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Vogue la galère (et vive la révolution belge)

Par Georges Régibeau

Nous sommes entrés dans une année électorale et cela va tanguer, frotter, jouer des coudes au sein des différentes majorités gouvernementales, surtout en Flandre, où l’Open VLD, le CD&V et la N-VA, associés aux niveaux fédéral et régional, doivent marquer leur différence et mettre en avant leurs figures les plus populaires, au risque de fragiliser la cohésion des équipes gouvernementales.

Ne parlons pas de la Wallonie, où le PS a été débarqué par le CDh. Pour le MR, à la barre du vaisseau amiral, il s’agit seulement de ramer jusqu’au port.

Autour du Premier ministre, et ne se privant pas de le bousculer, l’état-major de la N-VA donne des coups de barre à droite. Il n’a aucune raison de se gêner puisqu’il ne lui déplairait pas de faire ainsi chavirer le gouvernement fédéral, de manière à provoquer des élections anticipées, qui seraient couplées aux élections communales, en octobre. Ainsi, pour autant que leur score électoral ne les affaiblisse pas, les nationalistes flamands pourraient faire monter le prix de leur participation à un prochain gouvernement fédéral, quitte à ce que rien n’avance vraiment jusqu’au moment des élections régionales, prévues le 26 mai 2019.

L’effacement de la Belgique au profit de la Flandre, ce glissement naturel vers le confédéralisme qui ferait de la Wallonie une région à la fois autonome et captive, sans moyen ni volonté réelle de se prendre en charge, il en est aussi question dans l’envie de la N-VA de rebaptiser le Benelux en « Vlawanelux ». Le Vif/L’Express, dans son édition du 4 janvier dernier, a consacré un article à cette idée qui chatouille l’esprit des nationalistes flamands. Puisqu’il faut se renforcer sur la scène internationale, la collaboration avec les Pays-Bas est bien entendu des plus sensées, avec pour effet que, dans une logique confédérale,  le maintien d’une Belgique résiduelle suppose en réalité de gommer les effets de la révolution belge et de revenir en quelque sorte au Royaume-Uni des Pays-Bas rebaptisé « Vlawanelux ».

Maîtres de leur destin, les Flamands continueront de célébrer leur victoire historique sur l’armée du roi de France en 1302, tandis que les Wallons, contents de rester dans une Belgique relookée, ils auront le bon goût d’oublier pourquoi ils font la fête au mois de septembre.  A moins qu’ils ne s’enfoncent encore un peu plus dans la schizophrénie.

On sait que, dans une relecture de leur histoire, les nationalistes flamands ont fait de la révolution belge une catastrophe au moins équivalente à la reprise et au sac d’Anvers par les Espagnols en 1576. Quand, le 18 mai 2006, deux députés du Vlaams Belang ont déposé à la Chambre une « proposition de résolution relative au démembrement de l’Etat belge en vue d’accorder l’indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverains », ladite proposition, dont à peu près tous les partis flamands ont accepté de débattre, était précédée d’un long justificatif historique. On y lisait notamment qu’ « il n’est pas exagéré de dire que le gouvernement provisoire a conquis la Flandre avec l’aide des Français », belgophilie et francophilie étant largement synonymes.

« Ce fut également sous la direction de généraux français, à savoir De Parent, Mellinet et Niellon, que la ville et la province d’Anvers furent ‘libérées’. Il ne s’agissait nullement d’une révolte de la population anversoise contre la ‘tyrannie hollandaise’. Au contraire, c’est avec abattement que fut accueillie la déclaration faite par le Roi Guillaume aux États-Généraux, le 20 octobre, que les décisions des Chambres ne s’appliqueraient désormais plus qu’au Nord. La ‘libération’ d’Anvers par le Gouvernement provisoire fut, en réalité, une conquête par des bandes françaises et wallonnes, donc par des étrangers, comme le fit remarquer Jan Frans Willems. Michiel  van  der  Voort  comparait  la  nouvelle  ‘armée’ belge  à  ‘une  bande  de  brigands’.  On  pouvait  certes trouver des idéalistes parmi les ‘libérateurs’, mais la grande  majorité  était  constituée  de  racaille,  d’aventuriers qui, en raison de la crise sociale, n’avaient rien à perdre. »

Cette lecture de l’histoire n’est pas moins légitime que les récits faisant de la révolution belge un glorieux fait d’armes, un événement fondateur sur lequel reposerait notre identité. On aurait tort de l’ignorer sous prétexte qu’elle est forcément viciée par l’extrême droite. En Flandre, il est commun de penser qu’après les Espagnols, au XVIe siècle, ce sont les Français qui ont séparé les Flamands de leurs cousins néerlandophones. « Après deux siècles, la Flandre n’avait plus d’âme, plus de conscience. Elle se laissa entraîner dans la révolution de l’année 30 : jamais révolution plus stupide ne fut déclenchée à la suite d’influences étrangères ! Nous fûmes livrés pieds et poings liés, le français devint la seule langue officielle… » Ces mots ont été écrits en 1896 par le jeune August Vermeylen, un socialiste qui deviendra notamment le recteur de l’Université de Gand quand celle-ci sera flamandisée. Un siècle plus tard, dans une Belgique de plus en plus flamande où le CVP réclamait déjà le confédéralisme, le président du Socialistische Partij, Louis Tobback, a lui aussi fait savoir que, selon lui, la révolution belge avait été une (grosse) erreur.

Le rapprochement de la Flandre avec les Pays-Bas, c’est tout sauf une aberration, mais faut-il qu’on raisonne ainsi du côté wallon ?  

Petit rappel insistant : la révolution belge nous a fait sortir du Royaume-Uni des Pays-Bas imposé par le Congrès de Vienne et c’est ce que célèbrent les fêtes de Wallonie, en septembre. Ce mouvement révolutionnaire, avec la Marseillaise chantée à Bruxelles, à Liège, à Verviers, juste après les « trois glorieuses » de juillet 1830 à Paris, ce fut notamment une tentative avortée de rejoindre la France. Cette révolution très « française » a finalement donné naissance à la Belgique, avec la bénédiction de l’Angleterre, et parce qu’on sentait bien que ce nouveau pays dont la langue officielle était le français penchait naturellement vers la France, il a fallu faire entrer dans la tête des Belges qu’ils n’étaient pas français et ne le seraient jamais.

Résultat : pour beaucoup de Wallons, rester belge signifie rester avec la Flandre, envers et contre tout. Quitte à la suivre dans son idée de confédéralisme étendu aux 17 millions de Hollandais. Une Wallonie économiquement faible, à l’identité incertaine, coincée dans un avatar de l’ancien Royaume-Uni des Pays-Bas, voilà ce que ces Belges de toujours sont prêts à choisir comme avenir. Par fidélité aux révolutionnaires de 1830. Cherchez l’erreur. On nage en plein surréalisme et certains se satisferont de dire ou d’écrire : « C’est ça la Belgique ».

Mais que diable allons-nous faire dans cette galère…

Information francophile

Un ami d’Uccle nous demande d’insérer sur notre site l’information suivante, ce que nous faisons avec grand plaisir :

L’Ambassade de France en Belgique organise, en partenariat avec le Lycée français Jean-Monnet à Bruxelles, la troisième édition du Salon des études supérieures Campus France.

Cet événement d’envergure a pour objectifs d’informer les élèves français, belges et internationaux ainsi que leur famille, et d’offrir une excellente opportunité aux établissements supérieurs français de rencontrer ce large public particulièrement intéressé par une mobilité vers la France.

Date et horaires du salon : samedi 13 janvier 2018 de 10h30 à 16h30

Lieu : Lycée français Jean-Monnet – avenue du Lycée français 9 à 1180 Uccle (Bruxelles)

Nombre d’exposants : plus de 50 écoles et universités françaises dans de nombreux domaines d’activités : ingénierie, management, business, art, design, sciences politiques,…

Entrée libre et gratuite – Se présenter à l’entrée du Lycée français Jean-Monnet muni d’une pièce d’identité

> Inscription conseillée via ce formulaire : https://docs.google.com/forms/d/1-6Xq7NWMYsI48PLldzn6Qt7QIR0u4VLOu4B7HHW2muo/edit?usp=sharing

Remplacement des F16: Atterrissage dangereux !

Une chronique de Jules Gheude publiée sur le site du Vif/L’Express.

Le remplacement des avions de combat vient, pour la seconde fois, alimenter le feuilleton communautaire.

En 1975, alors que le Rassemblement Wallon est dans le gouvernement Tindemans depuis quelques mois, une vive polémique surgit à propos du choix à opérer pour remplacement des 116 avions de combat F104G de la Force aérienne.

Outre la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège sont également impliqués dans ce « marché du siècle », que vont se disputer finalement trois candidats : le YF16 américain, le Mirage F-1 français et le Viggen suédois.

Très rapidement, un clivage va se dessiner au sein du gouvernement belge. Si les ministres francophones marquent leur préférence pour l’appareil français, avec le souci de promouvoir une industrie aéronautique européenne, en revanche, les ministres flamands vantent les mérités techniques de l’avion américain. Amplifié par une vaste campagne de presse, ce clivage aura pour effet de retarder la décision belge.

Le président du Rassemblement Wallon de l’époque, Paul-Henry Gendebien, n’entend rien céder sur ce terrain, d’autant qu’il sent la base de son parti de plus en plus irritée contre les atermoiements flamands à propos de l’application de la loi de régionalisation préparatoire, mise sur pied par François Perin, le ministre RW de la Réforme des Institutions. Le Nord ne se résigne pas, en effet, à faire de Bruxelles une région à part entière.

A cette irritation de la base du RW s’ajoute l’incompréhension à l’égard du mutisme dans lequel François Perin, naguère si volubile en tant que président de parti, a décidé de se murer pour exercer ses fonctions ministérielles.

Pour l’intéressé, en tout cas, il ne peut être question de compromettre l’avancement du processus de régionalisation pour une affaire d’avions. Selon lui, le gouvernement ne peut chuter que lorsque la preuve sera faite soit qu’il est possible de faire progresser la régionalisation avec une autre équipe, soit que le pays est devenu totalement ingouvernable et qu’il faut dissoudre les Chambres.

Bref, une partie de bras de fer va s’engager entre Paul-Henry Gendebien, dont l’agressivité à l’égard du Premier ministre ne cessera de croître, et François Perin, soucieux avant tout de poursuivre la tâche qui lui a été confiée.

A partir du 25 mai, le choix de l’avion américain apparaît inéluctable. A cette date, en effet, le gouvernement des Pays-Bas annonce sa décision d’acheter le YF-16. Or, des compensations économiques intéressantes ont été garanties si le marché était conclu conjointement par les autres partenaires.

Le 5 juin, un élément va déterminer François Perin à opter pour la continuation de l’expérience gouvernementale. Ce jour-là, en effet, dans la soirée, un proche collaborateur du secrétaire d’Etat RW Etienne Knoops l’informe d’une offre du ministre CVP De Saeger relative notamment à la régionalisation de l’eau. Un espoir sérieux subsiste donc de poser de nouveaux jalons régionaux.

Convoqué à Namur, le 6 juin, le Bureau fédéral du RW va se dérouler dans une ambiance survoltée. Il se divisera de façon nette pour répondre à la question « Estimez-vous que le RW doit maintenir son veto à l’achat de l’avion américain même si ce veto doit entraîner la démission du gouvernement sous une forme ou sur une autre ? » Les ministres seront mis en minorité par 48 oui contre 31 non et 1 abstention.

Quelques heures plus tard, au conseil de gouvernement, l’achat de 102 YF-16 est décidé. Le gouvernement n’ayant pas démissionné, faut-il en déduire que François Perin a bafoué la volonté de son parti ? Point du tout, et il s’en explique aux journalistes : Vous connaissez la décision qui a été prise cette nuit par mon parti. J’ai défendu ce point de vue devant le conseil de gouvernement. Le Premier ministre, appuyé par les autres membres du Conseil, a estimé que l’absence d’unanimité ne constitue en aucune façon un rejet de la décision qui a été prise par le gouvernement. Chacun, successivement, a défendu sa position au cours de la réunion. Le droit de veto n’existe pas dans le système gouvernemental belge. En outre, avec notre décision, le Premier ministre – suivi par le Conseil unanime – a considéré que l’absence d’unanimité n’entraîne pas la démission collective du gouvernement. Hier, mes amis politiques n’ont pas demandé que nous offrions notre démission. Ils entendent au contraire faire avancer la construction européenne et la régionalisation.

Si le RW sort de l’aventure avec une vilaine blessure qui ne se cicatrisera jamais et entraînera finalement sa mort, François Perin, lui, peut aller de l’avant grâce aux garanties obtenues notamment quant à la régionalisation de l’eau, de l’administration et du logement.

Aujourd’hui, trois appareils sont susceptibles de remplacer les YF-16 : le F-35 américain de Lockheed Martin, l’Eurofighter du consortium européen éponyme et le Rafale français de Dassault Aviation. Mais pour le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), seuls les deux premiers candidats ont répondu à l’appel d’offres dans le délai prescrit, à savoir le 7 septembre.

