Lettre de Jean Jaurès aux instituteurs

Cette lettre s’adresse aussi bien aux enseignants du fondamental de Wallonie que de France.

A l’heure où nos enfants  profitent de quinze jours de vacances, je trouve que cette lettre de Jean Jaurès garde toute sa beauté, toute sa pertinence, mais aussi toute son actualité dans un monde où les nombreux conflits et la violence ne peuvent susciter chez chaque citoyen responsable que réflexion et action. Les instituteurs et autres professeurs des écoles sont en première ligne pour mener ce combat de la pensée et de l’esprit. Nous ne pouvons que regretter que notre société ne leur réserve plus la place qui devrait être la leur. 

Paul D.

Jean JaurèsVous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie.

Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confèrent, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh ! Quoi ? Tout cela à des enfants ! – Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler… J’entends dire :  « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte, ne comprendra pas de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? » – Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment ou une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à nos cœurs  tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Tout d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie, et que dans n’importe quel livre leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout… Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble.

De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes de commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre ; il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

Je dis donc aux maîtres pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque, d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

Jean Jaurès dans La Dépêche de Toulouse,
le 15 janvier 1888

Présidence des départements, où sont les femmes ?

Je dédie cet article à celles et ceux qui aiment affirmer que la France est un pays incapable de se réformer et je dis : « vive les binômes ». La parité est une réalité dans les assemblées départementales. Il appartient maintenant aux élues de prendre la place qui doit être la leur.

Paul D.

Lu sur le site de l’Obs

Publié le 03-04-2015 à 09h50

Avatar de Julia Mouzon

Par 
« Femme et Pouvoir »

LE PLUS. Pour voir autant de femmes que d’hommes présider les conseils départementaux, il faudra encore attendre. Si ces assemblées sont désormais paritaires, seules dix représentantes de la gente féminine ont été élues à la tête de ces assemblées, sur 101, jeudi 2 avril. Pourquoi un tel blocage ? Éclairage de Julia Mouzon, fondatrice de « Femme et Pouvoir ».

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NathalieSarrabezolles a été élue présidente du conseil départemental du Finistère, le 2 avril 2015 (F.TANNEAU/AFP).

Pour la première fois de l’histoire mondiale, les élections départementales françaises des 22 et 29 mars ont imposé l’élection d’un binôme de candidats de sexe opposé. Cette loi controversée lors de son vote du 17 mai 2013 a été appliquée avec succès.

Quelles en sont les conséquences ? 4 points clés à retenir :

1. Des femmes présentes mais encore effacées

Pendant les campagnes, les candidats masculins ont systématiquement été mis en avant : par les médias, par leur entourage et par leur famille politique.

À côté d’hommes souvent très expérimentés en politique, les femmes ont peiné à faire entendre leur voix et à prendre toute leur place – à de notoires exceptions près. Dans la majorité des cas, c’est à l’homme que revenaient les questions ainsi que le titre de « candidat n°1 ».

Et quand le binôme n’est pas élu, les partisans reçoivent un mail les remerciant d’avoir suivi un duo, un mail au nom des élus mais signé…par le représentant masculin.

2. Des assemblées qui changent : la photo se féminise

Grâce à cette loi, pas d’arrangements comme aux élections sénatoriales où l’on a vu des hommes du même parti constituer plusieurs listes pour avoir plus de chances d’être élus : à l’inverse, la photo de tous les conseils généraux a changé depuis lundi et certains conseils généraux où ne siégeaient aucune femmes sont désormais paritaire.

Le bénéfice majeur de ce changement est que les femmes sont désormais pleinement aux commandes de la décision publique, et ce dans toutes les assemblées locales. La loi contraint en effet les conseils municipaux, régionaux, et départementaux à être pleinement paritaires.

3. Cette loi change la politique politicienne

En faisant appel à des femmes qui étaient pour la plupart déjà élues, mais qui restaient parfois discrètes, la loi a contraint à un renouvellement bienvenu de nos assemblées départementales.

Terminées, les campagnes où seul le statut de dinosaure et de mastodonte de la politique prévaut : les conseils généraux sont plus jeunes (hommes et femmes y ont également contribué, avec des moyennes d’âges respectives de 55 ans pour les hommes et 52 ans pour les femmes, alors que la précédente moyenne d’âge étaient de 61 ans et 10 mois pour des hémicycles remplis à 81 % par les hommes).

En lieu et place de règles politiques qui privilégient l’ancienneté, l’assise, et la capacité à communiquer, on a désormais affaire à un duo de tête recruté sur un impératif de renouvellement salutaire pour notre démocratie, et certainement plus compétent puisque plus issu de la cooptation dans des réseaux de pouvoir fermés !

 4. Le plafond de verre politique résiste au choc

Sur les 101 départements qui ont vu leurs conseillers généraux renouvelés dimanche dernier, seuls 10 seront dirigés par une femme pour les 6 prochaines années. Un plafond de verre politique qui perdure malgré une base désormais paritaire.

Comment expliquer cette très faible pénétration des femmes à la tête des exécutifs ? D’une part, par le maintien d’une tradition masculine malgré un taux de renouvellement assez fort : par exemple, M. Baylet, ex-président du Tarn et Garonne, vient d’être remplacé par Christian Astruc, un agriculteur apolitique de 66 ans.

Et surtout, les femmes restent largement moins présentes à la tête des fédérations locales des grands partis politiques. En résumé, et comme il est usuel, les élus implantés depuis toujours sont favorisés au détriment de figures moins connues, mais peut-être prometteuses.

Une étape décisive

Finalement, la loi sur le scrutin binominal a porté des fruits avec un renouvellement très large de l’ensemble des conseillers généraux. Grande première électorale, ce test grandeur nature va permettre dans les prochaines années un changement culturel important en implantant des femmes au sein de ces exécutifs incontournables et sur une élection binominale, et non de liste.

Le plafond de verre résiste encore et toujours à l’envahisseur, l’envahisseuse en l’occurrence ; mais ce n’est que partie remise pour les femmes politiques françaises qui ont marqué là une étape décisive.

 

Cette semaine dans ‘t Pallieterke

Pour la rubrique « Op de praatstoel » du journal flamand « ‘t Pallieterke », Frans Crols, l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Trends-Tendances » a choisi d’interroger Jules Gheude sur sa vision de l’avenir de la Belgique.

Jules Gheude« La Wallonie doit rejoindre la République française »

Jules Gheude voit approcher la fin de la Belgique de manière irréversible. Son espoir, pour la Wallonie, est une réunion avec le voisin méridional, la France. Et cela avec un statut particulier comme les régions de Corse et d’Alsace-Moselle. Cette réunion sur mesure permet d’ancrer plus solidement le rattachisme dans la réalité.

Jules Gheude (68 ans) n’a pas une crinière sauvage ni des allures révolutionnaires, mais plutôt le rayonnement d’un prêtre. Entre ses milliers de livres apparaît le buste de Richard Wagner, une passion musicale qu’il partage avec son ami, mentor et testateur politique François Perin (décédé en 2013). Avec un sourire, il se souvient : « François Perin et moi aurions aimé assister au Festival de Bayreuth. Mais nous n’avons jamais réussi à obtenir des places. »

Jules Gheude reste une exception : un Wallon qui jongle avec plaisir avec le néerlandais, tant au niveau de la conversation que de l’écriture. Avec son épouse italienne, il réside dans une villa blanche sur les hauteurs de Namur, ville qui connut jadis un rebelle : le graveur et peintre Félicien Rops et son œuvre érotique (que l’on commémore en ce moment par le biais d’un événement en duo avec Jan Fabre, son pendant contemporain).

Jules Gheude vient de publier son onzième livre : « François Perin – Une Plume / L’œuvre écrite » et cette passion pour l’écriture lui procure un tremplin  dans les médias francophones. « Le combat que je mène depuis des années pour l’intégration de la Wallonie en France ne m’a pas relégué intellectuellement dans la marge. Je n’ai pas à me plaindre de l’attitude des médias. Ils me donnent régulièrement l’occasion de m’exprimer. »

Jules Gheude publie des textes sur le site de Knack et il fut récemment l’orateur principal d’une journée de réflexion du Mouvement Populaire Flamand à Beveren. Les participants furent ravis par l’élégant et néanmoins radical « réunioniste », ainsi qu’il aime se qualifier aujourd’hui : « Dans le dialogue avec des amis français, les choses ont pris une tournure plus concrète quant à la manière dont la Wallonie pourrait se réunir à la France. C’est ce que nous symbolisons aujourd’hui avec la formule ‘union-intégration’. Nous y allons en douceur, selon un scénario sur mesure, un statut particulier. La Constitution française est suffisamment souple pour accorder de tels statuts : c’est le cas avec la plupart des collectivités d’outre-mer, ainsi qu’avec la Corse ou l’Alsace-Moselle. La Wallonie pourrait ainsi conserver sa spécificité. L’ex-droit fédéral, à quelques exceptions près, serait également conservé et placé sous la responsabilité du législateur français, qui reprendrait le rôle du législateur belge. Et notre système de sécurité sociale serait adossé au système français. »

Bien qu’il parle avec passion des liens naturels (langue et culture) avec la France – il a passé une grande partie de sa jeunesse à Paris, où son père travaillait pour l’agence commerciale de la SNCB -, Jules Gheude n’a jamais idéalisé les Etats-Nations : « Lorsqu’on plonge dans l’Histoire, on constate que les Etats se sont formés au travers des guerres et des mariages princiers, sans la moindre intervention des peuples. Marguerite Yourcenar a fort bien décrit cela : Les princes s’arrachent les pays comme les ivrognes à la terrasse se disputent les plats. Avec le temps, les Etats sont devenus des nations. Mais avec la philosophie démocratique actuelle, les peuples peuvent désormais décider de leur avenir. Les Etats ne sont pas immuables. Voyez ce qui se passe avec la Catalogne, l’Ecosse ou la Flandre, avec un sentiment identitaire fortement présent. Si demain le Parlement flamand devait proclamer l’indépendance de la Flandre, on ne pourrait pas s’en offusquer. Ce parlement tire en effet sa légitimité du suffrage universel.»

‘t Pallieterke : Pourquoi optez-vous pour la réunion de la Wallonie à la France ?

Jules Gheude : « Jour après jour, je vois le démantèlement de la Belgique progresser comme un processus irréversible. Si un peuple ou une nation belge n’est jamais parvenu à germer, en revanche, il y a bien une nation flamande. Cela figure d’ailleurs expressément dans le « Manifeste pour la Flandre », que le Parlement flamand a adopté en 2012. Si la Belgique se scinde, je vois trois scénarios pour la Wallonie : 1° une Wallonie indépendante ; 2° la réunion de la Wallonie et de Bruxelles en un Etat, le fameux WalloBrux ; 3° une réunion de la Wallonie à la France.

« Une Wallonie indépendante serait très rapidement confrontée à une situation à la grecque – pauvre et chancelante. Quant au WalloBrux, ce n’est qu’une chimère, comme l’a fort bien décrit François Perin : nous aurions une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime ! D’une enquête de Rudi Janssens (VUB), en 2013, il ressort d’ailleurs que les Bruxellois ne veulent pas s’engager avec une autre région : 4% seulement d’entre eux seraient prêts à lier leur sort à celui de la Flandre et 4,6% à celui de la Wallonie. Par conséquent, il ne reste logiquement comme meilleure solution qu’une réunion de la Wallonie à la France. (il rit) C’est la France que la Wallonie doit rejoindre et non l’Allemagne, comme l’a un jour suggéré Paul Magnette. Notre langue et notre culture sont communes et elles constituent donc la base idéale pour un tel scénario. Nous avons d’ailleurs été Français durant vingt ans, fin du 18e, début du 19e siècle. »

‘t Pallieterke : Ce schéma est logique et convenable. Mais cadre-t-il bien avec les chiffres, avec la réalité ?

Jules Gheude : « Une scission, par exemple, de la dette de l’Etat, sur base des chiffres macro-économiques de 2010 – ce sont des données incontestables –  et avec un taux d’intérêt de 3,6% pour la dette publique belge, absorberait 22% des dépenses publiques wallonnes.

« Mais la Wallonie serait rapidement confrontée au marché des emprunts internationaux, nécessaires pour financer son déficit. Avec des taux d’intérêt de 12%, comme pour la Grèce, on atteindrait un solde net à financer correspondant à 37% des dépenses publiques. Impossible à digérer, on irait vers un bain de sang social ! Au sein de la France, la dette wallonne (18,6 milliards d’euros) serait marginale. Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, l’a bien compris : le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. C’est un beau débat. Qu’il commence ! »

‘t Pallieterke : Le parti rattachiste de Paul-Henry Gendebien, le « Rassemblement Wallonie-France », n’a pas obtenu 0,5% des voix en mai 2014. Qui est donc favorable à ce scénario ?

Jules Gheude : « La création de ce parti, en 1999, ne fut pas une bonne idée. François Perin a d’ailleurs tenté vainement de dissuader Paul-Henry Gendebien de concrétiser le projet. Aussi longtemps que la Belgique existera, les Wallons continueront à voter pour les partis traditionnels.

« Mais la situation changerait avec la scission du pays. En 2008, « Le Soir », conjointement avec « La Voix du Nord » à Lille, a réalisé un sondage pour savoir comment les gens envisageaient les choses en cas de disparition de la Belgique. 49% des Wallons voyaient l’avenir de leur région en France. Un sondage Ifop / France-Soir en 2010 a révélé que 66% des Français, et le taux atteignait même 75% dans les régions frontalières, accueilleraient favorablement la réunion de la Wallonie. »

‘t Pallieterke : Pourquoi êtes-vous partisan de cette intégration sur mesure ? Pourquoi pas une assimilation directe ?

Jules Gheude : « Les études que nous avons réalisées pour les Etats généraux de Wallonie de 2009 ont fait apparaître des différences sensibles avec la France : notre système d’enseignement avec le Pacte scolaire, le fait que nos syndicats paient les allocations de chômage. Les mutuelles françaises n’ont rien de comparable avec les nôtres, car en France c’est l’Etat qui est compétent pour le remboursement des soins de santé.

« Nous avons fait alors la connaissance du Français Jacques Lenain, l’un de ces brillants « commis d’Etat » comme la France en compte tant. Il était à la tête des hôpitaux de France et il avait lu un ouvrage de Gendebien. Lenain part du principe que ni le monde politique wallon ni les syndicats ou les mutuelles n’accepteraient une assimilation qui leur ferait perdre leurs prérogatives. Il défend donc une forme d’intégration, l’union-intégration, qui permet de maintenir la spécificité de la Wallonie. Pas besoin, dit-il, que les Wallons se présentent nus devant Marianne pour revêtir ensuite l’uniforme français.

« La Constitution française n’est pas une armure en acier. Elle peut accorder à la Wallonie un statut propre qui lui garantit sa spécificité et son autonomie. En ce qui concerne l’ex-droit fédéral belge, il est conservé, à quelques exceptions près, et placé sous la responsabilité du législateur français. En échange, la France compte sur une gestion wallonne sérieuse et efficace, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

‘t Pallieterke : Un classique, et Bruxelles ?

Jules Gheude : « Une large majorité opte pour une forme d’autonomie. Un district européen, comme l’envisageait Louis Tobback, n’est pas une option réaliste. On ne voit pas, en effet, se profiler une forme d’Etats-Unis d’Europe. Les 28 Etats membres n’y sont pas prêts.

« Je vois plutôt Bruxelles évoluer comme une Cité-Etat, abritant le siège des institutions européennes, de l’OTAN et de nombreuses organisations et entreprises internationales. Ce scénario s’écarte de Washington DC. Tous les habitants pourraient ici prendre part aux élections pour constituer la représentation parlementaire. »

‘t Pallieterke : Avez-vous des craintes en voyant la N-VA être la plus grand parti de Belgique, avec comme but de supprimer le pays ?

Jules Gheude : « La N-VA a du talent pour gérer la Flandre et le pays. Au sein du gouvernement flamand, le ministre Philippe Muyters est parvenu, cinq années de suite, à maintenir le budget hors du rouge. En Wallonie, c’est impossible. On reporte systématiquement le retour à l’équilibre.

« Le Mouvement flamand craint une « belgicisation » du parti nationaliste. Je crois que Bart De Wever est trop perspicace et trop habile pour cela. Il a souligné que la position actuelle, avec un arrêt communautaire, était provisoire. Dans cinq ans, le parti retrouvera sa liberté communautaire.

« Dès que la dette de l’Etat aura diminué – l’une des priorités de la coalition suédoise -, la question de la structure de l’Etat sera de nouveau abordée. De Wever sait que le démantèlement de la Belgique est irréversible. La Wallonie, Bruxelles et la Flandre ont donc tout intérêt à ce qu’aucun moment de la scission, la dette publique soit la plus petite possible. »

‘t Pallieterke : Sur le plan pratique, comment voyez-vous la concrétisation de ce réunionisme ?

Jules Gheude : « Je suis un démocrate. Les Français et les Wallons devront donc décider par référendums, l’un ici, l’autre en France. Comme je l’ai déjà dit, une majorité est prête en France  à accueillir les Wallons. Mais la question demeure : dans quelles conditions ? Un statut de large autonomie pourrait en effet rendre d’autres régions de France jalouses. »

‘t Pallieterke : Vous dites que, dans la pensée wallonne, le réunionisme a toujours été une constante ?

Jules Gheude : « Paul-Henry Gendebien a été, durant plusieurs années, Délégué général de la Communauté française à Paris. Dans l’un de ses livres, il explique qu’il a eu l’occasion de recevoir le Liégeois Jean Gol, qui constatait que même les libéraux flamands étaient devenus nationalistes.

« Lorsque Léo Tindemans torpilla en 1978 le Pacte d’Egmont, François Perin tenta de réunir la « famille » libérale autour d’un projet communautaire commun. Mais il se heurta à l’intransigeance des libéraux flamands, notamment Herman Vanderpoorten. Gol était convaincu que la Belgique n’avait plus d’avenir et que la France était l’unique solution pour la Wallonie. Sur un sous-bock, raconte Gendebien, il se mit à compter le nombre de parlementaires wallons qui siègeraient à l’Assemblée nationale. Les deux hommes évoquèrent aussi les scénarios possibles, en particulier celui de l’Alsace-Lorraine.

« Le lendemain de cette rencontre, Gol eut des contacts au plus haut niveau avec des cercles politiques parisiens. Je rappelle aussi qu’après la Seconde Guerre Mondiale, un Congrès wallon s’est prononcé pour le réunionisme, avant d’approuver l’option fédérale. Aujourd’hui, vous trouverez des réunionistes au sein de tous les partis wallons. »

« La N-VA est un partenaire gouvernemental loyal »

On s’attendait à des tensions entre la N-VA et le MR. Le gouvernement Michel est principalement confronté aux bisbilles entre la N-VA et le CD&V. Quel est votre sentiment à cet égard ?

« La N-VA est un partenaire loyal, mais son objectif demeure l’indépendance de la Flandre. Siegfried Bracke l’a rappelé récemment : cette indépendance est une évolution logique, tout comme les lois de Darwin. La N-VA ne bazardera pas ses objectifs et le CD&V réagit comme un concurrent électoral de la N-VA.

« Je pense au Pacte d’Egmont en 1978, lorsque la Volksunie et le FDF étaient ensemble dans le gouvernement Tindemans. Le démocrate-chrétien Léo Tindemans est allé remettre sa démission au roi, renvoyant ainsi, nus devant leurs électeurs, la VU et le FDF qui s’étaient entendus au départ de concessions réciproques.

« Ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Le CD&V ne peut pas refaire ce show en pointant du doigt le concurrent comme parjure. Les deux partis ont, en effet, clairement dit qu’ils voulaient la paix communautaire durant cinq ans.

« Le CD&V joue aujourd’hui le rôle du PS, selon la presse francophone. Ce faisant, il nage à contre-courant de la Flandre. La prospérité de la Flandre n’est pas le fait d’une politique de gauche, mais bien d’une vision de droite qui a donné ses chances aux petites et moyennes entreprises, lesquelles constituent plus que jamais l’épine dorsale de l’économie flamande.

« Si le gouvernement Michel devait chuter avant son terme de cinq ans, la N-VA reprendrait ses billes et nous irions sans doute encore plus vite vers le confédéralisme.

« En 1962, après la fixation de la frontière linguistique, François Perin écrivit que la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat. Cette phrase montre sa clairvoyance : Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs. (…) Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge. »

Le Thalys wallon vu par M Belgique

Le Thalys wallon, symbole d’une réforme de l’Etat masquée (MBelgique du 21/03/15)
31 mars 2015, 17:04

C’est bien connu: un train peut en cacher un autre. “E pericoloso sporgersi”. Danger: derrière le Thalys wallon, c’est le train fantôme des volontés flamandes qui déboule. Plus que du simple communautaire : comme une sorte de réforme de l’Etat masquée qui postulerait un tout nouveau rôle pour la Région wallonne : suppléer le fédéral.
Vous avez assurément entendu souvent, dans la bouche de politiques flamands de tous horizons politiques, cette maxime récurrente: “Ce que la Flandre fait elle-même, elle le fait mieux”.
Evolution récente, N-VA aidant, la formule soudain se complète désormais d’un : “Ce que nous, au gouvernement fédéral, n’avons plus envie de faire, faites-le donc vous-même, mes p’tits wallons…”
C’est une ministre francophone, Jacqueline Galant, qui stoppe le Thalys wallon mais incite le gouvernement wallon à le reprendre à son compte.
C’est la même Galant qui entend supprimer des lignes de la fédérale SNCB puisque les TEC wallons n’ont dès lors qu’à acheter des bus en plus…
« Back to the future »

C’est du “back to the future”, retour à ce qui se passait dans les “secteurs nationaux” dans les années 80, lorsqu’un Luc Van den Brande (CVP, aujourd’hui CD&V)) s’exclamait froidement: “Si les wallons veulent aider leur sidérurgie, ils n’ont qu’à payer eux-mêmes”.
Certes, on pressentait déjà bien, à l’époque, que l’avenir de la sidérurgie wallonne ne serait pas rose. Ce qui n’allait pas, que c’est que des dossiers flamands tout aussi peu enthousiasmants comme ceux du textile, de la construction navale ou d’autres aussi pourris que celui des charbonnages du Limbourg (qui coûtèrent des flopées de milliards à l’Etat belge) étaient traités, parce que concernant le Nord, avec une fluidité exemplaire, les grandes entreprises wallonnes ne recevant que des portions congrues.
Les choses ont-elles tellement changé? Certes, d’importantes réformes de l’Etat sont passées par là, certes les Régions se sont emparées d’importants leviers économiques mais on voit toujours aujourd’hui des ministres fédéraux s’en allant chanter, non plus seulement le paisible Vlaams Leeuw, mais bien les partitions nationalistes de la « Zangfeest »qui dénotent pour le moins avec le concept de la “loyauté fédérale”.
Lequel postule, par exemple, que dès lors qu’une décision de compétence fédérale pourrait avoir des conséquences pour la Wallonie (ou Bruxelles et la Flandre) il y ait à tout le moins “concertation”. (le Comité ad hoc a d’ailleurs depuis été saisi d’office par le Gouvernement wallon).

Le Thalys Vande Lanotte : 1% depuis Ostende

Petit résumé pour ceux qui auraient loupé ce wagon tout chargé de communautaire. En février, le gouvernement se penche sur le “Thalys Vande Lanotte”, du nom du ténor socialiste flamand, surnommé l’ “Empereur d’Ostende”, et qui a voulu et protégé pendant des années l’arrivée d’un Thalys quasi vide dans sa cité balnéaire, « Reine des Plages ». Officiellement, on ne vous le racontera pas comme ça, mais la pièce s’est jouée ainsi : le sp.a remballé dans l’opposition, ses copains N-VA mettent en exergue le flop : le tronçon Ostende-Bruges affiche un taux d’occupation de …1%. (chiffre officiel)
Donc, décide le gouvernement, il sera suspendu jusqu’à examen dans le cadre du “plan de modernisation et d’efficience de la SNCB”.
Mais c’était sans compter sans un de ces coups fourrés qui donnent décidément toute sa saveur à la solidarité flamande, surtout depuis l’arrivée au pouvoir de la N-VA. Puisqu’une décision politique arrêtait le Thalys du Nord, il fallait évidemment stopper itou le Thalys du Sud.
En y mettant les formes en communication, c’est à dire en parlant d’abord d’une “suspension” pour l’installation du système de sécurité ECTS (sur un tronçon de la dorsale wallonne). Alors que c’est bel et bien d’une suppression définitive dont il est question.
Pas plus fine psychologue que mathématicienne, la démonstration en a été faite par la ministre Jacqueline Galant elle-même, qui n’avait évidemment aucune raison de tant s’embrouiller dans des chiffres de déficit s’il ne s’agissait que d’une simple et inoffensive suspension technique, comme la dorsale wallonne en a déjà connu par deux fois.

140.000 passagers l’an

Le hic, c’est que la fréquentation du Thalys du Sud est tout de même largement différente : là, on en est à des taux de remplissage de 50%, voire de 60% le week-end.
Pas de quoi crier au succès mais, mine de rien, le temps a fait que de plus en plus de passagers ont découvert la ligne. Sous le gouvernement Verhofstadt, une véritable concertation s’était d’ailleurs tenue entre ministres fédéraux et régionaux qui s’étaient accordés à donner du temps à la liaison : non sans résultats, le Thalys wallon affichant désormais 140.000 passagers l’an. Soit 5,7 mio€ de recettes et effectivement, un déficit de 4,5 mio€ l’an.
Sur ce dernier chiffre, Jacqueline Galant de Jurbise ne se trompe point : le léger problème est qu’elle ignore tout du fond du dossier. A savoir que si 5 mio d’€ ce n’est pas rien, c’est tout de même quasi rien dans le budget SNCB et que c’est le prix à payer pour continuer d’exister sur la carte européenne du train à grande vitessse.

On oublie le grand consensus d’il y a 25 ans

Passons le fait que pratiquement quasi-toutes les lignes de la SNCB sont forcément déficitaires (ça s’appelle un service public), passons le fait que ledit déficit était tellement connu qu’il était prévu dans le Contrat de Gestion SNCB.
Ce que tout le monde a omis de dire et qu’il faut rappeler c’est que, jadis, avant le Thalys, de multiples lignes internationales reliaient, lentement, les grandes villes de Wallonie à Paris (jusqu’à sept trains par jour).
Et qu’on a oublié un peu vite le grand consensus politique qui s’était noué il y a 25 ans, lorsqu’il s’était agi d’abandonner irréversiblement toutes ces liaisons à l’ancienne et de de positionner la Wallonie, et sa capitale namuroise, sur le réseau européen des trains à grande vitesse. Histoire de doper, comme ce fut le cas pour Lille, le développement économique.
Ce ne fut d’ailleurs pas évident: il a fallu se battre pour que les lignes à grande vitesse s’installent en Wallonie et les permis de construire furent un feuilleton sans relâche.
Si on n’y prend garde, à force d’en sourire, on en arriverait, avec le folklore mathématique de Jacqueline Galant, à en oublier l’essentiel : à savoir que, jusqu’à nouvel ordre (ou nouvelle réforme de l’Etat), les trains sont financés également par les Wallons. Et que ce cela postule des retours pour la Wallonie.

Le flop du Fyra, vite résolu

Paul Magnette, le Ministre-Président wallon, ne s’est ainsi pas privé de rappeler que lorsque la Flandre s’est retrouvée confrontée à l’historique flop du Fyra (ce train de conception italienne à très relative haute vitesse -108 km/heure à peine- qui n’a roulé que six semaines vers les Pays Bas avec un important arrêt à Anvers), il n’a fallu que peu de temps pour trouver, avec l’appui wallon, un accord financier ad hoc et mettre en place un service Intercity de remplacement.
On verra ce qu’il adviendra du sort final du Thalys wallon, de toute façon à l’arrêt au 1e avril. Une certitude : tandis que la Wallonie n’a rien à dire sur le“plan de transport” qui multiplie à l’infini les colères des navetteurs, la Flandre a développé un bien meilleur réseau ferroviaire, notamment IC, avec une offre conséquente.

Clair de lune à Maubeuge

Ce n’est d’ailleurs pas un événement anodin que le Premier Ministre luxembourgeois soit venu, l’autre jour, à la tribune du Parlement Wallon s’inquiéter de la panne des investissements sur la mythique ligne 162, celle qui tortillarde de Bruxelles à Luxembourg.
Pour les wallons, la suspension/suppression du Thalys, c’est la crainte d’un retour à une provincialisation, alors que, partout en Europe, les compagnies de chemins de fer dépensent des sommes pharamineuses dans l’interconnexion des villes.
On l’a vu dans le débat au Parlement wallon : au delà d’un classique conflit Nord/Sud sur les ressources, c’est le MR, seul partenaire francophone du gouvernement, qui est accusé “de n’avoir pas tenu bon face à la Flandre.”
Le libéral Jean-Luc Crucke a eu beau plaider “pour qu’on extirpe la liaison Belgique-France du monopole du Thalys” et proclamer sa foi dans une alternative qui passerait par le clair de lune de Maubeuge et la gare de Valenciennes, il n’a guère convaincu. Pire: ses petits camarades se sont amusés à lui mettre sous le nez de mâles mais périmées déclarations d’autres libéraux quant à la sacro-sainte défense du Thalys wallon.

La régionalisation du rail, objectif flamand

Va-t-on vers un confédéralisme larvé dont le sort du Thalys wallon serait un des signaux d’alerte? Il est clair ici qu’on a appliqué la fameuse “théorie du gaufrier” c’est à dire supprimer le Thalys du Sud pour compenser la suppression du Thalys du Nord.
Et il ne faut jamais perdre de vue que, depuis longtemps, tous les partis flamands ont demandé la régionalisation du rail, la Flandre souhaitant, avec des nuances, gérer toute sa mobilité.
Steve Stevaert, l’ancien président des socialistes flamands, entendait ainsi financer des “lignes locales d’un rail purement flamand”. Ou décrocher, à défaut plus que l’actuelle clé 60%/40% des investissements ferroviaires…
Suspendu ou définitivement arrêté ? Le sort du Thalys wallon jouera en tout cas à coup sur l’image du MR en Wallonie.
Chacun sait désormais qu’il y a un prix à payer pour tout politique francophone qui entend accéder à la fonction de Premier Ministre.
Le montois Elio Di Rupo paie cash aujourd’hui ses concessions aux partis du Nord sur les allocations d’insertion et les exclusions du chômage.
S’il ne redémarre pas, le Thalys wallon pourrait conduire à cette question ennuyeuse pour le Premier Ministre, le Wallon Charles Michel : son pouvoir fédéral s’arrête-t-il à Wavre?

« L’album Perin » à Télévesdre

Télévesdre (TV communautaire de Verviers qui couvre également la Province de Luxembourg) a invité Jules Gheude à réaliser l’émission « L’album Perin ».

C’est un merveilleux témoignage au départ de photos et documents divers. C’est toute une partie de notre histoire mise en relation avec l’actualité politique. C’est un document fidèle et instructif sur la personnalité incomparable qu’a été François Perin.

C’est une vidéo que tout Citoyen qui se veut éclairé se doit de voir et d’apprécier comme on le fait d’ une chose rare.

Paul D.

http://www.televesdre.eu/www/l_album_jules_gheude_ecrivain-86613-999-138.html

Le gouvernement wallon contourne la dépolitisation des cadres

Malgré le fait que la Wallonie souffre depuis tant d’années de la politisation outrancière de sa vie publique, il semble bien difficile à celle-ci de chasser ses vieux démons…

30/03/15 à 10:23 – Mise à jour à 10:22

Source : Le Vif/l’express

Dans une note adressée aux syndicats que Le Vif/L’Express s’est procurée, le gouvernement wallon propose de sortir plusieurs postes de la fonction publique du régime des mandats. La manoeuvre interpelle

Il devait constituer un solide rempart contre les nominations politisées. Mais l’arrêté royal réformant le régime des mandats dans l’administration et dans les organismes d’intérêt public (OIP) dérange visiblement le gouvernement wallon. Il envisage de sortir 18 postes de la fonction publique du régime des mandats. Selon la note que s’est procurée Le Vif/L’Express, le gouvernement wallon semble vouloir contourner – au moins en partie – la réforme qu’il a lui-même mise en oeuvre lorsque les verts étaient encore dans l’équipe. Il y a quelques semaines, le député Ecolo Stéphane Hazée pointait l’absence de plusieurs postes-clés dans la liste des mandats à renouveler parmi les OIP. La réponse vient de surgir dans « l’avant-projet de décret-programme » soumis à l’avis du Comité de secteur XVI, l’espace de concertation entre les autorités publiques wallonnes et les syndicats des agents qui en dépendent.

« La volonté est de contrebalancer les nominations à titre temporaire des mandataires afin d’assurer la continuité du service public au profit de l’intérêt général », indique la note. En pratique, cette disposition est lourde de conséquence, puisqu’elle ouvre les candidatures, par avancement de grade, aux seuls agents déjà en fonction dans les OIP concernés. Et non plus aux lauréats de l’école d’administration publique qui avait vu le jour dans le cadre de la réforme. « Sans remettre en cause la qualité du travail des fonctionnaires en place, le gouvernement exclut de la sorte l’apport d’un vent frais », regrette Stéphane Hazée. « Le vivier dans lequel on puisera sera déjà régi par les éventuelles nominations politisées du passé », ajoute un observateur du monde syndical.

La liste des OIP concernés par un changement de statut de plusieurs fonctionnaires dirigeants interpelle l’opposition. Ces dernières années, la gestion de plusieurs d’entre eux a fait l’objet de critiques plutôt sévères. C’est le cas du Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W), où des légèretés dans plusieurs bilans annuels avaient été décelées par la Cour des comptes, en marge de rivalités internes et de suspicions de fractionnement des marchés. A en juger par les échos de la récente visite de René Collin, ministre wallon de l’Agriculture (CDH), ces éléments interpellent encore le pouvoir de tutelle. La gestion de la Société wallonne du logement (SWL) est tout aussi controversée, tandis que l’Institut scientifique de service public (Issep) tente de reconstruire sa crédibilité après le licenciement, fin 2013, de son ancien directeur général adjoint Pierre Snyders, suspecté d’abus de biens sociaux et de faux en écriture. L’homme a, depuis lors, été recasé au Port autonome de Liège, bien que l’enquête soit toujours en cours. « En plus d’une remise en question sur le principe de la réforme, on se trouve là face à divers organismes récemment épinglés pour un déficit de gestion », souligne Stéphane Hazée.

« Avec la technologie des drones, la catastrophe de l’A320 de Germanwings ne serait pas arrivée »

27/03/15 à 10:33 – Mise à jour à 10:33

Source : Le Vif

« Si les avions de ligne étaient équipés des mêmes avancées technologiques que les drones, la catastrophe survenue avec l’Airbus A320 de Germanwings dans les Alpes ne serait pas arrivée », affirme Emmanuel Prévinaire, le patron de la société liégeoise de renommée internationale Flying Cam, spécialisée dans la prise d’images au départ de drones.

"Avec la technologie des drones, la catastrophe de l'A320 de Germanwings ne serait pas arrivée"

© Belga

Les technologies de pointe qui équipent ces petits engins sans pilotes permettent, en effet, de prendre le contrôle de l’appareil de l’extérieur. « Si l’Airbus A 320 avait été équipé de la sorte, dès que sa descente anormale aurait été remarquée par les contrôleurs aériens, ceux-ci auraient pu prendre le contrôle de l’avion et l’empêcher de s’écraser contre la montagne », assure ce chef d’entreprise.

Selon lui, les drones évoluent bien plus rapidement que les avions de ligne d’un point de vue technologique, car chaque changement d’équipement impose une nouvelle certification aux grands appareils, ce qui freine leur évolution.

Béatrice Delvaux est-elle encore crédible ?

Nous vous livrons le billet d’humeur de André Dumont.

Par ses écrits partisans et contradictoires, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du quotidien « Le Soir », discrédite l’organe de presse francophone reconnu pour l’objectivité de ses rédacteurs et la défense de nos fondamentaux démocratiques.

Après les élections de mai 2014, non conformes aux prévisions du « Soir » qui situait la N-VA en-dessous des 30 % des votes flamands, Béatrice Delvaux n’a cessé de vouloir nous convaincre qu’il était impossible d’associer la N-VA dans une coalition fédérale de gouvernement.

Avec de gros titres et photos à l’appui, « Le Soir » a relayé les outrances verbales et les gesticulations ostentatoires de Laurette Onkelinx, porte-parole du P.S. à la chambre avant même de connaître le programme gouvernemental. Par ailleurs, elle a incité les syndicats à descendre dans la rue en annonçant notamment des mesures sociales restrictives pour les chômeurs prises par le gouvernement Di Rupo !

Après avoir déballé le passé ultra-nationaliste des ministres N-VA et leur participation à des manifestations séparatistes – ce que personne n’ignorait – Béatrice Delvaux a voulu nous faire croire à l’éclatement de l’équipe MICHEL – PEETERS avant même qu’elle n’entre en fonction. Elle n’a cessé  d’attiser la zizanie entre le CD&V et la N-VA, alors que ces deux partis s’égratignent pour la galerie, tout en étant solidaires pour conduire la Flandre vers l’autonomie.

Dans l’édition du « Soir » des 21 et 22 mars 2015, Béatrice Delvaux dans son édito concernant une éventuelle réforme fiscale écrit : « …d’autant que ce gouvernement dispose du laps de temps souhaitable pour mettre ce grand travail en chantier. » (sic)

Aujourd’hui, Béatrice Delvaux croit en la durée du gouvernement fédéral.

Madame SOLEIL de la Belgique évanescente prend ses lecteurs pour des canards sauvages. C’est regrettable pour qui dispose d’une plume aussi talentueuse.

22 mars 2015                                                            André Dumont

Un journaliste à Monsanto : « vous prendrez bien un petit verre d’herbicide ? »

Nous connaissons le combat de la France en Europe afin que les OGM et autres herbicides dont la firme américaine Monsanto s’est fait la championne soient interdits sur son territoire. L’interview qui suit  ne manque pas de sel…! Le gouvernement wallon s’honorerait en signant un accord bilatéral avec la France pour l’interdiction des OGM et des herbicides en Wallonie.

27/03/15 à 13:36 – Mise à jour à 13:52

Source : Le Vif

Tel est pris, qui croyait prendre. Lorsqu’un lobbyiste de Monsanto affirme à un journaliste que l’herbicide fabriqué par sa firme n’est pas dangereux pour la santé, celui-ci lui propose d’en boire un verre.  » Je ne suis pas stupide « , répond-il. 

Un journaliste à Monsanto : "vous prendrez bien un petit verre d'herbicide ?" (vidéo)

© Capture d’écran Canal +

« Je ne crois pas que le glyphosate cause le cancer en Argentine. Vous pouvez en boire un verre entier, ça ne vous fera aucun mal ! », ose affirmer Patrick Moore, lobbyiste de Monsanto. « Vous voulez en boire ? », propose alors le journaliste, « nous en avons ici ».

« J’en serai ravi », affirme le lobbyiste de but en blanc, avant de réaliser ce qu’il vient de dire et de se raviser : « enfin pas vraiment, mais je sais que ça ne me ferait aucun mal ».

Le journaliste, qui sent qu’il vient d’ouvrir une brèche, insiste et là Patrick Moore, visiblement décontenancé rétorque : « je ne suis pas stupide ». « Donc c’est dangereux ? », demande le journaliste. « Non, des gens tentent de se suicider et échouent régulièrement », argumente-t-il.

Le journaliste pose alors la question une nouvelle fois : « vous voulez en boire un verre ? »

Excédé, le lobbyiste finira par déclarer que l’interview est terminée avant de quitter son siège. « C’est une bonne manière de résoudre le problème », conclut le journaliste, avant de se faire insulter par le lobbyiste.

Roundup, le produit phare de la firme Monsanto, vient d’être classé parmi les pesticides potentiellement cancérigènes par l’Organisation Mondiale de la Santé.

MANIFESTE pour la langue française

MANIFESTE pour la langue française porté par 40 associations françaises, québécoises et wallonnes :

Langue française et monde multipolaire :

l’urgence d’une stratégie

Nous envisageons l’avenir de la langue française avec confiance. En dépit des fausses évidences.

Un monde multipolaire émerge sous nos yeux. Il contribue manifestement à rééquilibrer les activités de la famille humaine non seulement dans les domaines économique, financier et politique, mais également dans les domaines culturel et linguistique. Sous toutes les latitudes, de la Chine à la Russie, du Brésil à l’Inde, des politiques linguistiques se décident, de nouveaux espaces linguistiques s’organisent et s’affirment.

Cette nouvelle donne remet en cause l’idée même du monopole d’une langue unique dans la communication mondiale. Les grandes langues internationales qui se maintiendront ou qui surgiront ne le devront pas au simple fait du hasard. Elles le devront en grande partie à la manière dont seront exploités les atouts dont chacune dispose.

Emergente, cette configuration culturelle et linguistique globale est une chance pour l’avenir mondial du français, langue qui dispose de larges atouts.

  1. Par l’Histoire : au fil des siècles, la langue française s’est illustrée en portant très loin les outils critiques d’une pensée libre et singulière et les progrès des sciences. Elle a exprimé les grands principes des Lumières et les a offerts au monde. Successivement, elle a été l’instrument de l’émancipation sociale, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’émergence d’institutions pour la communauté des nations.
  2. Par son universalité : la langue française est utilisée sur toute la planète par de très nombreuses nations à l’intérieur d‘elles-mêmes comme dans leurs rapports avec le monde, ainsi que dans les activités scientifiques et technologiques les plus avancées, de la génétique moléculaire à la conquête spatiale.
  3. Par son statut de langue de travail et de langue officielle du système des Nations unies et de nombreuses organisations internationales, continentales et régionales, et par le statut de la France de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
  4. Par la démographie : avec la perspective de plus d’un demi-milliard de locuteurs francophones pour le milieu du siècle, principalement grâce à l’Afrique, mais également à la France qui devrait devenir le pays le plus peuplé du continent européen après la Russie.

Ces atouts sont considérables. Ils constituent des leviers puissants pour que la langue française, dans le respect de la diversité des langues et des cultures des peuples qui composent l’espace francophone, continue à jouer le rôle qui est le sien depuis des siècles. Ces leviers, que d’autres nous envient, doivent être saisis avec détermination et constance.

En priorité, les décideurs des secteurs public et privé du monde francophone doivent quitter le modèle dominant qui a façonné leur existence au siècle dernier et ajuster leurs choix au monde multipolaire tel qu’il advient. La soumission, la démission et la résignation linguistiques constituent les véritables menaces pour l’avenir de notre langue.

Le «tout anglais» constitue une obsession d’un autre temps et d’un autre monde. Il est une impasse d’où il faut au plus vite sortir dans l’intérêt des peuples ayant le français en partage. Notre confiance en l’avenir de la langue française n’est pas naïve. Elle appelle une vigoureuse politique d’affirmation linguistique. Cette politique doit comprendre notamment :

  1. L’application stricte des législations linguistiques nationales quotidiennement bafouées par les intérêts particuliers et le conformisme ambiant, aussi bien dans les secteurs public que privé, notamment pour le français langue du travail.
  2. La diversification de l’enseignement des langues étrangères et des filières bilingues vers plusieurs grandes langues dont celles des pays émergents (arabe, chinois, espagnol, portugais).
  3. L’exigence de la publication en français, et dans d’autres langues si nécessaire, de tous les travaux issus de la recherche médicale et scientifique publique dans l’ensemble des pays francophones.
  4. La circulation facilitée pour les étudiants, les écrivains et les artistes, ainsi que les chercheurs de l’espace francophone tant il est évident qu’il n’y a pas de francophonie si les francophones sont interdits de circulation dans cet espace.
  5. Un appui massif à la numérisation des patrimoines anciens et vivants de l’ensemble des pays francophones afin d’assurer la présence du français et des langues partenaires dans l’espace virtuel devenu un lieu essentiel de communication, de mobilisation et de rassemblement.
  6. Le renforcement de la recherche sur les systèmes de traduction automatique et leurs implications industrielles, afin d’assurer la présence du français parmi les grandes langues pivots qui s’imposeront dans l’intercommunication planétaire.
  7. La priorité d’une politique bilatérale et multilatérale, forte et pérenne, en direction de l’Afrique francophone pour le développement optimal de son système éducatif.
  8. L’utilisation de la langue française par les représentants des pays francophones dans les organismes internationaux.

Il ne s’agit pas pour le monde francophone de se dresser contre la langue anglaise ou contre toute autre langue. Il s’agit d’ouvrir nos yeux sur la réalité nouvelle, et de mettre en œuvre, dans le contexte de la mondialisation multipolaire, une stratégie offensive pour la langue française, qui assurera son avenir en valorisant ses nombreux atouts. Nous appelons les citoyens des pays francophones à exercer leur vigilance individuelle et à développer leur mobilisation collective pour que soit respecté l’usage de notre langue mondiale en partage. Nous appelons fermement nos gouvernements à réviser leur politique et leur pratique linguistiques, à abandonner les discours de circonstance sur la francophonie et à relever le défi de l’affirmation déterminée de la langue française dans la polyphonie du nouveau monde.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde