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Le spectre de la crise financière

« Il manque 343 millions pour financer l’enseignement supérieur à l’horizon 2024, met en garde Jean-Paul Lambert, ancien recteur de l’Université Saint-Louis mercredi dans les colonnes du Soir. »

Est-il besoin de rappeler que l’argent conduit le monde et qu’un pouvoir désargenté est un pouvoir fragilisé ?

Gouverner c’est prévoir. Certes, le temps de la politique est souvent raccourci par les échéances électorales. Il se peut que les élus, même en s’élevant vers les sommets du pouvoir, manquent cruellement de hauteur. Reconnaissons toutefois que certains d’entre eux, plus visionnaires, ont su faire à temps des choix qui se sont révélés décisifs, parce qu’ils ont ouvert des perspectives de développement là où l’inertie aurait précipité le déclin. Gageons que nos dirigeants sont toujours mieux informés que nous-mêmes, qu’ils sont abreuvés de chiffres et que l’idée d’inscrire la Wallonie dans l’espace français fait son chemin dans leur esprit.

Quoi qu’il en soit, une démocratie ne fonctionne pas seulement avec des élus. Les responsabilités sont collectives. Il faut donc répéter ce qu’en principe, on n’a plus le droit d’ignorer en Wallonie : on peut remodeler la Belgique autant qu’on veut, l’équilibre est impossible à atteindre. L’évolution de la Wallonie vers une plus grande autonomie financière est une fuite en avant dangereuse, elle augmente en réalité le risque d’une plus grande dépendance économique et politique à l’égard d’une nation flamande qui nous est de plus en plus étrangère et poursuit ses propres objectifs.

Gagner du temps, c’est parfois le réflexe ou le calcul de ceux qui poussent et repoussent les problèmes hors de leur champ de vision. Mais le temps lui-même a un prix. Sinon celui de l’aggravation des problèmes, du moins celui du compromis, tant qu’il restera possible, en fonction du rapport de force et des priorités des uns et des autres, plus ou moins symboliques ou financières. Il ne faut plus compter sur la Flandre pour équilibrer les comptes publics. Quant à la sécurité sociale, dont on se plaît à répéter qu’elle est le dernier véritable ciment de l’Etat belge, on peut déjà voir qu’elle s’effrite, et ce ne sont pas les mouvements sociaux actuels qui vont consolider l’édifice. On imagine ce que cette agitation sociale pourrait donner dans une Wallonie plus autonome et asséchée financièrement.

La Flandre occupe l’essentiel du pouvoir en Belgique. Elle décide et elle observe. Dans le Vif/L’express de ce vendredi, un chroniqueur de Knack  fait le constat suivant : « Les actions dans le sud du pays nuisent surtout à la société wallonne. Entre-temps, on travaille en Flandre. Le nord et le sud s’éloignent encore plus. Sur le plan socio-économico-financier, nous sommes déjà une confédération. » Dans son texte, il fait référence aux chiffres de notre ami Jules Gazon. Ceux-ci deviennent un élément de la réflexion politique. Il ne suffira pas d’une orgie de football, ni même d’une fête prolongée aux Diables rouges, pour gommer la réalité des chiffres. On en revient à la seule vérité qui soit vraiment déterminante : celle de l’argent. Le risque de l’étranglement existe, même dans un contexte économiquement stable, ce qui n’est déjà pas garanti.

Bref, revenons à l’information de départ, concernant le financement de nos universités. La voici, telle que résumée sur le site du Vif/L’Express :

« M. Lambert parle d’un définancement structurel du supérieur qui pourra nuire à terme à la bonne performance et réputation du système francophone. « Je tire le signal d’alarme : si on ne veut pas voir les courbes s’inverser, il faut refinancer massivement le secteur. Jean-Claude Marcourt vient de faire un premier effort de 10 millions en 2016 et promet 41 millions dans trois ans, il fait ce qu’il peut avec les moyens actuels, mais ça ne suffira pas », déclare-t-il dans le quotidien.

Selon ses estimations, les universités n’auront pas assez avec 41 millions d’euros d’ici 2019 pour garder la tête hors de l’eau face à la croissance ininterrompue d’étudiants, mais nécessitent 100 millions. Pour corriger le définancement structurel en quatre législatures, 142 millions sont nécessaires en 2019 et 343 millions en 2024, estime encore M. Lambert dans le journal Le Soir. » (G.R.)

L’analyse de Jules Gazon dans le Trends

Jules Gazon nous livre ci-dessous une analyse d’économiste. Cela veut-il dire que la Wallonie manque d’atouts ? Certainement pas ! J’en relèverai quelques-uns parmi d’autres :

  • la Wallonie gagne en thérapie cellulaire, en composites pour l’avion propre, en logistique;
  • la Wallonie est reconnue pour son excellence, nous sommes un district européen créatif;make wallonia 2
  • la Wallonie occupe une position géopolitique incomparable qui pourrait induire de grands travaux d’infrastructure comme la liaison fluviale Dunkerque-Bassin parisien-Bassin du Rhin avec ouverture vers le bassin du Danube et toute l’Europe de l’est;
  • la Wallonie est riche d’une main-d’œuvre qualifiée au talent reconnu et il en va de même dans le domaine culturel : nos artistes sont appréciés dans le monde de la francophonie et en France particulièrement;
  • la Wallonie permettrait à la France de réduire le différentiel qui la sépare de l’Allemagne et d’atteindre ainsi 70 millions de citoyens, ce qui ne serait pas sans effet sur un rééquilibrage de son influence en Europe;
  • la Wallonie jouit d’un patrimoine non négligeable qui s’intégrerait parfaitement dans celui de la France : l’accord signé entre le nouveau musée de Liège et le musée du Louvre en est une merveilleuse illustration;
  • la Wallonie peut être fière de ses infrastructures sociales, médicales (maisons médicales), de sa faculté vétérinaire et de ses hautes écoles ( infirmières, logopèdes, kinésithérapeutes …);
  • la Wallonie peut être fière de ses acquis en matière éthique et apporter là son expérience pour aider à pacifier des débats récurrents qui agitent la France…

trajectoires prospectivesRappelons aussi l’éditorial du quotidien « Le Soir » du 23 novembre 2013 intitulé « La Flandre veut-elle encore de la Belgique? ». Point d’ambiguïté dans la compréhension de la question sur la sécurité sociale  posée aux citoyens flamands (« Etes-vous pour ou contre sa scission? ») : POUR, répondent froidement 55 % des Flamands. Ces chiffres avaient le mérite de la clarté. Il serait suicidaire pour les Wallons de balayer ce résultat d’un revers de la main.

