Nouveaux Défis !

Par Georges-Henry SIMONIS

Ô surprise : la presse nous a annoncé que le parti Défi est de plus en plus wallon (Le Soir 16.11.17) : 2.511 membres en Wallonie, et 55 sections locales. Qu’y a-t-il derrière cette mouvance ? Outre la recherche d’un parti « pas trop mouillé par les affaires de l’été », il y a encore l’image d’un parti défenseur de la francophonie, et symbole de la résistance envers les poussées régionalistes d’une Flandre qui domine la Belgique.

Dans son bulletin trimestriel de septembre 2017, le périodique francophone 4 Millions7, proche de Défi, titrait son éditorial « Wallonie-Bruxelles : ma patrie », se faisant défenseur d’une Belgique Fédérale et du maintien d’une Fédération Wallonie-Bruxelles, spécialement pour l’enseignement et la culture.

Qu’il faille maintenir une solidarité entre Bruxelles et la Wallonie est une évidence que personne ne conteste. Mais rien ne semble justifier le maintien d’une  superposition institutionnelle engendrant les nombreuses difficultés de gouvernance que l’on sait. C’est au niveau régional qu’il faut agir.

Le problème de la Région de Bruxelles est particulièrement urgent : le magazine LE VIF/L’EXPRESS du 16 novembre 2017 publiait une enquête bien documentée sur les difficultés liées à la gouvernance de cette région où les institutions se chevauchent en tous sens. Bruxelles doit devenir une Région autonome et complète, en ce compris la maîtrise de son enseignement et de ses institutions culturelles. On ne voit pas quel intérêt il pourrait y avoir à ce que des mandataires publics wallons se prononcent sur l’enseignement à Molenbeek ou à Uccle… Ou bien encore sur les limites territoriales de la région  à élargir au plus vite au-delà des 19 communes… Comme l’écrivait le VIF, Bruxelles a aussi besoin d’une représentation claire, au niveau régional et européen.

A tort, Défi continue de faire le choix du maintien d’un Etat Belge en dépit de tous les dysfonctionnements que l’on sait, et de la prépondérance de la Flandre, en ce compris ses velléités extrémistes et xénophobes.

Réunir Wallonie et Bruxelles en une sorte de front commun pour mieux résister à la Flandre est une illusion : si la Belgique compte 11,3 millions d’habitants, les 4,7 millions de francophones resteront en toute hypothèse minorisés, en ce compris les 300.000 francophones de Flandre. 

Le maintien d’un Etat belge unitaire est-il le choix des mandataires qui seraient élus sous la bannière de Défi ? On préfèrerait qu’ils fassent le choix d’un état complètement régionalisé, et s’intègrent à une Région wallonne pleinement maitresse de son destin, poursuivant activement son redressement. Contrairement à ce que pensent certains Bruxellois, les Wallons ne leur tournent pas le dos, au contraire !

Le vrai défi est l’avènement de nouveaux états, autour de Bruxelles régionalisée, et des métropoles de taille européenne que sont au sud Liège et Charleroi, et au nord  Anvers, et Gand.

Curieusement, tous les partis politiques francophones gardent un silence prudent sur l’avenir de la Belgique. Démocratiquement, on souhaiterait plutôt un débat public clair et transparent.

IL Y A DU NEUF SUR LA TABLE…

Pour la deuxième fois, les propositions viennent du Nord. Il y a quelques mois, la N.V.A, fédéraliste, lançait l’esquisse d’un plan de réforme envisageant une proposition de « Bruxelles Ville Région », qui a fait pousser des hauts cris aux partis traditionnels francophones critiquant l’hypothèse d’un choix laissé aux habitants de choisir un rattachement vers la Flandre ou la Wallonie. « La Flandre veut acheter la Wallonie », a-t-on écrit.

Aujourd’hui, c’est le SPA, et spécialement les socialistes flamands bruxellois, qui avancent quelques idées précises de réformes radicales et audacieuses pour Bruxelles (Le Soir 30.11/17) : place au concept de Ville-Région, fusion des 19 communes actuelles,  fusion des polices, un seul CPAS, un parlement régional de 69 membres (dont 13 Flamands), un gouvernement de 8 ministres (dont 3 Flamands) et, au sein de la Ville, création d’une vingtaine d’arrondissements avec chacun un président et 3 adjoints. Le nombre de représentants politiques passerait à 197 au lieu de… 958 actuellement !

Il est prévu une modification des frontières actuelles des communes pour les rendre plus homogènes et mieux adaptées au terrain (canal, ring, routes…) ; par contre, et c’est regrettable, les auteurs ne vont pas jusqu’à suggérer un élargissement de Bruxelles aux 25 communes qui la composent de facto… On peut penser que, limitée aux 19 commune actuelles, la Ville-Région deviendrait vite étriquée, d’autant que les 6 communes complémentaires sont très francophones…

A noter que, curieusement, le SPA propose que les listes électorales soient bilingues ; par ailleurs, la population flamande est surreprésentée à 30%, ce qui est excessif par rapport à la réalité.

Que retenir de ces propositions nouvelles ?

Il  se confirme une nouvelle fois l’émergence du fait régional dans l’après- Belgique, avec la métropole centrale et européenne que reste BRUXELLES au centre, et les métropoles d’une Flandre indépendante que sont ANVERS et GAND, et les deux métropoles wallonnes que sont LIEGE à l’est et CHARLEROI à l’ouest, moteurs d’une Région wallonne rénovée et tournée vers la France.

Certes, on devine les foires d’empoigne auxquelles donneront lieu les inévitables discussions et marchandages dès lors que l’on s’attaquera à des citadelles politiques ou à des chasses gardées intouchables même si elles sont inefficaces, désuètes ou dispendieuses…

Les partis politiques francophones sont attendus au tournant, avec deux écueils devant eux : la crainte  qu’ils ne se drapent encore dans un silence coupable (« Nous ne sommes demandeurs de rien »…) ou qu’ils continuent à tolérer un unitarisme plus ou moins résigné.

On se demande de plus en plus comment il se fait qu’un pays aussi riche soit aussi peu capable de grandes choses, et laisse subsister autant de situations de misère dramatiques. La pauvreté est à nos portes, et l’une de ses causes est l’incapacité des institutions pour résoudre les problèmes des gens.

Les gens, eux, et nous : on voudrait que cela ne dure plus, et qu’on avance…

6 réflexions sur « Nouveaux Défis ! »

  1. Comment un projet flamand pour Bruxelles pourrait-il être au service d’une Bruxelles non flamande et des Bruxellois non flamands ?

    La stratégie flamande est claire, et elle trouvera des franco-bruxellois et des franco-wallons pour la camoufler, la soutenir ou la laisser progresser.
    Rappelons cette stratégie : séparer Bruxelles de la Wallonie, pour, à terme, se séparer de la seconde tout en « gardant » la première !
    Cette stratégie sera « accompagnée » ou « acceptée » par certaines élites bruxelloises et wallonnes, en échange de quelques avantages. Pour ces élites wallonnes là, l’abandon de Bruxelles à la Flandre sera « consentie » contre la garantie de la poursuite de leur « situation », grâce au maintien de financements nord/sud pour un temps. Ce choix de l’ultra-régionalisme wallon, loin de hâter la fin de la Belgique, ne peut que la repousser, et c’est bien le vœu des ultra-régionalistes wallons, qui ne veulent ni de l’indépendance, ni de la France, qui veulent juste procrastiner (en inventant encore de fausses réformes, la mise à mort de la « Communauté » en étant une), continuer à durer et à profiter dans ce cadre belgo-flamand qui leur convient si bien.

    Si cette stratégie l’emporte, quand Bruxelles sera pleinement « acquise » pour la Flandre, donc quand les financements nord/sud auront cessé, car ils cesseront, quand la Wallonie aura enfin la charge de (presque) toutes ses dépenses publiques, compétences ex-communautaires comprises, sécurité sociale incluse (pour ses quatre branches), quand le temps aura passé, que la Wallonie sera financièrement plus exsangue que jamais, alors les milieux dirigeants wallons passeront la main, laissant à d’autres une situation devenu ingérable, et la responsabilité enfin du choix nécessaire pour la Wallonie. La Flandre aura gagné en tout, Bruxelles aura perdu en tout, et la Wallonie aura juste encore perdu du temps, comme elle le fait depuis si longtemps…

    J'aime

    1.  » Comment un projet flamand pour Bruxelles pourrait-il être au service d’une Bruxelles non flamande et des Bruxellois non flamands ?  » (…)
      (…) « Rappelons cette stratégie : séparer Bruxelles de la Wallonie, pour, à terme, se séparer de la seconde tout en « gardant » la première !  »
      (…) « c’est bien le vœu des ultra-régionalistes wallons, qui ne veulent ni de l’indépendance, ni de la France, qui veulent juste procrastiner (en inventant encore de fausses réformes, la mise à mort de la « Communauté » en étant une), continuer à durer et à profiter dans ce cadre belgo-flamand qui leur convient si bien. »
      Monsieur Lenain, d’accord avec votre analyse, votre déduction, votre conclusion, mais il n’en demeure pas moins que la Wallonie doit se débarrasser de Bruxelles pour la raison même qu’il s’agit là d’un frein mental, d’une nostalgie belge. Bruxelles, la monarchie, le tricolore brabançon, la brabançonne tout cela retient les « braves citoyens » au nom de leurs aïeux (14/18 et 40/45, etc.). Vu le vieillissement de la population et la pauvreté du cours d’Histoire enseigné aux jeunes, il faudra passer par-dessus leurs têtes et imposer la séparation. Navré, mais la France devra se mouiller, même en coulisse. Oui, hélas, il existe des ultra-régionalistes wallons qui ne veulent pas de la France, j’en ai côtoyé et, pour beaucoup, d’anciens combattants (?). Comme en Tchécoslovaquie, il faudra leurs forcer la main ! Quant aux politiciens, oui, leur angoisse existentielle les entraîne dans la couardise. Oui, ils iront jusqu’au scénario Titanic, se réservant les canots de première classe ! Comme je le martèle, la frontière linguistique est une barrière humaine séculairement intangible, une frontière naturelle ! La pacification à la frontière nord de la France implique d’arrêter le grignotage du territoire « flamand ». Malgré les manœuvres de la Flandre et des pan-néerlandais en Artois et Picardie ( je préfère à Nord-Pas-de-Calais et à Haut-de-France), la France à récupéré ses terres sans débordement. Il lui reste, pour clore le Pré Carré, avancer jusqu’ à Waterloo et Liège.

      J'aime

      1. « Artois et Picardie ( je préfère à Nord-Pas-de-Calais et à Haut-de-France) »

        Moi aussi, « grande Picardie » m’aurait convenu, ou bien « pays du nord » (Picardie, Artois, Flandre « française », Hainaut-cambrésis, etc).

        J'aime

  2. Monsieur SIMONIS vous développez avec beaucoup de diplomatie et de clarté la problématique de Défi que je nomme abruptement le  » cheval de Troie  » de la Belgique unitaire.
    Or, comme vous pointez, à juste titre, la minorité originelle wallonne en Belgique, vous admettrez aisément que ceux qui œuvrent pour la « Belgique éternelle » travaillent pour Mère Flandre. C’est mathématique depuis 1830 !
    François Perin avait déjà posé la question de Bruxelles sous la gouvernance de Paul Van Den Boeynants. Ce denier, comme tous les députés et ministres francophones de l’époque, avait envoyé François Perin dans le coin : « Ce n’était pas le moment de proposer Bruxelles-Ville-Région ». Ce ne sera jamais le bon moment, croyez-moi !
    Bruxelles en toute logique doit impérativement se révolutionner de l’intérieur sans quoi la Flandre lui imposera SA SOLUTION, que la Wallonie vienne ou non à son aide.
    La Wallonie ne doit songer qu’à sa survie et abandonner le « Radeau de la Méduse » communautaire wallo – bruxelloise. Une fois hors de danger, elle pourra bien plus efficacement porter aide aux « francophones » qui ne souffriront aucun danger excepté celui d’apprendre le néerlandais ( ce qu’ils étudient depuis des générations sous le joug de l’obligation scolaire belge), de l’utiliser dans la vie de tous les jours ( ce qu’ils font sans déjà depuis des lustres). Exploit qu’ils accomplissent depuis longtemps sans en souffrir puisqu’ils sont tous belges, sauf bien entendu certains élus qui se font mousser !
    La vie quotidienne dans les communes à facilités et les communes bruxelloises ne relèvent pas des crimes contre l’humanité.
    La Wallonie se doit d’en appeler à la France et avec elle, sans menacer la Flandre, régler le sort de Bruxelles Ville-Région au sein du Brabant flamand.
    La frontière linguistique est autant sacrée pour les Pays-Bas méridionaux que pour la République française. Qu’on se le dise.

    J'aime

  3. Défi, un parti bruxellois, créé par des Bruxellois dans l’intérêt des Bruxellois veut s’installer en Wallonie pour y gagner des voix, gage de plus de subsides. Mais surtout Défi veut étendre l’influence bruxelloise et ses intérêts en Wallonie. Pour mieux défendre l’intérêt de Bxl, défi veut forcer la Wallonie à devenir bruxelloise. Défi n’est pas la seule organisation bruxelloise qui dissout l’identité wallonne pour la remplacer par l’identité belgico-bruxelloise. Je dit bien belgico-bruxellloise, car contrairement à ce que Défi a pu nous faire croire, en bon Bruxellois, Défi défend aussi les intérêts des Bruxellois Flamands. Et pour Défi l’avenir de Bxl dépend de la Flandre et de la Belgique. D’ailleurs, les sondages l’ont prouvé, en cas de scission de la Belgique, les Bruxellois rejettent l’idée d’une union, à part égale, de Bxl et de la Wallonie.
    Et Défi intègre bien ce concept. Son programme, transformer la Wallonie en une province bruxelloise où les Flamands auront les mêmes super droits que ceux qu’ils ont acquis à Bxl.
    Et Défi peut compter sur les médias et journaux bruxellois comme la RTBF, Le Soir, La Libre œuvrent déjà en ce sens.
    Pour toutes ces organisations bruxelloises, il faut absolument casser toute idée identitaire ou régionaliste wallonnes et plus encore tout rattachiste. Les Wallons doivent s’identifier à Bxl, à la Belgique et s’il le faut à la Flandre et même à la confédération 2 pays Hollande & Flandre, et 2 sous-régions Bxl et la Wallonie, puisque la Flandre veut nous entraîner vers l’union avec la Hollande.
    D’autre part, Bxl est confronté à une immigration massive quasiment pas qualifiée qui flambe les finances bruxelloises déjà dans le rouge. Les CPAS bruxellois et leurs communes sont quasis à la faillite. Les écoles bruxelloises sont débordées.
    D’où l’idée d’étendre Bxl sur la Wallonie. Déjà de nombreux CPAS BXL poussent les migrants vers les CPAS wallons.
    D’autres organisations Bxl invitent les immigrés à s’installer en Wallonie.
    Voilà comment tuer l’identité wallonne.

    J'aime

  4. « Et Défi intègre bien ce concept. Son programme, transformer la Wallonie en une province bruxelloise où les Flamands auront les mêmes super droits que ceux qu’ils ont acquis à Bxl. »
    Ca n’a pas de sens !

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s