Grâce au site de « l’Alliance Wallonie France », vous allez pouvoir lire la lettre qui suit.
Une lettre d’Albert SALON, ancien Ambassadeur de la France, à Monsieur Sylvain FORT, Conseiller à l’Elysée. Ce texte expose une nouvelle façon d’imaginer l’avenir de la France et de la Francophonie, loin d’une France accrochée à un jacobinisme suranné. Les Wallons auraient tort de négliger cette véritable révolution qui rencontre parfaitement le projet d’ Intégration-Autonomie de la Wallonie dans la République française initié par Jacques Lenain, véhiculé par l’Alliance Wallonie France et avalisé par l’éminent constitutionnaliste français Didier Maus. Il ne reste plus qu’à trouver ces jeunes « chefs politiques » wallons comme énoncé par le Général de Gaulle dans ses entretiens avec le professeur LIENARD.
Et si nous étions à un véritable virage ? Et si nous n’attendions pas les décisions venues du Nord pour prendre l’initiative ? Et si nous en arrivions à prévoir le prévisible ? La prochaine Assemblée Générale Ouverte de l’ A.W.F. du samedi 28 avril (voir le programme dans un article précédent) tombe à point pour répondre à ces questions.
Paul DURIEUX – Président – fondateur de l’ A.W.F.
Reproduction souhaitée avec mention de l’origine
À Monsieur Sylvain Fort, Conseiller « discours et mémoire »
Palais de l’Élysée
Monsieur le Conseiller, cher Monsieur
La Corse et la Nouvelle Calédonie* posent à la France et à la Francophonie une question que d’autres territoires d’outre-mer et métropolitains vont poser de plus en plus fort dans l’avenir :
« Quels degrés de décentralisation et d’autonomie peuvent permettre l’expression et l’épanouissement des personnalités régionales, tout en maintenant l’unité de la France ? »
Cela m’amène à rejoindre et développer nos échanges sur la Francophonie et sur Villers-Cotterêts, en songeant à ce que le Président pourrait vouloir faire :
La francophonie mondiale et la Francophonie organisée, liées toutes deux à nos DROM-COM et à notre énorme espace maritime (de 11,7 Mkm2, à enfin valoriser dignement pour notre redressement ! Tout se tient…), constituent aussi pour la France un levier d’adaptation de notre organisation territoriale et de notre logiciel institutionnel et politique.
Il ne s’agit de rien moins que de choisir habilement, en quelque sorte « en douceur » bien que ce ne soit pas facile, de desserrer le carcan jacobin pour aller vers une France, certes non fédérale, mais aux structures souples, dont nos rois avaient si bien su jouer.
La France d’aujourd’hui garde tout de même, malgré les menaces croissantes subies par son unité, et grâce en partie à ce jacobinisme devenu aujourd’hui « contre-productif », une solidité qui lui permet de s’inspirer partiellement de ce modèle de l’ancien régime, malgré le syndrome de la tête coupée du roi.
Or, coïncidence : après avoir commencé à rédiger ce message, je tombe sur cette phrase du Président, citée par Le Figaro du 11 décembre :
p.3 : Corse « Si le cadre actuel ne permet pas à la Corse de développer ses potentialités, alors nous pourrons envisager d’aller plus loin et de réviser la Constitution ». Emmanuel Macron.
Eh bien, Monsieur le Conseiller, l’air du temps, les circonstances, voire l’urgence en ce qui concerne les DROM-COM et la Corse, offrent au Président de la République l’occasion de produire un « grand œuvre » pour la France.
En la déverrouillant, en s’appuyant sur le fait patent, indéniable, que l’unité et l’indivisibilité de la République ont pu dans le passé, sans drame, s’accommoder :
- d’une royauté coutumière à Wallis-et-Futuna ;
- de gouvernements en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie ;
- d’une inégalité – compréhensible, néanmoins flagrante – entre citoyens français vivant en Nouvelle Calédonie pour voter au referendum sur l’indépendance, à la suite des accords de Nouméa de 1988 (Michel Rocard-Tchibaou) ;
- de la Communauté gaullienne – éphémère (1958/60) et caduque de fait – qui, sauf erreur, est toujours une partie (morte sans que cela gêne quiconque…) de notre Constitution de 1958 ;
- du maintien, après le gouvernement du Kaiser, du Concordat napoléonien en Alsace-Moselle lors du retour à la France en 1918 ;
- même d’une autonomie déjà assez poussée de la Corse, dans une collectivité territoriale unique, pourtant repoussée par un referendum local récent.
- du viol patent du principe constitutionnel fondamental de laïcité de l’État, à l’égard – notamment – de l’Islam, qui pose aussi des problèmes spécifiques dans les terres françaises de l’Océan indien, en Corse, voire en « métropole continentale »…
En expliquant bien à la Nation qu’il ne s’agit pas de la démanteler, mais de la maintenir, de la libérer dans toutes ses forces diverses, et de l’épanouir autour d’un grand projet**.
Une formule non miraculeuse, grand œuvre pragmatique et raisonnable, pourrait permettre de :
- surmonter les problèmes d’identité de la Corse et des DROM-COM, en s’accompagnant d’une politique intelligente de développement, notamment maritime ;
- donner un coup d’arrêt au processus plus vaste de désagrégation en cours en métropole : nous voyons bien la Bretagne, le Roussillon catalan émoustillé par son voisin du sud, le Pays basque, l’Alsace plus discrète mais « travaillée » de moins en moins discrètement par des officines privées (« FÜEV ») et même publiques de l’Allemagne et de l’Autriche ; mais aussi, à leur tour, même la Normandie réunifiée, la Savoie, la Flandre française, le Comté de Nice…commencent – très prudemment – à « s’interroger ») ;
- en Europe, au cas où la Belgique – création en 1815 et 1830 de l’Angleterre et de la Sainte-Alliance, pour contenir le « risque France » – viendrait à éclater … … offrir à la Wallonie francophone un choix véritable entre l’indépendance qu’elle préférerait peut-être, et un rapprochement souple avec la France, le choix n’existant pas réellement à l’heure actuelle du fait de l’épouvantail jacobin agité par les opposants à une solution « française » ;
- permettre, enfin, aux pays africains francophones et francisants – indépendants et entendant bien le rester – qui le souhaiteraient de nouer avec la France, la « Belgique » – Wallonie et le « Canada-Québec*** », des liens plus forts au sein d’une Organisation internationale de la Francophonie (OIF) devenue plus solidaire dans le développement et l’orientation économique et politique.
Les « questions » corse et néo-calédonienne peuvent, dans leur urgence, offrir au Président une « fenêtre de tir » : tant pour la France que pour sa propre entrée dans la grande Histoire.
Elles pourraient déclencher un processus très fécond. Non pas une explosion-destruction de la France, mais une éclosion de France et de francité, un extraordinaire modèle d’humanisme pour le monde.
Les précédentes « entorses » – pourtant fort évidentes – à notre Constitution, me laissent penser qu’une révision, toujours difficile, de cette Loi fondamentale, ne serait peut-être pas indispensable.
Des juristes avisés s’y pencheront sans doute.
Le Président de la République a annoncé le 29 août en Conférence des Ambassadeurs, et confirmé le 9 novembre à Abou Dhabi, la présentation d’un plan de développement politique du français et de la Francophonie. Le 16 septembre, il a annoncé la restauration de Villers-Cotterêts et l’affectation du château de François 1er à la Francophonie.
Vous connaissez les propositions de nos associations tant pour la politique générale de français et de Francophonie, que pour les deux Instituts à créer à Villers-Cotterêts sur le thème commun de l’étude et de la valorisation des diversités linguistiques et culturelles, l’une de la Francophonie, l’autre de l’Europe.
Le plan annoncé pour le début de 2018 par le Président pourrait-il, peut-être, tenir compte des diverses analyses et suggestions ci-dessus ?
Je dois dire qu’après nos échanges, notamment du 19 octobre à l’Élysée, c’est avec sympathie et confiance que je vous prie de recevoir mes salutations empressées.
Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres (thèse sur « l’Action culturelle de la France dans le monde »), ancien instituteur de classe unique à tous les cours (1954/55), puis ambassadeur de la France ; commandeur du Mérite national, officier du Mérite béninois, chevalier dans les Ordres des Palmes académiques, des Arts et Lettres, de la Légion d’Honneur, de la Pléiade, du Mérite allemand (Bundesverdienstkreuz am Band), président d’Avenir de la langue française (ALF), du Forum francophone international (FFI-France), co-animateur de réseaux francophones internationaux, médaille Senghor de la Francophonie reçue en 2014 de M. Abdou Diouf, au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), médaille d’or 2016 de la Société d’Encouragement au Progrès (SEP), reçue à l’École Militaire.
Notes :
*Je connais bien la Nouvelle-Calédonie et je suis d’assez près son évolution. Eh bien, je dis que le Premier Ministre actuel me paraît aller dans le bon sens et préserver l’avenir français du « Caillou ».
Parce qu’il a la culture nécessaire, l’esprit de finesse, et l’empathie humaniste.
Lorsque j’étais Conseiller culturel à notre ambassade à Canberra, chaque année, de 1970 à 1975 incluses, j’ai organisé à Nouméa les stages d’été pour professeurs australiens, néo-zélandais et indonésiens de français, et même créé à partir de 1974 le Festival culturel du Pacifique avec l’aide du « Haussaire » Claude Érignac (assassiné plus tard en Corse) et de l’Assemblée territoriale et de MM. Tchibaou (lui aussi assassiné) et Yann Céléné Uregei. Festival que les ministères des Affaires étrangères et des DOM-TOM d’alors s’étaient entendus pour m’envoyer aux Nouvelles-Hébrides (devenues le Vanouatou), et en Polynésie française, pour étudier les moyens de l’étendre à ces territoires…
**Dans notre pays qui n’est pas une nation ethnique, mais littéraire et politique, « une Europe qui a réussi », ce qui tient en Nation ses composantes très diverses, outre l’histoire vécue ensemble et la langue française officielle maintenant commune à tous, c’est un destin collectif toujours à construire, un grand dessein à partager. Deux grands contemporains l’ont exprimé d’une manière presque identique :
– M. Jean-Pierre Chevènement : « La France marche au projet. », et
– notre Général de Gaulle : « La France ne saurait être la France sans la grandeur. »
***Tout cela supposerait une politique française de « non indifférence », de nouveau plus québécoise que canadienne, et l’élection au poste de Secrétaire général de l’OIF, lors du Sommet francophone de 2018, d’un chef d’État d’Afrique francophone sub-saharienne – tel, par exemple : M. Zinsou – en évitant la réélection de Mme Jean que le Canada fédéral aura sans doute tout intérêt à soutenir à nouveau.
Nos associations avaient, en 2014, milité avec leurs bien faibles moyens contre elle et pour M. Jean-Claude de l’Estrac, Secrétaire général mauricien de la Commission de l’Océan indien très francophone, faute d’un accord des Chefs africains sur la désignation d’un des leurs.