Paul D.

« Une Wallonie autonome, c’est la Grèce de 2009 »

02/06/16 à 12:16 – Mise à jour à 12:29

Source: Trends-Tendances 

Le jour où la Wallonie ne pourra plus compter sur la solidarité de la Flandre, ses dépenses publiques devront diminuer d’un quart, estime l’économiste de l’ULg Jules Gazon. Une Wallonie autonome ferait face à un déficit budgétaire aussi grand que celui de la Grèce en 2009.

Jules Gazon, professeur émérite en économie à l’Université de Liège, estime que les dépenses publiques wallonnes devront diminuer d’un quart si la Région ne peut plus compter sur la solidarité de la Flandre. Il a fait connaître ses chiffres la semaine dernière, lors d’un colloque à l’occasion du cinquantième anniversaire du Centre de coordination des organisations flamandes (Overlegcentrum van Vlaamse Verenigingen – OVV). Gazon était l’un des intervenants, aux côtés notamment du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

Outre le déficit public wallon, Gazon a ventilé le solde primaire fédéral – les recettes moins les dépenses sans les charges d’intérêt – régionalement. Cela revient à une sorte de régionalisation des comptes nationaux. Ensuite, il a divisé les intérêts de la dette publique entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles sur base du poids des Régions dans le PIB.

Sur base de cette clé de répartition, la Wallonie ferait face à un déficit budgétaire de 11,121 milliards d’euros, soit 12,37% du PIB. Gazon: « Une situation explosive. Le hasard veut que le déficit budgétaire d’une Wallonie indépendante serait comparable à celui de la Grèce au début de la crise de l’euro en 2009. Nous savons à quoi mène une telle chose: une hausse des intérêts sur la dette publique. Pour pouvoir rester dans la zone euro, la Wallonie devrait réaliser de vastes assainissements. »

« Du fait de la pression fiscale élevée déjà existante, des augmentations d’impôt seraient en réalité exclues », dit Gazon. « La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile. »

Immobilisme communautaire

Mais cela ne relève-t-il pas de l’utopie politique ? Le gouvernement fédéral opte pour un immobilisme communautaire. Il n’est plus question de scénario de scission. Si une nouvelle réforme de l’Etat arrivait, ce serait pour faire des pas dans la direction du confédéralisme. Cela conférerait une vaste autonomie aux Régions, mais il serait encore question d’une solidarité confédérale. Gazon n’est pas convaincu: « Une Belgique confédérale mettrait fin à la solidarité financière entre la Flandre et la Wallonie. Le Belgique deviendrait alors une enveloppe vide. »

Gazon voit l’éclatement du pays comme inévitable à terme. Dans l’intervalle, la Wallonie ne peut qu’essayer de réduire l’écart de richesse avec la Flandre. Selon Gazon, cet écart est beaucoup trop grand. Et il est une conséquence d’une politique économique wallonne néfaste.

L’économiste wallon a calculé que le PIB par habitant en Flandre est plus élevé de 37% par rapport à la Wallonie. La productivité flamande est 18% plus élevée et le taux d’activité de 16%.

Post-Belgique

Au cours de son exposé au colloque de l’OVV, Gazon a approfondi les scénarios possibles dans une perspective post-Belgique. Une Wallonie indépendante n’est selon lui pas viable économiquement parlant. Un scénario ‘wallo-bruxellois’, il le voit encore moins. Gazon: « Ils ne veulent rien savoir à Bruxelles. Et l’effort bruxellois pour aider à réduire le déficit budgétaire wallon serait insoutenable. »

Dans un scénario post-Belgique, Gazon ne voit qu’un seul avenir pour la Wallonie: le rattachement à la France. La seconde économie de la zone euro pourrait amortir le choc du rattachement de la Wallonie: « Le PIB français est après tout 4 fois plus grand que le wallon. Le déficit budgétaire wallon et la dette publique wallonne seraient proportionnellement divisés en quatre. »

Un Etat défaillant

Par Georges Régibeau

La Belgique est-elle autre chose qu’une équipe de football ?

Au moment de sortir les drapeaux pour rêver de gloire nationale, il n’est sans doute pas inutile de se poser la question. L’engouement populaire autour des diables rouges est un fait, mais la réalité de la Belgique et de l’Etat belge en est, bien sûr, un autre.

En 2011, pour avoir un gouvernement fédéral après 541 jours de crise politique, il a fallu que le PS accepte la scission de BHV et la 6e réforme de l’Etat. En 2014, pour éviter que cela ne recommence, il a fallu que le MR accepte de gouverner avec la N-VA dans un gouvernement dominé à 80 % par la Flandre. En 2019… il est trop tôt pour écrire le détail de ce qui se passera mais, dans les grandes lignes, on sait déjà que la Wallonie paiera toujours plus cher pour une Belgique de plus en plus illusoire.

Alors, supporter, oui, mais pas dupe.

Le « compromis à la belge » est tout sauf un modèle d’équilibre. Il ne s’agit pas non plus d’une invitation permanente au dialogue et au respect. C’est le plus petit commun dénominateur entre ceux qui veulent le démantèlement de la Belgique et ceux qui font le maximum pour l’empêcher, ou du moins le retarder, transformant l’état belge en un champ de mines, un sac de nœuds dont l’effet paralysant n’échappe à personne aujourd’hui. On n’a jamais autant parlé de la déliquescence de l’Etat belge. Il y a deux semaines, Jean Quatremer écrivait que « la Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population ». Le blogueur Marcel Sel l’a rejoint sur ce constat sans appel et, agacé par la réaction de certains journalistes, il l’a même amplifié, fustigeant le déni d’une partie de la presse belge francophone. Ensemble, ils s’en prennent aux nationalistes flamands, dont le travail de sape est facilité par leur présence massive au cœur du pouvoir.

Invité ce samedi du grand Oral RTBF-Le Soir, Olivier Maingain n’a pas dit autre chose. Il a lancé un appel pour que les forces politiques, et d’abord celles qui gouvernent au fédéral, s’engagent solennellement à « garantir le fonctionnement et la crédibilité de l’Etat dans ses missions essentielles, qui ne sont plus assurées aujourd’hui ». Il a précisé sa pensée : « C’est un bon test sur la viabilité de notre Etat. Le pays dans lequel nous vivons a-t-il encore un sens ? Il faut admettre que nous en sommes là. (…) Selon que cet appel trouvera ou non un écho, cela témoignera de notre capacité à nous relever. Oui, c’est un test de sincérité pour vérifier qui veut réellement empêcher le démantèlement de l’Etat, un test aussi pour vérifier qui veut empêcher sa privatisation graduelle et par étages. » Il ne croit pas un instant que son appel sera entendu. La preuve : au terme de son interview, on lui a demandé quel était son choix musical et, sans avoir l’air d’y toucher, il a répondu… « Douce France ».

A côté du processus de désagrégation que connaît la Belgique, au profit d’une nation flamande émergente, il y a la remise en question du rôle de l’Etat, en tant que tel. Olivier Maingain est partisan d’un Etat laïc, régulateur, œuvrant dans l’intérêt général. Un Etat capable de répondre à des enjeux de société, d’assurer au mieux ses missions de service public, de veiller à la protection de tous. Un Etat citoyen, social, démocratique. Il y a certainement beaucoup de Wallons qui partagent ce point de vue, mais ce n’est pas la vision dominante en Flandre, où le modèle anglo-saxon pousse à l’externalisation des compétences, à la privatisation des services, à la sanctuarisation des affaires. Business is business.

Impossible, évidemment, de penser la Belgique en dehors de l’Europe et du monde. La libéralisation des échanges est, depuis le XVIIIe siècle, une exigence autour de laquelle on peut broder considérations morales et discours politiques. Il est devenu naturel de céder au pouvoir des marchés. Même si, en Angleterre, certains n’hésitent pas à présenter l’Europe comme le projet d’un super-Etat totalitaire, il est plus juste de relever que, dans l’espace européen, la concurrence a force de loi, tandis que les missions de service public sont regardées avec méfiance. A cela s’ajoute que la révolution numérique a ouvert le champ des possibles : elle force à repenser la question des limites et celle des frontières, elle fluidifie les échanges en court-circuitant l’autorité publique. Avec le temps, « l’intervention du pouvoir d’Etat dans les relations sociales devient superflue dans un domaine après l’autre » : ainsi prophétisait Friedrich Engels, qui n’était pas le maître à penser de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Concept marxiste, le dépérissement de l’Etat ne se confondait pas avec la toute-puissance du marché, cela va de soi, mais il s’inscrivait aussi dans la vision idéale du communisme.

Friedrich Engels nous ramène au XIXe et au XXe siècles. « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », aurait, de son côté, prophétisé André Malraux. Il est vrai que si ce n’est pas à l’Etat de créer du lien social, et que l’économie capitaliste a d’autres impératifs, on n’a plus qu’à laisser aux religions le soin d’intégrer les individus dans une communauté humaine où ils trouveront leur place. Tant qu’à faire, on peut aussi leur abandonner l’éducation, les écoles et la définition du vrai et du faux. Il est facile de contester la légitimité de l’Etat. Au nom de la liberté. Voire au nom de l’égalité, de la fraternité, quand l’Etat républicain lui-même est vu comme le gardien des intérêts de la classe dominante. Et si la classe dominante est la première à saper l’autorité publique…

Curieuse époque, tout de même, où s’entremêlent la volonté, plus ou moins consciente, d’en finir une fois pour toutes avec l’Etat, ce monstre impersonnel dont les interventions seraient forcément inopportunes et malveillantes, et la consternation devant son apparente incapacité à gérer les bouleversements liés à la mondialisation.

Bien sûr, on ne dira pas que l’Etat s’évapore partout, ni partout au même rythme ; il continue à gérer des compétences et des budgets considérables. Il faut néanmoins répéter que la Belgique est au bord de la rupture. Avec ses faiblesses actuelles et ce grand chambardement qui la guette, la Wallonie a besoin de considérer sérieusement les opportunités qui, dans un proche avenir, seront les siennes. Elle a toujours regardé la France, dont elle partage la langue et la culture, mais elle a peur de disparaître. Il faut que les Wallons sachent que la Constitution française est très souple et permet d’imaginer un statut sur mesure pour une Wallonie à la fois autonome et intégrée dans la République française. Un maximum d’autonomie pour un maximum de solidarité, ce serait le meilleur moyen de continuer à exister.

Un contrat de mariage adapté

Depuis plusieurs années, le Français Jacques Lenain s’emploie à promouvoir une solution française pour la Wallonie. A l’origine du concept d’intégration-autonomie, il a voulu s’assurer qu’il ne se trompait pas sur les possibilités laissées par la Constitution française. Il a interrogé Didier Maus, qui est reconnu comme une sommité dans ce domaine. Voici le résultat de leur entretien.

