la Flandre mais avec un roi, que préfigurerait la soi-disant Fédération Wallonie-Bruxelles.

Nonobstant le fait que j’habite à moins de 15 kms de la France, que j’enseigne de manière plus ou moins hebdomadaire, depuis plus de dix ans à Paris et à Reims, que j’accepte volontiers chantiers et conférences dans les régions françaises, que Paris me paraît davantage capitale que Bruxelles ou Namur et que, dès lors, je me sens déjà largement réuni à la France, ceci n’est pas un coming-out réunioniste.

Pour trois raisons que je pense essentielles.

La première est une question de temporalité. Il me paraît en effet que, compte tenu de son état général et de sa santé économique et sociale, la Wallonie n’est pas en mesure de négocier valablement avec l’Elysée, Matignon, le Quai d’Orsay ou toute autre instance, sa réunion à la République dans les conditions actuelles. Si nous devions le faire, ne laissons pas penser à nos amis qu’après voir été largués par les Flamands, puis par les Bruxellois, voire par les germanophones, nous chercherions notre salut dans une sécurité française par incapacité à mettre de l’ordre dans notre région, par manque de résilience, c’est-à-dire par incapacité à se saisir et à répondre aux enjeux qui sont les nôtres. Le sursaut de dignité que je prône depuis des années à l’égard des Flamands, je le préconise aussi à l’égard des Français.

La deuxième raison pour laquelle je ne veux pas me réunir maintenant à la République est que, je ne crois pas davantage en une France ontologique qu’en une Wallonie éternelle. Lors d’un colloque organisé par Claire Lejeune à l’Université de Mons en octobre 1994, Claude Julien – ancien directeur du Monde diplomatique – posait la question de savoir s’il est possible de se dire Français, de culture française aujourd’hui, sans dire si nous nous rangeons pour la période 1940-1945, du côté de Vichy ou du côté de la Résistance ? [24] Or il est intenable de soutenir que la France de Vichy n’était pas la France.

On ne l’a pas suffisamment rappelé, le Congrès de 1945 réunissait plus d’un millier de congressistes, parmi lesquels plus de 300 chefs de la Résistance, dans le contexte de sortie de guerre que j’ai rappelé. La France à laquelle nous aspirons quand nous en parlons comme alternative n’est pas celle du projet que portaient hier Pétain et Laval. Parce que, bien sûr, en tant que Wallons, nous avons refusé ceux d’Hendrik De Man et de Léon Degrelle. Par fidélité à nos pères, nous qui faisons constamment la leçon au Vlaams Belang, à la NVA et à tous les Flamands qui n’ont pas rompu avec leur passé, nous ne saurions aspirer à vivre et à collaborer dans et avec une France aux mains, hier de Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui ou demain de Marine Le Pen. Notre fidélité à ceux de 1940-1945, à ceux qui aimaient la Wallonie et la France et sont morts ou ont souffert pour la liberté et la démocratie est à ce prix. Et je pense évidemment à des Georges Truffaut, Luc Javaux, et à tant d’autres. Je pense à mon grand-père liégeois qui a passé une bonne partie de la guerre en captivité, à mes grands-parents châtelettains, dont la maison fut brutalement perquisitionnée par la Gestapo, à ma grand-mère résistante, arrêtée, battue et incarcérée à la prison de Charleroi, à mon père enfant, bousculé par les nazis. Certes, nous avions aussi nos collaborateurs wallons mais, comme l’a bien montré l’historien Martin Conway, ils étaient assiégés chez eux, écartés, pestiférés 25. Vingt ans après la guerre, ma grand-mère m’interdisait encore la fréquentation de jeunes gens parce que l’attitude de leurs parents avait été douteuse pendant ces années sombres.

La troisième raison enfin, c’est que nous ne saurions soutenir aujourd’hui que la Wallonie ne dispose pas d’une certaine souveraineté. Le fédéralisme a transféré l’Etat pour ce qui concerne les compétences au niveau des entités fédérées. Et ces compétences sont gigantesques. Notre Congrès national wallon est réuni en permanence. Il s’agit de notre Parlement de Wallonie qui, depuis 20 ans cette année, est élu directement et séparément du fédéral. C’est lui qui, demain, sera au centre de toute décision quant à l’avenir de notre région. C’est avec lui, et donc avec ses membres, qu’il vous faut dialoguer, c’est lui qu’il faut nourrir de vos analyses, c’est lui qu’il vous faut connecter aux acteurs de la gouvernance française.

Conclusion : Si c’est la France, ce sera la France libre

Je conclurai en me référant à une des grandes figures du Mouvement wallon et un des fondateurs de l’Institut Destrée. Arille Carlier, avocat, ancien stagiaire de Jules Destrée, de sensibilité libérale s’interrogeant en 1938 sur la réunion de la Wallonie à la France, estimait qu’il n’est pas démontré qu’un peuple de nationalité française ne puisse atteindre à la plénitude de sa vie nationale sans faire partie de l’État français 26.

Faut-il dire que, 77 ans plus tard, la complexité du monde contemporain rend, d’une part, cette question dérisoire et, d’autre part, sa réponse plus urgente que jamais.

Je pense dès lors que vos réflexions ainsi que vos travaux de sensibilisation et de pédagogie, sont, plus que jamais, utiles et salutaires.

Mais je m’en voudrais de ne pas vous inviter à un effort supplémentaire.

A l’heure où les ministres wallons invoquent le patriotisme économique de la Wallonie, je dis que nos patries sont en danger.

D’une part, je crains pour notre capacité de redressement de la Wallonie, malgré les efforts fournis, ceux-ci étant très insuffisants et pas assez profonds. L’échec de nos politiques de redéploiement aurait des conséquences terribles tant sur notre vie sociale que sur notre cohésion territoriale.

D’autre part, je crains aussi pour l’évolution de la France. Emberlificotée dans ses contradictions, incapable de renouveler son modèle d’intégration républicain, hésitante sur ses stratégies industrielles, sociales, éducationnelles et culturelles, la République semble laisser l’initiative à ses forces les plus antidémocratiques, les plus irrationnelles, les plus intégristes. Les valeurs de la République paraissent se déliter tout comme la Nation : la communauté des citoyens se fragmente en d’inutiles et vains communautarismes…

En tant que Wallonnes et Wallons, nous avons le devoir de secourir la France, de l’aider à voir clair en elle-même et d’appuyer ceux qui – de droite, du centre ou de gauche – lui permettront, comme en juin 1940, de renouer avec une certaine idée de la France. Cette idée que nous partageons. Et nul doute que les élections régionales françaises nous en donneront l’occasion.

Enfin, si demain ou après-demain, comme on doit l’anticiper, à défaut de le craindre, la Belgique venait à disparaître, il nous faudrait choisir d’autres alternatives. Mais, je le dis tout net : si c’est la France, ce sera la France libre.

Philippe Destatte

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[1] André BOLAND, Les naissances de la Wallonie, dans Léopold GENICOT, dir., Histoire de la Wallonie, p. 463, Toulouse, Privat, 1973.

[2] Philippe RAXHON, Histoire du congrès wallon d’octobre 1945, Un avenir politique pour la Wallonie, p. 119, Charleroi, Institut Destrée, 2015. – Actes du colloque scientifique interna­tional sur le Congrès national wallon de 1945, dans La Vie wallonne, avril 1997. – On trouvera également une importante revue de presse portant sur l’ensemble de la période dans L’Opinion wallonne, notamment les numéros 4 d’octobre – novembre 1945 et 5 de 1946.

[3] In memoriam, Olympe Gilbart, dans La Nouvelle Revue wallonne, avril – septembre 1958, p. 107. – Olympe GILBART, Un coup de semonce qui doit être entendu, tel est le sens profond du Congrès national wallon, dans La Meuse, 25 octobre 1945, p. 1.

[4] Sur François Simon, voir Paul DELFORGE, François Simon, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t. 3, p. 1479-1480, Charleroi, Institut Destrée, 2001.

[5] La Wallonie a parlé, La première assemblée des États généraux de Wallonie reven­dique l’autonomie de la Wallonie, dans Le Gaulois, 22 octobre 1945, p. 1. – Marie-Françoise GIHOUSSE, Mouvements wallons de Résistance, p. 100-102, Charleroi, Institut Destrée, 1984. – Voir le mémoire, attribué à François Simon, relatant son voyage. FHMW, Fonds Raymond VANHAM, Wallonie libre, D. Divers rapports, 11 pages. – M. François Simon prend la parole, Ibidem, p. 2.

[6] Hervé HASQUIN, Historiographie et politique, Essai sur l’histoire de Belgique et la Wallonie, p. 123, Charleroi, Institut Destrée, 1982.

[7] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945, Débats et résolutions, p. 21, Liège, Éditions du Congrès national wallon, [s.d.].

[8] Économie wallonne, Rapport présenté au Gouvernement belge par le Conseil économique wallon, 20 mai 1947, Liège, Éditions du Conseil économique wallon, 1947.

[9] Théo PIRARD, Ce samedi et ce dimanche à Liège, la Wallonie va scruter son destin, dans La Meuse, 20 et 21 octobre 1945, p. 1.

[10] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945..., p. 81-82.

[11] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, Séance du 8 novembre 1945, p. 1.249.

[12] Le congrès réuni à Liège a choisi à l’unanimité moins deux voix le fédéralisme dans le cadre d’une Belgique réformée, dans La Meuse, 22 octobre 1945, p. 1 & 2.

[13] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 88.

[14] Le congrès a voté, dans La Wallonie libre, novembre 1945, p. 1sv. – Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 82.

[15] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 106. – Sur Charles Plisnier et le mouvement wallon : José FONTAINE, Plisnier et la question nationale, dans Paul ARON, dir., Charles Plisnier, Entre l’Évangile et la Révolution, p. 111-123, Bruxelles, Labor, 1988. – Philippe DESTATTE, Actualité politique de Charles Plisnier sur la question wallonne, dans Francophonie vivante, décembre 1996, p. 245-250.

[16] François SIMON, Pourquoi le repli, dans Le Gaulois, 24 octobre 1945, p. 1. – Voir les réactions des principaux témoins, vingt-cinq ans plus tard : Il y a vingt-cinq ans : le premier Congrès national wallon, La Wallonie interroge : Si c’était à refaire, recommenceriez-vous ?, dans La Wallonie, 24 et 25 octobre 1970, p. 8, 9 et 10.

[17] Jean-Rémi SORTIA, Présence de la Société générale de Belgique en Wallonie : 1900-1980, dans Wallonie 86, n° 74, p. 133-150.

[18] Ph. DESTATTE, L’économie wallonne, les voies d’une transformation accélérée, Exposé présenté au Forum financier de la Banque nationale de Belgique, Université de Mons, le 3 novembre 2014, Blog PhD2050, 24 juin 2015, https://phd2050.wordpress.com/2015/06/24/fofi/

[19] Philippe DONNAY, Perspectives économiques régionales 2015-2012, Conférence présentée au CESW, 21 septembre 2015. – Jules GAZON, Wallonie, Connais-toi toi-même ! dans Le Soir, 5 octobre 2015. – Giuseppe PAGANO, L’économie wallonne : forces et faiblesses, Cycle de conférences UMONS – Université ouverte, Où va la Wallonie ? Charleroi, 8 octobre 2015.

[20] Ph. DESTATTE, L’identité wallonne, Essai sur l’affirmation politique de la Wallonie (XIX-XXèmes siècles), p. 231-232, Charleroi, Institut Destrée, 1997.

[21] Fernand BRAUDEL, L’identité de la France, Espace et histoire, p. 20, Paris, Arthaud-Flammarion, 1986. dans Ph. DESTATTE, L’identité wallonne…, p. 11.

[22] Ph. DESTATTE, « Scruter son destin », Quelle actualité pour les alternatives de 1945 concernant l’avenir de la Wallonie, Conférence au Sénat français à l’initiative du Cercle franco-wallon, Paris, 18 octobre 2004.

[23] Ph. DESTATTE, Les différentes alternatives d’évolution du modèle institutionnel belge et les conséquences pour Bruxelles, dans Bruxelles dans la Belgique post-fédérale, p. 42-51, Bruxelles, Atelier de Recherche et d’Action urbaine (ARAU), 2005.

[24] Voir Citoyenneté européenne et culture, Cahiers internationaux de Symbolisme, n° 80-81-82, 1995. La citation n’y figure pas, il s’agit d’un verbatim que j’ai pris en note à cette occasion.

[25] Martin CONWAY, Degrelle, Les années de collaboration, Ottignies, Quorum, 1994.

[26] Arille CARLIER, Qu’est-ce qu’une nation ? Qu’est-ce qu’un Etat ?, dans La Wallonie nouvelle, 6 mars 1938, p. 1 & 2.

La Wallonie dans l’après Belgique

Une communication de la Maison de la Laïcité Ourthe et Aisne

Conférence échange – Dimanche 25 octobre 2015 à 10h30

OLYMPUS DIGITAL CAMERAConférence /débat par M. Jules Gazon, professeur émérite de l’Université de Liège.

La participation de la NV-A au futur gouvernement fédéral est-elle de nature à apaiser les conflits communautaires ou s’agit-il d’une stratégie subtile pour montrer au peuple flamand que la continuité de la Belgique est contraire aux intérêts de la Flandre ?

Jules GAZON nous expliquera comment le nationalisme flamand s’est construit et pourquoi il n’est pas le seul facteur susceptible de provoquer la sécession du pays. La disparité économique entre la Flandre et la Wallonie interpelle si on lève le voile sur ce qu’il adviendrait d’une Wallonie autonome au plan des comptes publics. N’est-ce pas à ce niveau honteusement occulté qu’il faut trouver le germe du séparatisme ?

Et si tel devait être le cas, une Wallonie indépendante est-elle possible? Une nation wallonne est-elle imaginable? Faut-il envisager l’option française?

Autant de questions auxquelles Jules GAZON se propose de répondre.

Conférence suivie d’un débat.

PAF : membres : entrée libre

          non-membres : 3 €

          étudiants : 1 €

Info : Consuelo Montejo – 0486 738 039

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde