En passant

Belgique, le pays kitsch

Nous reproduisons ici la version française de la chronique de Jules Gheude, publiée sur le site de l’hebdomadaire flamand « Knack », ce 22 février.

Qu’est en réalité la Belgique? Randonnée à travers un pays, qui n’est ni un Etat de droit, ni un Etat, ni une nation.

Jules Gheude bisPar Jules Gheude, essayiste politique

Un Etat de droit?

Certains politiques francophones invoquent volontiers le concept d’Etat de droit, par exemple lorsque la nomination d’une personne légitimement élue est contestée ou refusée (José Happart, Damien Thiéry).

Le 29 février, la liste linkebeekoise LB (93,85%) proposera son candidat-bourgmestre. Damien Thiéry, avec 1.200 voix, a été plébiscité et les nouvelles élections ont été organisées d’une manière totalement légale. Mais la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans (N-VA)  a fait savoir qu’il n’était pas question de nommer Damien Thiéry durant la présente mandature.

Le nom d’Yves Ghequiere (958 voix) est d’ores et déjà avancé. Le MR sacrifiera-t-il Damien Thiéry, comme le PS le fit avec José Happart en 1988 ? Ou bien cette situation engendrera-t-elle un casus belli au sein du gouvernement fédéral ?

Le concept d’Etat de droit suppose que la Constitution, la loi fondamentale, soit scrupuleusement respectée.

Celle-ci stipule notamment que le mariage civil devra toujours précéder la bénédiction nuptiale. Tel ne fut pas le cas lorsque Léopold III se remaria en 1941 avec Liliane Baels.

Aujourd’hui, nous apprenons que le prince Amadeo a reçu l’autorisation royale de se marier… seize mois après la célébration du mariage. Une nouvelle entourloupette pour régulariser la chose rétroactivement !

La Constitution fut également malmenée lorsque le roi Baudouin, en 1990, fut placé par le gouvernement dans l’impossibilité de régner, alors que chacun savait qu’il était bien portant.

Ce fut encore le cas lorsque les responsables francophones décidèrent de débaptiser la Communauté française de Belgique pour l’appeler « Fédération Wallonie-Bruxelles ».

Je voudrais, à ce sujet, ouvrir une parenthèse.

Lorsque je suis amené à faire des conférences en Flandre, la question suivante m’est régulièrement posée : est-il exact que les francophones ont, avec ce concept de Fédération, un Plan B en tête ?

Ma réponse est claire. Si la Belgique se démantèle, une majorité de Wallons (63%) souhaitent constituer une « Belgique résiduelle » avec les Bruxellois. C’est ce qui ressort d’un sondage RTL-Ipsos-Le Soir réalisé en 2013. Mais 68% des Bruxellois se prononcent en faveur d’un statut indépendant. Une enquête faite par Rudi Janssens (VUB) en 2013 confirme la chose. Les formules où Bruxelles s’associe à une autre région ne sont nullement populaires : 4% en faveur de la Flandre, 4,6% en faveur de la Wallonie.

On voit donc que le WalloBrux est une chimère, une pure illusion. Si la Wallonie devait reprendre 35% de la dette publique belge, elle serait confrontée, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%, à un scénario à la grecque. On comprend dès lors que les Bruxellois n’ont nulle envie de se montrer solidaires d’une telle situation. Ce WalloBrux souffrirait d’emblée d’un déficit chronique et sa dette ne ferait que s’accroître.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet.

Un Etat ?

L’aventure manquée de l’équipe B-Fast au Népal, la Belgique qui se voit décerner le prix du « fossile du jour » dès l’ouverture de la COP21 à Paris, les fissures dans les centrales nucléaires, la manière bancale dont les autorités belges ont communiqué lors des actions antiterroristes à Bruxelles, la jungle molenbeekoise, la fermeture des tunnels bruxellois, la saga du RER…  Autant d’événements qui amènent à poser la question : la Belgique est-elle encore un Etat ?

Le journal français « Le Monde » y répond de manière négative, tandis que divers médias américains parlent de failed state.

En 1981, François Perin avait déjà souligné ce manque de crédibilité : La Belgique est un Etat si peu fiable que ses partenaires ne seraient peut-être pas fâchés de la voir disparaître. Il s’agissait ici des engagements de la Belgique envers l’OTAN, avec une armée dont le général Close avait dit qu’elle n’était jamais prête, jamais disponible.

Perin avait également comparé la Belgique à un souk…

Une nation ?

En fait, la Belgique est un artifice des grandes puissances de 1830, qui voulaient ainsi se protéger contre la France. Quinze ans après Waterloo, le spectre de Napoléon rôdait toujours…

Talleyrand, qui était alors ambassadeur de France à Londres, était très sceptique quant aux chances de viabilité de ce nouveau royaume. Lors d’une conversation avec la princesse de Lievin, il déclara : Les Belges ? Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays. Cela ne peut tenir.

Dès le départ, le ver était dans le fruit. Comment une telle construction pouvait-elle évoluer sereinement, lorsqu’on lit cette lettre de Charles Rogier à Jean Raikem : Les premiers principes d’une bonne administration sont basés sur l’emploi exclusif d’une langue et il est évident que la seule langue des Belges doit être le français. Pour arriver à ce résultat, il est nécessaire que toutes les fonctions civiles et militaires soient confiées à des Wallons et Luxembourgeois. De cette manière, les Flamands, privés temporairement des avantages attachés à ces emplois, seront contraints d’apprendre le français, et l’on détruira ainsi peu à peu l’élément germanique.

Les francophones, dans leur grosse majorité, ignorent à quel point le Mouvement flamand a dû lutter pour obtenir les premières lois linguistiques, qui allaient permettre à la Flandre d’obtenir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique belge. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française. Pour lui, le flamand était la langue des servantes et des valets.

Tout cela a laissé des traces durables et engendré un sentiment national flamand très fort. Aujourd’hui, la Nation flamande existe, ce qui rend le fédéralisme impossible.

Un Etat kitsch, qui s’évapore lentement

En 2010, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres (l’un de la majorité, l’autre de l’opposition) de s’enquérir de la situation belge. La conclusion du rapport est claire : les deux groupes linguistiques diffèrent trop pour se comprendre, ce qui rend l’existence du pays de moins en moins probable.

Dans une récente chronique publiée sur le site « Knack », Hendrik Vuye et Veerle Wouters, députés N-VA, ont expliqué comment les bastions unitaires (universités, partis, Ordre National des Avocats, ABVV/FGTB Métallurgie, syndicats du rail, exécutif des musulmans) se sont scindés spontanément. Cela montre que la Belgique s’évapore petit à petit.

Lorsqu’il présidait le parti libéral flamand, Karel De Gucht avait tenu le même langage :La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre (VTM, 6 novembre 2002).

Les leaders francophones se refusent à voir cette évolution. Tout se passe pour eux comme si la Belgique était vouée à l’éternité. Le réveil risque de faire mal.

Eric Defoort a un jour utilisé le mot kistch pour décrire la Belgique. Mais une chose est sûre : que peut-on trouver de valorisant à vivre dans un tel contexte, où la méfiance réciproque entraîne d’interminables querelles ? C’est épuisant et malsain.

Censure au « Mons Mémorial Museum »

Lu sur le site du quotidien « La Libre » :

Le journaliste Jean Quatremer dénonce des tentatives de censure. « Pour la première fois dans ma longue vie de journaliste, j’ai dû batailler contre des tentatives hallucinantes de censure de la part de la direction d’un musée », écrivait le journaliste, Jean Quatremer sur le blog de Libé, les coulisses de Bruxelles.

En cause ? Une exposition « Ceci n’est pas l’Europe, 120 caricatures d’actualité » construite au Mons Memorial Museum (MMM) et pour laquelle il a réalisé une dizaine d’articles à la demande de son commissaire, Nicolas Vadot. Et c’est bien par amitié pour les dessinateurs de presse, Vadot et Plantu, que le journaliste n’a pas retiré ses billes.

« Ça fait 30 ans que je suis journaliste, j’ai écrit des livres, participé à des documentaires… Et ça ne m’est jamais arrivé de devoir batailler pendant trois mois pour que le fond de mes textes ne soit pas changé. Nous acceptons parfois de retravailler un texte, de revoir la forme et/ou de s’adapter aux médias pour lequel on travaille. Ici, c’était la toute première fois que je faisais face à une dizaine de tentatives de modification sur le fond de mes articles. »

Le journaliste est sidéré. « Je suis plus que scandalisé. Ce sont des méthodes dignes des régimes autoritaires. À part dans les pays communistes, je n’ai jamais vu cela. Ils ont cru qu’ils allaient pouvoir tenir la plume d’un journaliste ? ! C’est vraiment inacceptable. »

Dans son papier, Quatremer cite, par exemple, qu’il ne pouvait pas écrire que la Grèce avait « menti » sur son chiffre de déficit mais a « masqué la réalité », que l’Europe était « la région la plus calme et la plus prospère au monde » ou encore que « toutes les enquêtes d’opinion montrent que les citoyens se méfient encore plus de leur État que de l’Union »…

Des mots qui n’ont pas plu à la direction du Pôle muséal de Mons. « Après trois mois d’échanges, je voulais retirer mes textes, je ne voulais pas aller plus loin, ça devenait humiliant. Je ne l’ai pas fait par amitié pour Vadot et Plantu. J’ai donc accepté beaucoup d’adaptations essentiellement de forme. » Au final, ses textes ne seront que dans le catalogue. « Ultime tentative du musée pour marginaliser mon travail : qualifier mes articles de billets d’humeur et non de billets, comme cela était convenu. Heureusement, Vadot s’y est opposé. C’est à la fois hilarant, sidérant, inquiétant et surtout épuisant de bêtise. »

Le directeur du Pôle muséal (et donc du MMM), Xavier Roland, dément toute censure. « La preuve est que les textes ont été publiés. Nous lui avions simplement suggéré de compléter et de nuancer ses billets afin qu’ils soient accessibles à tous. Nos musées sont des lieux pédagogiques et didactiques. Nous aurions voulu créer un espace de dialogue avec le journaliste, ce qui n’a pas été possible mais il n’y a eu aucune censure. »

À n’en pas douter, de sa participation à l’exposition montoise dont l’essence même du propos est la liberté d’expression, Jean Quatremer gardera une plume acide.

Les exclus sont principalement des Wallons

Quand il s’agit de réduire les droits sociaux, les mesures prises par le gouvernement fédéral pénalisent davantage les francophones et cela n’a rien de surprenant, parce qu’ils sont les plus fragiles et parce que le rapport de force, au niveau politique, est nettement favorable à la Flandre. Il ne suffit pas d’avoir un premier ministre wallon et socialiste pour échapper à la réalité d’un pays de moins en moins solidaire.

Lu sur le site du journal Le Soir :

La grande majorité des personnes privées d’allocations depuis le 1er janvier vivent en Wallonie et à Bruxelles. Charleroi, Mons, Liège et Verviers sont les plus touchées.

chômeurs exclusLorsque le gouvernement Di Rupo avait adopté la mesure, la FGTB avait prédit un « tsunami social ». Si la vague d’exclusion du chômage tant redouté est là, elle est essentiellement francophone, et spécifiquement wallonne. Selon les chiffres du ministère de l’Emploi, la Flandre ne compte que 17 % des exclusions, contre 66 % en Wallonie. Au total, 25.040 personnes ont perdu leurs allocations d’insertion sur les premiers mois de l’année 2015.

Ces premières statistiques montrent une réalité sociale qui est aussi très contrastée au sein des Régions. Plus de 51 % des chômeurs sanctionnés viennent des seules provinces de Liège et du Hainaut, et sont essentiellement concentrés dans les plus grandes villes (Mons, Charleroi, Liège, Verviers…). D’un autre côté, Luxembourg, Brabant wallon et Namur apparaissent relativement protégés.

Autre aspect, et ce n’est pas une surprise : les femmes sont les premières touchées par les exclusions (61 %). Une situation qui s’explique par le fait que les femmes sont davantage sous contrat à temps partiel. Elles totalisent donc plus difficilement les périodes de travail minimales pour bénéficier des allocations de chômage.

Le TGV des Wallons

Il est à nouveau question du chemin de fer et des choix stratégiques opérés par la ministre fédérale en charge de ce dossier. Voici une semaine, on pouvait lire sur le site de La Libre Belgique que des contacts ont été pris entre la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant et son homologue français Alain Vidaliès afin d’analyser la réouverture des lignes ferroviaires gare de Quévytransfrontalières Charleroi-Maubeuge et Mons-Aulnoye-Aymeries.

La demande émanerait de Jacqueline Galant dont le journal français La voix du Nord a recueilli les explications : « Les relations ferroviaires à grande vitesse étant actuellement suspendues entre les villes belges de Liège, Namur, Charleroi, Mons et la capitale française, mes collaborateurs examinent la possibilité d’une réactivation du trafic voyageurs entre Mons-Quévy-Aulnoye-Aymeries et Charleroi-Jeumont-Maubeuge ». La remise en service des trains sur ces tronçons permettrait selon la ministre « de renforcer les liens humains, économiques, culturels et touristiques ».

Fort bien, ce remaillage du Hainaut historique avec deux lignes transfrontalières, mais si c’est pour faire oublier la remise en service du Thalys qui, reliant Liège à Paris, dessert les principales villes wallonnes, on ne peut pas vraiment dire que la Wallonie gagne au change. On pourrait même parler d’une rustine qui ressemble à du sparadrap, pour qu’on n’en parle plus, ni avec les Wallons, ni avec les Flamands. Mais voilà justement que les élus wallons donnent de la voix, y compris ceux du parti de Madame la Ministre, comme on peut le lire aujourd’hui sur le site de la RTBF :

ThalysLa ligne à grande vitesse qui relie Liège à Paris en passant par Namur, Charleroi et Mons est à l’arrêt depuis le 1er avril 2015. Une suspension a priori temporaire, justifiée à l’époque par la nécessité de réaliser des mises à jour techniques sur ce qu’on appelle communément « la dorsale wallonne ».

Ces travaux ont été réalisés, mais le Thalys n’est toujours pas de retour sur les rails. Et les députés wallons s’impatientent.

Deux propositions de résolution sont sur la table du parlement régional, qui en débattra ce 16 février. L’une émane d’une réminiscence de l’ex-majorité Olivier, soit l’actuelle paire PS-cdH élargie à Ecolo. Elle réclame la réouverture « dans les plus brefs délais » de cette liaison rapide, « élément éminemment important d’un point de vue économique, touristique et culturel ».

L’autre texte est co-signé par 6 députés MR. Et il va dans le même sens, encourageant le gouvernement régional à « proposer au Gouvernement fédéral, à la SNCB et éventuellement à la société Thalys (NDLR: le MR est aussi favorable à l’ouverture de ce marché à d’autres opérateurs) de réviser son offre de transport de et vers Paris à travers la dorsale wallonne en vue d’y améliorer sa vitesse commerciale ».

« Actuellement, la Wallonie est déficiente en terme d’attractivité, précise Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe des Bleus au parlement régional. C’est donc un débat sur lequel le MR wallon est ferme: nous sommes favorables à ce que le Thalys puisse à nouveau circuler sur la dorsale wallonne ».

C’est aujourd’hui aussi que La Libre Belgique se penche sur la situation du rail wallon. L’édito de Francis Van de Woestyne commence ainsi :

Notre enquête sur la SNCB le confirme, outrageusement : le rail wallon est le parent pauvre du rail belge. La situation est ubuesque : il faut plus de temps pour aller d’Arlon à Bruxelles qu’il y a 40 ans. Pourquoi ? Et que faire ?

Oui, que faire… ?

Le beurre et l’argent du beurre

Geert BourgeoisLe gouvernement flamand commande une nouvelle étude sur les transferts financiers générés par la solidarité interrégionale en Belgique. Encore une fois, il s’agit de montrer aux électeurs flamands que la Wallonie est un puits sans fonds, qu’elle engouffre une part toujours excessive de la richesse produite en Flandre.

Il n’est pas du tout certain que la Flandre, en tant que nation ou, à tout le moins, de communauté d’intérêt, souhaite vraiment le redressement de la Wallonie, car elle tire un bénéfice évident de sa situation dominante en Belgique. Elle ne voudrait pas que la Wallonie rivalise avec elle, elle ne supporterait pas que les rôles s’inversent à nouveau, quelle horreur ! Mais ce déséquilibre entre une Flandre forte et une Wallonie faible a un prix dans la mesure où la région la plus riche doit automatiquement contribuer aux dépenses de la région la plus pauvre. Et ce prix doit être revu à la baisse. Encore. Encore.

« On rentre dans la Wallonie comme dans du beurre », disait un premier ministre. Autant que possible, il s’agit d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la Wallonie accepte de renégocier le contrat qui la lie à la Flandre, en des termes toujours plus avantageux pour celle-ci, soit il n’y a plus de Belgique. L’objectif de la N-VA n’étant pas de conserver la Belgique, elle peut mettre une pression maximale sur la classe politique francophone. Ou ça passe ou ça casse et, dans les deux cas, c’est bingo pour la N-VA.

Les Wallons, eux, s’emploient à démontrer que la solidarité interrégionale est loin d’être excessive…

Voici ce qu’on pouvait lire il y a deux jours sur le site de La Libre Belgique :

RP10749 Vlaanderen

Les transferts financiers Flandre-Wallonie n’ont qu’une ampleur limitée

Les Wallons sont-ils des assistés ? Oui, en un sens, mais à un degré nettement moindre que bien d’autres populations européennes. C’est en substance la réponse que donne l’économiste Julien Vandernoot à une question qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ce mercredi encore, le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a annoncé que son gouvernement avait commandé une nouvelle étude sur les transferts financiers flamando-wallons.

Dans ce contexte, la thèse de doctorat que vient de défendre Julien Vandernoot, assistant à l’Université de Mons, a des implications très politiques. Son travail va en effet à l’encontre d’une idée répandue, selon laquelle les flux financiers nord-sud, en Belgique, atteindraient des montants extravagants. Chiffres à l’appui, le jeune homme s’oppose à l’un des arguments avancés par les nationalistes pour justifier une plus grande autonomie flamande. Selon lui, les transferts qui s’écoulent de la Flandre vers Bruxelles et la Wallonie n’ont rien d’anormal.

Une Allemagne très solidaire

Le chercheur montois a étudié cinq pays fédéraux qui présentent un niveau de richesse assez proche : le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse et la Belgique. Pour ces cinq Etats, il a passé au crible les systèmes de solidarité financière entre institutions (régions, communautés ou autres, selon les cas).

La conclusion est plutôt inattendue. « Contrairement à ce qu’on entend parfois, la solidarité entre régions en Belgique n’est pas plus élevée que dans les autres Etats étudiés, note Julien Vandernoot. Dans la plupart des indicateurs de solidarité que j’ai utilisés, c’est même en Belgique que la solidarité est la plus faible. »

En 2009, a calculé l’économiste, la solidarité représentait en Belgique 0,46 % du produit intérieur brut (PIB), contre 1,39 % en Allemagne. Selon un autre indicateur, comparant les transferts entre régions au regard de leur « capacité fiscale » (le rendement de l’impôt des personnes physiques), la solidarité atteindrait 1,63 % en Belgique, 2,47 % au Canada, 2,63 % en Suisse, 2,72 % en Espagne et 6,67 % en Allemagne.

L’ordre n’est qu’à peine modifié si l’on observe l’importance de la solidarité en proportion des dépenses des entités fédérées : 3,42 % en Belgique, 6,42 % au Canada, 6,64 % en Espagne, 9,42 % en Suisse et 16,14 % en Allemagne. De toute évidence, les transferts nord-sud en Belgique sont loin d’approcher les colossaux flux ouest-est qui ont cours en Allemagne depuis la réunification du pays, en 1990.

Bémol

Autre indicateur : le montant reçu par l’entité qui bénéficie le plus de la solidarité nationale. Pour la Communauté française, le chiffre s’élève à 151 euros par an et par habitant. C’est beaucoup moins que l’Estrémadure espagnole (775 euros), le canton helvétique d’Uri (1 291 euros), la province canadienne de l’Ile-du-Prince-Edouard (1 756 euros) et le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (2 017 euros).

Un bémol s’impose toutefois. L’étude ne concerne que la solidarité entre institutions. Elle ne vaut pas pour la solidarité interpersonnelle, qui fonde la sécurité sociale. Celle-ci est affaire d’individus : des chômeurs flamands en profitent, des patrons wallons y contribuent. Il n’empêche, au nord du pays, de nombreuses voix considèrent que les francophones sont anormalement trop nombreux à en bénéficier.

La Wallonie fait gagner de l’argent à la Flandre

Rapport de l’Iweps. « Le meilleur client de la Flandre, c’est la Wallonie », dit souvent le patronat flamand. Et à raison, à en croire le récent « Rapport sur l’économie wallonne » de l’Institut wallon de la statistique (Iweps), dont Belga a donné les grandes lignes jeudi. Bien sûr, les transferts financiers Nord-Sud sont une réalité. Selon l’étude, les ménages flamands paient implicitement aux ménages wallons 4,6 milliards d’euros par an et un milliard aux ménages bruxellois. Dit autrement, chaque Flamand verse en moyenne 874 euros par an à chaque Wallon et – hasard de la statistique – le même montant à chaque Bruxellois. Cela dit, l’Iweps souligne aussi que 100 euros dépensés en Wallonie généreront, en plus de leurs effets locaux, 36 euros supplémentaires en Flandre et 24 à Bruxelles… A l’inverse, cent euros dépensés en Flandre ne généreront « que » 9 euros en Wallonie et 19 à Bruxelles.

C’est quoi ce cinéma ?

Les Belges ne sont pas du genre à se prendre au sérieux. C’est du moins ce que certains d’entre eux se plaisent à répéter, pour se donner une identité qui les rendrait supérieurement sympathiques, et bien des Français s’y laissent prendre. Ainsi, Vincent Lindon, mis à l’honneur aux récents Magritte du cinéma, n’a pas hésité à lancer : « Je suis dingue de vous les Belges ». Mais de quels Belges parle-t-on ? La plupart de ceux qui se font Charlie Dupontconnaître en France sont des Wallons. Quand ils se disent belges, attachés à leur « beau royaume », fiers de leur « belgitude », et se moquent lourdement des Wallons qui, de toute façon, ne s’en offusquent pas car eux-mêmes se sentent belges, faut-il y voir un sens aigu de l’autodérision… ou une volonté plus ou moins consciente et désespérée de nier la Wallonie pour mieux s’accrocher à ce qui reste de la Belgique ?

Avec quelles perspectives ?  

Je n’ai pas regardé la cérémonie des Magritte à la télé, l’autre soir, mais il semblerait que cette fête du cinéma belge francophone en ait interpellé plus d’un. Voici en tout cas ce qu’on pouvait lire sur les sites de la Libre Belgique et du Soir, deux journaux bien bruxellois qui sont très loin de vouloir mettre de l’huile sur le feu communautaire. Cela en dit long sur l’esprit qui règne en « Communauté française de Belgique ».

D’abord, le « Monsieur cinéma » de la Libre, Fernand Denis, dont l’article critique (et même très critique) débute ainsi :

« Samedi soir au Square à Bruxelles, la sixième cérémonie des Magritte avait démarré sous le signe de l’aviation avec deux hôtesses de l’air en uniforme vintage et un Charlie Dupont tombant du ciel. Avec sa casquette de commandant de bord vissée sur la tête, celui-ci s’est lancé dans une série de vannes sur les Wallons, elles volaient tellement bas, qu’elles se sont toutes crashées. La soirée ne semblait pas vouloir décoller, elle allait stationner en bout de piste pendant près de trois heures. Un tunnel sans fin et dans le même état que ses collègues bruxellois. »

Pas heureux non plus Jacques De Decker, écrivain, dramaturge, Secrétaire perpétuel à l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Dans le Soir, voici ce qu’il a écrit :

« Je n’étais pas aux Magritte. J’ai seulement lu les comptes rendus de mes anciens confrères dans la presse. Et l’expression de leur malaise. Je reconnais qu’il y a de quoi. Défenseur acharné d’un dialogue fertile entre les deux principales cultures belges, je m’étonne néanmoins que les deux lauréats des trophées réservés aux comédiens soient allés à d’évidents talents flamands. Tout d’abord parce que la réciproque n’est pas pensable : je vois mal, aux Ensors, un comédien francophone l’emporter. On y rendra bien sûr, si on ne l’a pas déjà fait, hommage à Benoît Poelvoorde ou à Cécile de France, parce que ces deux Namurois sont devenus des stars. Mais en dessous de ce niveau, on ne risque pas de s’attarder. Il s’agit d’abord de peaufiner la carrière des talents locaux, et cela n’a rien de déplacé puisque c’est efficace. Un jour, Mathias Schoenaerts aura un Oscar bien mérité. Et on aura tout fait en Flandre pour cela, ce qui ne risque pas de se passer demain en Walbru. (…) »

Ce n’est pas comme ça, en lui tournant le dos, qu’on va redresser la Wallonie. (G.R.)

Bouillie pédagogique et citoyenneté

Une opinion de Roland Douhard, Professeur de philosophie morale

A défaut de connaître les bienfaits d’un apprentissage intégré et cohérent, grâce à la majorité PS-CDH (Parti Socialiste-Centre Démocrate Humaniste), de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les élèves vous bientôt pouvoir circuler d’une classe à une autre. Ils vont ainsi pouvoir comparer les offres de service des clochers chrétiens, de l’appel musulman, de la Loi juive, des certitudes de l’athéisme ou du vide sidéral du cours de rien.

Avec tout le respect que je dois à la représentation parlementaire francophone belge, je me permets de lui dire que le prisme des économies espérées, réalisées ainsi sur le dos de l’éducation, pour accoucher d’un apprentissage hasardeux et non structuré des systèmes religieux et philosophiques, ne semble pas le bon biais. Il s’agit là d’une fausse bonne idée.

L’objectif de l’instauration d’un cours unique et ouvert à toutes les appartenances identitaires a toujours été souhaitable. En réalité, il a toujours existé, mais jamais, on ne lui a permis de faire reconnaître sa légitimité en la matière. C’était le cours de morale laïque.

Pour le cours unique, qui ne le sera pas en fait, nous verrons pourquoi, encore faudrait-il que les enseignants concernés, particulièrement les professeurs de religions, fassent la preuve de leur capacité et compétence à faire vivre un vrai pluralisme de la pensée.

La cohabitation des cours de religions et de philosophie morale dans l’enseignement officiel n’est pas idéale. Beaucoup s’accordent à reconnaître les limites de ce système vertical.

N’encourage-t-il pas les jeunes à s’inscrire dans une culture de piliers communautaires, voire communautaristes, préjudiciable aux valeurs d’une conception globale, citoyenne, non réductionniste, de l’Homme ? Question légitime. C’est comme si, à l’intérieur même de l’enseignement officiel, on avait reproduit le clivage entre école publique et école dite libre.

Dans le Pacte scolaire belge, négocié en 1958 et ratifié en 1959, pour l’enseignement officiel, il aurait fallu avoir le courage et disposer du rapport de force suffisant pour créer un cours pluraliste, qui ambitionnât une éducation humaniste, un cours où l’on étudiât l’histoire et l’actualité des systèmes de représentations spirituelles et matérialistes.

Certes, on créa un cours de morale, mais on s’empressa, sous la pression du lobby romain et de ses alliés, de lui adjoindre ses petits frères catholique, protestant, orthodoxe, juif et, plus tard, musulman.

C’est ainsi que le cours de morale fut, dès l’origine, renvoyé au statut de chapelle, réduit à sa dimension athée, aux côtés des officines religieuses. Quelle erreur ! Non seulement le courant religieux, toutes sensibilités confondues, se voyait reconnaître et financer ses enseignements religieux, dits libres, en réseau autonome et subsidié par la puissance publique, mais encore, il pouvait désormais accéder au Graal : investir la citadelle de l’enseignement officiel et ainsi affaiblir, dans la société belge, ce qui aurait dû lui tenir de colonne vertébrale, la libre pensée.

Pire, en 2002, le mouvement laïqu lui-même se tira une rafale de kalachnikov dans le pied, en livrant à la concurrence la raison pour le discréditer et donc l’affaiblir. Le Centre d’Action Laïque (CAL) se rangea derrière l’imprudente revendication d’un financement public pour ses activités et conseillers laïques, à hauteur de celui reçu par les « Eglises », pour leurs bonnes œuvres, prêtres, évêques, pasteurs, rabbins et imams. Le résultat de cette tractation de boutiquiers fut de consolider l’appartenance du cours de morale à la sphère partisane, aux outils pédagogiques engagés derrière des valeurs non neutres. Quelle faute !

Et nous voilà, en 2016, avec une ministre de l’éducation, Madame Joëlle Milquet, ex-présidente du Parti Social Chrétien (PSC), devenu Centre Démocrate Humaniste (CDH), avec l’appui de socialistes de moins en moins laïques, de plus en plus communautaristes, à la veille d’un changement de paradigme biaisé.

En effet, dans la foulée de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, les cours de morale et de religions ne sont plus obligatoires et donc facultatifs. Ce qui a entraîné la création improvisée, par le pouvoir organisateur (PO), « d’un cours de rien », rebaptisé, dans la précipitation, « Encadrement Pédagogique Alternatif » (EPA). Celui-ci entend permettre aux parents et adolescents de pouvoir disposer d’une alternative aux cours dits philosophiques, morale et religions. L’organisation pratique de cet EPA a été laissée à l’appréciation des directions d’écoles. Sur le terrain, cela n’a rien donné, si ce n’est une cacophonie magistrale, les uns l’organisant, les autres pas, avec quelques moyens ou aucun.

Le 21 octobre 2015, la majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, PS-CDH, votait le projet de décret instaurant progressivement un nouveau cours commun à tous les élèves, uniquement de l’enseignement officiel, notons-le : un cours dit « de citoyenneté, d’histoire du fait religieux et de la philosophie », du primaire au secondaire supérieur.

L’idée vient de loin. En 1991, l’ancien ministre de l’éducation, Yvan Ylieff (PS), avait installé une commission présidée par le professeur de philosophie de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Jacques Sojcher, qui était chargée « d’étudier la possibilité d’introduire un cours de philosophie dans les classes supérieures ». En 2000, le ministre-président de la Communauté française de l’époque, Hervé Hasquin (MR), proposait d’introduire « un cours de philosophie et d’étude comparée des religions ». Le député libéral (MR), Richard Miller, alors président du parlement francophone, faisait inscrire cette proposition à l’agenda de la commission de l’éducation. En 2004, le même Richard Miller déposait, au parlement Wallonie-Bruxelles, une proposition de décret introduisant « un cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions », pour le 3ème degré de l’enseignement secondaire.

Le nouveau cours de citoyenneté entrera en vigueur le 1er septembre 2016, dans l’enseignement primaire, et le 1er septembre 2017, dans l’enseignement secondaire, toutes classes incluses. Très bien. Le hic, car il y en a un, c’est que cette idée ambitieuse sur le papier n’aura pas les moyens de s’épanouir et d’être véritablement efficiente.

Pourquoi ? Elle ne s’est vue attribuée qu’une seule période/semaine, 50 minutes en comptant large, insuffisante pour ambitionner autre chose qu’une animation socio-culturelle.

De plus, subsisteront à ses côtés, une période/semaine de cours partisans, désormais de morale et, depuis toujours, de religions – objectif déclaré des milieux cléricaux, forts satisfaits, ma foi, de ce cadeau – ainsi que ce fameux cours de rien ou EPA. Et qui donnera les cours de citoyenneté et d’EPA ? Les professeurs des cours partisans… Admirez la cohérence du système. Ce nouveau dispositif est évidemment bancal, car il va inévitablement conduire à transformer le paysage pédagogique en bouillie didactique et philosophique intégrale.

De plus, cette (dés)organisation feint d’ignorer, dans son esprit comme dans son application, qu’il existait déjà un lieu approprié pour l’apprentissage, la connaissance et la libre critique des modes de pensée universels et singuliers : c’était le cours de morale.

Contrairement à une certaine tradition laïque belge, qui conçoit sa mission comme une bataille rangée entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, le cours de morale n’était pas, n’a jamais été le dernier rempart des soldats de l’athéisme. Le libre examen n’a jamais constitué une philosophie de l’exclusion ou une guerre de tranchée, contrairement à ce que les obédiences religieuses ont toujours affirmé, et, c’est vrai, fort malheureusement, contrairement à ce qu’un certain courant laïcard a voulu.

Ce clanisme positiviste ringard, indigne de l’école moderne, n’a plus cours depuis longtemps dans la plupart des classes de morale. Certains ne s’en sont jamais aperçus. Il est en effet regrettable de constater la pensée archaïque d’hommes et de femmes qui ont fait de leur engagement laïque une guérilla obsessionnelle et permanente aux croyances. A l’opposé de cette conception partiale, partielle et sommaire, le cours de philosophie morale était devenu, bon gré mal gré, un espace privilégié d’une approche ouverte, critique et pluraliste des croyances et des engagements, quels qu’ils fussent.

Dans l’école, il était l’unique lieu où pouvaient se rencontrer librement les différentes interprétations éthiques, sociales, économiques et politiques du monde ainsi que les différentes représentations spirituelles. Pourquoi l’avoir discrédité dans un premier temps, et, dans un second temps, achevé ? A qui profite le crime ?

La laïcité, parce qu’elle intègre dans ses principes la séparation des Eglises et de l’Etat, et donc la préservation dans la sphère privée de la croyance ou non, ainsi que le devoir de respect d’autrui et le droit de s’affirmer dans sa singularité et son identité, représente une chance pour les sociétés qui assument la richesse, mais aussi les défis du pluriculturalisme.

En Europe et dans le monde, le vivre ensemble ne va pas sans de redoutables problèmes. Le terrorisme islamiste, les attentats terroristes qui s’en suivent ainsi que la montée des nationalismes et des égoïsmes le démontrent. L’hypothèse d’une confrontation des civilisations, posée par Samuel Huntington, que certains redoutent et d’autres recherchent – n’y sommes-nous pas déjà ? – ne nous impose-t-elle pas, dans nos Etats démocratiques, l’obligation de nous mettre librement, sans pression, dans le regard de l’Autre ?

Le cours de philosophie morale était une école du regard. Quel dommage de l’avoir sabordé Maintenir en parallèle trois cours, sans avoir le courage ou la volonté d’aller jusqu’au bout de la logique ; à savoir, soit laisser tel quel le cours de morale et lui voir conférer un statut transversal pour tous, soit imposer un cours de citoyenneté universel, mais en supprimant les cours partisans, voilà qui aurait été souhaitable et intelligent de faire.

Au lieu de cela, comme toujours en Belgique, les choses sont faites à moitié. Cela entraînera inévitablement la consolidation de la culture du zapping et du surfing. Le risque est grand de voir l’élève, comme au supermarché, faire son shopping syncrétique, sans distance nécessaire, analyse et mise en perspective, donc sans compréhension intégrée des sujets abordés.

Je doute qu’en 50 minutes/semaine, le nouveau cours de citoyenneté puisse générer une véritable culture du questionnement philosophique et neutraliser, à l’échelle des adolescents, les menaces qui pèsent sur la coexistence pacifique de modes pensée et d’action de plus en plus étrangers l’un à l’autre. Il n’est peut-être pas trop tard. Je ne sais pas.

« Que se passerait-il si la Belgique se désagrégeait ? »

Il y a des nationalistes flamands de gauche. Il y en a toujours eu. Dans la nébuleuse que constitue le Mouvement flamand, voici un nouvel acteur : Vlinks, avec un V pour Vlaams et links comme Die Linke en Allemagne, une orientation bien à gauche, avec une priorité vlinksaccordée aux gens plutôt qu’à l’argent. Partisans d’une Flandre indépendante, les membres de Vlinks se distancient néanmoins des propos de la N-VA, notamment sur la problématique des réfugiés. « Le Mouvement flamand peut se vanter d’une longue tradition d’émancipation. Actuellement, celle-ci ne se retrouve plus au sein de la N-VA », a indiqué le porte-parole de Vlinks (voir leur site).

Le magazine Le Vif/L’Express a publié sur son site un texte d’opinion rédigé par une des chevilles ouvrières de Vlinks. Ce texte est d’autant plus intéressant qu’il n’a pas été écrit pour des lecteurs francophones. Il a d’abord été publié sur le site de Knack.

« Que se passerait-il si la Belgique, cet état qui rassemble Flamands et Wallons, venait à disparaître ? » se demande Kevin De Laet, membre de Vlinks. Quels seraient alors les rapports entre les Flamands et les Wallons ?

Flandre indépendanteC’est un scénario qui compte encore beaucoup d’opposants et auquel ni la politique flamande ni « la société civile » ne semblent vouloir réfléchir. Comme si la Belgique (ou n’importe quel état) était éternelle. Pourtant, envisager ce scénario n’est pas insensé. À quoi ressemblerait une « post-Belgique » ? Irait-on vers une situation, comme les défaitistes et les prophètes de malheur se plaisent à prédire, vers un drame analogue à ce qu’il s’est passé dans les Balkans? Un grand mur – au sens littéral ou non – le long de la frontière linguistique élevée au rang de frontière d’état qui arrête les trains et les trams, des familles qui ne se voient plus pendant cinquante ans, comme en Corée, un Bruxelles scindé comme Berlin pendant la Guerre froide?

Évidemment, les opposants adorent ce genre de scénarios catastrophes. (…)

Il y a maintenant neuf ans que la RTBF a diffusé son émission légendaire « Bye Bye Belgium » qui simulait la fin de la Belgique et qui, les premières heures, a su convaincre beaucoup de francophones que c’était sérieux même s’il s’est rapidement avéré qu’il s’agissait d’une blague absurde. Il suffisait pour cela de zapper sur la chaîne publique flamande VRT qui n’a pas joué le jeu. Un événement médiatique qui a dévoilé la scission mentale factuelle de la Belgique : l’espace public et les médias francophones sont déjà tellement isolés des médias flamands que beaucoup de francophones n’ont même pas fait l’effort de se brancher sur la télévision flamande pour vérifier. Et dont la Flandre n’a appris le canular que le lendemain.

Depuis nous avons connu une crise BHV, un record du monde de négociations gouvernementales et une sixième réforme de l’état ratée. Et malgré les campagnes belgicistes de ces neuf dernières années, rien n’a vraiment changé : on ne regarde pas les chaînes de l’autre communauté linguistique, on ne lit pratiquement pas les journaux de l’autre région. Ce n’est pas mille manifestations en faveur de la Belgique qui pourront changer cette donnée fondamentale : mentalement, la Belgique est déjà scindée. (…)

L’avenir de Bruxelles constitue indubitablement le point le plus sensible. Pour l’instant, la ville est la capitale officielle de la Flandre, mais l’existence de la Région Bruxelles-Capitale et la construction ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’ font qu’institutionnellement elle est collée à la Wallonie. Tout cela ne s’est pas fait sur base de la préférence de la population wallonne ou bruxelloise, mais sur ordre de la politique de parti francophone. Cependant, c’est là que la Wallonie pourrait devenir le meilleur allié de la Flandre, car un état Wallobrux serait un monstre institutionnel, logistique et économique et la Wallonie le sait très bien. (…)

L’avenir de l’économie wallonne

Mais comment les négociateurs flamands pourraient-ils convaincre la Wallonie de l’utilité d’un avenir uniquement wallon? Sans la Flandre et sans Bruxelles? Pour cela, il faut évidemment proposer une vision d’avenir positive aux Wallons. Il faut convaincre les Wallons qu’un futur état wallon sera non seulement viable, mais que la Flandre sera un bon voisin. Une fois le problème bruxellois résolu, il faudra évidemment discuter de la question financière. L’avenir de l’économie wallonne.

Et contrairement à beaucoup de nationalistes flamands qui aiment traiter tous les Wallons de paresseux, on doit oser partir du principe qu’une Wallonie confiante voudra travailler à un « masterplan » économique pour assurer son avenir. Et c’est justement à ce niveau-là qu’on doit tendre la main à la Wallonie.

Aussi ne pourra-t-on pas cesser les transferts d’un jour à l’autre. La Flandre et la Wallonie devraient pouvoir conclure un accord financier du type plan Marshal, comme l’avait proposé il y a longtemps le flamingant social Antoon Roossens : une injection d’argent flamand égale aux transferts actuels, qui pourrait être utilisée pour effectuer les investissements et les réformes nécessaires en Wallonie. Sans contrepartie, puisqu’on pourrait même exempter la Wallonie de l’obligation de rembourser. Une seule condition : ces transferts seraient graduellement réduits, pour arriver à zéro dans une dizaine d’années. Cela donnerait du temps à la Wallonie, mais aussi la responsabilité de réfléchir à son avenir.

Accord financier

Cet accord financier devrait également comprendre le règlement de la dette publique qui s’élève aujourd’hui à 407 milliards d’euros. En principe, on pourrait la partager selon deux formules : soit sur base des rapports démographiques, soit sur base des moyens économiques, le PIB. Cette dernière option serait plus avantageuse pour la Wallonie. Pour l’instant, l’économie flamande est celle qui est le plus susceptible de supporter la dette publique. Dans le cadre du plan Marshall, elle pourrait même cautionner une plus grande partie, de sorte que la Wallonie puisse emprunter à moindre prix pour cette transition.

Collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie

Pour ce qui est de l’époque post-Belgique, il y a certainement de la marge, et même une nécessité, pour une collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie dans de nombreux domaines. Cela pourrait se faire par le biais d’un traité bilatéral, voire sous la forme d’un véritable confédéralisme. Cette coopération ne devrait d’ailleurs pas se limiter à l’ancienne Belgique, elle pourrait s’étendre au Benelux, car une fois la tutelle belge abolie, il n’y aura plus rien pour empêcher une bonne relation de voisinage entre la Flandre et la Wallonie. Ironiquement, les Flamands et les Wallons pourraient devenir les meilleurs amis si on les sort du cadre belge.

Bien entendu, rien de tout cela n’est possible si la Wallonie choisit le rattachement à la France. Il n’y aurait pas d’accord sur un pacte flamand-wallon, mais la Flandre devrait négocier les dettes publiques avec Paris. Et ce serait une autre paire de manches. Car nos leaders politiques flamands n’ont jamais brillé dans les négociations avec Paris.

Pour l’intégralité de ce texte : Le Vif/L’Express.

La loyauté fédérale en Belgique

Langage, enfumage. C’est aussi à cela que les mots peuvent servir. A conjurer le sort ou à travestir la réalité. On ne parlerait pas de loyauté fédérale si celle-ci allait de soi. On sait que la politique est fondamentalement une question de rapport de force. On peut en dire autant des rapports entre la Flandre et la Wallonie. A l’avantage de la première.

Lu sur le site du journal L’Echo :

En Afrique, De Crem a snobé les Wallons…

De Crem, AfriquePas contents, les Wallons qui ont appris par la bande que Pieter De Crem (CD&V) menait une mission économique en Afrique de l’Ouest, sans avoir averti ni la Région wallonne ni même la Région flamande… La preuve, dit-on côté wallon: seules des entreprises flamandes accompagnaient le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur lors de son trip africain. « Déloyal et surtout, on passe tous pour des ânes aux yeux de nos interlocuteurs locaux qui voient les Belges débarquer en rangs divisés », dit-on dans l’entourage du ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt.

L’Awex, l’Agence wallonne à l’exportation, s’est étonnée de ce raid solo du Fédéral et s’est ouvert de la question lors d’une récente réunion entre toutes les autorités en charge du commerce extérieur en Belgique. « Oui, mais nous, non plus, ne sommes pas au courant des missions wallonnes », s’est plaint le représentant du Fédéral en guise de contre-attaque. « Euh, awex.be », lui a simplement rétorqué la représentante du ministre Marcourt pour bien signifier que tout le programme wallon, lui, était connu de tous…

La Wallonie face à la réalité des chiffres

« Le PIB wallon reste à la traîne« , titre le magazine Le Vif/L’Express de ce vendredi 5 février 2016. C’est à cette conclusion que l’a conduit le tout nouveau Rapport de l’Économie wallonne publié par l’Institut wallon pour l’évaluation, la prospective et la statistique (Iweps). Ce « rapport inédit de 256 pages sur l’économie wallonne… présente une analyse macroéconomique de la Région et une analyse sectorielle de ses entreprises. L’étude met notamment en perspective le plus faible PIB par habitant en Wallonie (un écart stable de -26% par rapport au PIB belge) en identifiant notamment le solde net de revenus que les Wallons retirent de leur activité dans une autre région : 11 milliards d’euros. La balance des exportations et des IWEPSimportations entre la Wallonie et une autre Région du pays s’avère par ailleurs nettement défavorable, le sud du pays accusant à cet égard un déficit interrégional de 16 milliards d’euros. La Wallonie présente un taux de croissance comparable à la Flandre. Mais elle n’est pas près de rattraper le PIB par habitant du nord du pays. Pour y parvenir à l’horizon 2025, il faudrait « dix années successives d’une croissance annuelle réelle de 5% sous l’hypothèse que la Flandre ne connaîtrait qu’une croissance de 1,5% ». Irréaliste, conclut l’Iweps… »

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres choses à tirer de ce rapport. Certains préfèrent insister sur l’importance des échanges économiques entre les trois régions du pays. Rien de surprenant dans tous ces chiffres, ils ne font que confirmer ce que l’on sait déjà. Pour la Wallonie, il est néanmoins urgent de se projeter dans l’avenir. Après le vote de la 6e réforme de l’État, le très régionaliste Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB, a estimé que la Wallonie n’avait pas 10 ans pour se relever. Et c’est sans compter sur une éventuelle 7e réforme de l’État plus défavorable encore à la Wallonie, car l’autonomie est un leurre si la Wallonie, poussée à se débrouiller seule, est dans l’incapacité d’exister par elle-même. Au vu de ce que l’on sait de l’économie wallonne en 2016, il appartient à chacun de se demander comment relever la Wallonie. Il est évident que, pour certains, cela revient à se demander comment sauver la Belgique et c’est là, sans doute, une absurdité dont la Wallonie paiera le prix. 

Pour se plonger dans le volumineux rapport de l’Iweps, il suffit de cliquer sur ce lien.