SUR L’AVENIR DE LA BELGIQUE ET DE LA WALLONIE

Entretien avec DIDIER MAUS

Ancien conseiller d’État

Président émérite de l’Association internationale de droit constitutionnel

Février 2016

Jacques Lenain : M. MAUS, devant la menace constante de dislocation du Royaume de Belgique, sous la poussée du mouvement nationaliste et séparatiste flamand, qui ambitionne d’avoir son propre État national, les élites et populations wallonnes et bruxelloises sont présentement incapables d’envisager une quelconque alternative à cet État belge partagé avec la Flandre, qui se défait pourtant continument. Alors que la Flandre construit, pas à pas, son déjà quasi-État, apte demain à muter en un État pleinement souverain, la Wallonie et Bruxelles se montrent inaptes à concevoir un projet similaire, parce qu’elles ne croient pas en sa faisabilité (absence d’identité « nationale », enclavement territorial et donc subordination économique de Bruxelles, faiblesse économique et donc dépendance financière de la Wallonie). Et, cependant, toute hypothèse d’une « solution française », légitime au regard de la continuité géographique, linguistique et culturelle entre la Wallonie et la France, entre la majorité des Bruxellois et la France, se heurte à la méfiance de ces élites et populations wallonnes et bruxelloises, méfiance profonde qui peut être résumée par la formule suivante : « nous ne voulons pas être gouvernés par des préfets français ». Face à ce rejet de l’État français, qui exprime une profonde méconnaissance de l’organisation politique et territoriale de la France contemporaine, à ce refus de toute évocation appuyée d’une « réunion » de la Wallonie voire de Bruxelles à la France, compte tenu de la volonté forte des Wallons et des Bruxellois de conserver l’essentiel de leur héritage belge, donc des lois et institutions belges et des autonomies wallonne et bruxelloise, que dit la Constitution française, plus précisément pour ce qui se rapporte au régime des collectivités territoriales françaises et de leur degré de dépendance à l’État central ? Et que peut donc permettre cette Constitution, au moins potentiellement, pour donner et garantir à la Wallonie et à Bruxelles, si les Wallons et les Bruxellois sollicitent un jour la France, un cadre d’intégration à la France qui serait respectueux de leur héritage belge et de leur autonomie régionale ?

Didier MAUS. En préalable, il convient de bien préciser le cadre de cet entretien et les paramètres de la réflexion. Il importe d’abord de partir d’une situation où la décision de mettre fin à une Belgique fédérale aurait été prise en conformité avec la Constitution belge. Ensuite, il serait nécessaire que les populations concernées de Wallonie et, éventuellement de Bruxelles, aient manifesté de manière indiscutable leur souhait de devenir une composante de la République française. Enfin, il faudrait que les autorités françaises, Président de la République, Gouvernement et Parlement, acceptent cette perspective et concluent, pour y parvenir, des accords avec les autorités compétentes issues de la Belgique.

J’ajoute qu’il existe différents exemples de pays ayant connu des mutations de souveraineté, soit par dissociation (la Tchécoslovaquie devenue en 1992 la République tchèque et la Slovaquie), par désagrégation (l’ancienne Yougoslavie), par « restitution » (Hong-Kong vers la Chine en 1997) ou par regroupement (l’exemple le plus célèbre étant la réunification allemande de 1990). De multiples autres exemples peuvent être recensés, avec à chaque fois une situation politique et juridique originale, qu’il s’agisse du droit international ou du droit interne.

En ce qui concerne la France, les derniers rattachements sont ceux des villages de Tende et La Bigue, à la frontière italienne, en 1947. Il y a eu des référendums locaux pour le rattachement. Par contre, plusieurs territoires ont accédé à la souveraineté internationale, selon des procédures diverses, mais toujours avec une consultation locale (Algérie en 1962, Djibouti en 1977, Comores en 1978…). Par contre l’île de Mayotte, à la suite d’un référendum de 1976, est demeurée française.

L’article 53, dernier alinéa, de la Constitution dispose : « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans le consentement des populations intéressées ». Il y a une jurisprudence et une pratique qui ont été utilisées pour les « départs », mais la perspective d’une « arrivée » est incluse dans la notion d’adjonction.

Contrairement à une idée très ancrée dans les esprits, la France n’est plus aussi uniforme qu’elle l’était du temps de Napoléon Ier ou même de la IIIe République. Indépendamment du fait que l’article 1er de la Constitution fait désormais mention d’une organisation décentralisée et que les collectivités territoriales sont des acteurs politiques majeurs, il existe plusieurs régimes territoriaux et juridiques différents. Certes ils sont majoritairement situés outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Antilles…), mais en métropole l’Alsace-Moselle conserve, avec l’accord du Conseil constitutionnel, certaines lois de la période 1871-1918, la Corse bénéficie d’un régime territorial sur mesure, et Paris et la région Ile-de-France constituent une région (de douze millions d’habitants) avec des régimes assez spécifiques (notamment en matière d’urbanisme et de transport). La tendance est nettement à la création de régimes administratifs moins uniformes (Métropole lyonnaise).

D’un strict point de vue juridique, rien ne limite l’imagination des auteurs d’une révision de la Constitution.

J. L. Que peut donc permettre cette Constitution française, sous la condition d’être révisée, pour donner et garantir à la Wallonie et à Bruxelles, si les Wallons et les Bruxellois sollicitaient un jour la France, un cadre d’intégration à la France qui serait respectueux de leur héritage belge et de leur autonomie régionale ? Autrement dit, un tel cadre d’intégration, qui serait donc, en quelque sorte, « sur mesure », serait-il possible ? Et ce cadre pourrait-il alors être assez large pour permettre de satisfaire l’essentiel des exigences belgo-wallonnes comme belgo-bruxelloises, domaine par domaine ? Car ces exigences pourraient être nombreuses : institutions territoriales, compétences régionales étendues, sécurité sociale, droit du travail, droit des entreprises, droit fiscal, système éducatif et universitaire, système de santé, etc. Il y a peu de domaines dont les acteurs franco-belges ne souhaiteraient pas la conservation du régime juridique, au moins pour l’essentiel puisque des adaptations seraient quand même nécessaires.

Didier MAUS. Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie,…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre-mer).

La principale difficulté serait d’identifier le noyau dur des principes constitutionnels auxquels il ne serait pas possible de déroger, par exemple l’égalité des hommes et des femmes, les libertés fondamentales, l’accès à la justice et le rôle central du Conseil constitutionnel, de la Cour de cassation et du Conseil d’État, certains aspects de la fiscalité et de la protection sociale. La laïcité, souvent considérée comme un des éléments les plus significatifs de l’identité constitutionnelle française, est susceptible de plusieurs aménagements possibles, dans le respect d’une part de la liberté religieuse, d’autre part de l’égalité entre les religions. L’Alsace-Moselle vit toujours sous le régime du concordat de 1801 et la loi de séparation des églises et de l’État de 1905 ne s’applique pas en Guyane.

Il est évidemment difficile, à ce stade, d’être plus précis, mais – sous les réserves politiques évoquées – des approfondissements peuvent être examinés.

J. L. M. MAUS, vous dites « un titre spécial », lequel titre constitutionnel spécial pourrait contenir « une mini-constitution sur mesure »… La possibilité d’un « titre » constitutionnel spécialement dédié à la Wallonie (voire, si on se cantonne strictement au terrain juridique, qui pourrait l’être également à Bruxelles…) ne choque pas qui connaît, au moins un peu, la Constitution française, et qui sait donc que, déjà, une petite collectivité française fait l’objet d’un tel titre spécial, la Nouvelle-Calédonie. Mais, votre affirmation que le contenu de ce titre « De la Wallonie… » pourrait avoir la portée d’une « mini-constitution », tant par l’étendue que par la substance des matières concernées, peut étonner et laisser perplexe, surtout toute personne belge, même juriste, même constitutionnaliste, convaincue que le droit constitutionnel d’une France toujours vue comme « jacobine » ne permettrait pas d’aller aussi loin. Dit autrement, cette « mini-constitution »  dans la Constitution est-elle compatible avec les deux grands principes constitutionnels d’unité et d’invisibilité de la République ? Pour prolonger cette interrogation, absolument majeure pour les décideurs franco-belges, je reviens sur le terme « sur mesure ». Un statut constitutionnel « sur mesure »  pourrait-il donc bien garantir à une Wallonie qui ferait le choix de la France comme nouvel État une autonomie qui serait équivalente à la sienne actuelle dans le cadre de l’État belge ? Et pour préciser cette notion d’autonomie équivalente, prenons une exemple « extrême » : la Wallonie dispose (comme la Flandre), au delà de la longue liste des compétences que la loi constitutionnelle belge lui attribue, de ce que celle-ci nomme « l’autonomie constitutive », soit le pouvoir de fixer ses règles propres d’organisation et de fonctionnement (organes politiques, statut des élus, etc.) ; est-il envisageable que la Wallonie puisse continuer à disposer, une fois en France, de la reconnaissance constitutionnelle de ce pouvoir d’auto-organisation ?

Didier MAUS. Il n’y a pas dans la structure constitutionnelle française d’aujourd’hui d’exemple d’une collectivité aussi « autonome » que l’est la Wallonie dans le cadre de la fédération belge. Les collectivités les plus autonomes (La Nouvelle-Calédonie ou La Polynésie) bénéficient d’une capacité d’auto-législation, dans les domaines définis par la loi organique (article 74 de la Constitution). Elles ne bénéficient pas du pouvoir de définir leurs institutions ou leur organisation. Il faudrait que le titre spécial de la Constitution sur la Wallonie définisse les règles d’adoption et de contrôle des « lois wallonnes »  et les domaines concernés. Le dispositif adopté en Grande-Bretagne pour la dévolution en faveur de l’Écosse, du Pays de Galles ou de l’Irlande du Nord ou l’autonomie asymétrique mise en place en Espagne, par exemple en Catalogne, offrent des pistes de réflexion, même si, à chaque fois, le contexte national, historique et politique, est prédominant.

En théorie pure, il faut toujours partir du fait que la Constitution peut tout faire. Il ne serait donc pas impossible d’inscrire dans la Constitution des compétences plus larges au profit d’une collectivité spécifique. La faisabilité politique est une autre question. Dans la mesure où la situation wallonne entre plus dans le cadre de l’article 53, 3e alinéa, précité, de la Constitution que dans celui du démembrement de territoire d’ores et déjà sous souveraineté française, toutes les possibilités demeurent possibles. L’exemple de la Communauté franco-africaine de 1958-1960 a montré que l’on peut aller très loin et quasiment avoir deux constitutions à l’intérieur d’un même texte constitutionnel. Il faut reconnaître que le contexte historique belge est profondément différent de celui de l’époque.

La question « Jusqu’où la spécificité wallonne peut-elle être garantie ? » ne peut être réglée que par des négociations politiques.

L’unité de la République ne signifie nullement le régime unique. Stricto sensu, « l’unité de la République » ne fait partie du droit positif que dans le domaine des libertés publiques. L’expression elle-même ne figure pas dans la Constitution de 1958. Il est très délicat de dire où se situe le curseur qui remettrait en cause l’unité. Pour la monnaie, la question est réglée avec l’euro ; pour la justice, il faudrait admettre la suprématie de la Cour de cassation et du Conseil d’État ; il n’y aurait qu’une seule diplomatie et une seule armée, avec néanmoins des possibilités d’associer les autorités wallonnes à ce qui les concerne en propre ; on peut imaginer un système éducatif plus décentralisé que l’actuel, mais les diplômes nationaux (à coté de ceux des universités) ont toujours été préservés. On peut néanmoins interpréter le monopole de la collation des grades de manière assez souple. En réalité, il faut examiner point par point et imaginer ce qui serait possible. Il est également possible de prévoir une longue période transitoire avec des possibilités régulières de modification ou d’adaptation.

L’indivisibilité est toujours très délicate à définir. Elle exclut, pour l’instant, la reconnaissance de peuples autres que le peuple français (par exemple pour la Corse). Elle est souvent interprétée comme ne permettant pas le fédéralisme, ce qui reste à démonter. La limite la plus probable est l’impossibilité juridique pour un territoire d’accéder à l’indépendance à la suite de sa seule décision, c’est-à-dire en faisant sécession. L’indivisibilité conduit également la France à se méfier des notions de minorités ou de langues minoritaires. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, impossible pour l’instant à obtenir, est nécessaire en préalable à la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La question linguistique ou le risque de sécession ne devraient guère se poser avec la Wallonie.

Comme toujours, l’aspect politique est primordial. Si les acteurs politiques wallons et français entrent dans un processus de discussions, et ensuite de négociations, il leur appartiendra très rapidement de définir les exigences majeures que la Wallonie souhaite conserver, à court terme ou à moyen terme. Des réflexions « hors sol »  peuvent être menées par des experts compétents, mais l’art du juriste est souvent de mettre en forme un accord politique.

L’histoire européenne, pour n’évoquer celle-ci, a connu suffisamment de mutations territoriales et de souveraineté, consenties ou imposées, pour considérer que la faisabilité de la perspective ici esquissée est positive.

Les archives de « France Wallonie Bruxelles »

Numérisation, par Cédric Chopin, de la revue « France Wallonie Bruxelles », supplément bimestriel encarté dans le périodique « 4 millions 7 » de la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles. 

éditorial 4 Millions 7 sur FWB n° 1 / FWB n° 1 / FWB n° 2 / FWB n° 3 / FWB n° 4 / FWB n° 5 / FWB n° 6 / FWB n° 7 / FWB n° 8 / FWB n° 9 / FWB n° 10 / FWB n° 11 / FWB n° 12 / FWB n° 13 / FWB n° 14 / FWB n° 15 / FWB n° 16 / FWB n° 17 / FWB n° 18 / FWB n° 19 

Permettez un instant de nostalgie…

A l’exemple de ce qui se passe en France, M. Freddy Joris n’est jamais le dernier quand il est question de mettre en lumière le riche patrimoine wallon. Je transmets l’invitation qui suit avec émotion car mes grands-parents maternels étaient de nobles ouvriers qui ont travaillé à la renommée hélas passée de la merveilleuse industrie lainière verviétoise.

Paul D.

SAMEDI 14 MAI DE 10 A 16 H, OUVERTURE EXCEPTIONNELLE DE LA RESERVE DE MACHINES TEXTILES ET DE MACHINES A VAPEUR DU SOLVENT BELGE (145 rue de Limbourg). Pour la première fois depuis cinq ans, les anciennes machines textiles remontées patiemment par des passionnés depuis 2003 seront visibles de tous à l’occasion de la 4e journée « portes ouvertes » organisée par le Comité scientifique d’histoire de Verviers dans la réserve visitable où sont entreposées ces machines. Un véritable trésor d’archéologie industrielle à découvrir ou redécouvrir, ainsi que l’ensemble complet de machines à vapeur de 1899 présentes également au Solvent à l’endroit même où elles furent installées voici plus d’un siècle. Innovation cette fois avec la .présence de produits de la firme « DBD Wool » (couettes 100 % laine vierge), et la vente du livre de Thierry d’Huart sur Victor Besmes et les agrandissements de Verviers au XIXe siècle (paru en mars dernier). Bien entendu, entrée gratuite ! Merci de faire circuler l’information.

Photo de Freddy Joris.

Les prisons belges en 2016 : démission !

Que ferais-je si j’étais le ministre de la Justice Koen Geens face à la crise des prisons ?

Je démissionnerais illico !

La crise est trop grave et trop ancienne pour pouvoir être résorbée par un Ministre tombé presque fortuitement dans ce département ingérable, à la tête d’une Administration Pénitentiaire qu’il ne connaissait pas et qui est complètement dépassée.

Ses prédécesseurs ont fait l’expérience de leur impuissance à rénover le monde des prisons, aussi bien Laurette Onckelinckx, M.Verwilgen, S.Declercq, ou encore Annemie Turtelboom… 

Le problème n’est plus maitrisable :

Il est quantitatif : on est passé de 6.000 à plus de 12.000 détenus !

Il est qualitatif : certains détenus sont  traités de manière indigne !

Il est lié aux infrastructures, qu’il s’agisse de la vétusté des bâtiments existants, ou de l’aberration de certaines nouvelles constructions présentes ou à venir.

Le personnel pénitentiaire est à bout de souffle en raison de son insuffisance numérique et de conditions de travail éprouvantes, notamment au niveau des cadences et de la formation.

Les polices appelées à suppléer les carences du système pénitentiaire n’en sortent plus.

L’Etat belge, fréquemment condamné par les juridictions internationales, l’est et même désormais par les tribunaux nationaux qui lui imposent  des astreintes financières…

Financièrement, au niveau des finances publiques, le monde des prisons est un gouffre sans fin, avec un coût journalier de l’ordre de 200€ par détenu.

Les tribunaux d’exécution des peines, tant attendus, et qui ne connaissent que des condamnations à plus de trois ans, n’ont pas accéléré le cours des libérations conditionnelles, au contraire !

Le législateur tend à limiter encore les conditions de libération anticipée !

Durant la détention, les aides au reclassement sont insignifiantes, les services sociaux internes et externes étant complètement insuffisants, même en fin de peine, et il y a très peu d’aides réelles à la réinsertion !

Le placement de plus en plus systématique de bracelets électroniques, mesure très inégalitaire et difficilement supportée, est souvent irréfléchi et n’a d’autre but que d’éviter une incarcération faute de place en prison.

La politique de formation en prison est lamentable, aussi bien en matière d’alphabétisation que de formation professionnelle.

La réforme du statut des détenus qui relèvent de la défense sociale est reportée depuis des années, de nombreux malades mentaux continuant d’encombrer les établissements pénitentiaires.

Le sort réservé aux familles et aux proches des personnes détenues est souvent très pénible, surtout pour les enfants de détenus.

D’un point de vue sécuritaire, le taux de récidive des détenus libérés est extrêmement élevé.

L’émergence des peines alternatives à l’incarcération n’a pas permis de diminuer le volume annuel des incarcérations et a contribué à « étendre le filet » comme le présidaient les criminologues, sans « mordre » sur le nombre d’incarcérations…

La construction de nouveaux établissements n’est pas non plus une solution : plus y a des places, plus on incarcère. 

Le monde judiciaire – avocats et magistrats – n’est pas non plus sans responsabilités : malgré d’innombrables colloques plus savants  les uns que les autres, une sorte d’habitude de la prison s’est installée doucement.

Heureusement, des cris de révolte continuent de s’élever avec courage et obstination. Seront-ils enfin entendus ? Le silence des politiques reste assourdissant…

QUE FAIRE ?

Après la démission du Ministre de la Justice, il y a lieu de proclamer l’état d’urgence pénitentiaire.

Vu l’expérience particulièrement négative des années antérieures, il faut créer de nouvelles structures.

L’impasse complète dans laquelle se trouve le pouvoir fédéral  conduit à mettre à l’étude d’urgence la nécessaire régionalisation de la justice.

Il est normal que dans un état de plus en plus régionalisé la politique pénale, et notamment la politique des prisons, soit définie par le pouvoir le plus proche des gens, à savoir le pouvoir régional.

Deux pans importants de la politique pénale sont déjà transférés : la politique de l’aide à la jeunesse, volet très important, ainsi que  les Maisons de Justice et l’Aide sociale aux détenus, secteurs tout aussi considérables.

Il serait utile de créer à bref délai un conseil supérieur régional de la justice pénale, organe composé de matière interdisciplinaire réunissant les meilleurs spécialistes ; ils sont nombreux, mais ne sont plus consultés depuis longtemps ! Le temps n’est plus où les criminologues belges étaient connus, et reconnus, dans le monde entier ! Il faut réinventer les choses. Et il faut le faire de manière internationale, et spécialement avec les européens confrontés aux mêmes problèmes que les nôtres : une réflexion avec la France serait plus que jamais nécessaire, en s’inspirant de deux « modèles » :

– le contre-exemple américain, qui apparait comme absolument détestable…

– l’exemple scandinave, qui montre le bon chemin : un politique nouvelle, basée sur une réinsertion sociale véritable, avec soutien actif de la population, et des résultats très positifs en matière de lutte contre la récidive. En outre, les coûts de ce système sont nettement inférieurs aux nôtres.

Vu l’urgence de la situation, un commissaire spécial à la réforme pénitentiaire devrait être désigné dans chaque région, avec une petite équipe, dont la mission serait très clairement de réduire de moitié la population pénitentiaire actuelle en s’inspirant des critères suivants :

– la dangerosité sociale et la sécurité publique ;

la diminution de la durée de la détention de condamnés à de longues peines présentant plus  de danger social ;

– la transmutation de peines d’emprisonnement en des peines alternatives pour des détenus non-dangereux : travaux d’intérêt général, obligation de thérapies, obligation de formation professionnelle ;

            Il va de soi que cette politique de remise en liberté accompagnée ne  s’adresserait pas aux détenus dangereux : usage d’armes, enlèvements, trafiquants, pervers sexuels avérés, violents récidivistes…

D’autres mesures sont à envisager :

– la politique des parquets en matière de mises à l’instruction : une prolongation du délai de garde à vue à 48 heures, comme en France, pourrait paradoxalement réduire le nombre de détentions préventives s’il y a moins de mises à l’instruction en urgence et souvent sans analyse approfondie;

la délivrance des billets d’écrou devrait se faire sous le contrôle des magistrats, et en concertation avec les services sociaux en vue d’établir, s’il y a lieu, un plan de détention réaliste, ou une alternative à la détention;

– la détention purement cellulaire devrait laisser la place, en prison, à des activités de type communautaire et de formation.

Ainsi, la définition traditionnelle de la peine de prison pourra être redéfinie : elle ne sera plus seulement ce  « mal infligé par la justice répressive en guise de punition d’un acte que la loi défend »  mais un moyen complémentaire d’insertion sociale, la prison étant à considérer comme  remède ultime à défaut d’autre possibilité de remédiation psycho-sociale.

C’est d’un véritable choix de société qu’il s’agit.

Le temps des colloques sur l’avenir de la prison est révolu !

A défaut de l’annonce rapide  par le gouvernement actuel d’une réforme  en profondeur de la politique pénitentiaire et de la situation des prisons, il ne nous resterait  qu’à souffler sur les braises de la révolte en cours…

Et à prendre acte, en ce secteur crucial, comme dans tant  d’autres,  de la faillite de l’Etat Belge.

Georges-Henry SIMONIS

Magistrat honoraire,

Administrateur de l’AWF (Charleroi)

Liège se métamorphose avec la France

Ilotopie.jpegMétamorphoses. A Liège, c’est le mot du jour. « Liège est une ville qui se défait et se refait sans jamais se lasser », écrivait l’historien Jules Michelet. « Le caractère le plus fixe de Liège, à coup sûr, c’était le mouvement. » Cette vitalité, reconnaissons-le, ne l’a pas toujours servie mais, en dépit de ses errements, de ses oublis, de ses découragements, la voilà qui se relève et se découvre à nouveau belle et prête à croire en ses promesses. A nouveau, dans la lumière du printemps revenu, c’est naturellement vers la France qu’elle se tourne pour se remettre à exister, car il y a des liens dont la permanence est le fil de notre histoire, comme autant de racines indispensables à la vie. Avec son inspiration toute romantique, Michelet rendait cet hommage à la ville de Liège: « L’historien de la France doit au peuple qui la servit tant, de sa vie et de sa mort, de dire une fois ce que fut ce peuple, de lui restituer (s’il pouvait !) sa vie historique. Ce peuple au reste, c’était la France encore, c’était nous-mêmes. Le sang versé, ce fut notre sang… Liège et Dinant, notre brave petite France de Meuse, aventurée si loin de nous dans ces rudes Marches d’Allemagne, serrée et étouffée dans un cercle ennemi de princes d’Empire, regardait toujours vers la France. »

Bien entendu, Liège, si française, est une main tendue vers le monde germanique. La géographie, autant que l’histoire, en fait un trait d’union naturel entre l’Allemagne et la France. Pour revenir à aujourd’hui, le programme des Métamorphoses est disponible sur le site de l’organisateur. Voici comment il est présenté par le journal La Meuse :

Métamorphoses

Francophonie, où t’es, où t’es…?

L’AWF, partenaire de l’opération « Communes wallonnes pour la langue française » initiées par l’Ambassadeur Albert Salon, souscrit totalement au désappointement du secrétaire d’Etat à la francophonie André Vallini.

Nous faisons néanmoins une différence entre une chanson dont le refrain est en anglais parce qu’il faut séduire un public qui n’est pas français, et une reprise en anglais d’une chanson bien connue du groupe Kiss pour des supporters français de l’équipe de France de football (sachant que la compétition aura lieu en France).

Lu sur le site de Paris Match :

Le représentant de la France à l’Eurovision doit-il chanter en français ? L’un des éternels débats entourant le concours de chants européens a été relancé lundi par André Vallini dans un communiqué. Le secrétaire d’Etat à la francophonie ne semble pas du tout apprécier que des paroles dans la langue de Shakespeare se soient glissées dans la chanson qui sera défendue par le porte-drapeau de la France Amir « J’ai cherché ». Il ne goûte pas plus chanson des bleusle choix de « I was made for lovin’ you, my team », reprise du groupe Kiss interprétée par Skip The Use, comme choix d’hymne officiel de l’équipe de France pour l’Euro de football qui se déroulera dans quelques semaines en France. Un choix « consternant et inacceptable », a-t-il écrit sur Twitter.

« Au moment où nous défendons la place du français dans les institutions internationales et notamment européennes, au moment où nous mobilisons tous nos moyens pour son rayonnement dans le monde, au moment où nous nous efforçons de répondre à l’appétence pour le français dans nos instituts sur les cinq continents, il est incompréhensible que lors de deux grands événements populaires, la langue française baisse pavillon ! De grâce, ne marquons pas contre notre camp! », s’est insurgé le secrétaire d’Etat.

“J’ai cherché” favorite des fans de l’Eurovision

Eurovision-La-chanson-d-Amir-ne-plait-pas-a-tout-le-mondeConcernant la chanson de l’ancien candidat de « The Voice », seul le refrain est en anglais. Et ses paroles bilingues semblent séduire les fans de l’Eurovision qui, selon un sondage a été placée à la première place, largement devant la Russie et l’Australie. Reste à savoir si le public aura le même engouement pour le morceau le 14 mai à Stockholm.

Di Rupo lance l’idée d’une «convention citoyenne»

…comme  préambule à la Constitution  belge

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27Le point de vue de Georges-Henry SIMONIS 

Plus d’un sont sans doute tombés de leur siège avec étonnement en découvrant dans le Soir du mardi 26 avril 2016 l’annonce par Elio DI RUPO, président du P.S. et ancien Premier Ministre, d’une proposition de « convention du consensus constitutionnel » à laquelle il travaille depuis 6 mois en compagnie des leaders de son parti.

Ce serait une institution censée représenter la population, composée d’une centaine de citoyens, dont les 2/3 seraient tirés au sort, et 1/3 d’élus, autour d’une réflexion : « C’est quoi la Belgique ? »

Imaginons : une trentaine d’élus, de tous bords,  hommes et femmes, flamands et francophones, provenant des différentes régions du pays ! Et, par tirage au sort,  30 Flamandes et Flamands, 25 Wallonnes et Wallons, 15 Bruxelloises et Bruxellois, dont l’un ou l’autre néerlandophone, ainsi qu’un ou deux germanophones !

Fameuse épure ! Poser la question, c’est y répondre : du vrai surréalisme ! 

Il parait que ce modèle aurait été essayé avec satisfaction en 2012, en Irlande,  une île au sentiment national pour le moins  différent de celui d’une nation belge qui n’existe pas, et qui est en voie de disparition !

Encore une fois, l’ancien Premier Ministre ne ménage pas sa peine pour tenter de sauver  le navire belgicain, sans voir qu’il prend l’eau de toutes parts !

Cela commence à frôler l’aveuglement, voire l’irresponsabilité, et c’est d’autant plus regrettable que la crise est bien là, de plus en plus évidente, qui frappe bon nombre de citoyens – surtout les plus précarisés – qui attendent de nouvelles solutions pour leur avenir et celui de leurs enfants.

C’est presque cruel de dresser un  réquisitoire contre tout ce qui ne va pas dans la Belgique d’aujourd’hui : la désorganisation des services de renseignements, la collusion larvée avec la grande fraude fiscale internationale au Panama ou ailleurs, la faiblesse des différents types d’enseignements, les contrôleurs aériens, la vétusté des caméras de surveillance de Zaventem, l’orientation des pistes d’aéroport, les tunnels bruxellois, les problèmes ferroviaires d’une SNCB en presque faillite, la crise de la Justice,  la gestion désastreuse des prisons, les travailleurs sur chantiers ni payés ni assurés, la ratification des médecins généralistes, le coût des soins de santé et des médicaments, le monde agricole… Oublions-même Linkebeek et la périphérie bruxelloise, et les réductions de subventions dans la culture et dans le monde social…

L’initiative de l’ancien Premier Ministre de créer un « nouveau machin national » est d’autant plus regrettable qu’on recherche comment simplifier l’organisation institutionnelle du pays : les thèmes à aborder devraient aller dans le sens d’une vaste simplification du millefeuille institutionnel, qui coûte si cher au pays, avec une productivité souvent très limitée. Ainsi de  la suppression du Sénat, des Provinces, des Ministères fédéraux non indispensables, et, le moment venu,  la mise en question de la Royauté. En outre, un nouvel organe politique risquerait d’éloigner encore plus les citoyens du monde politique qui, in fine, est là pour gouverner le plus démocratiquement possible !

Il est permis d’espérer que les partis politiques, et surtout les partis francophones,  arrêtent de se voiler la face sur la scission du pays. Le sujet ne peut plus être tabou. Des espérances fortes existent autour de l’émergence incontestable du fait régional : nos régions, et spécialement la Région wallonne renforcée des compétences nouvelles qui lui viendront de la Communauté française, est en train de relever le défi économique auquel elle est confrontée.

De nouveaux horizons apparaissent peu à peu, avec l’apparition de solidarités nouvelles : à l’évidence, le choix de la France en fait partie, et non un nouveau (con)fédéralisme déséquilibré.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde