En passant

N’est-ce que la N-VA qui enfonce le clou ?

Rien de bien nouveau dans la déclaration de la N-VA. Celle-ci ne devrait surprendre aucun responsable, ni aucun citoyen wallon.

Rappelez-vous l’éditorial du 23 novembre 2013 de Véronique Lamquin, journaliste au quotidien « Le Soir ». Pas d’ambiguïté possible dans la compréhension de la question sur la sécurité sociale : « Êtes-vous pour ou contre la scission ? Pour, répondent froidement 55 % des Flamands ».

Ici, il ne s’agit pas seulement des électeurs de la N-VA. Il faut y ajouter ceux du Vlaams Belang, mais aussi une partie de ceux de l’Open-VLD, du CD&V et même une minorité d’électeurs du SP.A et de Groen. Le nationalisme flamand va bien au-delà de la seule N-VA qui en est, bien sûr, la locomotive, celle qui donne le ton et qui fait peur à tous les partis flamands en terme électoral.

Le Soir d’aujourd’hui déplore que les francophones (les Wallons n’existant plus !) n’aient pas de solution (et n’aient pas réfléchi) face à la nouvelle offensive de la N-VA sur son projet d’indépendance, voire d’autonomie ou de confédéralisme.

Le Soir est ce quotidien avant tout bruxellois qui a l’art d’ouvrir les yeux un jour et de les refermer le lendemain. Il porte une grande responsabilité dans la situation qui est la nôtre, Wallons.

Vous, politiques, médias, responsables de tout poil ou citoyen wallon qui gardez la tête dans le sable, vous n’avez peut-être pas réfléchi mais nous, à l’AWF, nous le faisons et avons des propositions.

Ecoutez-nous et cessez de pratiquer envers nous un véritable boycott qui est mortifère pour les populations wallonnes et bruxelloises qu’il vous appartient de défendre !

Paul D.

L’homme qui affole la Belgique

Bart De Wever a parlé. Ce qui est surprenant, c’est qu’il arrive encore à surprendre. Il n’a pas dit grand chose. Un petit pas de plus sur le chemin qu’il s’est tracé. Peut-être a-t-il vu le soleil se lever sur la Catalogne et senti claquer le drapeau jaune et noir dans sa poitrine en pensant tout à coup au sac d’Anvers par les Espagnols. Peut-être a-t-il senti que c’était le Bart De Wevermoment d’accélérer, juste un peu. Peut-être avait-il envie de communiquer, de partager, de rassurer ses partisans. L’indépendance est là, pas loin. Pour réaliser le grand projet de sa vie, il doit maîtriser le temps, le timing. Le pouvoir n’est pas le but mais le moyen. Bouger, forcer les événements, agir plutôt que réagir. Ne pas rater son rendez-vous avec l’histoire. Un petit pas pour lui mais peut-être un grand pas pour la Flandre. Un petit pas qui suffit à montrer qui est le véritable homme fort du royaume de Belgique… ce pays en sursis qui n’est pas le sien. 

Lu sur le site du journal Le Soir :

De Wever remet le confédéralisme à l’agenda

Le président de la N-VA a chargé deux députés de travailler sans attendre sur l’avenir institutionnel de la Flandre.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a pris tout le monde de court en annonçant, par voie de communiqué, qu’il rouvre le dossier institutionnel.

Concrètement, le patron des nationalistes flamands a demandé à Hendrik Vuye, chef de groupe à la Chambre, et à la députée Veerle Wouters, d’avancer sur les dossiers institutionnels. Les deux élus sont chargés d’élaborer un projet « qui permette de discuter des étapes suivantes de l’émancipation flamande ». Une réflexion qui sera initiée, annonce le président de la N-VA, avec des forces internes et externes au parti. « Il s’agit d’associer des personnalités de tous bords pour préparer l’avenir institutionnel de la Flandre ».

« Approfondir le discours communautaire »

En pratique, il s’agit donc de « traduire en textes de loi le projet de confédéralisme de la N-VA » et « d’approfondir le discours communautaire ». Hendrik Vuye et Veerle Wouters devront « formuler de nouvelles propositions, qui dépassent le cadre des partis, et sont élaborées en dialogue avec la société ».

Hendrik Vuye et Veerle Wouters devant se consacrer entièrement à cette mission, ils seront remplacés à la tête du groupe parlementaire. Ils se mettront au travail dans les prochaines semaines.

À noter que cette démarche répond aux critiques, formulées ces derniers jours en Flandre, par le Vlaamse Beweging (mouvement flamand), qui reprochait à la N-VA d’avoir mis de côté ses ambitions communautaires. (…)

« Pas d’exigences communautaires sur la table pendant cette législature », affirme la N-VA

La N-VA ne remet pas en cause l’accord sur la mise au frigo des revendications communautaires pendant 5 ans, a-t-on fait remarquer mercredi au siège du MR après l’annonce de la N-VA. Les Réformateurs ne sont toutefois pas étonnés par la déclaration de M. De Wever dont le parti demeure nationaliste.

« Nous sommes dans un gouvernement qui a décidé de mettre le communautaire au frigo pendant 5 ans et cela n’est pas remis en cause. Personne n’ignore que la N-VA est un parti indépendantiste et qu’elle reviendrait en 2019 avec des revendications. Ce n’est pas étonnant qu’un parti réfléchisse à son positionnement politique. Le PS le fait en formulant des propositions de gauche, le MR en formulant des propositions libérales et la N-VA avec des propositions nationalistes », a-t-on souligné.

Le MR, partenaire de coalition de la N-VA à l’échelon fédéral, n’était pas informé de cette annonce de la N-VA, a-t-on reconnu chez les nationalistes. Le parti entendait mettre les libéraux au courant ce mercredi avant une sortie publique jeudi mais des fuites dans la presse ont précipité les événements. Le MR a depuis lors été informé. « Naturellement, ils tombaient des nues et ils étaient complètement surpris, ce qui est compréhensible. Mais nous respectons notre accord à la lettre : on ne mettra pas d’exigences communautaires sur la table pendant cette législature », a expliqué le porte-parole de la N-VA.

Voilà qui est dit

Lu aujourd’hui sur le site du journal Le Soir :

Benoit-HellingsInvité de La Première, à la RTBF, ce mercredi matin, interrogé à propos de la Catalogne, Benoît Hellings s’est dit ouvert à un éventuel processus d’indépendance en Catalogne : « La Belgique doit aider les peuples à s’autodéterminer et donc chaque peuple dans le monde a le droit de choisir son propre destin. C’est vrai pour les Catalans, c’est vrai pour les Écossais, c’est vrai pour les Flamands et c’est vrai pour les Palestiniens », a commenté le député Ecolo au micro de Bertrand Henne…

(…) Le député vert toujours : « Si la Catalogne se déclare indépendante au terme d’un processus démocratique reconnu internationalement comme pour la Palestine, comme pour l’Écosse, les écologistes – Ecolo et Groen – reconnaîtront cet état démocratique indépendant. Si la Flandre le fait de façon démocratique, en respectant par exemple, le partage équitable de la dette publique, si elle prévoit la signature de la convention permettant la protection des minorités des francophones en Flandre, alors oui on reconnaîtra l’indépendance de la Flandre ».

Gouverner, c’est choisir

Le progrès social, chacun le voit comme il veut. Bientôt, les acquis sociaux seront considérés comme des privilèges à combattre. En tout cas, dans un marché ouvert, ils seront de plus en plus difficiles à défendre. En Belgique, avec la N-VA, les choix sont clairs. Marc Goblet n’a pas fini de crier dans le désert.

«Nous devons économiser et réformer davantage», dit Bart De Wever, pour qui le coût de la sécurité, en nette augmentation, doit forcément entraîner de nouvelles économies en matière de sécurité sociale. Il est dans l’ordre des choses que le patron de la N-VA s’en prenne à la solidarité interpersonnelle et interrégionale, lui qui entend protéger les intérêts de la Flandre avec un discours politiquement très à droite.

Et si cela permet de bousculer la Wallonie rougeaude et de taper sur ses gros doigts pour qu’elle « dégage » une fois pour toutes, c’est carrément du bonus…

Bart De Wever joue sur du velours.

Là où cela devient cocasse, ou interpellant, c’est quand le ministre belge des finances, lui aussi de la N-VA, déclare au même moment que « le gouvernement n’exclut pas de faire appel de la décision de la Commission européenne exigeant que la Belgique récupère 700 millions d’euros auprès de 35 entreprises multinationales », lesquelles profitent d’un régime fiscal que l’Europe elle-même juge illégal, tant il est favorable (en fait, il s’agit d’un vrai cadeau réservé aux multinationales).

Ainsi donc le gouvernement, par la bouche de son ministre N-VA des finances, se fâche à l’idée de récupérer 700 millions d’euros qu’elle n’avait pas le droit de laisser dans les caisses de 35 entreprises multinationales, mais l’homme fort de la N-VA, de la Flandre et de la Belgique annonce que l’Etat belge ployant sous des charges nouvelles, il y aura moins d’argent pour la sécurité sociale. Gouverner, c’est choisir, comme disait Pierre Mendès-France…

Voici ce qu’on pouvait lire hier sur le site de Sudpresse :

Le ministre des Finances n’exclut pas de faire appel de la décision de la Commission au sujet de la fraude fiscale de 700 millions d’euros

J. Van OvertveldLe gouvernement n’exclut pas de faire appel de la décision de la Commission européenne exigeant que la Belgique récupère 700 millions d’euros auprès de 35 entreprises multinationales, en grande partie européennes en raison d’un régime fiscal d’exonération des bénéfices excédentaires jugé illégal aux yeux de la législation européenne, a indiqué lundi le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt.

« Il convient à présent d’attendre l’issue des négociations avec l’Europe en ce qui concerne un éventuel remboursement », a-t-il indiqué dans un communiqué, rappelant que les rulings (en français, rescrits fiscaux) accordés par le passé représentent environ 700 millions d’euros.

« Si l’Europe devait exiger la récupération de ce montant, les conséquences pour les entreprises concernées seraient très importantes et la récupération en tant que telle s’avérerait particulièrement complexe. Je mettrai donc tout en œuvre pour limiter au maximum l’impact et ce, dans l’intérêt de la sécurité juridique et de notre tissu économique », a affirmé M. Van Overtveldt (N-VA).

Selon lui, la récupération des aides n’« aidera pas le budget » car il s’agira d’une opération non-récurrente.

« Le gouvernement doit d’abord chercher des solutions structurelles et non pas opter pour des solutions bricolées, comme par le passé », a-t-il ajouté.

Le grand argentier belge précise que le gouvernement déterminera sa position sur la base des négociations futures.

« A l’heure actuelle, nous n’excluons aucune option. A cet égard, nous n’écartons donc pas la possibilité d’interjeter appel de la décision », a-t-il poursuivi.

La Commission a ouvert une enquête sur cette pratique au mois de février 2015. Depuis lors, à titre préventif, la Belgique a suspendu le mécanisme et n’a plus délivré d’ »excess profit ruling ».

Ce mécanisme est appliqué depuis 2005, à l’époque du gouvernement alliant socialistes et libéraux sous la direction de Guy Verhofstadt.

(…) Dans le monde patronal, la fédération flamande Voka a vu dans l’annonce de la Commission européenne une menace pour la sécurité juridique des investissements en Belgique. A ses yeux, c’est « presqu’une rupture de contrat ».

Ce soir, la Marseillaise

La Marseillaise est un document historique. Elle est née avec la République française. Elle a été chantée par les peuples en quête de liberté, par les travailleurs qui réclamaient plus d’égalité. La France, aujourd’hui, éprouve le besoin de revisiter ses symboles. Ce soir, la Marseillaise est au menu de France 5.

Voici la présentation de l’émission sur le site Telerama.fr :

Sur France 5 : “La Marseillaise”, un hymne qui rassemble et divise

sur-france-5-la-marseillaise-un-hymne-qui-rassemble-et-divise,M291463Au lendemain des attentats du 13 novembre, des millions de personnes entonnaient “La Marseillaise”. Pourtant, ce chant n’a jamais fait l’unanimité.

La France, meurtrie par les attentats de janvier et de novembre 2015, a retrouvé avec passion les couplets écrits par Joseph Rouget de Lisle en 1792. De New York à Melbourne et Tel Aviv, en passant par l’Irak, La Marseillaise a été reprise dans les stades de football, les salles de concert, un camp de réfugiés ou les rues, par des milliers de personnes qui, souvent, n’en connaissaient que l’air. Comment un chant vieux de deux siècles peut-il rassembler au-delà des frontières et des langues ? « La Marseillaise est un hymne très puissant. Elle porte l’image de la France. Sa musique est formidable, entraînante. C’est devenu un chant global pour dire non, un moyen de clamer que l’on ne sera pas défait », explique Peter McPhee, historien de la Révolution française à l’université de Melbourne. « Ce chant révolutionnaire a retrouvé sa fonction de rassembleur », confirme Mathieu Schwartz, auteur de La Marseillaise, l’éternel chant de bataille, un documentaire instructif et bienvenu.

Cet hymne que « l’on ressort de derrière les fagots », selon une formule « cynique » du général Bugeaud, a pourtant mis du temps à s’imposer. Ecrit pour encourager les combattants de l’armée du Rhin face aux monarchies européennes qui attaquent la République naissante, La Marseillaise est ensuite bannie par les régimes autoritaires. Napoléon lui préfère Veillons au salut de l’Empire. La Restauration et la monarchie de Juillet la jugent subversive mais pas le peuple qui l’entonne, sur les barricades, lors des révolutions de 1830 et de 1848. Napoléon III l’écarte au profit de Partant pour la Syrie, et c’est finalement la IIIe République qui lui redonne son statut d’hymne national.

Elle l’a conservé depuis avec plus ou moins d’éclat, selon les époques. Au début du XXe siècle, son aura révolutionnaire pâlit auprès de la classe ouvrière, qui préfère L’Internationale à ce chant adoubé par les institutions. Le Front populaire la réhabilite mais, quelques années après, elle fait les frais de l’occupation allemande. Pétain s’en méfie et l’ampute de son premier couplet, au ton trop insurrectionnel, tandis qu’elle devient un symbole pour les résistants qui l’adoptent en même temps que Le Chant des partisans. Sous la IVe et la Ve République, La Marseillaise est négligée par les mouvements internationalistes et pacifistes, mais sert de ralliement à une droite nationale qui en offre une vision étriquée et excluante, antinomique du souffle originel des républicains de 1792.

Plus près de nous, les Français issus de l’immigration maghrébine ont parfois eu du mal à entonner un chant longtemps synonyme des violences du colonialisme. « Nous ne pouvions le faire sans trahir nos parents, leur douleur de la guerre d’Algérie qu’ils nous ont inoculée », raconte Magyd Cherfi, du groupe Zebda. Les attaques perpétrées cet automne à Paris en changent la perception. « Il y a des jours où on aime la France, où on a envie de chanter La Marseillaise, envie d’être tricolore comme un supporter insupportable », écrit-il dans une tribune parue dans Libération au lendemain du 13 novembre. Pour autant, l’image d’une France ouverte et généreuse incarnée dans la 5e strophe de Rouget de Lisle par « des guerriers magnanimes » prêts à accueillir ceux qui ne sont pas libérés de l’oppresseur, peut-elle résister à la dureté des temps et au flot d’immigrés qui fuient les zones de conflit ? « Elle est un miroir tendu qui provoque un malaise car nous sommes conscients du décalage entre les idéaux révolutionnaires et la réalité », estime l’historien Guillaume Mazeau.

Au terme de son enquête, Mathieu Schwartz offre, lui, d’assumer ce texte dans toute sa complexité et d’accepter son universalité, son caractère belliciste et ses mots écrits dans la tourmente d’une république menacée, qui, de tout temps, ont choqué. De Lamartine à Lambert Wilson en passant par l’abbé Pierre, nombreux sont ceux qui ont voulu en changer les strophes. Le « sang impur » évoqué dans le refrain étant ce qui fait actuellement le plus ­débat. Des mots que l’on assimile à « la race » mais qui renvoyaient, à l’origine, au sang des aristocrates, ennemis de la république. La notion de race n’existait pas comme on l’entend actuellement, rappelle le sociologue Edgar Morin. Aujourd’hui, on peut aimer La Marseillaise sans être un nationaliste ­farouche, on peut aussi la refuser sans être un mauvais citoyen. « Questionner les symboles, les garder vivants fait de nous une communauté de choix et pas d’identité », plaide Guillaume Mazeau. Le danger serait de la sacraliser pour se complaire dans l’illusion d’une république acceptée par tous. Une tendance que porte en germe la création en 2003 d’un délit d’outrage aux emblèmes. « Un nouveau blasphème ? » ironise l’historien Jean-Noël Jeanneney.

L’élan de solidarité qui a suivi les attentats de novembre et a vu des millions de Français entonner à l’unisson La Marseillaise peut-il durablement se prolonger ? Rien de moins sûr. Il ne pourrait être qu’« une écume mensongère », craint Magyd Cherfi. A l’image de cette France black, blanc, beur tant saluée en 1998 et qui se dessinait sur la joue le drapeau tricolore. A moins que les Français ne répondent cette fois vraiment à l’appel de l’hymne qu’ils entonnent et qui les enjoint de s’engager pour défendre une république ­attaquée. Comme citoyen, suggère Guillaume Mazeau, et non plus militairement, tels les soldats de Valmy.

Le compte à rebours a commencé

Bon, d’accord, ce n’est pas un scoop, mais certains l’avaient peut-être oublié…

C’est une information Belga publiée sur le site de la Libre.

La ministre N-VA Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus en 2025

Liesbeth HomansLa ministre N-VA du gouvernement flamand Liesbeth Homans a dit croire mercredi que la Belgique existera encore en 2020 mais formulé « l’espoir » que ce ne sera « plus » le cas en 2025. La VRT prépare une série d’anticipation sur la Belgique « dans cinq ans » dont un extrait a été diffusé au journal télévisé de la chaîne publique flamande mercredi. « 2020, c’est trop tôt », y indique Mme Homans au sujet de la disparition de la Belgique, en y formulant le vœu qu’un maximum de compétences aillent aux entités fédérées après les élections de 2019 « de sorte que la Belgique disparaisse d’elle-même ». La N-VA aspire statutairement à « l’indépendance d’une république de Flandre, Etat d’une Union européenne démocratique ». Mais lors de la formation du gouvernement Michel, il avait été décidé de mettre de côté toute revendication communautaire.

En Belgique, il y a le train et l’arrière-train

Pour faire bouger les lignes, en politique, il faut compter sur les circonstances et sur le temps. Quand il s’agit de lignes de chemin de fer, sachant que la direction de la NMBS-SNCB, très flamande, est confrontée à un mouvement syndical devenu tout à coup très très wallon, il est permis d’aller plus vite et plus loin. Bart de Wever a sorti de solides arguments pour faire un pas de géant vers la régionalisation du rail. Lui et Marc Goblet ont au moins un point commun, c’est qu’ils veulent arrêter les trains. Plus de ligne directe entre Liège et Ostende ? Il va falloir changer de train ? Des trains plus modernes en Flandre ? Et qu’est-ce que ça changerait au niveau des investissements, du pouvoir de décision… ? Si c’est pour remettre en service le Thalys « wallon », celui qui assurait la liaison entre Liège et Paris via la dorsale wallonne, on y gagnera peut-être au change. Et, tant qu’on y est, le gouvernement wallon pourrait-il revenir sur sa décision de condamner la ligne entre Dinant et Givet ? (lien)

C’est une information Belga sur le site de la Libre.

De Wever-SNCBLe président de la N-VA, Bart De Wever, a suggéré mardi dans plusieurs interviews de procéder à une scission pratique des chemins de fer belges, à défaut d’une scission légale.

Selon lui, les lignes Anvers-Charleroi et Ostende-Liège pourraient être coupées à Bruxelles. De la sorte les navetteurs flamands n’auraient pas à subir les conséquences de grèves menées en Wallonie. L’accord de gouvernement conclu entre le MR, la N-VA, le CD&V et l’Open Vld ne prévoit pas de scinder le rail belge et une telle proposition ne recueillerait sans doute pas de majorité. « Mais il n’est pas nécessaire de scinder légalement la SNCB pour limiter à tout le moins les perturbations pour les voyageurs flamands. On peut organiser aussi la scission pratiquement. Est-ce nécessaire ou utile qu’une ligne aille d’Anvers à Charleroi et d’Ostende à Liège? Si les cheminots font grève à Liège, en tant que Flamand vous avez un problème alors que vous voulez rejoindre Bruxelles depuis Gand », a-t-il déclaré dans « Het Laatste Nieuws ».

Le président des nationalistes flamands invoque un autre argument, les trains qui à certaines heures roulent peu remplis sur ces lignes à partir de Bruxelles.

Selon lui, le plan de transport 2017 de la SNCB devra tenir compte de cet élément.

L’ancien patron de la SNCB, Marc De Scheemaeker, ex-candidat sur la liste N-VA aux élections européennes, abonde dans ce sens. Des lignes trop longues nuisent à la ponctualité des trains et à leur remplissage, affirme-t-il, interrogé par « De Standaard ».

Le front syndical se communautarise

« Ensemble, on est plus forts » : l’aile francophone de la FGTB le proclame et ce slogan, pour évident qu’il soit, s’adresse aussi aux camarades de Flandre. La solidarité, voilà le maître-mot pour un syndicat. Mais la solidarité n’est plus ce qu’elle était, surtout dans un pays comme la Belgique. On sait combien la grande grève de l’hiver 60, dans une Belgique encore unitaire, a éloigné les travailleurs de Flandre et ceux de Wallonie. Il se pourrait que les liens se distendent un peu plus en 2016…

C’est une information Belga publiée sur le site de La Libre :

Marc GobletMarc Goblet, le secrétaire général de la la FGTB, a fait part au journal Le Soir de son inquiétude de voir le front commun syndical se fissurer sur la question de la grève du rail.

« J’appelle tout le monde à se ressaisir. Nous devons rétablir l’unité syndicale, qui est notre force », déclare le responsable du syndicat socialiste. Les ailes flamandes de la FGTB et de la CSC ont annoncé cette semaine qu’elles levaient le préavis de grève relatif à la grève sur le secteur ferroviaire au mois de janvier. Les organisations francophones ont elles décidé de maintenir l’action, causant un schisme rare dans le monde syndical.

« La division au niveau d’un secteur, comme on la constate aujourd’hui – une division ‘communautaire’ – n’apporte rien de bon pour les travailleurs, pour personne, et ma crainte c’est que le phénomène se généralise, affaiblissant l’ensemble du mouvement syndical », déplore Marc Goblet.

Le secrétaire général de la FGTB formule ainsi des inquiétudes quant à la position dans laquelle les syndicats vont aborder les prochains dossiers à négocier avec le gouvernement, notamment celui des pensions.

Les chemins de fer belges : un train à deux vitesses

« L’administration wallonne flingue le plan de transport de la SNCB. » C’est un article publié sur le site du journal L’Echo.

D’après la Cellule ferroviaire, le plan 2014 de la SNCB pénalise plus la Wallonie. Il y impose un allongement du temps de parcours de 10% contre une moyenne de 3,3%.

SNCB Wallonie 1La Cellule ferroviaire wallonne a rendu la copie de l’analyse du plan de transport 2014 de la SNCB demandée par son ministre de tutelle, Maxime Prévot (cdH). L’objectif de celui-ci était de mesurer l’impact des nouvelles relations dessinées par l’entreprise ferroviaire pour les navetteurs wallons. Le bilan semble négatif pratiquement sur toute la ligne. Allongement des temps de parcours plus important que la moyenne, disparition annoncée de liaisons internationales passant par Namur, inefficacité de la dorsale wallonne, etc. Telles sont les conclusions contenues dans le document que le vice-président wallon a envoyé en octobre à la Commission des travaux publics. SNCB Wallonie

« Alors que la SNCB annonce une augmentation moyenne de la durée de parcours de 3,3% sur les 100 couples origine/destination les plus fréquentés, on constate que les temps de parcours entre les grandes villes wallonnes et la première gare bruxelloise (Nord, Luxembourg, Midi) se sont allongés dans des proportions plus importantes, l’augmentation moyenne étant de 10%, soit environ 5 minutes. »

L’administration indique qu’on « s’éloigne inexorablement des demandes formulées par le gouvernement wallon lors des négociations relatives au Plan pluriannuel d’investissement 2001-2012 du groupe SNCB ». Elle estime aussi qu’on atteint dorénavant sur certains axes des « seuils psychologiques défavorables à l’utilisation du train par rapport à la voiture ».

La Cellule note une réduction totale du nombre de personnes empruntant quotidiennement l’axe 3 (Bruxelles-Luxembourg-Bâle avec arrêt notamment à Namur). Selon les itinéraires, le temps de parcours des liaisons internationales directes entre ces villes est allongé de 10 à 37 minutes. « Il y a fort à craindre que les liaisons directes internationales disparaîtront purement et simplement à partir d’avril 2016, date à laquelle seront mis en service des TGV entre Luxembourg et Strasbourg ».

Trains tôt et tard menacés

La dorsale wallonne, qui relie les pôles économiques majeurs du sud du pays et qui constitue leur porte d’accès vers l’international (Lille, Maastricht, Aix-la-Chapelle), n’a pas été renforcée. Au contraire, on assiste à la suppression en semaine du train direct qui reliait Tournai (Lille) à Liers et à des correspondances jugées médiocres notamment en gare de Namur entre la dorsale wallonne et l’axe 3 (28 minutes d’attente en gare en venant du Luxembourg vers Mons et inversement). Tournai demeure reliée en semaine à Lille, mais Liège n’est plus connectée à Lille ni à Aix-la-Chapelle.

Pour l’avenir, l’administration wallonne trace des pistes de réflexion. Elle suggère que la dorsale wallonne et l’axe 3 soient considérés comme la colonne vertébrale d’un cadencement en réseau en Wallonie. Elle plaide pour que les obligations minimales qui seront imposées à la SNCB en termes de dessertes minimales ne soient pas amoindries, « sinon, l’exploitant ferroviaire aura tôt fait d’ajuster son offre à la baisse. Les trains circulant tôt et tard seront alors les premiers menacés ».

Marianne dans tous ses états

Marianne puzzle 2L’actualité mise en perspective, par G. Régibeau

La République a décrété l’état d’urgence et, depuis, s’interroge.

Bien sûr, la seule urgence, c’est de vivre et d’aimer. Dans nos sociétés démocratiques, ouvertes, apaisées, on préfère ignorer le langage de la violence.

« Elle est née dans le Paris dix-sept cent quatre-vingt-dix comme une rose épanouie au jardin des fleurs de lys… » Cette chanson de Michel Delpech me revient quand je pense à la République française… « Mais que Marianne était jolie quand elle embrasait le cœur de Paris en criant dessus les toits : Ça ira ! Ça ira ! Toute la vie. »

On l’imagine sourire, Marianne, insouciante et désirable, comme on pouvait l’être au début des années ‘70… Il suffit de mettre un peu de chair sur une idée pour s’y attacher avec une candeur juvénile. On devine une silhouette au milieu de la lumière, on la voit qui rayonne, à la fois touchante et lointaine.

couverture de l'ObsEn 2015, la France a été secouée par une violence dont elle se croyait protégée, et voici la chanteuse Camélia Jordana qui, en couverture de l’Obs, pose en nouvelle Marianne, un brin dénudée mais solennelle. Elle offre une colombe au monde et nous donne à voir que la République est vivante. Un message de Noël, en somme, avec une fille qui, née de l’écume de la mer Méditerranée, affiche sa liberté vestimentaire. Evidemment, le décolleté ouvert, cela marche aussi bien avec d’autres idées, ou avec des bagnoles, ou du savon de vaisselle. Un message, un coup de pub, libre à chacun de réagir à sa façon. Mais elle a du caractère, Marianne…

Marianne est une enfant des Lumières, mais elle est née aussi de la colère, comme un défi lancé au monde ancien. Pas dans une crèche avec des santons de Provence, illuminée par une étoile, entre l’âne et le bœuf. Même si le christianisme est dans ses gènes, elle s’en est prise au pouvoir de la religion, qui la révoltait. Les rois n’avaient aucune raison de lui rendre hommage, ils se sont coalisés contre elle et ses « missionnaires armés ». Elle a fait ses premiers pas avec le Chant du départ : « …La liberté guide nos pas et, du Nord au Midi, la trompette guerrière a sonné l’heure des combats. Tremblez ennemis de la France… Le Peuple souverain s’avance… »

Marianne était loin de vouloir plaire à tout le monde, elle bousculait tout sur son passage. « Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système… » Ainsi parlait Robespierre, droit comme un i majuscule au milieu de la tempête révolutionnaire, figure majeure et controversée d’une République à peine sur ses jambes et déjà menacée de toutes parts. La République, c’est « donner au gouvernement la force nécessaire pour que les citoyens respectent toujours les droits des citoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer lui-même ». 

Certes, en fonction des hommes et des circonstances, il y a parfois loin des paroles aux actes. Si la République française alias Marianne avait réellement été une femme au XVIIIe siècle, elle qui avait pour vocation d’être émancipatrice et généreuse, avec du charme et de l’esprit, vertueuse jusque dans l’héroïsme, elle aurait peut-être été guillotinée comme Madame Roland. Dans le chaudron que fut la Révolution française, le sublime et le tragique se mêlaient confusément.

Puisqu’on avait balayé tout ce qui avait fait la France, il fallait casser l’histoire en deux. Certes, on avait puisé dans sa culture classique pour créer le citoyen, la nation, la république mais, plus que le bonheur, c’est le progrès qui était une idée neuve en Europe. On inventait l’avenir meilleur pour tous, du moins le proclamait-on joyeusement, religieusement, porté par une foi nouvelle en ce que l’homme avait de meilleur : Liberté-Égalité-Fraternité. Même si le calendrier républicain, conçu dans l’esprit des lumières, adopté par décret le 14 vendémiaire an II, n’allait pas réussir à faire oublier que la France avait des racines profondes, on défendait les acquis révolutionnaires et on se projetait dans l’avenir.

« Citoyens, vous représentez-vous l’avenir ? Les rues des villes inondées de lumières… les nations sœurs, les hommes justes, les vieillards bénissant les enfants… les penseurs en pleine liberté, les croyants en pleine égalité… la conscience humaine devenue l’autel, plus de haines, la fraternité de l’atelier et de l’école, pour pénalité et pour récompense la notoriété, à tous le travail, pour tous le droit, sur tous la paix, plus de sang versé, plus de guerres… » Voilà ce que Victor Hugo faisait dire à Enjolras sur la barricade où celui-ci était prêt à mourir pour son idéal républicain.

Il y avait quelque chose de religieux dans cette adoration de Marianne mais c’était pour mieux affirmer le pouvoir et la responsabilité de l’humanité, car le salut du genre humain ne dépendait que des hommes eux-mêmes. Au XIXe siècle, avec Marx, c’est un messianisme plus radical qui promettra le Grand Soir au son de l’Internationale : « Du passé faisons table rase Foules, esclaves, debout, debout Le monde va changer de base Nous ne sommes rien, soyons tout… » (E. Pottier). Certes, avec le recul, on peut sourire ou s’effrayer de la prétention de casser l’histoire en deux, mais il fallait soulever des montagnes et la marche en avant du progrès réclamait qu’on s’abandonnât à la mystique révolutionnaire.

Bien sûr, Marianne, identifiée à la France devenue républicaine, a fini par faire oublier son caractère révolutionnaire, mais elle est toujours une enfant des lumières, une figure de la liberté, du progrès. Marianne a un rôle à jouer dans nos sociétés démocratiques, il y a un désenchantement qui doit la rendre attentive. Il est dans sa nature de se méfier des références à Jeanne d’Arc. Mais l’irruption d’une violence extrême inspirée par un messianisme dont elle ne comprend pas les codes, en tout point contraires à ses valeurs, la trouble et la désoriente. Il faut qu’elle se ressaisisse.

Il faut que Marianne soit à nouveau forte et séduisante. Il n’y a pas si longtemps, François Hollande avait cette ambition de « réenchanter le rêve français ». L’intention était bonne mais, en politique, il faut des résultats. Le danger serait de s’en tenir aux bonnes intentions. Pour ma part, n’ayant pas d’autre responsabilité que d’être un citoyen ordinaire, j’admets volontiers ne pas avoir de leçon à donner. Comme j’ai envie de faire de jolis rêves, il me suffit de me gargariser des mots que Victor Hugo prête à Enjolras :

« Nous allons à l’union des peuples; nous allons à l’unité de l’homme… Le réel gouverné par le vrai, voilà le but. La civilisation tiendra ses assises au sommet de l’Europe, et plus tard au centre des continents, dans un grand parlement de l’intelligence… La France porte cet avenir sublime dans ses flancs… Ce qu’avait ébauché la Grèce est digne d’être achevé par la France… Au point de vue politique, il n’y a qu’un seul principe – la souveraineté de l’homme sur lui-même. Cette souveraineté de moi sur moi s’appelle Liberté. Là où deux ou plusieurs de ces souverainetés s’associent commence l’État. Mais dans cette association il n’y a nulle abdication. Chaque souveraineté concède une certaine quantité d’elle-même pour former le droit commun. Cette quantité est la même pour tous. Cette identité de concession que chacun fait à tous s’appelle Égalité. Le droit commun n’est pas autre chose que la protection de tous rayonnant sur le droit de chacun. Cette protection de tous sur chacun s’appelle Fraternité… L’égalité, citoyens, ce n’est pas toute la végétation à niveau, une société de grands brins d’herbe et de petits chênes… C’est, civilement, toutes les aptitudes ayant la même ouverture; politiquement, tous les votes ayant le même poids; religieusement, toutes les consciences ayant le même droit. L’Égalité a un organe : l’instruction gratuite et obligatoire. Le droit à l’alphabet, c’est par là qu’il faut commencer. L’école primaire imposée à tous, l’école secondaire offerte à tous, c’est là la loi. De l’école identique sort la société égale. Oui, enseignement ! Lumière ! lumière ! tout vient de la lumière et tout y retourne… Citoyens, le dix-neuvième siècle est grand, mais le vingtième siècle sera heureux. »

Ne parlons pas du XXIe siècle… Allez, vive la France et bonne année à tous.