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De gauche et flamingant : c’est quoi le problème ?

Très souvent, nous nous sommes exprimés pour regretter que l’on attribue le nationalisme flamand à la seule N-VA. CD&V, Open-VLD portent avant tout la Flandre en eux. Ils se servent de la Belgique quand celle-ci peut servir les intérêts de leur nation en devenir.

Ludo Abicht nous rappelle très opportunément que cet ADN flamand est également porté par une bonne partie de la gauche flamande. Un homme politique comme Bert Anciaux, SPa, digne fils de Vic Anciaux, est un des fers de lance de ce mouvement flamand en perpétuel développement.

Quand donc les responsables politiques et sociétaux wallons et bruxellois de langue française auront-ils le courage de reconnaître cette évidence et d’en tirer les conséquences pour l’avenir de leur région respective ?

Paul D.

Ludo AbichtDe gauche et flamingant : c’est quoi le problème ?, demande Ludo Abicht, philosophe flamand et membre de Gravensteengroep. Son opinion a été publiée dans Knack.    

(…) Celui qui ne regarde pas l’histoire de Flandre par la lorgnette de l’idéologie peut… difficilement nier qu’il s’agit ici d’une véritable lutte d’émancipation des petites gens et qu’on a là un héritage qui ne peut être relégué au placard, du moins lorsqu’on cherche à comprendre la société dans laquelle on vit. Que cette émancipation s’est faite pratiquement sans violence, ce qui sous-entend par pression politique, à l’aide de loi et au moyen de l’enseignement, rend peut-être l’histoire moins héroïque, mais pas moins intéressante dans le contexte international d’aujourd’hui. Lorsqu’on regarde en Europe la floraison de nombreux mouvements indépendantistes, et ce, que ce soit en Écosse, en Catalogne au Québec, ce sont des mouvements progressistes et dans certains cas bien à gauche.

C’est donc mal connaître le monde que de dire que tous les mouvements régionaux et nationaux sont par nature régressifs et conservateurs. Ne trouvant leur place sur l’échiquier politique qu’entre la droite respectable et l’extrême droite. (…) Si le mouvement flamand veut jouer un rôle de libérateur, il doit se placer comme figure de proue pour une solidarité internationale et bien entendu se faire la voix de tous ceux qui souffrent de discrimination, de mépris et de racisme.

Pour une lecture plus complète du texte de Ludo Abicht, aller sur le site du Vif/L’Express.

La Bel’giya vue de Russie

Radio Moscou, c’était la voix de l’Union soviétique à l’étranger. Cette radio internationale est devenue La Voix de la Russie après l’effondrement du communisme. Ce n’est plus tout à fait un organe de propagande, comme au temps de la guerre froide, mais l’information qu’elle donne peut subir d’autres influences qu’en Belgique francophone. Info ou intox ? Il paraît que le glorieux pays des diables rouges est sur le point d’éclater. C’est écrit sur le site de La voix de la Russie.

La Flandre ne veut plus avoir la Wallonie à sa charge

voix-russieLa Belgique est sur le point d’éclater. Les Flamands sont fatigués de vivre côte à côte avec les Wallons. Pendant de longues années, la Flandre, où la population parle flamand et la Wallonie francophone étaient unies par la monarchie belge. Cependant, la situation économique des deux régions leur a fait oublier leurs contradictions ethniques et culturelles.

Du point de vue géopolitique, la Belgique représente un ensemble plutôt artificiel, composé de deux parties complètement différentes qui n’ont rien en commun : ni la langue, ni la culture, ni l’économie. Pendant plus d’un siècle, les néerlandophones et les francophones ont essayé de cohabiter ensemble. Mais ils avaient du mal à y parvenir. La Flandre, qui jouait pendant longtemps le rôle du parent pauvre, était une région agricole en retard économique. Elle survivait en grande partie grâce aux subventions wallonnes. La région flamande était une sorte de jardin potager, d’appendice agricole de la Wallonie pendant cette période. Au 19e siècle, la Wallonie a connu la révolution industrielle. Le charbon y était extrait, des aciéries ont ouvert et la construction des chemins de fer a commencé. La région francophone ressentait aussi sa suprématie dans la vie culturelle et politique.

Cette situation a perduré jusqu’aux années 1960, lorsque la Flandre, a fait un grand bond en avant sur le plan économique. Désormais la Wallonie est en retard par rapport à la Flandre, souligne Iouri Roubinski, directeur du Centre des recherches sur la France à l’Institut de l’Europe sous l’égide de l’Académie des sciences de Russie.

«Après la Seconde Guerre mondiale, le développement de la Flandre a abouti à l’enrichissement de cette région, et elle a dépassé par son niveau de développement la Wallonie. Désormais, ce ne sont plus les Wallons qui considèrent les Flamands d’assistés. La situation s’est inversée. Les Flamands disent que leur région est le coeur économique et l’avenir de la Belgique. Résultat, la scission entre les Flamands et les Wallons est telle que des partis flamands et wallons ont été créés. De ce point de vue Bruxelles, reste un problème complexe, car dans la région bruxelloise certaines régions appartiennent à la Flandre, et d’autres – à la Wallonie. Il est donc difficile de gérer cette ville.»

En attendant, un seul monarque dirige les deux régions. Il n’est pas exclu que la couronne est le seul élément qui retient le pays de l’éclatement. Un rôle remarquable dans ce domaine a été joué par le roi Albert II, qui pendant de nombreuses années, et ce jusqu’à son abdication, jouait un rôle d’arbitre. Mais lorsque la situation économique a changé, réaliser l’arbitrage fut de plus en plus difficile. La Wallonie continue à être le leader sur le plan politique et culturel, alors qu’elle n’en a plus les droits de l’être, selon les Flamands. Cette situation a fait remonter à la surface des vielles controverses. Des mouvements nationalistes radicaux de droite sont devenus extrêmement populaires en Flandre, notamment grâce au programme politique séparatiste et orienté contre l’émigration que ces partis proposent.

Cependant, si la Flandre attend son indépendance et le début d’une vie nouvelle du point de vue politique et économique, il est peu probable que la Wallonie puisse survivre en tant qu’un Etat distinct, estime le professeur du département de l’intégration européenne à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO) Alexandre Tevdoï-Bourmouli.

« Si la Flandre devient indépendante, elle voudra le rester. On ne sait ce qui va arriver alors à la Wallonie, qui n’a jamais été une entité autonome. Si les mouvements nationalistes sont très actifs en Flandre, ce genre de mouvement est presque inexistant en Wallonie. Donc en cas de l’éclatement de la Belgique, on peut supposer que la Wallonie pourrait être rattachée à un autre pays. Par exemple à la France.»

L’indépendance d’une seule région de la Belgique pourrait entraîner une véritable reconfiguration de l’espace européen. Mais il est peu probable qu’en Europe, quelqu’un voudrait de tels changements, à l’exception de la Flandre. C’est pourquoi il est fort probable que tous les acteurs, qui en sont capables, puissent user de toute leur influence pour éviter l’éclatement de la Belgique. En abdiquant, Albert II a appelé les citoyens à s’unir. Son fils Philippe, le nouveau roi des Belges, a promis de poursuivre la tâche qui a été commencée par son père. Va-t-il y arriver? On le verra avec le temps.

Maria Baliabina

Un sursaut, peut-être

Au royaume de l’éphémère, on aspire à l’éternité. Aussi vrai que Wight is Wight Dylan is Dylan, la Belgique sera toujours la Belgique. Enfin, il y en a qui le pensent (si on peut dire). Alors que le sort de l’état belge est plus que jamais entre les mains des nationalistes flamands, la Belgique est, paraît-il, dans tous les esprits francophones. On ne voit pas de limite à ce que la population wallonne serait prête à accepter pour rester belge. En tout cas, nombreux sont les Wallons qui rejettent l’idée même d’un conflit d’intérêt avec une Flandre au caractère affirmé, fort, dominant, car, dans leur faiblesse, ils veulent croire en l’indéfectible unité de la Belgique.

Il est surprenant, dès lors, que, de la société civile wallonne, des milieux universitaires wallons, habituellement si discrets, monte la voix d’un expert qui, tout à coup, dénonce une injustice dont la population wallonne pourrait souffrir.

Damien ErnstQuand Damien Ernst, professeur en électromécanique à l’ULg, a découvert le plan de délestage annoncé par l’actuel ministre de l’Intérieur en cas de pénurie d’électricité cet hiver, il a ressenti comme un choc électrique. Selon lui, « 72% des postes wallons pourraient être coupés, contre 38% en Flandre », ce qui n’est pas juste (on insiste). On lui a répondu que le déséquilibre entre la Flandre et la Wallonie s’expliquait par des raisons techniques et, parce qu’il a dit que c’était des couillonnades, on a fini par lui donner raison. La secrétaire d’Etat à l’Energie a imposé une correction sévère au plan communiqué par le ministre de l’Intérieur. Tout simple. Il suffisait d’avoir la lumière et l’énergie. Catherine Fonck a sans doute reçu l’aval de son parti pour désavouer Melchior Wathelet, dont la faiblesse apparaît de plus en plus criante. Le cdH n’a plus aucune raison de faire des cadeaux à la Flandre.

Avant cette correction ministérielle, Dubus avait caricaturé la Belgique à sa façon… plus vraie que nature (voir ici sa caricature).

Et Luc Gennart ?

Luc GennartOn se souvient qu’en 2010, le commandant de la base aérienne de Florennes, le colonel Luc Gennart, fut relevé de ses fonctions pour avoir dénoncé publiquement la flamandisation de l’armée belge. Il fut embrigadé par le MR et, tandis que la Belgique se cherchait toujours un gouvernement fédéral, il fit savoir qu’il était candidat pour devenir le ministre de la Défense après les élections législatives de 2014. Pourquoi pas ? Dans l’hypothèse de la coalition « suédoise », le MR disposerait de tellement de postes ministériels que Luc Gennart pourrait sans doute y faire valoir ses qualités d’expert, d’autant plus qu’il est question de remplacer les avions de combat de l’armée belge.

Il serait intéressant de voir comment Luc Gennart infléchirait les choix de l’actuel ministre de la Défense. Pour rappel, le très flamand Pieter de Crem, aussi partisan d’une armée belgo-hollandaise… souhaite toujours autant équiper l’armée de l’air belge avec l’avion de combat américain, le F-35 de Lockheed Martin, en dépit de l’inflation du prix de cet appareil qui cumule également les déboires techniques et technologiques. Mais pourquoi ce choix alors qu’il existe pourtant trois avions de combat européens – Eurofighter (BAE Systems, Airbus Group et Finmeccanica), Gripen (Saab) et Rafale (Dassault Aviation) ? (lien)

On n’est pas sûr, toutefois, que le MR pense à Luc Gennart pour occuper le poste de ministre de la Défense car, entre-temps, l’ancien commandant de la base aérienne de Florennes est devenu… échevin de la ville de Namur.

G.R.

La N-VA ne peut pas être plus claire

« Le confédéralisme s’imposera durant cette législature »

Source : Le Vif, 12 septembre 2014

La situation n’a jamais été aussi favorable à un saut en avant rapide vers une Belgique confédérale :  » Le PS et le CDH nous ont fait un cadeau merveilleux en se hâtant dans les Régions « , explique Eric Defoort, père fondateur de la N-VA. Le regard tourné vers le référendum pour l’indépendance de l’Ecosse.

Eric DefoortCofondateur de la N-VA, ancien président de l’Alliance libre européenne (ALE, qui regroupe les partis régionalistes au Parlement européen), Eric Defoort continue, du haut de ses 71 ans, à suivre de près tous les mouvements nationalistes sur le continent, tout en restant une source d’inspiration pour le sommet de son parti. Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, ce 18 septembre, n’est pas transposable dans l’immédiat en Flandre, reconnaît-il. Mais l’objectif de la N-VA reste clair: le confédéralisme, à court terme. Voilà le MR prévenu !

Le Vif/L’Express : Les Ecossais se prononcent sur leur indépendance ce 18 septembre. Est-ce un modèle à suivre pour la Flandre?

Erik Defoort : Les Ecossais défendent un principe qui est cher à mon parti, celui du droit des peuples à l’autodétermination. Et ils le font sans révolution, par la voie démocratique d’un référendum. En Flandre non plus, la N-VA ne veut aucune révolution, contrairement au Vlaams Belang qui défend des voies plus radicales. On se rend bien compte qu’il n’y a pas, pour l’instant, de majorité pour une indépendance pure et simple de la Flandre. Il faut respecter l’opinion de la population. Je connais très bien le sommet de la N-VA et je peux vous le certifier : en dehors de la démocratie parlementaire, il considère qu’il n’y a aucune issue et ne veut même pas en entendre parler, Nous devons mener un travail de conviction. Si l’on veut atteindre l’autre côté de la rivière, il faut construire un pont pour la traverser. On ne peut demander aux gens de se jeter à l’eau sans savoir nager.

Votre parti négocie la formation d’un gouvernement fédéral au programme duquel il n’est pas question de confédéralisme. N’est-ce pas contradictoire ?

Cette évolution s’imposera d’elle-même dans le courant de la prochaine législature. Notre ministre-président, Geert Bourgeois, a donné une interview importante au Tijd à la fin du mois d’août dans laquelle il rappelait : « Nous voulons le confédéralisme. » C’est la seule option viable pour qu’on arrête de se freiner mutuellement ! Les Flamands, comme les Wallons, n’ont-ils pas le droit de choisir leur modèle de société ?

Mais l’absence de thématiques institutionnelles au menu de la suédoise n’irrite-t-elle pas l’aile radicale de la N-VA ?

Ce que les francophones ont l’habitude d’appeler le « communautaire » se retrouve dans toutes les matières. Nous voulons profiter des circonstances pour engranger avec la suédoise un maximum de réformes socio-économiques et pour le reste, nous poursuivons notre stratégie politique. La situation s’y prête d’ailleurs à merveille. Ce n’est pas nous qui venons de faire un pas dans le sens du confédéralisme, mais bien le PS et le CDH. En se hâtant dans les Régions, ils ont offert un cadeau magnifique à la N-VA ; nous n’aurions jamais espéré cela ! Quand ils ont posé ce choix, nous nous sommes dit: « Merci Magnette, Merci Elio! » Dans son interview de fin août, Geert Bourgeois exprimait un autre élément important : nous ne voulons pas que le PS détricote dans cinq ans tout le travail qui aura été engrangé.

Le commentaire de l’AWF

Je tiens à rappeler ici la tenue du Colloque organisé le 02 avril 2011 sur le thème général de « L’APRES BELGIQUE » en la salle académique de l’ U.L.G. par le Cercle Condorcet de Liège. Sous la présidence du Recteur de l’U.L.G., M. Bernard Rentier, le Professeur Jules Gazon en avait été le brillant concepteur et coordinateur.

Ce dernier avait eu la lumineuse idée d’y inviter, outre de grosses pointures du monde académique, Eric Defoort, Professeur Emérite de la KU-Brussel, qui avait développé le thème « séparatisme vu de Flandre ». Tous les participants à cette journée d’étude s’accordèrent pour reconnaître le brio avec lequel M. Defoort parla. Excellent orateur s’exprimant dans un français remarquable, maniant l’humour avec intelligence, M. Defoort avait défini avec précision le schéma que la N-VA allait suivre pour atteindre ses objectifs. A l’exception de ce qui relève de l’actualité, les réponses à l’interview reprises ci-dessus sont en tous points fidèles au discours de M. Defoort en avril…2011.

C’est à la suite de cette journée que se créa un groupe informel de Wallons bien décidés à se pencher sur le devenir de la Wallonie. Après deux années de réunions fertiles en réflexion, ils décidèrent de créer le mouvement de citoyens « Alliance Wallonie France » qui ne cesse de se développer.

Paul D.

Le péché originel

L’impopularité est une malédiction pour un homme politique. Elle finit par se nourrir d’elle-même. Il y a une alchimie de sentiments, d’humeurs, de représentations qui, parfois, ne rendent pas justice à l’action politique. On n’est pas forcément responsable des sentiments qu’on inspire. Evidemment, la politique ne se réduit pas à un échange d’arguments rationnels. Mais si les Français ne sont pas satisfaits de leur président de la République, il y a quand même aussi des raisons objectives… A chacun de s’en faire une idée. Une telle crise de confiance ne fragilise pas seulement l’homme qui dirige la France, impopularitémais la France elle-même. Celle-ci a beau s’engager sur les terrains les plus minés d’Afrique et du Moyen-Orient, son influence en Europe est au plus bas.

Selon Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble, c’est précisément dans ses rapports avec ses partenaires européens que François Hollande aurait manqué de force et de conviction quand, fraîchement élu, il avait les cartes en main pour gagner la partie. Ce qui était en jeu, ce n’était pas seulement l’avenir de son quinquennat mais aussi celui de la France et de l’Union européenne. (G.R.)

Voici un extrait de son interview sur le site d’information Atlantico.

Quelles sont les grandes étapes de la perte d’influence française au sein de l’Union européenne depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République ?

Christophe Bouillaud : L’étape fondamentale et fondatrice, c’est le premier sommet européen auquel F. Hollande a participé en 2012. Il incarnait alors la légitimité du suffrage universel français – ce qui n’est pas rien dans l’Europe des 28 où nous sommes le seul pays ayant un régime semi-présidentiel -, il avait soulevé beaucoup d’espoir dans son électorat, et ailleurs en Europe, de revenir sur l’austérité.

Selon les propos de Cécile Duflot dans son livre, les Verts allemands eux-mêmes auraient espéré quelque chose de la part de F. Hollande. Et là, il plie, il accepte un compromis, il signe sans y changer une virgule un traité dénoncé auparavant dans son propre camp politique comme le « Merkozy ». Il n’ose pas entrer en conflit ouvert avec l’Allemagne, et de lui poser le dilemme suivant : ou l’Union européenne change de politique économique, ou l’Euro n’est plus. Mon pari, c’est qu’il aurait sans doute gagné à ce moment-là, parce que tout montre que les élites politiques et économiques allemandes ne voulaient pas perdre l’Euro, que personne parmi les grands groupes économiques européens ne veut perdre l’Euro. Cela aurait supposé une bonne engueulade avec l’Allemagne « conservatrice » d’A. Merkel, mais il aurait sans doute gagné. Il a aussi complètement sous-estimé que ce conflit entre A. Merkel et ses soutiens et lui-même et ses soutiens aurait été un vrai conflit droite /gauche transeuropéen sur la politique économique à mener pour sortir de la crise économique, et pas un conflit entre nations ! Il n’a pas compris qu’il pouvait jouer la politisation de la politique européenne sans risquer d’apparaître comme un nationaliste français borné – puisqu’il est un socialiste, donc par définition même internationaliste.

Depuis, la position de F. Hollande s’est bien sûr affaiblie dans la mesure même où la politique d’austérité qu’il suit ne donne aucun résultat économique positif aux yeux des Français, et que sa popularité s’est écroulé en conséquence. Il ne peut du coup plus jouer du tout la carte de la crise dans une telle position de faiblesse intérieure. Tout le reste ne sont ensuite que des détails. Il ne lui reste plus qu’à espérer être sauvé par la politique de la BCE ou par une reprise européenne spontanée.

Le retour inattendu du niqab

1. Les faits : trois femmes qui font du tourisme cherchent la Grand-Place de Bruxelles. Elles interpellent un passant pour lui demander le chemin à suivre. Ce dernier n’apprécie pas le niqab porté par l’une des dames et le lui arrache. Fait banal, sauf que la femme est une princesse qatarie et que l’homme est le chef du protocole de la ville de Bruxelles. L’information fait le buzz sur la toile et la justice est saisie par l’homme et la femme.

Daniel Bacquelaine2. Daniel Bacquelaine, considéré comme le père de la législation sur le port du voile intégral tient à préciser :  » ce fait divers n’a rien à voir avec la loi en tant que telle même si elle semble être invoquée. Seuls les agents de police ou les personnes assermentées ont le droit de sanctionner une infraction. Personne ne peut se faire justice soi-même, l’application de la loi n’est pas en cause. » Il ajoute : « dans l’espace public, le niqab ne permet pas la réciprocité de la reconnaissance, ce qui constitue une entrave au vivre ensemble. »

3. En 2012, la Cour constitutionnelle belge a rejeté les recours qui avaient été déposés contre la loi anti-burqa. En juillet 2014, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que les libertés de religion et d’expression ne sont pas atteintes par la loi anti-burqa française.

On résume pour les Français

Philippe Siuberski est correspondant de l’AFP à Bruxelles. Il relate dans le billet repris ci-desous la danse des négociateurs pour désigner commissaire européen et premier ministre fédéral. Ce texte remarquablement Michel-Peeterspédagogique est écrit à destination d’un public français et étranger souvent éloigné des arcanes de la politique belge.

Tout comme pour Yves Leterme, le CD&V a préféré une place de commissaire européenne pour la très flamande Marianne Thyssen qui en 2010 s’était illustrée par le violent accrochage qu’elle avait eu avec la Madame « non » de l’époque, Joëlle Milquet, alors présidente du cdH, qui refusait, avec d’autres partis francophones, la scission de BHV sans obtenir en échange l’élargissement de la Région bruxelloise. On sait ce qu’il en advint !

J’ajouterai que les termes de familles (libérale, sociale-chrétienne, socialiste) n’ont plus guère de sens dans cette Belgique « fédéralo-confédéraliste ». Lune de miel CD&V-MR et cdH dans l’opposition avec un CD&V dans la majorité fédérale montrent à souhait que le terme de famille politique est galvaudé dans notre beau royaume.

Parler d’une issue dans les prochains jours pour que les négociateurs arrivent à former un gouvernement fédéral me semble bien optimiste. La désignation d’un premier ministre va donner lieu à une foire d’empoigne. Je vois mal le MR accepter la désignation d’un premier ministre flamand et se retrouver à un score de 2-0 pour la Flandre. Je vois tout aussi mal la N-VA accepter un premier ministre de langue française, même si celui-ci est parfait bilingue.

Et que dire des milliards d’euros à trouver pour boucler le budget… ? L’ ACW (syndicat social chrétien flamand) a commencé à rugir…

L’échec des négociations ou une longue négociation qui lorgnerait vers le record des 541 jours ne sont pas à écarter… !

Paul D.

BRUXELLES, 4 sept 2014 (AFP) – La désignation jeudi par la Belgique, après de longs atermoiements, d’une candidate à la Commission européenne change la donne pour la composition du gouvernement fédéral, qui se fait toujours attendre plus de trois mois après les élections.

Les tractations pour aboutir à la désignation de la députée européenne démocrate-chrétienne flamande Marianne Thyssen pour rejoindre l’équipe de Jean-Claude Juncker ont duré des semaines. La fumée blanche n’est apparue que jeudi matin vers 09H00, soit une heure à peine avant la fin de l’ultimatum posé par le futur président de la Commission, de plus en plus irrité par les hésitations du pays hôte des institutions européennes.

Marianne Thyssen, 58 ans, devait être reçue en fin d’après-midi par M. Juncker, qui apprécie cette chrétienne-démocrate comme lui, et qui insistait pour avoir une femme de plus dans un exécutif européen qui en comptera finalement huit ou neuf. « Il considère que c’est un excellent choix », a réagi sa porte-parole, Natasha Bertaud.

Les difficultés de la Belgique, membre fondateur de l’UE, à choisir son représentant au sein de la Commission, s’explique par un télescopage du calendrier politique dans un royaume où les équilibres idéologiques et linguistiques résultent de compromis complexes.

Depuis les législatives du 25 mai, le pays reste dirigé en « affaires courantes » par le gouvernement de grande coalition du Premier ministre sortant, le socialiste francophone Elio Di Rupo.

En parallèle, quatre partis négocient la formation d’un nouveau gouvernement de droite qui associerait trois formations néerlandophones –les nationalistes de la Nouvelle alliance flamande (N-VA), les démocrates-chrétiens du CD&V et les libéraux de l’Open VLD– et, fait exceptionnel, un seul parti francophone, les libéraux du Mouvement Réformateur (MR).

Deux hommes dirigent ces discussions: le démocrate-chrétien flamand Kris Peeters et le président du MR, Charles Michel. Jeudi, le roi Philippe leur a demandé de poursuivre leur mission. Les observateurs s’attendaient à ce que M. Peeters devienne Premier ministre lorsque la feuille de route du gouvernement aura été approuvée par les quatre partis ce qui, espèrent les négociateurs, devrait survenir fin septembre.

Mais les libéraux francophones ont jugé que le CD&V, qui ne compte que 18 députés contre 20 au MR, ne pouvait revendiquer à la fois le poste de commissaire européen et celui de chef du gouvernement. Le CD&V a fini par reconnaître qu’il devait choisir et, contrairement aux attentes, a opté pour le poste de commissaire. « Le Premier ministre sera issu de la famille libérale », a convenu jeudi Kris Peeters, qui dirigeait jusqu’au mois de mai le gouvernement régional de la Flandre.

Les nationalistes flamands pas intéressés

Le favori semble donc être Charles Michel qui, à 38 ans, deviendrait l’un des plus jeunes dirigeants européens. Mais le nom de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, son rival au sein du MR qui était lui aussi candidat au poste de commissaire européen, a été cité. A moins que les libéraux flamands ne raflent le poste. La ministre sortante de l’Immigration, Maggie De Block, jouit d’une grande popularité, mais l’Open VLD n’est que le plus petit parti de la future coalition.

La N-VA, premier parti du royaume avec 33% des voix en Flandre, a été totalement absent de ce chapitre des discussions, ne revendiquant ni le poste de Premier ministre ni celui de commissaire européen. Son chef, Bart De Wever, qui devrait rester maire d’Anvers (nord), estime qu’il marquera suffisamment l’histoire du pays en rejetant dans l’opposition, pour la première fois depuis 25 ans, le Parti socialiste francophone.

Pour aboutir, il reste aux négociateurs à trouver un accord sur, notamment, des milliards d’économie à réaliser au cours des prochaines années. Après une centaine de jours de négociations et une issue prévisible dans les prochaines semaines, les Belges ne s’inquiètent pas encore de l’absence de gouvernement de plein exercice. Après le précédent scrutin, en 2010, il leur avait fallu attendre un an et demi.

Philippe Siuberski

Un hiver belgicain

Par Claude Thayse

Le 6 août dernier, Paul Durieux répondait ceci à un commentaire : « le mouvement wallon n’existe plus. Ce n’est pas moi qui le dis, mais une personne autrement qualifiée qui l’affirme : M. Paul Delforge, coordinateur du Centre d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon. La Belgique et ses médias de langue française ont réussi à « belgifier » complètement la société wallonne. Celle-ci est chloroformée et vit dans un état second où affiche RWseul le noir-jaune-rouge est un refuge, refusant de constater que la Flandre ne veut promouvoir que le noir et le jaune. Ce constat est terrible et le réveil ne pourra être que très douloureux ».

Je ne peux que rejoindre le constat terrible concernant le Mouvement wallon.

Tout a été fait depuis le Congrès national de 1945 pour l’anéantir. C’est à partir de là que les « élites » belgo-flamandes  (pléonasme qui peut se traduire par « francophones ») ont tout fait pour belgifier notre peuple. Et à part quelques sursauts, en 1950, en 60-61 et lors de l’aventure du Rassemblement wallon, ils semblent bien y avoir réussi… jusqu’ici.

Ils ont utilisé toute la puissance des médias à commencer par la télévision qui, soirée après soirée (à l’exception des quelques émissions d’Henri Mordant), ont distillé un dégoût des Wallons (traités de gréviculteurs, paresseux, inconstants, frivoles, imprévoyants, etc…). Et ça, dans tous les domaines…

La discréditation de notre passé entretient cette détestation de soi qui sommeille désormais en chaque Wallon.

Ils ont menti sciemment et avec constance. Présentant systématiquement les choses sous un angle anti-wallon. Les plus anciens d’entre nous se souviendront des moqueries concernant les Wallons qui auraient dépensé tout leur argent à soutenir des « canards boiteux » alors qu’en réalité, à l’époque, tout était entre les mains des capitalistes bruxellois (la fameuse Société générale de Belgique en particulier) pour qui l’objectif a toujours été uniquement de gagner de l’argent et  a maintenu un appareil industriel situé en Wallonie sachant parfaitement qu’il était obsolète pour  permettre  à la Belgique de gagner la bataille économique du charbon et de l’acier de l’après-guerre tout en préparant l’avenir en détournant les fonds européens de reconversion au profit de la Flandre.

L’argent n’a pas de patrie ! Quévit a parlé – à juste titre – d’un pillage de type colonial des richesses wallonnes. Et ce n’est pas fini, pensons à la filière bois, à l’eau, etc…  Regardez ce que la Belgique a fait, en un petit siècle, d’une ville de très grande culture comme Liège pendant qu’en France, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille… sont devenus des centres de développement et de référence.

Comment s’étonner que les Flamands reprennent à leur compte et si facilement les mensonges belgicains nous concernant ? Alors que la presse belge fait semblant de s’offusquer, elle qui a tant contribué à construire notre mauvaise réputation.

Ils ont fait disparaître la presse d’opinion régionale au profit de rédactions situées à Bruxelles quand ce n’est pas en Flandre.

Ils ont remplacé « l’Histoire de Belgique » par une vague « étude du milieu » asexuée et sans références. Ils ont compris qu’un Peuple privé d’histoire est destiné à disparaître.  Avec comme conséquence immédiate qu’on fait de de nos jeunes des « citoyens du monde belgo-européen » avant d’en faire des Wallons aimant leur pays. Même encore aujourd’hui, les jeunes enseignants sont encore complètement imbibés de l’histoire revisitée par Pirenne et ignorent tout du passé glorieux, ancien comme récent,  de la Wallonie. Alors, que deviendront leurs élèves ?

Dans ce monde globalisé où les identités se dissolvent et où la mémoire devient ultra-courte, la profondeur historique est une nécessité.

Qui dans les partis politiques osent encore simplement se dire et se présenter en régionalistes à l’heure d’aujourd’hui ? Ils sont vite mis à l’écart ou alors sont retraités…

Certes, des occasions ont été perdues, nous avons tous notre autocritique à faire. Mais au-delà, que faire pour que cet hiver belgicain passe le plus rapidement possible ?

Il nous manque cette fierté que l’on sent chez les Américains, les Russes, les Chinois, les Britanniques, les Espagnols…  et qui est manifeste dans leur manière de vivre avec leur Histoire, leur héritage. J’ose moins dire la même chose de la France actuelle qui sacrifie la sienne au nom de la repentance et du politiquement correct.

Il est temps, en France comme chez nous, de dire que notre héritage n’est pas honteux, qu’il est source de fierté, ce qui nous aidera à reprendre confiance en nous.

Si un jour, les Wallons veulent encore exister , dans la forme qu’ils auront choisie, il faut inverser notre rapport au passé pour y voir non une source de lamentations, mais une source de confiance. Réconcilier les Wallons avec leur histoire, bref, faire naître –  ou plutôt renaître – une Histoire wallonne.

Qui, à part des intellectuels conscients de leurs devoirs envers leur Peuple peuvent le faire ? Dire avec émerveillement, avec des mots simples, ce que nous devons aux siècles passés avec leur part d’ombre et de lumière et dont nous pouvons être fiers ?

À ceux qui – parmi nous – se plaisent encore à se définir comme héritiers du Mouvement wallon ou simplement qui aiment la Wallonie, pensons à cette strophe d’une fable bien oubliée dans le contexte mondial actuel :

« Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage

Que nous ont laissé nos parents.

Un trésor est caché dedans. »

(Le laboureur et ses enfants, Jean de la Fontaine)

La fausse suédoise et la vraie française

Fini, les vacances, la suédoise à la plage et Charles Michel regardant la ligne bleue des vagues. Le tango que celui-ci danse avec Kris Peeters, dans la chaude lumière des projecteurs, se transforme en un combat feutré mais viril pour le choix du représentant belge à la Commission européenne. On verra ce que la Flandre est prête à concéder au MR. Et à quel prix.

française suédoiseOn verra si la Belgique suédoise est autre chose qu’un fantasme. Et, si elle prend forme, quelle est sa vraie nature.

On verra ce qu’on verra. La vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Les médias belges francophones n’ont pas mis longtemps pour dépasser leur surprise d’une coalition fédérale jugée « kamikaze » et puis rebaptisée « suédoise » pour lui donner sa chance, allant parfois jusqu’à la trouver désirable, audacieuse, presque excitante, même avec la N-VA de Bart De Wever au milieu du jeu politique. Oui, Bart De Wever, le parrain discret de la suédoise, le méchant loup auquel on s’habitue et qu’on aimerait voir jouer dans la bergerie. Un tel revirement ne doit pas surprendre, il s’en produira d’autres, et l’opinion suivra le mouvement.

On verra ce qu’on verra.

Ce qui peut aussi évoluer rapidement, c’est le rapport très intime et très ambivalent que la population belge francophone entretient avec la France. Une frange de cette population, conditionnée autant par les médias que par une sorte d’allergie infantile, éprouve apparemment le besoin de vomir la France et les Français. La soupe aux émotions n’est pas toujours fraîche. Ecœurante bouillie d’une identité mal digérée. Magnifier la Belgique et, disons-le, conchier la France, ce sont deux spasmes dont la Wallonie pourrait mourir. Par étouffement.

Il n’est pas dit, toutefois, que le vent ne va pas tourner bientôt. que les évidences ne vont pas se renverser.

On verra si la Wallonie reste fidèle à elle-même, à son identité romane, à sa langue française, à sa culture politique infiniment plus française qu’anglo-saxonne, ou si elle se laisse entraîner par le Vlaanderen staat qui prend forme autour d’Anvers, à la fois nationaliste et ouvert sur le monde global, attiré vers le large, inspiré par Londres et Berlin, réduisant la Belgique à ce qui lui convient, tirant sur une laisse à laquelle tant de Wallons s’accrochent, avec de la Belgique plein les yeux.

Pour tous ceux qui, en Wallonie, ont cessé de croire en la solidarité belge, en la Belgique elle-même, et qui, ouvertement ou pas, cultivent l’idée d’une communauté de destin avec la France, il est pénible de voir les médias belges francophones opposer systématiquement la sympathique-et-trop-modeste-Belgique-qui-a-la-patate à la France-suffisante-et-insuffisante-qui-sent-la-moisissure-de-cassoulet. On caricature, évidemment, mais c’est aussi ce que font nos médias quand ils chantent la Belgique-qui-gagne-ou-presque, en utilisant le sport à des fins politiques, en fédérant le peuple autour des diables rouges, en ramenant très sérieusement les performances de n’importe quel champion belge à l’excellence du pays qui l’a vu naître. Ainsi la famille Borlée est-elle devenue un produit made in Belgium, alors que le père et entraîneur d’Olivia, Kévin, Jonathan et Dylan, tous athlètes de haut niveau, n’a cessé de se plaindre du manque de professionnalisme en Belgique. Il faut sortir de chez soi pour mesurer tout le ridicule de cet emballement médiatique.

J’étais en Italie au mois d’août. La Belgique est revenue des championnats d’Europe d’athlétisme avec une médaille de bronze (Nafissatou Thiam, une jeune Namuroise qui étudie et s’entraîne à Liège). A côté, les résultats français portent la marque d’un chauvinisme insupportable : 9 médailles d’or, 8 médailles d’argent et 6 médailles de bronze. Dans cette France en ruine où tant de Belges continuent à passer leurs vacances, on a encore l’arrogance de gagner des compétitions sportives (et c’est comme ça dans à peu près tous les sports). Pour illustrer ces performances françaises, le journal Le Soir n’a rien trouvé de mieux que d’écrire un article sur les « casseroles » de Patrick Montel (le présentateur français). Vu d’Italie, par contre, cela donnait ceci : « Francia pigliatutto – Dietro il miracolo tecnici e intuizioni » (1). Sous ce titre, le très sérieux Corriere della Sera, le journal le plus diffusé d’Italie, expliquait que les athlètes français ne devaient pas leurs succès à la chance, au contraire, puisqu’ils auraient logiquement dû remporter d’autres médailles. La vérité, c’est que « non c’è un settore in cui i francesi siano deboli, dalla velocità agli ostacoli, dai salti ai lanci, dalle gare su strada alle prove multiple. Tra i motivi del ‘miracolo’ c’è il fatto che, grazie alle sovvenzioni del ministero dello Sport, l’atletica francese puὁ sfruttare a tempo pieno quasi un centinaio di tecnici professionisti. Alcuni seguono gli atleti di vertice, altri si preoccupano della formazione dei giovani, altri istruiscono i nuovi allenatori. Con questa rete capillare tutto è tenuto sotto controllo. » (2)

Evidemment, cette excellence a un coût. Un des points qui allarment beaucoup de Français, c’est précisément le niveau très élevé des dépenses publiques en France (57 % du PIB en 2013, pour 55 % à la Belgique, un chiffre que Bart De Wever juge indécent). Le ralentissement de l’économie étant ce qu’il est, la dette publique ne cesse d’augmenter (93 % du PIB en 2013, pour 101,5 % à la Belgique). Contrairement aux Belges (surtout francophones), les Français n’accordent pas une attention très grande aux succès dont on leur parle, car ils voient la France affaiblie économiquement, politiquement. L’ambiance n’est pas à la fête, on attend qu’il se passe quelque chose dans une société qui, une fois de plus, apparaît bloquée.

Il faut prioritairement inverser la courbe du chômage mais la réflexion économique est polluée par l’idéologie et, puisque la France a décidé de mettre un peu d’ordre dans ses comptes, il est intéressant de lire ce que le très keynésien Paul Krugman en pense :

« Où est la France dans ce tableau ? Les media décrivent sans arrêt l’économie française comme un bazar dysfonctionnel, handicapé par une forte imposition et une forte règlementation gouvernementale. Cela fait dont un choc lorsque l’on regarde les chiffres qui ne correspondent pas du tout à cette histoire. La France ne va pas bien depuis 2008 – notamment elle est à la traîne de l’Allemagne – mais la croissance de son PIB est bien meilleure que la moyenne européenne, dominant non seulement les économies troublées du sud de l’Europe mais également des pays créditeurs comme les Pays Bas.

« Sur le front de l’emploi, la France ne se situe pas si mal que ça. En fait, les adultes dans la force de l’âge ont bien plus de chances d’avoir un travail en France qu’aux Etats-Unis.

« La situation de la France ne semble pas non plus particulièrement fragile. Elle n’a pas un fort déficit commercial et elle peut emprunter à des taux historiquement bas.

« Pourquoi donc la France a-t-elle si mauvaise réputation ? Il est difficile de ne pas penser que ces suspicions sont d’ordre politique : La France a un gouvernement très présent et un état providence généreux, ce qui devrait mener droit au désastre économique selon l’idéologie des libres-marchés. Le désastre est donc ce qui est rapporté dans les media, même si les chiffres disent autre chose.

« Et Hollande, même s’il est à la tête du Parti Socialiste français, semble croire ces calomnies motivées par l’idéologie. Pire encore, il est tombé dans un cercle vicieux dans lequel les mesures d’austérité font stagner la croissance, et cette croissance qui stagne devient la preuve que la France a besoin de davantage d’austérité.

« C’est une bien triste histoire, et pas seulement pour la France. (…)

« L’Europe a donc désespérément besoin que le dirigeant d’une économie majeure – qui n’est pas trop mal en point – relève la tête et dise que l’austérité est en train de tuer les perspectives économiques du Vieux Continent. Hollande aurait pu et aurait dû être ce dirigeant, mais il ne l’est pas.

« Et si l’économie européenne continue de stagner ou pire encore, qu’adviendra-t-il du projet européen – cet effort sur le long terme pour garantir la paix et la démocratie grâce à une prospérité partagée ? En ne répondant pas aux attentes en France, Hollande met également l’Europe toute entière en échec – et l’on ignore jusqu’où cette terrible situation peut aller. »

L’intégralité de la chronique de Paul Krugman est à lire sur le site de la RTBF.

G.R.

(1) « La France rafle tout – Derrière le miracle, des techniciens et des intuitions. »

(2) « De la vitesse aux obstacles, des sauts aux lancers, des courses sur route aux épreuves multiples, il n’y a pas une discipline où les Français sont faibles. Parmi les raisons de ce ‘miracle’, il y a le fait que, grâce aux subventions du ministère des Sports, l’athlétisme français peut bénéficier du travail à temps plein d’une petite centaine de techniciens professionnels. Une partie d’entre eux suivent les athlètes de haut niveau, d’autres s’occupent de la formation des jeunes, d’autres encore instruisent les nouveaux entraîneurs. Avec ce réseau, tout est maintenu sous contrôle. »

La Belgique intrigue la francophonie

Dans son édition du mardi 19 août 2014, le quotidien « Le Soir », sous la plume de la journaliste Colette Braeckman, pose la question de la place de la Belgique au sein de la francophonie. Elle rappelle le dédain affiché par Elio di Rupo pour cette institution . Ce dernier avait préféré être présent à Mons pour des élections communales plutôt que de se rendre à un sommet de la francophonie à Kinshasa.

A la lumière de l’évolution des institutions belges vers le confédéralisme, il serait intéressant d’entendre aujourd’hui Roger Dehaybe sur le problème de la représentation belge au sein des organismes de la francophonie. Ne serait-il pas opportun que les régions wallonne et bruxelloise aient chacune leurs représentants ?

Voici l’article de Colette Braeckman :

La Belgique institutionnelle intrigue la francophonie

Colette BraeckmanDans les couloirs de l’Organisation internationale de la francophonie, les changements institutionnels de la Belgique ne passent pas inaperçus et l’on perçoit une certaine inquiétude : la Belgique fédérale se détournera-t-elle de l’organisation, dont elle est l’un des membres fondateurs, au profit de la seule Fédération Wallonie Bruxelles et de son exécutif Wallonie Bruxelles International ?

Jusqu’à présent en effet, la représentation belge aux sommets de l’organisation avait toujours été double : représentation fédérale d’un côté, incarnée par le Premier Ministre ou le ministre des Affaires étrangères, entité fédérée Wallonie Bruxelles de l’autre, incarnée par son ministre président…

Qu’en sera-t-il demain ? Du côté des Affaires étrangères, on juge cette inquiétude prématurée, puisque le nouveau titulaire du poste ministériel n’est pas encore désigné. Si Didier Reynders demeure en fonction, il n’y aura sans doute que peu de changements. En revanche, si un membre de la NVA devait accéder à la fonction, il est probable qu’il accorderait moins d’intérêt encore à l’institution francophone, se défaussant entièrement sur Wallonie Bruxelles International et sa nouvelle « patronne » Pascale Delcominette, qui a remplacé Philippe Swinnen.

Mais pouvait-on déjà faire moins que le gouvernement sortant dirigé par Elio di Rupo ? Alors que tous les premiers ministres flamands successifs avaient tenu à être présents lors des sommets de la francophonie, M. Di Rupo, -un francophone- refusa, voici deux ans, de se rendre à Kinshasa, arguant qu’à la veille des élections communales, sa présence était requise dans sa bonne ville de Mons.

En outre, l’Etat fédéral n’a jamais contribué au budget de la francophonie : c’est la fédération Wallonie Bruxelles qui, dès la naissance, en 1970, de l’ACCT (Agence pour la Coopération culturelle et technique, devenue Organisation internationale de la francophonie), a payé la totalité d’une cotisation calculée au prorata de la population du pays tout entier.

Roger Dehaybe, qui fut longtemps secrétaire général de l’Agence internationale de la francophonie (chargée de l’exécution des programmes) estime cependant que malgré la non contribution financière (« un vrai scandale »), il était important que la représentation belge soit double : « la présence simultanée, et en bonne entente, du Premier Ministre et du ministre président de la Fédération Wallonie Bruxelles avait un effet didactique, elle permettait d’expliquer à nos interlocuteurs, en bilatéral, comment fonctionnait le système belge et j’espère que cela continuera ainsi… ».

A l’heure où se prépare déjà le prochain sommet bisannuel qui aura lieu en novembre à Dakar, la francophonie se soucie surtout de la succession du président sortant, le Sénégalais Abdou Diouf. Faudra-t-il opérer le choix parmi les anciens présidents sortants, africains de préférence, privilégier une personnalité forte, comme l’Egyptien Boutros Boutros Ghali ou Abdou Diouf, ou désigner un homme de terrain ? Toutes les options sont encore ouvertes : l’ancien gouverneur du Canada Michaëlle Jean, originaire de Haïti, croit en ses chances mais se heurte aux réticences de la France, le nom de plusieurs Africains est cité, l’ancien président du Burundi Pierre Buyoya (bloqué par le Canada et la Suisse) l’ancien ministre du Congo Brazzaville et intellectuel de renom Henri Lopes (qui souffre du handicap de l’âge), l’ancien et éphémère président du Mali Diancounda Traoré… Un outsider risque de représenter l’élément neuf, l’ouverture sur l’Océan Indien : Jean-Claude de l’Estrac, ex-ministre des Affaires étrangères de l’île Maurice et ancien journaliste. S’inspirant de l’exemple de son pays, il aurait une vraie vision du rôle que pourrait jouer une francophonie plurielle et démocratique…

Colette Braeckman

La francophonie, trait d’union du français

L’Organisation internationale de la francophonie est une institution dont les Etats membres ont en commun l’usage, même partiel, de la langue française. Elle regroupe 77 pays ou gouvernements dont 67 membres et 20 observateurs, soit plus de 890 millions d’habitants répartis sur cinq continents.

Les valeurs communes sont la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, la consolidation de l’Etat de droit. La francophonie s’appuie sur 5 opérateurs directs : l’Agence universitaire de la francophonie, TV5international, l’Université Senghor d’Alexandrie, l’Association internationale des maires francophones et d’une Assemblée consultative.