Du côté francophone, on voit là la volonté flamande d’écarter, pour la seconde fois, le candidat français. Et ce sentiment se confirme lorsque, face aux 20 milliards de compensations offertes par la France à la Belgique, le ministre déclare : C’est trop beau pour être vrai!

L’ancien patron de la base de Florennes, le colonel Luc Gennart, dont on se souvient du réquisitoire violent qu’il avait fait contre la flamandisation de l’armée, adopte un point de vue assez curieux. S’il rappelle que notre coopération avec les armées françaises est depuis plus de deux décennies parmi les plus intenses que nous puissions avoir avec des partenaires européens et que le groupe Dassault Aviation est déjà fortement implanté en Belgique depuis plus de 50 ans dans un réseau de 800 entreprises partenaires, il se pose toutefois la question quant à la sécurité juridique de l’offre française : Imaginons un seul instant la réaction de Paris à la situation inverse : un pays tiers faisant la même offre en dehors du cadre strict d’un marché stratégique majeur…

La question que Luc Gennart n’aborde pas est celle de savoir si le choix final qui sera opéré sera équilibré ou s’il favorisera nettement une région par rapport à l’autre. Sur ce point, les ministres de son propre parti – le MR – devront se montrer particulièrement vigilants…

Voyage en absurdie

Par Jean-Luc Lefèvre, Jambes

Lors de l’Affaire Cahuzac, cet expert de la fraude intellectuelle, aurait-on imaginé Le Figaro suggérer la prudence à la droite, et donc sa retenue pour exiger la démission du ministre P.S., en brandissant le spectre d’un renforcement de la gauche ?

Ne rions pas ! C’est ce qu’ose « La Libre » dans sa livraison du jeudi 29 décembre, au lendemain des Saints Innocents : en démissionnant, Francken renforcera son parti et affaiblira le CD&V.

Vrai ou faux ? Là n’est pas le problème.

Le problème, c’est d’abord, la perte des repères intellectuels en Belgique qui traduisent un estompement des normes, tant morales que politiques au point d’adopter, comme le chien de Pavlov, des attitudes inspirées de Trump.

Le problème, c’est aussi l’emprise que la N-VA exerce sur des cerveaux bien constitués, peu suspects de populisme, une authentique manipulation des esprits.

Deux faussaires, l’un français, l’autre belge (du moins, c’est ce que dit sa carte d’identité !), deux traitements de l’information qui en disent long sur l’état de santé d’un pays.

Si, en France, on n’a pas fait dans la dentelle pour exposer le cas Cahuzac à l’opinion, c’est parce que lui renvoyait au tabou de l’argent malhonnête, ce qui n’est pas le cas de Francken, dans un état, de surcroît, qui s’est émancipé depuis longtemps des droits les plus élémentaires des citoyens, comme dans les Fourons, comme en périphérie bruxelloise. N’est pas qui veut la patrie des Droits de l’Homme, et Francken le sait, qui s’en moque et en abuse !

Mais c’est aussi parce que, contrairement à la France, la Belgique est malade, ce dont tous s’accordent, même les media, tous rétifs à mettre de l’huile sur un feu qui n’en finit plus de consumer… au mépris d’une saine conception de leur travail.

Cahuzac, Francken, deux destins parallèles, deux cynismes aussi, mais un seul a droit au Paradis.

Une même amoralité, pourtant !

Donner au puzzle belge de la clarté

 
Paul D.
Pour savoir de quoi on parle, petite leçon de vocabulaire donnée par le CRISP (Centre de Recherche et d’Information  Socio-Politiques) :
Parlement flamand : Assemblée parlementaire de la Communauté flamande, dotée du pouvoir législatif et exerçant le contrôle du gouvernement flamand.
La Communauté flamande est une des trois communautés dont se compose l’État fédéral belge. Son parlement possède les mêmes fonctions législatives et de contrôle politique que les autres parlements de communauté ou de région. Sa composition est par contre spécifique, ainsi que ses compétences.

Ses compétences sont plus larges que celles des autres parlements de communauté car le Parlement flamand exerce, avec le gouvernement flamand, les compétences de la Région flamande, qui n’a pas d’institutions politiques propres.

Le Parlement flamand se compose de 124 députés. Depuis 2004, tous sont des élus directs. Ils se décomposent en deux ensembles :

– 118 membres sont domiciliés et élus dans la Région flamande ;
– 6 membres sont domiciliés dans la Région de Bruxelles-Capitale ; ils sont élus par toutes les personnes participant à l’élection régionale bruxelloise qui y ont choisi de se faire présenter les listes de candidats appartenant au groupe linguistique néerlandais. Une incompatibilité empêche de siéger simultanément dans les deux assemblées.

Tous les membres du Parlement flamand participent aux votes qui concernent les compétences de la Communauté flamande. Par contre, seuls les 118 membres élus en Région flamande participent aux votes qui concernent les compétences de la Région flamande. Les décrets relevant des compétences de la Communauté flamande s’appliquent dans la région de langue néerlandaise et dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, tandis que les décrets relevant des compétences de la Région flamande ne s’appliquent que dans celle-ci.

Les députés du Parlement flamand (ou députés flamands) exercent un mandat supplémentaire s’ils sont choisis par leurs pairs pour être sénateurs de communauté : c’est en effet le Parlement qui désigne les représentants de la communauté au Sénat.

Le Parlement flamand édicte des décrets, qui ont la même valeur juridique que les lois.

Le siège du Parlement flamand est situé à Bruxelles, capitale de la Communauté flamande.

Eux… et nous ?

Par Jean-Luc Lefèvre

Eux et nous ? Eternelle question qui fonde le vivre-ensemble, qui justifie aussi l’engagement politique de chacune et de chacun.  Aujourd’hui en Belgique, comme ailleurs, et donc aussi en ces terres romanes depuis trop longtemps confrontées à une Flandre arrogante hier cornaquée par le C.V.P. et, plus récemment, par la N-V.A.

La N-V.A. et nous ? Nous avons choisi de militer, parmi d’autres possibles, en faveur d’une improbable Alliance Wallonie-France ; nous savons aussi cette nouvelle alliance subordonnée à la disparition des scories de la Belgique dont la fin programmée est inscrite en lettres d’or dans les statuts du parti nationaliste flamand.

Cette convergence d’intérêts suffit-elle à justifier une quelconque bienveillance à l’égard de nos ministres fédéraux N-V.A. investis de compétences régaliennes exorbitantes grâce au seul parti francophone de l’attelage gouvernemental qui n’avait pas imaginé en 2014 l’impact qui serait le leur après les attentats terroristes, après la crise migratoire et à l’heure d’enfin construire une Europe de la défense ?

Je ne le crois pas. Bien au contraire.

D’abord pour des raisons morales, même si, après l’Affaire Publifin, d’aucuns prétendent accréditer l’idée que ce qui n’est pas interdit est légal.

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à son entreprise concertée de démolition, et donc d’appauvrissement, de la Wallonie. La désertification du territoire en termes de services publics, la déshérence des soins de santé de proximité, la délocalisation des centres décisionnels… en sont autant d’indicateurs. Tous ont sans doute reçu, à un moment ou à un autre, l’approbation tacite des élites francophones, mais cela n’excuse rien : l’impuissance, réelle ou non, des comparses devenus larrons et… marrons, et moins encore leur aveuglement, n’exonèrent jamais les commanditaires !

Je ne puis être bienveillant à l’égard de la N-V.A. parce que je refuse d’apporter une quelconque caution à ses provocations, aux antipodes de la paix sociale dans le pays, tant vis-à-vis des francophones, tous mauvais gestionnaires et fainéants, que des populations venues d’ailleurs pour fuir guerres et misères, ni cautionner ses contradictions performatives (dénoncer les avocats procéduriers quand on s’épuise à épuiser toutes les procédures judiciaires), et son mépris pour les valeurs qui constituent le socle de notre démocratie comme le respect du droit des minorités.

Mais aussi pour de raisons politiques.

Témoigner d’une quelconque bienveillance à l’égard de la N-V.A., c’est aussi, qu’on le veuille ou non, parier sur notre avenir à tous, et donc aussi parier, comme Pascal, sur les ambiguïtés du possible tel qu’actuellement imaginé par la N-V.A. : le divorce pur et dur, un nouveau Brexit, par fidélité au principe de plaisir, ou, plus prosaïquement, plus réalistement, le… confédéralisme ? Quel confédéralisme, d’ailleurs ? Combien de partenaires ? Connaît-on même les réponses à ces questions au sein même de la N-VA ?

Il faut admettre que les amis catalans de la N-VA font preuve d’une tout autre détermination et d’une tout autre transparence d’intentions quand ils aspirent à couper, définitivement et irrémédiablement, le cordon ombilical avec l’état espagnol et donc aussi à renoncer, à la fois, à subsidier et à sucer les autres régions du pays. Pas de schizophrénie à Barcelone !

Une chose me paraît sûre. Parier sur la N-V.A. sous prétexte d’ainsi préparer une nouvelle alliance Wallonie – France est aussi dangereux qu’illusoire.

Dangereux parce que cette stratégie conduira inévitablement, au même titre que la frilosité de nos élites, à l’affaiblissement des francophones quand ils auront été amenés à négocier, que ce soit avec la Flandre – une 7e réforme de l’état -, ou que ce soit avec la France, quand la mariée aura trop vieilli pour encore aguicher outre-Quiévrain. Car de troisième voie, il n’en existe pas!

Cette stratégie sera-t-elle la nôtre ?

Puissions-nous, en 2018, à la veille d’échéances électorales très importantes, éviter le piège dans lequel sont tombées nos élites politiques, culturelles et sportives, celui du non-dit qui fonde leur survie et que nous dénonçons légitimement !

Car le non-dit sera toujours, pour tous les citoyens francophones, une sorte de grande parade dont ils sortiront cocus.

Nouveaux Défis !

Par Georges-Henry SIMONIS

Ô surprise : la presse nous a annoncé que le parti Défi est de plus en plus wallon (Le Soir 16.11.17) : 2.511 membres en Wallonie, et 55 sections locales. Qu’y a-t-il derrière cette mouvance ? Outre la recherche d’un parti « pas trop mouillé par les affaires de l’été », il y a encore l’image d’un parti défenseur de la francophonie, et symbole de la résistance envers les poussées régionalistes d’une Flandre qui domine la Belgique.

Dans son bulletin trimestriel de septembre 2017, le périodique francophone 4 Millions7, proche de Défi, titrait son éditorial « Wallonie-Bruxelles : ma patrie », se faisant défenseur d’une Belgique Fédérale et du maintien d’une Fédération Wallonie-Bruxelles, spécialement pour l’enseignement et la culture.

Qu’il faille maintenir une solidarité entre Bruxelles et la Wallonie est une évidence que personne ne conteste. Mais rien ne semble justifier le maintien d’une  superposition institutionnelle engendrant les nombreuses difficultés de gouvernance que l’on sait. C’est au niveau régional qu’il faut agir.

Le problème de la Région de Bruxelles est particulièrement urgent : le magazine LE VIF/L’EXPRESS du 16 novembre 2017 publiait une enquête bien documentée sur les difficultés liées à la gouvernance de cette région où les institutions se chevauchent en tous sens. Bruxelles doit devenir une Région autonome et complète, en ce compris la maîtrise de son enseignement et de ses institutions culturelles. On ne voit pas quel intérêt il pourrait y avoir à ce que des mandataires publics wallons se prononcent sur l’enseignement à Molenbeek ou à Uccle… Ou bien encore sur les limites territoriales de la région  à élargir au plus vite au-delà des 19 communes… Comme l’écrivait le VIF, Bruxelles a aussi besoin d’une représentation claire, au niveau régional et européen.

A tort, Défi continue de faire le choix du maintien d’un Etat Belge en dépit de tous les dysfonctionnements que l’on sait, et de la prépondérance de la Flandre, en ce compris ses velléités extrémistes et xénophobes.

Réunir Wallonie et Bruxelles en une sorte de front commun pour mieux résister à la Flandre est une illusion : si la Belgique compte 11,3 millions d’habitants, les 4,7 millions de francophones resteront en toute hypothèse minorisés, en ce compris les 300.000 francophones de Flandre. 

Le maintien d’un Etat belge unitaire est-il le choix des mandataires qui seraient élus sous la bannière de Défi ? On préfèrerait qu’ils fassent le choix d’un état complètement régionalisé, et s’intègrent à une Région wallonne pleinement maitresse de son destin, poursuivant activement son redressement. Contrairement à ce que pensent certains Bruxellois, les Wallons ne leur tournent pas le dos, au contraire !

Le vrai défi est l’avènement de nouveaux états, autour de Bruxelles régionalisée, et des métropoles de taille européenne que sont au sud Liège et Charleroi, et au nord  Anvers, et Gand.

Curieusement, tous les partis politiques francophones gardent un silence prudent sur l’avenir de la Belgique. Démocratiquement, on souhaiterait plutôt un débat public clair et transparent.

IL Y A DU NEUF SUR LA TABLE…

Pour la deuxième fois, les propositions viennent du Nord. Il y a quelques mois, la N.V.A, fédéraliste, lançait l’esquisse d’un plan de réforme envisageant une proposition de « Bruxelles Ville Région », qui a fait pousser des hauts cris aux partis traditionnels francophones critiquant l’hypothèse d’un choix laissé aux habitants de choisir un rattachement vers la Flandre ou la Wallonie. « La Flandre veut acheter la Wallonie », a-t-on écrit.

Aujourd’hui, c’est le SPA, et spécialement les socialistes flamands bruxellois, qui avancent quelques idées précises de réformes radicales et audacieuses pour Bruxelles (Le Soir 30.11/17) : place au concept de Ville-Région, fusion des 19 communes actuelles,  fusion des polices, un seul CPAS, un parlement régional de 69 membres (dont 13 Flamands), un gouvernement de 8 ministres (dont 3 Flamands) et, au sein de la Ville, création d’une vingtaine d’arrondissements avec chacun un président et 3 adjoints. Le nombre de représentants politiques passerait à 197 au lieu de… 958 actuellement !

Il est prévu une modification des frontières actuelles des communes pour les rendre plus homogènes et mieux adaptées au terrain (canal, ring, routes…) ; par contre, et c’est regrettable, les auteurs ne vont pas jusqu’à suggérer un élargissement de Bruxelles aux 25 communes qui la composent de facto… On peut penser que, limitée aux 19 commune actuelles, la Ville-Région deviendrait vite étriquée, d’autant que les 6 communes complémentaires sont très francophones…

A noter que, curieusement, le SPA propose que les listes électorales soient bilingues ; par ailleurs, la population flamande est surreprésentée à 30%, ce qui est excessif par rapport à la réalité.

Que retenir de ces propositions nouvelles ?

Il  se confirme une nouvelle fois l’émergence du fait régional dans l’après- Belgique, avec la métropole centrale et européenne que reste BRUXELLES au centre, et les métropoles d’une Flandre indépendante que sont ANVERS et GAND, et les deux métropoles wallonnes que sont LIEGE à l’est et CHARLEROI à l’ouest, moteurs d’une Région wallonne rénovée et tournée vers la France.

Certes, on devine les foires d’empoigne auxquelles donneront lieu les inévitables discussions et marchandages dès lors que l’on s’attaquera à des citadelles politiques ou à des chasses gardées intouchables même si elles sont inefficaces, désuètes ou dispendieuses…

Les partis politiques francophones sont attendus au tournant, avec deux écueils devant eux : la crainte  qu’ils ne se drapent encore dans un silence coupable (« Nous ne sommes demandeurs de rien »…) ou qu’ils continuent à tolérer un unitarisme plus ou moins résigné.

On se demande de plus en plus comment il se fait qu’un pays aussi riche soit aussi peu capable de grandes choses, et laisse subsister autant de situations de misère dramatiques. La pauvreté est à nos portes, et l’une de ses causes est l’incapacité des institutions pour résoudre les problèmes des gens.

Les gens, eux, et nous : on voudrait que cela ne dure plus, et qu’on avance…

Après l’armée et la SNCB, la poste…!

Après l’armée et la SNCB, voici la poste qui s’inscrit dans l’avant-garde d’institutions qui s’inscrivent dans une stratégie bénéluxienne d’intégration dans laquelle la Wallonie deviendra, comme je l’écrivais dans ma lettre au Président Macron, une véritable région colonisée.

Qu’attendent donc les dirigeants wallons pour activer les accords bilatéraux signés avec la France en 1999 sous l’égide de  Pierre Hazette et en 2004 sous l’égide de J-C Van Cauwenbergh ? Qu’attendent encore les dirigeants français de la SNCF et de la BANQUE POSTALE afin de prendre, aux côtés des Wallons, la place qui leur revient en Wallonie ?

Et que dire des jeunes Wallons qui voudraient embrasser une carrière militaire ? Leur avenir se situe-t-il dans une armée belge aux couleurs bénéluxiennes ou dans l’armée française ? Poser cette  question est y répondre. Et je n’envisage pas ici les énormes économies d’échelle et les retombées industrielles que représenteraient pour la Wallonie cette dernière solution !

Paul D.

Lu sur le site de la RTBF ce jeudi 16 novembre :

L’opérateur postal PostNL annonce jeudi l’ouverture de deux nouveaux dépôts, dont un à Namur, son premier en Wallonie. L’entreprise néerlandaise a vu le nombre de ses colis livrés en Belgique bondir de 30% au cours des neuf premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2016. PostNL dispose déjà de centres de distribution à Wilrijk, Vilvorde, Sint-Niklaas, Roulers et Saint-Trond. Un autre dépôt ouvre également à Wommelgem, près d’Anvers. L’entreprise entend devenir « l’opérateur de référence pour les services logistiques dans le Benelux ». Son concurrent bpost a essayé d’acheter PostNL à trois reprises en 2016, mais la direction néerlandaise avait à chaque fois regimbé face aux avances belges.

Où en est le rail wallon ?

Un an après, qu’en est-il de l’analyse reprise ci-dessous ? Où en est le RER wallon ? Où en est la modernisation du rail wallon ?

La SNCB, dirigée par les Flamands roule pour la Flandre en dilapidant le rail wallon, nuisant gravement aux intérêts de la Wallonie.

Et ce, avec la complicité passive des administrateurs wallons de la SNCB et des politiques wallons paralysés par la peur du séparatisme et de la régionalisation de la SNCB.

La seule fois où le gouvernement wallon avait osé critiquer officiellement la SNCB, il a été vite contré par son propre président qui avait mis en garde contre une probable réplique flamande qui entraînerait la régionalisation / scission de la SNCB. 

Profitant de la paralysie des Wallons, les Flamands s’approprient la SNCB, tout à leur profit. Des dizaines de milliards sont investis à Zaventem vlaanderen (diabolo) et à Antwerpen (tunnel Liefkenhoeck). La SNCB investit pour soutenir le trafic marchandises des ports flamands. Elle s’endette pour moderniser les gares et le réseau flamand. Le RER flamand est fini depuis longtemps et, un luxe, il est à 4 voies. Les lignes flamandes sont démultipliées pour relier toutes les villes flamandes via un maillon ferroviaire et modernisées pour être plus rapides. 

Pendant ce temps, où en est le RER wallon ?

La SNCB voit grand dans le projet d’union entre la Flandre et la Hollande, un Grand Pays-Bas néerlandais ferroviaire sur le dos des Wallons.

Sous la volonté des Flamands, la SNCB isole le rail wallon de ses pays voisins en ne lui laissant qu’une seule issue : la Flandre. 

Mais le pire est à venir. 

La Flandre prépare son union avec la Hollande, au travers d’un grand projet : « le Rhin d’Acier » qui vise un grand réseau marchandise Flandre & Hollande  & Allemagne & Luxembourg. 

Ce projet flamand dit de niveau « fédéral », est financé, comme le tunnel d’Anvers et comme le Diabolo de Zaventem, en dehors de la clé et donc au détriment des 40 % wallons de la clé 60/40, (40 % de « plus grand chose » = quasi plus rien). 

Le Rhin d’Acier va permettre aux marchandises flamandes de contourner la Wallonie, signant ainsi la mort des gares de tri et du réseau marchandise wallon. 

Syndicats, administrateurs et politiques wallons sont au courant. 

Hélas personne ne bouge et tous se taisent pour ne pas provoquer la séparation.

Mais de quoi nos politiques ont-ils peur ?

La SNCB ne rapporte plus grand-chose à la Wallonie. Au contraire, elle nuit à nos intérêts.

Les chiffres et les arguments que ses dirigeants présentent sont ceux trafiqués par des managers membres du Voka (organisation patronale flamande) ou du « In De Warande « (organisation flamande) ou encore membres du Borenbond.

Leur objectif : garder la Wallonie sous leur coupe, afin de la soumettre aux volontés flamandes et surtout persuader les Wallons qu’il ne leur reste que la Flandre vers qui se tourner.

Cette peur panique, entretenue par la Flandre, est irrationnelle car en fait, au point où nous en sommes avec la SNCB, nous n’avons plus rien à perdre.

La SNCB nuit à nos intérêts. Alors prenons un autre partenaire ferroviaire.

Le plus indiqué par sa taille et surtout par sa proximité : la SNCF.

Bien sûr, la Flandre et même le tout Bruxelles y mettront leur véto.

Mais ne sommes-nous pas dans un pays confédéral où c’est chacun pour sa Région ?

La solidarité flamande et bruxelloise n’existe plus. 

Si les Wallons veulent s’en sortir, ils doivent oublier la Belgique flamande pour se recentrer sur leur avenir. 

C’est seulement en créant une collaboration avec la SNCF que les Wallons pourront sauver et développer le rail wallon. 

Nous n’avons plus rien à perdre, mais au contraire, tout à gagner !

Claude Roland

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde